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[Manga] La Guilde marchande de Pandémonia T3, de Kachou Hashimoto (Glénat Manga)

La Guilde marchande de Pandémonia tome 3 - couverture[Manga] La Guilde marchande de Pandémonia, T3, de Kachou Hashimoto (Glénat Manga)

Difficile de ranger La Guilde marchande de Pandémonia dans la grande étagère shōnen. Pas de tournoi, pas d’arc d’entraînement, pas de pierre angulaire posée sur le dépassement de soi à coups de poings. Kachou Hashimoto a choisi un autre terrain, et ce troisième tome confirme qu’elle compte y rester un moment.

Glénat avait annoncé la série en quatre volumes. On arrive donc à l’avant-dernier, et ça se sent dans le rythme. Lucciola Lunatica et Astros Anima reviennent de l’épisode du bateau fantôme un peu plus aguerris, un peu plus marqués, et la guilde des marchands qu’on découvrait au tome 1 sort de son rôle d’élément curieux pour devenir le moteur du récit. L’autrice multiplie les contrées visitées, croise les figures classiques de la fantasy occidentale (démons sous contrat, monstres-clients, magie tarifée à la ligne) et rappelle qu’on peut entrer dans un donjon sans dégainer.

Ce qu’on échange ici, ce sont des biens, des informations, parfois un service rendu, plus rarement des coups. Le combat reste possible mais il devient l’option B, presque la solution paresseuse. Hashimoto en fait un parti pris narratif assumé : chaque rencontre se transforme en négociation, et chaque négociation devient un mini-récit avec son arc, son retournement, sa morale. On pense forcément à Spice & Wolf pour le couple marchand sur les chemins de campagne, et à Frieren pour cette manière de regarder l’univers fantasy avec un pas de côté. Mais la comparaison s’arrête vite : Pandémonia garde un tempo nettement plus shōnen, plus rapide, plus tourné vers le découpage d’action quand il le faut.

Lucciola reste la pièce centrale du tome. Hashimoto continue de creuser ce personnage qui pourrait facilement basculer dans le cliché de la vendeuse débrouillarde au sourire facile, et qui s’en sort par la nuance. Le tome 3 lui offre deux ou trois moments où elle refuse l’arrangement le plus rentable, et c’est dans ces refus qu’elle prend de l’épaisseur. Astros Anima, lui, sert de contrepoint plus instinctif, parfois maladroit, jamais ridicule. Le duo fonctionne, sans la mécanique horripilante du faire-valoir qu’on traîne dans tant de shōnen.

Côté dessin, Hashimoto reste fidèle à son trait précis, un peu raide sur les figures humaines, beaucoup plus libre dès qu’il s’agit de croquer un démon ou un décor de marché. Les pleines pages sur les contrées sont particulièrement réussies, avec un soin du détail qui rappelle les vieux jeux de rôle papier. Les scènes d’échange, plus statiques sur le papier, sont rythmées par un découpage habile : les bulles découpent le temps de la négociation comme un duel l’aurait fait dans un autre titre. C’est probablement là que l’autrice est la plus inventive, et c’est ce qu’on retient une fois le volume refermé.

À mi-parcours de la série, on commence aussi à voir poindre la fin. Quatre tomes, c’est court pour un shōnen, et le format se ressent : Hashimoto avance vite, plante moins de pistes secondaires, ferme déjà des arcs ouverts au tome précédent. C’est plutôt agréable. On a l’impression d’un récit pensé d’un bloc, pas d’une série étirée par contrat éditorial. Reste à voir comment l’autrice clôturera tout ça l’an prochain.

En attendant, ce troisième volume tient ses promesses : un shōnen marchand, un univers qui s’ouvre encore un peu, et un duo qu’on suit avec plaisir. À 7,20 € le tome, c’est probablement l’une des entrées les plus solides du catalogue Glénat shōnen 2026.

Si vous avez manqué le début

Pandémonia, ce sont ces terres où humains et monstres se croisent et s’affrontent dans une économie où la loi du plus fort fait office de cours légal. Lucciola Lunatica, héroïne tête brûlée, y survivait à l’instinct jusqu’à sa rencontre avec Bikis Draco, membre d’une guilde dont elle ignorait l’existence : celle des marchands qui commercent avec les monstres plutôt que de les combattre, découverte dans le tome 1. Le tome 2 l’embarquait sur un bateau fantôme et resserrait son lien avec Astros Anima ; le tome 3 prolonge cette dynamique en élargissant la carte.

📖 Résumé de l’éditeur

Ouvrons la route commerciale défendue !! Reprenons le second siège de la guilde perdu 10 ans auparavant !! Après avoir percé le mystère du bateau fantôme, Lucciola et ses amis sont parvenus à passer un accord avec le kraken. Toutefois, Lucciola s’en veut d’avoir joué avec la vie de ses camarades. Elle se promet alors de tout faire pour ne plus jamais les exposer au danger. Pour mener à bien son plan d’une Pandémonia en paix, Lucciola va devoir trouver son « arme » de négociante bien à elle !!

 

📚 Fiche éditeur

Auteur Kachou Hashimoto
Éditeur Glénat Manga
Collection Shōnen
Date de sortie 17 juin 2026
Prix 7,20 €
EAN 9782344077185
Pagination 192 pages
Format Broché souple, 11,5 × 18 cm
Série Prévue en 4 tomes

[Manga] Rave – Édition originale, tome 14, de Hiro Mashima (Glénat)

Rave – Édition originale — couverture

[Manga] Rave – Édition originale, tome 14, de Hiro Mashima (Glénat)

La première œuvre de l’auteur de Fairy Tail dans une édition enfin conforme aux attentes des fans : Rave poursuit sa réédition en volumes doubles grand format.

Hardner, porteur du pouvoir « Anastasis », est immortel ! Il souhaite restaurer le Leben Ring, fusionner avec l’Endless invoqué grâce au sceptre de l’espace et du temps, et ainsi devenir un dieu !! En apprenant que l’Endless ne possédait pas l’aetherion, Hardner ordonne aux Six Guards de lui ramener Elie !! S’il s’empare du pouvoir d’Elie, les Enfers seront anéantis !! Pour protéger leur monde natal, Let et Julia décident de combattre respectivement Hardner et le chef des Six Guards… Ils sont même résolus à y laisser leur vie s’il le faut !!

Pour resituer : par le passé eut lieu une grande guerre entre les Rave, les pierres sacrées, et les Dark Bring, les pierres maléfiques. La bataille finale se conclut par une effroyable explosion appelée Overdrive. Les Rave se dispersèrent à travers le monde et les Dark Bring ne firent plus parler d’eux… Cinquante ans plus tard, les Dark Bring sont ramenés sur le devant de la scène par Demon Card, une organisation de criminels. Le monde est sur le point de basculer dans les ténèbres. Haru, un jeune garçon qui habite sur l’île Garage, est désormais le seul à pouvoir utiliser le pouvoir des Rave : le voilà choisi pour devenir le sauveur tant attendu — et il va nous en faire la démonstration !

Rave est la première série emblématique de Hiro Mashima, celle qui l’a définitivement ancré dans le panthéon des auteurs de shonen à succès. Afin de proposer une version plus conforme aux attentes des lectrices et lecteurs actuels, la série revient donc sous la forme de volumes doubles en grand format : 352 pages de pur shonen d’aventure, pour (re)découvrir les racines de Fairy Tail et d’Edens Zero.

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Rave – Édition originale

Résumé éditeur

La première œuvre de l’auteur de Fairy Tail dans une édition enfin conforme aux attentes des fans : Rave poursuit sa réédition en volumes doubles grand format.

📚 Fiche éditeur

Auteur Hiro Mashima
Éditeur Glénat
Collection Shonen
Date de sortie 1er juillet 2026
Prix 14,95 €
EAN 9782344060544
Pagination 352 pages
Format 14,5 x 21 cm, grand format double

[BD] Sous un magnolia en fleurs et autres souvenirs du passé, de Golo Zhao (Glénat)

[BD] Sous un magnolia en fleurs et autres souvenirs du passé, de Golo Zhao (Glénat)

Un recueil plein de délicatesse et de poésie… Golo Zhao revient avec de nouvelles histoires graphiques courtes, entre souvenirs du passé et déambulations contemplatives.

Après La plus belle couleur du monde et Un dernier soir à Pékin, Golo Zhao revient avec un recueil d’histoires courtes, des nouvelles graphiques dont il a seul le secret, aidé de son sens raffiné de la dramaturgie. Que ce soit une rencontre un jour de pluie (Rainy day, 2016), des retrouvailles entre amis (Little forest, 2015), un coucher de soleil à la gare routière (Bus station, 2013)… on y vit la beauté de moments suspendus.

Ces histoires inédites qui couvrent plus d’une dizaine d’années de production n’ont jamais été publiées en France ni réunies en recueil. Elles nous donnent à voir une nouvelle facette de l’artiste : celle de brèves déambulations poétiques qui racontent des tranches de vie oniriques et romantiques — le lien, un souvenir, ou le rapport de l’homme à la nature.

Dessinateur chinois né en 1984, diplômé de l’Académie des beaux-arts de Guangzhou et de l’Académie cinématographique de Beijing, Golo Zhao a reçu en France un accueil chaleureux dès La Balade de Yaya, puis avec Au gré du vent (Pika Graphic), Le Monde de Zhou Zhou (Casterman) ou Entre ciel et terre (Cambourakis), sans oublier le Prix des Écoles à Angoulême 2012 pour sa série jeunesse. Ces 368 pages en couleurs, à savourer un chapitre à la fois, confirment qu’il est l’un des poètes graphiques les plus singuliers de sa génération.

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Sous un magnolia en fleurs et autres souvenirs du passé

Résumé éditeur

Un recueil plein de délicatesse et de poésie… Golo Zhao revient avec de nouvelles histoires graphiques courtes, entre souvenirs du passé et déambulations contemplatives.

📚 Fiche éditeur

Auteur, dessin & couleurs Golo Zhao
Éditeur Glénat
Date de sortie 1er juillet 2026
Prix 25,00 €
EAN 9782344071786
Pagination 368 pages
Format 17 x 24 cm, couleurs, one-shot

Dégustation du Saint-Joseph rouge Clos Chanson 2023 de la Maison Pichon, un vin rouge vrai et entier

La Maison Pichon dévoile son nouveau St-Joseph rouge, le Saint-Joseph Clos Chanson 2023. A l’œil, la robe est d’apparence d’un beau rubis. Le nez est fruité avec des notes de fruits rouges comme le cassis, avec en plus du réglisse minéral. La bouche est ample, harmonieuse entre matière et fruits, gourmande et longue, la finale est saline, très fin et élégant. L’attaque est franche avec un bel equilibre. Notes de cassis, fruits noirs et épices. Le vin se déguste idéalement en accompagnement de terrines, du bœuf grillé, des brochettes d’agneau, un pigeon, de la caille aux raisins. Le prix de vente de 31 euros est en rapport avec la qualité du vin, à découvrir absolument, et toujours avec modération.  Le domaine connait une production de 180 000 bouteilles vendues et présentes également chez des cavistes et dans des restaurants dont de nombreux restaurants étoilés français. Les vins sont également distribués dans plus de 30 pays dans le monde.

Publireportage: En bref: La Maison Pichon, une aventure familiale à Chavanay : la Maison Christophe Pichon est devenue un incontournable, collectionnant les plus grands terroirs et les appellations prestigieuses sur un peu plus de 30 hectares. C’est une histoire de famille qui partage la passion de la Syrah et du Viognier pour produire des vins haut de gamme. Les vins sont le reflet d’un savoir-faire transmis de génération en génération, combinant tradition et innovation pour sublimer chaque millésime. Corentin et Christophe Pichon élargissent encore la gamme, proposant régulièrement de nouvelles cuvées.

Christophe agrandit la surface du domaine au rythme d’opportunités d’achats de parcelles et de la reprise des vignes de Philippe qui prend sa retraite en 2000. Sa vision est résolument moderne et son engagement dans la vie du vignoble est totale. Il prend des responsabilités au syndicat agricole et viticole de Chavanay, devient président de l’AOC Condrieu de 2003 à 2022 et pèse de toute son expérience aujourd’hui avec pour objectif de faire classer le vignoble du Rhône au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Travailleur aguerri, Christophe est partout, à la vigne, à la cave, dans les salons avec Isabelle pour faire connaître ses vins aux amateurs et aux professionnels. Un rythme digne des travaux d’Hercule nourri par une passion sincère, une appétence pour communiquer son enthousiasme, fédérer ses pairs et faire de la « politique ».

Cette faculté à échanger et à transmettre a sans aucun doute permis aux enfants d’Isabelle et Christophe de trouver une place au domaine de façon naturelle. Conscients que l’évolution d’un domaine doit se nourrir de nouvelles idées, ils ont fait en sorte de faciliter l’arrivée de Corentin et de lui laisser la liberté d’exprimer sa vision du vin. Christophe est devenu le liant essentiel du domaine, celui qui va permettre à chaque membre de l’équipe de travailler dans les meilleures conditions possibles. Un chef d’orchestre, qui accompagne d’un œil bienveillant ce modèle de domaine familial.

[Manga] Dragon Ball Full Color – Freezer, tome 1, d’Akira Toriyama (Glénat)

Dragon Ball Full Color – Freezer — couverture[Manga] Dragon Ball Full Color – Freezer, tome 1, d’Akira Toriyama (Glénat)

Après le monde, la galaxie ! L’arc mythique de Freezer débarque dans l’édition Full Color : le chef-d’œuvre d’Akira Toriyama comme vous ne l’avez (peut-être) jamais lu.

Alors qu’ils arrivent sur Namek, Krilin, Son Gohan et Bulma découvrent un espace calme où il semble faire bon vivre. Ils ne sont malheureusement pas les premiers arrivés… Pire, la planète est la proie de criminels qui n’accordent aucun prix à la vie ! La quête des dragon balls prend une tournure bien dangereuse…

Au programme de ce premier tome de 248 pages : l’aventure spatiale, Namek, l’arrivée du Super Saiyan et l’adversaire le plus retors de toute la saga. Car Freezer, c’est le grand méchant absolu du shonen, celui contre lequel tous les vilains suivants seront mesurés — et l’arc Namek reste, quarante ans après, un sommet de tension dramatique.

L’intérêt de cette édition Full Color, au format plus grand (14,5 x 21 cm), est évident : la mise en couleur d’origine japonaise redonne un éclat saisissant au trait de Toriyama, dont chaque case respire. Pour les collectionneurs comme pour une nouvelle génération de lecteurs qui découvrirait la série après la disparition du maître, c’est une porte d’entrée idéale dans l’un des récits fondateurs du manga moderne. Indispensable, tout simplement.

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Dragon Ball Full Color – Freezer

Résumé éditeur

Après le monde, la galaxie ! L’arc mythique de Freezer débarque dans l’édition Full Color : le chef-d’œuvre d’Akira Toriyama comme vous ne l’avez (peut-être) jamais lu.

📚 Fiche éditeur

Auteur Akira Toriyama
Éditeur Glénat
Collection Shonen
Date de sortie 1er juillet 2026
Prix 14,95 €
EAN 9782344075333
Pagination 248 pages
Format 14,5 x 21 cm, couleurs

[Manga] Berserk, tome 43, de Kentaro Miura – Studio Gaga (Glénat)

Berserk — couverture[Manga] Berserk, tome 43, de Kentaro Miura – Studio Gaga (Glénat)

« Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance… » Le seinen culte de Kentaro Miura, poursuivi par le Studio Gaga, entame un nouvel arc : l’exil en Orient.

Sur Elf Helm, face à Griffith, Guts s’abandonne à la colère et brandit son épée géante. Cependant, sa frappe ne porte pas : son ennemi s’éloigne avec ses compagnons et enlève même Casca ! Désespéré, Guts embarque avec les siens pour la poursuivre dans les eaux territoriales kushanes, tandis que l’île est en train de s’effondrer. À leur insu, leur vaisseau pénètre dans un nouveau continent… Début d’un nouvel arc, « l’exil en Orient » !

Guts est un guerrier solitaire à l’épée démesurée, marqué par un terrible passé. Il parcourt le monde en semant la mort sur son passage. Un jour, il vient en aide à Puck, un elfe facétieux et volubile qui décide de l’accompagner dans son voyage. Traqué par des forces obscures et terrifiantes qui ne lui laissent aucun répit, Guts tente de devenir maître de son destin pour regagner sa liberté et accomplir sa vengeance…

Avec son univers graphique travaillé et apocalyptique, sa violence et la gravité de ses thématiques, Berserk est une œuvre qui n’a rien à envier aux sagas emblématiques telles que Game of Thrones, Conan le Cimmérien ou encore Le Cycle d’Elric. Prépublié au Japon depuis 1989, le seinen culte de dark fantasy se maintient dans les meilleures ventes avec 7 millions d’exemplaires vendus en France et plus de 50 millions dans le monde. Kentaro Miura étant décédé, c’est désormais son meilleur ami Koji Mori, épaulé par le Studio Gaga, qui prend sa succession — au fait de toutes les péripéties à venir. À noter : ce tome 43 est proposé en deux versions, l’édition classique et une édition limitée cartonnée avec une dédicace exclusive de Kentaro Miura, dans un coffret présentoir.

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Berserk

Résumé éditeur

« Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance… » Le seinen culte de Kentaro Miura, poursuivi par le Studio Gaga, entame un nouvel arc : l’exil en Orient.

📚 Fiche éditeur

Auteur Kentaro Miura – Studio Gaga
Éditeur Glénat
Collection Seinen
Date de sortie 1er juillet 2026
Prix 7,20 € (édition classique)
EAN 9782344074879
Pagination 208 pages
Format 13 x 18 cm

[Jeunesse] Même les p’tits monstres vont à l’école, de Céline Claire et Florence Guittard (Gautier-Languereau)

Même les p'tits monstres vont à l'école — couverture[Jeunesse] Même les p’tits monstres vont à l’école, de Céline Claire et Florence Guittard (Gautier-Languereau)

Un album rassurant pour apprivoiser la première rentrée, avec humour et fantaisie.

Sur le chemin de l’école, une ribambelle de petites créatures s’imagine en futurs écoliers. Mais la maîtresse va-t-elle les accepter ? Le petit dragon qui crache du feu, la créature à tentacules, le monstre poilu au cartable trop grand : tous se posent les mêmes questions que nos enfants à l’approche du grand jour.

C’est toute la malice de cet album signé Céline Claire : déplacer les angoisses de la première rentrée sur des petits monstres hauts en couleur, pour mieux les désamorcer. Serai-je accepté comme je suis ? Est-ce que je saurai faire ? La maîtresse sera-t-elle gentille ? Autant d’inquiétudes universelles, traitées ici avec humour et tendresse, sans jamais dramatiser.

Les illustrations de Florence Guittard, peuplées de créatures plus attachantes qu’effrayantes, font le reste : on referme ces 32 pages avec le sourire, et l’envie — presque — d’être à septembre. Paru le 17 juin, l’album arrive à point pour être lu et relu tout l’été aux enfants qui feront leur première rentrée. Un album tendre et malicieux, à glisser dans toutes les familles où l’école approche à grands pas, dès 3 ans.

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Même les p'tits monstres vont à l'école

Résumé éditeur

Un album rassurant pour apprivoiser la première rentrée, avec humour et fantaisie.

📚 Fiche éditeur

Texte Céline Claire
Illustrations Florence Guittard
Éditeur Gautier-Languereau
Date de sortie 17 juin 2026
Prix 12,99 € TTC
EAN 9782017331087
Pagination 32 pages
Format 253 x 255 mm
Âge dès 3 ans

[BD] Équation à une inconnue, de Frédéric Peynet (Grand Angle)

[BD] Équation à une inconnue, de Frédéric Peynet (Grand Angle)

Il y a des scènes qui accrochent d’entrée. Celle-ci se passe au bord d’une piscine municipale, à Cyvette, quelque part en Bourgogne. Un adolescent enlève ses lunettes pour nager. Une voix l’apostrophe. Sans montures, il ne distingue qu’une forme claire, un contre-jour, une silhouette qui lui dit qu’elle l’aime. Elle est appelée par ses copines. Elle repart. Frédéric Peynet ouvre son nouvel album sur cette image — 104 pages parues le 1er juillet 2026 dans la collection Grand Angle chez Bamboo — et tout le reste tient dans la même équation : reconnaître, vingt-cinq ans après, une voix jamais vraiment vue. Peynet signe ici son premier scénario chez Grand Angle, lui que les lecteurs connaissaient au dessin, chez Soleil ou Dargaud. Le geste est intime. L’album serait tiré d’une histoire qui lui est arrivée pour de vrai.

Une déclaration sans visage

Olivier a désormais quarante et quelques années. Chauffeur de taxi à Paris. Sa vie est un peu défaite — un fils dont il ne voit plus grand-chose, une routine de plaques et de radios grésillantes. La proposition arrive par hasard : une cliente descendue du train à Bordeaux à ramener en urgence en Bourgogne, sa compagne va accoucher. Sept heures de route. Sur le retour, un détour, un mur mal négocié, la voiture accrochée. Olivier se retrouve bloqué à Cyvette, ce village qu’il avait quitté à dix-huit ans, la veille précisément du jour où l’inconnue de la piscine lui a dit qu’elle l’aimait. Peynet installe la mécanique du récit sans forcer. Une villégiature imposée, quelques rencontres au bistrot, et le souvenir remonte. Rien n’est brutal ; tout s’enchaîne. Le scénariste rompu qu’il est sait laisser l’accident produire son propre récit — c’est presque un tour de main d’artisan.

Une bande de village pour équation impossible

Ce qui fait tenir l’album, c’est la petite communauté que Peynet dispose autour de son personnage. Des copains de collège, un journaliste local trop bavard, un commerçant qui n’écoute qu’à moitié, un maire dont le physique tient à la fois de Jean Lassalle et d’Eddy Mitchell — la description est trop drôle pour ne pas exister. Quand Olivier finit par raconter son histoire un soir, autour d’un verre, la bande décide de retrouver l’inconnue. Article dans le journal du canton. Banderole tirée par un Cessna. Méthodes délirantes qui font sourire sans jamais tourner à la farce. Peynet tient l’équilibre : ses seconds rôles sont parfois lourdauds, souvent bienveillants, jamais réduits à des silhouettes. Chacun trimballe son parcours, ses casseroles, sa manière de meubler la vie de province. Le récit s’installe dans ce chœur en équilibre instable qui, à force, devient touchant. On referme certaines cases avec le sourire un peu bête d’un lecteur qui reconnaît quelque chose.

Un trait qui regarde à travers les lunettes

Peynet n’a jamais caché son trait réaliste, hérité d’une carrière de dessinateur qui a promené sa plume entre chanson française, mythologie et adaptations littéraires. Ici, il l’accorde à un récit de gens ordinaires, et cela lui va bien. Les découpages sont classiques, sans coquetteries — cases sagement alignées, quelques pleines pages pour respirer. C’est dans le rendu des visages que ça se joue. Un froncement d’yeux, une lèvre qui se pince, un sourire qui hésite : les personnages parlent autant par leur expression que par les phylactères. La scène d’ouverture, cadrée depuis les yeux d’Olivier myope, est un petit exercice de mise en scène. Le monde y devient une aquarelle floue, taches de couleur suspendues dans l’eau chlorée, et l’on comprend en une case pourquoi il n’oubliera jamais cette voix sans savoir à qui la coller. La colorisation, signée elle aussi Peynet, tire vers des tons chauds et un peu passés qui installent tout de suite un climat de fin d’été.

Ce que l’on emporte en refermant l’album

Le grand risque d’un pitch pareil, c’était la romance à ficelles apparentes — cette fabrique où l’on sait dès la page dix qui aura embrassé qui à la page quatre-vingt-dix. Peynet dribble le piège. Il laisse Olivier faire des détours, les copains parler dans le vide, les fausses pistes s’ouvrir. La quête de l’inconnue devient presque un prétexte : ce qui compte, c’est le retour d’Olivier à ses attaches et à ses fils cassés. Un ex-fils, un copain qu’on n’avait pas revu depuis vingt-cinq ans, un souvenir tellement mince qu’il fallait bien tout un village pour le rendre consistant. On referme l’album avec ce mélange rare — le plaisir d’une histoire douce et une pointe d’insatisfaction tenace sur les moments qu’on n’a pas su saisir. Peynet, scénariste et dessinateur, rejoint discrètement la petite famille des auteurs qui font tenir la BD franco-belge sur un ton mineur, tout près de la vie. Un livre à lire en terrasse, quelque part en fin de journée, avec des cigales en fond.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Equation a une inconnue Frederic Peynet Grand Angle

L’amour est aveugle… mais parfois, il est juste myope. À 18 ans, Olivier reçoit une déclaration d’amour au bord d’une piscine. Sans ses lunettes, il ne distingue qu’une silhouette… avant qu’elle ne disparaisse. Vingt-six ans plus tard, devenu chauffeur de taxi, il ignore toujours l’identité de cette inconnue sans nom ni visage. Le souvenir, lui, persiste. Une idée improbable s’impose : la retrouver. Mais comment identifier, presque trente ans après, une femme dont on n’a entendu que la voix ? L’équation est posée.

📚 Fiche éditeur

Scénario, dessin, couleurs Frédéric Peynet
Éditeur Bamboo Édition — collection Grand Angle
Date de sortie 1er juillet 2026
Prix 19,90 €
EAN 9791041107773
Pagination 104 pages
Format Album cartonné, 221 × 300 mm, couleurs
Genre Intimiste, romance, one-shot

« 8 soirs par semaine » : la fragile obstination du théâtre

« 8 soirs par semaine » : la fragile obstination du théâtre
© Christophe Martin

« 8 soirs par semaine » : la fragile obstination du théâtre

Sous l’apparente simplicité d’une lecture musicale, Vincent Dedienne, Camille Chamoux et Léopoldine HH inventent un objet théâtral d’une rare délicatesse, où les éclats du rire révèlent moins une mécanique comique qu’une manière obstinée de tenir debout face à la langueur parfois de se produire.

Le théâtre s’y raconte depuis ses coulisses, loin des lumières flatteuses de la rampe.

Les kilomètres avalés, les hôtels interchangeables, les salles anonymes, les attentes interminables, les doutes qui s’invitent avant chaque lever de rideau composent une géographie intime où l’artiste cesse d’être une figure publique pour redevenir un être traversé par ses fragilités.

Ce qui pourrait n’être qu’une succession d’anecdotes devient peu à peu une méditation sur la solitude, le désir de jouer et cette étrange vocation qui pousse à recommencer, soir après soir, malgré la lassitude.

Les coulisses de l’éphémère

Vincent Dedienne et Camille Chamoux se répondent comme deux écrivains qui auraient troqué le papier contre le plateau.

Leur complicité ne repose jamais sur le cabotinage mais sur une écoute constante, une précision de l’adresse, un art du contretemps qui fait naître le rire là où l’on attendait le silence.

Ils excellent à transformer les minuscules humiliations de la tournée en petites épopées burlesques, sans jamais céder à l’autodérision complaisante.

Derrière leurs traits d’esprit perce une mélancolie discrète, presque pudique, qui donne à chaque phrase une profondeur inattendue.

Le spectacle trouve alors son véritable sujet : non pas raconter le quotidien d’un comédien, mais interroger ce qui pousse des êtres à offrir leur vulnérabilité à des inconnus.

La scène apparaît comme un refuge autant qu’une épreuve. Chaque représentation devient un pacte fragile avec le public, une tentative renouvelée d’abolir, le temps d’une soirée, la distance entre ceux qui regardent et ceux qui jouent.

Et le rire fuse avec cette précision de funambule qui caractérise les grands interprètes. Dedienne possède cette élégance mélancolique qui transforme la moindre anecdote en littérature orale.

Chez lui, l’ironie n’est jamais un masque mais une manière de tenir le désespoir à distance. Camille Chamoux lui répond avec une intelligence du rythme qui refuse toute démonstration.

Son humour est celui des survivantes : il ne cherche pas la saillie mais la vérité. Ensemble, ils composent une partition où chaque silence compte autant que chaque éclat de rire.

Dans cette partition à trois voix, Léopoldine HH n’est jamais un simple accompagnement musical. Elle en constitue le souffle secret.

Ses interventions suspendent le temps, ouvrent des clairières poétiques au milieu des confidences et déposent sur les mots une douceur qui n’efface jamais leur gravité.

Sa voix, tantôt fragile, tantôt lumineuse, prolonge les silences autant qu’elle éclaire les blessures.

Les chansons, inspirées de l’univers d’Anne Sylvestre, ne viennent pas illustrer le récit : elles en deviennent la mémoire sensible, comme si elles recueillaient ce que les mots hésitent encore à avouer.

Chaque apparition musicale agit ainsi comme une respiration où l’émotion cesse d’être dite pour être simplement ressentie. La mise en scène revendique une sobriété presque ascétique.

Quelques chaises, un espace ouvert, le ciel des Tuileries pour plafond : rien ne détourne de l’essentiel. Ce dépouillement n’est pas une économie de moyens mais une esthétique de la confiance.

Confiance dans le texte, dans les interprètes, dans l’intelligence du spectateur. « 8 soirs par semaine » rappelle que deux voix complices peuvent suffire à faire surgir des paysages entiers.

Mais le spectacle pointe aussi un théâtre aujourd’hui menacé de toutes parts : celui qui sillonne les territoires, qui accepte les longs trajets, les salles parfois clairsemées, les économies fragiles, tout en continuant de croire que la rencontre avec un public demeure une nécessité plutôt qu’un marché.

Sans jamais tomber dans le manifeste, Chamoux et Dedienne esquissent le portrait d’une décentralisation théâtrale héroïque dans sa modestie, où la passion survit à la précarité avec une obstination presque déraisonnable.

Un spectacle qui dit aussi avec une infinie justesse que le rire est souvent la plus élégante des formes de résistance.

Et derrière son apparente légèreté, « 8 soirs par semaine » célèbre les artisans du vivant, ces passeurs d’émotions qui acceptent l’usure des routes pour quelques instants partagés.

Dates : du 15 au 17 juillet 2026 – Lieu : Festival Paris l’été (Paris)
 Texte et Mise en scène : Camille Chamoux, Vincent Dedienne, Léopoldine HH

[Jeunesse] Narvalinou, de Matilda Rose & Tim Budgen (Hachette Enfants)

[Jeunesse] Narvalinou, de Matilda Rose & Tim Budgen (Hachette Enfants)

L’animalerie de Mme Pim continue d’ouvrir ses portes, et Hachette Enfants continue d’enrichir son petit zoo magique. Après Carlinou, Teckelinou et les autres, voici venu le tour de Narvalinou : narval miniature, corne torsadée, regard mouillé. C’est l’un des derniers compagnons en date de la collection, et il arrive auréolé d’un atout marketing évident, la popularité galopante du narval dans les chambres d’enfants.

Phénomène curieux d’ailleurs. Il y a quelques années, le narval n’existait pour personne hors des documentaires arctiques. Sa cousinerie visuelle avec la licorne a fini par lui ouvrir les portes du rayon jeunesse : peluches, gourdes, papeterie scolaire, papier-cadeau. Hachette saisit la vague sans en faire un calcul trop appuyé. La créature s’insère plutôt naturellement dans la cohérence de la série, qui carbure depuis le départ aux petits êtres mignons à pouvoir surnaturel.

L’argument narratif tient en une phrase : la petite sirène Émilie hérite d’un narval enchanté capable de faire scintiller tout ce qu’il touche, et le duo va devoir surmonter ensemble une peur qui les bloque. Matilda Rose ne complique pas l’affaire, et c’est très bien comme ça. Le format premier âge n’a que faire des arabesques scénaristiques. Il demande un cadre clair, un enjeu lisible, une résolution douce. La morale, presque silencieuse, passe par les images plus que par le texte.

Tim Budgen continue de signer la partie graphique avec sa palette pastel et ses textures cotonneuses. On retrouve sa façon caractéristique de poser les volumes, ses yeux ronds comme des billes, ses sourires bombés. Le passage sous l’eau lui donne un nouveau terrain de jeu : reflets turquoise, lumière oblique, queues de sirènes qui ondulent au fond des cases. Quelques pleines pages méritent qu’on s’y arrête une demi-minute avec l’enfant. Ce sont ces moments où l’album bascule du livre qu’on tourne au livre qu’on regarde.

Le format carré 21 × 21 reste calibré pour les petites mains, et la pagination, trente-deux pages sans surplus, colle au rythme d’une lecture du soir. À 8,95 €, on touche au prix d’appel typique de la série, ce qui en fait un cadeau facile à offrir, un titre qu’on attrape sans trop réfléchir à la caisse d’une librairie de quartier ou d’une grande surface culturelle. Le positionnement éditorial est limpide : un titre, un animal, un petit drame émotionnel résolu, et hop.

Faut-il s’en plaindre ? Pas vraiment. La série remplit son office sans embrouiller personne. Elle offre aux parents un outil simple pour aborder une peur d’enfance, celle du noir, de l’eau, des autres ou de soi, sans appuyer ni théoriser. Les 3-5 ans aiment les rituels narratifs, et celui-ci en est un. Narvalinou ne réinventera pas l’album jeunesse mais il s’inscrit honnêtement dans une collection qui sait à qui elle parle, et qui le lui rend bien.

Une bonne pioche pour un anniversaire, ou pour étoffer la pile d’histoires du soir.

📇 FICHE ÉDITEUR

Texte Matilda Rose
Illustrations Tim Budgen
Éditeur Hachette Enfants
Série L’Animalerie magique
Date de sortie 13 mai 2026
Prix 8,95 € TTC
Pagination 32 pages
Format 21 × 21 cm
Public Dès 3 ans
EAN 9782017350682

Résumé de l’éditeur

Je te présente Narvalinou, la petite narval qui a le pouvoir de faire scintiller tout ce qu’elle touche ! Sa petite maîtresse, la sirène Emilie s’amuse beaucoup avec la magie de Narvalinou. Mais tout le monde dans la Crique du Corail veut utiliser son pouvoir. Narvalinou parviendra-t-elle à lui faire comprendre que le partage est la clé de l’amitié ? Une histoire amusante et pleine de paillettes pour apprendre à partager.

[BD] L’Odyssée T1 – Ulysse, de Maxe L’Hermenier & Thomas Labourot (Nootilus – Bamboo Édition)

Couverture L'Odyssée T1 Ulysse Maxe L'Hermenier Thomas Labourot Nootilus [BD] L’Odyssée, T1 – Ulysse, de Maxe L’Hermenier & Thomas Labourot (Nootilus – Bamboo Édition)

Il y a des lancements qui ressemblent à des déclarations d’intention. Pour inaugurer Nootilus, son nouveau label consacré aux grands classiques de la littérature, Bamboo Édition ne pouvait choisir récit plus fondateur : L’Odyssée. Adaptée par Maxe L’Hermenier et dessinée par Thomas Labourot, l’épopée d’Homère s’ouvre avec ce premier tome, Ulysse, paru le 8 juillet 2026 — une semaine à peine avant l’arrivée sur les écrans de la version de Christopher Nolan. Le calendrier est habile, mais l’album ne se réduit pas à cette opportunité : il pose la première pierre d’un projet éditorial ambitieux, transmettre les œuvres intemporelles aux lecteurs d’aujourd’hui, et retrouve dans le voyage du roi d’Ithaque ce qui en fait, trois millénaires plus tard, une machine à récits inusable.

Ulysse, un héros aux mille ruses raconté à hauteur de lecteur

La guerre de Troie est terminée depuis longtemps, et pourtant Ulysse erre toujours sur les mers, ballotté par les tempêtes et la rancune tenace de Poséidon. Cyclope monstrueux, enchanteresses redoutables, chant mortel des sirènes : chaque escale le rapproche autant du danger que d’Ithaque, où l’attendent Pénélope et Télémaque — et où les prétendants, eux, ne l’attendent pas : ils envahissent le palais et menacent son trône. Maxe L’Hermenier assume une lecture limpide de l’épopée : dans l’entretien qui accompagne la sortie de l’album, il la décrit comme le premier shōnen de l’Histoire, ou presque — un héros charismatique, une succession d’épreuves, des monstres, une quête du retour. La comparaison n’a rien d’une coquetterie : elle dit exactement le ton de cette adaptation, qui se place à hauteur de lecteur sans jamais le prendre de haut, refusant aussi bien le langage académique que la simplification à outrance. Le découpage en deux tomes, calqué sur la respiration du texte original, laisse les grandes étapes du voyage exister pleinement et ménage une vraie attente narrative.

Planche intérieure L'Odyssée T1 Ulysse L'Hermenier Labourot Nootilus

Nootilus, ou comment transmettre les classiques sans les figer

Ce premier album est aussi un manifeste. Nootilus, dont L’Hermenier prend la direction, veut jeter un pont entre culture classique et narration contemporaine, à destination des collégiens et des lycéens comme de leurs enseignants. Le scénariste n’est pas un inconnu dans la maison : il collabore avec Bamboo depuis 2014, où il a notamment adapté La Belle et la Bête et créé la série Isaline avec Yllya. Sa ligne éditoriale tient en une formule : « transmettre les classiques sans les figer ». Concrètement, l’adaptation revendique un équilibre délicat — accessible sans être simpliste, exigeante sans être hermétique —, pensée pour que celui qui découvre Homère par la bande dessinée puisse ensuite dialoguer avec celui qui a lu le texte, avec des repères communs. Les prochaines adaptations du label seront dévoilées début 2027 ; le choix inaugural, lui, donne le ton et place la barre haut.

Labourot, des yeux de gamin et un crayon d’adulte

Au dessin, Thomas Labourot joue une partition qu’il attendait de longue date. Né à Reims en 1977, passé par l’heroic fantasy (Troll, Le Grimoire du Petit Peuple), la science-fiction (Les Chroniques de Sillage), l’humour (Les Geeks) ou le polar (Détectives), il confesse un attachement d’enfance à cette histoire, découverte en parallèle d’Ulysse 31. Et cela se voit à chaque page. Son Poséidon est une montagne d’écume et de colère, trident au poing ; la chouette d’Athéna traverse le ciel comme un éclat de soleil ; l’Olympe baigne dans des nuits constellées aux allures de space opera — clin d’œil, qui sait, à la série animée de son enfance. Le trait est vif, le découpage ample, et les couleurs, qu’il signe également, glissent des turquoises marines aux ors du couchant. On est loin de l’illustration sage qui guette parfois les adaptations patrimoniales : ça bouge, ça déferle, ça vit.

Planche intérieure L'Odyssée T1 Ulysse L'Hermenier Labourot Nootilus

Une odyssée dans l’air du temps

Reste le contexte, qui n’a rien d’anecdotique. En paraissant le 8 juillet, l’album a devancé d’une semaine l’adaptation cinématographique de Christopher Nolan, attendue comme l’un des événements de l’été. Loin d’être un simple produit d’accompagnement, cette version dessinée joue une carte complémentaire : là où le blockbuster impressionne, elle déplie, éclaire et donne envie de lire. Dans une production jeunesse saturée de mythologie, la proposition se distingue par sa clarté d’intention et son sérieux d’exécution. Tout n’est pas encore joué : Charybde, Scylla et le grand règlement de comptes d’Ithaque attendent le second tome, à qui il reviendra de confirmer l’essai. Mais ce premier volet remplit exactement son office — faire (re)découvrir l’épopée sans peine et avec un plaisir constant. On referme l’album pressé de reprendre la mer !

À lire aussi : Un Chant de Noël, de L’Hermenier et Labourot (Jungle Pépites) et Les Gendarmes, l’album du film (Bamboo Édition).

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture L'Odyssée T1 Ulysse Maxe L'Hermenier Thomas Labourot Nootilus

Pour rentrer chez lui, il devra défier les dieux. La guerre de Troie est terminée depuis longtemps. Pourtant, Ulysse erre encore sur les mers, victime de la colère des dieux. Entre tempêtes, monstres redoutables et îles mystérieuses, chaque escale le rapproche autant du danger que de son destin. Mais rien ne pourra lui faire oublier sa promesse : retrouver sa femme et son fils.

📚 Fiche éditeur

Scénario Maxe L’Hermenier
Dessin & couleurs Thomas Labourot
Éditeur Bamboo Édition – label Nootilus
Date de sortie 8 juillet 2026
Prix 16,90 €
EAN 9791041120604
Pagination 64 pages
Format Album cartonné, 225 × 299 mm, couleurs

[Manga] Fool Night T11, de Kasumi Yasuda (Glénat)

[Manga] Fool Night, T11, de Kasumi Yasuda (Glénat)

Il y a des mangas qui prennent leur temps pour installer leur monde, et Kasumi Yasuda appartient à cette catégorie rare des mangakas capables de tenir la distance sans lâcher leur intuition première. Avec ce onzième volume de Fool Night paru le 17 juin 2026 chez Glénat dans la collection Seinen, la mangaka poursuit sa méditation post-apocalyptique amorcée en 2021, celle d’une humanité privée de soleil qui monnaie ses derniers souffles contre une transformation en arbre. À ce stade de la série — les précédents tomes ayant largement défriché la mécanique du monde et scellé le destin de plusieurs protagonistes — le T11 opère un basculement attendu vers les origines de la catastrophe, tout en resserrant la focale sur Toshiro Kirisu, dont la mue végétale n’est plus tout à fait un choix.

Cent ans après le nuage

Fool Night prend place un siècle après l’apparition d’un phénomène nommé Sekki : un immense nuage sans forme qui a recouvert le ciel, éteint la photosynthèse et plongé le monde dans une pénombre glacée. Faute d’arbres pour produire de l’oxygène, l’humanité survit dans des cités engourdies grâce à un procédé mis au point par les autorités, la transfluoration, qui autorise un candidat volontaire à se transformer, en quelques années à peine, en végétal producteur d’air. En échange, la famille du transfluoré reçoit une compensation financière. Autour de ce dispositif d’une glaçante logique économique, Yasuda a bâti depuis dix tomes une chronique désenchantée du renoncement. Le T11 poursuit l’enquête sur ce qui a réellement causé l’apparition du Sekki, piste que la mangaka distille depuis plusieurs arcs sans jamais céder à la révélation facile. On y trouvera moins de coups d’éclat que d’obstinée circulation de personnages devenus familiers, ce qui n’ôte rien à la densité de l’ensemble.

Toshiro, entre l’humain et l’arbre

Ce qui frappe dans ce tome, c’est la lente altération du protagoniste. Toshiro n’est plus le jeune homme fébrile qui signait son contrat au premier volume : il est devenu un corps en dérive, dont les bras se couvrent d’écorce, dont les gestes se ralentissent et dont la mémoire, parfois, chancelle. Yasuda refuse le pathos, préférant montrer la métamorphose sous l’angle d’une intériorité qui se retire — choix narratif audacieux pour un seinen, qui accepte de tenir son personnage principal à distance sans jamais rompre le lien affectif tissé avec le lectorat. Autour de lui, les figures récurrentes de la série continuent leur ronde, et certains arcs laissés en suspens depuis les tomes 8 et 9 trouvent ici des amorces de résolution.

L’écriture botanique de Yasuda

Le trait est, à ce stade de la série, parfaitement identifiable. Kasumi Yasuda dessine des visages étroits, des regards flottants, des silhouettes minces, et ses arrière-plans végétaux relèvent d’une méticulosité proche de la planche botanique : nervures des feuilles, veines du bois, textures d’écorce. Les scènes urbaines, elles, jouent d’une lumière basse et grise qui contamine la page, rappelant l’atmosphère de L’Homme sans talent de Yoshiharu Tsuge autant que certaines fictions climatiques contemporaines. Le noir et blanc, souvent trempé dans le gris, épouse la logique d’un monde sans soleil : peu de contrastes tranchés, beaucoup de dégradés, un usage économe des trames. Le découpage privilégie les cases larges et les temps morts, quitte à ralentir la lecture pour mieux la faire pénétrer. C’est cette écriture patiente, presque méditative, qui a séduit Sui Ishida (Tokyo Ghoul) et Shuzo Oshimi (Les Fleurs du mal), tous deux fervents défenseurs de la série au Japon.

Le pari d’un seinen sur la durée

Récompensé du prix Daruma du meilleur manga à suspense lors de Japan Expo 2023, Fool Night occupe une place singulière dans le paysage éditorial français : celle d’un seinen exigeant, plus proche de la science-fiction douce que du thriller, qui refuse les recettes du succès rapide. Sur onze tomes, Yasuda n’a jamais tenté le sprint spectaculaire ; elle avance à hauteur d’homme, avec la conviction que l’inquiétude climatique et la question du sacrifice individuel méritent mieux qu’un traitement pyrotechnique. Le pari est risqué : sur la longueur, une partie du public a pu décrocher, et le rythme paisible du récit peut désarçonner. Mais il paye. Ce T11 ne convertira sans doute aucun lecteur qui aurait décroché aux tomes précédents, et n’est pas non plus le point d’entrée idéal — mieux vaut recommencer par le premier volume. Aux fidèles, en revanche, il confirme que Glénat a eu raison de miser durablement sur ce titre. On referme l’album en attendant la suite.

📖 Résumé de l’éditeur

Cent ans après l’apparition du mystérieux nuage Sekki, l’humanité vit dans un monde où plus rien ne pousse. Pour produire l’oxygène nécessaire à la survie de tous, un procédé a vu le jour : la transfluoration, qui transforme des humains volontaires en arbres. Toshiro Kirisu poursuit sa lente métamorphose, tandis que la vérité sur les origines de la catastrophe se dessine peu à peu.

📚 Fiche éditeur

Auteur Kasumi Yasuda
Éditeur Glénat
Collection Seinen
Date de sortie 17 juin 2026
Prix 7,90 €
EAN 9782344074862
Pagination 192 pages
Format Souple, 130 × 180 mm, noir et blanc

Dupont, nouvel album Pensées vagabondes, disponible chez Baboo Music

L’artiste Dupont a commencé par publier le premier extrait Des kilomètres d’enfer, puis a suivi le 19 juin son nouvel album Pensées Vagabondes sur le label Baboo Music. Il a fallu un long cheminement artistique et personnel pour aboutir aux 7 morceaux pleins d’une belle sincérité, non sans poésie et émotions vraies. Le ton se situe entre folk, rock et chanson française pour partager de beaux textes qui soulignent les errances, mais aussi les doutes, avec parfois des espoirs qui subsistent et des rencontres qui les concrétisent.

De la chanson française en majesté

L’album Pensées vagabondes a été enregistré à Astaffort dans les studios Baboo Music avec Esthen Dehut à la direction artistique. L’artiste s’est fait accompagner par elle dans la réalisation de ce 3e projet discographique et s’est entouré d’une belle brochette de collaborateurs, Denis Benarrosh à la batterie, Nicolas Fizman à la basse, Nicolas Auger aux claviers et Freddy Koella aux guitares. Le single Des kilomètres d’enfer appuyait sur une belle veine rock remplie d’énergie brute et immédiate parfaitement orchestrée. L’auteur-compositeur-interprète québécois a connu un parcours singulier, JC Dupont se laisse porter par des influences folk-rock nord-américaines auxquelles il ajoute une belle sensibilité francophone assumée et d’irrésistibles touches de country contemporaine, Pensées Vagabondes contient 7 morceaux qui mettent l’humain au centre de tout, avec le meilleur et souvent le plus émouvant.

Les textes sont beaux et profonds, comme pour le très puissant En amour avec lui, les mélodies demandent plusieurs réécoutes pour bien apprécier l’émotion dégagée par les histoires racontées. Pensées Vagabondes est une belle invitation à un voyage musical tout en sincérité, vivement une rencontre prochaine ou un concert peut être à venir pour en savoir plus sur cet artiste au grand cœur et à la belle émotion contenue qui ne demande qu’à déborder.

Des corps en résistance

Des corps en résistance
Florian Krewer – Only one life peace 2024 Huile sur toile © Florian Krewer. Courtesy VeneKlasen Collection de l’artiste

Des corps en résistance

Il arrive qu’un musée cesse d’être un lieu de contemplation pour devenir une chambre d’écho des convulsions du monde.

Le Musée d’Art Moderne de Paris réussit ce tour de force en faisant dialoguer « Réalités estoniennes » et « woven thin » de Florian Krewer.

Deux expositions qui semblent s’ignorer, mais qui, dans leur proximité, composent un même poème inquiet sur notre époque : celle où les corps portent désormais la mémoire des empires déchus, des identités mouvantes et des solitudes contemporaines.

L’intime comme territoire

L’exposition consacrée à l’Estonie ne raconte pas un pays. Elle raconte une résistance. Celle d’un peuple dont l’histoire s’est écrite sous la pression des occupations, des frontières déplacées et des silences imposés.

Rien d’illustratif pourtant. Ici, la politique ne se donne jamais en spectacle, elle infiltre la matière même des œuvres.

Les tableaux d’Olga Terri semblent baignés d’une lumière qui aurait perdu toute innocence. Ses personnages habitent un temps suspendu, presque minéral. Ils ne regardent personne, ils contemplent un passé qui refuse obstinément de devenir mémoire.

Chaque visage paraît retenir un cri que la peinture, par pudeur, refuse de laisser éclater. Cette retenue bouleverse davantage que toutes les démonstrations.

Puis survient Anu Põder et sa densité plastique à la vulnérabilité exarcerbée. Chez elle, le tissu usé, le savon, les étoffes élimées ou les fragments du quotidien deviennent des reliques d’existences anonymes. Ses sculptures ressemblent à des peaux abandonnées après la tempête.

Elles ne représentent pas le corps : elles en conservent l’empreinte, comme une absence encore chaude. Dans cette matière pauvre se loge une émotion mais aussi une dérision puissantes.

Avec Kris Lemsalu, le récit bascule dans une autre dimension. Les formes explosent, les figures hybrides prolifèrent, l’humour flirte avec l’apocalypse. Le grotesque devient un langage politique.

Ses créatures carnavalesques semblent surgir des ruines d’un monde ancien pour inventer une mythologie débarrassée de toute norme. Le rire devient ici une arme de désobéissance.

Une salle plus loin, Florian Krewer reprend ce dialogue avec une brutalité lumineuse. Sa peinture n’illustre rien, elle percute.

Les silhouettes surgissent comme des apparitions au milieu de coulées chromatiques où les bleus électriques, les roses fiévreux, les verts toxiques et les noirs profonds semblent encore en fusion.

La toile demeure traversée par une énergie primitive qui tient autant du geste expressionniste que de la pulsation urbaine.

Chaque coup de brosse ressemble à une accélération cardiaque. Mais derrière cette déflagration picturale se cache une infinie tendresse.

Krewer peint une jeunesse qui ne revendique rien sinon le droit d’exister. Ses personnages s’étreignent, errent, dansent, s’abandonnent dans des paysages qui ressemblent à des lendemains d’incendie.

L’intimité devient leur ultime refuge. À l’heure où tout se marchandise, où tout se met en scène, ces étreintes maladroites possèdent quelque chose de profondément subversif. Elles réhabilitent la douceur comme geste de résistance.

Ce qui saisit chez Krewer, c’est sa manière de faire vaciller les corps dans la couleur jusqu’à les rendre presque liquides. Les contours se dissolvent, les identités deviennent poreuses. La peinture cesse d’être une représentation, elle devient un état émotionnel.

On ne regarde plus une scène : on entre dans une sensation.C’est précisément là que ces deux expositions se rejoignent. Toutes deux racontent des êtres qui refusent de disparaître.

Chez Olga Terri, Anu Põder et Kris Lemsalu comme chez Florian Krewer, les corps demeurent des territoires disputés, traversés par la mémoire, le désir, les violences politiques ou les fractures sociales.

Pourtant, jamais ces artistes ne sombrent dans le désespoir. Ils savent qu’au cœur même de la blessure subsiste une force irréductible : celle de continuer à créer, aimer, désirer.

On ressort de ce double parcours avec le sentiment d’avoir contemplé moins des œuvres que des présences. Des présences fragiles, obstinées, irréductibles.

Comme si la peinture et la sculpture continuaient, envers et contre tout, à accomplir ce miracle ancien : redonner un visage à ce que l’Histoire s’acharne sans cesse à effacer.

 Dates : jusqu’au 19 juillet 2026 pour « Réalités estoniennes » et jusqu’au 4 janvier 2027 pour Florian Krewer – LieuMusée d’Art Moderne de Paris (Paris)

Une collection contre l’oubli

Une collection contre l'oubli
Ryan McGinley Dakota Hair, [Coiffure du Dakota], 2004 (© Ryan McGinley)

Une collection contre l’oubli

Derrière les quelque trois cents photographies réunies par Elton John et David Furnish au fil de plus de trois décennies se dessine moins un musée imaginaire qu’une véritable cartographie affective, où chaque image semble répondre à une autre dans un vaste dialogue sur le désir, la mémoire, l’identité et la vulnérabilité.

On entre dans « Fragile beauté » comme on tourne les pages d’un album de famille dont les visages nous seraient inconnus mais dont les émotions nous appartiendraient déjà.

L’exposition déjoue rapidement le piège de la célébrité pour révéler une aventure autrement plus passionnante : celle de deux regards qui, depuis plus de trente ans, ont fait de la photographie un refuge contre l’oubli.

Car cette collection raconte avant tout une époque. Une époque de conquêtes et de blessures, d’émancipations et de deuils. D’une salle à l’autre, les corps apparaissent comme le véritable sujet de l’exposition.

La vie décuplée

Corps désirants, corps politiques, corps magnifiés ou stigmatisés. Chez Robert Mapplethorpe, la perfection plastique prend des allures de manifeste.

Chez Nan Goldin, elle se fissure au contact du réel, de la nuit, de l’amour et de la perte. Ailleurs, les photographes saisissent des fragments d’existence qui semblent déjà menacés de disparition au moment même où l’obturateur les fixe.

La force du parcours tient précisément dans cette tension permanente entre l’éclat et la disparition. Et le sentiment que chaque image lutte contre le temps.

Les grands maîtres du XXe siècle y côtoient des artistes contemporains sans que jamais la chronologie ne vienne figer le regard.

Les œuvres dialoguent à travers les décennies comme si elles participaient d’une même conversation ininterrompue sur ce qui constitue la beauté lorsque celle-ci cesse d’être une simple catégorie esthétique pour devenir une expérience humaine.

À mesure que l’on progresse, une autre histoire affleure : celle des marges longtemps maintenues hors champ.

L’homosexualité, les identités plurielles, les communautés frappées par l’épidémie de sida, les luttes pour la reconnaissance et la visibilité irriguent discrètement le parcours.

Sans discours militant appuyé, l’exposition rappelle combien la photographie fut souvent un espace de résistance. Un lieu où celles et ceux que l’histoire officielle regardait à peine pouvaient enfin apparaître au centre de l’image.

Ce qui ressort aussi de cette collection, c’est sa part d’intimité et sa coloration pop en résonance avec une époque. Les photographies n’ont pas été choisies pour illustrer une histoire de l’art idéale mais parce qu’elles ont manifestement compté dans une vie.

Chaque acquisition semble relever d’un coup de foudre, d’une nécessité intime. Derrière le collectionneur se dessine alors la figure du passeur, presque du gardien.

Celui qui veille sur les images pour qu’elles continuent à transmettre leur charge de mémoire aux générations suivantes.

Dans un monde saturé de visuels aussitôt consommés qu’oubliés, « Fragile beauté » rappelle ce que peut encore être une image lorsqu’elle résiste au flux : une présence. Une blessure parfois. Une consolation souvent. Une esthétique aussi.

La preuve, surtout, qu’entre l’art et la vie il n’existe plus aucune frontière véritable.

 Dates : du 12 juin au 27 septembre 2026 – Lieu : Jeu de Paume (Paris)

La cité d’Angèle – Tome 1 : De New York à Chicago (Glénat jeunesse)

La cité d’Angèle – Tome 1 : De New York à Chicago (Glénat jeunesse)

La cité d’Angèle – Tome 1 : De New York à Chicago est un roman jeunesse, qui vient de sortir, écrite par Benjamin Muller et Céline Kallmann, illustrée par Nicolas Grebil et publiée aux éditions Glénat Jeunesse. C’est une histoire très bien écrite, et très joliment illustrée !

Le premier tome de La cité d’Angèle raconte l’aventure de Louis, un jeune garçon qui entreprend un grand voyage, avec le soutien et la confiance de ses parents, à travers les États-Unis pour retrouver Angèle, sa meilleure amie qui a déménagé. Son périple commence à New York et doit le conduire jusqu’à Chicago, puis vers d’autres régions américaines. Mais dès le début de son voyage, Louis rencontre des difficultés : il perd son sac à dos et doit apprendre à se débrouiller sans ses affaires. Heureusement, il fait de nouvelles rencontres qui vont l’aider à continuer son chemin.

Au fil de son aventure, Louis découvre de nouveaux endroits, rencontre des personnes différentes et apprend à être plus autonome. Cette BD aborde plusieurs thèmes importants comme l’amitié, le courage, la confiance en soi et la découverte du monde.

Publik’Art est fan de cette bande dessinée car elle raconte une aventure pleine de rebondissements tout en montrant l’importance des liens entre les personnes. Les dessins rendent l’histoire agréable à suivre et permettent de mieux imaginer les paysages et les rencontres de Louis.

La cité d’Angèle La cité d’Angèle est une BD jeunesse qui mêle voyage, aventure et émotions. Elle montre qu’un grand projet peut permettre de grandir et de découvrir de nouvelles choses sur soi et sur les autres. On attend avec impatience le Tome 2 !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Juillet 2026

Auteur : Benjamin Muller et Céline Kallmann

Illustrateur : Nicolas Grebil

Editeur : Glénat Jeunesse

Prix : 13,50 €

Sous les masques, la féerie grinçante de Valérie Lesort sur france.tv

Sous les masques, la féerie grinçante de Valérie Lesort
© Thomas Amouroux

Sous les masques, la féerie grinçante de Valérie Lesort sur france.tv

« Paris est une fête », disait Hemingway. Chez Offenbach, c’est surtout une mascarade. Une immense scène où chacun s’invente un personnage, où l’on change d’identité comme de costume et où le désir de paraître finit par devenir le véritable moteur social

Au Théâtre du Châtelet, Valérie Lesort avec « La vie parisienne » saisit cette intuition à l’abri d’une remarquable acuité. Plutôt que de reconstituer le Second Empire, elle en exhume les fantômes pour composer une féerie burlesque où le merveilleux côtoie sans cesse l’inquiétant.

Le triomphe du faux et du vivant

Dès les premiers instants, le regard est happé par un univers qui semble s’être échappé d’un songe. Les décors imaginés par Éric Ruf ne cherchent jamais le réalisme et les costumes animaliers tout droit inspirés de Grandville, caricaturiste du début du XXème siècle et d’un égal de Daumier.

Ils ouvrent sur des espaces de jeu mouvants, comme des boîtes à illusions dans lesquelles surgissent des créatures improbables, des silhouettes déformées, des apparitions.

Lesquelles rappellent combien Valérie Lesort demeure l’une des rares metteuses en scène françaises capables de mêler théâtre, arts plastiques et imaginaire populaire sans jamais sacrifier la dramaturgie.

Car sous les ors de l’opérette affleure ici quelque chose de plus étrange. Cette Vie parisienne ressemble à une parade dont les participants auraient oublié pourquoi ils défilent.

Lesort accentue la dimension carnavalesque de l’ouvrage : les corps se métamorphosent, les visages deviennent des masques et les rapports sociaux prennent les allures d’un gigantesque jeu de dupes.

Ce parti pris éclaire admirablement le regard féroce que Meilhac, Halévy et Offenbach portaient sur leur époque. Derrière les rires, la satire demeure intacte.

La troupe de la Comédie-Française se jette dans cette aventure avec une gourmandise communicative. Benjamin Lavernhe compose un Gardefeu aussi élégant que roublard tandis que Baptiste Chabauty donne à Bobinet une énergie irrésistible.

Christian Hecq transforme le baron de Gondremark en monument de naïveté comique, et Serge Bagdassarian fait du Brésilien une apparition aussi extravagante qu’attachante.

Quant à Elsa Lepoivre, elle apporte à Métella une liberté et une insolence qui résument à elles seules tout l’esprit de cette société en perpétuelle représentation.

La direction musicale d’Alexandra Cravero accompagne cette folie avec une souplesse remarquable. La partition pétille sans jamais verser dans l’agitation. Chaque ensemble conserve sa lisibilité, chaque refrain son élégance.

L’orchestre fait entendre toute la modernité d’Offenbach, cette manière unique de faire danser la mélancolie sous les éclats du rire. Ce qui séduit surtout, c’est que Valérie Lesort refuse la facilité du simple divertissement.

Derrière les facéties, les métamorphoses et les trouvailles visuelles, elle laisse apparaître une humanité fragile. Son Paris n’est pas seulement celui des plaisirs et des fêtes ; c’est aussi une ville peuplée d’êtres qui jouent un rôle pour conjurer leur solitude.

Dès lors, « La Vie parisienne » cesse d’être une opérette patrimoniale pour devenir le portrait intemporel d’une société fascinée par sa propre image.

Sous les lumières du Châtelet, Offenbach retrouve ainsi toute sa force : celle d’un enchanteur qui savait mieux que quiconque que le rire est souvent la forme la plus élégante de la lucidité.

Dates : du 12 juin au 11 juillet 2026 et sur france.tv le 8 juillet à 21h – Lieu : Théâtre du Châtelet (Paris)
 Mise en scène : Valérie Lesort

Une belle histoire de femmes fortes avec Les Petites Femmes de Maupassant au Lucernaire

Le Lucernaire aime à proposer des pièces touchantes et magnifiques où les personnages dévoilent leur vie au-delà des conventions et des apparences. Ce sont ici 4 femmes qui racontent leurs sentiments et montrent l’étendue de leur liberté intérieure dans une narration drôle et enlevée où les récits et les tours de chant de succèdent avec rythme et jubilation.

Une pièce sans regrets ni remords

Les personnages sont clairement dessinés dès le départ. Céleste (éblouissante Alexandra Sarramona) est une baronne de Grangerie bien seule. Quand elle invite dans sa villa au bord de la mer son amie la marquise Hortense de Renneton (Karine Pinoteau) et sa nièce Coralie avec son amie d’enfance Charlotte dite Zoé (Eurydice El-Etr et Marie Grach), les femmes évoquent très tôt leur satisfaction d’avoir pu abandonner leurs époux pour se ressourcer entre femmes. Le moment de villégiature se transforme en élan de liberté retrouvée, les barrières tombent très vite et elles peuvent se raconter leurs problèmes de couple, non sans faire percevoir tout de même l’estime qu’elles portent malgré tout a leurs époux et à la gente masculine en général. Les confidences font filtrer des notes d’espoir et de résignation. L’humour et la tendresse sont constants, le XIXe siècle est ravivé avec le sourire et la pièce nous invite dans un univers feutré qui pourrait très bien servir de cadre à une série télévisuelle. L’auteur Roger Défossez a utilisé des récits de Maupassant pour évoquer des aventures pleines de charme, tantôt coquines, tantôt frivoles, jamais vulgaires pour tenter d’échafauder un portrait sans complaisance de la femme du XIXe siècle. Les récits alternent avec des tours de chant enlevés ponctués d’applaudissements nourris de la part de spectateurs heureux d’assister à un tel moment de grâce.

La pièce Les petites femmes de Maupassant est un incontournable de l’été 2026, elle est à découvrir jusqu’au 23 aout au Lucernaire pour un très beau moment de théâtre lumineux.

Synopsis:

À travers une mosaïque de récits, Les Petites Femmes de Maupassant révèle un écrivain amoureux de la liberté et des femmes. Quatre comédiennes incarnent avec humour et finesse des héroïnes tantôt intrigantes, tantôt ingénues, qui livrent leurs secrets d’amour. Cette adaptation dessine un Maupassant drôle, sensuel et inattendu, croquant les relations humaines avec une ironie tendre. Un spectacle délicat, vif et profondément contemporain, où la malice le dispute à l’émotion.

Elles sont quatre, tour à tour chipies et intrigantes, leurs voix s’entrelacent en secrets d’alcôve.

Détails:

Mercredi > samedi 18h30| Dimanche 15h

Du 24 juin23 août 2026, Théâtre Noir

[BD] Les Gendarmes – L’Album du film (Bamboo Édition)

Les Gendarmes – L'Album du film (Bamboo Édition) – couverture[BD] Les Gendarmes – L’Album du film, de Sulpice, Cazenove, Jenfèvre & Bast (Bamboo Édition)

Quand un éditeur de bande dessinée devient producteur de cinéma et qu’il décide de raconter cette aventure dans un album : voilà la promesse inhabituelle et alléchante que tient Bamboo Édition le 8 juillet 2026 avec Les Gendarmes – L’Album du film. L’objet ne ressemble à rien d’autre dans le catalogue. Ce n’est pas le tome 20 d’une série qui en compte déjà dix-neuf. Ce n’est pas non plus un livre de photos comme on en trouve à la sortie des grosses productions. C’est un making-of dessiné, conçu comme un trait d’union entre la BD que les lecteurs connaissent depuis plus de vingt ans et le long-métrage qui débarque dans les salles un mois plus tard, le 5 août 2026.

Petit rappel pour les amateurs des trois pelés qui peuplent la gendarmerie de Vaubricourt. Lancée par Olivier Sulpice, Christophe Cazenove et Henri Jenfèvre, la série s’est imposée comme l’une des locomotives de Bamboo : plus de 3 millions d’exemplaires vendus tous tomes confondus, 300 000 pour le seul premier opus, dix-neuf albums au catalogue à ce jour. Une comédie d’entreprise déguisée en uniforme, où chaque gag joue du décalage entre la mission régalienne et le quotidien provincial. Une recette suffisamment huilée pour qu’on imagine sans peine la transposition à l’écran.

C’est précisément ce que Bamboo a fait, sans attendre qu’un producteur extérieur frappe à la porte. La maison a monté elle-même la structure qui porterait le projet. Bamboo Films, lancée par Sulpice avec Matthieu Zeller, est encore une jeune société — Les Gendarmes en est l’un des premiers actes. Le tournage a été confié à Stéphan Archinard et François Prévôt-Leygonie, le duo aux commandes de la franchise Les Tuche, autant dire qu’on reste dans le registre familier de la comédie populaire française.

Dans l’édito qui ouvre l’album, Olivier Sulpice résume sa logique : « Depuis le début de l’aventure Bamboo, ma passion est de donner vie à des histoires. Alors, franchir le pas vers le cinéma est apparu comme un formidable défi. En créant Bamboo Films avec Matthieu Zeller, notre volonté était de ne pas attendre que l’on vienne nous proposer d’adapter nos BD, mais d’être à l’initiative, lancer les projets et les accompagner avec le même soin que nous apportons à nos albums. » On reconnaît là le fonctionnement de l’éditeur mâconnais, qui publie plus de 350 albums par an, sait que la comédie populaire n’attend pas, et préfère piloter ses adaptations plutôt que les confier à des tiers.

L’album fonctionne comme une coulisse mise en cases. Au sommaire : la genèse du film, les producteurs, le passage de l’idée au scénario, la parole des réalisateurs sur le casting, les rôles secondaires, la figuration, le chef décorateur et les décors, le chef opérateur, la prise de son, l’HMC (habillage, maquillage, coiffure), les cascades, le travail de montage. Un chapitre se charge de comparer un gag d’origine, tel qu’il a été dessiné, avec sa version filmée — exercice rare en BD, et probablement le plus parlant pour les fans de la série. Des souvenirs de tournage ferment la marche. Le ton n’a rien de promotionnel : on est davantage du côté des Art of… qui accompagnent les sorties Pixar que du programme de salle.

Côté plume, Les Gendarmes repose sur un quatuor désormais bien rodé. Olivier Sulpice, né à Mâcon en 1971, ancien du studio d’animation, a fondé Bamboo Édition en 1997 avec Henri Jenfèvre, après leur rencontre en 1993. Voir un président d’édition cosigner les scénarios de la série qu’il publie reste une configuration peu commune dans le paysage français — la voir produire l’adaptation cinéma, encore moins. Christophe Cazenove, qu’on connaît pour Les Sisters, Les Pompiers, Les Petits Mythos, Amy pour la vie ou Le Zoo des animaux disparus, complète l’équipe scénaristique. Au dessin, Henri Jenfèvre (Joe Bar Team, Tuning Maniacs, L’Efficeur) et Sébastien Lagarrigue alias Bast, illustrateur bordelais qui enseigne à l’ESMA, donnent à la série son trait débonnaire.

Ce que cet album dit, en creux, dépasse la curiosité de lecteur. Il acte une stratégie. La bande dessinée populaire française n’attend plus que le cinéma la regarde : elle se met elle-même au plateau. Les Profs, Le Petit Spirou ou Boule et Bill avaient ouvert la voie sans que les éditeurs concernés tiennent la caméra. Bamboo passe une étape supplémentaire. La parution un mois avant la sortie en salles tient à la fois du calage marketing et du complément utile pour qui voudra mesurer le chemin parcouru entre la page et l’écran. Un sas, en somme — celui qui mène du rire en case au rire en salle.

📚 FICHE ÉDITEUR

Titre Les Gendarmes – L’Album du film
Scénaristes BD Olivier Sulpice, Christophe Cazenove, Henri Jenfèvre, Sébastien Lagarrigue (Bast)
Avec Matthieu Zeller (réalisateur du film)
Éditeur Bamboo Édition
Date de sortie 8 juillet 2026
Pagination 80 pages
Prix 11,90 €
ISBN 979-1-0411-1806-9
Lien Sortie cinéma : 5 août 2026 (réal. Stéphan Archinard & François Prévôt-Leygonie)

Julien Gosselin ouvre le 80e Festival d’Avignon

Julien Gosselin s’apprête à ouvrir le 80 ème Festival d’Avignon
Répétition de Maldoror, Julien Gosselin, 2026 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Julien Gosselin ouvre le 80e Festival d’Avignon

Il fallait sans doute Julien Gosselin pour ouvrir la 80e édition du Festival d’Avignon. Non parce qu’il est devenu l’une des figures majeures de la scène européenne, mais parce que son théâtre refuse obstinément le confort des certitudes.

Depuis plus de dix ans, chacune de ses créations agit comme une secousse. À rebours des récits rassurants, il préfère les zones de fracture, les paysages dévastés où la littérature éclaire ce que notre époque peine à regarder en face.

« Maldoror », créé dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, s’annonce comme l’aboutissement provisoire de cette traversée.

Le grand plongeon d’Avignon

Le titre convoque immédiatement Lautréamont, mais Julien Gosselin se gardera bien de transformer Les Chants de Maldoror en objet théâtral.

Fidèle à sa méthode, il s’attachera à faire naître un réseau de correspondances où l’œuvre d’Isidore Ducasse dialogue avec Roberto Bolaño, cet autre immense cartographe des ténèbres contemporaines.

Entre les deux écrivains circule une même fièvre : celle d’une littérature qui ne décrit pas le mal mais en épouse les lignes de faille pour mieux en révéler les mécanismes.

Cette manière de construire le théâtre par constellation est devenue la marque de Gosselin. Chez lui, les textes se répondent, se contaminent, se prolongent jusqu’à composer une pensée en mouvement.

La scène devient un laboratoire où les images, la vidéo, les corps, la musique et les mots ne cherchent jamais l’effet spectaculaire pour lui-même.

Ces éléments fabriquent une expérience sensorielle qui oblige le spectateur à abandonner ses repères.

Rarement un metteur en scène aura entretenu un rapport aussi organique avec la littérature. Houellebecq, Bolaño, Don DeLillo, Leonid Andreïev, Marguerite Duras : autant d’écrivains qui, entre ses mains, cessent d’être des monuments pour devenir une matière vivante, instable, brûlante.

Gosselin ne transpose pas des romans. Il en extrait les courants souterrains, les pulsations secrètes, jusqu’à inventer une langue scénique qui n’appartient qu’à lui.

Avec « Maldoror », cette recherche devrait prendre une résonance particulière. Le spectacle devant moins vouloir raconter une histoire que sonder une inquiétude.

D’où naît la fascination pour la destruction ? Comment les idéologies les plus meurtrières s’insinuent-elles dans les imaginaires ? Quelle responsabilité incombe à l’art lorsqu’il décide de regarder l’irreprésentable ?

Autant de questions qui traversent l’œuvre de Bolaño comme celle de Lautréamont et qui trouvent aujourd’hui un écho troublant dans un monde gagné par la brutalisation des rapports humains.

Ce qui frappe chez Julien Gosselin, c’est précisément ce refus de transformer le théâtre en tribunal. Il ne distribue ni absolution ni condamnation. Il expose des forces contradictoires, des vertiges, des ambiguïtés.

ll fait confiance au spectateur pour accepter cette traversée sans balises morales, convaincu que le théâtre demeure l’un des derniers espaces où l’on peut encore affronter la complexité sans la réduire

Il y a quelque chose de profondément avignonnais dans cette ambition. La Cour d’honneur n’est pas seulement un écrin monumental ; elle exige des artistes qu’ils dialoguent avec l’histoire, avec le temps long, avec une mémoire collective qui dépasse largement l’événement théâtral.

Gosselin s’y prépare à travers une œuvre-fleuve où la durée devient elle-même un geste esthétique, invitant le public à s’abandonner au rythme hypnotique d’une pensée qui se déploie lentement.

En ouvrant cette édition anniversaire, Julien Gosselin confirme qu’il est l’un des metteurs en scène qui aura le plus profondément renouvelé le rapport entre littérature et théâtre au cours de la dernière décennie.

Son œuvre ne cherche pas à consoler. Elle préfère ouvrir des brèches, déranger les évidences et rappeler que les grandes œuvres naissent souvent là où l’obscurité devient, paradoxalement, une source de lucidité.

« Maldoror » promet ainsi moins un spectacle qu’une expérience de pensée. Une plongée dans les profondeurs de l’âme humaine dont on ne ressort sans doute ni indemne ni tout à fait le même.

Dates : du 4 au 12 juillet 2026 et sur Arte le 18 juillet à 22H40 – Lieu : Cour d’honneur du Palais des Papes (Avignon)
Adaptation et mise en scène  : Julien Gosselin

Caroline Silhol : la conscience vive de Beauvoir

Caroline Silhol : la conscience vive de Beauvoir
Mémoires d’une jeune fille rangée (© Sébastien Toubon)

Caroline Silhol : la conscience vive de Beauvoir

Certaines œuvres échappent au temps parce qu’elles refusent d’être des monuments. Elles demeurent des forces en mouvement.

« Mémoires d’une jeune fille rangée » appartient à cette catégorie de livres qui ne cessent de recommencer leur lecture, tant chaque époque y retrouve ses propres lignes de fracture.

Avec une intelligence d’évocation, Caroline Silhol ne cherche pas à célébrer Simone de Beauvoir. Elle lui restitue ce que les commémorations finissent parfois par effacer : l’intranquillité.

Une liberté à conquérir

Car avant d’être une figure tutélaire du féminisme, Beauvoir fut une jeune femme qui doutait de tout ou presque.

De Dieu, de la famille, de l’éducation, de la morale, des conventions bourgeoises et, plus profondément encore, de la place que la société semblait avoir écrite pour elle avant même qu’elle n’ait commencé à vivre.

C’est cette naissance du doute que Caroline Silhol restitue avec une délicatesse remarquable. Non comme un geste spectaculaire, mais comme une lente conquête intérieure.

Le théâtre retrouve alors sa fonction première : donner un corps à une pensée. Ici, il ne se passe presque rien, sinon l’essentiel. Une femme parle. Ou plutôt pense.

Et cette pensée devient peu à peu un paysage. Chaque souvenir ouvre une brèche, chaque lecture repousse les murs d’une existence trop étroite, chaque désobéissance dessine un territoire où la liberté cesse d’être une idée abstraite pour devenir une expérience vécue.

Caroline Silhol ne compose jamais un personnage. Elle accueille une voix. Sa diction, d’une précision sans ostentation, laisse affleurer les contradictions d’une jeune Beauvoir encore traversée par les élans de l’enfance autant que par les vertiges de la lucidité.

Il y a dans son regard une écoute permanente, comme si les mots continuaient de la surprendre au moment même où elle les prononce. Cette disponibilité confère au spectacle une qualité précieuse : rien n’y paraît figé.

La mise en scène épouse cette même exigence de dépouillement. Elle refuse l’illustration comme le didactisme. Le texte n’est jamais prisonnier d’un dispositif, il respire librement.

Et le spectateur devient le véritable scénographe du spectacle, construisant lui-même les images que les mots font naître

Mais la réussite de cette adaptation tient aussi à ce qu’elle révèle de notre présent. Car Beauvoir ne raconte pas uniquement l’émancipation d’une femme au début du XXᵉ siècle.

Elle met au jour les mécanismes, infiniment contemporains, par lesquels une société fabrique le consentement.

Les assignations changent de visage, les discours évoluent, mais demeure cette question fondamentale : comment devenir soi sans se laisser définir par le regard des autres ?

C’est là que « Mémoires d’une jeune fille rangée » retrouve toute sa puissance politique. Non pas celle des slogans ou des certitudes, mais celle, plus exigeante, d’une pensée qui accepte le risque du doute.

À l’heure où les opinions se crispent, où les algorithmes enferment chacun dans ses convictions et où le débat public cède souvent à l’invective, entendre Beauvoir réapprendre à penser possède quelque chose de profondément salutaire.

Caroline Silhol ne livre pas un hommage. Elle accomplit un passage de témoin. Elle rappelle que les grandes œuvres ne sont jamais faites pour être admirées à distance, mais pour continuer à travailler celles et ceux qui les rencontrent.

Date : depuis le 5 mai 2026 (les mardis, mercredis et jeudis à 19h) – Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris)
Lecture scénique et interprétation  : Caroline Silhol

« Vibrations » : l’art de faire monde au Palais Garnier

"Vibrations" : l'art de faire monde à l'opéra Garnier
© Julien Benhamou / OnP

« Vibrations » : l’art de faire monde au Palais Garnier

Il y a des spectacles qui ressemblent à un manifeste. « Vibrations », le nouveau programme du Ballet de l’Opéra de Paris, n’est pas un simple triptyque chorégraphique : c’est une traversée de notre époque, où les corps deviennent les sismographes de nos émotions, de nos fractures et de nos espoirs.

Trois signatures, trois écritures radicalement différentes, mais une même interrogation irrigue la soirée : comment danser aujourd’hui un monde qui vacille ?

La découverte de « Dreams This Way », première création de Micaela Taylor pour les danseurs de l’Opéra, ouvre des perspectives réjouissantes.

Nourrie des cultures hip-hop sans jamais les réduire à un vocabulaire d’emprunt, la chorégraphe américaine injecte dans le corps académique une énergie organique qui semble constamment défier son propre équilibre.

Pulsations d’un monde en mouvement

Les quinze interprètes évoluent dans une matière chorégraphique nerveuse, faite d’impulsions, de suspensions et de glissements d’états, comme si chaque geste naissait d’une émotion encore informe.

Plus qu’un récit, Taylor compose un paysage mental. Les frontières entre rêve, mémoire et réalité se brouillent au fil d’une partition qui privilégie les flux plutôt que les démonstrations.

Certains tableaux paraissent encore chercher leur point d’incandescence, mais cette légère dispersion participe aussi d’une esthétique de l’instabilité où l’inachevé devient langage.

On retiendra surtout la formidable disponibilité des danseurs de l’Opéra, qui s’emparent de cette gestuelle hybride avec une liberté presque insolente.

Le choc esthétique vient ensuite avec « Solo for Two » de Mats Ek. Chez le maître suédois, il suffit d’un duo pour faire surgir un monde entier.

Derrière l’apparente simplicité du dispositif se déploie une radiographie d’une rare acuité des relations amoureuses. Chaque étreinte contient déjà la séparation ; chaque rapprochement porte en lui une forme de solitude.

Le paradoxe du titre devient alors une évidence : ils sont deux, mais chacun demeure irréductiblement seul.

Le génie de Mats Ek réside dans cette manière inimitable de faire parler le quotidien sans jamais le banaliser. Un bras qui retient, un regard qui fuit, un déséquilibre imperceptible suffisent à raconter l’usure des sentiments.

Rien n’est décoratif, tout est nécessité dramatique. Les danseurs de l’Opéra trouvent dans cette écriture charnelle un terrain d’expression exceptionnel, où la virtuosité cesse d’être une fin pour devenir une vérité humaine.

On ne regarde plus un pas de deux : on assiste à la mise à nu d’une intimité.

Après cette plongée dans l’infiniment humain, « The Seasons’ Canon » de Crystal Pite ouvre le champ jusqu’au cosmique. Rarement le collectif aura été aussi magnifiquement pensé.

Chez Crystal Pite, le corps individuel ne disparaît jamais dans la masse, il en devient la respiration.

Les vagues humaines se forment, se disloquent puis renaissent dans un mouvement perpétuel qui évoque autant les cycles de la nature que les métamorphoses des sociétés contemporaines.

Sur la musique hypnotique de Max Richter dialoguant avec Vivaldi, la chorégraphie atteint une puissance presque tellurique. La dernière séquence demeure un moment d’une beauté sidérante.

Derrière l’hypnose sensorielle se dessine une réflexion sur notre époque, traversée par la violence, le désir d’appartenance et la difficulté de faire communauté.

D’une houle de corps surgit lentement une silhouette féminine, comme une naissance, une résurrection ou peut-être simplement une promesse.

Crystal Pite possède ce talent rare : transformer une architecture chorégraphique monumentale en une émotion profondément intime. Ce geste incroyable capable de conjuguer avec une telle évidence ampleur du mouvement et précision du détail.

Si les trois pièces explorent des territoires distincts, elles dessinent en creux un même portrait de l’être contemporain : tiraillé entre désir d’appartenance et affirmation de soi, entre mémoire et devenir, entre vulnérabilité et résistance.

Cette cohérence souterraine donne au programme toute sa force. Surtout, « Vibrations » confirme une nouvelle fois l’extraordinaire plasticité du Ballet de l’Opéra de Paris.

Les danseurs passent avec une aisance déconcertante de l’expressivité terrienne de Micaela Taylor à la théâtralité psychologique de Mats Ek avant de se fondre dans les architectures mouvantes de Crystal Pite.

Au-delà de la pertinence de chacune des œuvres, « Vibrations » rappelle que la danse est d’abord un art de la résonance.

Les corps vibrent entre eux, avec la musique, avec le monde. Et lorsque ces vibrations trouvent une telle intensité, elles continuent longtemps de vibrer encore en nous bien après la tombée du rideau.

Dates : du 27 juin au 14 juillet 2026 – Lieu : Palais Garnier (Paris)
 Chorégraphes : Micaela Taylor, MatsEk, Crystal Pite

Autopsie d’un suicide : le roman de Marie-Sophie Charpentier qui met en lumière les violences psychologiques

 

Autopsie d’un suicide : le roman de Marie-Sophie Charpentier qui met en lumière les violences psychologiques

Avec Autopsie d’un suicide, Marie-Sophie Charpentier propose un texte puissant qui explore les mécanismes de l’emprise et les violences invisibles au sein du couple. Publié aux éditions Beta Publisher dans la collection « À Sexe Égal », ce livre s’inscrit dans une littérature engagée, à la fois intime et universelle, qui donne voix à des expériences souvent tues.

Le récit s’ouvre sur une idée forte : la narratrice est morte, et pourtant elle raconte. À partir de ce point de départ saisissant, elle entreprend de revenir sur son parcours afin de comprendre les raisons qui l’ont conduite à ce geste irréversible. Cette construction narrative permet d’installer une distance qui rend l’analyse d’autant plus percutante.

Au fil des pages, le lecteur découvre une vie en apparence ordinaire. Une enfance sans heurts, une vie de couple, des enfants, un quotidien stable. Mais derrière cette normalité, une autre réalité se dessine progressivement. Les repères se brouillent, les limites évoluent, et une relation se transforme lentement en un espace de domination psychologique.

Marie-Sophie Charpentier met en lumière un phénomène essentiel : l’emprise ne s’impose pas brutalement. Elle s’installe de manière insidieuse, presque imperceptible, ce qui la rend particulièrement difficile à identifier et à combattre. Cette approche donne au livre une dimension profondément réaliste et permet de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre dans certaines relations.

L’ouvrage aborde également des thématiques centrales comme le consentement, les rapports de pouvoir et la difficulté de poser ses propres limites. À travers une écriture directe et sincère, l’autrice interroge les dynamiques du couple et la complexité des émotions humaines, entre besoin d’amour, peur de perdre l’autre et perte progressive de soi.

Dans un contexte où la parole sur les violences psychologiques se libère de plus en plus, ce livre trouve une résonance particulière. Marie-Sophie Charpentier a d’ailleurs récemment été mise en lumière dans l’émission Un jour, un doc diffusée sur M6, contribuant à sensibiliser un large public à ces enjeux. Cette exposition médiatique renforce la portée du roman, qui dépasse le cadre du récit individuel pour participer à une prise de conscience collective.

Autopsie d’un suicide est ainsi un livre à la fois poignant et nécessaire, qui invite à réfléchir sur les violences invisibles et sur l’importance de reconnaître les signaux faibles. Une œuvre marquante, portée par une écriture lucide, qui ne laisse pas indifférent et qui s’inscrit pleinement dans les débats contemporains.

Disponible chez Beta publisher : www.betapublisher.com

Là où les corps rêvent plus fort que les mots : Hofesh Shechter

Là où les corps rêvent plus fort que les mots
Hofesh Shechter : Theatre of Dreams (© Tom Visser)

Là où les corps rêvent plus fort que les mots : Hofesh Shechter

Chez Hofesh Shechter, le rêve n’a rien d’un refuge. Il est un territoire instable où les désirs se frottent aux peurs, où les fantômes du passé s’invitent dans les convulsions du présent.

Avec « Theatre of Dreams », le chorégraphe poursuit cette exploration de l’inconscient qui irrigue son œuvre depuis ses débuts, mais il en renouvelle profondément l’écriture.

Plus théâtral, plus fragmentaire, presque cinématographique, ce spectacle compose une succession d’apparitions et d’effacements qui donnent au plateau la matière mouvante d’un esprit en pleine activité.

Le rêve comme champ de bataille

Dès les premières minutes, le spectateur perd ses repères. Les immenses rideaux qui traversent le plateau ne servent pas à masquer la scène : ils deviennent eux-mêmes la chorégraphie.

Ils ouvrent des brèches, engloutissent les interprètes, découpent le regard comme autant de fondus au noir. Shechter ne raconte pas une histoire, il provoque une expérience mentale.

Chaque tableau surgit avant d’être brutalement interrompu, comme ces images nocturnes qui disparaissent au moment même où l’on croit les saisir.

Cette dramaturgie du morcellement nourrit une danse qui demeure immédiatement identifiable.

Les torses penchés vers l’avant, les bras fouettés par une énergie tellurique, les vibrations qui parcourent les corps jusqu’au bout des doigts, les marches martiales soudain contaminées par des élans de fête : tout le vocabulaire de Shechter est là.

Et derrière la puissance tribale affleure une vulnérabilité palpable.

Le collectif composé de 12 danseurs n’écrase pas les individualités, il les révèle fugitivement avant de les réabsorber dans une communauté toujours menacée de dispersion.

La musique, composée par Shechter lui-même et interprétée en partie en direct, agit comme une onde de choc permanente.

Les percussions sourdes font vibrer les fauteuils autant que les corps, tandis que surgissent, presque à contretemps, des respirations mélodiques d’une douceur inattendue.

Cette alternance entre fracas et suspension empêche toute installation confortable. On danse ici au bord du gouffre, avec l’impression que la jubilation pourrait, d’une seconde à l’autre, basculer dans la catastrophe.

Il faut également saluer le travail plastique d’une incroyable sophistication. Les lumières de Tom Visser sculptent un clair-obscur presque pictural où les silhouettes apparaissent comme des réminiscences plus que comme des présences.

Les costumes d’Osnat Kelner, oscillant entre élégance quotidienne et étrangeté assumée, participent de cette impression que tout pourrait appartenir aussi bien au réel qu’à une hallucination.

Surtout, « Theatre of Dreams » rappelle ce qui fait la singularité de Hofesh Shechter : sa capacité à transformer la danse en radiographie de nos pulsions collectives.

Derrière l’hypnose sensorielle se dessine une réflexion sur notre époque, traversée par la violence, le désir d’appartenance et la difficulté de faire communauté.

Les groupes se forment, se désagrègent, s’entraînent dans une euphorie contagieuse avant de laisser apparaître la solitude de chacun. La fête devient résistance autant qu’illusion.

Une écriture qui cultive volontiers la répétition ou le vertige de l’accumulation. Et c’est précisément dans cette saturation que Shechter atteint son objectif : abolir la distance critique pour immerger le spectateur dans un état presque physique de perception.

On ne regarde plus « Theatre of Dreams », on le traverse. Un spectacle qui donne une forme aussi tangible à cette matière insaisissable dont sont faits les rêves : des éclats de mémoire, des désirs inavoués, des peurs ancestrales et, malgré tout, une irrépressible pulsion de vie.

C’est cette tension permanente entre l’ombre et l’élan qui fait de « Theatre of Dreams » une expérience aussi marquante qu’enivrante.

Dates : du 25 juin au 11 juillet 2026 – Lieu : Théâtre de la Ville (Paris)
 Chroégraphie et musique : Hofesh Shechter

[BD] Les Adieux ne durent jamais, de Jim & Laurent Bonneau (Grand Angle)

Les Adieux ne durent jamais - couverture - Jim et Laurent Bonneau - Grand Angle
© Grand Angle / Bamboo Édition

Neuf ans après L’Étreinte, Jim et Laurent Bonneau remettent le couvert. Trois cent vingt-huit pages, une maison à vider à Saint-Jean-de-Luz, trois copains de trente ans et un père mort qui se met à laisser des messages collés au miroir de la salle de bain. Les Adieux ne durent jamais paraît le 1er juillet chez Grand Angle. Récit d’une lecture qu’on n’attendait pas comme ça.

Ce qu’on laisse traîner

Tout part d’un objet ridicule. Un post-it. Carré jaune, parfois orange, qu’on colle sur un frigo pour rappeler le numéro du plombier ou la liste des courses. Personne n’archive un post-it. Personne ne lui prête d’importance au-delà de la semaine. C’est précisément là que Jim place sa fissure : et si la mort écrivait là-dedans ? Pas dans une lettre solennelle, pas dans un testament notarié — sur cette matière la plus précaire qui soit, conçue pour décoller en quelques jours.

La première phrase qui apparaît sur le miroir de Mattéo tient en cinq mots. « Je suis toujours en vie. » Le lendemain, un nouveau post-it. Le surlendemain encore. On ne dira pas ici qui écrit ces messages, ni pourquoi. Le livre prend trois cents pages pour s’en approcher, et c’est ce délitement progressif qui constitue son rythme. Les post-it n’ont pas d’heure, pas de signature, pas de logique. Ils tiennent par leur propre absurdité : ce qu’une personne morte aurait écrit en passant, comme un message Slack laissé à la cantonade. Une écriture cassée du quotidien, qui survit moins par sa profondeur que par son insignifiance même.

Les Adieux ne durent jamais - planche road trip Mattéo Victor Lennon Pays basque - Jim et Laurent Bonneau, Grand Angle
© Jim & Laurent Bonneau / Grand Angle — Bamboo Édition

Trois mecs, une maison, le Sud-Ouest

Mattéo a perdu son père il y a trois ans. La nouvelle ne l’avait pas remué : la famille n’a jamais été son fort, et l’amour filial encore moins. Trois ans plus tard, la maison paternelle à Saint-Jean-de-Luz doit être vidée pour être mise en vente. Mattéo embarque Victor et Lennon, ses deux amis de toujours, et le trio descend vers le Pays basque. Le road trip suit ses lois familières : la mécanique lâche, les fêtes de village s’éternisent, on rate des concerts, on dort trop peu.

Jim aime ces trios masculins de trentenaires, on l’avait déjà vu dans Une nuit à Rome. Ici, l’enjeu n’est plus tout à fait l’amour ou le manque d’amour. C’est la question, plus opaque, de ce qu’on hérite quand on n’a presque rien connu de celui dont on hérite. Mattéo n’a cure de son père biologique. Le scénariste résume le personnage par cette formule, qui en dit long sur la tonalité du livre. Reste un homme jeune, plutôt tortueux, qui fait semblant de ranger des cartons et qui, à la première nuit dans la maison, trouve l’endroit à la fois étranger et familier — les deux à la même seconde.

Le Pays basque n’est pas un décor neutre. La lumière y est crue le matin, douce le soir, et la mer y abrite des disparitions définitives. Celle du père de Mattéo, notamment, dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Après L’Étreinte, la liberté du format-roman

En 2017, les mêmes auteurs avaient signé L’Étreinte. Beaux-Arts Magazine avait écrit « bouleversant ». France Inter avait parlé d’une « pure merveille ». L’album s’était vendu à vingt-cinq mille exemplaires — chiffre considérable pour un roman graphique sans série derrière. Restait à savoir ce que Jim et Bonneau feraient ensuite, après une telle réception. Réponse : trois cent vingt-huit pages, sans pagination imposée par l’éditeur, sans contrainte d’arc narratif tendu vers une chute commerciale. Seize mois de travail pour Bonneau, huit heures par jour, avec la même tonalité de liberté qu’ils s’étaient déjà offerte.

La genèse de l’album est elle-même étrange. En novembre 2023, Bonneau envoie spontanément à Jim une dizaine de planches déjà dessinées : la scène du pneu crevé qui ouvrira le road trip vers le Pays basque. Pas de scénario, pas de plan, pas de découpage — une matière. Jim repart de là, l’élargit, l’oriente. Les deux auteurs résument leur méthode en une phrase qui leur ressemble : « Nous jouons à nous amuser, à nous épater, à nous faire peur. »

Le format obtenu n’est plus celui d’un album BD au sens classique. C’est celui d’un roman graphique de durée, à lire d’un seul tenant un dimanche d’été, comme on lit le Quartier lointain de Taniguchi. La pagination ne se compte plus en planches : elle se compte en immersion.

Les Adieux ne durent jamais - intérieur planche maison du père Saint-Jean-de-Luz Mattéo - dessin Laurent Bonneau
© Jim & Laurent Bonneau / Grand Angle — Bamboo Édition

La lumière de Bonneau

Laurent Bonneau, qui n’a que trente-huit ans, est passé par l’ENSAD de Paris en section photo-vidéo. Ça se voit. Ses cadrages doivent autant au repérage de cinéaste qu’au crayonné de bédéiste : plans très larges sur la maison vide, gros plans frontaux sur les visages qui mentent, raccords dans le mouvement, hors-champs travaillés. La palette tire vers l’ocre, le sable, la terre cuite, avec quelques bleus profonds réservés aux scènes de nuit.

Bonneau vit dans les Pyrénées-Orientales depuis plusieurs années, et il connaît cette lumière du Sud-Ouest qu’aucun filtre numérique ne reproduit. Sur les planches dévoilées en preview par Bamboo, on retrouve ses obsessions de toujours : la maison comme personnage, la peau saisie au plus près, le silence comme matière graphique. Le post-it, lui, tient dans la composition comme une tache de couleur fluo qui agresse le reste. Volontairement. C’est le seul élément du livre qui refuse l’ocre.

Une rentrée à part

On ignore encore, à la lecture des vingt-cinq planches mises en preview, si la promesse fantastique du livre se tient sur trois cents pages. On sait en revanche que Jim n’a jamais autant écrit autour du père absent — son thème souterrain de toujours, déjà présent dans Une nuit à Rome et De beaux moments — et que Bonneau n’a jamais autant pris son temps pour habiter un récit.

Les Adieux ne durent jamais sera l’un des rendez-vous BD de l’été 2026. Un livre conçu pour ce moment précis où on range les affaires de quelqu’un qu’on n’a pas vraiment connu, et où on se rend compte, en ouvrant un tiroir, qu’on cherche quand même quelque chose. Une trace. Un mot. Une preuve. Le post-it est un objet conçu pour disparaître. Ce livre, justement, refuse qu’il disparaisse.

📇 FICHE ÉDITEUR

Scénario Jim (Thierry Terrasson)
Dessin & couleurs Laurent Bonneau
Éditeur Grand Angle (Bamboo Édition)
Date de sortie 1er juillet 2025
Prix 29,99 €
ISBN 979-10-411-0776-5
Pagination 328 pages
Format Histoire complète, cartonné, 22,1 × 29,9 cm

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