Ce livre, C’est quoi le racisme et l’antisémitisme, explique de manière simple ce que sont le racisme et l’antisémitisme, à travers des questions que tout le monde peut se poser; Il est illustré et s’apparente à une bande dessinée, ce qui le rend très à la portée des jeunes ! On est fan des illustrations de Jacques Azam.
D’abord, il montre que le racisme consiste à juger ou rejeter quelqu’un à cause de son origine, de sa couleur de peau ou de sa religion. Ces idées reposent sur des préjugés, c’est-à-dire des croyances fausses.
Le livre explique aussi que le racisme ne date pas d’aujourd’hui. Il s’est développé dans l’histoire avec l’esclavage, la colonisation et certaines théories qui prétendaient que certains êtres humains étaient supérieurs à d’autres.
Ensuite, il aborde l’antisémitisme, qui est une forme particulière de racisme dirigée contre les Juifs. Cette haine s’appuie souvent sur des idées fausses et des théories du complot, et elle a conduit à des événements très graves comme la Shoah.
Il parle également de grandes personnalités comme Anne Frank, Martin Luther King, Nelson Mandela…
Le livre montre également que le racisme existe encore aujourd’hui, parfois de manière visible (insultes, violences), mais aussi de façon plus discrète, dans la vie quotidienne, comme les discriminations.
Enfin, il insiste sur un message important : le racisme et l’antisémitisme ne sont pas une fatalité. Et montre comment on peut lutter contre. On peut les combattre en apprenant à mieux connaître les autres, en refusant les préjugés et en défendant l’égalité. C’est quoi le racisme et l’antisémitisme est un livre destiné aux jeunes lecteurs, il est fondamental et aide à comprendre que ces formes de haine sont injustes, dangereuses et basées sur des idées fausses, mais que chacun peut agir pour construire une société plus juste et respectueuse.
Depuis le précédent et premier album De Paris à Salvador paru en 2021, le duo Vicente e Marianna n’a pas chômé, ils sortent même un nouvel album intitulé So Samba le 17 avril. Cet album se veut une recette pimentée, sucrée, mêlant le swing à leur amour du Brésil. Les compositions sont réalisées en français, co-écrites sur des mélodies et des rythmes du Brésil et des covers de chansons brésiliennes et françaises. Cet album démontre l’amour du duo pour la samba, avec beaucoup de joie et de saudade. L’album L’album se veut un flot de sons, de mélodies, de rythmes et de mots, sans frontières et rempli de liberté. Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, Marianne Feder a présenté plusieurs albums avant de rencontrer Vincent Muller. L’autrice-compositrice, chef de choeur, et chanteuse éclectique aux couleurs à la fois chanson et jazz a trouvé en lui un pianiste de formation classique, passionné par les musiques brésiliennes et les explorations de ses rythmes et de ses harmonies aux percussions et à la guitare. Ensemble, ils partagent leurs voyages, leurs influences et leur amour commun pour la musique brésilienne, dans une complicité où se mêlent rythmes, poésie et liberté. Ils travaillent ensemble depuis 20 ans sur des projets d’action musicale pour la Philharmonie de Paris, le festival Banlieues Bleues et au sein de l’association les Musiterriens. Ils ont créé un festival familial autour de la Roda en tribu en collaboration avec le Pan Piper, des concerts et des spectacles mêlant des artistes et les chœurs de l’association. Ils ont formé en 2017 leur duo Vicente e Marianna et ont enregistré leur premier album en 2021. Ils ont également composé ensemble pour la série l’amour flou réalisée par Romane Bohringer et diffusée sur Canal +. Ils ont tourné avec leur album et ont écrit un conte musical qu’ils ont joué en quartet pendant 3 ans.
Leur album a été réalisé dans le studio des Gobelins avec Douglas Marcolino pour 3 jours d’enregistrement entourés par des musiciens passionnés. Julio Gonçalves aux Percussions, Christophe Bras à la Batterie, Ricardo Feijao à la Basse, Kayode Encarnacao au Cavaquinho, Jonas Dantas au Piano, Boris Giraud à la Guitare 7 cordes, Douglas Marcolino à l’Accordéon, la fine équipe a bien travaillé!
Boutique magique de Coloring Book Cafe (Flammarion Jeunesse)
Les éditions Flammarion jeunesse nous proposent un très joli livre de coloriage : Boutique magique de Coloring Book Cafe, pour petits et grands. Le Coloring Book Cafe est une communauté magique où chacun peut découvrir des créations artistiques de différents illustrateurs et s’amuser à les colorier. Faire du coloriage est une activité calme qui fait du bien à tout le monde et développe la motricité fine ! L’enfant peut colorier avec des crayons de couleur, ou des feutres et même des feutres à alcool ! Il pourra même partager ses oeuvres sur les réseaux sociaux de Coloring Book Cafe ! Boutique magique de Coloring Book Cafe est un beau cadeau à faire à vos petits amours !
Calder ou la gravité enchantée à la Fondation Vuitton
Il y a chez Alexander Calder une manière de défier le monde sans jamais le contredire frontalement.
À la Fondation Louis Vuitton, l’exposition « Calder. Rêver en équilibre » ne cherche pas à monumentaliser l’artiste, elle le met en apesanteur. Littéralement.
Dès l’entrée, les mobiles respirent dans l’architecture de Frank Gehry comme s’ils avaient toujours été là, accrochés à une idée plus qu’à un plafond. L’espace devient un souffle et Calder, son rythme.
Le parcours, ample et presque liquide, déroule près de trois cents œuvres et un demi-siècle de création, du Cirque bricolé avec fer de récupération aux grandes architectures colorées qui domestiquent le vent.
On y voit un artiste qui n’a jamais cessé de désapprendre la pesanteur. Chez lui, la sculpture n’est plus un objet mais une situation, un événement, une attente.
L’air comme atelier, le mouvement comme langage
Le mouvement n’est pas un effet mais une pensée. L’exposition insiste justement sur cette quatrième dimension qu’il injecte dans la matière : le temps, discret mais souverain.
Ce qui frappe ici, c’est la clarté presque enfantine du geste, et simultanément sa profondeur philosophique.
Calder simplifie sans appauvrir. Ses fils de fer dessinent dans l’air comme des phrases sans ponctuation.
Ses formes flottantes instaurent une tension douce entre hasard et nécessité. On pense à une musique silencieuse, où chaque oscillation serait une note retenue.
Mais l’intelligence de cette rétrospective tient aussi à ce qu’elle ne sacralise pas Calder en solitaire. Elle le replace dans une constellation d’influences et d’amitiés qui éclairent son invention.
La rencontre décisive avec Piet Mondrian agit comme un électrochoc : face à la rigueur géométrique, Calder imagine soudain le mouvement, comme si la peinture devait respirer.
L’ombre fertile de Marcel Duchamp plane également, lui qui baptise les « mobiles » et introduit l’idée que le spectateur complète l’œuvre.
Plus largement, l’exposition tisse un réseau d’affinités avec Jean Arp, Barbara Hepworth, Jean Hélion, mais aussi Paul Klee et Pablo Picasso.
Tous participent, à des degrés divers, à ce basculement du volume vers l’espace, de la masse vers la ligne, de l’objet vers l’expérience.
Et puis il y a le plaisir, indéniable, presque suspect dans le paysage contemporain saturé de discours. Calder échappe à la gravité théorique
Ses œuvres n’expliquent rien, elles adviennent. L’exposition prend le parti de cette évidence joyeuse sans céder à la facilité : derrière le jeu, il y a une rigueur, une précision d’ingénieur, une manière de calculer l’incertain.
On sort avec l’impression rare d’avoir vu une œuvre qui ne pèse pas, au sens propre comme au figuré. Calder ne cherche pas à s’imposer, il propose.
Il suspend le regard, et dans cet instant fragile, il nous apprend que l’équilibre n’est jamais donné, toujours en train de s’inventer sous nos yeux.
Avec « Satyagraha », l’Opéra de Paris ouvre un champ de bataille intérieur
À l’Opéra de Paris, « Satyagraha » de Philip Glass entre enfin au répertoire dans une production qui déplace radicalement ses lignes de force.
En confiant la mise en scène et la chorégraphie à Bobbi Jene Smith et Or Schraiber, l’œuvre quitte le territoire du récit pour devenir une expérience physique et sensorielle, où la non-violence se conquiert dans la tension, la répétition et l’épuisement.
Une traversée hypnotique, entre épopée musicale et combat intérieur, qui fait résonner l’héritage de Gandhi au présent.
Car il y a dans « Satyagraha » quelque chose qui ne s’écoute pas seulement mais se traverse, comme une nappe de temps tendue entre le corps et la conscience
La mise en scène et la chorégraphie refusent toute tentation illustrative. Ici, Gandhi n’est pas un portrait mais une tension.
Une expérience sensorielle totale
Le plateau nu devient un champ de forces où les corps prennent en charge ce que le livret, en sanskrit, maintient à distance.
Douze danseurs, fulgurants, creusent dans l’espace une écriture physique d’une rare intensité. Les gestes claquent, s’entrechoquent, se délient.
On croit voir la violence penser, hésiter, se replier sur elle-même avant de renaître sous une autre forme.
La non-violence n’est plus un principe mais une conquête fragile, arrachée à même la chair.
Cette approche chorégraphique déplace l’opéra vers une zone presque archaïque, où le sens ne précède pas le mouvement mais en émane.
La guerre est partout, non comme spectacle mais comme pulsation intime. Elle circule dans les torsions, dans les chutes, dans ces regroupements soudains qui évoquent tour à tour la meute et la communauté.
Puis, par instants, une accalmie. Un souffle commun. Une image de paix qui ne dure jamais.
Un océan sonore
Face à cette matière organique, la musique de Glass déploie sa mécanique hypnotique avec une souveraineté tranquille. Dirigé par Ingo Metzmacher, l’orchestre semble respirer à même les motifs répétitifs, comme si chaque cellule sonore cherchait à s’émanciper de sa propre boucle.
Les cordes installent une profondeur presque liquide, les bois tracent des lignes nerveuses, et peu à peu le minimalisme se fissure pour laisser affleurer un lyrisme inattendu, presque incandescent. On n’écoute plus une partition mais une dérive, une lente montée vers une forme d’extase retenue.
Le chœur, d’une précision vibrante, agit comme une conscience collective. Il absorbe les micro-fractures rythmiques pour les transformer en flux continu, en rumeur du monde. Quant aux solistes, volontairement dépouillés de toute incarnation psychologique, ils deviennent des vecteurs d’énergie, des voix qui traversent plutôt qu’elles n’incarnent.
Une présence, pourtant, aimante le regard. Celle du soldat qui choisit de ne pas répondre à la violence. Figure presque anonyme, mais bouleversante, comme si toute la promesse de l’œuvre se concentrait dans ce refus. Ce « Satyagraha » n’édifie rien. Il expose.
Il place le spectateur face à une question nue, sans refuge esthétique. Que faire de la violence qui nous traverse ? La réponse, ici, ne passe ni par le discours ni par l’image, mais par une expérience sensorielle totale.
Du côté des interprètes, la soirée trouve une densité presque incandescente dans la manière dont chaque voix semble surgir de la masse plutôt que s’y superposer. Le contre-ténor Anthony Roth Costanzo impose une présence troublante, tendue entre fragilité et résistance, comme si le timbre lui-même portait la décision de ne pas céder.
Les sopranos Ilanah Lobel-Torres et Olivia Boen déploient des lignes d’une limpidité presque irréelle, l’une irradiant dans l’aigu avec une intensité vibratoire, l’autre enveloppant l’espace d’une douceur habitée.
À leurs côtés, l’alto Adriana Bignagni Lesca creuse une veine plus sombre, charnelle, tandis que la mezzo-soprano Deepa Johnny distille une chaleur intérieure qui agit comme un point d’équilibre.
Les voix masculines, elles, sculptent un relief contrasté. Le ténor Nicky Spence projette avec une intensité nerveuse, presque à vif, quand les barytons Davóne Tines et Amin Ahangaran installent une assise grave, habitée, où perce une forme de gravité méditative.
La basse Nicolas Cavallier ancre l’ensemble dans une profondeur tellurique. Mais c’est peut-être dans le dialogue constant avec les corps que ces voix trouvent leur pleine résonance.
Les danseurs, d’Alexander Bozinoff à Ido Toledano, en passant par Lorrin Brubaker, Marion Gautierde Charnacé ou encore RachelMcNamee, ne se contentent pas d’accompagner, ils prolongent, diffractent, incarnent physiquement les vibrations musicales.
Enfin, les figures tutélaires, Vedanth Ramesh, Eric Fardeau, Robert Georges et Abdel Soufi, placées en hauteur comme des consciences en veille, veillent sur ce théâtre du présent, silhouettes presque muettes dont la simple présence suffit à élargir le champ de l’œuvre jusqu’à notre propre époque.
Un océan sonore, oui, mais traversé de secousses, de remous, de silences qui pèsent. Et lorsque tout s’achève, il ne reste pas une morale mais une vibration persistante. Comme si quelque chose, en nous, avait été déplacé. Imperceptiblement. Définitivement.
Dates : du 10 avril au 3 mai 2026 et retransmis en direct le 24 avril 2026 à 19h30 sur POP – Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris- Lieu : Opéra Garnier (Paris) Mise en scène et Chorégraphie : Bobbi Jene Smith et Or Schraiber
[BD] Les Animaux malades des humains – Au procès des zoonoses, de Frédéric Keck & Héloïse Chochois (Delcourt)
Avec Les Animaux malades des humains – Au procès des zoonoses, Frédéric Keck et Héloïse Chochois proposent une bande dessinée documentaire aussi accessible qu’ambitieuse, qui s’attaque à une question devenue centrale depuis la pandémie de Covid-19 : les animaux sont-ils réellement responsables des grandes maladies qui frappent les sociétés humaines ? En choisissant la forme originale d’un procès, l’album transforme un sujet scientifique complexe en récit clair, vivant et stimulant.
Le point de départ est particulièrement efficace. À la barre comparaissent chauve-souris, pangolin et singe, accusés d’être à l’origine des pandémies. Mais très vite, le livre déplace la focale : si les zoonoses existent bien, leur multiplication et leur intensification sont d’abord liées aux bouleversements provoqués par les humains eux-mêmes. Déforestation, effondrement de la biodiversité, élevage intensif, urbanisation galopante, circulation mondiale accrue : l’album montre comment notre propre rapport au vivant reconfigure les conditions d’apparition des maladies.
C’est là que le livre paraît particulièrement fort. Il ne se contente pas de vulgariser des données ou de distribuer des responsabilités de manière schématique. Il cherche au contraire à reposer une question plus large : quelle place les humains occupent-ils parmi les autres espèces, et que révèle la crise sanitaire de notre manière d’habiter le monde ? Cet angle donne au projet une portée à la fois scientifique, politique et philosophique, en cohérence avec les travaux de Frédéric Keck sur les pandémies et les relations entre humains, animaux et environnements.
Le choix d’Héloïse Chochois au dessin est particulièrement pertinent. Son travail en vulgarisation scientifique est déjà bien identifié, et plusieurs présentations mettent en avant sa capacité à rendre limpides des sujets complexes sans les appauvrir. Ici, son trait et sa clarté narrative permettent d’incarner des enjeux parfois abstraits, tout en donnant au dispositif du procès une vraie dynamique de lecture. L’album paraît ainsi conjuguer sérieux du fond et fluidité du récit.
Avec Les Animaux malades des humains, Delcourt et La Découverte prolongent une collaboration éditoriale particulièrement stimulante, en mettant la bande dessinée au service d’une réflexion de fond sur le vivant. Une œuvre de vulgarisation réussie, actuelle et précieuse, qui invite moins à accuser les animaux qu’à examiner lucidement la part humaine dans le dérèglement du monde.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Les animaux sont-ils responsables des pandémies ? Cette bande dessinée questionne notre rapport aux autres espèces et interroge la responsabilité des humains dans l’émergence des maladies.En quoi les zoonoses, ces maladies infectieuses animales transmissibles à l’être humain, comme la rage, la tuberculose, la grippe aviaire ou la Covid-19, modifient-elles nos conceptions de la politique, du pouvoir, de l’émancipation ? Pour répondre à cette question, l’album s’ouvre sur un grand procès animalier afin de trouver le responsable des pandémies. À la barre, chauve-souris, pangolin et singe clament leur innocence.
Et si le vrai coupable, c’était l’humain ? Car d’après de nombreux rapports scientifiques, le nombre et l’ampleur de ces zoonoses sont appelés à augmenter, leur place étant directement liée aux dérèglements climatiques et à la baisse rapide de la biodiversité due à l’agriculture intensive, l’élevage en batterie et l’urbanisation galopante…
Un récit de vulgarisation qui invite à repenser notre place parmi les autres espèces.
Date de parution : 16 avril 2026 Scénario : Frédéric Keck Dessin : Héloïse Chochois Éditeur : Delcourt Collection : La Découverte / Delcourt Format / Pages : 194 x 325 mm – 128 pages
[BD] Le Voyage de Misha, entre deux mondes perdus, d’Askel Aden (Delcourt)
Avec Le Voyage de Misha, entre deux mondes perdus, Askel Aden signe un roman graphique fantastique qui s’appuie sur un imaginaire de conte pour explorer une fracture beaucoup plus intime : celle qui sépare un enfant de sa mère. L’album met en scène Misha et Audrey, entraîné(e)s malgré eux dans un Royaume des Esprits après un road trip censé recoller les morceaux d’une relation déjà fragilisée. Ce point de départ donne au livre une double dimension, à la fois aventureuse et profondément émotionnelle.
Le basculement dans l’autre monde fonctionne surtout comme un révélateur : il met à nu les silences, les maladresses, les blessures anciennes et l’incompréhension qui se sont installés entre Misha et Audrey. Le récit aborde ainsi à la fois l’abandon parental, la difficulté de renouer, le deuil, mais aussi la question de la non-binarité et de l’après coming out, à travers une relation familiale en crise.
Sur le plan visuel, l’ambiance est à la fois féérique et inquiétante, nourrie par des influences qui évoquent autant les contes scandinaves que certains imaginaires proches de Ghibli. Le Royaume des Esprits, les créatures qui l’habitent et les teintes plus sourdes ou poudrées du dessin participent pleinement à la réussite de l’album, en donnant au voyage une dimension sensible, poétique et parfois mélancolique.
Avec Le Voyage de Misha, entre deux mondes perdus, Delcourt/Waves publie donc un one-shot qui réussit un équilibre délicat entre récit initiatique, fantastique et drame familial. Un album qui touche juste pour parler très simplement de ce qu’il y a parfois de plus difficile : se retrouver, se comprendre, et accepter enfin de se parler.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Misha et sa mère se sont perdus de bien des manières… Parviendront-iels à se retrouver l’un-e et l’autre pendant leur voyage ?
Audrey voulait passer un peu de temps avec son enfant, Misha. Car oui, elle n’a pas été souvent présente dans sa jeunesse. Alors qu’Audrey mise tout sur leur voyage, les deux s’égarent et atterrissent directement dans le Royaume des Esprits ! Désormais en danger et sans aucune idée de comment rebrousser chemin, Misha et Audrey doivent unir leurs forces pour retrouver leur monde et peut-être tout simplement se retrouver ?
Date de parution : 2 avril 2026 Auteur : Askel Aden Traduction : Anaïs Papillon Éditeur : Delcourt Collection : Waves Format / Pages : broché – env. 150 x 210 mm – 302 pages
[Comics] Stand Still, de Lee Loughridge & Andrew Robinson (Delcourt)
Avec Stand Still, Lee Loughridge et Andrew Robinson signent un thriller de science-fiction à l’idée de départ immédiatement accrocheuse : que feriez-vous si vous pouviez figer le temps ? Mais plutôt que d’en faire un simple terrain de jeu ludique ou super-héroïque, l’album pousse cette hypothèse vers quelque chose de beaucoup plus trouble, plus malsain et plus vertigineux. Le résultat prend la forme d’un récit tendu, volontiers excessif, où le fantastique technologique devient le révélateur d’une violence intime et sociale déjà prête à exploser.
Le personnage central, Ryker Ruel, est présenté comme un sociopathe patenté, lubrique et profondément dérangé, qui s’empare d’un appareil capable d’arrêter le temps. Dès lors, les cadavres de puissants s’accumulent, des œuvres d’art disparaissent et les crimes les plus étranges font la une. Ce point de départ annonce un récit de dérive totale, où la toute-puissance n’ouvre pas à la justice ou à la réparation, mais à une spirale de transgression et d’abus. Le thriller repose alors sur une question simple et efficace : comment arrêter quelqu’un que plus rien ne semble pouvoir atteindre dans le flux normal du monde ?
Ce qui distingue surtout Stand Still des nombreux récits bâtis sur une idée high concept, c’est sa forme : le format paysage, rare dans le comics, qui modifie fortement la lecture et donne au livre une vraie personnalité visuelle. Cette orientation n’a rien d’anecdotique : elle paraît pensée comme une manière d’élargir le regard, d’accentuer la sensation d’étirement du temps, et de faire de chaque séquence un espace presque panoramique, plus instable qu’une planche traditionnelle. Le résultat est un album porté autant par son concept que par sa mise en scène, une lecture originale, spectaculaire et visuellement très marquée. Andrew Robinson y trouve un terrain propice à un dessin expressif, massif, parfois presque halluciné, pendant que Lee Loughridge exploite pleinement sa culture de coloriste pour construire des ambiances très contrastées. L’ensemble repose sur une vraie alliance entre écriture, sensation visuelle et expérimentation formelle, davantage que sur le seul rebondissement scénaristique.
Avec Stand Still, Delcourt publie ainsi un comics qui conjugue thriller paranoïaque, violence graphique et proposition visuelle singulière. Plus qu’un simple récit de pouvoir temporel, l’album apparaît comme une descente dans la folie d’un homme qui transforme un don impossible en machine à chaos. Une curiosité ambitieuse, pensée pour les lecteurs attirés par les thrillers déviants, les objets graphiques atypiques et les comics qui cherchent une forme à la hauteur de leur idée.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Imaginez un instant que vous soyez capable de figer le temps… Que feriez-vous de ce don ?Lee Loughridge, associé à Andrew Robinson et Alex Riegel, nous entraîne dans un thriller époustouflant, servi par un format panoramique !Ryker Ruel, sociopathe patenté, lubrique et totalement cinglé, a trouvé comment s’occuper après avoir dérobé une merveille technologique capable d’un sacré prodige dont il use et abuse. Résultat : les cadavres des dirigeants du monde s’empilent, des oeuvres d’art célèbres disparaissent et d’autres crimes plus étranges les uns que les autres font la Une des journaux. Seul le créateur de l’appareil, un scientifique ordinaire, a compris exactement ce qui se trame et entreprend de l’arrêter…
Date de parution : 2 avril 2026 Scénario : Lee Loughridge Dessin : Andrew Robinson Participation graphique : Alex Riegel Couleurs : Lee Loughridge Traduction : Jérôme Wicky Éditeur : Delcourt Collection : Contrebande Format / Pages : 302 x 203 mm – 224 pages
[ALBUM JEUNESSE] Mamie Poule raconte – La Pie qui faisait la pluie (et le mauvais temps), de Christine Beigel & Hervé Le Goff (Gautier-Languereau)
Avec Mamie Poule raconte – La Pie qui faisait la pluie (et le mauvais temps), Christine Beigel et Hervé Le Goff poursuivent une collection pensée pour les jeunes enfants, dans un format court qui privilégie l’efficacité du récit, le plaisir de l’oralité et la fantaisie. Dès la couverture, l’album installe une ambiance vive et joueuse, entre tempête, désordre et malice animale, qui correspond bien à l’esprit des histoires racontées par cette fameuse Mamie Poule.
Le titre à lui seul donne déjà le ton : il y a ici du conte, de l’exagération, une pointe de chaos et cette logique enfantine très savoureuse qui consiste à attribuer les grands dérèglements du monde à une créature bien précise. La pie, dans l’imaginaire populaire, est souvent associée au bavardage, à la curiosité, à l’agitation ; en faire celle qui déclenche la pluie et le mauvais temps est une idée qui parle immédiatement aux enfants, parce qu’elle transforme le climat en aventure et le quotidien en petite mythologie. Cette capacité à partir d’une image simple pour ouvrir un espace d’imagination semble être l’une des promesses du livre.
Le tandem formé par Christine Beigel et Hervé Le Goff paraît particulièrement adapté à ce type d’album. L’une a l’habitude des textes jeunesse vifs, rythmés, souvent portés par une narration orale très lisible ; l’autre possède un univers graphique immédiatement reconnaissable, chaleureux, coloré et expressif, qui sait capter l’attention des petits sans jamais alourdir la lecture.
Avec La Pie qui faisait la pluie (et le mauvais temps), Gautier-Languereau propose donc un album pour les petits qui mise sur l’énergie de son idée, la musicalité de son titre et la force d’attraction de ses images. Une petite histoire de tempête et de fantaisie, taillée pour éveiller l’imagination et nourrir le plaisir d’écouter raconter.
Résumé éditeur :
Qui a dit que tous les oiseaux chantaient bien ?
Une pie, ancienne chanteuse d’opéra, s’époumone même si elle a perdu sa voix. Elle chante si faux que même le Soleil refuse de se montrer. Mais la pie est persuadée qu’elle peut le ramener. Résultat : pluie, neige, tempête, les autres animaux sont désespérés. Réussiront-ils à faire revenir le Soleil ?
Date de parution : 11 mars 2026 Texte : Christine Beigel Illustration : Hervé Le Goff Éditeur : Gautier-Languereau Collection : Les Histoires / Mamie Poule raconte Âge conseillé : 3 à 6 ans Format / Pages : album cartonné – 24 pages
[Comics] The Kids, de Garth Ennis & Dalibor Talajić (Delcourt)
Avec The Kids, Garth Ennis revient à l’horreur pure avec un concept aussi simple que glaçant : en une minute, tous les enfants de moins d’un an disparaissent, remplacés par des créatures adultes, incompréhensibles et hyperviolentes. Fidèle à ce que l’on connaît de l’auteur de Preacher et The Boys, l’album prend un postulat déjà dérangeant pour le pousser vers un cauchemar frontal, brutal et profondément inconfortable.
Le point de départ agit immédiatement comme une machine à angoisse. Ici, il n’est pas seulement question d’une invasion monstrueuse ou d’un effondrement du réel, mais d’une atteinte directe à ce qu’il y a de plus fragile et de plus intime dans la cellule familiale. Ennis transforme ainsi la peur parentale en scénario d’apocalypse miniature, où un couple horrifié tente moins de comprendre le phénomène que de survivre à une nuit cauchemardesque. Cette idée de bascule instantanée donne au récit une violence psychologique particulière, distincte du simple gore.
Si certains salueront l’efficacité du concept, la tension dramatique et une chute plutôt réussie, d’autres trouveront certainement que ce format court ne permet pas d’exploiter pleinement l’idée de départ. Mais The Kids semble moins chercher la complexité que l’impact immédiat, dans un registre qui tient autant du cauchemar domestique que du survival horrifique.
Au dessin, Dalibor Talajić propose un trait nerveux avec une capacité à mettre en scène la brutalité sans perdre en lisibilité. Les notices bibliographiques créditent également Stjepan Bartolić à la couleur, dont la participation renforce l’atmosphère oppressante et sale de l’ensemble. L’album a donc tout du one-shot d’horreur sec, agressif et sans fioritures, pensé pour frapper vite et fort.
Avec The Kids, Delcourt propose ainsi un petit format horrifique qui repose presque entièrement sur la force de son idée et sur la réputation d’un auteur coutumier des récits les plus tordus. Un comics qui devrait parler aux lecteurs d’Ennis en quête d’un cauchemar bref, violent et dérangeant, même si son format condensé risque aussi de frustrer ceux qui auraient voulu voir le concept développé plus loin.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Tous les parents pensent que leurs enfants grandissent trop vite… Mais ils sont à cent lieues d’imaginer ce qui est sorti de l’esprit tortueux de Garth Ennis, créateur de The Boys et Preacher !En une minute, le monde a basculé dans l’horreur : tous les enfants de moins d’un an ont disparu, remplacés par des créatures incompréhensibles pour leurs parents. Qu’est-il arrivé à ces enfants ? Qui sont ces adultes dégénérés et hyperviolents qui ont pris leur place ? Une famille horrifiée fait de son mieux pour résoudre cette énigme, mais avant de trouver les réponses, elle doit survivre à une nuit cauchemardesque !
Date de parution : 9 avril 2026 Scénario : Garth Ennis Dessin : Dalibor Talajić Couleurs : Stjepan Bartolić Traduction : Enzo Pirat Éditeur : Delcourt Collection : Contrebande Format / Pages : 22,8 x 30 cm – 56 pages
[BD JEUNESSE] Le Vent dans les saules – Édition prestige, de Michel Plessix (Delcourt Jeunesse)
Avec Le Vent dans les saules – Édition prestige, Delcourt remet en lumière l’une des adaptations les plus aimées de la bande dessinée jeunesse francophone. En transposant le classique de Kenneth Grahame, Michel Plessix n’a pas seulement illustré un grand texte : il lui a donné une seconde vie graphique, d’une douceur et d’une élégance rares. Cette nouvelle édition de prestige vient rappeler à quel point son travail s’est imposé, au fil des années, comme une référence pour plusieurs générations de lecteurs.
Ce qui fait la singularité du Vent dans les saules version Plessix, c’est d’abord sa fidélité d’esprit. On y retrouve la poésie du récit original, son humour léger, sa tendresse pour ses personnages et cette manière très particulière de faire du paysage un véritable compagnon d’aventure. Taupe, Rat, Crapaud et Blaireau ne vivent pas seulement des péripéties : ils habitent un monde où la nature, les saisons, la rivière et le temps qui passe ont autant d’importance que l’intrigue elle-même. C’est ce souffle paisible qui a durablement marqué les lecteurs.
Le Vent dans les saules ne cherche pas l’agitation artificielle. Il préfère la flânerie, la conversation, l’émerveillement et l’amitié. Cette lenteur assumée, loin d’affaiblir le récit, en constitue au contraire tout le charme. Michel Plessix transforme ainsi un conte animalier en promenade sensible, où chaque détour de chemin, chaque reflet sur l’eau, chaque feuillage semble inviter à ralentir et à regarder autrement.
Visuellement, l’album demeure un enchantement. Le trait fin et nerveux de Plessix, ses décors bucoliques d’une précision remarquable et ses teintes aquarellées composent un univers à la fois chaleureux, vivant et profondément immersif. Delcourt rappelle d’ailleurs que plus de 210 000 exemplaires ont été vendus toutes éditions confondues, preuve de la place singulière qu’occupe cette adaptation dans le paysage de la BD jeunesse. Cette édition prestige, avec son dos toilé et sa dorure en couverture, semble pensée comme un véritable bel objet, à la hauteur du statut patrimonial de l’œuvre. Avec Le Vent dans les saules – Édition prestige, c’est donc un grand classique qui revient dans un écrin à sa mesure. Une bande dessinée à la fois apaisante, somptueuse et intemporelle, qui continue de parler aux enfants comme aux adultes, et qui rappelle combien Michel Plessix avait su faire d’un roman célèbre une œuvre de bande dessinée pleinement autonome.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Une édition prestige d’un grand classique de la bande dessinée, l’adaptation par Michel Plessix du Vent dans les saules, roman de Kenneth Grahame, paru pour la première fois en France en 1935.Le Vent dans les saules, chef-d’oeuvre de la littérature anglophone du romancier écossais Kenneth Grahame, publié pour la première fois en France en 1935, est ici adapté de façon magistrale par Michel Plessix. Tout en conservant la poésie et l’humour du récit original, Michel Plessix l’enrichit d’une dimension visuelle et artistique unanimement saluée. Doté d’un dos toilé et de dorure en couverture, cette édition prestige qui réunit les 4 tomes parus chez Delcourt est le cadeau intergénérationnel idéal.
Date de parution : 9 avril 2026 Auteur : Michel Plessix Œuvre d’origine : Kenneth Grahame Éditeur : Delcourt Jeunesse Format / Pages : 226 x 298 mm – 128 pages Présentation : album cartonné, édition prestige
[BD] Bougainvillier, de Marc Dubuisson & Sylvain Bec (Delcourt)
Avec Bougainvillier, Marc Dubuisson et Sylvain Bec s’essaient au comic strip à hauteur d’enfants, dans une filiation revendiquée avec des monuments du genre comme Peanuts, Calvin & Hobbes, Cul de Sac ou Mafalda. Le pari est ambitieux, et l’album assume d’emblée cet héritage : derrière l’apparente légèreté d’un groupe de gamins et d’un bonhomme en pain d’épices qui parle, il s’agit bien de regarder le monde adulte à travers une logique enfantine, décalée et souvent plus lucide qu’elle n’en a l’air.
Le point de départ est simple et efficace : à peine arrivée dans le quartier de Bougainvillier, Ginger se fait de nouveaux amis, bientôt rejoints par Bread, étrange bonhomme en pain d’épices né pendant un orage la nuit d’Halloween. À partir de là, l’album déploie une série de strips où l’imaginaire, les petites obsessions du quotidien, les conversations absurdes et les incompréhensions face au monde composent un théâtre miniature particulièrement propice à l’humour. Ce dispositif permet aux auteurs de varier les situations tout en conservant une unité de ton.
L’intérêt de Bougainvillier tient précisément dans ce décalage permanent entre l’âge des personnages et la portée de ce qu’ils racontent. La bande dessinée utilise le regard enfantin pour aborder des sujets de société, y compris très adultes, avec une liberté de ton qu’un cadre plus réaliste ou plus frontal rendrait peut-être moins naturelle. Cette manière de glisser du jeu à l’observation sociale s’inscrit dans la tradition des grands strips américains.
Graphiquement, Sylvain Bec apporte un dessin souple, lisible et expressif, parfaitement adapté à la logique du strip. L’objectif n’est pas la démonstration visuelle, mais l’efficacité immédiate, la présence des personnages et la rapidité du gag ou de la chute.
Avec Bougainvillier, Marc Dubuisson confirme son goût pour les formes courtes, l’absurde et l’observation du réel, tandis que Sylvain Bec l’accompagne dans un registre plus tendre et plus quotidien. Un album qui repose sur un pari clair : faire revivre l’esprit du comic strip classique en l’ancrant dans une sensibilité contemporaine. Pour les lecteurs sensibles à cet héritage, la proposition a de quoi intriguer.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
À peine emménage-t-elle dans le quartier de Bougainvillier que Ginger se fait plein d’amis… auxquels s’ajoutera Bread, un bonhomme en pain d’épices qui a pris vie pendant un orage lors de la nuit d’Halloween. Un hommage aux grands noms du comic strip américain (Peanuts, Calvin & Hobbes, Cul de Sac et, plus au sud, Mafalda).Si les personnages principaux sont une troupe de gamins, accompagnés d’un bonhomme en pain d’épices qui parle et qu’eux seuls voient et entendent, leurs préoccupations dépassent les simples enfantillages. Ce recueil de strips à hauteur d’enfants aborde tous les sujets de société, même adultes, dans la lignée revendiquée des grandes séries classiques de comic strips américains.
Date de parution : 2 avril 2026 Scénario : Marc Dubuisson Dessin : Sylvain Bec Coloriste : Sylvain Bec Éditeur : Delcourt Collection : Pataquès Format / Pages : 226 x 268 mm – 80 pages
Avec Criticopolis, Marie Baudet signe un premier album chez Glénat à la fois drôle, nerveux et singulièrement cruel. À partir d’une idée aussi simple qu’excellente — un écrivain découvrant une critique assassine de son dernier livre — l’autrice construit une comédie satirique qui glisse peu à peu vers l’obsession, le malaise et la tension psychologique. Le livre prend ainsi appui sur une situation presque banale pour interroger un monde où chacun commente, note, juge et surveille les autres.
Vincent Ballot, écrivain blessé dans son orgueil, commence par chercher le nom de son bourreau sur Internet. De là naît une filature étrange, d’abord presque dérisoire, puis de plus en plus envahissante. Ce point de départ permet à Marie Baudet de faire basculer son récit entre absurde et dérèglement intérieur, en montrant comment une vexation publique peut devenir une fixation intime. L’album semble ainsi tenir à la fois de la satire du petit monde culturel, du récit de paranoïa contemporaine et du portrait d’un homme qui se délite.
On peut souligner une certaine capacité à mêler plusieurs registres sans perdre de cohérence. On assiste à une forme de comédie qui porte une dimension psychologique et sociale. C’est sans doute là que réside l’intérêt principal de Criticopolis : dans sa manière d’utiliser un sujet très actuel — la critique permanente, la réputation, le regard des autres — pour en faire à la fois un moteur narratif et un révélateur de fragilités plus profondes.
Graphiquement, Marie Baudet prolonge cette tension par un univers visuel personnel, nourri de couleurs marquées et d’une stylisation qui accentue à la fois l’étrangeté et l’ironie des situations. Cette identité graphique forte peut un peu décontenancer, mais participe clairement à l’ambiance générale de l’album.
Avec Criticopolis, Marie Baudet livre donc un one-shot à la fois contemporain, caustique et très bien trouvé dans son sujet. En prenant pour cible non pas seulement la critique littéraire, mais plus largement notre époque du commentaire généralisé, elle signe une BD qui observe avec humour noir les vanités, les ressentiments et les mécanismes de jugement social. Un album aussi divertissant que mordant.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Vincent Ballot est écrivain. Un matin, en ouvrant le journal, il découvre une critique assassine de son dernier livre. Par curiosité, il tape le nom de son bourreau sur Internet. Ce qu’il trouve alors le propulse dans une filature aussi étrange qu’involontaire, où l’obsession flirte dangereusement avec le ridicule… Entre absurde et tension psychologique, Criticopolis nous emmène dans un monde où la critique ordinaire règne. Une comédie jubilatoire dans laquelle Marie Baudet dresse le portrait acide de toute une génération et interroge la légitimité d’une époque où tout est commenté, noté, jugé.
Date de parution : 1 avril 2026 Auteur : Marie Baudet Éditeur : Glénat Genre : psychologie / absurde / comédie dramatique / satire sociale Format / Pages : 21,5 x 29,3 cm – 120 pages Reliure : One-shot couleurs
Matisse 1941 – 1954 au Grand Palais : l’ultime métamorphose
Il y a chez Henri Matisse, dans ces années tardives, quelque chose qui ressemble moins à un crépuscule qu’à une insurrection lente de la lumière.
L’exposition présentée au Grand Palais ne raconte pas une fin mais un recommencement, une seconde naissance arrachée à la maladie, au retrait, à l’immobilité forcée.
À partir de 1941, l’artiste ne peint plus seulement, il découpe dans la couleur comme on entaille le réel pour y faire entrer la lumière.
Matisse, la couleur jusqu’à l’extrême
Ce parcours ample, traversé de plus de trois cents œuvres, déploie un atelier mental en expansion constante, où chaque forme semble chercher son point d’équilibre entre l’élan et l’abandon.
On y voit un peintre qui refuse de céder, qui déplace la peinture elle-même vers autre chose, une forme de danse fixée dans l’espace. Les gouaches découpées ne sont pas un aboutissement décoratif, elles sont une radicalité.
Elles simplifient jusqu’à l’os, mais cet os vibre, saturé de couleur, tendu comme une note tenue trop longtemps.
On est saisi par cette tension entre l’économie du geste et l’ampleur du monde convoqué. Les Nus bleus, La Tristesse du roi, les fragments de Jazz ou les compositions pour la chapelle de Vence ne sont pas des œuvres tardives, au sens affaibli du terme, mais des formes souveraines, débarrassées du superflu.
Matisse ne résume pas son œuvre, il la brûle. Il en garde la braise essentielle. Dans cette réduction, il y a une expansion. Dans cette immobilité, une énergie presque scandaleuse.
La scénographie accompagne ce mouvement sans jamais le figer. Elle recompose l’atelier comme un organisme vivant, un espace où les formes migrent, se déplacent, se répondent. On circule dans un jardin sans sol, un jardin suspendu où les couleurs tiennent lieu de racines.
Salle après salle, le regard apprend à appréhender autrement, à accepter que la ligne ne contourne plus la couleur mais qu’elle naisse en elle, qu’elle en soit l’incision directe.
Parmi les jalons qui scandent cette traversée, certaines œuvres surgissent comme des évidences ultimes, presque des condensés d’existence. Nu bleu II impose sa silhouette découpée dans un bleu profond, bloc de chair devenu signe, présence aussi dense qu’un silence.
Dans Intérieur rouge, Henri Matisse organise un face-à-face presque orageux entre deux régimes de couleur, le rouge saturé qui engloutit l’espace et le bleu qui tente d’y poser une île fragile.
La table n’est plus un support mais une vibration, un plan instable où les objets semblent flotter, pris dans une tension entre apparition et dissolution. Tout vacille, mais rien ne cède. Matisse ne décrit plus un intérieur, il le met en état d’incandescence.
Avec La Tristesse du roi, Matisse orchestre une scène intérieure où la couleur se fait musique, où les formes, disjointes en apparence, composent une mélancolie souveraine. Les planches de Jazz, notamment Icare, déploient une mythologie intime, un théâtre d’ombres vives où la chute devient illumination.
Les grandes compositions comme Polynésie, la mer ouvrent quant à elles un horizon sans perspective, une mer mentale où flottent des formes libres, presque respirantes.
Et puis il y a la chapelle du Rosaire de Vence, aboutissement total, où peinture, lumière et espace fusionnent en un seul geste, ultime transfiguration d’un artiste qui, jusqu’au bout, aura cherché à faire tenir le monde dans la pureté d’un découpage.
Ce qui demeure, au sortir de l’exposition, n’est pas une rétrospective mais une sensation physique. Celle d’avoir approché une œuvre qui, au bord de sa disparition, choisit paradoxalement l’intensité maximale.
Matisse, ici, n’adoucit rien. Il tranche, il découpe, il simplifie jusqu’à atteindre une forme de joie unique, presque minérale. Une joie sans anecdote, sans récit, qui tient toute entière dans la persistance d’une couleur posée contre le vide.
Dates : du 24 mars au 26 juillet 2026 – Lieu : Grand Palais (Paris)
[Comics] Battlebeast – Le Fauve de combat T01, de Robert Kirkman & Ryan Ottley (Delcourt)
Avec Battlebeast – Le Fauve de combat T01, Robert Kirkman et Ryan Ottley reviennent dans l’univers d’Invincible en braquant cette fois le projecteur sur l’un de ses personnages les plus marquants. Ce spin-off, qui se situe entre les tomes 3 et 5 de l’intégrale VF, choisit de suivre Battle Beast non plus comme simple force de destruction surgissant au détour d’un affrontement, mais comme véritable centre de gravité d’un récit autonome, plus brutal encore que la série-mère.
Ce qui frappe d’emblée, c’est le changement d’échelle. Là où Invincible mêlait super-héros, drame familial et déflagrations cosmiques, Battlebeast semble s’abandonner beaucoup plus franchement à une logique de survie, de combat et de démesure. On relève immédiatement le caractère extrêmement violent, spectaculaire et décomplexé de ce récit, qui pousse encore plus loin la part sauvage et excessive déjà contenue dans le personnage. On y retrouve ce goût du choc propre à Kirkman et Ottley, mais recentré sur une figure dont toute l’identité repose sur l’affrontement permanent.
L’intérêt du projet tient aussi à ce qu’il ne se contente pas d’exploiter un personnage populaire pour prolonger artificiellement la franchise. Le spin-off élargit réellement l’univers d’Invincible, en l’ouvrant à des décors plus vastes, plus étranges, parfois presque teintés de fantasy cosmique. Marchés galactiques, arènes, flottes spatiales, créatures et affrontements titanesques : le livre renouvelle l’imaginaire de la série sans le trahir.
Graphiquement, Ryan Ottley retrouve un terrain idéal pour déployer son énergie. Son dessin nerveux, sa lisibilité dans l’excès et sa manière de rendre les corps monstrueux ou pulvérisés à l’écran sont depuis longtemps au cœur de l’identité visuelle d’Invincible. Ici, tout indique que cette approche trouve un exutoire presque total dans Battle Beast, personnage fait pour l’impact, la violence et la présence physique pure. La couleur d’Annalisa Leoni participe aussi à donner à cette odyssée guerrière une intensité plus flamboyante et plus massive.
Avec Battlebeast – Le Fauve de combat T01, Delcourt propose donc bien plus qu’un produit dérivé pour lecteurs nostalgiques d’Invincible. Le livre apparaît comme une extension cohérente et furieuse de cet univers, recentrée sur l’un de ses êtres les plus sauvages. Un comics pensé pour les amateurs d’action cosmique sans frein, de combats extrêmes et de personnages qui ne vivent que dans la quête d’un adversaire à leur mesure.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Ce nouveau spin-off d’Invincible met en scène l’un des personnages les plus aimés par les fans de la saga : Battlebeast alias Le Fauve de Combat ! Cette trilogie se déroule entre les tomes 3 et 5 de l’intégrale en VF.Robert Kirkman himself, au scénario, et Ryan Ottley au dessin – les auteurs de la série mère – sont de retour ! Ils ne retenaient pas leurs coups sur Invincible, et maltraitaient régulièrement les personnages. Battlebeast est un récit haletant qui va encore plus loin en termes de violence graphique explicite.
Date de parution : 2 avril 2026 Scénario : Robert Kirkman Dessin : Ryan Ottley Couleurs : Annalisa Leoni Traduction : Edmond Tourriol Éditeur : Delcourt Collection : Contrebande Format / Pages : 190 x 283 mm – 184 pages
[BD] Ann Bonny, la Louve des Caraïbes – Tome 2, de Franck Bonnet (Glénat)
Avec Ann Bonny, la Louve des Caraïbes – Tome 2, Franck Bonnet referme son diptyque consacré à l’une des figures les plus fascinantes de l’histoire de la piraterie. Loin de l’imagerie folklorique ou purement romanesque, l’auteur poursuit ici son approche à la fois spectaculaire et documentée d’Ann Bonny, en donnant à cette femme hors norme une ampleur tragique, politique et profondément romanesque.
Après leur fuite de Nassau, Ann Bonny et John Rackham écument les Caraïbes à bord du William, multipliant les prises et les exploits. Mais cette cavale flamboyante ne peut durer. Entre la traque menée par les hommes de Woodes Rogers, la tête d’Ann mise à prix et l’irruption d’une autre femme pirate, Mary alias Mark Read, le récit prend une tournure plus tendue encore. Les rivalités, les jalousies, les alliances mouvantes et les nécessités de survie transforment peu à peu cette aventure maritime en véritable descente vers l’inéluctable.
Ce qui fait la force de l’album, c’est sa manière de restituer un monde pirate loin des clichés les plus simplistes. Franck Bonnet s’intéresse autant à la dureté concrète de cette existence qu’à la légende qu’elle a engendrée. Ann Bonny n’y apparaît pas comme une simple héroïne rebelle plaquée sur un décor d’aventure, mais comme une figure complexe, prise dans un univers de violence, de désir, de domination et de liberté toujours menacée.
Graphiquement, l’auteur continue de déployer ce qui fait depuis longtemps sa singularité : une grande maîtrise des scènes maritimes, une vraie connaissance de l’architecture navale et un goût certain pour les fresques historiques. Cette précision donne du corps au récit et renforce sa crédibilité, tout en conservant un souffle narratif très fort. L’album conjugue efficacité romanesque et exigence de reconstitution, ce qui plaira aux amateurs de BD historique et maritime.
Avec Ann Bonny, la Louve des Caraïbes, Franck Bonnet signe donc un diptyque solide et ambitieux autour d’une femme pirate devenue légende. Ce second volume apporte la tension dramatique, l’ampleur historique et la conclusion attendue d’un récit qui choisit de regarder la piraterie au plus près de sa vérité, sans renoncer au souffle de l’aventure.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
L’histoire vraie de la plus grande femme pirate de l’Histoire !Après leur fuite de Nassau, rien ne peut arrêter les amants terribles : Ann Bonny et John Rackham écument les Caraïbes à bord du William. Leurs prises sont spectaculaires. Après une halte à Cuba où Ann donne naissance à un enfant de la piraterie qui ne connaîtra jamais sa mère, elle rejoint Rackham. Mais cette fois les corsaires de Woodes Rogers sont à leurs trousses et le mari d’Ann a mis sa tête à prix pour quiconque la ramènerait vivante à Nassau. Menacée de toutes parts, Ann s’attend à tout sauf à croiser le chemin d’une autre femme pirate comme elle. Elle s’appelle Mary alias Mark Read, elle aussi grimée en homme. Défiée de tous côtés, les deux femmes nouent notamment une relation sensuelle sous l’œil de Rackham. Il concède à Ann cette aventure mais à une condition : aucun homme sur le navire ne devra savoir ce qui se trame. Mais les secrets ne durent jamais longtemps en mer… Entre jalousies et rivalités le trio continue de s’adonner aux pillages bien que l’étau ne cesse de se resserrer. Le gouverneur Woodes Rogers qui s’est donné pour mission d’éradiquer la piraterie sous toutes ses formes ne compte pas s’arrêter là… Jusqu’à quand Ann poursuivra-t-elle sa course folle sous le feu de ses canons ? Combien de temps lui reste-t-il avant que son monde ne s’effondre ?
Date de parution : 1 avril 2026 Auteur : Franck Bonnet Éditeur : Glénat Collection : 24X32 Série : diptyque Format / Pages : 24 x 32 cm – 80 pages
[Manga] Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, d’Erika Kogiku (Delcourt/Tonkam)
Avec Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, Erika Kogiku signe un one-shot d’une grande délicatesse, centré sur un sujet encore rare en manga : l’amour au très long cours, lorsque les années partagées deviennent si nombreuses qu’il devient presque impossible d’imaginer la vie sans l’autre. Le livre prend pour point de départ cette peur simple et vertigineuse : comment continuer, lorsque l’être aimé finira fatalement par manquer ?
Seiichi et Mitsuko se sont aimés pendant plus d’un demi-siècle. À travers eux, le manga ne raconte pas seulement une histoire de couple, mais une manière d’habiter le temps ensemble. Le récit semble avancer par touches, entre souvenirs, réflexions et petits bonheurs du quotidien, avec une attention particulière portée aux gestes ordinaires, à ce qui relie encore plus profondément que les grandes déclarations. C’est précisément cette modestie qui fait sa force.
Un manga émouvant, tout en retenue. Le livre ne cherche pas le mélodrame appuyé. Il préfère explorer la douceur, la nostalgie, les habitudes partagées et la conscience du temps qui passe. Cette approche donne au récit une tonalité particulièrement juste, presque feutrée. Parler d’un couple âgé, de la fin de vie, du deuil anticipé et de la mémoire amoureuse, sans renoncer à la tendresse ni à la lisibilité romanesque, est une proposition singulière. Erika Kogiku semble ainsi faire le choix d’un manga de l’émotion calme, centré moins sur les rebondissements que sur la vérité humaine des sentiments.
Avec Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, Delcourt/Tonkam publie donc un one-shot discret mais potentiellement marquant, qui aborde avec sensibilité la question de l’amour durable et de la séparation inévitable. Un manga qui paraît moins chercher à faire pleurer qu’à faire ressentir, avec finesse, ce que signifie vraiment avoir vécu toute une vie à deux.
Résumé éditeur :
Comment envisager de vivre sans l’autre, lorsque l’amour a traversé tant d’années qu’on ne les compte plus ? Seiichi et Mitsuko ont passé plus de 50 ans à s’aimer. Après tant d’années vécues l’un auprès de l’autre, une question importante demeure : la vie sera-t-elle supportable lorsque le jour où ils seront fatalement séparés arrivera ?Un récit tendre et nostalgique émaillé de souvenirs, de réflexions et de petits bonheurs au quotidien.
Date de parution : 9 avril 2026 Auteur : Erika Kogiku Éditeur : Delcourt / Tonkam Collection : Moon Light Format / Pages : 160 pages Reliure : Album broché
[BD] Une voix pour la liberté – Toomaj Salehi, un rappeur iranien en résistance, de Bahareh Akrami (Delcourt)
Avec Une voix pour la liberté – Toomaj Salehi, un rappeur iranien en résistance, Bahareh Akrami consacre un roman graphique à l’une des figures les plus marquantes de la contestation iranienne contemporaine. L’album s’attache au destin de Toomaj Salehi, rappeur devenu symbole de résistance pour toute une jeunesse, en racontant à la fois son engagement, sa répression par le régime et l’écho profond que sa parole a trouvé dans le pays. Le projet s’inscrit dans une démarche politique et mémorielle, portée en collaboration avec Amnesty International.
Bahareh Akrami choisit de retracer le combat de Toomaj à travers une narration sensible, où la colère, l’humour, l’émotion et l’espoir coexistent. On découvre le parcours d’un immense artiste réprimé, mais aussi l’esprit de révolte d’une génération entière, avec des extraits de ses textes engagés. Cet album est aussi une manière de faire entendre la voix d’un homme qui a payé très cher sa liberté de parole, mais aussi comme un moyen de raconter plus largement ce que vivent beaucoup d’Iraniens depuis le soulèvement déclenché après la mort de Mahsa Amini.
Cette approche paraît d’autant plus juste que Bahareh Akrami écrit depuis une expérience intime de l’exil et de la mémoire iranienne ; avec un intérêt constant pour les zones grises du réel, pour les récits où l’intime rencontre le politique et pour un dessin conçu comme une manière de comprendre, transmettre et résister. Dans ce contexte, Une voix pour la liberté s’inscrit pleinement dans une œuvre où le geste graphique porte aussi une fonction de témoignage.
Avec Une voix pour la liberté, Delcourt publie donc un album engagé, contemporain et nécessaire, qui cherche moins à figer Toomaj Salehi en icône qu’à faire sentir ce qu’incarne sa parole dans l’Iran d’aujourd’hui. Une bande dessinée qui promet à la fois un portrait de combattant, une plongée dans un contexte politique violent et un hommage à toutes les voix qu’un régime autoritaire tente de faire taire.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Le rappeur iranien Toomaj Salehi, figure emblématique de la jeunesse, de la liberté, de la prise parole anti-régime, a été emprisonné en 2022. Torturé, Toomaj est finalement libéré en 2024, puis de nouveau arrêté en 2025. L’autrice d’origine iranienne Bahareh Akrami retrace de manière singulière le combat de Toomaj pour la liberté. Elle dépeint avec émotion et humour, avec colère et espoir, la trajectoire d’un immense artiste qui se lève pour faire face au régime autoritaire, à travers la bataille culturelle qui se joue dans le pays. Un récit qui met en relief, l’esprit de révolte de toute une jeunesse iranienne, le tout ponctué d’extraits de ses textes engagés.
Date de parution : 9 avril 2026 Autrice : Bahareh Akrami Dessin : Bahareh Akrami Couleurs : Bahareh Akrami Éditeur : Delcourt Collection : Hors collection Format / Pages : 20,4 x 26,5 cm – 108 pages
[BD] Les Seigneurs Mages – Tome 01, de Juliette Fournier & Greg Mauny (Vents d’Ouest)
Avec Les Seigneurs Mages – Tome 01, Juliette Fournier et Greg Mauny lancent une nouvelle trilogie de fantasy qui vise clairement un jeune lectorat amateur de magie, de créatures et de récits initiatiques, mais sans renoncer à une vraie noirceur. Dès ce premier volume, la série installe un univers structuré, où une élite de magiciens règne sur le territoire et où la disparition d’un puissant Seigneur-Mage fait aussitôt vaciller les équilibres.
Le récit repose sur une opposition efficace entre deux figures que tout sépare. D’un côté Niméa, fille de notable, fascinée par les Seigneurs-Mages et décidée à devenir Dame Mage ; de l’autre Kaïn, orphelin de quinze ans, qui les déteste par-dessus tout mais rêve malgré tout de rejoindre la Guilde des protecteurs. À travers eux, le livre fait se croiser l’aspiration au pouvoir, le désir d’émancipation, la peur et le mystère, dans un monde où les attaques des Odiums semblent cacher quelque chose de plus ancien et de plus profond.
Ce qui ressort de ce premier tome, c’est la volonté de mêler les codes du récit d’aventure à ceux d’une fantasy plus politique. La quête ne se limite pas à une succession d’épreuves : elle s’inscrit dans un système de domination, dans une hiérarchie sociale et dans un univers où la magie n’est jamais simplement merveilleuse, mais aussi liée au contrôle, à la peur et aux rapports de force. Cette dimension donne au récit un peu plus de densité qu’une simple fantasy jeunesse classique.
Graphiquement, Greg Mauny apporte une vraie énergie au projet. Le dessin d’inspiration manga, des couleurs vives et un bestiaire plutôt développé. Cet aspect visuel participe beaucoup à l’attrait de l’album en lui donnant une identité moderne et immédiatement accessible.
Avec Les Seigneurs Mages, Juliette Fournier prolonge son intérêt pour les univers de fantasy à destination des plus jeunes, déjà perceptible dans Les Semi-Déus, tandis que Greg Mauny signe ici sa première série chez Glénat. Ce tome d’ouverture pose les bases avec efficacité et promet une trilogie riche en mystères, en conflits et en révélations. Un lancement solide, qui assume son goût pour l’aventure, la magie et les mondes en tension. Un coup de coeur !
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Deux enfants aux destinées que tout oppose.Bienvenue sur un continent à nul autre pareil où les Seigneurs-Mages – une élite de magiciens – règnent en maître et se partagent le territoire en une multitude de fiefs. Quand le richissime Yalnus, âgé de plus de 3000 ans vient à mourir, tous les Mages se réunissent en nourrissant l’avide espoir d’hériter de son immense domaine de Dante-Pierre et de ses habitants. Ces derniers, soumis aux lois des Mages, n’ont bien entendu pas leur mot à dire, au grand dam de Kaïn, un orphelin de 15 ans qui les déteste par-dessus tout. Alors que Niméa, sa jeune soeur, rêve de les rejoindre et de devenir Dame Mage ! Kaïn n’a pas totalement tort : alors que les Seigneurs-Mages sont bien à l’abri dans leur tour d’ivoire, la population, elle, subit l’assaut régulier d’effroyables créatures, les Odiums. Dévorant humains ou animaux à leur portée, il n’existe à ce jour qu’une seule manière de les éliminer : les entailler avec un acier confectionné par les Mages eux-mêmes, l’acier écarlate. Kaïn espère rejoindre « la Guilde des protecteurs » et terrasser tous ces monstres. Mais les attaques d’Odiums ne font que se multiplier mystérieusement depuis des millénaires… y aurait-il un lien entre les Odiums et les Seigneurs-Mages ?C’est le début d’une longue quête initiatique dans un monde rempli de dangers, de mystères et de magie…
Date de parution : 1 avril 2026 Scénario : Juliette Fournier Dessin : Greg Mauny Éditeur : Vents d’Ouest Collection : Jeunesse Série : trilogie Format / Pages : 24 x 32 cm – 48 pages
Sur scène, ils arrivent sans masque. Ni celui du théâtre, ni celui que la société plaque sur leurs visages ridés.
« Dans La vie secrète des vieux », Mohamed El Khatib poursuit son patient travail de dénudation du réel, mais ici le geste est plus frontal, presque désarmant dans sa simplicité.
Il ne s’agit plus seulement de documenter, mais de laisser affleurer une parole que l’on tient d’ordinaire à distance, celle du désir quand il persiste au-delà de l’âge que l’on dit raisonnable. Le plateau devient un espace de confidence.
Des corps âgés s’y tiennent, non comme des figures symboliques, mais comme des présences irréductibles, traversées de souvenirs, d’élans, de manques.
Ils racontent l’amour, le sexe, la solitude, les recommencements. Et ce qui frappe d’abord, c’est le refus de toute dramaturgie spectaculaire.
Rien n’est surligné. Tout semble presque tenu en retrait, comme si le théâtre devait s’effacer pour laisser advenir une vérité plus nue. Pourtant, cette économie de moyens n’est pas une faiblesse.
Elle agit comme une loupe. Elle intensifie chaque mot, chaque silence, chaque hésitation. Il y a dans cette pièce une forme de douceur inquiète. Le rire surgit, souvent, mais il n’est jamais de pure légèreté. Il tremble.
Il est chargé de ce que ces existences portent d’irréversible. Le temps n’est pas une abstraction ici. Il pèse, il travaille les corps, il creuse les voix.
Et pourtant, au cœur de cette usure, quelque chose insiste. Le désir, oui, mais un désir déplacé, reformulé, débarrassé de ses évidences.
Un désir qui se dit avec pudeur, parfois avec une franchise presque désarmante, et qui vient fissurer nos représentations les plus tenaces.
Ce que met en jeu Mohamed El Khatib, c’est moins la vieillesse que notre incapacité à la penser autrement que comme un effacement.
En donnant la parole à celles et ceux que l’on relègue hors champ, il renverse la perspective. Il ne cherche pas à embellir, encore moins à édifier. Il expose. Et dans cette exposition, il y a une forme de politique du regard.
Quand le temps n’a pas le dernier mot
Regarder ces corps, ces vies, sans détourner les yeux, sans les réduire à des clichés, c’est déjà déplacer une frontière.
La mise en scène, d’une sobriété presque ascétique, accompagne ce geste. Elle ne cherche jamais à illustrer. Elle cadre, elle accueille, elle laisse circuler.
Les interprètes, non professionnels pour la plupart, portent la pièce avec une justesse qui échappe aux codes du jeu traditionnel.
Ce ne sont pas des rôles qu’ils incarnent, mais des fragments d’eux-mêmes qu’ils déposent, avec une générosité parfois vertigineuse. Ils sont le cœur battant, fragile et incandescent de la pièce.
Leurs voix parfois vacillent, leurs gestes hésitent, mais c’est précisément dans cette faille que naît une forme de vérité extrême et émouvante. Rien n’est lissé, rien n’est protégé.
Leur présence échappe aux enjeux du plateau, elle s’émancipe, elle trouble.
On assiste moins à une performance qu’à une mise à nu, où le théâtre devient un lieu de passage entre l’intime et le regard des autres.
Et dans cette exposition sans fard, il y a une dignité farouche, une manière de tenir debout, de dire encore, malgré tout, malgré le temps, que la vie insiste, persiste et signe.
Reste une sensation persistante, après coup. Celle d’avoir été placé face à quelque chose que l’on préfère habituellement ignorer. Non pas une leçon, mais une mise à l’épreuve.
La vie secrète des vieux ne cherche pas à séduire. Elle dérange doucement, elle décale, elle ouvre une brèche. Et dans cette brèche, le théâtre retrouve l’une de ses fonctions les plus précieuses. Celle de rendre visible ce qui, d’ordinaire, demeure dans l’ombre.
Dates : du 9 au 18 avril 2026 – Lieu : Théâtre du Rond-Point (Paris) Conception et réalisation : Mohamed El Khatib
Au Grand Palais, Art Paris impose sa singularité avec éclat
Sous la verrière du Grand Palais, la lumière d’avril ne se contente pas d’éclairer, elle ausculte. Elle fouille les œuvres, révèle leurs nerfs, insiste sur leurs silences.
Art Paris s’y déploie comme une cartographie inquiète où le présent, saturé d’images et de secousses, dialogue désormais avec des strates plus anciennes, presque telluriques.
Car cette édition ménage une respiration inattendue. Au milieu des tensions contemporaines surgissent des présences qui ne relèvent pas du refuge mais de la persistance.
Joan Miró ouvre des espaces où la ligne semble encore pouvoir danser malgré le vacarme du monde. Salvador Dalí brouille le réel avec une ironie acide, comme si l’absurde avait toujours déjà gagné.
Egon Schiele, lui, ne console rien, il creuse les corps jusqu’à l’os, jusqu’à cette vérité fragile qui échappe à toute époque.
Et puis il y a les fulgurances ici colorées de Hans Hartung, éclairs nerveux qui semblent enregistrer directement les secousses du siècle, et la matière indocile de Jean Dubuffet, cette langue rugueuse qui refuse toute domestication.
Ces figures ne sont pas convoquées comme des monuments mais comme des forces actives. Elles traversent la foire, la fissurent, lui donnent une profondeur presque géologique.
Le moderne, ici, n’est pas un héritage figé mais une vibration encore à l’œuvre, une manière de tenir face au chaos.
Face à elles, les artistes contemporains ne cherchent plus à rivaliser mais à répondre. Nazanin Pouyandeh inscrit dans ses toiles une mémoire immédiate, presque brûlante, où les figures semblent prisonnières d’un récit qui les dépasse. Alireza Shojaian qui interroge quant à lui, la masculinité et la vulnérabilité tout comme la mémoire de la culture perse.
Une mémoire en mouvement
Dans ce dialogue tendu, le parcours imaginé par Alexia Fabre autour de la réparation agit comme une ligne de fuite fragile. Réparer, ici, ne signifie pas restaurer mais recoudre sans masquer la cicatrice. Shilpa Gupta révèle les architectures invisibles de la contrainte sociale, tandis que Arthur Simms donne au pouvoir des allures de sequestration organique.
Et pourtant, quelque chose résiste à la gravité. À l’entrée, les formes gonflées de Fabrice Hyber installent une dissonance joyeuse, une légèreté qui n’est pas un oubli mais une stratégie. Les mots de Tania Mouraud se répètent, se fragmentent, traversent les langues comme autant de tentatives de dire encore.
Une autre tonalité affleure avec Françoise Pétrovitch. Chez elle, la violence ne crie pas, elle s’insinue. Figures adolescentes, présences animales, corps en suspens dans une temporalité trouble, tout semble au bord d’un basculement silencieux.
La couleur, souvent sourde, parfois presque liquide, enveloppe les formes d’une inquiétude douce, comme si l’image hésitait entre apparition et effacement. Dans cet univers où l’enfance n’est jamais tout à fait innocente, Pétrovitch travaille la fragilité comme une matière première, une peau sensible sur laquelle le monde vient déposer ses ombres.
Plus loin, le travail de Bilal Hamdad impose une autre densité, plus frontale, presque tellurique. Ses compositions semblent chargées d’une mémoire compacte, faite de strates urbaines, de signes fragmentés, d’histoires à demi effacées.
La surface n’y est jamais stable, elle vibre, se fissure, comme si elle portait en elle les tensions d’un territoire vécu de l’intérieur. Chez Hamdad, l’image ne se donne pas immédiatement, elle résiste, elle demande d’être traversée.
Et dans cette résistance surgit une forme de vérité âpre, sans décor, qui rejoint en profondeur l’esprit même de cette édition.
Longtemps regardée de biais, presque avec condescendance, la foire s’est lentement redéfinie sous l’impulsion de Guillaume Piens. Elle ne cherche plus à imiter les grandes machines internationales, mais à proposer une autre circulation. Moins verticale, plus attentive.
Une foire où les maîtres de l’art moderne ne sont pas des totems mais des compagnons de route, où les artistes d’aujourd’hui ne sont pas sommés d’être nouveaux mais d’être justes.
On y avance ainsi, sans hiérarchie trop nette, entre des œuvres qui se répondent à distance. Antonio Recalcati convoque l’histoire révolutionnaire comme une braise encore vive. Takis capte des forces invisibles, lignes tendues vers un ailleurs magnétique. André Bauchant suspend le temps dans une douceur presque obstinée.
Mais sous cette diversité affleure une même question. Que peut encore l’art lorsque tout semble déjà saturé de signes, de crises, d’images ? Art Paris ne prétend pas y répondre. Elle laisse les œuvres se heurter, se contaminer, parfois se contredire.
Et c’est là que quelque chose advient. Dans cet écart entre Egon Schiele et Nazanin Pouyandeh, entre Jean Dubuffet et Shilpa Gupta, dans cette tension entre mémoire et urgence, entre geste ancien et inquiétude contemporaine.
Art Paris ne cherche pas à résoudre le monde. Elle en maintient la vibration. Une foire devenue, presque malgré elle, un lieu de friction. Là, où le regard ne se repose pas mais apprend à s’attarder.
Dates : du 9 au 12 avril 2026 – Lieu : Art Paris (Paris)
[BD] La Garde – Au cœur du soin, de Sophie Legoubin Caupeil & Alice Charbin (Delcourt)
Avec La Garde – Au cœur du soin, Sophie Legoubin Caupeil et Alice Charbin s’immergent dans un univers hospitalier aussi essentiel que méconnu : celui de la réanimation pédiatrique. En suivant une journée de garde au plus près des soignants, les autrices proposent un récit documentaire profondément humain, qui saisit à la fois l’engagement des équipes, la tension permanente du service et la fragilité des vies qui s’y jouent.
Le livre trouve sa force dans son dispositif très concret. Le temps d’une garde de vingt-quatre heures, il observe les gestes, les décisions, les silences, les inquiétudes et la solidarité qui structurent le quotidien d’un service sous pression. Loin d’un simple regard extérieur, l’album cherche à restituer la réalité d’un monde où chaque minute compte et où la technique ne vaut jamais sans l’attention portée aux patients, aux familles et au collectif soignant.
Cette immersion permet aussi de donner un visage très incarné à des débats souvent traités de manière abstraite. À travers les histoires croisées, La Garde évoque l’hôpital public, le manque de moyens, la responsabilité immense qui repose sur les équipes médicales et la nécessité de tenir malgré l’usure. Mais l’album montre aussi la force du lien, la rigueur du soin et la part d’humanité qui subsiste au cœur même de la pression.
Graphiquement, Alice Charbin accompagne ce projet avec un dessin attentif, lisible et sensible, qui semble chercher la justesse plus que l’effet. Cette retenue sert pleinement le propos. Elle permet de rendre compte de la tension du réel sans sensationnalisme, et de laisser toute leur place aux visages, aux gestes et à l’épaisseur émotionnelle de ce qui se joue dans le service.
Avec La Garde – Au cœur du soin, on découvre un album documentaire fort, à la fois engagé, accessible et profondément respectueux de celles et ceux qu’il observe. Une bande dessinée qui interroge autant qu’elle émeut, et qui rappelle avec force ce que recouvre réellement le mot « soin ».
Résumé éditeur :
Dans un service de réanimation pédiatrique, la scénariste documente une journée de garde auprès d’équipes passionnées. Un récit engagé et vivant qui montre toute l’envergure du terme » soins » !Le temps d’une garde de 24 heures, les autrices plongent au cœur d’un service de pédiatrie. Elles témoignent de la réalité du système de santé et du quotidien des soignants, solidaires malgré la pression constante. À travers leurs histoires, se dessine un portrait saisissant de l’hôpital public, entre le manque de moyens, la responsabilité de sauver des vies et un engagement sans faille.
Date de parution : 26 mars 2026 Scénario : Sophie Legoubin Caupeil Dessin : Alice Charbin Éditeur : Delcourt Collection : Encrages Format / Pages : 201 x 263 mm – 184 pages
[BD] Lili, toujours debout, jusqu’au bout ! – De Ravensbrück à Bergen-Belsen, de Lili Leignel & Boris Golzio (Glénat)
Avec Lili, toujours debout, jusqu’au bout ! – De Ravensbrück à Bergen-Belsen, Glénat publie un album d’une intensité rare, fondé sur l’histoire vraie de Lili Keller-Rosenberg, déportée enfant avec sa mère et ses deux frères dans les camps nazis. Le livre s’inscrit dans une démarche de transmission mémorielle essentielle, en redonnant une voix incarnée à une survivante qui, depuis des décennies, ne cesse de témoigner auprès des jeunes générations.
L’album retrace l’arrestation de la famille en 1943, l’internement, la séparation, puis la déportation vers Ravensbrück et Bergen-Belsen. Ce parcours, raconté à hauteur d’enfant, donne au récit une force bouleversante. Il ne s’agit pas seulement de rappeler les faits historiques, mais de faire sentir ce que signifient concrètement la faim, la peur, la maladie, les violences, l’arrachement au père et la lutte acharnée pour survivre dans un système conçu pour détruire.
Ce qui frappe ici, c’est la dignité du projet. L’album ne cherche jamais à dramatiser artificiellement l’horreur : elle s’impose d’elle-même, à travers la précision des faits, la brutalité des situations et la difficulté du retour à la vie après la libération. Car l’un des mérites du livre est aussi de rappeler qu’après les camps, rien ne redevient simple. Il faut réapprendre à vivre, à parler, à habiter le monde, alors même que l’expérience vécue paraît indicible à ceux qui ne l’ont pas traversée.
Le travail de Boris Golzio parait particulièrement juste pour porter une telle parole. Son approche documentaire, déjà remarquée dans d’autres récits liés à la mémoire de la déportation, sert ici un témoignage qui demande à la fois retenue, lisibilité et profondeur humaine. Le dessin paraît guidé par la volonté de transmettre au plus juste, sans spectaculaire inutile, ce qui renforce encore la portée du livre.
Avec Lili, toujours debout, jusqu’au bout !, c’est donc bien plus qu’une bande dessinée historique qui est proposée : c’est une œuvre de mémoire, sobre, nécessaire et profondément émouvante. Un album qui rappelle que derrière l’Histoire se tiennent toujours des visages, des enfances brisées, mais aussi parfois une parole restée debout contre l’oubli.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Le témoignage fort et émouvant de Lili, survivante des camps de la mort.
Bien que Français car nés en France, mais de parents juifs hongrois, Charlotte Keller et Joseph Rosenberg, Lili (11 ans), Robert (10 ans) et André (3 ans), devenus apatrides suite aux mesures antisémites décrétées par le gouvernement collaborationniste de Vichy, sont arrêtés en octobre 1943, à Roubaix. La famille connaît la prison à Lille, à Bruxelles et une antichambre flamande des camps de concentration nazis, la caserne Dossin. Déportés en Allemagne en décembre 1943, ils sont séparés. Le père, Joseph, est envoyé au camp de Buchenwald, où il sera assassiné ; la mère, Charlotte, et les enfants à celui de Ravensbrück où ils passeront une année de travaux forcés pour la mère, de malnutrition, de maladies et de mauvais traitements pour tous. En février 1944, les Keller-Rosenberg sont envoyés au camp de Bergen-Belsen, un mouroir à ciel ouvert où sévissent les pires violences SS, la famine et une épidémie incontrôlée de typhus. Tous les quatre survivent pourtant. Rentrés seuls en France après la libération du camp par les Britanniques, les enfants passent par le Lutetia, séjournent quelque temps dans une famille d’accueil en région parisienne, puis chez une tante en province. Parce qu’ils sont en très mauvaise santé, ils sont envoyés en préventorium. C’est là que leur mère les retrouve… Brisés, mutiques et absents, il leur faut cependant réapprendre à vivre, mais aussi à se taire, car l’innommable n’est pas compréhensible par ceux qui ne l’ont pas vécu.
Date de parution : 1 avril 2026 Scénario : Lili Leignel Scénario, dessin, couleurs : Boris Golzio Éditeur : Glénat Collection : 1000 Feuilles Genre : BD Histoire / Roman graphique Format / Pages : 20 x 27,3 cm – 240 pages
[BD] Les Voyageurs de la Porte Dorée – Une histoire française des migrations, de Flore Talamon & Bruno Loth (Delcourt)
Avec Les Voyageurs de la Porte Dorée – Une histoire française des migrations, Flore Talamon et Bruno Loth proposent un album aussi ambitieux que nécessaire. À travers un dispositif narratif accessible et vivant, la bande dessinée revient sur plusieurs siècles d’histoire migratoire en France, en donnant chair à des parcours d’exil, de rupture, d’espoir et de transmission. L’ouvrage s’inscrit dans une volonté claire de rendre cette histoire lisible, sensible et incarnée.
Le point de départ est simple et efficace : lors d’une visite scolaire au musée national de l’Histoire de l’immigration, Anna et Idriss se retrouvent enfermés dans la réserve des collections. Peu à peu, les objets s’animent et leur racontent les trajectoires de celles et ceux à qui ils ont appartenu. Ce choix permet à l’album de multiplier les récits sans perdre sa cohérence, tout en ménageant une vraie fluidité de lecture.
La grande force du livre tient justement dans cet équilibre entre transmission et incarnation. Il ne s’agit pas d’un simple panorama historique, mais d’une immersion dans des destins singuliers qui, mis bout à bout, dessinent une autre lecture de l’histoire de France. En traversant différentes époques et différents contextes, l’album rappelle que les migrations ne sont pas une parenthèse, mais une composante profonde, continue et structurante du récit national.
Le dessin de Bruno Loth accompagne parfaitement cette ambition. Son trait donne de la présence aux personnages, de la densité aux décors et suffisamment de clarté aux différentes périodes abordées pour que l’ensemble reste limpide. L’album ne cherche pas l’effet spectaculaire, mais une lisibilité au service du propos, ce qui renforce sa portée pédagogique sans jamais sacrifier sa dimension humaine.
Avec Les Voyageurs de la Porte Dorée, Flore Talamon et Bruno Loth signent ainsi une bande dessinée documentaire précieuse, capable de faire dialoguer mémoire, histoire et transmission. Un ouvrage utile, intelligent et profondément actuel, qui réussit à faire sentir, derrière les mouvements de population et les grandes dates, la réalité intime de celles et ceux qui ont contribué à façonner la France.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Deux adolescents égarés dans un musée explorent, à travers neuf récits d’exil, l’histoire migratoire française. Un album réalisé en partenariat avec le Palais de la Porte Dorée – musée national de l’Histoire de l’immigration.Lors d’une visite scolaire au musée national de l’Histoire de l’immigration, Anna et Idriss se retrouvent enfermés dans la réserve des collections. Peu à peu, les objets s’animent et leur confient l’histoire de leurs anciens propriétaires, immigrés en France depuis le 18e siècle. Tous fictifs, les adolescents découvrent la richesse de cette histoire migratoire et renouent avec leur propre héritage familial.Au fil des pages, ils explorent plus de trois siècles d’histoire française des migrations.
Date de parution : 19 mars 2026 Scénario : Flore Talamon Dessin : Bruno Loth Éditeur : Delcourt Collection : Encrages Format / Pages : 196 x 255 mm – 144 pages
[BD] La Dernière Danse – Grand Prix de Belgrade 1939, de Youssef Daoudi (Glénat)
Avec La Dernière Danse – Grand Prix de Belgrade 1939, Youssef Daoudi s’empare d’un épisode méconnu de l’histoire du sport automobile pour en faire un récit tendu, nerveux et crépusculaire. En replaçant le Grand Prix de Belgrade dans le contexte des toutes premières heures de la Seconde Guerre mondiale, l’auteur saisit un instant de bascule, celui où le fracas des moteurs s’apprête à être englouti par celui de la guerre.
Le point de départ est particulièrement fort. Début septembre 1939, alors que l’Europe vacille et que le conflit devient inévitable, la Yougoslavie accueille une ultime démonstration de puissance des Flèches d’argent allemandes. Derrière la compétition, c’est déjà toute la mécanique de propagande du régime nazi qui se met en scène. Ce contraste entre la fascination pour la vitesse, la technique et les exploits sportifs d’un côté, et l’effondrement politique du continent de l’autre, donne au livre une densité immédiate.
Ce qui fait la force de l’album, c’est sa capacité à transformer un sujet historique précis en véritable récit de tension. Youssef Daoudi restitue l’urgence du moment, la brutalité de l’histoire en marche et la part de vertige qui accompagne ce dernier sursaut du monde d’avant. Le sport automobile y apparaît comme un théâtre où se jouent déjà des rapports de force idéologiques, symboliques et militaires.
Graphiquement, l’album semble pleinement assumer une esthétique de la vitesse, du choc et de l’angoisse. Le visuel de couverture annonce d’ailleurs très clairement cette collision entre mythe mécanique et catastrophe historique. Cette approche donne au livre une tonalité singulière, entre chronique sportive, récit historique et méditation sur la fin d’un monde. Le résultat promet moins une célébration nostalgique de la course qu’un regard lucide sur ce qu’elle représentait alors. Avec La Dernière Danse, Youssef Daoudi signe ainsi un one-shot au sujet original, qui croise mémoire européenne, sport et propagande dans un même mouvement. Une bande dessinée qui semble faire de cet événement oublié un instant romanesque, où la passion mécanique devient l’écho d’un continent déjà au bord du gouffre.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Le baroud d’honneur des Flèches d’argentDébut septembre 1939, Yougoslavie. Dominé par les écuries allemandes Auto Union et Mercedes (les Flèches d’argent) depuis le début des années 1930, le sport automobile, à l’instar des autres sports, sert aussi d’outil de propagande au régime nazi. Alors que l’Europe vacille et que la guerre devient tout aussi inévitable qu’imminente, le Grand prix de Belgrade du 3 septembre 1939 doit être l’occasion d’une nouvelle démonstration de force des monoplaces nazies. Mais avec l’invasion de la Pologne l’avant-veille et la déclaration de guerre le jour même il marquera la fin d’un âge d’or où les héros s’appelaient Nuvolari, Lang, Müller, Stuck, von Brauchitsch, Caracciola… Pris dans la tourmente, les pilotes présents n’ont plus le cœur à courir, mais les chefs de la propagande les y obligeront de force. Avec cinq voitures au départ, le Grand Prix ne restera pas dans les annales du sport automobile, ce sera juste la dernière fois où les moteurs des bolides rugiront avant de laisser place à celui des Panzer et des Stuka… Une dernière danse avant que le crépuscule s’abatte sur le monde.
Date de parution : 25 mars 2026 Auteur : Youssef Daoudi Éditeur : Glénat Collection : Treize étrange Format / Pages : 21,5 x 29,3 cm – 48 pages Reliure : Cartonné couleur