Les p’tits potes : Les bisous, c’est obligé ? (Casterman)
Les éditions Casterman nous proposent une nouvelle collection : Les p’tits potes. Cette collection, écrite par Anna Roy, s’adresse aux enfants dès l’âge de 5 ans. Elle est absolument géniale. Elle se présente comme une BD. C’est un petit album, à la couverture cartonnée. Et les illustrations de Mademoiselle Caroline sont très rigolotes ! Ce n’est pas une collection anodine. Chaque petit livre véhicule des valeurs fondamentales ! Chaque petit livre peut être amené à l’école, et faire l’objet d’une discussion, en classe, avec la maîtresse ! Les bisous, c’est obligé ?Cet album met l’accent sur le corps, la politesse, mais aussi le respect de chacun et la notion de consentement. On peut être poli, sans faire de bisou… Un autre album vient également de sortir dans la même collection : Chut ! C’est le portable de mon frère ! Il aborde une problématique commune à tous les âges : le portable ! Sujet épineux et très bien abordé ! Les dangers du portable et ses effets négatifs sont abordés de façon très simple et à la portée des plus jeunes. C’est également un bon outil pour faire comprendre aux plus jeunes que le portable n’est pas sans danger ! Publik’Art est fan de cette nouvelle collection ! A suivre de très près ! Les p’tits potes : Les bisous, c’est obligé ? et Chut ! C’est le portable de mon frère ! sont deux albums à avoir dans toute bibliothèque ! Notre coup de coeur !
Eyeshield 21 – Brain Brave est bien plus qu’un simple hommage : c’est un ouvrage célébrant les 21 ans de la série Eyeshield 21, un des mangas de sport les plus célèbres du genre. La série originale, signée Riichirô Inagaki et Yûsuke Murata, est connue pour avoir popularisé le football américain auprès d’un large public grâce à un mélange d’humour, d’action et de détermination.
Ce one-shot se situe au carrefour du data book et du manga, combinant souvenirs de création, anecdotes, interviews de collaborateurs et contributions d’auteurs extérieurs prestigieux. Il comprend aussi un manga inédit de 55 pages, qui permet de retrouver Sena, Hiruma et le reste de la bande des Devil Bats sur le terrain, pour prolonger le plaisir des fans tout en offrant une porte d’entrée accessible aux nouveaux lecteurs.
L’intérêt de Brain Brave ne se limite pas à l’inédit : il s’agit d’un regard rétrospectif sur une œuvre qui, encore aujourd’hui, reste un modèle de construction narrative dans le shōnen sportif. Le football américain y est rendu palpitant même pour les néophytes, grâce à des personnages attachants, des stratégies de jeu inventives et des confrontations intenses. L’ensemble conserve l’énergie originale d’Eyeshield 21 tout en offrant un contenu réflexif sur son impact et son héritage, ce qui en fait un ouvrage complet et enrichissant pour les amateurs du genre. :
Résumé éditeur :
Ensemble, célébrons les 21 ans du manga Eyeshield 21.
Au carrefour du data book et du manga, découvrez ce livre hommage réalisé pour le 21ᵉ anniversaire d’Eyeshield 21 au Japon. Coincidence du calendrier, cette sortie française coïncide avec les 21 ans de la série en France. Cet ouvrage regroupe anecdotes et souvenirs de création, interviews et collaborations d’auteurs extérieurs ainsi qu’un manga inédit de 55 pages, qui prolonge et renouvelle le plaisir de retrouver Sena et ses compagnons sur le terrain.
Date de parution : 04 mars 2026 Auteurs : Riichirô Inagaki (scénario) & Yûsuke Murata (dessin) Éditeur : Glénat Manga Collection / Série : Shōnen – Sport / Football américain Format / Pages : Broché – env. 176 pages
Josef Albers, « Study for a Homage to the Square », 1970-1973. KERRY MCFATE/COURTESY DAVID ZWIRNER
Josef Albers : la patience du visible
L’exposition « Duets » à la galerie David Zwirner s’inscrit dans une continuation naturelle de l’exploration albersienne à Paris après la grande rétrospective Anni et Josef Albers : « L’art et la vie » présentée au Musée d’Art Moderne de Paris en 2021 – 2022.
Cette rétrospective avait déjà replacé Albers non seulement comme un pionnier abstrait du XXᵉ siècle, mais aussi comme un acteur central du dialogue entre modernisme européen et modernité américaine, grâce à sa formation au Bauhaus, son enseignement à Black Mountain College puis à Yale, et son influence durable sur l’apprentissage du regard.
Dans ce contexte, « Duets » ne se contente pas de recycler des motifs déjà vus : elle affine le propos, en proposant un accrochage serré autour de paires d’œuvres et de variations subtiles qui font écho à l’approche pédagogique d’Albers.
Une métamorphose du sensible
Chaque duo peint révèle l’idée maîtresse d’Albers: la couleur n’existe pas en soi, elle se fait en relation. Deux teintes proches, placées côte à côte, modifient l’une la perception de l’autre — et soudain, votre œil, que vous croyiez sûr, se dérobe.
Ce principe, apparemment simple, est pourtant radical : il déconstruit notre habitude de reconnaître d’emblée ce que nous voyons. Sur les murs blancs, pas d’explosion chromatique, pas de grand geste lyrique — juste ces micro-variations qui, lentement, mettent en branle l’expérience perceptive.
Les études en noir et blanc, les paires de gris presque sourdes, montrent qu’Albers ne s’arrête pas à la couleur-vive ou à la surface lumineuse: il explore aussi la densité silencieuse des teintes « non-couleurs », ces gris et noirs qui, selon lui, sont tout sauf neutres.
Ce faisant, l’exposition prolonge l’idée déjà mise en avant par les commissaires parisiens de 2021 : celle d’un artiste à la fois méthodique et profondément sensoriel, où le savoir-faire et l’apprentissage du voir priment sur l’effet spectaculaire.
Aujourd’hui, si Albers est souvent associé à des repères classiques comme Interaction of Color — son célèbre manuel publié en 1963, encore utilisé dans les cursus d’art et de design — on voit sa pensée dépasser le cadre historique pour irriguer la pratique contemporaine.
L’idée que la perception plastique dépend du contexte et de la juxtaposition trouve des prolongements chez des artistes contemporains qui travaillent la couleur, la lumière ou l’espace perceptif.
Par exemple, certaines approches de la lumière sculptée chez des plasticiens modernes ou post-modernes (comme l’utilisation de la couleur dans l’espace architectural ou lumineux) peuvent être lues comme une mise en pratique des principes d’Albers, même lorsque la forme carrée n’est plus présente.
De même, la notation de l’œuvre et son déploiement sériel ont nourri des pratiques artistiques où la répétition est un outil perceptif, bien au-delà de la peinture stricte : de la sculpture lumineuse à l’installation immersive.
Ainsi, « Duets » ne s’adresse pas seulement aux amateurs d’abstraction géométrique des années 1950–1970 : elle touche aussi ceux qui, aujourd’hui, réfléchissent à l’expérience visuelle comme à une situation vivante, changeante et relationnelle, ce qui fait dire que la réception d’Albers dépasse désormais le cadre historique pour investir le champ de l’art contemporain.
Enfin, l’une des clés de la réception contemporaine d’Albers reste sa double identité d’artiste et de pédagogue.
Contrairement à certains artistes abstraits célébrés uniquement pour l’impact visuel de leurs œuvres, Albers est lu comme un passeur de savoirs, ce qui explique largement sa longévité critique : Interaction of Color a été constamment réédité depuis sa parution, et ses principes continuent d’être enseignés dans les écoles d’art.
C’est cette dimension — le fait que regarder une œuvre d’Albers enseigne quelque chose, une sorte d’expérience perceptive — que « Duets » met en avant à sa manière, en transformant la visite en laboratoire de perception.
« Duets » est donc une invitation à redécouvrir comment une couleur, une forme, un rapport chromatique peuvent nous apprendre à voir plus finement. En ce sens, l’exposition à la galerie David Zwirner fonctionne comme un subtil compagnonnage avec les œuvres — et non comme une confrontation frontale.
Le geste de l’artiste, répétitif mais infiniment variable, fait sens non seulement pour l’histoire de l’abstraction mais aussi pour notre époque, où le regard se perd facilement dans la surenchère visuelle.
[BD] Robinson Crusoé, de Christophe Gaultier d’après Daniel Defoe (Delcourt – Mirages)
Avec Robinson Crusoé, Christophe Gaultier propose une adaptation qui remet au centre ce que le mythe cache parfois : la solitude, le temps long, l’usure psychologique. Le naufrage n’est pas un simple point de départ spectaculaire, c’est une fracture totale. Robinson se retrouve face à un monde muet, à une nature indifférente, et surtout face à lui-même. L’aventure devient alors une expérience de survie, mais aussi une lente reconstruction, faite de gestes répétés, de routines inventées et de victoires minuscules.
L’album avance avec un rythme volontairement pose, au plus près de la temporalité de l’ile. Construire un abri, apprivoiser le territoire, organiser les ressources : chaque action devient un acte fondateur. Cette approche redonne au récit sa dimension intime, presque existentielle. Quand l’Autre finit par apparaitre, c’est une rupture majeure : l’isolement se fissure, et le monde de Robinson bascule vers une autre forme de questionnement, plus complexe encore que la seule survie.
Graphiquement, le travail de Christophe Gaultier peut décontenancer. Le dessin installe une matière, une présence : paysages, silences, rudesse des éléments. Les visages, les postures, les espaces vides racontent autant que les dialogues. Le lecteur ressent le poids des jours, la fatigue, l’entêtement, puis l’espoir fragile. Cette adaptation ne cherche pas a moderniser artificiellement le texte.
Au final, Robinson Crusoé fonctionne comme une relecture puissante d’un classique, ou l’aventure devient d’abord une expérience intérieure. L’album donne une sensation de vérité brute : rien n’est simple, tout se gagne, et l’ile n’offre jamais de récompense gratuite.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
L’adaptation intégrale du roman de Daniel Defoe en édition prestige ! Sur près de 144 pages, Christophe Gaultier adapte l’un des plus grands classiques de la littérature qui résonne à tous les âges : aventure romanesque, grand large, récit de survie, réflexion sur la solitude.
Date de parution : 05 mars 2026 Auteur : Christophe Gaultier D’après : Daniel Defoe Éditeur : Delcourt Collection : Mirage
[Manga] Dragon Ball – Full Color – Les Saiyans – Tome 02, d’Akira Toriyama (Glénat Manga)
Après un premier tome qui relance l’arc culte des Saiyans dans une édition entièrement colorisée, **Dragon Ball – Full Color – Les Saiyans – Tome 02** poursuit le récit mythique de Goku et de ses amis avec une énergie intacte. Cette édition en couleur donne un nouvel éclat à l’œuvre originale d’Akira Toriyama, tout en offrant une lecture plus immersive des combats, des émotions et des dynamiques d’équipe qui ont forgé l’identité du shōnen le plus influent de tous les temps. Les scènes d’entraînement, les confrontations et les explorations visuelles bénéficient d’un traitement chromatique qui révèle la richesse des décors et des personnages. :contentReference[oaicite:0]{index=0}
Dans ce volume, **l’histoire s’accélère** : alors que Goku achève son entraînement dans l’Au-delà auprès de Kaio, la menace Saiyan devient imminente. Deux guerriers d’une puissance inédite, **Nappa et Vegeta**, se dirigent vers la Terre, déterminés à réclamer leur dû. Pendant ce temps, les héros restés sur la planète se préparent, chacun à sa manière, pour l’affrontement qui s’annonce comme l’un des plus brutaux jamais vus. La tension narrative est ici magnifiée par la dynamique de groupe et le contraste entre les pouvoirs grandissants des défenseurs et la menace écrasante qui approche. :contentReference[oaicite:1]{index=1}
Ce tome 02 ne se contente pas de reproduire fidèlement l’histoire originale : la **colorisation apporte une nouvelle dimension** à l’impact émotionnel de chaque scène. Les éclairs d’énergie, les cieux déchirés et les expressions des combattants gagnent en intensité lorsque chaque page est vibrante de couleurs. Cette version Full Color permet aux amateurs comme aux nouveaux lecteurs de redécouvrir cette portion de l’univers **Dragon Ball Z** sous un angle visuel renouvelé, tout en respectant l’esprit et la structure du récit de Toriyama. :contentReference[oaicite:2]{index=2}
Résumé éditeur :
Alors que Goku achève son entraînement dans l’Au-delà, les terribles Saiyans Nappa et Vegeta débarquent sur Terre. Les autres guerriers se sont durement entraînés pour les affronter mais ces efforts seront-ils suffisants pour contrer une menace venue du bout de la galaxie ?
Date de parution : 4 mars 2026 Auteur : Akira Toriyama Éditeur : Glénat Manga Collection / Série : Full Color – Shōnen Format / Pages : Broché – env. 248 pages
[Album jeunesse] Les belles photos de famille, de Siwon Lee (Gautier-Languereau)
Les belles photos de famille est un album tendre et délicat qui met en scène, avec humour et poésie, les portraits des habitants d’un village forestier très particulier. À travers le regard de Siwon Lee, chaque page devient une invitation à observer la diversité des liens qui unissent les familles, qu’elles soient nombreuses, adoptives ou composées d’amis choisis. L’auteur construit une histoire accessible pour les plus jeunes dès 3 ans, tout en ouvrant une réflexion simple et juste sur ce que signifie être ensemble.
Dans le village de la forêt, Ours et Hibou tiennent un studio photo où défilent des familles de toutes sortes – éléphants, gorilles, serpents et plus encore – pour immortaliser leurs liens. Mais un jour, un petit panda arrive… seul. Comment capturer une photo de famille quand on n’a personne avec qui poser ? Cette situation, à la fois touchante et drôle, devient le fil conducteur d’une histoire où l’empathie et la bienveillance émergent naturellement.
Graphiquement, l’album joue sur des illustrations aux couleurs douces et chaleureuses, qui reflètent l’atmosphère amicale de la forêt et de ses habitants. Les personnages animaux sont dessinés avec une expressivité qui touche immédiatement les émotions, rendant chaque portrait vivant et plein de personnalité. Ce traitement visuel, allié à une narration fluide et claire, fait de la lecture une expérience à la fois apaisante et joyeuse.
Plus qu’un simple album jeunesse, Les belles photos de famille véhicule un message universel : peu importe la forme qu’elle prend, une famille est avant tout un lieu d’appartenance, de soutien et d’affection. À travers sa galerie d’animaux et sa rencontre avec le petit panda, l’album invite le lecteur à considérer avec douceur toutes les familles qui nous entourent, et à célébrer les liens précieux qui les unissent.
Extrait de l’album :
Résumé éditeur :
Dans le village de la forêt, chez Hibou et Ours, les photographes, tous les animaux défilent pour poser en famille. Mais panda, lui, est tout seul : avec qui va-t-il poser ?
Date de parution : 28 janvier 2026 Auteur : Siwon Lee Éditeur : Gautier-Languereau Collection / Série : Les Histoires – Album jeunesse Format / Pages : Cartonné – env. 32 pages
Le Lucernaire est le lieu de toutes les surprises. Les spectateurs rentrent dans la salle Paradis comme dans la chambre d’un adolescent turbulent, remplie de posters et de figurines, le sol jonché de vêtements sales éparpillés partout. Le titre est Hamlet, donc une pièce de Shakespeare, classique, immémoriale, et pourtant tout semble nouveau, fou, décapant, inédit. La pièce du Lucernaire est un tourbillon de surprises que j’aimerais divulguer mais je vais pourtant me retenir. Car la mise en scène de Christine Luthringer est folle, pleine de surprises, comme dans un manège d’autos tamponneuses. Le jeune héros est d’abord un ado lambda, il répète la pièce du célèbre auteur anglais et puis l’ado et Hamlet finissent par ne faire plus qu’un, la pièce se joue avec des artifices qui émerveillent le public (mais motus!), la musique plaira énormément à la Génération X (bouche cousue), le comédien Victor Duez livre une prestation juste ébouriffante (à découvrir absolument!), il finit littéralement en sueur, preuve de l’énergie intense déployée pendant 1h25 qui soulève l’enthousiasme général. Les spectateurs applaudissent, tous ont envie de se lever, de prendre le comédien dans les bras, de le congratuler. La pièce va voyager à Avignon cet été, de quoi lui promettre un succès qui pourrait bien dépasser les limites du périphérique. Les notes Publik’Art sont du 5/5 généralisé, preuve de la totale réussite de cette pièce. C’est bon, je n’en ai pas trop dit? 😀
Synopsis: Hamm, 19 ans, a perdu son père il y a deux mois, et sa mère a déjà retrouvé quelqu’un. Cette situation est insupportable. Hamm ne veut plus sortir de sa chambre. Dans une mise en scène immersive, il transforme son lieu en théâtre. Avec sa guitare, ses lumières sculptées, ses figurines, ses marionnettes, son lit, son bureau, son punching-ball et ses musiques (Cure, Pink Floyd, Nick Cave, Mozart etc…), il monte Hamlet. Son univers devient un royaume où fiction et réalité s’entrechoquent. Là où le théâtre est un moyen de résilience pour une jeunesse en manque de repères.
Un Hamlet brut, poétique, fort et intense, à la fois théâtral et musical comme on ne l’a jamais vu. À voir absolument !
Comédie pop et guerre des nerfs : « Les Femmes savantes » selon Emma Dante en direct au cinéma, le 1er mars 2026
Emma Dante s’empare avec la troupe de la Comédie-Française, des « Femmes savantes » comme d’un matériau instable, à la fois sacré et explosif. Entre esthétique pop, débordement des corps et férocité comique, la metteuse en scène fait vaciller le salon moliéresque pour révéler ce qu’il contient de violence, de plaisir et de chaos.
Un classique furieusement remis en danger — et plus vivant que jamais. Dès les premières minutes, le spectacle annonce la couleur — ou plutôt les couleurs.
Les costumes claquent comme des slogans visuels. Jean, baskets, robes trop grandes, silhouettes contemporaines qui jurent avec la solennité attendue, avant que le XVIIᵉ siècle ne revienne par effraction, couche après couche, perruque après perruque, comme une contamination irréversible. Le classicisme devient un virus.
Plus on parle en vers, plus on se fige, plus on s’orne, plus on s’enferme. La scénographie raconte cela sans pédagogie, par saturation.
Emma Dante transforme la maison en terrain de jeu schizophrène. Les canapés sont des trônes instables, les livres des accessoires de domination massive, et l’espace se referme peu à peu comme une boîte de nuit intellectuelle où l’on danserait jusqu’à l’asphyxie.
Tout est volontairement trop, extravagant, là où le grotesque moliéresque se montre énorme. Et c’est précisément là que la comédie devient mordante. Car derrière cette esthétique pop, presque cartoon, se cache une férocité redoutable.
Du grotesque au ridicule ou l’art de faire vaciller le verbe
Ces femmes savantes ne sont pas de simples figures ridicules : ce sont des machines à discours, des prêtresses du savoir qui manient la langue comme une arme de destruction relationnelle.
Elles parlent pour dominer, pour exclure, pour régner. Le rire surgit, mais il est sec, grinçant, parfois cruel. On rit comme on grince des dents.
La troupe, emportée dans ce tourbillon, joue à corps perdu. Ici, pas de diction élégante ni de distance ironique. Les acteurs attaquent le texte comme on attaque un ring. Les corps sont tendus, désarticulés, parfois grotesques, toujours engagés.
Les actrices imposent une présence frontale, quasi hystérique, fascinante et dérangeante à la fois. Philaminte (fabuleuse Elsa Lepoivre) devient une icône autoritaire, moitié diva pop, moitié cheffe de secte intellectuelle, hypnotique dans son obsession de contrôle.
Les hommes emmené par un Laurent Stocker à son sommet, relégués aux marges, ressemblent à des figurants d’un monde ancien en train de se dissoudre. Ils errent, protestent mollement, s’effacent sous la pression verbale et symbolique.
Cette inversion des rapports, poussée jusqu’à l’excès, n’a rien de confortable : elle met le spectateur face à un miroir déformant, où toute forme de pouvoir apparaît comme une mascarade dangereuse.
La langue de Molière, paradoxalement, sort renforcée de ce chaos. Les alexandrins, jetés dans cette tempête pop et musicale aussi, claquent comme des punchlines. Ils cessent d’être un héritage sacré pour redevenir une matière explosive.
Emma Dante désacralise le texte : elle lui impose une épreuve de survie. Et le texte tient. Mieux : il mord. Ces Femmes savantes font du classique un objet pop instable, une fête inquiétante où la théâtralité danse au bord du gouffre. Un Molière plus vivant que jamais, vibrant et dangereux. Et un théâtre qui n’a plus peur de rien, nous non plus !
Les éditions Sarbacanenous propose un très joli album, Ti’Tigre, C’est pas juste, qui s’adresse aux tout-petits. Ti’Tigre est un petit rebelle, mais tellement attachant ! Il n’est jamais d’accord avec ses parents et ne comprend pas pourquoi on lui interdit tout ! En plus, il a de drôle d’idées, mais on ne le comprend pas… Pourquoi il ne pourrait pas aller sur la Lune ? On lui dit toujours non ! Jusqu’au jour où il se met en danger et là, il est bien content d’avoir l’aide de ses parents ! Ti’Tigre, C’est pas justeest un album qui va aider les parents, dont les enfants sont un peu rebelles ! Très joliment illustré ! Une belle idée de cadeau !
Le grand hôtel des émotionsest un très bel album jeunesse. La directrice de cet hôtel est là pour accueillir toutes les émotions qui se présentent. Mais elle ne sait jamais à l’avance qui va se présenter à l’hôtel : un jour, ce sera la Tristesse, un autre jour, ce sera la Joie. Ou la Colère. Mais elle est souvent bruyante… Et elle fait peur aux autres personnes de l’hôtel… Après la Colère, il y a l’Apaisement. Que du bonheur ! Bref, toutes les émotions, visibles ou invisibles, font un séjour à cet hôtel magnifique des émotions ! Cela permet au jeune lecteur de reconnaître les émotions qu’il a lui-même ressenties… Les illustrations, comme le texte, de Lidia Brankovic, sont très expressives ! Il est édité chez les éditions Obriart qui est une maison d’édition qui mise sur la qualité, la création et le respect des auteurs, avec une approche écologique. Une maison d’éditions qui mérite toute notre attention ! Publik’Art est fan de cet album : Le grand hôtel des émotions ! Il est déjà en prévente sur le site obriarteditions.art, à un prix promotionnel. Un vrai coup de coeur !
[BD] Guerres & Dragons – Tome 05 : La fureur des cendres, de Jean-Luc Istin, Nicolas Jarry & Vax (Soleil)
Guerres & Dragons – Tome 05 poursuit l’expansion d’une fresque fantasy ambitieuse où le destin des royaumes repose sur la puissance des dragons. Jean-Luc Istin et Nicolas Jarry développent un univers où la guerre ne se limite pas aux champs de bataille, mais s’étend aux intrigues politiques, aux alliances fragiles et aux ambitions individuelles. Ce nouvel opus marque une montée en tension, alors que les équilibres établis vacillent et que chaque faction cherche à s’imposer dans un monde au bord du chaos.
Les dragons, figures centrales du récit, incarnent à la fois la destruction et le pouvoir absolu. Leur contrôle devient l’enjeu majeur des affrontements, transformant ces créatures mythiques en symboles de domination. Les personnages évoluent dans un environnement où la loyauté est constamment remise en question, et où la survie dépend autant de la stratégie que de la force. Le récit explore ainsi les conséquences humaines de ces conflits, révélant les sacrifices et les choix impossibles imposés par la guerre.
Le dessin de Vax donne vie à cet univers visuel avec efficacité, bien que la coloration ne soit pas toujours convaincante. Les dragons apparaissent majestueux, tandis que les décors et les scènes de bataille renforcent l’immersion. L’ensemble crée une expérience visuelle cohérente.
Ce cinquième tome continue de développer un monde riche, bien que l’on sente une forme d’essoufflement. Guerres & Dragons s’impose comme une saga fantasy qui reste suffisamment structurée pour plaire aux aficionados du genre « dragons ».
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
La guerre des dragons a commencé…Les royaumes s’affrontent pour le contrôle des dragons, ces créatures mythiques capables de changer le cours de l’Histoire. Alliances fragiles, ambitions personnelles et batailles titanesques s’entremêlent dans une lutte où chaque décision peut sceller le destin des peuples. Alors que les forces en présence se préparent à un affrontement décisif, certains cherchent encore à préserver un fragile équilibre, tandis que d’autres sont prêts à tout pour dominer leurs ennemis.
Date de parution : 2026 Scénario : Jean-Luc Istin & Nicolas Jarry Dessin : Vax Éditeur : Soleil Collection : Fantasy Format / Pages : Cartonné – 56 pages
[Comics] Jinx, de Brian Michael Bendis (Delcourt – Contrebande)
Jinx marque l’un des premiers grands jalons de la carrière de Brian Michael Bendis, bien avant qu’il ne devienne une figure incontournable du comic mainstream. Ici, pas de super-héros ni de pouvoirs extraordinaires : le récit s’ancre dans un polar brut, centré sur des personnages fragiles et désabusés, prisonniers d’un quotidien sans issue. Loin du spectaculaire, l’auteur s’attache à révéler la part d’humanité qui subsiste chez ceux que la société a laissés sur le bord de la route.
Juliet Alameda, surnommée « Jinx », est une chasseuse de primes en perte de repères. Lorsqu’elle croise la route de petits criminels à la dérive, une opportunité inattendue surgit : retrouver une réserve d’argent dissimulée par la mafia. Cette quête agit comme un catalyseur, révélant les tensions, les peurs et les espoirs contradictoires de chacun. Le récit avance sans artifice, laissant émerger une tension psychologique constante, où chaque décision rapproche les protagonistes d’un point de non-retour.
Le dessin en noir et blanc renforce la dimension introspective de l’histoire. Chaque ombre, chaque regard, chaque silence participe à construire une atmosphère lourde et inévitable. Bendis privilégie les dialogues réalistes et les moments suspendus. Le lecteur n’assiste pas seulement à une intrigue criminelle, mais à la lente dérive d’individus confrontés à leurs propres limites.
Cette réédition permet de redécouvrir une œuvre fondatrice, où se dessinent déjà les thèmes majeurs de l’auteur : l’ambiguïté morale, la solitude et la difficulté d’échapper à son passé. Jinx s’impose comme un polar profondément humain, où l’espoir d’une nouvelle vie se heurte à la réalité d’un monde sans indulgence.
Extrait du comics :
Résumé éditeur :
Après TORSO, nous continuons d’explorer la bibliographie Polar de BRIAN MICHAEL BENDIS avec cette réédition augmentée de JINX, dans un joli pavé de plus de 400 pages au format Intégra.Une chasseuse de primes, un escroc de bas étage et son acolyte incontrôlable forment une alliance improbable pour retrouver le butin ultime : une réserve cachée d’argent de la mafia (trois millions de dollars), indétectable et susceptible de changer leurs vies. Mais pour cet improbable trio, le vieil adage » plus d’argent égal plus de problèmes » va s’avérer prophétique.
Date de parution : 19 février 2026 Auteur : Brian Michael Bendis Éditeur : Delcourt Collection : Contrebande Format / Pages : Broché – 410 pages
[BD] L’Embrasement – La guerre Israël-Hamas, dans l’enfer de Gaza, de Michel Goya & Florent Calvez (Delcourt)
Avec L’Embrasement, Michel Goya et Florent Calvez proposent une bande dessinée documentaire d’une intensité rare, consacrée à l’un des conflits les plus complexes et tragiques de notre époque contemporaine. L’album ne se contente pas de relater l’attaque du 7 octobre 2023 : il s’attache à replacer cet événement dans une histoire longue, faite de fractures politiques, territoriales et humaines. Le récit se construit comme une enquête accessible mais rigoureuse, où chaque étape éclaire les mécanismes ayant conduit à l’escalade de la violence.
Le scénario s’appuie sur une narration structurée, qui alterne contexte historique, décisions stratégiques et conséquences concrètes sur le terrain. Ce choix permet de dépasser l’émotion immédiate pour offrir une compréhension globale du conflit, sans jamais perdre de vue les vies humaines prises dans cet engrenage. Le regard porté par Michel Goya, spécialiste reconnu des questions militaires, apporte une profondeur analytique qui donne au récit une dimension pédagogique et critique.
Le dessin de Florent Calvez joue un rôle essentiel dans cette transmission. Son trait précis et lisible permet de restituer aussi bien les scènes de combat que les instants plus silencieux, où l’impact de la guerre se lit sur les visages et les paysages. L’équilibre entre clarté documentaire et puissance visuelle transforme l’album en une œuvre à la fois informative et marquante. L’approche graphique ne cherche jamais le spectaculaire gratuit : elle privilégie la compréhension, la distance et la justesse.
Plus qu’un simple récit d’actualité, L’Embrasement agit comme un outil de réflexion sur les origines et les conséquences d’une guerre dont les ramifications dépassent largement ses frontières immédiates. En donnant au lecteur les clés pour comprendre les logiques militaires, politiques et humaines à l’œuvre, l’album s’impose comme un témoignage essentiel, à la fois lucide et nécessaire.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Un ouvrage indispensable à la compréhension de la guerre entre le Hamas et Israël, par un spécialiste des conflits au Proche-Orient ! Le 7 octobre 2023, le Hamas lançait contre Israël une attaque dévastatrice. Ce coup porté à l’état hébreu l’entrainait dans une nouvelle guerre contre son ennemi juré et ses alliés. Ce livre retrace l’histoire du conflit israélo-palestinien, qui débuta bien avant l’existence du Hamas, et nous interroge sur son issue, ses méthodes de guerre et ses conséquences sur la population de Gaza.
Date de parution : 19 février 2026 Auteurs : Michel Goya (scénario) & Florent Calvez (dessin) Éditeur : Delcourt Collection / Série : Hors collection – BD documentaire / Histoire Format / Pages : Cartonné – 144 pages
Avec Glitchs, J. Personne poursuit son exploration des fragilités contemporaines à travers un roman graphique profondément ancré dans la réalité sociale et numérique. Après Nuages et Regards, l’auteur s’intéresse ici à une génération confrontée à la précarité, à l’isolement et à la pression constante d’un monde hyperconnecté. L’album suit Lia, étudiante déracinée ayant quitté La Réunion pour Paris, où la promesse d’une vie nouvelle s’est transformée en solitude et en instabilité. Le récit installe immédiatement une atmosphère douce-amère, entre désillusion quotidienne et quête d’échappatoire.
Internet devient alors un refuge autant qu’un piège. Lia trouve dans le speedrun — discipline consistant à terminer un jeu vidéo le plus rapidement possible — une forme de contrôle et d’appartenance. La découverte d’un glitch inédit dans le jeu qu’elle suit assidûment devient le point de départ d’une relation à distance avec une runneuse qu’elle admire. Ce lien fragile, purement numérique, agit comme un miroir : il révèle autant l’espoir que le manque, autant la possibilité d’exister autrement que le risque de s’effacer dans un monde virtuel. L’histoire capture avec justesse cette frontière trouble entre réalité et illusion, où l’écran devient à la fois protection et enfermement.
La grande force de Glitchs réside dans sa capacité à traduire graphiquement cet état de fragmentation. J. Personne joue avec les codes du jeu vidéo, les ruptures visuelles et les silences pour illustrer une perception du monde instable, comme si la réalité elle-même pouvait se fissurer. Le récit ne cherche jamais à juger son héroïne : il observe, avec empathie, la manière dont une jeune femme tente de reconstruire du sens dans un univers qui semble dysfonctionner autour d’elle. L’album aborde frontalement des thèmes essentiels : santé mentale, précarité étudiante, relations parasociales et désillusion politique.
Ce roman graphique s’impose ainsi comme une œuvre profondément contemporaine, où le bug informatique devient métaphore existentielle. À travers Lia, c’est toute une génération qui apparaît, oscillant entre engagement et fatigue, connexion et isolement, espoir et épuisement. Glitchs ne propose pas de solution simple : il capture un moment suspendu, celui où l’on hésite entre abandonner la partie ou continuer à jouer malgré tout.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Défaillance du système Réunionnaise, Lia a quitté son île pour la grisaille de la capitale en laissant derrière elle sa mère et sa grand-mère. Mais à Paris, la jeune étudiante s’enlise dans la précarité et la solitude… Heureusement, entre les cours et son job alimentaire, Lia a trouvé sa safe place : Internet, et plus particulièrement le speedrun, l’art de finir un jeu vidéo le plus rapidement possible. Elle ne rate d’ailleurs aucun stream de Blue Fire, célèbre runneuse sur Flammie le maudit, l’adaptation retro d’une BD culte que Lia connaît par cœur. Ce refuge numérique lui permet de s’évader autant qu’il l’isole. Pendant que la colère gronde dans les rues et que de nouvelles réformes sociales et numériques menacent la jeunesse, Lia ne lâche plus sa manette. Rivée devant l’écran, elle découvre un jour un glitch inédit, un bug du jeu qui permettrait à Blue de gagner de précieuses secondes et exploser son record… De cette découverte, une amitié à distance va naître, donnant de l’espoir à Lia, tout comme à Blue, de poursuivre leurs rêves. Internet semble leur offrir leur revanche sur ce monde anxiogène qui les rejette. Cela suffira-t-il pour que Lia retrouve la force de continuer à jouer, à étudier, à militer… à vivre ?
Date de parution : 18 février 2026 Auteur : J. Personne (scénario, dessin & couleurs) Éditeur : Glénat BD Collection / Série : Hors collection – Roman graphique Format / Pages : Cartonné – 216 pages
Le Lucernaire sait y faire pour rendre un texte somme toute assez classique aussi proche et émouvant que possible de spectateurs médusés devant tant de sentiments exacerbés pour un effet décuplé sur leurs esprits. Les comédiens Laura Chetrit et Ronan Rivière forment un couple bouleversant, entre lucidité désespérerée et espoirs illusoires. Cette nouvelle de jeunesse de l’auteur russe n’a pas la renommée d’autres œuvres comme Crime et Châtiment ou Les frères Karamazov et pourtant… cette pièce et ce texte devraient donner à beaucoup l’envie d’exhumer d’autres textes moins connus de l’auteur (comme le Sous-sol) pour de vrais chocs telluriques, avec la musique de Rachmaninov comme toile de fond pour exalter encore un peu plus leur sensibilité .
La nuit est belle et triste à la fois
Les 2 protagonistes ne sont jamais nommés, l’homme aime à déambuler dans les rues de Saint-Pétersbourg dans l’attente d’un contact humain qui ne viendra jamais, il n’a aucun espoir de trouver l’âme sœur et en prend son parti… du moins en apparence. La femme est croisée sur un quai de gare, elle donne au premier abord l’image d’une femme qui cherche à en finir avec la vie. Il l’aborde, elle se laisse approcher, ils vont se raconter leurs vies pour un échange qui va s’étendre sur 4 nuits, pour un espoir un peu fou de communion des âmes. Les 2 personnages ressemblent à des blessés de la vie, des éclopés des sentiments, ils peuvent être un secours l’un pour l’autre, un rempart contre la méchanceté du monde, chacun dans le public a envie de le leur crier, sauvez-vous ensemble et soyez heureux. Mais quelque chose semble les en empêcher, une retenue, comme un instinct primaire personnifié par un Olivier Mazal au piano qui intervient aux moments clés comme pour leur rappeler qu’ils ne sont peut-être pas faits pour se secourir. La pièce est un moment de théâtre total, il bouscule, il émeut, il interpelle. Quant à la scène finale, déchirante même si attendue, elle finit de convaincre que personne n’oubliera cette adaptation des Nuits Blanches au Lucernaire. La mise en scène de Ronan Rivière laisse toute la place au texte et aux comédiens, arrière plan lugubre d’une Russie lugubre et grisâtre où l’espoir semble être un luxe inaccessible.
La pièce se joue jusqu’au 5 avril, il ne faut pas la manquer, 1h25, c’est peu et beaucoup à la fois, surtout quand on en sort aussi bouleversé grâce à la magie des mots et à l’interprétation si intense des 2 comédiens.
Synopsis: Un homme et une femme solitaires se rencontrent et se rapprochent une nuit à Saint-Pétersbourg, où tout semble concourir à leur attachement mutuel. Mais leurs maladresses et leurs angoisses font virer le rêve en cauchemar. Une adaptation pour une comédienne, un comédien et un pianiste de la nouvelle de Dostoïevski sur la désillusion sentimentale.
La nouvelle création du collectif Voix des Plumes, habitué du Lucernaire (Le Journal d’un Fou, La Foire de Madrid, Le Nez, Le Roman de Molière, Le Revizor…)
Quatre nuits d’un couple dont les rêves virent au cauchemar sous la plume de Dostoïevski.
[BD] Colonisation – Tome 10 : Annihilation, de Denis-Pierre Filippi & Vincenzo Cucca (Glénat BD)
Colonisation – Tome 10 : Annihilation marque un tournant dans la saga de science-fiction orchestrée par Denis-Pierre Filippi et Vincenzo Cucca. Depuis ses débuts, la série explore les tensions entre l’humanité et les mystérieux Atils, oscillant entre space opera spectaculaire et drame psychologique. Ce dixième volume resserre les enjeux autour d’une révélation centrale : le retour vers la Terre, berceau originel désormais isolé et inaccessible, devient le pivot d’un conflit dont les ramifications dépassent tout ce que les protagonistes pouvaient imaginer.
Milla et Sylloë approchent enfin de la planète interdite, animées par une détermination mêlée d’espoir et de crainte. Leur voyage s’inscrit dans une dynamique où chaque découverte remet en question les certitudes accumulées au fil des tomes précédents. Pendant ce temps, Raylan, figure énigmatique et stratège redoutable, semble orchestrer un plan d’une ampleur terrifiante, menaçant directement l’équilibre fragile entre les civilisations. La tension monte progressivement, révélant une guerre plus profonde que celle des armes : une guerre de mémoire, de manipulation et de survie.
Le scénario s’attache à donner un poids particulier aux choix individuels. Les personnages évoluent dans un univers où chaque décision peut précipiter la chute ou la rédemption d’un peuple entier. L’intrigue gagne en densité, mêlant révélations inattendues, interrogations existentielles et confrontation avec un passé qui refuse de disparaître. Le récit prend alors une autre dimension avec l’introduction d’un oracle venu du futur, suggérant que le destin des Atils et des humains pourrait avoir été écrit bien avant les événements présents.
Le dessin de Vincenzo Cucca accompagne cette montée en puissance avec une précision remarquable. Les vaisseaux, les paysages planétaires désolés et les expressions des personnages traduisent l’immensité de l’univers et l’intensité émotionnelle du récit. Chaque planche contribue à renforcer l’impression d’un monde vaste et vivant, où la frontière entre espoir et destruction devient de plus en plus ténue. Ce dixième tome confirme la maturité de cette série S.-F. à suivre.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Deux civilisations au bord du chaos
Milla et Sylloë approchent de la Terre, bien décidées à découvrir pourquoi les Atils ont mis le berceau de l’Humanité en quarantaine. Pendant ce temps, Raylan, leader des Écumeurs semble dérouler la partition d’un plan visant à l’annihilation des Atils. Le destin de ces deux peuples ne tient qu’à un fil, destin qui semble avoir été annoncé de longue date aux Atils par une sorte d’Oracle venant du futur… Quels secrets se cachent sur Terre ? Où sont passés les colons des nefs perdues que les écumeurs ont récupérées ? Quelles étaient les réelles motivations des Atils lorsqu’ils sont entrés en contact avec l’Humanité ? Ce nouvel opus marque un tournant majeur dans la saga, apportant son lot de réponses dans ce ballet de doutes, de trahisons, mais aussi de fraternité et d’espoir en l’avenir. Dans la grande tradition du genre, Colonisation s’est imposé comme un récit de SF moderne : un Space-opéra qui explore aussi bien les recoins obscurs de l’univers que ceux de l’âme humaine, porté par une équipe de héros charismatiques.
Date de parution : 18 février 2026 Auteurs : Denis-Pierre Filippi (scénario) & Vincenzo Cucca (dessin) Éditeur : Glénat BD Collection / Série : 24×32 – Science-fiction / Space opera Format / Pages : Cartonné – 48 pages
Fragments d’en bas, de Philippe Lubrano Lavadera (Editions de La Lanterne)
Philippe Lubrano Lavadera, dans son dernier livre, Fragments d’en bas, éclaire avec une grande pudeur des vies brisées, faisant surgir les blessures de personnes qui vivent dans la rue. Philippe Lubrano Lavadera est psychologue. depuis une vingtaine d’années, il accompagne des personnes en situation d’incurie dans la logement, en milieu urbain et rural. Son livre est un recueil de témoignages de ses rencontres avec les gens de la rue à Lyon. Chaque fragment creuse la détresse quotidienne pour en tirer une beauté douloureuse et profondément humaine. La langue, à la fois concise et musicale, donne voix à ces solitudes sans les dramatiser. On sort touché et même bouleversé : ces vies fragmentées deviennent des miroirs qui nous regardent et nous parlent. Un livre intime et nécessaire, qui transforme la fracture en lumière tranquille. Dans Fragments d’en bas, l’auteur évoque par exemple une scène centrée sur une personne vivant dans la précarité, décrivant son quotidien fait d’attente, de fatigue et d’invisibilité sociale. Le passage insiste sur les petits détails concrets — le froid, le bruit de la ville, les regards évités — pour montrer comment la marginalité se vit de l’intérieur. Fragments d’en bas est un texte composé de courts morceaux (fragments) qui donnent la parole à celles et ceux qu’on entend peu, et qu’on ne voit pas : personnes en situation de pauvreté, de rupture sociale ou d’exclusion. Le livre ne suit pas une narration linéaire classique, mais juxtapose des scènes, des pensées et des témoignages. L’objectif de l’auteur est de rendre visible « le bas » de la société, c’est-à-dire ceux qui vivent en marge, et de montrer leur humanité, leurs blessures, mais aussi leur dignité. Le style est souvent sobre, direct, parfois poétique, pour renforcer l’impact émotionnel.
Fragments d’en bas est un livre à découvrir absolument ! Un livre d’une grande humanité !
La classe fantastique : Cassius et Freluquet (Flammarion Jeunesse)
Emmanuelle Cosso pense aux jeunes lecteurs, et à tous ceux qui ont quelques difficultés, et a écrit pour eux cette série : La classe fantastique. Avec Cassius et Freluquet, nous allons découvrir une classe unique avec une maîtresse unique et des élèves tous différents et attachants ! Surtout Scarlett qui a un drôle de comportement, ce matin, en classe… On ne comprend pas trop pourquoi jusqu’au moment où une petite boule de poils sort de son pull… Puis une deuxième… Mais que cache-t-elle ? Tout simplement ces deux bébés ! Toute la classe va halluciner et vivre une expérience incroyable ! Et tellement drôle ! Le jeune qui démarre la lecture va pouvoir facilement lire cette histoire, Les caractères sont volontairement écrits gros et de cette façon, le livre se lit plus facilement. On aime les illustrations en noir et blanc de Camouche. Et quelle fierté d’arriver à lire un livre tout seul ! C’est une lecture aidée adaptée aux DYS. Merci de penser à eux ! La classe fantastique : Cassius et Freluquetest un premier roman à offrir dès 8 ans !
[Manga] La Guilde marchande de Pandémonia – Tome 01, de Kachou Hashimoto (Glénat Manga)
Avec La Guilde marchande de Pandémonia, Kachou Hashimoto propose une approche rafraîchissante de la fantasy, en délaissant le champ de bataille traditionnel pour s’intéresser à un terrain rarement exploré : le commerce. Dans un monde où monstres et humains s’affrontent sans relâche, l’autrice choisit de placer au cœur du récit non pas un héros guerrier, mais une jeune femme prête à bâtir des ponts plutôt qu’à détruire ses ennemis. Cette orientation donne immédiatement au manga une identité singulière, où les enjeux économiques deviennent aussi décisifs que les affrontements physiques.
Lucciola Lunatria incarne cette volonté de changement. Guerrière déterminée, elle découvre progressivement qu’une autre voie existe : celle du dialogue et de l’échange. Sa rencontre avec Bilkis Draco, membre d’une guilde marchande spécialisée dans le commerce avec les monstres, agit comme un révélateur. Le récit abandonne alors la logique du conflit permanent pour explorer un univers où les relations entre espèces peuvent évoluer grâce à la négociation. Cette transformation narrative apporte une profondeur inattendue, donnant au manga une dimension presque politique, où la paix devient un objectif aussi difficile que nécessaire.
Graphiquement, le trait de Kachou Hashimoto se distingue par sa lisibilité et son expressivité. Les créatures fantastiques, loin d’être de simples antagonistes, possèdent une véritable présence et contribuent à enrichir l’univers. L’autrice construit un monde crédible, où chaque interaction révèle une facette différente des relations entre humains et monstres. Le rythme du récit, volontairement progressif, laisse le temps d’installer les enjeux et de développer les motivations des personnages, posant les bases d’une série qui privilégie l’évolution et la compréhension mutuelle.
Ce premier tome fonctionne ainsi comme une introduction solide à un univers où la survie ne dépend pas uniquement de la force, mais aussi de la capacité à comprendre l’autre. En substituant l’échange au combat, La Guilde marchande de Pandémonia renouvelle les codes de la fantasy et propose une réflexion subtile sur le pouvoir, la coexistence et la possibilité de transformer un monde dominé par la violence.
Résumé éditeur :
La thune est plus forte que l’épée ! Pandémonia, les terres où s’affrontent monstres et humains, où seule règne la loi du plus fort. Au cœur de ces affrontements se trouve la vaillante Lucciola Lunatria. Lorsque son chemin croise celui de Bilkis Draco, membre de la guilde des marchands, elle découvre un monde très particulier : celui du commerce avec les monstres. Désireuse d’amener la paix en Pandémonia, elle décide alors de rejoindre la guilde. Réussira-t-elle à lier ses aspirations avec celles de cette organisation ?
Date de parution : 18 février 2026 Auteur : Kachou Hashimoto Éditeur : Glénat Manga Collection / Série : Shōnen – Fantasy / Aventure Format / Pages : Broché – 192 pages
[BD] Mea culpa – Tome 01, de Jean-Christophe Brisard & Michael Malatini (Glénat BD)
Mea culpa – Tome 01 plonge au cœur d’un thriller historique où se croisent pouvoir religieux, espionnage et effondrement du régime nazi. Jean-Christophe Brisard, journaliste reconnu pour ses enquêtes historiques rigoureuses, explore une zone d’ombre majeure de la Seconde Guerre mondiale : le rôle ambigu de l’Église catholique face au IIIᵉ Reich. Le récit ne cherche pas à simplifier, mais à exposer une réalité faite de contradictions, d’influences secrètes et de manipulations à grande échelle.
Le point de départ repose sur un personnage glaçant : Karl Neuhaus, officier SS chargé de surveiller et infiltrer les réseaux catholiques soupçonnés de trahison. À travers lui, le lecteur découvre une guerre invisible, menée dans les couloirs du Vatican, les ambassades et les paroisses rurales. L’échec de l’opération Walkyrie en juillet 1944 agit comme un catalyseur : Hitler, paranoïaque et furieux, ordonne une purge impitoyable contre tous ceux qui pourraient incarner une opposition morale ou spirituelle à son pouvoir. Le récit prend alors la forme d’une traque implacable, où chaque conviction religieuse devient un motif de suspicion ou de condamnation.
Ce premier tome impose une atmosphère lourde et étouffante, où la foi, la loyauté et la survie entrent en collision permanente. Brisard construit une narration dense, nourrie d’archives historiques rarement exploitées, qui confère à l’ensemble une crédibilité saisissante. La tension repose autant sur les enjeux politiques que sur les dilemmes moraux des personnages, confrontés à des choix impossibles dans un monde dominé par la peur et la surveillance. La BD ne se contente pas de raconter un épisode historique : elle interroge la responsabilité, la compromission et la résistance dans un contexte où la vérité elle-même devient une arme.
Le dessin de Michael Malatini accompagne cette plongée dans l’ombre avec une rigueur et une expressivité appréciées. Les décors institutionnels, les uniformes et les visages sont rendus avec une précision qui renforce l’impression d’authenticité. Les cadrages accentuent le sentiment d’oppression et rappellent que le danger peut surgir à chaque instant. Ce premier volume pose ainsi les bases d’un diptyque ambitieux, où l’Histoire se mêle à l’intime pour révéler une vérité dérangeante : même au cœur des institutions sacrées, nul n’est à l’abri du soupçon ni de la compromission. A lire.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Un pape en danger ?
Quel rôle a joué l’Église catholique sous le IIIe Reich ? Le pape au Vatican et, en Allemagne, les évêques, les curés de campagne et les millions de catholiques… Amis ou ennemis des nazis ? Collabos ou résistants ? L’officier SS de la Gestapo Karl Neuhaus est le chef de la section spéciale pour les questions religieuses et il se méfie de ces faux agneaux. Sur ordre d’Hitler, son équipe d’espions a infiltré les plus hautes autorités catholiques du pays et parvient à influencer jusqu’à l’ambassade du Vatican à Berlin et l’entourage du pape Pie XII à Rome. Mais tout bascule le 20 juillet 1944 : « l’opération Walkyrie », une tentative de coup d’État qui devait assassiner Hitler échoue de peu mais ébranle le régime nazi. Pour les conjurés, le pire est à venir : le Führer va se montrer sans pitié pour ces « traîtres », à commencer par ceux qui apparaissent comme les instigateurs de ce complot : l’Église allemande et le Vatican. Dès le 20 juillet au soir, le chef de la Gestapo, Heinrich Müller, charge Neuhaus d’éradiquer tous ces résistants catholiques jusqu’au dernier. Personne ne doit être épargné. Ni les évêques, ni même le pape…
Basé sur des faits réels et des sources historiques rares issues des archives allemandes et russes (Neuhaus a été capturé par l’Armée rouge à la fin de la guerre), le nouveau diptyque du journaliste Jean-Christophe Brisard nous plonge au cœur des intrigues politiques mêlant l’Allemagne nazie et le Vatican. Aux côtés de Michael Malatini et de son dessin percutant, l’auteur nous offre un thriller historique passionnant, entre fiction, espionnage et drame religieux, qui interroge le rôle de l’Église durant la Seconde Guerre mondiale.
Date de parution : 18 février 2026 Auteurs : Jean-Christophe Brisard (scénario) & Michael Malatini (dessin) Éditeur : Glénat BD Collection / Série : 24×32 – BD Historique / Thriller Format / Pages : Cartonné – 64 pages
[Album Jeunesse] Comment j’ai apprivoisé le monstre du placard, de Lenia Major & Thierry Manès (Gautier-Languereau)
Avec Comment j’ai apprivoisé le monstre du placard, Lenia Major et Thierry Manès signent un album jeunesse à la fois tendre et rassurant, qui transforme l’une des peurs les plus universelles de l’enfance en une aventure pleine de douceur. Le récit s’inscrit dans cette tradition des histoires qui permettent aux jeunes lecteurs de mettre des mots et des images sur leurs angoisses nocturnes, tout en leur offrant une manière nouvelle de les appréhender. Le monstre, figure inquiétante et mystérieuse, devient ici le point de départ d’un cheminement émotionnel plutôt qu’une menace irréversible.
Gabin, persuadé de la présence d’une créature dans son placard, se heurte à l’incompréhension des adultes, incapables de voir ce qu’il perçoit avec tant de certitude. C’est sa grande sœur Charlotte qui lui offre une perspective différente, transformant la peur en curiosité. Le récit repose sur ce basculement essentiel : ce qui semblait terrifiant devient progressivement compréhensible. En donnant un sens à la présence du monstre, l’histoire propose une manière symbolique d’apprivoiser l’inconnu, sans jamais nier l’émotion ressentie par l’enfant.
Le travail graphique de Thierry Manès accompagne parfaitement cette évolution. Les illustrations jouent sur les contrastes entre obscurité et lumière, inquiétude et apaisement, pour traduire visuellement la transformation du regard de Gabin. Le monstre lui-même n’est jamais réduit à une simple menace : il devient une présence ambivalente, à la fois étrange et vulnérable, qui invite à dépasser la peur pour accéder à la compréhension. Ce choix artistique renforce le message fondamental de l’album : la peur peut être apprivoisée lorsqu’elle est regardée autrement.
À travers cette histoire simple mais profondément universelle, l’album propose une véritable expérience émotionnelle pour les jeunes lecteurs. Il rappelle que les peurs nocturnes ne doivent pas être niées, mais accompagnées, et qu’elles peuvent devenir des étapes essentielles dans la construction de la confiance et de l’autonomie. Comment j’ai apprivoisé le monstre du placard s’impose ainsi comme un album sensible et intelligent, qui aide les enfants à transformer leurs cauchemars en récits qu’ils peuvent maîtriser.
Extrait de l’album :
Résumé éditeur :
Les soirs où il fait noir, Gabin le sait, il est là, l’affreux, l’horrible, le « Qui Fait Trop Peur » monstre du placard. Papa et Maman ne le voient pas. Mais heureusement, avec sa grande sœur Charlotte, plus question d’avoir les chocottes. Elle sait pourquoi les monstres se cachent dans nos placards ! Un album rigolo pour affronter ses peurs.
Date de parution : 14 janvier 2026 Auteurs : Lenia Major (texte) & Thierry Manès (illustrations) Éditeur : Gautier-Languereau Collection / Série : Albums jeunesse Format / Pages : Cartonné – 32 pages
[BD] Presidio, de Simon Treins & Guiu Vilanova (Delcourt)
Avec Presidio, Simon Treins et Guiu Vilanova livrent un polar âpre et tendu, ancré dans les paysages poussiéreux et implacables du Texas. Ce one-shot adopte les codes du road trip noir pour raconter une fuite autant physique qu’intérieure, où chaque kilomètre parcouru rapproche les personnages de leurs propres contradictions. Loin d’un récit spectaculaire, l’album privilégie une approche réaliste et humaine, où les décisions prises sous pression façonnent inexorablement le destin des protagonistes.
Troy Falconer incarne cette errance moderne : solitaire, marginal et incapable de se fixer, il traverse le territoire sans attaches ni illusions. Le retour auprès de son frère agit comme un point de bascule, précipitant les deux hommes dans une quête aussi dérisoire que dangereuse. Ce qui devait être une simple récupération d’argent devient rapidement une spirale incontrôlable, révélant les fractures familiales, les regrets et les illusions perdues. Le récit avance avec une tension constante, chaque rencontre et chaque détour ajoutant une nouvelle couche d’incertitude et de menace.
La grande force de Presidio réside dans sa capacité à transformer le décor en véritable acteur du récit. Les routes interminables, les villes désertées et les paysages arides deviennent le reflet direct de l’état psychologique des personnages. Le dessin de Guiu Vilanova renforce cette impression d’isolement et de fatalité : les visages sont marqués, les silences pesants, et chaque planche semble chargée d’une tension latente. Le récit adopte un rythme volontairement posé, laissant au lecteur le temps de ressentir l’inéluctabilité de la trajectoire empruntée.
Ce polar ne cherche pas à embellir la réalité : il expose un monde où les erreurs ont un prix et où la fuite n’offre aucune véritable échappatoire. Presidio s’impose ainsi comme un récit noir où la route ne mène pas à la liberté mais à la confrontation avec soi-même. À travers cette cavale fragile et incertaine, l’album explore la culpabilité, la loyauté et la difficulté d’échapper à son propre passé.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Après six années d’une vie en solitaire, Troy Falconer retourne dans la petite ville où il a grandi. Débute alors un road trip sombre et désespéré à travers les paysages austères du Texas. Quand il apprend que la femme de son frère s’est enfuie avec le maigre pécule hérité de leur père, Troy Falconer décide de tout faire pour retrouver l’argent. Débute alors un road trip à travers le Texas. Mais une passagère non déclarée se trouve à l’arrière de leur voiture. Les deux frères ne sont dès lors plus simplement recherchés pour un banal vol de véhicule, mais pour kidnapping.
Date de parution : 19 février 2026 Auteurs : Simon Treins (scénario) & Guiu Vilanova (dessin) Couleurs : Bertrand Denoulet Éditeur : Delcourt Collection / Série : Hors collection – Polar / Thriller Format / Pages : Cartonné – 80 pages
[BD] Le Dépisteur – Tome 02 : Sous terre, d’Antoine Ozanam & Marco Venanzi (Glénat BD)
Le Dépisteur – Tome 02 : Sous terre conclut un diptyque historique qui explore les cicatrices laissées par la Seconde Guerre mondiale dans une France encore hantée par ses silences. Antoine Ozanam et Marco Venanzi poursuivent ici le parcours de Samuel, ancien scout juif devenu « dépisteur », chargé de retrouver les enfants cachés pendant l’Occupation et de tenter de les ramener à leur identité et à leur histoire. Ce second volume abandonne toute illusion : la quête n’est plus seulement celle d’une vérité administrative, mais celle d’une mémoire enfouie, fragile et douloureuse.
En arrivant à Saint-Cirq-Lapopie, Samuel se heurte à un mur de non-dits et d’hostilité feutrée. Chaque témoignage semble incomplet, chaque regard porte le poids d’un passé que personne ne veut voir resurgir. Le récit se transforme alors en une enquête psychologique où les secrets des habitants deviennent aussi importants que les faits eux-mêmes. La recherche de la petite fille disparue en 1943 devient un révélateur brutal : derrière les gestes de solidarité se cachent parfois la peur, la trahison ou le besoin de survivre à tout prix.
L’écriture d’Ozanam s’attache à montrer un monde où la guerre ne s’est jamais vraiment terminée. Les traumatismes persistent, les culpabilités se transmettent, et Samuel lui-même ne peut échapper aux fantômes de son propre passé. La tension narrative repose moins sur les rebondissements que sur l’attente, les silences et les révélations progressives. Le scénario parvient à faire émerger une vérité nuancée, loin des jugements simplistes, en confrontant le lecteur à la complexité morale d’une époque troublée.
Le dessin de Marco Venanzi accompagne cette approche introspective avec des visages marqués, des décors ruraux authentiques, et chaque case semble porter la trace d’un passé qui refuse de disparaître. Le choix des cadrages et des lumières renforce l’impression d’une vérité fragmentaire, difficile à saisir.
Ce second tome donne à l’ensemble du diptyque une certaine cohérence. A découvrir.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
La France, dans les années 50. La guerre est terminée, mais la mission de Samuel continue. S’il sillonne la campagne française c’est parce qu’il fait partie des anciens scouts juifs regroupés sous le nom de « dépisteurs ». Leur travail consiste à partir à la recherche des enfants juifs cachés dans des familles d’accueil pendant la guerre, dans l’espoir de les ramener auprès des leurs. En arrivant au village de Saint-Cirq-Lapopie, Samuel commence une épineuse enquête… Il compte bien découvrir ce qui est arrivé à la petite fille qui avait 1 an en 1943. En l’absence de documentation, Samuel se tourne vers les témoignages du voisinage. Mais il commence à comprendre qu’un lourd secret pèse sur les habitants de ce village. Quelqu’un a-t-il livré l’enfant ! Déterminé, Samuel va aller jusqu’au bout de sa mission et voir ressurgir les fantômes de son douloureux passé. Dans un élan désespéré, il décide de consulter l’unique personne qui pourrait détenir la vérité, le curé du village. Mais le silence est opaque… Il semblerait que tout le monde ait quelque chose à cacher ! Bientôt Samuel va découvrir une histoire faite de peurs et de trahison qu’il aurait voulu ne jamais déterrer. Antoine Ozanam et Marco Venanzi s’appuient sur des faits historiques pour nous entraîner dans une incroyable aventure humaine à travers ce diptyque, qui bien que fictionnel rend bien compte du travail de ces dépisteurs dans une France encore rurale où la solidarité et l’ignominie se côtoient.
Date de parution : 18 février 2026 Auteurs : Antoine Ozanam (scénario) & Marco Venanzi (dessin & couleurs) Éditeur : Glénat BD Collection / Série : BD Historique Format / Pages : Cartonné – 56 pages
« Cochons d’Inde » : Sébastien Thiéry fait vaciller la normalité
Il existe un théâtre du rire. Et puis il existe ce territoire plus trouble où le rire devient un symptôme.
C’est précisément là avec « Cochons d’Inde » que s’installe l’écriture de Sébastien Thiéry, dans cette zone incertaine où la comédie ne cherche plus seulement à divertir, mais à révéler la mécanique invisible qui régit nos vies.
Le point de départ est d’une limpidité presque désarmante : un homme veut procéder à un retrait d’argent. Rien de plus banal, rien de plus légitime. Pourtant, en quelques échanges polis et quelques répliques impeccablement neutres, le réel se dérègle.
Non pas brutalement, mais avec cette douceur inquiétante propre aux systèmes bien huilés. Dans « Cochons d’Inde », tout commence comme un lundi matin — et finit comme un cauchemar éveillé.
Car la pièce n’est pas seulement une comédie : c’est une expérience. Une machine à broyer les certitudes sociales, un miroir grossissant de notre époque où l’individu, persuadé d’exister par son statut, découvre qu’il n’est qu’une pièce parmi d’autres.
Une mécanique comique sous haute tension
Thiéry excelle dans prise avec l’absurdité : il part du réel pour dériver vers l’absurde sans jamais rompre le fil de la crédibilité émotionnelle. L’écriture fonctionne comme une spirale. On rit d’abord d’une situation cocasse, puis on rit jaune, puis on comprend que le rire est devenu une réaction de défense.
La mécanique dramatique repose sur l’enfermement : un huis clos qui transforme un espace banal en laboratoire humain.
L’homme sûr de lui se fissure, l’autorité du système devient grotesque, et les dialogues avancent comme une partie d’échecs où les règles changent sans prévenir. Le texte joue ainsi sur un équilibre délicat : le boulevard et la fable sociale, la farce et l’inquiétude.
Sur scène, la pièce trouve sa force quand le rythme reste tendu, presque clinique. La comédie fonctionne alors comme une dissection : chaque réplique enlève une couche d’assurance au personnage principal, jusqu’à révéler une vérité plus nue — celle d’un homme qui découvre qu’il n’est plus du bon côté de l’échiquier.
La mise en scène de Julien Boisselier semble avoir posé une règle simple : ne jamais jouer l’absurde, mais le laisser exploser seul. Et la distribution s’y conforme avec une précision d’orfèvrerie.
Arnaud Ducret impressionne par son jeu et sa mécanique parfaitement orchestrée. Là où on pourrait attendre une partition comique d’entrée explosive, il choisit la progression.
Son personnage commence dans une assurance sociale parfaitement installée, presque confortable, puis se désagrège par micro-déplacements : une voix qui se tend, un sourire qui devient crispé, un corps qui ne sait plus où se placer. Il joue la perte de contrôle et sa folie kafkaïenne, et c’est cette perte de repère qui rend sa trajectoire crédible et troublante.
Face à lui, Maxime d’Aboville excelle dans l’art du calme inquiétant. Il incarne une autorité impassible, posée, presque absente, qui n’a jamais besoin de hausser le ton pour imposer sa logique. C’est précisément cette sérénité qui devient comique — et, par moments, franchement glaçante.
Emmanuelle Bougerol apporte une couleur différente : une présence plus mobile, presque flottante, qui installe un trouble supplémentaire. Elle joue sur une ambiguïté subtile entre empathie et participation au système, ce qui enrichit la dynamique du trio. Son interprétation agit comme une variation de tempo dans la partition : elle empêche la pièce de s’enfermer dans un face-à-face trop frontal.
Ce que raconte la pièce n’est pas seulement l’histoire d’un homme face à un système. C’est celle d’un monde où la normalité ressemble de plus en plus à une validation. Qui sommes-nous quand l’institution décide de nous redéfinir ? La question reste suspendue, et c’est précisément là que Sébastien Thiéry réussit son coup : le rire ne ferme pas la réflexion, il l’ouvre.
Date : depuis le 22 janvier 2026 – Lieu : Théâtre des Nouveautés (Paris) Mise en scène : Julien Boisselier
Bisous bisousest un très bel album, aux pages cartonnées, aux illustrations volontairement naïves et colorées, on adore ! Il vient de sortir ! Tout est question de bisous, de tendresse, de bonheur et d’amour ! Le jeune lecteur va découvrir les rabats à actionner pour envoyer les bisous ! C’est trop chou ! L’autrice est également l’illustratrice, Patricia Geis, déjà très connue dans le monde de la littérature jeunesse. Bisous bisous est un album à offrir dès le plus jeune âge !