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La confession manquée d’Arthur Dreyfus, « Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui » aux Editions P.O.L

Arthur Dreyfus © Hélène Bamberger P.O.L

Arthur Dreyfus, « Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui » aux Editions P.O.L

Mon Dieu quelle époque ! Il y a quelques mois apparaissait sur les tables des libraires un volumineux Journal dont le titre vaguement inspiré d’un roman de Mauriac semblait contenir toute l’ambition de son auteur : non seulement évoquer sans détour le quotidien de sa vie sexuelle mais révéler à travers elle l’état d’esprit d’une génération, d’une époque, voire d’un siècle. Arthur Dreyfus a-t-il réussi son pari ? D’un point de vue strictement littéraire, force est de constater que non. Après avoir parcouru d’un œil bienveillant les quelque deux mille trois cent quatre pages de cet interminable pensum, nous inclinons à penser que l’auteur peine à rivaliser avec son illustre prédécesseur tant son style de mirliton pêche par une accablante platitude, tant aussi sa manière élémentaire de raconter ne dépasse guère les prouesses d’un lycéen de seconde.

Or le style, disait l’autre, c’est l’homme. Quel genre d’homme est donc Arthur Dreyfus ? Disons que c’est un gay d’aujourd’hui, comme il vous est loisible d’en croiser chaque jour dans notre vaste métropole, un gay bourgeois et intelligent, nanti de diplômes et de privilèges, que rien ne distingue de son alter ego hétérosexuel, le bobo parisien dans la force de l’âge, plus soucieux du périmètre de son appartement et de son avancement social que des lendemains qui chantent. Rien ? Pas tout à fait cependant. C’est que notre garçon d’aujourd’hui, malgré son profil de gendre idéal, est habité par une tyrannique compulsion sexuelle qui vient bouleverser son quotidien et le soustraire bien malgré lui au destin de ses semblables.

Tel est bien le sujet du livre. Habité par le démon du sexe, Dreyfus voit son existence assez banale- existence dont nous ne savons pas grand-chose : que pense-t-il ? à quoi rêve-t-il ? a-t-il des opinions politiques ou religieuses ? – élevée au rang d’un road-movie pornographique qui l’emporte frénétiquement sur les sentiers de la baise où l’application Grindr fait office d’escale régulière. Bien malgré lui, disions-nous. Et c’est bien là que le bât blesse, que ce Journal sexuel s’avère si décevant, morne, conventionnel, et si peu gay au sens étymologique. C’est que notre auteur n’a rien d’un héros ou d’un martyr, d’un poète ou d’un voyou, il n’est qu’un homme ordinaire que la particularité de son économie psychique, l’épanchement de sa libido, précipitent à son insu dans les bas-fonds du sexe, sans qu’il ne parvienne jamais à extraire de ses incursions souterraines la moindre lumière, la moindre connaissance, sans que ne l’effleure jamais le moindre frisson charnel ou amoureux. Ordinaire, la sexualité de l’auteur l’est également au plus haut degré.

Derrière le voile de fumée d’une apparente transgression, Dreyfus apparait comme un fonctionnaire du stupre hanté par le fantasme de la normalité, s’attachant souvent aux formes les plus conventionnelles de la masculinité. Conformément à l’idéologie dominante des réseaux sociaux, jamais un partenaire n’est présenté autrement que par son âge, sa couleur de peau et ses attributs sexuels : « Son corps est musculeux, il a vingt ans, les cheveux extrêmement blonds, joli sexe, trou parfaitement lisse. » Au demeurant, à peine dégrisé de ses frasques libidinales, l’auteur ne manque pas de nous rappeler que s’il ne baise pas comme les autres il tient à penser comme tout le monde : « Je ne suis pas favorable à la pédophilie, je la réprouve… », etc. Quelle grisaille ! Quel vide ! Oui, répétons-le, à quelques exceptions près, sans doute vers la fin du livre où sourd de cette épaisse mélasse un début de clarté, jamais l’auteur ne s’interroge sur lui-même, ni sur l’autre, jamais il n’interrompt un instant sa frénésie sexuelle pour tenter de l’intégrer à un ensemble plus vaste, à une compréhension plus ample de son existence, en dépit d’ailleurs de sa fréquentation assidue du cabinet de l’analyste qu’il semble traiter avec la même versatilité que ses partenaires sexuels : « dans les jours qui suivent, conscient d’être véritablement malade, je me résous à trouver un autre analyste. » Oui, Arthur Dreyfus baise comme il vit, vit comme il baise, et baise comme il écrit : mal, vite et sans éclat.

Que conclure en définitive de cette confession ? Dans L’Homme sans gravité (2002), le psychanalyste Charles Melman avait prophétisé un bouleversement radical de la condition humaine consécutif à l’expansion de l’économie libérale, un effacement de l’ancien sujet hanté par le désir et la faute devant un individu errant, délesté de tout ce qui le rattachait autrefois à l’Histoire, la Loi et l’Utopie. Telle est, à nos yeux, la signification du Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui. Dans ces pages monotones, on retrouve l’individu sans destin, sans règles et sans attaches de nos sociétés actuelles ; l’individu qui ne pense rien, n’éprouve rien, ne regrette rien et ne s’oppose à rien ; que seule la tyrannie du besoin, confondu avec le désir, mène par le bout de son nez. En ce sens, Arthur Dreyfus a bien réussi son pari : son livre est générationnel. Mais s’agit-il encore d’un livre ? Ni œuvre, ni journal, ni document, cette compilation a plutôt valeur de symptôme. Symptôme d’une époque où la Société du spectacle incline à prendre des vessies pour des lanternes, imposant comme œuvre littéraire ce qui n’en possède que le nom. Nous apprenons que la vessie d’Arthur Dreyfus figure en bonne place sur la liste du Prix Médicis. Gageons que le jour de sa proclamation, elle explosera avec fracas à la face du jury.

Editions P.O.L
Date de parution : Mars 2021
Auteur : Arthur Dreyfus
Prix :
37 €

Fin de siècle, un film simple et beau sur les enjeux de notre époque, de Lucio Castro, en salles le 23 septembre 2020

Les premières minutes de Fin de siècle donnent le ton. Un silence assourdissant accompagne les déambulations d’un homme dans la ville qu’il arpente, il semble s’y ennuyer jusqu’au premier eye-contact avec un autre homme. Le film brosse un portrait de notre époque, entre les attentes vis-à-vis d’une relation amoureuse, les enjeux du couple au fur et à mesure que le temps avance et que la tentation d’aventures fugaces devient de plus en plus vivace. Fin de siècle montre aussi la force d’une famille toute dévouée à un petit enfant. Lucio Castro vise large avec de longues discussions faisant entrer dans l’esprit de personnages en quête d’eux-mêmes. C’est pudique et authentique, direct et émouvant avec une chronologie bouleversée par d’incessants allers retours temporels.

Le sentiment à l’épreuve du temps

Ocho (Juan Barberini) est un homme argentin parti en vacances à Barcelone pour faire le point dans un AirBnB. Il a pris la décision difficile mais nécessaire de faire une pause avec son compagnon après 20 ans de relation. Le fil de sa vie défile tout au long du film, entre résurgences de sa vie de couple passée devenue sans passion et la rencontre avec un homme déambulant dans la rue en bas de son appartement. Ce bel hidalgo se nomme Javi (Ramon Pujol) et les deux hommes se rapprochent très vite dans une passion toute animale, et ils discutent encore et encore pour permettre au spectateur d’en savoir un peu plus sur le pourquoi du comment. Car Ocho et Javi ne sont peut-être pas inconnus l’un pour l’autre. La connexion amoureuse et physique entre les deux hommes ouvre un univers large et étendu sur une longue durée, comme pour montrer l’évolution de chacun sur une si longue période, avec des priorités mouvantes et l’érosion des certitudes de la jeunesse à l’épreuve du temps. Le scénario non linéaire fait des bons en avant et des retours en arrière comme pour montrer qu’une relation a besoin de temps pour se construire, mais aussi de solitude pour se décoller de l’autre et mieux se retrouver. En englobant autant la sexualité que la famille et l’introspection, le réalisateur propose une réflexion qui interpelle par sa profondeur sur la société actuelle, loin de tout raccourci ou facilité.

Le film Fin de siècle a été présenté au Festival Chéries Chéris 2019 avec un certain succès que la sortie en salles le 23 septembre 2020 pourrait bien confirmer.

Synopsis: Un Argentin de New York et un Espagnol de Berlin se croisent une nuit à Barcelone. Ils n’étaient pas faits pour se rencontrer et pourtant… Après une nuit torride, ce qui semblait être une rencontre éphémère entre deux inconnus devient une relation épique s’étendant sur plusieurs décennies…

Hue Cocotte ! (Glénat Jeunesse)

Hue Cocotte ! (Glénat Jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse nous proposent un album, très joliment illustré : Hue Cocotte !
Mariette est triste : elle ne sait pas voler et on se moque d’elle. Jusqu’au moment où elle rencontre Josette qui va lui apprendre à se servir de ses ailes. Et surtout à ne pas avoir peur ! Du coup, ensemble, elles vont vivre une aventure extraordinaire !
Hue Cocotte est un très joli album, qui véhicule des valeurs très fortes et positives !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Février 2026
Auteur : Géraldine Collet
Illustrateur : Maurèen Poignonec
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 13,50 €

Le collectif jazz Tigres & Canapés dévoile son premier album survitaminé avec Sofa majeur, sortie le 25 avril (Pousse-Pousse Prod / Inouïe Distribution)

Le collectif Tigres & Canapés se compose de 5 musiciens professionnels difficiles à dresser. Organisé comme une fanfare, Tigres & Canapés évolue dans une atmosphère jazz loin d’être apaisée, avec des sonorités rock et une liberté totale de ton. L’énergie le dispute à la folie douce et les prestations scéniques ne laissent personne indifférent. Les 2 créateurs Léo Jeannet (trompette et compositions) et Gaby Schenke (saxophone et composition) mènent la bande sur des sentiers… tigresques!

Du jazz en toute liberté

Aux côtés des 2 chefs de meute évoluent des musiciens aguerris. Valentin Meylan (Trompette, bugle), Eric Houdart (Saxophone ténor), Eric Exbrayat (Sousaphone) et Nicolas Serret (Batterie) font rugir les cuivres et les cymbales pour un déferlement effréné de décibels. La meute s’est déjà fait entendre dans différentes contrées sauvages, La Nuit de tous les Jazz (26), Rhino Jazz(s) Festival (42), Parfum de Jazz (26), Les Disquaires (75), Jazz à Barraux (38), Festiv’Jazz Chabeuil – “Jazz en’Mêlée” – création écriture et sound-painting, avec fanfare amateure (26), Festival Caméra en campagne (26), Hot Club de Lyon (69), Le Galpon (71), Festival Parfum de jazz (26), Les mardis en musique à St Rémèze (07), ils débarquent maintenant dans les sonos domestiques pour trouver de nouveaux terrains de chasse. Les cuivres sont en majesté dans des compositions enfiévrées où le repos des tympans est en option. La rythmique est enlevée, les cuivres rugissent comme sur Au dedans, l’or, pas de paroles mais les instruments se répondent les uns aux autres comme après un bon festin de gazelles. Autre titre phare, Tigres itinérants en rajoute une couche dans la folie jazz ambiante, Pas sages (passages?) se veut un peu plus calme mais pas vraiment apaisé, les musiciens n’arrêtent jamais pour une ivresse sonore réconfortante.

Les prédateurs enchainent les ambiances avec toujours cette envie de surprendre et d’emmener les auditeurs dans des contrées sauvages. A découvrir de toute urgence dans vos sonos avant peut être une rencontre scénique à planifier dans la capitale des terres de France!

Montagnes et glaciers… Et comment les sauver (Sarbacane)

Montagnes et glaciers… Et comment les sauver (Sarbacane)

Au fil des pages de ce superbe documentaire, Montagnes et glaciers… Et comment les sauver, l’auteure, Amandine Thomas, dresse le portrait d’un monde en déséquilibre, tout en restant à la portée des jeunes lecteurs, avec des illustrations superbes. Les glaciers reculent, les sols se délitent, les écosystèmes d’altitude se transforment à une vitesse qui dépasse leur capacité d’adaptation. Mais le livre ne se contente pas de constater. Il raconte aussi les liens invisibles qui unissent ces paysages lointains à nos vies quotidiennes : l’eau que nous buvons, le climat que nous subissons, la biodiversité qui nous nourrit.
Chaque page agit comme une balise. On part à l’exploration des glaciers du monde entier. De la mer de glace, en passant par la Patagonie, ou la vallée de Yosemite, ou encore le mont Fuji… Ailleurs encore, toutes ces informations rappellent que ces territoires ne sont pas seulement des décors, mais des écosystèmes souvent menacés.
Ce qui frappe, c’est la pluralité des situations : on comprend, on ressent, et surtout, on ne peut plus ignorer.
Une question persiste : que faire ? Les réponses ne sont ni simples ni uniformes. Elles passent par la réduction des émissions, bien sûr, mais aussi par des actions locales, des politiques de préservation, une nouvelle manière d’habiter le monde. Le livre insiste sur un point essentiel : sauver les montagnes et les glaciers, ce n’est pas seulement protéger des paysages spectaculaires, c’est préserver un équilibre vital pour l’ensemble de la planète.
En refermant ce très bel album, Montagnes et glaciers, une impression demeure. Celle d’avoir contemplé quelque chose de beau, de vivant mais aussi de profondément vulnérable. Et surtout, la conviction que le temps de l’émerveillement passif est révolu. Il faut désormais apprendre à regarder ces sommets autrement : non plus comme des symboles d’éternité, mais comme des appels à l’action. Et ce, dès le plus jeune âge !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Amandine Thomas
Illustrateur : Amandine Thomas
Editeur : Sarbacane
Prix : 16,90 €

Minuscules, Le merveilleux univers de la vie microscopique (Casterman)

Minuscules, Le merveilleux univers de la vie microscopique (Casterman)

Il faut parfois changer d’échelle pour renouveler son regard. Avec Minuscules, la maison Casterman propose une plongée dans un univers que l’on frôle chaque jour sans jamais vraiment le voir : celui de l’infiniment petit. Et le pari est réussi.
Dès les premières pages, l’ouvrage capte l’attention par sa capacité à rendre visible l’invisible. Micro-organismes, formes de vie discrètes, détails imperceptibles : tout un monde s’anime sous les yeux du lecteur. Il est extraordinaire de transformer un sujet scientifique en expérience sensible. Ici, la pédagogie passe par l’émerveillement !
Minuscules ne cherche pas à asséner des savoirs, mais à raconter. On y découvre des existences minuscules, certes, mais essentielles. Ce choix narratif donne au livre une dimension presque poétique, où la science dialogue avec une forme de contemplation, avec une immense richesse visuelle. Illustrations soignées, mise en page aérée, sens du détail — tout concourt à faire de l’ouvrage un objet aussi agréable à feuilleter qu’à lire. Cette exigence esthétique accompagne efficacement le propos et renforce l’immersion.
Mais au-delà de ses qualités formelles, Minuscules porte un message plus large. En mettant en lumière ces acteurs invisibles du vivant, il rappelle une évidence trop souvent oubliée : les équilibres naturels reposent aussi sur ce qui échappe à notre regard. On insiste sur une certaine conscience écologique.
Minuscules, Le merveilleux univers de la vie microscopique, s’impose comme un ouvrage à la croisée des genres : documentaire, objet esthétique, invitation à ralentir. Une réussite discrète, à l’image de son sujet, qui rappelle que le spectaculaire n’est pas toujours là où on l’attend ! Un livre documentaire, avec de très chouettes illustrations, à faire découvrir dès l’âge de 8 ans et sans limite d’âge !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Sylvie Baussier, Michel Viso
Illustrateur : Anne Zeum
Editeur : Casterman
Prix : 16,95 €

Une adaptation palpitante des Misérables au Théâtre Hebertot

Le Théâtre Hébertot fait revivre l’histoire mémorable imaginée par Victor Hugo et publiée en 1862. Les héros mythiques sont là, Jean Valjean, Fantine, Cosette, l’inspecteur Javert, Gavroche, les Thénardiers, interprétés par des comédiens et comédiennes de talent qui donnent tout pendant 1h50 de spectacle qui débute tranquillement avant de gagner en intensité avec des péripéties qui tiennent en haleine avant un final qui fait chavirer les cœurs.

Une adaptation grandiose

Ce spectacle au Théâtre Hebertot n’est pas une comédie musicale, c’est une vraie pièce de théâtre avec des passages musicaux et une dramaturgie finement orchestrée. Le soir du spectacle, un public scolaire est passé du chahut initial au calme le plus absolu tout au long du spectacle. Tous ont été hypnotisés par un spectacle total qui prend aux tripes. Le forçat Valjean gagne sa rédemption à coup d’actions positives qui lui font se racheter une conscience à coup de revirements et d’actions d’éclat. Il tente d’échapper au persévérant Javert pour sauver la petite Cosette. Autant dire que l’intrigue ne laisse aucun répit, les tours musicaux s’enchainent aux monologues pour un parti pris féministe de bon aloi et une lutte effrénée contre un destin taquin. La salle était comble le 23 avril au soir et la salve d’applaudissement finale a bien rendu compte du sentiment général extrêmement positif, les scolaires ont passé un excellent moment. Le moment de théâtre est une belle réussite à découvrir jusqu’au 31 mai prochain, un immanquable de la saison. La mise en scène très épurée de Manon Montel permet de rendre compte de la dureté des temps et de la quête autant spirituelle qu’humaniste du héros cabossé par la vie mais toujours prompt à affronter les écueils.

Synopsis: Après la comédie musicale mondiale et de multiples adaptations au cinéma, le Théâtre Hébertot fait revivre sur scène le chef-d’œuvre de Victor Hugo dans la version théâtrale flamboyante créée par la Compagnie Chouchenko. 1h50 d’émotion et de souffle épique, du drame intime de Fantine aux barricades de 1832, avec Jean Valjean comme figure de rédemption et d’humanité.

Jean Valjean, ancien forçat, tente de se réinventer en homme juste. Mais l’ombre implacable de l’inspecteur Javert le poursuit. Autour d’eux gravitent Cosette, Marius, Fantine, Gavroche et les Thénardier. Entre misère, justice et espoir, Hugo nous livre une leçon d’humanité toujours brûlante d’actualité. 

Manon Montel confie le fil du récit à Madame Thénardier, figure espiègle et mordante qui dialogue avec le public et entraîne le récit. Sa mise en scène marie humour et tragédie, intimité et souffle historique. Les dix comédiens se glissent avec aisance dans une multitude de personnages, soutenus par une scénographie fluide, des costumes d’époque somptueux et une musique qui rythme le récit comme une grande fresque vivante.

Détails:

Pour le mois d’avril
Les mercredis 8 et 15 à 21h
Le jeudi 23 et samedi 25 à 21h
Le dimanche 26 à 15h30

Pour le mois de mai
les samedis 16, 23 et 30 à 21h
Les dimanches 17, 24 et 31 à 15h30

A la ferme, livre feutrine (Glénat Jeunesse)

A la ferme, livre feutrine (Glénat jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse nous proposent des jolis petits albums pour les tout-petits : A la ferme. Cet album fait partie de la nouvelle collection : Les petits feutres. C’est effectivement un livre en feutrine que le tout petit va prendre facilement en main et va pouvoir caresser. Un livre tout doux et tout léger !
Le jeune lecteur va découvrir les animaux de la ferme : le chien, le poney, la vache, la chèvre…
C’est un livre qui se déplie et qui se lit de chaque côté.
Dans la même collection, vous trouverez également : Dans la forêt. Le jeune lecteur va caresser tour à tour la grenouille, le lapin, le renard, le hérisson… Un livre-toucher qui va plaire à nos petits !
A la ferme et Dans la forêt sont deux albums spécialement réalisés pour les tout-petits ! Un beau cadeau à leur offrir !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Alicia Cambridge
Illustrateur : Sarah Lack
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 9,90 €

9 héroïnes de l’antiquité (Flammarion Jeunesse Poche)

9 héroïnes de l’antiquité (Flammarion Jeunesse Poche)

Avec 9 héroïnes de l’Antiquité, le lecteur plonge dans un univers bien connu — celui de la mythologie grecque et romaine — mais sous un angle trop souvent oublié : celui des femmes. Ce recueil de neuf récits redonne voix à des figures comme Ariane, Hélène, Médée ou encore Pénélope, souvent reléguées au second plan derrière les héros masculins.
Ce qui frappe dès les premières pages, c’est le choix du point de vue. Ici, les héroïnes ne sont plus seulement des personnages secondaires : elles deviennent le cœur de l’histoire. À travers leurs colères, leurs amours et leurs espoirs, le livre met en lumière des destins intenses, souvent marqués par la passion et la tragédie . Chaque récit fonctionne comme une petite fenêtre ouverte sur une vie, avec ses choix, ses sacrifices et ses conséquences.
Le style est simple et accessible, ce qui rend la lecture fluide, notamment pour un jeune public. Mais derrière cette simplicité se cache une vraie richesse : le livre permet de découvrir ou redécouvrir de grands mythes tout en les rendant plus humains. Les héroïnes apparaissent tour à tour courageuses, rebelles, amoureuses ou terribles, mais toujours profondément libres, cherchant à vivre selon leurs propres désirs .
Le format en récits courts donne du rythme et permet de varier les ambiances. On passe d’une histoire d’amour tragique à un récit de révolte ou de ruse, ce qui maintient l’intérêt du lecteur. 
9 héroïnes de l’Antiquité est un livre à la fois instructif et captivant. Il offre une relecture intéressante des mythes antiques en mettant en avant des figures féminines fortes et complexes. Une œuvre accessible, mais aussi intelligente, qui rappelle que derrière chaque grand héros se cache souvent une héroïne tout aussi fascinante. 

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Brigitte Heller
Editeur : FJ Poche
Prix : 5,90 €

Encore une réussite avec Tim Burton ou le Prométhée gothique aux éditions Playlist Society

Playlist Society a déjà mis à l’honneur une belle ribambelle de réalisateurs destinés à marquer l’histoire du cinéma pour toujours comme Bong Joon-Ho, Gregg Arraki, Steven Soderbergh ou David Cronenberg (à quand d’autres grands réalisateurs ouf malades comme Stanley Kubrick ou Tarkovski?), il était donc prévisible que le tour de Tim Burton arrive un jour. Dans un format un peu plus gros qu’à l’accoutumée (192 pages, ce n’est pas non plus scandaleusement gros), Elsa Colombani propose une analyse minutieuse et documentée des grandes manies du réalisateur gothiquement barré. L’occasion de traverser une carrières riche en moments de bravoure, jalonnée de quelques écueils mais largement passionnante dans sa plus grande partie. Pour ceux qui ont vu tous les films du réalisateur, c’est le moment de se replonger dans des souvenirs éternels et d’activer la manivelle cérébrale pour des flashbacks émouvants. Le livre donne envie de revoir tous ses films et de reconnaitre une fois de plus le génie malade du bonhomme.

Synopsis: Comment l’adjectif « burtonien » est-il devenu aussi éloquent que « kafkaïen » ou « hitchcockien » ? Est-ce grâce aux héros étranges, femme-chat ou barbier sanguinaire, qui peuplent son cinéma ? À l’esthétique de ses films, aux décors biscornus, en noir et blanc ou couleurs arc-en-ciel ? Ce qui fait la signature reconnaissable entre toutes de Tim Burton est sa filiation incontestable avec le gothique. Le cinéaste américain s’empare des codes littéraires et cinématographiques du genre, décline sans relâche le mythe de Frankenstein, croise l’humain et le monstrueux pour décrire un univers machinique, dont il faut s’extraire pour survivre. Tandis que les frontières entre la vie et la mort se brouillent, que passé et présent se confondent, que la comédie devient horrifique et l’épouvante drôle, la création émerge comme le seul moyen d’existence possible.

Tim Burton ou le Prométhée gothique explore les contes de ce cinéaste à la noirceur joyeuse, pour percer les mystères de nos singularités excentriques.

Elsa Colombani est critique de cinéma et docteure en Lettres et Littératures anglophones. Elle collabore régulièrement aux pages cinéma de la revue Études.

Paul Nizon, au point vif de l’existence

Paul Nizon, au point vif de l’existence
Paul Nizon : © ULF ANDERSEN

Paul Nizon, au point vif de l’existence

Chez Paul Nizon, 97 ans, persiste quelque chose d’irréductible, une manière de vivre l’écriture comme une écharde enfoncée sous la peau.

Avec « Le clou dans la tête », dernier volet de son journal publié chez Actes Sud, il ne se contente pas de consigner le temps qui passe. Il le fore, il le creuse, il le met en perspective à l’aune d’une vie d’écriture.

Ce journal des années 2011 à 2020 s’écrit à la lisière, dans une zone de basculement, où l’âge n’apaise rien mais aiguise tout.

Nizon y revient à ses obsessions fondatrices : qui suis-je ? où est la vie ? comment tenir dans le monde sans s’y dissoudre ?

Des questions anciennes, presque enfantines, mais qui ici prennent une densité de fin de parcours, comme si chaque phrase devait désormais justifier sa propre nécessité.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la tension. Rien n’est jamais relâché. L’écriture avance par secousses, par blocs, par éclats de conscience.

Le « clou » n’est pas une métaphore décorative : c’est une douleur active, une fixité obsessionnelle, une idée qui empêche de vivre autrement que dans la langue.

Mais ce face-à-face avec soi n’est qu’une première illusion. Car chez Paul Nizon, l’intime n’est jamais clos. Il est traversé, irradié, parfois même percuté par les autres, par les figures tutélaires, par les rencontres réelles ou rêvées qui accompagnent la marche solitaire.

Le livre devient alors une chambre d’échos. On y croise, au détour d’une notation, les ombres vives de Jean-Paul Sartre, de Franz Kafka, d’Henry Miller, de Thomas Bernhard, non comme références savantes, mais comme des présences insistantes, des compagnons d’inquiétude.

Ils ne sont pas cités pour faire l’inventaire d’une bibliothèque intérieure, mais pour maintenir une exigence, une liberté, une tension morale et stylistique. Lire, chez Nizon, c’est entrer en friction avec plus grand que soi.

Et puis il y a les vivants. Les visages croisés, les amitiés, les silences partagés. Paris, Berlin, les lieux deviennent eux-mêmes des interlocuteurs, des partenaires de cette lutte avec le réel.

La brûlure de l’écriture

Le journal enregistre ces rencontres avec une acuité presque douloureuse : chaque présence est une chance et une menace, un appel et un retrait.

Nizon ne collectionne pas les noms, il éprouve les êtres, dans ce qu’ils déplacent en lui.

Ce qui se dessine alors, au fil des pages, c’est une cartographie sensible de l’existence artistique. Un réseau de forces où l’écrivain se tient, fragile et obstiné, entre héritage et invention.

Loin de se replier sur une solitude stérile, il construit une solitude habitée, peuplée d’influences qui ne cessent de le travailler.

Ainsi le journal s’habite. Il ne se contente plus d’être le lieu d’une introspection, mais devient une sorte de poste d’observation du monde et de la création.

Une vigie intérieure, depuis laquelle Paul Nizon interroge ce que signifie écrire après les autres, avec eux, contre eux parfois. Et pourtant, au cœur de cette gravité, surgissent des trouées de lumière.

Des instants de joie brève, des élans presque euphoriques, des regards qui soudain s’élargissent.

L’écrivain ne s’abandonne jamais totalement à la mélancolie. Il la travaille, il la retourne, il la fait vibrer jusqu’à produire une énergie paradoxale. Ce journal est un champ de forces, pas un tombeau.

Dans cette nouvelle traversée, Nizon apparaît plus nu que jamais. L’identité vacille, cette absence du père toujours présente, où le sentiment de n’appartenir à rien devient presque un territoire en soi.

Mais c’est précisément là que se loge la puissance du livre : dans cette fidélité à une inquiétude originelle, jamais domestiquée, jamais résolue.

On pourrait reprocher à Paul Nizon de ne pas varier, de rejouer sans cesse la même partition existentielle. Ce serait mal le lire. Car ce qui se répète ici, ce n’est pas un motif, c’est une intensité. Une manière de revenir au même point pour l’approfondir encore, jusqu’à en faire un gouffre.

« Le clou dans la tête » est un livre qui insiste, creuse. Il martèle. Et dans cette obstination presque minérale, il atteint une forme de vérité à vif : celle d’une vie entièrement livrée à l’écriture, jusqu’à ce que l’écriture devienne la seule manière de tenir debout et de vivre, encore.

Date de parution : 01 avril 2026
Éditeur : Actes Sud
Collection : Romans Nouvelles Récits

Atelier Matisse (Grand Palais Rmn Editions)

Atelier Matisse (Grand Palais Rmn Editions)

Avec Atelier Matisse, le grand livre de stickers devient bien plus qu’un simple jeu : il se transforme en véritable expérience artistique. Inspiré de l’univers de Henri Matisse, cet ouvrage invite le lecteur à entrer dans l’intimité créative du peintre, en particulier dans la période de ses célèbres « gouaches découpées ».
Dès l’ouverture, on est frappé par la simplicité du concept : quelques formes colorées, à manipuler librement. Mais derrière cette apparente simplicité se cache toute la richesse du travail de Matisse. À la fin de sa vie, l’artiste utilisait des matériaux modestes — papier, ciseaux, gouache — pour créer des compositions vibrantes et presque vivantes. Le livre reprend cette idée et la rend accessible à tous, en proposant des stickers repositionnables qui permettent d’expérimenter soi-même ce processus créatif.
Ce qui fait la force de cet ouvrage, c’est son approche ludique. On ne se contente pas de regarder l’art : on le manipule, on le construit, on le transforme. Chaque page devient un espace d’expérimentation où l’on peut assembler des formes, jouer avec les couleurs, et inventer ses propres compositions. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, seulement une invitation à créer.
Le livre s’adresse principalement aux enfants, dès l’âge de 6 ans, mais il ne se limite pas à eux. Il touche aussi les adultes par sa dimension presque méditative : découper, déplacer, recomposer… autant de gestes simples qui rappellent que la créativité peut naître de très peu de choses. Comme le disait Matisse lui-même, il s’agit de « regarder toute la vie avec des yeux d’enfants ».
Au final, Atelier Matisse est à la fois un livre-jeu et une porte d’entrée vers l’art moderne. Il réussit le pari de rendre accessible une démarche artistique complexe, tout en conservant une vraie poésie visuelle. Une petite œuvre interactive, colorée et inspirante, qui donne envie de créer sans contrainte. Alors, à vous de jouer ! Ce très joli « livre » vient de paraître, à l’occasion de l’exposition « Matisse, 1941-1954 » qui se tiendra au Grand Palais du 24 mars au 26 juillet 2026.

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mars 2026

Editeur : Grand Palais Rmn Editions
Prix : 14,90 €

Mon copain Patate va tout déchirer (Glénat Jeunesse)

Mon copain Patate va tout déchirer (Glénat Jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse viennent de sortir une nouvelle série BD : Mon copain Patate va tout déchirer, Tome 1.
C’est l’histoire d’un petit garçon, Léon, qui vient de déménager parce que ses parents ont divorcé. Rien ne lui plait dans sa nouvelle vie. Alors sa maman lui offre un hamster, qu’il nomme : mon copain Patate. En réalité, il l’envie beaucoup, son copain Patate, car lui, il ne va pas à l’école. Alors, un soir, il supplie la bonne fée de faire quelque chose pour qu’il n’aille plus à l’école ! La bonne fée l’a entendu et elle a échangé son corps avec Patate !!!
La BD est drôle, pleine de rebondissements et de situations cocasses ! Patate va à l’école à la place de Léon…
On est fan des illustrations de Giovanni Jouzeau !
Au final, Mon copain Patate va tout déchirer est un livre surprenant, drôle et un peu atypique, qui montre qu’on peut aborder des thèmes importants avec légèreté. Une lecture qui ne se prend pas au sérieux, mais qui, paradoxalement, dit pas mal de choses sur nous !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mars 2026
Auteur : Seb Guérout
Illustrateur : Giovanni Jouzeau
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 11€

Pierre Constant de retour avec Le Funambule de Jean Genet au Théâtre de Poche Montparnasse

Le Théâtre de Poche Montparnasse a rappelé Pierre Constant pour 3 représentations exceptionnelles du Funambule de Jean Genet. Le seul en scène est accompagné sporadiquement d’un violon pour une confession proche de l’autoanalyse et de la philosophie, le funambule marche sur un fil très tenu, un peu comme chaque être humain qui évolue dans la vie.

Un témoignage personnel qui tend vers l’universel

Le Funambule de Jean Genet est dédié à son ami Abdallah Bentaga, acrobate français d’origine algérienne qui au milieu des années 1950 fut son amant. Cette histoire d’amour se terminera par le suicide du jeune homme, il ne se remettait pas d’un accident survenu lors d’un spectacle au Koweït, il tomba et se blessa gravement, devenant incapable de remonter sur une corde, seul et désespéré, entouré des livres que Genet lui avait dédicacés, il s’ouvrit les veines. Histoire tragique, Jean Genêt écrivit ce texte et voulut le faire disparaitre, ce qui n’advint pas, fort heureusement. Le comédien et metteur en scène français Pierre Constant, né en 1933 quand même, s’offre un seul en scène intense et habité, il déclame le texte brulant du célèbre auteur jusqu’à se l’approprier totalement. Les mots semblent les siens mais ce sont ceux de celui est peint sur le tableau de Jean Marais accroché sur le mur au fond de la scène. Il soliloque et enchaine les réflexions sur le cirque et sur le fil du funambule si proche du fil fragile de la vie qu’il faut tout de même emprunté pour se réaliser et laisser une trace dans ce monde. L’heure de spectacle passe dans un souffle pour une performance qui force le respect, avec des numéros de semi équilibriste qui font s’ébahit les spectateurs.

Encore 2 représentations les 25 et 26 avril, il ne faut pas hésiter à se rendre au Théâtre de Poche Montparnasse pour le contempelr avec admiration.

Synopsis: Jean Genet écrit Le Funambule en 1955 pour un jeune acrobate du cirque Pinder, Abdallah Bentaga. C’est à la fois une déclaration d’amour et une méditation poético-érotique sur l’acte de Création et sur le lien de l’Artiste à la Vie, qui ne tient qu’à un fil… celui de la représentation. Pierre Constant nous délivre ce texte-phare avec une sincérité poignante et une énergie sensible, puisée dans son passé d’homme de piste et de scène. Une expérience unique conjuguant plaisir et danger, jeunesse et mort, grâce et gravité, en un fulgurant rituel.

Détails: LES 24 ET 25 AVRIL À 21H – LE 26 AVRIL À 17H

« L’Art d’avoir toujours raison » : quand la novlangue prend le pouvoir

"L’Art d’avoir toujours raison" : quand la novlangue prend le pouvoir
Photo ©-Fabienne-Rappeneau

« L’Art d’avoir toujours raison » : quand la novlangue prend le pouvoir

Le spectacle commence comme une conférence et se termine sur une méthode imparable.

Dans « L’Art d’avoir toujours raison », Sébastien Valignat et Logan de Carvalho ont la bonne idée de transformer le théâtre en salle de formation pour candidats en campagne.

Sur scène, David Guez et Maïa Le Fourn incarnent deux consultants d’un improbable média training dédié à la victoire électorale.

Leur mission : transmettre au public la méthode la plus simple, la plus rapide et la plus efficace pour remporter une élection. La promesse est limpide : il ne s’agit pas d’avoir raison. Il s’agit de gagner.

À partir de là, la démonstration déroule avec un sérieux imperturbable, une série de techniques qui feraient pâlir n’importe quel conseiller en communication : reformuler les problèmes jusqu’à les vider de leur substance, fabriquer des oppositions simplistes, déplacer les questions embarrassantes, emballer le tout dans un storytelling suffisamment séduisant pour que personne ne s’interroge trop longtemps sur le fond.

On rit. Beaucoup. Mais d’un rire jaune tant l’enfumage est énorme !

Car derrière la parodie pointe un constat moins comique : le discours politique contemporain ressemble de plus en plus à cette démonstration.

Une mécanique bien huilée où la complexité du réel est systématiquement rabotée pour entrer dans le format court du slogan, du débat télévisé ou du clip de campagne.

Le spectacle emprunte son point de départ à la Dialectique éristique de Arthur Schopenhauer, ce petit manuel de stratégie argumentative qui enseigne comment triompher d’un adversaire indépendamment de la vérité.

Mais là où le philosophe observait les disputes humaines avec un certain pessimisme, le spectacle montre comment ces techniques sont devenues une véritable grammaire du discours public.

Car le problème n’est plus seulement le sophisme. C’est la normalisation du sophisme.

La novlangue : petit traité d’absurdie et de désincarnation de la parole politique

On ne ment plus frontalement : on reformule. On ne nie plus la réalité : on la reconditionne. Les mots sont polis, les angles arrondis, les conflits soigneusement dilués dans une langue technocratique qui semble avoir été inventée pour éviter tout contact avec le réel.

David Guez et Maïa Le Fourn excellent dans cette démonstration. Leur duo fonctionne comme une petite machine à produire du discours. Ils expliquent, illustrent, démontrent toujours avec le sourire tranquille de ceux qui savent que la méthode marche.

Et plus ils avancent dans leur raisonnement, plus la conférence ressemble à un miroir à peine déformant de notre paysage médiatique avec un maître à penser en la matière : Emmanuel Macron.

La mise en scène joue habilement de ce glissement. Ce qui commence comme une parodie académique se transforme progressivement en autopsie du débat démocratique.

À force de décortiquer les mécanismes de la persuasion, le spectacle met à nu une vérité peu réjouissante : la politique contemporaine ne cherche plus tant à convaincre qu’à occuper l’espace discursif. Parler beaucoup. Répondre peu. Simplifier toujours.

Ce qui frappe aussi, c’est la facilité avec laquelle ces procédés fonctionnent. Le spectacle les expose comme des tours de magie rudimentaires, et pourtant ils continuent d’organiser une bonne partie de la parole publique.

C’est là que « L’Art d’avoir toujours raison » devient véritablement mordant. Il ne prétend pas dévoiler un complot. Il montre quelque chose de plus banal et donc de plus inquiétant : une démocratie qui s’habitue doucement à ce que le langage serve moins à penser qu’à neutraliser la pensée. Le théâtre, ici, ne corrige rien.

Il se contente de montrer la mécanique. Et une fois qu’on l’a vue fonctionner, il devient difficile d’écouter certains discours politiques sans avoir l’impression d’écouter une parole aussi vide que désincarnée .

 Date : jusqu’au 30 mai 2026 – Lieu : Théâtre Tristan Bernard (Paris)
Mise en scène : Sébastien Valignat

Les amours de Pablo au Studio Hebertot, l’évocation d’une existence unique sous le prisme de l’amour

Le Studio Hebertot laisse toute la place à Anne Marquot-Picasso pour un moment de théâtre intense et habité. Elle interprète chacune des femmes ayant partagé l’existence du minotaure espagnol dans un spectacle où elle revêt chacun de leurs oripeaux dans des scénettes évocatrices et savamment rythmées. Françoise Gilot, Olga Khokhlova, Dora Maar, Marie-Thérèse Walter, Jacqueline Roque, Nush Eluard et Fernande Olivier reprennent vie le temps d’un moment de théâtre hommage qui ressemble à un film muet parlant, avec le piano de Romain Vaille à la bande son impressionniste. Les touches romantiques de son instrument rappellent Debussy, Ravel et Chopin et le résultat concourt à la magie du spectacle. La comédienne enchaine les mimiques, postures et accents sans temps mort et les 7 muses racontent leur rencontre, leurs aspirations et parfois leur douleur de vivre avec un être tout entier tourné vers son art et finalement vers lui-même. Elles tentent de trouver leur place et de ne pas disparaitre face à un génie du XXe siècle certes mais aussi un être autocentré pour qui la place de la femme était avant tout secondaire. Le spectateur comprend le travail documentaire à la base d’un spectacle qui accumule les détails sur la taille des toiles représentant chacune d’entre elles pour leur redonner la place qu’elles méritent dans une Histoire qui les a un peu mis de côté. La mise en scène minimaliste de Martine Midoux se base avant tout sur la musique pour créer une atmosphère onirique qui sied parfaitement au propos. Le résultat est admirable et l’évocation grandiose, elle est à découvrir jusqu’au 27 mai les lundis et mercredis à 21h.

Synopsis: Elles sont au nombre de sept, à l’instar des muses de la mythologie grecque.
7 femmes, 7 destins
Fernande, Eva, Olga, Marie-Thérèse, Dora, Jacqueline et Françoise ont aimé le même homme, inspiré le même artiste, souvent au prix de leur liberté et de leur éclat.
Méconnues ou effacées, certaines révoltées, d’autres consentantes, chacune portait en elle une force, une vision, une puissance d’amour et de création trop longtemps ignorée.
Une nuit, Anne, comédienne et autrice, rêve que Françoise Gilot, la seule qui ait dit NON, entre dans son rêve et lui propose de l’entraîner dans la vie de ces héroïnes.
Nous suivons Anne Marquot-Picasso, portée par la création musicale originale du pianiste Romain Vaille, donner vie à ces sept muses.

Détails:

Du 06 avril au 27 mai 2026, lundi et mercredi 21h

« Le Misanthrope » hors cadre de Tigran Mekhitarian

"Le Misanthrope" hors cadre de Tigran Mekhitarian
Le Misanthrope – Mise en scène Tigran Mekhitarian (© Paul Bougnotteau – JMD Production)

« Le Misanthrope » hors cadre de Tigran Mekhitarian

Chez Molière, la colère a souvent les habits du rire. Tigran Mekhitarian choisit de les déchirer. Son Misanthrope ne s’ouvre pas comme une pièce, mais comme une irruption.

Quelque chose déboule, moteur encore chaud, et vient heurter de plein fouet l’ordre feutré du théâtre. Le classique n’est plus un sanctuaire. C’est un terrain de friction.

Ce qui se joue ici dépasse la simple relecture. Mekhitarian ne rapproche pas Molière de nous, il le déplace. Il introduit dans la langue une énergie étrangère à sa réception habituelle, une pulsation venue d’ailleurs, urbaine, nerveuse, presque insoumise.

Le plateau devient un lieu de passage où les codes sociaux se percutent. D’un côté, l’héritage, ses dorures, ses rituels. De l’autre, une présence plus brute, qui ne demande pas l’autorisation d’entrer.

Au centre, Alceste cesse d’être une figure morale pour devenir une matière instable. Sa colère n’est plus seulement énoncée, elle circule. Elle traverse les gestes, contamine l’espace, déborde du cadre du vers.

Chaque alexandrin semble retenu au bord de la rupture, comme si le langage, trop étroit, peinait à contenir l’exigence de vérité qui le traverse.

Mekhitarian dans le rôle d’Alceste donne à cette tension une dimension presque physique. On entend la langue travailler, buter, insister. Elle n’est plus un instrument maîtrisé, mais un champ de forces.

La mise en scène trouve là son point d’équilibre. Entre maîtrise et débordement. Entre structure et faille. La danse, la musique et le rap surgissent non comme un ornement mais comme une nécessité. Ils prennent le relais là où les mots s’épuisent.

Les corps disent ce que le vers ne peut plus porter. Et lorsque le rythme bascule vers d’autres formes, plus contemporaines, ce n’est pas une rupture mais une continuité souterraine.

Alceste ou l’érosion des êtres

Comme si Molière avait toujours contenu cette pulsation, restée jusqu’ici en latence. Face à Alceste, Célimène n’est pas un simple contrepoint. Elle est une réponse. Une intelligence en mouvement. Là où il s’arc-boute, elle glisse.

Là où il exige, elle compose. Mais cette légèreté apparente cache une résistance. Lorsqu’elle reprend la parole pour la retourner, pour la faire résonner autrement, quelque chose bascule.

Le centre de gravité se déplace. Ce n’est plus Alceste qui détient la vérité, mais le conflit lui-même. Et dans ce déplacement, une violence affleure. Plus sourde, plus contemporaine.

Les acteurs sont à saluer car tous remarquables par cette manière particulière de ne jamais jouer seuls. Autour de Tigran Mekhitarian, la troupe fonctionne comme un organisme tendu, solidaire, traversé par une même intensité.

Chacun semble porter le texte non comme un rôle à défendre, mais comme une nécessité à partager. Les voix s’accordent sans s’uniformiser, les corps dialoguent dans une précision presque instinctive.

Clémentine Aussourd, impressionnante, impose une Célimène d’une acuité vibrante, à la fois libre et lucide, capable de faire vaciller l’équilibre de la scène par un simple déplacement du regard ou de la parole.

Autour d’elle, ses partenaires composent un ensemble d’une justesse parfaite, où chaque présence compte, où chaque silence pèse. Il en résulte une densité collective, une sensation d’écoute permanente, comme si le spectacle se construisait à vue, dans le risque et la confiance.

La fin ne cherche pas l’apaisement. Elle expose. Elle met à nu la brutalité du regard collectif, la facilité avec laquelle un groupe se constitue en tribunal. L’intimité devient spectacle.

Le jugement, une mécanique presque automatique. Mekhitarian touche ici à une zone sensible du texte. Il montre que la misanthropie n’est pas un refus du monde, mais une réponse désespérée à sa cruauté.

Ce Misanthrope travaille à découvert. Il creuse là où ça résiste encore. Et dans cette tension, il rappelle que Molière n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il dérange.

 Dates : depuis le 18 mars 2026  – Lieu : Théâtre Antoine (Paris)
Mise en scène : Tigran Mekhitarian

Le Portrait de Dorian Gray de retour au Lucernaire, adaptation diabolique au Théâtre Lucernaire après un premier passage en 2016

Le Théâtre Lucernaire met à l’affiche un Portait de DorianGray fascinant et capiteux. Le mythique unique roman d‘Oscar Wilde prend vie dans une mise en scène vibrante de puissance et d’une fidélité absolue au texte. Le public est conquis par cette histoire de pacte avec le diable enlevée et ensorcelante. Une très belle réussite théâtrale à ne pas manquer..

Le Portrait de Dorian Gray est une variation chic sur le mythe de Faust. L’Angleterre victorienne remplace l’Allemagne moyenâgeuse et un Dandy séduisant et naïf prend la place du savant germanique. Interprété par un Fabrice Scott velléitaire et parfaitement candide, ce Dorian Gray intrigue et séduit. Richement doté en argent et en atouts physiques, il tombe dans les filets d’un aristocrate faisant office de Méphistophélès zélé. Maniant aussi bien la langue que la flagornerie, il n’a aucune difficulté à transformer le timide héritier en être avide de plaisirs. Le pacte faussement avantageux transforme le tableau représentant Gray en reflet de son âme de plus en plus tourmentée, se métamorphosant en peinture monstrueuse tandis que Dorian Gray conserve son éternelle jeunesse.

Le texte cynique et pince-sans-rire d’Oscar Wilde est adapté avec verve par un Thomas Le Douarec plus vrai que nature en éminence grise diabolique. Son look très Alan Rickman période Die Hard et son débit mielleux en font un Méphisto fascinant. Sa manière de présenter les attraits de la luxure et du stupre avec les mots de Wilde convaincrait n’importe quelle brebis égarée. Les tourments du héros malheureux pour l’éternité sont enrichis d’une mise en scène minimaliste mais astucieuse. Des airs de piano cabaret renforcent le désespoir célébré par une chanteuse désillusionnée. Car Dorian Gray n’est qu’une métaphore de la part obscure tapie en chacun de nous. Et la culpabilité ressentie par le héros ne fait que refléter sa monstruosité grandissante illustrée par un portrait déformé.

Si le tableau n’est jamais montré, il conserve une place discrète mais symbolique dans un coin de la scène. Il hante Dorian Gray et insuffle incessamment sa puissance maléfique. Comme un poison lent destiné à causer sa perte sous le regard, amusé de Méphisto, et découragé du peintre Basile. L’heure et demie du spectacle se cloture sous le tonnerre d’applaudissement d’une audience comblée. Oscar Wilde revit avec classe sur la scène du Lucernaire.

Le portrait de Dorian Gray

Un seul en scène bouleversant avec Le Grand Meaulnes au Lucernaire

Le Lucernaire donne toute la place à Emmanuel Besnault (déjà vu dans Les Fourberies de Scapin) dans un seul en scène qui tient en haleine toute l’audience de la salle Paradis. Il interprète François Seurel, meilleur ami d‘Augustin Meaulnes et narrateur de cette histoire mondialement connue, œuvre littéraire française la plus traduite et lue dans le monde juste après Le Petit Prince et totalisant à la fin du XXe siècle plus de quatre millions d’exemplaires vendus en format de poche. Le comédien donne vie à un livre vraisemblablement lu par toute l’audience à l’adolescence, autant dire il y a un certain temps…

Une histoire d’amitié et d’amour

Le Grand Meaulnes est devenu au fil des décennies un véritable mythe littéraire que les jeunes générations découvrent avec plaisir, comme leurs ainés avant eux. Certains passages laissent une marque indélébile dans l’esprit des lecteurs, entre rêverie et fantasmagorie, la fête en premier lieu, et puis toutes les aventures d’un Grand Meaulnes engagé par la parole donnée, un mythe d’un autre temps. Le comédien interprète chacun des belligérants avec l’aide de voix off qui mettent en condition et permettent de plonger dans le contexte d’une histoire d’apprentissage et d’adolescents qui deviennent des adultes. De quoi accrocher l’attention des plus jeunes à la recherche de modèles. La mise en scène d’Emmanuel Besnault place le comédien au centre de la scène, toujours en mouvement, il alterne les tenues et écarquille grand les yeux au fur et à mesure de péripéties. L’heure vingt de spectacle passe dans un souffle dans un moment de théâtre que chacun des spectateurs n’est pas prêt d’oublier.

Synopsis: La vie du jeune Augustin Meaulnes bascule lors d’une fête étrange, dans un domaine mystérieux, où il tombe amoureux d’Yvonne de Gallais. Nimbé de mélancolie et d’onirisme, ce récit fondateur sur la fin de l’enfance est une invitation à construire son bonheur au présent. Unique roman de son jeune auteur, ce texte entre dans la légende à la disparition d’Alain-Fournier à vingt sept ans, un des premiers morts de la guerre de 14. Il est aujourd’hui le deuxième roman français le plus traduit dans le monde après Le Petit Prince de Saint Exupéry. Grand récit d’aventures et d’apprentissage, souvent étudié à l’école, il rassemble toutes les générations tant sa profondeur et sa subtilité se laissent redécouvrir à tous les âges.

Pour la première fois sur scène, retrouvez l’un des plus grands romans français du XXe siècle dans une adaptation fidèle et pleine de vie !

Création inédite à découvrir pour la première fois au Lucernaire.

Détails:

Mercredi > samedi 19H| Dimanche 15H30

Du 1 avril au 14 juin 2026, Salle Paradis

Namata, là où tout commence (Mindset)

Namata, là où tout commence (Mindset)

Namata, là où tout commence est le premier roman de Yalorisha, Virginie Lamien. C’est un roman puissant et très émouvant qui raconte l’histoire d’une jeune femme liée à la mémoire de l’esclavage. C’est un livre marquant, parfois dur, mais profondément humain, qui mêle récit historique, spiritualité et transmission. Il ne laisse pas indifférent et reste en tête longtemps après la lecture.
Le livre aborde des thèmes lourds comme l’esclavage, la perte d’identité, la violence historique et la reconstruction personnelle.
« Le récit fait se répondre deux voix séparées par trois siècles : celle d’une femme africaine déportée au XVIIIᵉ siècle et celle d’une autrice contemporaine engagée dans un chemin spirituel. Entre les deux, un même fil : les cicatrices de l’Histoire et la manière dont elles continuent d’habiter nos sociétés. »

Le livre se distingue, en effet, par une double narration : d’un côté, l’histoire de Namata, ancrée dans une mémoire historique liée à l’esclavage et à la diaspora africaine, et de l’autre, une dimension plus contemporaine et personnelle, portée par l’autrice
Cette alternance crée : une impression de dialogue entre passé et présent…
C’est un livre “coup de poing”, autant spirituel qu’historique, qui touche fort.
Namata, là où tout commence s’inscrit dans une démarche de mémoire historique et de transmission, avec une dimension presque réparatrice. Un livre à découvrir, assurément !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Novembre 2021
Auteur : Yalorisha, Virginie Lamien
Editeur : Mindset
Prix : 17 €

Yasmina Reza : chroniques à vif d’un monde sans fard

Yasmina Reza : chroniques à vif d’un monde sans fard

Yasmina Reza : chroniques à vif d’un monde sans fard

Il y a chez Yasmina Reza une manière de saisir le réel comme on attrape une ombre à la volée, avec ce mélange d’instinct et de précision qui relève presque de la prestidigitation.

Dans « Récits de certains faits », elle avance à pas feutrés dans des territoires minuscules en apparence, mais où tout tremble, où tout s’expose.

Rien de spectaculaire, sinon cette tension continue entre ce qui est dit et ce qui affleure.

Quand le détail devient tragédie

Reza écrit comme on tranche dans le vif sans jamais hausser le ton. Chaque phrase semble avoir été pesée, polie, débarrassée de toutes fioritures inutiles.

Il reste une langue sèche, nerveuse, presque minérale, qui donne au moindre détail une densité inattendue. Un regard dans un café, un récit judiciaire, un fragment de conversation deviennent des micro-drames, des éclats de vérité où l’humain se dévoile dans sa part la plus nue.

Ce n’est pas tant ce qu’elle raconte qui importe que la manière dont elle isole l’instant, le cadre, et le laisse résonner.

On est littéralement happé par cette maîtrise du retrait. Car Reza ne commente pas, elle observe. Elle ne juge pas, elle cadre. Et dans cet espace volontairement laissé vide, le lecteur est contraint d’entrer, de combler, de projeter.

C’est une littérature de la coupe franche, mais aussi de l’écho. Chaque texte agit comme une chambre d’écho morale, où les gestes les plus anodins prennent une portée presque métaphysique.

Il y a quelque chose d’infiniment contemporain dans cette écriture qui refuse le pathos et l’explication. Elle capte un monde fragmenté, saturé de faits divers et d’histoires minuscules, mais elle en extrait une ligne claire, presque classique dans sa rigueur.

On pense à une scalpelisation du réel, à une manière de disséquer sans jamais salir. « Récits de certains faits » n’est pas un livre qui s’impose, c’est un livre qui s’infiltre.

Il agit par sédimentation lente, par petites secousses discrètes. Et c’est là, précisément, que réside sa force. Dans cette capacité à faire tenir, dans un espace restreint, une densité d’observation et une justesse de ton qui relèvent d’un art souverain.

Date de parution : 20 février 2026
Éditeur : Éditions Gallimard
Collection : Folio

Une pièce comme une déclaration d’amour avec Victor Hugo mon amour au Lucernaire

Le Lucernaire propose un moment de théâtre rare et précieux avec cette pièce remplie d’un amour inconditionnel, celui de la trop méconnue Juliette Drouet pour le célèbre écrivain Victor Hugo. Cet amour s’étira sur plus de 50 ans, traversé de moments flamboyants, de passions torrides et de crises sonores, mais rien ne parvint à éteindre la flamme d’un amour qui se consuma jusqu’au bout de 1833 jusqu’à 1883.

Une pièce comme un témoignage vibrant

Tout a été dit à propos de Victor Hugo, l’immensité de son œuvre monumentale, l’intransigeance de l’homme qui préféra un exil de 20 ans à Guernesey plutôt qu’un retour prématuré qui aurait ressemblé à un innommable renoncement, l’homme à femmes aussi. Mais jamais la place si particulière de Juliette Drouet n’est évoquée. Comédienne de théâtre, elle est remarquée par le poète et écrivain en 1833 et tous deux vont débuter une relation aussi longue que contrariée. Elle abandonna sa carrière théâtrale pour se vouer à son amant, en véritable victime consentante et ce pour le reste de ses jours. L’intransigeant centaure exigea d’elle une vie cloîtrée, monacale, avec des sorties faites uniquement en sa compagnie. La pièce suit la comédienne Anthéa Sogno dans la peau de la tantôt vamp délurée, tantôt amante contrariée mais toujours femme passionnée. En compagnie de Yannis Baraban, elle fait revivre une histoire d’amour éternelle, le couple interprète la relation toxique avec une intensité constante. La mise en scène de Jacques Décombe figure un intérieur bourgeois où l’écrivain écrit et l’amante attend. Lui si prolifique en écriture fait attendre son amante qui se languit de lui, jusqu’à apprendre qu’il n’a pas une vie ou même deux, mais bien plus encore. La pièce suit le fil de deux existences qui ne peuvent se passer l’une de l’autre, par delà les atermoiements et la souffrance psychologique. De quoi subjuguer un public conquis par une pièce qui va tout au fond des sentiments et de l’attachement, au delà de l’ego, dans un abandon total.

Synopsis: Une véritable et magnifique histoire d’amour, celle de Juliette Drouet et Victor Hugo qui se sont aimés durant 50 ans et échangèrent 23 653 lettres et quelques secousses… Cette pièce, composée à partir de leurs écrits, illustre dans un enchaînement de scènes les grands moments de leur vie intime, littéraire et politique. Elle met aussi en lumière, en plus de celle du grand homme, la personnalité de celle qui fut la muse, l’inspiratrice, celle qui le révéla à la sensualité, devint la copiste principale de son œuvre, lui sauva la vie, préserva ses manuscrits, partagea son exil et l’encouragea dans sa cause humaniste : Mademoiselle Juliette.

Jamais l’amour d’une femme n’avait donné naissance à un spectacle aussi bouleversant.

Détails:

Mercredi > samedi 21h| Dimanche 17h30

Du 8 avril au 7 juin 2026, Salle Paradis

Le retour flamboyant de Jean-Paul Bordes dans Mémoires d’Hadrien au Théâtre de Poche Montparnasse

Le Théâtre de Poche Montparnasse crée l’évènement avec la reprise des Mémoires d’Hadrien dans un seul en scène qui remplit tout l’espace. Cette adaptation du célèbre ouvrage de la grande Marguerite Yourcenar voit l’empereur vieillissant refaire le parcours de sa vie avec une fierté contenue et une économie de louanges qui permettent de deviner le grand homme d’état. Jean-Paul Bordes n’utilise que peu d’artifices scéniques pour figurer le grand homme fatigué d’une vie trop remplie de tout et surtout trop vite passée. La voix trainante du comédien hypnotise l’audience, il place les accents avec talent pour sublimer les passages les plus marquants. Quand il déclame C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt, la salle retient son souffle. La mise en scène de Renaud Meyer n’en fait jamais trop, l’empereur enchaine les soliloques plein d’une dignité qui fait honneur à son statut d’ex maitre du monde. Les moments d’intimité permettent de donner la mesure de la complexité d’un homme de pouvoir à la sensibilité à fleur de peau, capable d’amour comme de cruauté. Le comédien est au centre du dispositif, les spectateurs sont pendus à ses lèvres, et la fin de la pièce sonne le moment d’une salve d’applaudissements bien mérités.

La pièce se joue jusqu’au 16 mai, il est encore temps de prendre sa place pour assister à un pur moment de théâtre qui subjugue et donne la vraie dimension historique d’un homme qui a tout vu et tout connu.

Synopsis: Au soir de sa vie, l’Empereur Hadrien tente de porter un regard lucide sur l’existence, en revisitant ses propres souvenirs, de ses triomphes militaires à ses passions amoureuses, en passant par les beautés de l’art et les plaisirs du corps. Composée par Marguerite Yourcenar à partir de sources historiques, cette méditation constitue une sorte de Manuel philosophique empirique. Jean-Paul Bordes donne vie à l’Empereur, faisant corps avec cette écriture incandescente et cette figure légendaire.

Détails:

DU MARDI AU SAMEDI À 19H 

Brion Gysin, la vision en éclats

Brion Gysin, la vision en éclats
Brion Gysin, Unit III yellow, 1961, Musée d’Art Moderne de Paris. (© Paris Musées / Musée d’Art Moderne de Paris)

Brion Gysin, la vision en éclats

Il flotte sur cette exposition « Brion Gysin, Le dernier musée » une sensation étrange, presque anachronique, comme si l’on pénétrait dans un musée qui aurait oublié de devenir sage.

Brion Gysin n’y apparaît pas tant comme une figure historique que comme une secousse persistante, un artiste qui n’aurait jamais accepté de se laisser refermer dans la vitrine du XXe siècle.

Le Musée d’Art Moderne de Paris ne construit pas ici un récit linéaire mais une constellation agitée. Plus de cent œuvres, disséminées comme autant de tentatives, de bifurcations, de reprises, dessinent moins une carrière qu’une manière d’habiter le monde.

L’art singulier de surpasser le réel

L’impression dominante est celle d’un art qui refuse de choisir entre écrire, peindre, performer ou enregistrer, comme si chaque médium n’était qu’un passage provisoire, un seuil vers autre chose.

Gysin surgit alors non pas comme un touche-à-tout mais comme un décloisonneur radical. Tout semble chez lui procéder d’un même désir de réppropiation.

Le texte déborde dans l’image, la peinture se met à parler, le son devient surface.

Et l’exposition capte bien cette énergie diffuse, presque initiatique, cette aura qui a marqué toute une génération d’artistes, bien au-delà de sa relative invisibilité institutionnelle.

Il y a dans ce parcours une dimension presque chamanique, au sens le plus concret. La Dreamachine ne relève pas du gadget expérimental mais d’une tentative sérieuse de modifier l’état de conscience.

Les calligraphies, elles, ne s’offrent pas au regard mais le travaillent, le fatiguent, l’aimantent.

Quant au cut-up, partagé avec William S. Burroughs, il cesse d’être un simple procédé pour devenir une arme douce contre la linéarité du monde, une manière d’introduire du hasard dans la syntaxe même du réel.

Le parcours prend soin de replacer Gysin dans un réseau vivant, peuplé de voix, d’amitiés, d’influences croisées. Mais loin de l’hommage figé, c’est une circulation qui s’organise, un territoire de pensée.

On comprend que son importance ne tient pas seulement à ses œuvres mais à ce qu’il a déclenché chez les autres, à cette fonction de catalyseur, de passeur d’intensités.

Une singularité comme une manière de fissurer les cadres, de déplacer les lignes, d’injecter du trouble dans les systèmes trop bien ordonnés.

On sort avec l’impression d’avoir traversé moins une rétrospective qu’un champ d’expériences. Et avec cette idée tenace que certaines œuvres ne cherchent pas à être seulement regardées mais à agir, en profondeur, comme des vecteurs discrets du regard.

 Dates : du 10 avril au 12 juillet 2026 – Lieu : Musée d’Art Moderne de Paris (Paris)

Une exposition Matisse 1941-1954 pour l’histoire au Grand Palais du 24 mars au 26 juillet 2026, un futur classique

Le Grand Palais met en lumière plus de 300 peintures, dessins, livres, textiles, vitraux et gouaches découpées réalisés par le grand maitre entre 1941 et 1954 à un âge où beaucoup sont déjà à la retraite. Pas Henri Matisse qui a réinventé le langage artistique à 72 ans. Comme le dit si bien une citation accrochée à mur J’espère qu’aussi vieux que nous vivrons, nous mourrons jeunes.

Une exposition immanquable

L’exposition Matisse. 1941–1954 se concentre sur la fin de sa carrière, riche de certaines des œuvres les plus connues du maitre niçois. Issues de la collection pléthorique du Centre Pompidou et de prêts internationaux miraculeux, les œuvres se contemplent avec les yeux écarquillés. Pas uniquement des peintures, mais aussi des gouaches découpées et des œuvres sur toutes sortes de matériaux. Celui qui était l’égal et le rival d’un Picasso de 12 ans son cadet a laissé derrière lui une œuvre pléthorique et multidisciplinaire. À près de 80 ans, Matisse s’est réinventé avec la technique de la gouache découpée, dans un mouvement plein de liberté et de simplicité absolue. L’exposition donne à voir les 4 célèbres Nus bleus devant lesquels il est permis de rester de longues minutes. La peinture reste toutefois au centre de sa démarche, pleine d’une naïveté apparente qui permet de toucher à l’universel. La blouse roumaine, Icare de la série Jazz, les algues, l’exposition affichait complet pour les spectateurs subjugués par cet enchainement de moments picturaux marquants. Les couleurs sont éclatantes et les choix sont révolutionnaires. Après l’exposition Matisse et Marguerite au Musée d’art moderne et L’atelier rouge à la Fondation Louis Vuitton, il n’est pas encore temps d’oublier un artiste fondamental de l’art moderne mondial. L’ultime série des Intérieurs de Vence, l’album Jazz, les séries des Thèmes et variations, les dessins à l’encre au pinceau, les principaux éléments du programme de la Chapelle de Vence, les panneaux monumentaux de La Gerbe et des Acanthes, l’exposition est un ravissement permanent.

Organisée avec la participation du Musée Matisse Nice et imaginée comme une traversée de l’univers du peintre, l’exposition est un immanquable de la saison artistique parisienne.

« L’Ordre du jour », ou la fabrique silencieuse du désastre

"L’Ordre du jour", ou la fabrique silencieuse du désastre
© Christophe-Raynaud-de-Lage

« L’Ordre du jour », ou la fabrique silencieuse du désastre

Il y a, chez Éric Vuillard, une manière de faire vaciller l’Histoire en la regardant de biais, par la couture impeccable des détails.

Et il fallait un orfèvre du souffle collectif pour transposer « L’ordre du jour », cette prose acide au plateau. Jean Bellorini relève le défi avec une gravité joueuse, presque musicale, porté par la troupe de la Comédie-Française.

Dès les premières minutes, quelque chose grince. Non pas la mécanique historique, mais sa trivialité.

L’assemblée d’industriels allemands convoqués en février 1933 par Adolf Hitler et Hermann Göring n’est plus une scène fondatrice, mais une farce en veston, un conciliabule d’hommes trop bien coiffés pour être innocents.

Le spectacle épouse ce vertige. L’effroi naît du ridicule, et c’est là que Bellorini touche juste. Car le texte de Vuillard, prix Goncourt 2017, dissèque la montée du nazisme à travers une série de petites lâchetés, de décisions minuscules qui, agrégées, deviennent cataclysme.

Bellorini ne cherche jamais la reconstitution. Il dynamite la chronologie pour en faire une sorte d’oratorio sombre, traversé de chants, de ruptures, de surgissements presque burlesques.

Il rêve ouvertement d’un cabaret noir, où le grotesque devient arme critique. La scène se transforme en une boîte à musique déréglée. Ça tangue, ça ricane, ça se fissure.

L’Histoire n’avance plus, elle trébuche. Ce théâtre-là est choral, viscéralement. Les quatre comédiens de la troupe : Laurent Stocker, Julie Sicard, Jérémy Lopez et Baptiste Chabauty, ne composent pas des personnages mais des figures en circulation, des masques sociaux qui se passent la parole comme une contamination.

Ils jouent à plusieurs voix cette partition du désastre avec une précision presque chirurgicale. Rien ne dépasse, et pourtant tout déborde. La peur, la bêtise, la cupidité. Leur jeu épouse cette idée terrible que la catastrophe est une œuvre collective.

Entre cabaret noir et théâtre choral

La mise en scène de Bellorini déploie une inventivité qui tient autant de la théâtralité que de la respiration. Tout semble en mouvement, comme si le plateau refusait de se fixer dans une époque unique.

Les accessoires glissent d’un usage à l’autre, les corps deviennent décors, les voix fabriquent l’espace autant que les lumières. Il y a là un art de la métamorphose continue, presque enfantin dans son principe, mais d’une précision redoutable.

Bellorini joue des contrastes comme d’un instrument, faisant surgir le burlesque au bord du gouffre, installant des ruptures de ton qui désarçonnent et réveillent.

La musique, les chants, les adresses directes composent une partition mouvante où le récit se diffracte. Rien n’est illustratif, tout est suggéré, déplacé, recomposé.

Et dans cette instabilité savamment orchestrée, le spectateur est contraint de faire le lien, de combler les vides, de devenir lui-même un acteur de cette mémoire en train de se fabriquer.

Ce qui marque, surtout, c’est la manière dont le spectacle refuse toute solennité. Bellorini injecte avec le geste qu’on lui connait, du rythme, de la dissonance, une légèreté presque paradoxale.

Il prend au mot cette intuition que rire du pire, c’est s’armer contre lui. Et dans ce rire, quelque chose percute le spectateur. Une reconnaissance des mécanismes insidieux toujours à l’œuvre.

« L’Ordre du jour » n’est pas une leçon d’histoire. C’est un miroir oblique, un théâtre de l’inconfort.

Une manière de rappeler que les tragédies ne commencent jamais dans le fracas, mais dans le feutré des salons, là où l’on signe, où l’on accepte, où l’on détourne les yeux. Et Bellorini, avec une élégance inquiète, nous y installe, pour mieux nous en exposer la supercherie.

 Dates : du 25 mars au 3 mai 2026 – Lieu : Théâtre du Vieux-Colombier (Paris)
Adaptation et mise en scène : Jean Bellorini

Soline et les héroïnes (Editions Marmottons)

Soline et les héroïnes (Editions Marmottons)

Publik’Art vous avait déjà fait découvrir Soline avec Soline, l’enfant des saisons.

Chaque livre publié par les éditions Marmottons véhicule un message. Avec le dernier album qui vient de paraître, Soline et les héroïnes, le message est fort : nous, les filles, croyons en nos rêves ! Nous sommes autant capables que les garçons !

Soline a 8 ans. Elle rêve de faire plein de choses ! Mais surtout, elle ne comprend pas pourquoi elle n’a pas le droit de jouer avec Tom et d’aller dans sa cabane… Elle voudrait être pompière… Elle découvre, avec sa grand-mère, la vie de quelques femmes qui ont cru en leurs rêves et ont accompli de très grandes choses !

Alors, Soline comprend qu’elle aussi peut le faire ! A l’école, elle raconte à toute la classe la vie de ces héroïnes qui ont marqué l’Histoire ! Elle aussi peut changer le monde, tout comme les garçons !

Soline et les héroïnes est un très joli album, aux illustrations charmantes, qui a sa place dans toute bibliothèque ! Un vrai coup de coeur !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mars 2026
Auteur : Auriane de Pierpont
Illustrateur : Maud Roegiers
Editeur : Editions Marmottons
Prix : 17 €

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