Le Village – Le cauchemar qui ne dit jamais son nom
Le Villageest un roman graphique qui s’attaque à l’horreur sans artifices, en misant sur l’atmosphère, le trouble et l’inexpliqué. Thilliez et Tackian construisent un récit qui démarre comme une enquête classique avant de glisser, presque insensiblement, vers quelque chose de beaucoup plus ancien, plus opaque, plus dérangeant.
La scène d’ouverture suffit à donner le ton : des dizaines de cadavres retrouvés dans une rivière, impeccablement vêtus de blouses d’hôpital, mais avec les cerveaux littéralement dissous. Une vision clinique et monstrueuse à la fois, qui lance les enquêteurs dans un spirale de mystères — disparition d’un village entier, traces d’expériences scientifiques, folklore local qui refuse de mourir.
Le dessin de Kamil Kochanski joue ici un rôle essentiel. Pas d’exagération gore, pas d’exubérance colorée : son trait reste réaliste, sec, chargé de gris profonds et de textures presque charbonneuses. Une esthétique froide, organique, qui sert parfaitement le récit. Les décors sont pesants, les visages semblent habités par l’épuisement ou la peur, et chaque planche porte cette sensation de malaise diffus qui tient jusqu’à la dernière page.
S’il reste quelques zones volontairement floues dans l’intrigue — ce qui pourra frustrer certains lecteurs — l’ensemble fonctionne parce qu’il mise sur la tension psychologique plus que sur la démonstration. Le Village est un thriller horrifique efficace, anxiogène et immersif, pensé pour être ressenti autant que compris.
Extrait de la BD :
Le Village – Le cauchemar qui ne dit jamais son nom
Le Villageest un roman graphique qui s’attaque à l’horreur sans artifices, en misant sur l’atmosphère, le trouble et l’inexpliqué. Thilliez et Tackian construisent un récit qui démarre comme une enquête classique avant de glisser, presque insensiblement, vers quelque chose de beaucoup plus ancien, plus opaque, plus dérangeant.
La scène d’ouverture suffit à donner le ton : des dizaines de cadavres retrouvés dans une rivière, impeccablement vêtus de blouses d’hôpital, mais avec les cerveaux littéralement dissous. Une vision clinique et monstrueuse à la fois, qui lance les enquêteurs dans un spirale de mystères — disparition d’un village entier, traces d’expériences scientifiques, folklore local qui refuse de mourir.
Le dessin de Kamil Kochanski joue ici un rôle essentiel. Pas d’exagération gore, pas d’exubérance colorée : son trait reste réaliste, sec, chargé de gris profonds et de textures presque charbonneuses. Une esthétique froide, organique, qui sert parfaitement le récit. Les décors sont pesants, les visages semblent habités par l’épuisement ou la peur, et chaque planche porte cette sensation de malaise diffus qui tient jusqu’à la dernière page.
S’il reste quelques zones volontairement floues dans l’intrigue — ce qui pourra frustrer certains lecteurs — l’ensemble fonctionne parce qu’il mise sur la tension psychologique plus que sur la démonstration. Le Village est un thriller horrifique efficace, anxiogène et immersif, pensé pour être ressenti autant que compris.
Extrait de la BD :
Résumé de l’éditeur :
La découverte de dizaines de cadavres dans une rivière marque le début d’un cauchemar. Les corps, vêtus de blouses d’hôpital, sont intacts mais leurs cerveaux ont mystérieusement fondu.
Une enquêtrice est entraînée dans un tourbillon de secrets où science, ésotérisme et terreur se croisent. Mais ce qu’elle découvre dépasse de loin l’horreur conventionnelle. Quelque chose d’ancien et d’inexplicable se tapit dans l’ombre : un village, capable de faire disparaître des populations entières, qui apparaît et disparaît à travers les âges, laissant derrière lui un sillage de mort.
Date de parution : le 12 novembre 2025 Auteurs : Franck Thilliez, Niko Tackian (scénario), Kamil Kochanski (dessinateur), Facio (coloriste) Genre : comics, thriller, horreur
[Comics] Deathbringer – Quand les ténèbres deviennent art (Delcourt)
AvecDeathbringer, Ismaël Legrand livre un premier album qui impressionne par sa maîtrise graphique autant qu’il divise par son approche narrative. En noir et blanc intégral, l’ouvrage s’impose visuellement dès les premières pages : ombres denses, contrastes violents, lumière quasi mystique — tout respire la puissance et la douleur. Legrand ne cherche pas à plaire, il cherche à marquer. Et c’est réussi.
Le récit, lui, emprunte aux grands codes de la dark fantasy : un guerrier solitaire, une inquisitrice déterminée, une entité maléfique millénaire. Rien de foncièrement inédit, mais une vraie sincérité dans la manière de raconter, presque méditative. On sent derrière chaque case un auteur habité, nourri par l’imaginaire religieux et le désenchantement médiéval.
Certains lecteurs trouveront l’ensemble un peu convenu dans le fond, mais la forme compense largement : la composition des planches, le grain du trait, le jeu sur les ombres et la matière donnent une dimension quasi cinématographique. On pense à Berserk, à Hellboy, à certaines gravures gothiques — mais sans imitation servile.
Deathbringer n’est pas un divertissement. C’est une expérience sensorielle et symbolique, un cri visuel porté par un auteur à suivre de près.
Extrait de la BD :
Résumé de l’éditeur :
Un guerrier énigmatique et une inquisitrice unis sans le savoir dans leur lutte contre une redoutable entité maléfique. Avec ce premier album au noir et blanc puissant, Ismaël Legrand pose un regard neuf sur la dark fantasy.
Un guerrier solitaire arpente les terres ravagées d’un univers médiéval hanté par des forces occultes. Au même moment, une jeune inquisitrice renoue avec son ascendance païenne afin de percer le secret de ses origines. Le lien qui les unit se révèlera à travers leur lutte commune contre un dévoreur de mondes qui s’est échappé de sa prison magique pour corrompre les âmes et détruire le vivant.
Date de parution : le 12 novembre 2025 Auteurs : Ismaël Legrand (scénario et dessin) Genre : comics, esothérique
Avec On a perdu Titeuf ! publié chez Glénat, Zep et Éric Buche offrent un joyeux détour dans l’univers du plus célèbre garnement à la mèche blonde. Cette fois, pas d’histoires de récré ni de gaffes en série, mais un grand jeu d’observation où le lecteur doit retrouver Titeuf et ses copains dans des planches surchargées de détails et de clins d’œil.
Chaque double page transporte dans un décor familier — la piscine municipale, les pistes de ski, la colo ou la cour d’école —, débordant de vie et d’humour. Les illustrations d’Éric Buche s’inscrivent parfaitement dans l’esprit de Zep, tout en apportant une fraîcheur graphique et un dynamisme irrésistible.
Le plaisir est immédiat : petits et grands se prêtent au jeu, scrutant les pages à la recherche de la fameuse mèche jaune. Le format « cherche et trouve » renouvelle l’expérience Titeuf en la rendant interactive, conviviale et propice au partage familial.
Seul petit bémol : les nostalgiques des albums classiques regretteront peut-être l’absence de gags, mais la bonne humeur et l’énergie communicative de l’ouvrage compensent largement.
Un livre-jeu malin, drôle et nostalgique, parfait pour un moment complice entre générations.
Extrait de la BD :
Résumé de l’éditeur :
À la recherche de la mèche blonde la plus célèbre de la bande dessinée !
Titeuf nous accompagne depuis trois décennies, alors quand on perd sa trace entre les pages, on n’a qu’une hâte : retrouver sa mèche blonde. Dans l’agitation de la piscine, des sports d’hiver, de la fête de colo, de la cour de récré bondée ou au square, saurez-vous retrouver la silhouette de Titeuf et celle de ses camarades ? Imaginé par Zep (au scénario) et Buche (au dessin) sur le mode cherche & trouve, ce livre-jeu plein de surprises pour toute la famille vous permettra de plonger dans l’univers de Titeuf et de vous amuser en aiguisant votre sens de l’observation. Avec sa bonne humeur contagieuse, Titeuf nous embarque dans des dédales colorés et rigolos. Un conseil : ouvrez bien l’œil car il pourrait se cacher là où vous l’attendiez le moins !
Date de parution : le 13 novembre 2025 Auteurs : Zep, Eric Buche (scénario) Eric Buche (dessin) Genre : BD humour, jeunesse, cherche et trouve
Qui est Patrick Bateman ? Cette question continue à flotter dans l’air 25 ans après la sortie au cinéma de l’adaptation du roman culte de l’américain Bret Easton Ellis, le bien nommé American Psycho, par Mary Harron. Tout d’abord, il s’agit de la silhouette inoubliable d’un Christian Bale dans la forme physique de sa vie. Lui habitué à se fondre dans ses personnages à la manière forte Actor’s Studio, allant jusqu’à puiser son mimétisme physique tout au fond de ses pores. Pour camper Bateman, l’acteur américain n’a pas laisser le moindre centimètre au hasard dans sa recherche de la perfection esthétique, comme pour coller au plus près des mots d’Ellis et son univers de golden boy peuplé de créatures de rêve. Muscles saillants, visage taillé à la serpe, sourire ultrabrite, rien ne manque à la panoplie du mec parfait. En ce point précis, l’édition steelbook, concoctée avec délectation par l’Atelier d’Images, ne pouvait rendre un plus bel hommage à l’œuvre de Harron. Un merveilleux objet de culte qui brille et joue sur une intense déclinaison de rouges … Une perfection signée Flore Maquin.
Psycho killer, qu’est-ce que c’est ?
Toute l’ambiguïté de Patrick Bateman est donc retranscrite sur la pochette du steelbook. Côté pile, le working boy concentré ultime, le loup de Wall Street, celui qui est prêt à en découdre pour une carte de visite à la texture et aux caractères plus soyeux que la sienne. Au recto, Bateman convoque l’esprit du Norman Bates de Hitchcock à travers cet immense couteau perlé de sang qui confirme le parallèle Psycho du titre. De cet état d’esprit profondément maniaque, nait le monstre qui hantera plusieurs générations à travers des scènes de pures démences et de massacres sans limite. Toute la puissance narrative du roman de Bret Easton Ellis a trouvé un répondant visuel fort à travers les images de Mary Harron et de son interprète Christian Bale. Mais tout cela est-il bien réel ? De nombreuses scènes peuvent laisser entendre que Bateman est complètement perdu dans la frénésie de son quotidien. Psychose ou psychopathe ? Le film interroge régulièrement ce paradoxe en nous prenant à parti, nous spectateurs sidérés. A vous de vous faire votre idée dans un tout nouveau master pour cette édition 4K de prestige, le tout en vous trémoussant sur Sussudio de Phil Collins, évidemment.
La réédition d’American Psycho en Steelbook 4K est sortie 4 novembre 2025, au prix indicatif de 34,99 €. On y retrouve une présentation du film par la très compétente Judith Beauvallet(Demoiselles d’Horreur / Ecran Large), 5 scènes coupées avec commentaire optionnel de la réalisatrice, ainsi que les documentaires « Autour du film », « Le Downtown des années 80’ » et « Le journal d’un tueur ? ».
Synopsis : Au coeur des années Reagan, Patrick Bateman est un pur produit de la réussite américaine. Jeune, riche, il est un de ces golden boys qui triomphent à la bourse. Seul le nec plus ultra est digne de lui et il s’emploie à ne retrouver que des symboles qui lui renvoient une image de succès. Il accumule, avec une obsession maladive, les vêtements selects, les relations enviables. Derrière sa façade de Dandy et de richesse se cache un homme malade et violent…
La Boite à Bulles ose un point de vue différent sur les attentats du 13 novembre 2025. Alors que les célébrations ont battu leur plein et que les témoignages de survivants affluent, que la série Des vivants sur France 2 créée l’évènement, la BD fait le point avec pour personnage central Ali Oulkadi. Cet individu a vu sa vie basculer lorsqu’il a reçu un SMS du frère de son meilleur ami. Sans le savoir, il va aider le dernier terroriste du 13 novembre 2025, auteur des attentats de la veille à Paris. Certains la considèreront comme mal venue, la BD permet surtout de s’interroger. Comment définir l’AMT, l’association de malfaiteurs terroristes. Ali aurait-il du et pu se dénoncer après avoir fait le taxi pour un individu recherché par toutes les polices? Avait-il le choix étant donné qu’il s’agissait de son meilleur ami et de son frère? L’autrice été au plus près du procès des attentats qu’elle a suivi pour livrer un récit factuel qui laisse la porte ouverte, car Ali a privilégié l’amitié au discernement, pas sûr que tout le monde ait pu fait autre chose à sa place, c’est une question ouverte à laquelle il appartiendra à chacun de répondre. Les dessins sont réalistes et donnent la pleine mesure à une histoire qui se détache du point de vue habituel sur ces évènements.
Synopis: Un album choc qui plonge dans l’intimité des terroristes du 13 novembre en adoptant un point de vue unique, pour répondre à une question : pourquoi n’a-t-on rien vu venir ?
Molenbeek, 14 novembre 2015, la vie d’Ali Oulkadi s’apprête à basculer lorsqu’il reçoit l’appel d’un proche lui demandant de venir le retrouver. Avec cet ami se trouve Salah, le petit frère de Brahim Abdeslam, l’un des meilleurs amis d’Ali. Ce qu’Ali ne sait pas encore, c’est que Salah revient de Paris, qu’il est en fuite et qu’il est l’un des derniers survivants du convoi de la mort qui a commis les attentats de la veille.
Pour avoir été l’ami de Brahim et avoir convoyé Salah – l’homme le plus recherché d’Europe – sur quelques hectomètres, Ali sera arrêté et se trouvera inculpé pour association de malfaiteurs terroriste.
Incarcéré pendant 31 mois, en Belgique puis en France, Ali a le temps de revisiter ces dernières années, aux circonstances qui l’auront conduit, bien malgré lui, à se retrouver lié aux attentats du 13 novembre 2015. Et à essayer de comprendre comment Brahim, son frère de cœur, a pu lui dissimuler de tels actes en préparation, et pourquoi Salah a-t-il fait appel à lui lors de sa fuite.
A partir de l’enquête de Virginie Lorentz, L’Homme du dernier kilomètre revient sur l’histoire d’Ali Oulkadi, ami, à son insu, des auteurs des attentats les plus meurtriers de l’histoire française.
Editeur: La Boite à Bulles
Auteur: Virginie Lorentz, Anaële Hermans & David Cénou
Amigo de El Friki y pared rosa. | 2025 | 120 x 150 cm | Felipe Romero Beltrán, Hatch Gallery and Klemm’s
Paris Photo 2025, sous la verrière, l’image en mouvement
Sous la nef du Grand Palais, la photographie impose son souffle. Loin des effets spectaculaires, Paris Photo 2025 choisit la respiration : un regard élargi, des voix nouvelles, un art qui se souvient, s’hybride et se réinvente.
Cette 28ᵉ édition ne cherche pas l’éblouissement : elle veut la clarté. Les 183 galeries venues de 33 pays forment moins une foire qu’un paysage — un espace mouvant où les images se répondent, se parlent, se contredisent.
Le cœur du parcours repose sur deux mots : paysage et filiation. Deux lignes de force qui se rejoignent dans un même geste : relier. Le paysage n’est plus décor mais empreinte ; la filiation, plus héritage que lignée.
On photographie moins ce qu’on voit que ce qu’on transmet, et cela change tout. Les artistes racontent comment le sol, la peau, la lumière deviennent mémoire.
La photographie quitte le spectaculaire pour retrouver le sensible, cette attention sensorielle qui rend visible ce qui persiste après l’image.
L’installation monumentale de Sophie Ristelhueber ouvre la voie : un mur de guerre et de mémoire, aussi massif qu’émouvant. Ailleurs, Atong Atem éclate la couleur dans un hommage vibrant aux identités diasporiques.
Dana Lixenberg poursuit ses portraits silencieux des communautés américaines, quand Felipe Romero Beltrán capture la tension fragile des corps en transit.
Un déplacement du regard
Bérangère Fromont, elle, explore la lumière comme blessure, comme trace du vivant. Partout, la même volonté : faire de l’image non un document, mais une expérience. Le spectateur n’est plus face à une œuvre ; il est dans son champ magnétique.
On circule, on s’approche, on respire. La photographie ne fige plus le réel : elle le laisse vibrer, trembler, s’ouvrir.
L’édition 2025 s’ouvre plus que jamais aux scènes venues d’ailleurs. Inde, Japon, Proche-Orient, Afrique, Amérique latine : le monde photographique devient polyphonique. Les jeunes artistes n’imitent plus les modèles occidentaux ; ils inventent leur propre syntaxe visuelle.
Certains mêlent textile, archives et collage numérique. D’autres utilisent la photographie comme rituel, comme geste de réparation. Le médium, longtemps instrument de domination, se retourne : il devient outil d’émancipation, de récit intime. Ce déplacement du regard est la grande réussite de cette édition.
Et dans cet écosystème élargi, l’hybridation se fait apaisée. Plus de fracture entre argentique et numérique : juste un dialogue entre les deux. L’IA, discrète, sert parfois à combler une absence ou à reconstituer un souvenir manquant. La technique n’est plus enjeu, elle est moyen d’émotion.
En quittant la nef, la lumière de novembre caresse les marches du Grand Palais. On garde en tête un visage, un horizon, une ombre. Paris Photo 2025 n’a rien d’un feu d’artifice : c’est une invitation. Et sous la verrière, la photographie, cette vieille compagne du réel, murmure encore : « Je ne montre plus le monde. Je t’invite à le regarder. »
Dates : du 13 au 16 novembre 2025 – Lieu : Paris Photo 2025 (Paris)
La jeune sorcière Morbida Tralalaest de retour dans un Tome 2 rempli de mystères et d’épreuves. Elle doit remporter 3 épreuves pour sauver les enfants de monstres dans une ambiance effrayante, pas trop non plus pour ne pas faire fuir les jeunes lecteurs.
Une histoire réjouissante
La lecture est simple, avec tout de même des mots un peu compliqués qu’il faut que les enfants recherchent pour leur plus grand bonheur. Les surprises s’enchainent, l’héroïne rencontre des monstres et des méchants qui lui barrent la route et qu’elle doit vaincre en utilisant la magie. L’univers d’Harry Potter n’est pas loin, même si l’histoire ne se déroule pas dans une école. Les enfants de 8 ans auront le sentiment de grandir Vitesse Grand V avec un roman qui les aide à devenir un peu plus matures. Le passage du grand combat final est trépidant et rempli d’action pour un grand moment de lecture. Le titre Halloween souligne le caractère effrayant d’un ouvrage que les plus jeunes ne lâcheront pas avant la dernière page. Après le premier tome Le train Fantôme très réussi (génial! selon une jeune lectrice de 8 ans que je connais bien) où l’héroïne combattait plusieurs méchants avec un combat final trépidant contre un horrible vampire, le tome 2 est encore meilleur avec un univers toujours plus foisonnant, avec une mention spéciale pour la méchante belle-mère Dame Fraya.
Les dessins très évocateurs et très bien faits de l’illustratrice Judy concourent à la réussite d’un ouvrage que les enfants ne sont pas près d’arrêter de relire au moins 10 fois! Vivement les tome 3 avec les décombres d’une tour d’où surgit une armée de fantômes terrifiants!
Synopsis: Un roman plein d’humour, de magie et de frissons ! Morbida Tralala affronte Halloween et ses créatures dans une aventure fantastique où courage, amitié et mystère se mêlent. Idéal dès 8 ans !
Dans ce nouvel opus de la célèbre série humoristique publiée aux Éditions Glénat, les incorrigibles Les Lapins Crétins troquent brièvement leurs bêtises habituelles pour s’attaquer… au BTP. Entre perceuses impropres, panneaux de circulation détournés et chantiers transformés en terrains de désastre, le ton reste loufoque et déjanté.
Le sel de la série
Graphiquement, c’est toujours vif, coloré et pétillant. L’esprit visuel des Lapins Crétins fonctionne : on retrouve le style slapstick, l’univers iconoclaste et le ton « marteau ». Le concept « chantier » permet quelques gags vraiment sympathiques et offre un terrain d’exploration assez inédit pour la série. Cependant, on note que, dans cet album, la fraîcheur peut parfois s’émousser. Le fil rouge reste assez léger — on a davantage l’impression d’une succession de sketches indépendants plutôt que d’une véritable progression narrative.
Pour qui et pourquoi ?
Cet album est idéal pour les lecteurs jeunes (et les lecteurs jeunes de cœur) qui recherchent un moment léger, sans prise de tête, fidèle à l’univers des Lapins Crétins. En revanche, pour un public plus exigeant en matière de construction narrative ou d’évolution de personnage, ce Tome 18 pourra sembler un peu léger — amusant, mais peu renouvelé.
Un album fidèle à ce qu’on attend des Lapins Crétins : fun, coloré, sans prise de tête. Mais si vous cherchiez plus qu’un simple déferlement de gags, vous resterez peut-être un peu sur votre faim.
Résumé de l’éditeur :
Bricoleurs mais complètement marteaux !
Imprévisibles, déjantés et surtout très drôles, les Lapins mettent une sacrée pagaille partout où ils passent. Une fois n’est pas coutume, après avoir démontré leur vaste médiocrité dans les tâches ménagères, l’école, la mode ou le rangement… nos Lapins se tournent vers les travaux, les chantiers et le dur labeur. Mais savent-il seulement utiliser une perceuse ? Et que dire des chantiers dans le BTP, où ils risquent de provoquer une catastrophe à chaque seconde ? Avant de se faire congédier de chaque nouveau poste, nos joyeux gaffeurs comptent bien en profiter et s’essayer à tous les métiers, quitte à tout casser. Dénués de tout sens pratique, ils ne sont pas près de sauver la planète en réduisant leur consommation d’électricité ni à vous prêter main-forte sur la route. D’ailleurs, gare à vous si vous prenez la voiture : nos Lapins ont la fâcheuse manie de s’amuser avec les panneaux de circulation…
Date de parution : 13 novembre 2025 Auteur(s) : Dab’s (Scénariste) Thomas Priou (Dessinateur) Genre : humour, jeunesse
The Vine Street Shuffle a sorti récemment son premier album intitulé Zebedee – The Vine Street Shuffle does Earl Hooker, révélé le 12 septembre 2025 chez Rock’n’Hall/ Dixiefrog pour un grand moment de blues.
Du vrai blues de Chicago
The Vine Street Shuffle est un trio composé de Philippe Quinette à la contrebasse, Aliocha Thévenet à la guitare et Marc Delmas à la batterie. De la musique sans voix ni paroles pour transporter l’auditeur aux sources légendaires du blues américain avec une forte connotation blues de Chicago. L’album contient des morceaux instrumentaux pas forcément très connus, exhumés pour une réinterprétation authentique, aucun standard rabattu 1000 fois à la carte, les puristes apprécieront, les autres iront de découverte en découverte pour un moment d’écoute précieux. Beaucoup le savent mais il ne coute rien de le rappeler, Earl Hooker était le cousin du très célèbre John Lee Hooke. Connu pour avoir été accompagnateur de Muddy Waters, Earl Hooker a laissé son empreinte dans l’histoire du blues et a composé certaines des plus fameux standards du blues, repris par de nombreux guitaristes et pas les moins connus, voyez plutôt: Buddy Guy, Keith Richards, BB King et Jimmy Page, excusez du peu. Le premier morceau Frog Hop – The Leading Brand medley est une très bonne introduction à l’univers instrumental de Earl Hooker, puissant en diable. Off the Hook est un peu l’étendard de l’album, porté par un clip révélant l’alchimie entre les 3 musiciens, révélant la richesse du blues de Chicago dans les années 50, celui qui a notamment inspiré des pointures rock comme les Rolling Stones, Jeff Beck, the Animals ou Eric Clapton. Le trio a invité le chanteur, compositeur et guitariste américain Neal Black sur l’album pour rappeler la force de sa réputation sur le circuit des concerts blues dans toute la France en compagnie de Cincinnati Slim, Fred Chapellier ou Sophie Malbec. Les autres morceaux enchainent les performances, un disque à ne pas manquer.
Zebedee – The Vine Street Shuffle does Earl Hooker contient 12 pépites blues à écouter de toute urgence pour rappeler que le guitariste Earl Hooker était une pointure trop tôt décédé en 1970. Profitez du trip blues à fond les ballons!
Bilal Hamdad — Paname, ou la solitude habitée au Petit-Palais
Au Petit Palais, le peintre Bilal Hamdad investit les galeries permanentes avec une vingtaine d’œuvres qui mêlent réalisme contemporain et héritage des maîtres anciens. Dans Paname, il fait dialoguer le Paris d’aujourd’hui avec celui de Courbet et de Manet, entre effervescence urbaine et silence intérieur.
Il faut apprendre à ralentir pour entrer dans les toiles de Bilal Hamdad. Né à Sidi Bel Abbès en 1987, formé à Alger, puis à Bourges et aux Beaux-Arts de Paris, l’artiste compose ses œuvres à partir de photographies prises sur le vif.
Il y capte les interstices du quotidien : un café au petit matin, un couloir de métro, un visage absorbé dans la foule.
Regard immobile sur la ville
Le résultat est d’un naturalisme vibrant, où chaque reflet, chaque clair-obscur semble respirer. Le peintre observe la ville comme un organisme vivant — traversé d’âmes, de gestes suspendus, de pensées en suspens. « J’essaie d’écouter la ville par le silence des gens« , confie-t-il.
Hamdad revendique ses filiations : Velázquez, Caravage, Rubens, Manet, Courbet, Degas, Hopper. Ces influences nourrissent sa pratique, mais ne la déterminent pas : elles forment un langage qu’il réinvente. Dans Sérénité d’une ombre, la lumière rase d’un bar fait surgir un hommage discret à Manet et à son Bar aux Folies-Bergère.
Chaque toile interroge la place du regard, la dignité des gestes simples, la beauté d’un instant ordinaire. « À l’effervescence de la ville, Bilal Hamdad oppose la résonance silencieuse des individus« .
Le point culminant de l’exposition est sans doute Paname, fresque monumentale inspirée des Halles de Paris de Léon Lhermitte. Hamdad y peint un marché éphémère saisi à la sortie du métro : un Paris populaire, vibrant, traversé d’ombres et de couleurs.
Le tableau, à la fois documentaire et fable picturale, réunit les thèmes chers à l’artiste : la foule, l’absence, la lumière. On retrouve ici la tension entre réalisme et poésie, entre mémoire du passé et battement du présent.
En conjuguant le regard des maîtres et le souffle du réel, l’artiste affirme la pertinence de la peinture à l’ère des images fugitives. Son œuvre, à la fois humaniste et méditative, fait du silence un espace d’émotion. Paname n’est pas un manifeste mais un arrêt sur image recomposé où le peintre fait du Paris d’aujourd’hui, un miroir d’un monde intérieur.
Paname s’impose comme une méditation sur la condition urbaine et sa part d’ultra moderne solitude où la peinture retrouve sa place de témoin. Entre l’éclat des vitrines et le silence des regards, l’artiste compose avec brio une partition de lumière et d’absence, un Paris intérieur où chaque ombre raconte un fragment d’humanité.
Dates : du 17 octobre 2025 au 8 février 2026 (entrée libre) – Lieu : Petit Palais (Paris)
Comme son nom l’indique, le duo Atua Blues propose un album de blues des plus authentiques, fermez les yeux et vous vous retrouvez au plus profond des Etats-Unis. Le chanteur français David Noël des SuperSoul Brothers français s’associe au bluesman maori Grant Haua pour un album qui envoie du lourd, du blues.
Du blues plein la tête
La rencontre entre les 2 compères s’est réalisée à l’occasion de l’enregistrement de l’album de la chanteuse néo-zélandaise Delayne, compatriote de Grant Haua. Le rapprochement a été forcément facilité par l’appartenance de chacun au label français Dixiefrog, spécialisé notamment dans le blues. Et comme la planète terre est maintenant facilement connectée à travers les 2 pôles, l’échange de fichiers sonores se fait maintenant super facilement. L’enregistrement des 11 titres de l’album Two Roots s’est fait avec l’adjonction de Tim Julian à la basse, aux claviers et aux percussions, ainsi que du batteur James Bos, avec en plus la voix très soul de Tara Julian et l’orgue de Julian Stantau (également membre de SuperSoul Brother). L’album s’ouvre sur les notes d’orgue du classique Amazing Grace, l’un des cantiques chrétiens les plus célèbres du monde anglophone, dont la première publication des paroles date de 1779, la voix de David Noël fait merveille. Grant Haua se joint à lui pour un mélange de voix très soul funky, et quand la six cordes s’y met, c’est du grand art. Le second titre très country bluegrass River Blues est le titre phare de l’album chanté par Grant Haua avec cette fois David Noël aux chœurs, du blues, du vrai. David Noël reprend le lead au micro pour le très funky Hard Lovin’ Woman avec toujours la six cordes de Grant Haua pour une belle touche country. La ballade I Get The Blues baisse le rythme mais pas l’émotion, la bluette touche au cœur. Les aficionados de George Harrison reconnaitront facilement le classique My Sweet Lord tiré du non moins classique album All things must pass dans une version très fidèle mais à la sauce blues, une vraie réussite. No Competition débute avec un orgue qui rappelle les grandes heures de Stevie Wonder avant de basculer dans le blues. Suck It Up continue sur une rythmique enlevée, Rose ne baisse pas le rythme, Who’s gonna change my soul creuse encore un peu plus le sillon blues pour ce qui ressemble d’abord à un bœuf intimiste avant de gagner peu à peu en intensité. Fisherman déploie d’abord une guitare électrique frissonnante qui se mélange peu à peu à la voix. Le dernier titre What Have We Done ne change pas de braquet, de quoi conclure parfaitement un album bon à écouter d’une traite.
Le disque est une excellente surprise, de quoi replonger allègrement dans le blues et réécouter les classiques, en plus de cet album à ne pas lâcher pendant au moins un bon mois.
Hilda & Twig, Le réveil de l’homme de glace (Casterman)
Les éditions Casterman nous proposent le tome 2 des aventures d’Hilda & Twig : Le réveil de l’homme de glace. Hilda est en vacances avec son amie troll, Burku. Comme la neige annoncé n’arrive toujours pas, Twig décide d’aller réveiller l’Homme de Glace ! Mais quelle idée il a eue !!! Comment va-t-il faire pour stopper la catastrophe qu’il a lui-même déclenchée ? Les illustrations sont très sympa, colorées et pleines d’humour. Une bande dessinée comme on les aime : avec des valeurs humaines, et l’amitié au centre de l’histoire ! Hilda e& Twig, Le réveil de l’homme de glaceest une chouette bande dessinée, à suivre ! Dès l’âge de 5 ans !
« Éblouir Paris » : John Singer Sargent, le jeune prodige américain qui secoua le Salon mondain
Il y a des artistes dont le nom résonne, mais dont la présence en France reste étonnamment discrète. John Singer Sargent en fait partie. L’exposition « Éblouir Paris » au musée d’Orsay revient sur la décennie (1874-1884) où ce jeune Américain, formé à Paris chez Carolus-Duran, fit trembler le Salon et redéfinir le portrait mondain.
Le parcours commence par les années d’apprentissage. Études de nu, esquisses rapides, premiers portraits : on y devine déjà la maîtrise d’un geste à la fois sûr et volontaire.
Viennent ensuite les voyages — Italie, Espagne, Maroc — qui transforment la lumière en langage pictural. Chaque toile devient expérience, chaque paysage, un laboratoire de sensations.
Une virtuosité picturale évidente
Mais c’est dans les portraits parisiens que Sargent éblouit vraiment. Le Docteur Pozzi à son cabinet (1881) impose sa prestance rouge cardinal : un médecin mondain peint comme un prince de la Renaissance.
Devant cette toile, on sent l’intelligence du cadrage, la maîtrise absolue du geste : chaque pli de sa tenue, chaque reflet du tissu est une déclaration de force. Sargent ne reproduit pas : il orchestre.
Madame X (1884) provoque le scandale et fascine toujours par sa désinvolture. Le portrait de Virginie Gautreau trône comme un défi. Épaule nue, bretelle glissant, profil tourné : tout Paris avait crié au scandale en 1884. Aujourd’hui encore, le tableau brûle d’une beauté trop consciente d’elle-même.
On ne sait plus qui domine qui : le modèle ou le peintre. La peinture, ici, n’est plus un hommage mais une exposition du pouvoir — celui du regard, du désir, du prestige. C’est le moment où Sargent devient moderne malgré lui : il peint la société en la bousculant par delà une esthétique parfaite et assumée.
L’exposition souligne ce paradoxe : en peignant la haute société, le peintre interroge sa propre mise en scène. L’artiste jongle avec la technique, la psychologie et la modernité, tout en restant attaché à Paris, lieu de sa première incandescence.
Elle restitue aussi magnifiquement la dimension cosmopolite de Sargent. Il est l’artiste d’une Europe qui circule, qui échange, qui peint sans frontière. Américain d’origine, Italien de cœur, Parisien d’adoption, Londonien par nécessité.
Ce mélange se ressent dans sa peinture : un académisme maîtrisé, mais jamais rigide ; une sensualité contenue, mais toujours prête à déborder.
La scénographie d’Orsay, subtile, joue de la lumière et de l’ombre pour mettre en valeur ces chefs-d’œuvre. Le parcours révèle un Sargent cosmopolite, audacieux, sensible à la lumière et aux visages, mais surtout un peintre capable de transformer l’élégance en acte plastique, la mondanité en expérience esthétique.
On sort de l’exposition avec l’impression d’avoir traversé une décennie de virtuosité et d’élan vital. John Singer Sargent n’est pas seulement un portraitiste américain : il est, pour Paris, un éclaireur, un regard qui continue d’aveugler par excès de clarté.
Dates : du 23 septembre 2025 au 11 janvier 2026 – Lieu : Musée d’Orsay (Paris)
Hugo Jardin a dévoilé son premier EP Cantique paru en octobre 2025. Artiste chanteur, il écrit ses textes et évolue dans une chanson française teintée de pop mélodique et atmosphérique. Le premier morceau Cantique était paru en 2024, vient maintenant la suite avec un deuxième volet sous forme de EP avec 5 morceaux, les compositions sont douces, apaisées, parfait pour la rêverie.
Un univers musical en apesanteur
Le premier morceau Cantique en 2024 imaginait un monde sur le déclin, hanté par le passé et en passe de s’écrouler. Le ton est très pop rock pour des paroles poétiques qui invitent à la réflexion ainsi qu’à l’introspection quant à l’avenir de l’être humain. Les influences sont claires, Brel évidemment, voire David Bowie époque Blackstar à la toute fin de sa carrière (et de sa vie). L’artiste installe une atmosphère dramatique et intense, de quoi penser aussi à une pop anglo-saxonne loin de toute légèreté comme celle de Radiohead. L’artiste chante mais pas seulement, il se veut artiste total pour une vraie immersion théâtrale. Le premier morceau Rêve fait penser aux orchestrations de Gainsbourg époque Melody Nelson avec ses arpèges à la guitare, les mélodies font penser à un Yves Simon post apocalyptique. C’est une musique légère mais le propos est quelque peu plus concerné. Cantique II fait penser à une berceuse, voire à une valse, ça tangue, ça enivre, avec toujours cette guitare accompagnée d’une batterie et d’une basse, la référence explicite est Pink Floyd époques More et Obscured by Clouds. Eaux troubles louvoie toujours entre les orchestrations seventies de Gainsbourg, le morceau fait aussi penser au très bon France Culture d’Arnaud Fleurent Didier, sur un versant plus intimiste et moins porté sur l’héritage familial, l’artiste parle plus qu’il ne chante, ça demande de s’immerger dans cette déclaration d’amour contrariée. Le quatrième morceau Dumb est plus musical, mais désenchante et ironique, un morceau pour la radio, plus accessible mais pas moins ardu. Le cinquième morceau Cantique I clôt l’EP sur le versant fin du monde.
L’EP 5 titres révèle un artiste qui pourrait bien finir par se révéler au grand public par ses qualités d’écriture et d’interprétation, c’est vraiment très prenant et intense. Né à Paris, l’artiste a découvert la scène par la face punk avant de monter plusieurs groupes en France et à New York, et d’enchaîne les concerts depuis son adolescence. Passionné de poésie, il a déjà publié un premier recueil), il fait en parallèle de la danse butö et du mime, de quoi donner envie de le découvrir!
Dans le royaume de la Forêt, quarante-neuf soldats sont retrouvés massacrés dans une citadelle réputée imprenable. Obrigan, maître druide de l’Ordre des Loups, est mandaté pour démêler l’énigme, tandis qu’un mal ancien éveille les terres du Nord. Olivier Peru (scénario) et Pierre-Denis Goux (dessin), accompagnés de Jérôme Alvarez aux couleurs, lancent une nouvelle saga de dark fantasy celtique publiée chez Soleil.
Des images somptueuses, un monde riche
Visuellement, l’album est une réussite. Les planches de Goux composent des forêts brumeuses, citadelles minérales et créatures inquiétantes, magnifiées par une palette organique. La mise en scène alterne panoramas et gros plans inspirés, donnant de l’ampleur à l’univers. Les amateurs de l’école « heroic fantasy » de Soleil retrouveront une patte familière et généreuse, servie par un sens du détail immersif.
Un démarrage perfectible côté rythme
Côté récit, l’accroche est solide (un crime impossible) et les enjeux se posent clairement. Néanmoins, ce premier tome s’attarde longuement sur l’exposition : dialogues abondants, scènes explicatives et retours sur la mythologie alourdissent la progression. Le mystère avance, mais par petites touches, et l’album donne parfois l’impression de retenir son souffle trop longtemps. Dit autrement : l’univers séduit, mais le tempo manque d’allant et la logorrhée narrative peut freiner l’immersion. On sent pourtant, dans les ultimes pages, la promesse d’un élan plus tranchant pour la suite.
Verdict
Un écrin graphique de haut niveau et un cadre mythologique intrigant ; on aurait aimé un récit moins bavard et plus nerveux. Curiosité maintenue pour le tome 2.
Résumé de l’éditeur :
49 soldats tués dans une des citadelles les mieux gardées des terres du nord. Un seul témoin devenu fou. Une enquête impossible… sauf pour Obrigan, un des plus sages maîtres druides du royaume de la Forêt.
Depuis un millénaire, les druides protègent le royaume de la Forêt, ils conseillent et secourent les hommes à travers le monde. Et alors qu’Obrigan, un druide de l’ordre des Loups, doit résoudre le mystère d’un massacre impossible, un mal ancien se réveille et pousse les terres du Nord à la guerre… Quant à la vérité, il va falloir la chercher jusque dans les plus noirs secrets de la Forêt.
Date de parution : 5 novembre 2025 Auteur(s) : Olivier Peru (Scénariste) Pierre-Denis Goux (Dessinateur) Jérôme Alvarez (coloriste) Genre : fantasy
Bridget Riley à Orsay : la ligne comme invention, la ligne comme tension
Il y a des expositions qu’on traverse. Et puis, il y a celles qui nous magnétisent. L’exposition Bridget Riley : « Point de départ », au Musée d’Orsay, appartient à cette seconde catégorie : un parcours qui ne montre pas seulement des tableaux, mais l’invention d’un regard hypnotique.
Tout commence par un geste presque scolaire : en 1959, La Britannique (née en 1931) copie Le Pont de Courbevoie de Seurat. Un exercice, croit-on. En réalité, une révélation : la lumière n’est pas un voile, c’est une structure.
Ce moment de bascule — humble, radical — est le cœur battant de l’exposition. À partir de là, elle ne peindra plus des choses, mais l’acte même de percevoir.
Les salles d’Orsay, baignées d’une lumière mate, déroulent cette métamorphose. D’abord les paysages vibrants encore d’une mémoire figurative, puis les noirs et blancs des débuts optiques, enfin les grandes toiles chromatiques où tout oscille. L’œil tremble, le sol se dérobe, la peinture devient une onde.
La pulsation du regard
Le musée, intelligemment, ne cède jamais au spectaculaire. Il tisse un lien silencieux entre Riley et Seurat, entre la patience du pointilliste et la tension du minimalisme. Ce dialogue-là fait sens : derrière les effets d’optique, on redécouvre une peinture de la concentration, presque spirituelle.
Pour conclure, cette exposition est une victoire sensuelle et intellectuelle. Elle nous rappelle que l’art ne doit pas être seulement vu, mais vécu. L’artiste redonne à la couleur sa fonction de choc, à la ligne sa tension, à la toile sa capacité à se redéfinir dans le regard de chacun.
Oui — il y a du plaisir pur à s’adonner à « Point de départ ». Mais il y a aussi du sérieux. Le musée joue son rôle de médiateur, de passeur, d’interprète. Et le spectateur est invité à être plus qu’un passant : il doit devenir enquêteur de sa propre perception.
On ressort d’Orsay avec l’esprit plus léger, comme après un long regard au soleil. Bridget Riley nous rappelle que voir, c’est un verbe d’action : on ne contemple pas, on prend part à l’acte et à sa métamorphose visuelle et sensorielle.
Trois oeuvres phares à ne pas manquer :
1. Copy after Le Pont de Courbevoie (1959)
Le tableau-source. Riley y apprend le rythme caché des couleurs. La toile tremble doucement, déjà.
2. Pink Landscape (1960)
Un entre-deux. Le paysage devient prétexte à l’abstraction. Le rose y pulse comme une respiration.
3. Cataract 2 (1967)
La maturité. L’œil bascule, la toile s’anime. Ici, tout bouge : non l’image, mais celui qui la regarde..
Dates : du 21 octobre 2025 au 25 janvier 2026 – Lieu : Musée d’Orsay (Paris)
La première promotion de 60 étudiants de l’AMCA est attendue pour mi-janvier 2026 et un échange avec son fondateur et directeur Benattou Benichou a permis d’en savoir plus sur les ambitions de ce cursus qui se veut adapté aux réalités du marché du cinéma et de l’audiovisuel.
Une école ancrée dans le réel
L’école est située dans le 19ᵉ arrondissement de Paris rue de cambrai. Au milieu d’un parc où se situent également des sociétés de jeux vidéos, des administrations et un grand jardin, cette nouvelle école se différencie des écoles déjà existantes par son corps enseignant composé exclusivement de professionnels encore en activité pour offrir aux étudiants une immersion directe dans la réalité des métiers. La formation vise à une intégration rapide sur le marché du travail dès la première année du cursus avec la participation à un certain nombre de tournages des intervenants ainsi qu’aux projets portés par la société de production Yes We Do dont les bureaux sont installés au sein de l’école, pour être au plus proche des talents de demain. Le planning du cursus compte 1 an et demi de tronc commun et 1 an et demi de spécialisation. Lui-même metteur en scène et fort d’une expérience de 24 ans au CLCF (Conservatoire du Cinéma et de la Fiction), Benattou Bénichou insiste sur plusieurs points importants. D’abord les intervenants sont des professionnels du cinéma qui se sont regroupés pour créer une petite académie à 60 participants pour un cursus qui permet d’identifier les qualités et défauts de chacun. Parmi eux se trouvent le réalisateur de jeux d’enfants, Yann Samuell, le réalisateur de Pourquoi tu souris?, Chad Chenouga, le réalisateur de Kaboul Kitchen, Frédéric Berthe, le premier assistant sur La source des femmes, Olivier Jacquet, le scénariste et producteur américain Michael Bronner (Capitaine Philips avec Tom Hanks), que des gens du métier qui font partie de la grande famille du cinéma. L’objectif avoué de la formation est de personnaliser le plus possible son cursus sur le modèle américain où 50 étudiants sont accueillis par exemple à l’école de cinéma d’UCLA. Les partenaires de cette école sont pour l’instant Loca Images, Bellefaye, Serial B, Yes We Do Production, Troubadours, d’autres pourraient se joindre au projet prochainement.
Un cursus particulier et adapté au monde du travail
Comme expliqué, chaque réalisateur s’engage à prendre 10 étudiants sur les plateaux sur leurs projets pour côtoyer des professionnels du métier. Cette expérience permet un accompagnement plus personnalisé pour connaitre le projet et les ambitions de chacun et les mettre en contact avec le réseau du réalisateur. Le but avoué est de faire aboutir les projets les plus avancés des étudiants, avec la possibilité d’un vrai plan de financement avec subventions publiques, mécénat et production privée, et un vrai script pour monter un projet pré financé et permettre à l’étudiant de monter son projet avec une aide à la réalisation, et ce à toutes les étapes du projet. Benattou Bénichou sait bien que les étudiants ne savent pas forcément dès le départ à qui s’adresser et comment monter un dossier de production, ce que l’école peut leur permettre. Point important, le cursus de l’AMCA exclut toute forme d’alternance qui fonctionne généralement surtout pour le montage ou le métier d’assistant de production, le risque reste de ne pas se faire embaucher à l’issu de l’alternance, ce qui arrive hélas trop souvent, tout en représentant des couts assez élevés. Le directeur garde à l’esprit l’exemple très pragmatique des universités aux USA qui forment les étudiants pour des entreprises, comme de l’alternance mais en beaucoup plus opérationnel, avec un emploi sûr à la fin.
L’école se situe rue de cambrai, métro Corentin Cariou sur la ligne 7, à proximité de La Villette. La rentrée décalée est prévue début/mi janvier 2026 avec une accélération prévue de la formation au cours de l’année. La promotion est en cours de sélection pour avoir assez de qualité dans les candidats, le moment de postuler.
Les éditions Flammarion jeunesse nous proposent un coffret jeu inspiré de l’album connu de tous : Roule Galette ! Les enfants retrouveront les héros de l’album et même un lanceur de galette ! Le jeu est très simple à comprendre, dure environ 15 minutes et peut être joué dès l’âge de 3 ans ! De 2 à 4 joueurs ! Le coffret entièrement cartonné est magnifique et comprend : 1 plateau de jeu, 1 lanceur de galette, 1 galette, 16 parts de galette, 15 cartes d’action, 5 cartes de score, 4 pions Animal, 4 pions Obstacle, 1 livret de règles. Jeu : Roule galette : voilà une chouette idée de cadeau à commander au Père Noël !
La maison à la petite porte rouge (Bayard jeunesse)
Publik’Art vous a déjà fait découvrir la collection « Môme » des éditions Bayard jeunesse, avec un chouette album : Catherine.
Aujourd’hui, nous allons vous présenter un album, de très grande qualité, une véritable pépite ! Que ce soit au niveau du scénario, de Grace Easton, ou au niveau de ses illustrations ! La maison à la petite porte rouge raconte l’histoire d’un Souriceau et d’une petite fille. Tout y est beau, doux, magique ! Le jeune lecteur pourra ouvrir de nombreuses portes qui cachent toutes des trésors. Les détails sont infinis et d’une immense beauté ! Le souriceau va perdre sa maison et Olivia va tout faire pour que ce Souriceau retrouve un foyer. C’est tout simplement notre coup de coeur ! La maison à la petite porte rouge est un très bel album à commander d’urgence au Père Noël, pour tous les enfants sans limite d’âge !
Publik’Art vous a déjà fait découvrir les histoires extraordinaires d’Aldebert avec son album : Gaspard et la maison dentée.
Aujourd’hui, un nouvel album vient de sortir : Gaspard et l’arche de Noël. On adore Gaspard et sa drôle de famille ! On est sûr qu’avec eux, on va passer un super moment, rempli d’aventures uniques ! Toute la famille est réunie, au chalet, pour célébrer Noël. Mais vous imaginez bien qu’avec Gaspard, rien ne se passe comme chez tout le monde ! Le lecteur va le suivre avec beaucoup d’intérêt, quelquefois beaucoup d’inquiétude, lors de ses expéditions extraordinaires à travers le Monde !
Gaspard et l’arche de Noëlest un album à lire, avec de très chouettes illustrations, et aussi à écouter sur toutes les plateformes de streaming ! En plus, c’est l’auteur lui-même, Aldebert, qui raconte l’histoire, avec une bande son géniale ! Voilà un bel album, d’une chouette collection, à commander au Père Noël !
Les comptines du Père Castor de Noël : Mon livre à écouter.
Même si Noël peut paraître encore un peu lointain, Publik’Art ne peut s’empêcher de vous partager ce superbe album à écouter qui vient de sortir ! Que du bonheur ! Vous retrouverez les grands classiques de votre enfance : Mon beau sapin • Les p’tits flocons • 1, 2, 3, dans sa hotte en bois • Noël, c’est comme un rythme de jazz • Vent frais • Neige, neige blanche • Là-haut sur la montagne • Trois p’tits lutins • We Wish You a Merry Christmas • Douce nuit • L’as-tu vu ? • Brille, brille petite étoile. Et les illustrations sont ravissantes ! L’album est entièrement cartonné, aux coins arrondis, le boitier sonore est sans plastique, et les piles longue durée ! Alors, n’hésitez plus : offrez ce superbe livre à écouter à vos petits et toute la famille chantonnera les chants des comptines du Père Castor de Noël !
Au Théâtre des Champs-Elysées, une « Damnation de Faust » en demi-teinte
Silvia Costa revisite « La Damnation de Faust » de Berlioz dans une vision intérieure et symbolique au Théâtre des Champs-Élysées. Malgré une distribution vocale somptueuse — Benjamin Bernheim, Victoria Karkacheva, Christian Van Horn — et la direction affûtée de Jakob Lehmann à la tête des Siècles, le spectacle peine à libérer le vertige romantique du chef-d’œuvre.
Oubliez les steppes, les sabbats et les ciels embrasés : Costa enferme Faust dans une chambre d’enfant, espace d’un passé régressif où tout semble suspendu. Peluches, lampe de chevet, décor neutre : le mythe se fait introspection. Faust n’est plus l’homme qui vend son âme, mais celui qui contemple son propre vide.
L’idée séduit d’abord par son acuité contemporaine : ce Faust, reclus et spectral, parle à notre époque désabusée. Mais la scénographie, figée dans son concept, tourne vite au tableau immobile. Les symboles se répètent, la tension dramatique se délite. Le pacte avec Méphisto se réduit à une rêverie. Ce que Costa projetait en cohérence intentionnelle, elle le perd en incarnation : Berlioz, poète du vertige, s’y assèche.
À la tête des Siècles, Jakob Lehmann offre une lecture fine, équilibrée, d’une beauté sonore indéniable. Les timbres d’époque déploient une transparence admirable : bois clairs, cors ronds, cordes souples. On goûte la précision du geste, la clarté du contrepoint, l’attention au texte.
Mais cette élégance confine aussi à la retenue. La « Marche hongroise » manque de panache, le sabbat final reste contenu, presque policé. Lehmann dissèque là où Berlioz appelle l’incandescence. Sa lecture charme l’oreille, sans jamais faire vaciller l’âme ; on aimerait plus de fièvre, plus de chaos, plus d’enfer.
Benjamin Bernheim, voixardente et magnifique
Benjamin Bernheim livre un Faust exemplaire : diction limpide, ligne souveraine, musicalité d’orfèvre. Son timbre clair, rayonnant, épouse la langue française avec une élégance rare. Pourtant, la mise en scène le réduit à une intériorité quasi statique : il chante magnifiquement, mais semble prisonnier de lui-même.
Victoria Karkacheva, au mezzo velouté, émeut dans son “D’amour, l’ardente flamme” d’une pureté suspendue ; une Marguerite de lumière et d’ombre, mais distante, presque absente. Face à eux, Christian Van Horn impose une présence puissante et raffinée : voix large, sombre, autoritaire. Son Méphisto manque toutefois de mordant : le français s’émousse, et Costa en fait un double de Faust plus qu’un démon tentateur.
Cette damnation, plus rêve que chute, plus concept que brûlure, nous laisse au bord du gouffre sans jamais oser nous y précipiter.
Dates : du 3 au 15 novembre 2025 – Lieu : Théâtre des Champs-Elysées (Paris) Mise en scène : Silvia Costa
Le second album de Matt Pascale and The Stomps s’articule autour du chanteur guitariste d’origine italienne Matt Pasquale. Basé en Norvège et très inspiré de Stevie Ray Vaughan et Jimi Hendrix, il ballade sa voix sonore et éraillée sur les morceaux d’un album résolument blues rock portés par des fortes tonalités de guitare. Remarqué par l’European Blues Union, il a obtenu une bourse pour l’Académie Blues du Notodden Blues Festival en Norvège. Dans un album enregistré par le boss de la mafia blues-rock Fabrizio Grossi au Studio Soul Garage à Los Angeles, il exprime avec sa voix et son jeu de guitare son amour du blues et du rock.
Un album qui accroche le cœur avec le grapin du blues
Le quatuor 50% italien et composé également d’un suisse italophone et d’un turco-batave est allé enregistrer son album à LA, pour du vrai blues, avec également des touches de funk, de soul et une atmosphère hautement seventies. L’album est souvent puissant comme sur le morceau titre et parfois très léger comme sur F*ucked Up Once Again. Matt parcourt allègrement le manche de sa 6 cordes pour une belle démonstration de son savoir faire guitaristique. Sa voix rappelle parfois celle de son glorieux ainé Zuccchero comme sur Why don’t you tell me a lie, entre italiens, on se comprend. Les morceaux Lost & Found et Mr. No Money sont plus telluriques. Mais le producteur aime apporter des touches variées, comme ce qui ressemble à du reggae électrique sur Hide & Seek. Le classique Me & The Devil de Robert Johnson est gonflé aux stéroïdes avec une guitare slide qui prend toute la place du champ sonore de l’auditeur avec une rythmique saccadée du meilleur effet.
Les morceaux sont chantés en anglais, la voix crache, l’auditeur est comblé par cet album très ricain dans l’âme.
Vous connaissez sans doute le roman de Nathalie Somers, Roslend, paru en 2017. Un roman qui a reçu de nombreux prix : – Le Grand Prix de l’imaginaire 2019 – Le Prix littéraire des collégiens de l’Hérault 2018 – Le Prix livrentête – Le Prix de Saint-Maur en poche.
Nathalie Somers a décidé d’adapter son roman en bande dessinée. Le premier tome de la série, Roslend, vient de sortir : Deux mondes. On découvre le jeune héros, Lucan, partagé entre deux mondes : d’un côté sa vie à Londres, en 1940, en pleine guerre, et de l’autre, Lucan est propulsé à Roslend. Un univers complètement extraordinaire mais également menacé. La mission de Lucan va être rude ! Publik’art a aimé cette aventure fantastique, et ses illustrations, de Thomas Labourot, qui reflètent tellement l’ambiance de ces deux mondes. Vraiment fantastiques ! Roslend, Deux mondes, est une très belle adaptation. On a déjà hâte de découvrir le tome 2 !
Valérie Lemercier au Théâtre Marigny : anatomie d’un monde en rire majeur
On dit souvent que le comique, c’est la tragédie qui a pris une bonne douche. Chez Valérie Lemercier, c’est plutôt une tragédie qui a mis une robe de bal avant de tirer la langue au monde.
Sur la scène du Théâtre Marigny, l’actrice revient, impériale et délurée, pour jouer à la fois l’orchestre et la partition : un feu d’artifice de personnages, un carnaval des tempéraments, une radioscopie en rires de notre époque qui fou le camp entre vanité, narcissisme et vertige ubuesque.
Elle surgit, sautille et danse, puis se transforme aussitôt en une mosaïque de figures — la fermière perchée, la militante écolo qui s’écoute parler, la gamine trop vive, la bourgeoise sans filtre — tout un peuple miniature, hilarant et inquiétant.
Chez Lemercier, la caricature n’est jamais gratuite : c’est un miroir grossissant de nos travers, un microscope braqué sur les névroses du quotidien et d’une époque.
L’incarnation d’un style : satire, absurdité et portraits burlesques
Son art n’est pas celui du sketch, mais de la mue. Elle change de peau comme d’humeur, glissant d’un personnage à l’autre avec une précision de danseuse et une désinvolture d’enfant.
Sa voix, son corps, son rythme : tout se transforme. Elle ne joue pas des rôles — elle fait éclater le concept même de personnage. À force de métamorphoses, elle devient le chœur dissonant d’un monde qui ne sait plus très bien où il va.
Sa force est celui de l’équilibre instable. Car elle conjugue la distinction du ton et la sauvagerie du propos, la clarté du geste et le vertige de la métamorphose. Le rire, chez elle, n’est jamais un effet : c’est un réflexe vital, une façon d’exorciser la bêtise et les paradoxes humains.
Une désinvolture qui n’a plus rien à prouver, et tout à inventer. Ses personnages sont des éclats de réel, traversés d’angoisses, de désirs, de maladresses. Ce n’est pas du stand-up, c’est une traversée du présent — un portrait collectif qui danse sur le fil du grotesque.
Et c’est là son élégance : derrière les rires, elle convoque quelque chose de profondément humain — cette absurdité tendre qui relie le grotesque à la classe. Lemercier ne juge pas, elle observe. Elle tord la réalité, la polit, la plie en tragi-comique, sans jamais la casser. On rit, mais d’un rire qui gratte un peu, beaucoup et qui bouscule.
Son jeu, tout en vivacité maîtrisée, rappelle que l’humour n’est pas un geste aimable mais un acte d’insoumission. À une époque où le rire doit s’excuser d’exister, Lemercier avance comme une contrebandière : elle charrie une lucidité sous couvert de divertissement. Pas de morale, pas de leçon, juste une formidable énergie qui secoue la torpeur des bons sentiments.
On est happé par cette liberté. Pas celle, bruyante, du provocateur à la mode ; mais celle, rare, d’une artiste qui ose ne pas plaire. Lemercier ne cherche ni l’approbation ni la connivence. Elle rit à côté du public, pas au-dessus. Et c’est précisément pour cela qu’on rit avec elle : parce que tout est vrai, déformé, mais foncièrement vrai.