Les éditions Milan nous proposent une nouvelle collection documentaire centré sur les comportements des enfants de 2 à 4 ans : « Mes Tout Premiers Pourquoi ». Cette collection est dirigée par Héloïse Junier, Docteure en psychologie. Elle s’adresse aux enfants, directement, en collaboration avec Emilie Bélard, ou Aurélie Sarrazin. Ensemble, elles décrivent parfaitement les comportements des enfants dans différentes situations, mais ces petits documentaires, au format carré, s’adressent aussi aux parents pour les aider à comprendre certaines réactions de leurs enfants à ces âges-là. Et à la fin de chaque album, une double page est réservée aux parents, avec des explications scientifiques et quelques conseils à appliquer facilement. Margaux dit non : est un album centré sur l’affirmation du tout-petit et les difficultés rencontrés par les parents face à ce déterminisme ! Clément a peur: est un album qui explique aux tout-petits qu’ils ont droit d’avoir peur et comment on peut apprivoiser ses propres peurs. Félix apprend les règles: l’enfant ne peut pas toujours faire ce qu’il a envie ! Il y a des règles à respecter pour ne pas se mettre en danger ! Céleste s’endort toute seule: décrit une étape importante pour le tout-petit et vous donne quelques astuces pour y arriver sereinement ! Publik’Art est fan de cette collection, très joliment illustré ! On écoute l’enfant, on lui explique les différentes situations, on reste bienveillant, mais ferme. « Mes Tout Premiers Pourquoi »: une aide aussi bien pour les petits que pour les parents. Chacun va apprendre à gérer ses émotions ! A avoir dans toute bibliothèque et dans toutes les crèches !
Fils de bourge – Le Doux Printemps 1936, d’Eric Stalner (Grand Angle)
Fils de bourge – Le Doux Printemps 1936 marque le retour en solo d’Eric Stalner sur la collection Grand Angle chez Bamboo, après le diptyque de L’Oiseau rare co-scénarisé avec Cédric Simon. Avec ce one-shot de 80 pages, l’auteur signe un récit historique intime, situé à la veille du Front Populaire, qui prend pour boussole la résilience plutôt que l’éclat de la résistance.
Gramont, 1935. Dans une petite ville industrielle dominée par son usine de papier, François Bompierre, dix-sept ans, grandit sous la coupe d’un père brutal et notable, sympathisant fasciste, devenu sous-directeur de l’usine. Battu en privé, humilié en silence, le jeune homme se réfugie dans une métaphore obsédante : il s’imagine libellule pour échapper au crapaud paternel, image fragile et lumineuse qui irrigue tout le récit. Sa rencontre fortuite avec un groupe de jeunes ouvriers communistes — fraternité ouvrière, lectures partagées, rendez-vous clandestins — fait vaciller son monde. Malgré la barrière sociale qui sépare le fils de bourgeois des fils d’ouvriers, François finit par s’intégrer au groupe, jusqu’à devenir un des leurs. La tension monte simultanément à l’usine, où la grève couve, et l’affrontement entre le père et le fils devient inévitable.
L’enjeu d’Eric Stalner est ailleurs que dans la fresque sociale ou l’épopée militante. Le scénariste-dessinateur s’attache aux silences, aux regards en coin, aux gestes de protection mentale d’un adolescent qui apprend à exister contre. Le contexte historique — montée des ligues d’extrême droite, accords Matignon en gestation, congés payés à venir — est moins illustré que respiré : il colore les pages plus qu’il ne les surcharge, et confère à l’intime une portée collective que le sous-titre, Le Doux Printemps 1936, signale d’emblée comme à la fois prometteur et menacé.
Au dessin, Stalner retrouve une veine qu’on lui connaît depuis Le Boche, La Croix de Cazenac ou Le Roman de Malemort : un trait classique, lisible, attentif aux visages et aux ambiances. Les scènes d’usine, les cours d’école et les bals populaires sont mis en page avec une économie sobre qui privilégie l’expression des personnages aux compositions virtuoses. Quelques planches s’évadent vers le motif récurrent de la libellule, presque onirique, qui rompt joliment la rugosité du quotidien. La couleur, traitée dans des camaïeux feutrés, accompagne sans surcharge la mélancolie d’une France qui, sans le savoir, s’apprête à basculer.
Que cette libellule parvienne ou non à s’affranchir du crapaud, le récit ne s’enferme jamais dans le manichéisme. Fils de bourge fait le pari d’une trajectoire individuelle, où la résilience précède — et conditionne — la résistance qui viendra plus tard, dans la guerre.
Entré au catalogue Grand Angle après L’Oiseau rare et Berthe & Bertille, Eric Stalner confirme avec ce one-shot son installation durable dans la collection des récits historiques en histoire complète. Le format album cartonné de 80 pages convient parfaitement à un projet qui n’avait pas vocation à s’étirer en série : tout y est dit, et la dernière planche referme le livre comme on referme une enfance. Voilà un printemps 1936 dont la douceur, jamais naïve, laisse une trace durable.
A lire !!
« Avant la résistance, la résilience. Celle d’un jeune homme en 1936 et celle de la France ensuite… » En 1935, dans la petite ville industrielle de Gramont, François Bompierre est le fils du nouveau sous-directeur de l’usine de papier, sympathisant fasciste qui bat son propre fils en privé. Pour se protéger mentalement de cette violence quotidienne, François s’imagine libellule. Un jour, il rencontre un groupe de jeunes ouvriers communistes… Malgré la différence sociale, il finit par s’imposer au sein du groupe. Mais la tension monte à l’usine entre la direction et les grévistes. Dès lors, l’affrontement entre le père et le fils devient inévitable. La libellule parviendra-t-elle à s’affranchir du crapaud ? Un récit de résistance et de résilience mêlant l’intime et l’historique, signé Eric Stalner en histoire complète chez Grand Angle.
Date : 29 avril 2026 Scénario & Dessin : Eric Stalner Éditeur : Bamboo Format : album cartonné
Prix : 18,90 € EAN : 9791041117789 Collection : Grand Angle Pagination : 80 pages
Le Musée d’Art Moderne de Paris propose la première rétrospective consacrée à Paris à l’artiste anglais protéiforme Brion Gysin. Peintre, poète, performeur, photographe et musicien, il est souvent associé au mouvement de la Beat Generation aux côtés de William Burroughs grâce à ses idées de génie comme le Cut-up et la Dreamachine. Résolument situé dans la marge et passionné d’altérité, Brion Gysin a sillonné le monde et fréquenté les mouvements alternatifs et underground pour s’abreuver auprès de milieux créatifs variés et abreuver ses propres pulsions créatrices. Il s’est essayé à la poésie sonore et à la poésie visuelle, au cinéma expérimental, à la performance, au roman et la musique, sans frontières ni limitations, ainsi qu’à évidemment la peinture et la photographie. L’exposition fait sillonner les principaux parcours artistiques d’un artiste inclassable. Le Sir a notamment côtoyé Keith Haring et Patti Smith, il a également traversé le monde avec une forte prédilection pour Paris où il a vécu une grande partie de sa vie. Il y a séjourné dans les années 1930 lorsqu’il étudiait à la Sorbonne. Au tournant des années 1960, il a fréquenté les artistes de la Beat Generation au fameux Beat Hotel (9, rue Gît-le-Cœur, Paris 6). À partir des années 1970 jusqu’à son décès en 1986, il s’est installé dans un appartement face au Centre Pompidou et il a fait de la Ville de Paris son légataire universel, belle preuve d’attachement. L’exposition très dense est constituée de plus 140 œuvres de l’artiste, bâtie sur la collection Gysin du MAM de Paris, avec également des prêts issus de collections publiques et privées, en France et à l’étranger. Un beau moment de découverte, d’une richesse et d’une variété stupéfiantes. Les différentes facettes du processus créatif de l’artiste sont étonnantes: Cut-up et permutations, dessin, écriture et la calligraphie, c’est fascinant et à découvrir au MAM jusqu’au 12 juillet.
One Piece Roman – Novel Heroines, Tome 2 : Colorful marque le retour très attendu de la série de light novels que Glénat consacre aux figures féminines de la saga d’Eiichiro Oda. Quatre ans après un premier tome paru en 2022 qui réunissait Nami, Robin, Vivi et Perona, ce deuxième volume élargit l’éventail et donne enfin la parole à un casting d’héroïnes plus large encore : Hancock, Tashigi, Reiju, Uta, Nami ou encore Robin. Toujours signé par la romancière japonaise Jun Esaka, accompagné des illustrations délicates de Sayaka Suwa et placé sous la supervision de l’auteur original, cet opus s’inscrit dans la collection Shonen de l’éditeur grenoblois et confirme l’appétit des lecteurs francophones pour les déclinaisons en prose de l’univers du Chapeau de Paille.
Avec ce deuxième tome, Novel Heroines assume pleinement sa promesse : éclairer le quotidien, les émotions et les fêlures de personnages féminins que le manga, par la force des choses, ne peut pas toujours mettre au premier plan. Sous-titré « Colorful », ce recueil propose plusieurs récits courts qui explorent ces héroïnes sous un angle inédit. On y retrouve la sensualité impérieuse de Boa Hancock, la rigueur droite de Tashigi, la grâce trouble de Reiju Vinsmoke, l’aura d’Uta — chanteuse héritée du film One Piece Film: Red qui aura marqué la pop culture en 2022 — sans oublier la malice persistante de Nami et la sagesse silencieuse de Nico Robin. Autant de personnalités fortes que les nouvelles permettent de saisir dans leurs respirations intimes, loin des bruits de canon.
Le format light novel — souple, 11,5 × 18 cm, 160 pages au prix accessible de 7,20 € — s’avère idéal pour ce genre d’exercice. Plus court que le manga, plus dense qu’un simple side-story, il offre la place qu’il faut pour creuser une scène, étirer une introspection, ou simplement raconter une journée suspendue. C’est aussi un objet pensé pour un lectorat fan, désireux d’aller plus loin que la lecture des tomes principaux, mais accessible à un public plus large : nul besoin d’avoir intégré dans le détail toute la chronologie de One Piece pour apprécier ces vignettes. Le ton, fidèle à l’énergie vibrante et profondément émotive du shōnen d’Oda, se prête particulièrement bien à la nouvelle, format qui sait jouer du contraste entre l’épopée maritime et le rythme plus posé des moments du quotidien.
La continuité avec le premier tome est nette : on retrouve le même duo créatif (Jun Esaka aux mots, Sayaka Suwa aux illustrations), le même soin éditorial dans la maquette et la traduction, et la même volonté d’enrichir le canon One Piece sans jamais le trahir. Mais Colorful ne se contente pas de prolonger : en intégrant Uta — figure issue d’un long-métrage relativement récent — ou Reiju et Tashigi, le volume montre une volonté d’élargir le spectre, de couvrir des époques et des arcs narratifs différents, et de proposer aux lecteurs un patchwork plus riche encore. Une trajectoire éditoriale cohérente qui donne envie de découvrir, à terme, un troisième tome.
Au final, One Piece Roman – Novel Heroines, Tome 2 : Colorful apparaît comme une lecture chaleureusement recommandable pour les fans de la saga, mais aussi pour les lecteurs plus occasionnels qui voudraient retrouver l’univers d’Oda sous une forme plus intimiste. Glénat poursuit son travail d’extension de la galaxie One Piece en français avec un objet soigné, à prix doux, qui vaut largement le détour. À mettre entre toutes les mains des amateurs de récits maritimes, de personnalités hautes en couleur, et d’aventures où l’émotion compte autant que la baston.
Découvrez dans ce recueil d’histoires courtes le quotidien coloré d’héroïnes populaires : Hancock, Tashigi, Reiju, Uta, Nami ou encore Robin ! Un nouveau voyage en compagnie des figures féminines de la saga, signé Jun Esaka et illustré par Sayaka Suwa, sous la supervision d’Eiichiro Oda.
[BD] Le Piéton de Bordeaux, de François Ayroles (Glénat)
Avec Le Piéton de Bordeaux, François Ayroles signe la deuxième pièce du diptyque inaugural de la nouvelle collection « Le Piéton » que Glénat lance ce printemps. Bordelais d’adoption depuis longtemps, l’auteur connaît sa ville par les semelles : il en arpente les quais, les ruelles et les places en habitué, carnet à la main, et ce sont précisément ces parcours patiemment ressassés qu’il restitue ici à l’aquarelle.
Le principe de la collection est simple, et c’est ce qui en fait le charme : confier à un dessinateur le soin de raconter sa ville comme on inviterait un ami chez soi. Pas de circuit balisé, pas de check-list de cartes postales, mais des chemins choisis, des digressions personnelles, des coups d’œil que l’on ne trouve pas dans les guides. La balade démarre devant la gare Saint-Jean, longe les quais et le miroir d’eau, traverse le marché des Capucins, s’attarde du côté de Saint-Michel, glisse vers le Jardin des Remparts puis la Porte Saint-Éloi, avant de se prolonger dans les ruelles du quartier Saint-Pierre, ses terrasses étroites et ses contrastes d’architecture.
Ce qu’Ayroles aime à Bordeaux — et ce qu’il rend palpable au fil des planches —, ce sont les façades de pierre blonde, les courbes du fleuve, les passages discrets, les petits cafés à l’écart, les vestiges d’un port autrefois bouillonnant. L’album mêle aquarelles, croquis sur le vif, encadrés documentaires et textes courts. À mi-chemin du carnet de voyage, du journal dessiné et de la chronique urbaine, l’objet se prête tout autant à la lecture continue qu’au feuilletage flâneur. Un plan dessiné permet d’ailleurs au lecteur de refaire chaque itinéraire à son tour : repère pratique discret qui assume ce que la collection a d’invitatif.
On retrouve dans ce projet la sensibilité particulière d’Ayroles : l’attention aux détails, le goût du quotidien, et cette manière qu’il a d’observer le banal pour mieux en révéler la singularité. Avec Le Piéton de Bordeaux, il déplace cette inventivité du côté du carnet de croquis et du regard de promeneur, dans un format où l’image et le texte se répondent à parts égales.
À noter que la collection démarre en duo : Le Piéton de Lyon, signé Didier Tronchet, paraît le même jour ; un volume consacré à Nantes est par ailleurs annoncé chez Glénat. Une promesse de cartographie sentimentale à plusieurs voix qui mérite d’être suivie.
À recommander aux Bordelais, bien sûr, qui devraient retrouver leur ville avec un sourire en coin, mais aussi à toute personne sensible au carnet de voyage urbain, à l’art du croquis sur le motif, et à cette tradition de la flânerie où l’on prend le temps de regarder ce que l’on traverse d’habitude sans le voir. Une jolie façon d’entrer dans Bordeaux par la petite porte – c’est-à-dire par la bonne.
A lire !!
Résumé éditeur :
Des balades pas comme les autres : (re)découvrez Bordeaux à travers les yeux d’un dessinateur de BD !
Bienvenue à Bordeaux. François Ayroles, habitant et amoureux de sa ville, nous entraîne dans ses rues, ses quais et ses places à l’occasion de balades patiemment composées. Loin des sentiers battus, le dessinateur partage ses haltes préférées, ses passages discrets et ses petites observations urbaines, de la gare Saint-Jean à la Porte Saint-Éloi, en passant par le marché des Capucins, le Jardin des Remparts ou le quartier Saint-Pierre. Croquis pris sur le vif, aquarelles, anecdotes historiques et parenthèses du quotidien : un carnet de promenades pour redécouvrir Bordeaux à hauteur de piéton, à pas lents.
[BD] La Légende de Salomé, de Jean Dufaux & Eduard Torrents (Delcourt)
Avec La Légende de Salomé, Jean Dufaux et Eduard Torrents s’emparent d’une figure que la peinture, l’opéra et la littérature ont déjà mille fois auscultée pour en livrer, chez Delcourt, un récit complet de 88 pages au grand format. Paru le 7 mai 2026 hors collection, l’album revisite le mythe biblique de la danse des sept voiles à la lumière de Gustave Flaubert (Hérodias, 1877) et d’Oscar Wilde (Salomé, 1891) — deux textes qui, à la fin du XIXᵉ siècle, ont fait basculer la jeune princesse de Galilée du registre du péché biblique vers celui de la fascination fin-de-siècle.
L’argument tient en quelques lignes, mais il porte tout le poids d’une tragédie familiale. Le tétrarque Hérode Antipas a provoqué la haine des tribus de Galilée en se remariant à Hérodias, mère de la belle Salomé. La jeune fille se trouve l’objet des manipulations de son entourage. Pour leur complaire autant que par défi, au prix d’une danse devenue fameuse, Salomé obtiendra la tête du prophète Jean-Baptiste — Iaokannan dans le texte. Dufaux, dont on connaît le goût pour les huis clos vénéneux et les dynasties empoisonnées (Murena, Niklos Koda, Rapaces, Djinn), est ici en terrain familier : la haine, la jalousie, le désir et l’accusation s’y nouent dans le décor antique qu’il affectionne, entre intrigues de palais et tension prophétique.
Le scénariste belge ne paraphrase ni Flaubert ni Wilde : il en retient la matière brûlante — le regard d’Hérode, la rancune d’Hérodias, la danse comme arme — et la déplie en bande dessinée, registre où la chair, le décor et la parole peuvent jouer ensemble. C’est précisément ce que rend possible le trait d’Eduard Torrents, dessinateur barcelonais venu à la BD après une dizaine d’années passées dans la construction navale, et déjà remarqué pour Le Convoi chez Dupuis avec Denis Lapière. Sa Salomé, dressée entre les rideaux pourpres d’un palais hérodien, doit beaucoup au peplum classique mais également à la peinture symboliste qui, de Gustave Moreau à Franz von Stuck, a fait de la danseuse une icône ambiguë. La couleur de Bertrand Denoulet enveloppe le tout d’une lumière dorée qui appuie le climat opératique de l’album.
L’intérêt du livre tient justement à ce double ancrage. Sur le fond, Dufaux rappelle qu’avant d’être une figure d’art nouveau, Salomé est d’abord la pièce centrale d’une affaire de famille royale où chacun joue sa survie : Hérodias contre les tribus, Hérode contre Iaokannan, Salomé contre tout le monde et d’abord contre elle-même. Sur la forme, le grand format et les 88 pages cartonnées laissent à Torrents la place nécessaire pour déployer architectures, étoffes et corps, et au lecteur celle de s’attarder sur chaque planche comme on s’attarderait devant un tableau. On retrouve là un type d’objet — l’album-spectacle, dense mais lisible d’un trait — qui a fait le succès des grands cycles antiques de Dufaux.
À recommander aux lecteurs de Murena et de Djinn, bien sûr, mais aussi à tous ceux que la figure de Salomé continue d’intriguer : le mythe a traversé Flaubert, Mallarmé, Wilde, Strauss et Moreau sans s’épuiser, et cette relecture en récit complet en propose une nouvelle déclinaison, accessible et pleinement assumée comme grand livre d’images.
A lire !!
Résumé éditeur :
Une sombre histoire de famille : haine, jalousie, désir, accusation. Le maître du peplum, Jean Dufaux, revisite avec brio les écrits de Gustave Flaubert et Oscar Wilde, grâce au dessin spectaculaire d’Eduard Torrents.
Le tétrarque Hérode Antipas a provoqué la haine des tribus de Galilée en se remariant à Hérodias, mère de la belle Salomé. La jeune fille se trouve l’objet de leurs manipulations. Pour leur complaire autant que par défi, au prix d’une danse devenue fameuse, Salomé obtiendra la tête du prophète Jean-Baptiste, dit Iaokannan.
Extrait de la BD :
Date de parution : 7 mai 2026 Scénario : Jean Dufaux Dessin : Eduard Torrents Couleurs : Bertrand Denoulet Éditeur : Delcourt Collection : Hors Collection Format / Pages : 22,7 × 29,8 cm – 88 pages
Avec Sahashi et les créatures fantastiques – Tome 2, le mangaka Nizo Miura prolonge ce slice of life surnaturel attachant lancé en 2025 chez Glénat Manga. Le deuxième tome, attendu le 6 mai 2026 dans la collection Seinen, prolonge le quotidien doucement déjanté de Sahashi, un lycéen on ne peut plus banal qui se découvre soudain entouré de créatures du folklore japonais et occidental. Au programme : phénix turbulent, tanuki métamorphe, garçon-serpent et menace mystérieuse autour d’un fameux fragment d’étoile.
Pour ceux qui auraient manqué le premier volume, le pitch tient en quelques lignes : en adoptant un poussin trouvé au bord de la route, Sahashi n’imaginait pas que celui-ci se révélerait être un phénix, joliment baptisé Karaage. Depuis, son professeur s’avère être un tanuki capable de se métamorphoser, son meilleur copain est un garçon-serpent, et le monde s’est élargi pour accueillir sirènes, esprits et autres bestioles étranges. Sahashi a beau se croire parfaitement ordinaire, c’est précisément cette banalité qui semble attirer à lui tout ce que le folklore peut offrir de plus singulier.
Ce deuxième opus s’ouvre sur une menace plus directe : Karaage, le phénix devenu mascotte, est désormais convoité pour le mystérieux fragment d’étoile qu’il porte en lui. Ce nouvel arc narratif resserre l’intrigue sans sacrifier l’ambiance bonhomme du tome 1. Nizo Miura alterne avec une vraie aisance les saynètes de comédie quotidienne — les bêtises de Karaage, les gourmandises improbables, les petits malentendus de cour de récré — et des moments plus inquiétants où les enjeux fantastiques rappellent leur poids. C’est un équilibre délicat, et l’auteur le tient avec un sens aigu du rythme.
Le trait de Nizo Miura reste cette pâte simple, ronde, presque enfantine, qui a fait le charme du premier volume. Loin de pénaliser le récit, ce dessin volontairement épuré met en valeur la diversité du bestiaire et laisse respirer la mise en page. Les expressions sont franches, les créatures immédiatement identifiables, et chaque planche compose une petite scène de vie où le merveilleux s’invite presque par effraction. C’est un manga qu’on lit le sourire aux lèvres, sans se forcer.
Dans le paysage seinen souvent dominé par les récits sombres ou les grosses machineries d’action, Sahashi et les créatures fantastiques trouve sa place avec une proposition différente : un slice of life surnaturel, accessible à un large public, qui fait coexister tendresse, humour et imagination. La traduction de Sara Correia restitue avec naturel le ton décalé du récit, et le format rend ce deuxième tome très facile à conseiller, aussi bien aux amateurs de comédies fantastiques qu’aux lecteurs occasionnels en quête d’un manga doux et drôle.
Au final, ce deuxième tome confirme tout le bien que l’on pouvait penser de la série après le premier volume : un folklore détonnant, des personnages attachants, beaucoup d’humour et une vraie tendresse pour ses figures, même les plus farfelues. Phénix, tanuki, sirène… Nizo Miura ouvre un univers qu’on a envie de voir s’étoffer encore. Un manga à mettre entre toutes les mains.
Résumé éditeur
« Un phénix comme doudou ! »
Il s’est passé plein de trucs, et maintenant, Karaage en a après mon fragment d’étoile ! Sahashi s’est toujours considéré comme un écolier on ne peut plus banal, mais depuis qu’il a adopté son phénix Karaage, il est abonné aux bizarreries ! Le deuxième tome tant attendu du quotidien pas si banal de Sahashi.
Si vous avez manqué le début : il a un phénix pour animal de compagnie, son professeur est un tanuki capable de se métamorphoser, et son copain d’école est un garçon-serpent. Sahashi a beau être parfaitement ordinaire, il n’attire que les choses, phénomènes et individus étranges.
Date de sortie : 6 mai 2026 Scénario & Dessin : Nizo Miura Traduction : Sara Correia Éditeur : Glénat Manga Collection : Seinen Format : 13 × 18 cm – 192 pages
Les éditions Glénat jeunesse nous proposent un joli album : Agathe et Crocus, Dinos des champs. René et Nénette sont retraités, sans enfant. Mais un jour, ils décident de louer une partie de leur maison à un jeune couple avec enfant. Du coup, ils passent beaucoup de temps avec Solal. Il a même son bol avec son prénom chez René et Nénette ! Et ensemble, ils vont faire une découverte surprenante, dans leur jardin : des oeufs de dinosaures ! Et Agathe et Crocus vont voir le jour et devenir des Dinos des champs ! Agathe et Crocus, Dinos des champsest un album rigolo, empli d’humour et d’amour !
Un dimanche en cuisine est un album jeunesse qui se présente comme une succession de petites chroniques qui accompagnent une journée de cuisine en famille, du matin jusqu’au repas du dimanche. La journée commence dans une ambiance tranquille, avec l’envie de préparer un bon repas. Ensuite vient le moment du marché et du choix des produits. On sélectionne des ingrédients simples, frais et de saison. Papa va préparer une bonne sauce tomate pour les spaghettis et maman va faire une tarte aux pommes. Et même l’enfant va faire sa propre recette ! Le repas du dimanche est ensuite présenté comme un temps fort : on s’assoit, on partage, on profite du plat préparé ensemble. C’est un moment de convivialité et de calme. Un dimanche en cuisine est un joli album, aux illustrations douces, couleurs pastel, qui donne même les deux recettes à faire à la maison !
[BD] Quiproquos – Tome 2 : Le Chaos dérisoire, de Constance Lagrange (Delcourt)
Avec Quiproquos – Tome 2 : Le Chaos dérisoire, Constance Lagrange poursuit chez Delcourt, dans la collection Pataquès, la série de gags lancée à l’automne 2025 avec L’Existence ridicule. Le principe est limpide : un quiproquo, ce vieil engrenage de comédie qui fait qu’on prend une chose pour une autre. Décliné par centaines, il devient un univers en soi — celui d’une autrice formée à l’école Émile Cohl de Lyon, repérée pour ses strips publiés sur Instagram, et qui sait, en trois ou quatre cases, tirer un sourire ou faire éclater un rire complice.
Sur le papier, l’exercice est casse-gueule : aligner cent gags muets ou presque, sans se répéter, sans tomber dans la facilité, en gardant à chaque chute la fraîcheur de la première. Constance Lagrange y parvient parce qu’elle n’oublie jamais que le quiproquo est, avant tout, une affaire visuelle. Ses dialogues se posent dans des décors épurés, ses personnages s’expriment autant par les yeux et les mains que par les bulles, et la chute tient souvent à un détail minuscule — un objet mal placé, un geste hors-temps, un mot qui rebondit sans atterrir. C’est ce sens de l’économie — pas un trait de trop, pas une réplique inutile — qui rapproche son humour des grands maîtres du gag dessiné, de Sempé à Lewis Trondheim, en passant par les pages d’humour absurde des journaux satiriques.
Avec ce deuxième volume sous-titré Le Chaos dérisoire, l’autrice resserre son propos. Le titre n’est pas un hasard : tout est dans l’ouïe sélective, dans cette habitude qu’on a tous de n’entendre que ce qu’on a envie d’entendre, et d’esquiver le reste d’une réplique de travers. Ses personnages parlent fort mais s’écoutent mal, se croisent sans se voir vraiment, et l’absurde s’invite alors par effraction, en quelques mots. Le rire qu’on en tire est doux, fraternel — celui d’un miroir tendu sans cruauté, qui dit moins notre bêtise que notre tendresse maladroite.
Graphiquement, l’album reste fidèle à l’identité visuelle du tome 1 : un format carré de 20 × 20 cm qui ressemble à un petit cube de plaisir, des aplats de couleurs douces qui contrastent avec la rugosité des situations, et un trait limpide qui doit autant à l’illustration jeunesse qu’à la BD d’humour contemporaine. Cent quatre pages plus tard, on referme le livre avec ce drôle de sentiment d’avoir feuilleté un carnet d’observation — celui d’une dessinatrice qui regarde le monde un peu de travers et nous le restitue avec gentillesse, sans jamais hausser le ton.
Quiproquos est en train de devenir, l’air de rien, l’une des séries de gags les plus rafraîchissantes du moment. Constance Lagrange — par ailleurs autrice de l’enquête graphique L’Innocent incompris – Patrick Dils, histoire d’une erreur judiciaire (Éditions du Faubourg, 2022) et du très remarqué Le Canari (Seuil, 2024) — confirme avec ce tome 2 qu’elle peut aussi bien tenir la chronique de fond que le strip percutant. Le plus joli tour de force du livre, finalement, c’est sa modestie : il ne prétend pas réinventer la comédie, il rappelle juste, à chaque page, qu’un bon quiproquo bien dessiné vaut bien des discours.
A lire !!
Résumé éditeur :
Cent gags absurdes pour rire de nos malentendus quotidiens.
Un quiproquo est une méprise qui fait qu’on prend une chose pour une autre. Au pluriel, c’est désormais une série de recueils de gags qui ne se prennent pas pour autre chose que des gags irrésistiblement absurdes. Avoir l’ouïe sélective, volontairement ou non, on l’expérimente tous. Quiproquos tome 2 est un livre qui s’amuse à nous renvoyer notre image. Les méprises s’enchaînent et l’absurde vient troubler la réalité en quelques réparties. En s’inspirant d’une mécanique classique de comédie, Constance Lagrange parvient à décliner les malentendus et à nous surprendre à chaque fois avec un art consommé de la chute.
Date de parution : 7 mai 2026 Scénario : Constance Lagrange Dessin : Constance Lagrange Couleurs : Constance Lagrange Éditeur : Delcourt Collection : Pataquès Format / Pages : 20 × 20 cm – 104 pages
Le Musée d’Art Moderne de Paris présente la plus grande exposition consacrée à Lee Miller en France depuis 20 ans. Certains ont découvert la photographe à l’exposition au Jeu de Paume en 2008, son histoire est unique et a été portée au cinéma en 2023 avec Kate Winslet dans le rôle titre. Le MAM Paris propose de s’immerger dans une œuvre qui a marqué l’histoire avec certains clichés légendaires.
Une femme libre devenue photographe
L’exposition est organisée à l’initiative de la Tate Britain et en collaboration avec l’Art Institute of Chicago pour plus de 250 tirages anciens et modernes à découvrir. l’exposition réunit près de 250 tirages anciens et modernes. Avant d’être photographe, Lee Miller a été une figure majeure de l’avant garde internationale dans ses passages dans le mannequinat et la réalisation de portraits. Devenue correspondante de guerre accréditée par l’armée américaine, elle a été reconnue depuis comme une photographe de légende. L’exposition retrace le parcours unique d’une femme qui a refusé de se laisser enfermer dans la case où sa beauté la condamnait à rester enfermée. Elle a voyagé de par le monde, New York, Europe en guerre, Egypte, Londres, louvoyant entre les expérimentations et l’engagement politique. Le parcours de l’exposition propose un parcours en 6 parties approche chronologique et thématique. Après la rentrée dans l’exposition avec des portraits de Lee Miller elle-même réalisés par les plus grands photographes et cinéastes des années 1920 et 1930, elle s’impose comme une personnalité du New York de la fin des années 1920 avec une activité reconnue de mannequin. Puis le parcours passe par son séjour parisien entre 1929 et 1932, période est marquée par sa rencontre avec Man Ray dont elle devient l’apprentie et la compagne. Elle ouvre son propre studio et travaille comme photographe pour Vogue avant son départ pour New York en 1932 où elle ouvre un nouveau studio. En 1934, elle s’installe avec son nouveau mari au Caire et ses photographies marquent par leurs motifs, leurs textures et leurs cadrages. En 1942, elle est l’une des rares femmes photographes à obtenir une accréditation de correspondante de guerre par les États-Unis. Elle va couvrir le conflit et certaines de ses photos vont rentrer dans la légende comme celles des camps d’extermination de masse des nazis et celle prise dans la baignoire d’Hitler. La dernière section de l’exposition se concentre sur son installation à Farley Farm House avec Roland Penrose et leur fils Antony.
L’exposition est rien de moins que passionnante et le catalogue d’exposition édité par la Tate Britain à l’occasion de l’exposition est repris, traduit et adapté par les éditions Paris Musées. Cet ouvrage de référence sur l’œuvre de l’artiste est disponible pour revivre une exposition ouverte jusqu’au 2 aout au MAM Paris.
[BD] Le Piéton de Lyon, de Didier Tronchet (Glénat)
Avec Le Piéton de Lyon, Didier Tronchet inaugure une nouvelle collection chez Glénat consacrée à la marche en ville et au regard de l’auteur de bande dessinée sur sa propre cité. L’exercice lui va comme un gant : depuis dix ans, il arpente Lyon deux fois par jour avec son chien Biloo, et ce sont précisément ces promenades patiemment répétées qu’il restitue ici, crayons et carnets en main.
Le principe de la collection « Le Piéton » est simple, et c’est ce qui en fait la force : laisser un dessinateur faire visiter sa ville comme on inviterait un ami chez soi. Pas de circuit balisé, pas de check-list de cartes postales, mais des chemins choisis, des passages personnels, des coups d’œil qu’on ne trouve pas dans les guides. La balade démarre au pied de la cathédrale Saint-Jean, dans le Vieux Lyon, puis grimpe et contourne la colline par ses ruelles les plus discrètes — la rue Mourguet et son minuscule café-théâtre, la place de la Trinité, l’impasse Turquet où se pressent les plus vieilles maisons de la ville. On bascule ensuite vers la Guillotière, on flâne sur les berges du Rhône (en passant par sa plage cachée), avant de remonter sur les pentes de la Croix-Rousse et de longer la Saône jusqu’à l’île Barbe.
Ce que Tronchet aime à Lyon, et qu’il rend palpable au fil des planches, ce sont les innombrables passerelles, les couleurs changeantes, l’effervescence et l’épaisseur historique de chaque coin de rue. L’album mêle aquarelles, croquis pris sur le vif, parenthèses inattendues et textes courts. À mi-chemin du carnet de voyage, du journal dessiné et de la chronique urbaine, l’objet se prête tout autant à la lecture continue qu’au feuilletage attentif. Un plan dessiné permet d’ailleurs au lecteur de refaire chaque itinéraire à son tour : repère pratique discret qui assume ce que la collection a d’invitatif. On retrouve dans ce projet plusieurs obsessions de Tronchet : le goût du quotidien, l’attention portée aux silhouettes anonymes, l’humour sans grimaces et cette manière particulière de transformer l’observation du banal en récit attachant.
À noter que la collection démarre en duo : Le Piéton de Bordeaux, signé François Ayroles, paraît le même jour ; Nantes est également annoncée par Glénat. Une promesse de cartographie sentimentale à plusieurs voix qui mérite d’être suivie.
À recommander aux Lyonnais, bien sûr, qui devraient retrouver leur ville avec un sourire en coin, mais aussi à toute personne sensible au carnet de voyage urbain, à l’art du croquis sur le motif, et à cette tradition de la flânerie où l’on prend le temps de regarder ce que l’on traverse d’habitude sans le voir. Une jolie façon d’entrer dans Lyon par la petite porte – c’est-à-dire par la bonne.
A lire !
Résumé éditeur :
Des balades pas comme les autres : (re)découvrez Lyon à travers les yeux d’un dessinateur de BD !
Bienvenue à Lyon. Didier Tronchet, habitant et amoureux de Lyon, arpente deux fois par jour cette ville grâce à son chien Biloo… Dix années de promenades lui ont permis d’aiguiser son regard et ses crayons. La balade commence au pied de la cathédrale Saint-Jean, dans le Vieux Lyon, avant de grimper et contourner la colline par ses ruelles secrètes. On croise la rue Mourguet et son minuscule café-théâtre, la place de la Trinité ou l’impasse Turquet qui abrite les plus vieilles maisons. Puis cap sur la Guillotière, avant une halte bien méritée sur les berges du Rhône sans oublier sa plage cachée. En face, se dressent les pentes de la Croix-Rousse, les berges de la Saône jusqu’à l’île Barbe. Ce que Didier aime à Lyon ? Ses innombrables passerelles, ses couleurs changeantes, ses ambiances différentes à chaque coin de rue, cette effervescence et son histoire. Entre croquis, parenthèses inattendues, textes et émotions, l’artiste nous entraîne dans ses quartiers secrets, ses cafés préférés et ses monuments revisités. Loin des guides touristiques classiques, ce premier album nous offre des moments de vie, de petites et grandes histoires pour croquer Lyon et s’y perdre autrement.
Extrait de la BD :
Date de parution : 6 mai 2026 Scénario : Didier Tronchet Dessin : Didier Tronchet Éditeur : Glénat Collection : Le Piéton Format / Pages : 19,8 × 26,6 cm – 136 pages
[WEBTOON] Tears on a Withered Flower – Tome 1, de Gae (Kbooks)
Avec Tears on a Withered Flower, Gae s’inscrit dans cette veine de romance adulte coréenne qui préfère les blessures intimes aux effets spectaculaires. Une femme prisonnière d’un quotidien misérable, se trouve écrasée par les dettes et enfermée dans un mariage qui s’effondre. Hae Su n’est pas une héroïne idéalisée : elle apparaît usée, humiliée, presque à sec intérieurement. L’arrivée de Tae Ha, homme énigmatique qui semble chercher son affection avec une insistance troublante, ne sert pas seulement de moteur sentimental. Elle agit aussi comme une faille dans un quotidien verrouillé, comme la possibilité d’un déplacement émotionnel dont on ne sait pas encore s’il sera salvateur ou dangereux.
Le récit joue justement sur cette ambiguïté. Tears on a Withered Flower ne vend pas une simple histoire d’amour réparatrice. Il met en scène une attirance, un trouble, une tentation, mais aussi un déséquilibre. Ce qui intéresse Gae, à première vue, c’est moins la romance pure que la fragilité d’un cœur épuisé au moment où quelque chose recommence à battre.
Visuellement, le webtoon s’appuie sur une esthétique élégante et émotionnelle, où les regards, les silences et les atmosphères comptent autant que les dialogues. Le style met en valeur la tension affective, l’usure intérieure et la beauté presque irréelle de certains personnages. Cette sophistication graphique accompagne bien le propos : elle donne au drame intime une sensualité diffuse, sans gommer la noirceur du fond.
Le titre paraît ainsi rejoindre une tendance actuelle du webtoon romantique adulte : des histoires sentimentales traversées par la violence sociale, la dépendance affective, la honte ou la reconstruction. Là où d’autres œuvres cherchent le pur fantasme, Tears on a Withered Flower préfère une forme de trouble, en plaçant son héroïne dans une zone de vulnérabilité permanente.
Ce premier tome a donc de quoi intriguer. Par sa mélancolie, son héroïne cabossée, son aura de romance interdite et sa mise en scène soignée, il ouvre une histoire qui paraît moins raconter un coup de foudre qu’un lent réveil affectif au milieu des décombres. Une entrée en matière prometteuse pour les lecteurs de romances adultes plus sombres et plus émotionnelles.
Résumé éditeur :
Après The Broken Ring, découvrez une nouvelle romance adulte chez KILY ! Un appartement miteux, une dette abyssale, un mariage chaotique. Le quotidien morose de la studieuse Hae Su sera-t-il métamorphosé par un jeune homme qui semble désespérément rechercher son affection ? Tears on a Withered Flower a été lu 2 693 millions de fois et compte plus de 16 000 commentaires en ligne. Hae-su est piégée dans un mariage malheureux. Du haut de ses trente-trois ans, elle travaille sans relâche pour rembourser les dettes de son mari et régler les frais médicaux de son fils. Mais à la beauté d’amour alors que son cœur se fane, elle fait la rencontre de Tae-ha, un mystérieux jeune homme à la beauté d’une fleur.
Date de parution : 16 avril 2026 Auteur : Gae Éditeur : Kbooks Collection : K!books Kill Format / Pages : 240 pages
[MANGA] Smother Me – Tomes 1 & 2, de Hiroshi Shimomoto (Glénat)
Avec Smother Me, Hiroshi Shimomoto propose une duologie courte, brutale et étonnamment sensible, qui prend la forme d’un thriller criminel pour mieux raconter une enfance fracassée. En seulement deux volumes, le manga construit un univers sale, nerveux, tendu, où la violence n’est jamais décorative : elle façonne les êtres, déforme les liens et empêche toute innocence de survivre intacte.
Le point de départ du premier tome impose immédiatement sa dureté. Akio, vendu par sa mère, rebaptisé Serpent, est devenu à treize ans un tueur à gages. Mais derrière cette prémisse radicale, Smother Me ne cherche pas à fabriquer un simple anti-héros spectaculaire. Le manga s’intéresse au contraire à ce qui subsiste chez cet adolescent d’humanité, de culpabilité et de fragilité. Les souvenirs de ses victimes le hantent, et sa rencontre avec Lynne vient déplacer le récit vers autre chose qu’une seule mécanique de survie. Le deuxième tome transforme alors cette tension intime en véritable affrontement final. Les trajectoires se resserrent, les lignes de fracture deviennent plus nettes, et le récit gagne en intensité dramatique. Là où le premier volume installait un climat, le second pousse les personnages au bord de leurs contradictions.
Ce qui rend l’ensemble convaincant, c’est précisément cet équilibre entre noirceur et vulnérabilité. Hiroshi Shimomoto ne romantise jamais complètement son univers. Il met en scène des figures cabossées, parfois monstrueuses, mais laisse toujours filtrer une faille, une hésitation, une possibilité de rédemption ou d’effondrement. C’est cette instabilité morale qui donne au diptyque sa véritable force.
Graphiquement, Smother Me affirme une identité très singulière. Le trait est rugueux, nerveux, expressif, avec une énergie visuelle qui déborde parfois les codes habituels du manga commercial. On y sent une proximité avec certaines sensibilités venues du comics ou du roman graphique, sans que l’œuvre perde pour autant sa grammaire manga. Cette matière graphique participe pleinement au malaise, à la tension et à la singularité du récit.
Le format court joue ici en faveur de la série. En deux tomes, Shimomoto va à l’essentiel, sans dilution ni relance artificielle. Le récit conserve ainsi une densité appréciable et une vraie cohérence d’ensemble. Smother Me n’a pas l’ambition de bâtir une grande fresque criminelle : il préfère frapper vite, fort, et laisser une impression durable.
Au final, ces deux volumes composent un thriller âpre et atypique, porté par une vraie personnalité visuelle et par une tension dramatique constante. Une duologie brève, mais loin d’être mineure, qui confirme l’émergence d’un auteur à suivre de près.
Résumés éditeur :
Tome 1
Le jour où Akio a été vendu par sa mère, il a dû abandonner son nom. Aujourd’hui, il s’appelle Serpent, il a treize ans, et il est tueur à gages. Alors que le souvenir de ses victimes hante régulièrement ses rêves, il fait la rencontre de Lynne, une jeune aveugle. Désireux de gagner l’argent nécessaire à l’opération des yeux de celle-ci, il accepte une mission particulièrement dangereuse…
Tome 2
Singe et Moreh ont vu leurs chemins se séparer à la mort du père de ce dernier. Là où la première cherche depuis à mener sa vengeance en s’imposant comme maîtresse absolue de Détroit, le second pense que ce n’est qu’en mettant un terme aux agissements de Singe qu’il permettra à son père de reposer en paix. Impliqué malgré lui dans cette confrontation, Akio se retrouve dans le château de Singe avec un choix crucial à faire, tandis que Moreh recrute Lynne pour mener l’assaut final…
Date de parution : 22 avril 2026 Auteur : Hiroshi Shimomoto Éditeur : Glénat Collection : Seinen Format / Pages : 202 pages par tome
Avec Salomé, Alice Bienassis signe une bande dessinée documentaire qui entend redonner un nom, une histoire et une épaisseur humaine à ce qui pourrait sinon rester un simple chiffre dans les statistiques des féminicides. Le projet est fort, frontal, nécessaire. Mais sa singularité tient aussi à la manière dont il articule enquête de terrain, récit personnel et réflexion politique, sans jamais perdre de vue la violence concrète du sujet.
Le point de départ est glaçant : lors d’un collage, l’autrice découvre que sa ville natale a été le théâtre du centième féminicide de l’année 2019. À partir de là, Salomé se construit comme une tentative de réparation symbolique. Il ne s’agit pas de parler à la place, ni de réduire une femme assassinée à sa disparition, mais de comprendre ce qui a rendu ce drame possible, puis ce qui, autour de lui, a failli.
L’album semble ainsi déplacer son centre de gravité. Il ne se contente pas d’exposer un fait divers tragique : il enquête sur tout ce qui l’entoure. Militantes, associations, avocat.e.s, dispositifs d’accompagnement, insuffisances institutionnelles, inerties administratives ou judiciaires : Alice Bienassis met au jour un système où les violences faites aux femmes ne sont pas seulement des drames individuels, mais aussi des échecs collectifs. C’est ce qui donne à l’ouvrage sa portée. Salomé n’est pas une BD à thèse au sens étroit. C’est un livre qui relie l’intime au structurel, le cas particulier à un cadre social plus large. Il rappelle que derrière chaque féminicide se trouvent aussi des signaux ignorés, des protections insuffisantes, des alertes mal entendues, des institutions défaillantes.
Le dessin, poétique malgré la dureté du propos, joue un rôle central dans cet équilibre. Il ne s’agit pas de lisser la violence, encore moins de l’esthétiser gratuitement, mais de trouver une forme juste pour rendre visible l’absence, la mémoire et la douleur sans écraser le lecteur sous une démonstration sèche. Cette retenue peut faire la différence sur un sujet aussi difficile. Alice Bienassis s’inscrit ici dans une tradition de bande dessinée documentaire engagée, mais avec une voix qui semble très personnelle, nourrie par son travail antérieur autour des violences sexistes et de la relation entre vécu intime et enjeux collectifs. Cela donne à l’ensemble une cohérence politique forte, sans empêcher le livre de rester incarné.
Au final, Salomé est une œuvre de témoignage et d’enquête importante, lucide et habitée, qui cherche moins le choc que la compréhension et la mise en lumière. Une bande dessinée qui peut compter, parce qu’elle refuse précisément que l’on s’habitue à compter.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Alice Bienassis enquête sur Salomé, centième féminicide de 2019 et révèle, ainsi, les dysfonctionnements d’un système institutionnel dans la prise en charge des femmes victimes de violences en France. Lors d’un collage, Alice découvre le nom de sa ville natale, théâtre du centième féminicide de l’année. Carnet en main, elle mène une enquête de terrain pour faire de Salomé autre chose qu’un chiffre dans un décompte morbide et interroge militantes, associations et avocat.e.s qui tentent de pallier les graves manquements de nos institutions.
Date de parution : 23 avril 2026 Auteure : Alice Bienassis Éditeur : Delcourt Collection : Encrages Format / Pages : 232 pages
[MANGA] Le Dernier Écrivain – Tome 1, de Chitose Akai (Glénat)
Avec Le Dernier Écrivain, Chitose Akai s’empare d’un sujet très contemporain — la place de la création humaine à l’ère de l’intelligence artificielle — pour en faire un récit de science-fiction étonnamment intime. Derrière son postulat d’anticipation, le manga ne cherche pas d’abord l’esbroufe technologique : il s’intéresse surtout à ce que devient un homme, un style et une sensibilité dans un monde qui n’attend plus rien d’eux.
Yagura Sugai, écrivain autrefois inconnu, se réveille après cent ans de cryogénie dans une société où les romans sont désormais produits par l’IA. Le paradoxe est cruel : celui qui n’avait pas trouvé sa place de son vivant est devenu, avec le temps, une figure littéraire consacrée. Cette reconnaissance tardive n’a pourtant rien d’un triomphe. Elle agit au contraire comme un décalage mélancolique, presque vertigineux.
À cette idée déjà stimulante s’ajoute un moteur plus émotionnel : la lettre de son ancienne petite amie, supposée disparue depuis longtemps. Dès lors, Le Dernier Écrivain ne se contente plus d’opposer l’homme à la machine. Le manga prend la forme d’une quête, à la fois sentimentale et artistique, où écrire redevient un acte profondément personnel. L’écriture n’est plus ici un simple métier ni même un statut : elle devient une manière de retrouver un lien, une trace, peut-être une vérité.
Graphiquement, l’approche va dans le même sens. Le trait, sobre et sensible, accompagne la tonalité introspective du récit. L’atmosphère n’est pas celle d’une science-fiction spectaculaire, mais d’un futur légèrement désincarné, où le sentiment d’étrangeté naît surtout du vide laissé par la disparition du geste humain. Ce premier tome séduit ainsi moins par la promesse d’un grand thriller technologique que par sa manière de croiser réflexion contemporaine, émotion et mélancolie. Le Dernier Écrivain ouvre une piste stimulante : celle d’un manga de science-fiction qui parle autant du futur que de ce qu’il reste d’irréductiblement humain dans l’acte de créer.
Un lancement intrigant, élégant, dans l’air du temps, qui trouve sa force dans sa capacité à faire résonner un débat très actuel avec une histoire profondément personnelle.
Résumé éditeur :
Dans un futur où l’IA générative est devenue la norme, Yagura Sugai, un écrivain autrefois inconnu, se réveille après un sommeil cryogénique de cent ans. À sa grande surprise, il découvre qu’il est désormais considéré comme un écrivain nationalement célèbre. Une lettre inattendue lui parvient : elle provient de son ancienne petite amie, supposée décédée depuis longtemps. Serait-il possible que cette dernière soit toujours en vie ? Il décide alors de se consacrer à une nouvelle mission : écrire personnellement un roman qui la toucherait à nouveau.
Date de parution : 22 avril 2026 Auteur : Chitose Akai Éditeur : Glénat Collection : Seinen Format / Pages : 192 pages
[BD FANTASY] Sorciers et Bourbiers – Le Colosse rouge, d’Alex Chauvel & Léa German (Delcourt)
Avec Sorciers et Bourbiers – Le Colosse rouge, Alex Chauvel et Léa German ouvrent un univers de fantasy qui cherche d’emblée à se distinguer par son ton et son décor. Ici, pas de nobles citadelles majestueuses ni de quête héroïque trop sage : la magie se mélange à la boue, les chevaliers croisent des sorcières, les bandits n’ont rien de folklorique, et l’ensemble avance dans une ambiance de cape et d’épée sale, volontiers décalée.
La promesse du livre est séduisante parce qu’elle joue sur le mélange entre un western, un buddy movie, un film de samouraï et une France médiévale revue dans un décor bourbeux. Cette hybridation donne au projet une personnalité certaine. On y trouve un monde plus rude, plus drôle, plus imprévisible aussi. Le point de départ, lui, repose sur une alliance forcée. Gaillandine, sorcière indépendante traquée par la loi, et Yvain, chevalier errant se faisant passer pour un ménestrel, décident de s’associer pour sortir de prison. À partir de cette base plutôt classique, le récit semble ajoute un peu de sel avec l’intervention d’un commandeur impitoyable, un colosse revenu à l’état sauvage et une veuve déterminée à tout pour le retenir.
Visuellement, le projet mise sur l’énergie et la couleur. Léa German apporte à cet univers une expressivité qui tranche avec la noirceur attendue du décor. Cela crée un contraste intéressant bien que la lisibilité ne soit pas toujours optimale. Le Colosse rouge pourrait ainsi séduire ceux qui aiment les récits d’aventure à l’ancienne, à condition qu’ils soient réinventés avec assez de personnalité pour éviter le simple exercice de style.
Au final, Sorciers et Bourbiers – Le Colosse rouge a tout du lancement intrigant : un univers de fantasy original, des personnages bien campés, un goût pour les mélanges de genres et une vraie envie de raconter. Un album qui pourrait bien trouver sa place parmi les nouvelles propositions de la fantasy grand public.
Extrait de la BD :
Résumé éditeur :
Découvrez un nouvel univers de cape et d’épée peuplé de personnages hauts en couleur tels que des chevaliers, des sorcières et des bandits sans foi ni loi, où la magie se mêle à la terre et à la sueur. Un univers qui mélange ambiance de western à la buddy cop movie au film de samouraï, le tout dans un décor boueux de France médiévale. Gaillandine, sorcière indépendante poursuivie par la loi, et Yvain, chevalier errant se faisant passer pour un ménestrel, décident de s’associer pour sortir de prison. Ensemble, ils devront affronter le commandeur Albéric de Mortemer, moine-soldat incorruptible, Raban de Thuringe, guerrier colossal revenu à l’état sauvage et Ida Trencavel, jeune veuve prête à tout pour le rester.
Date de parution : 23 avril 2026 Auteurs : Alex Chauvel & Léa German Éditeur : Delcourt Collection : Terres de Légende Format / Pages : 96 pages
[MANGA] Astro Royale – Tome 3, de Ken Wakui (Glénat)
Avec Astro Royale – Tome 3, Ken Wakui entre franchement dans la zone de turbulence. Après deux premiers volumes consacrés à installer son univers, ses rivalités et ses règles du jeu, ce troisième tome resserre tout : les enjeux, les affrontements, les rapports de force. Le manga prend alors une direction plus frontale, plus nerveuse, presque plus brutale. Hibaru et ses alliés ne sont plus dans la découverte ou dans l’esquive, mais dans la confrontation directe. Le récit avance vite, sans perdre de vue ce qui fait tenir la série : derrière les coups échangés et les démonstrations de force, il reste toujours une question de loyauté, de transmission et de place à occuper dans un monde en ruine.
Ken Wakui reste fidèle à ce qui a fait son succès : un sens très lisible du rythme, des personnages immédiatement identifiables, et une capacité à faire monter la tension émotionnelle au cœur même de l’action. L’efficacité des scènes de combat ne masque jamais complètement la fragilité des personnages. C’est même ce contraste qui donne à la série son énergie particulière.
Graphiquement, Astro Royale poursuit sur une ligne claire et percutante. Le découpage privilégie l’impact, les visages portent fortement les affects, et les scènes d’affrontement cherchent moins la sophistication que l’efficacité immédiate. Cette frontalité convient parfaitement à une série qui joue sur l’urgence, la rivalité et la déflagration.
Ce troisième volume confirme ainsi la nature du projet : un shonen de baston, certes, mais traversé par une vraie dramaturgie de clan. Plus qu’un simple manga de pouvoirs, Astro Royale construit une guerre de succession sous adrénaline, où chaque combat vaut autant pour sa violence que pour ce qu’il révèle des personnages.
Un tome de bascule, énergique et tendu, qui assume pleinement le mélange entre fureur surnaturelle et tragédie familiale.
Résumé éditeur :
Yakuza, météorites et super-pouvoirs !Torazo est arrivé à la rescousse in extremis. La défaite évitée, Hibaru et ses compagnons se jettent tous en même temps dans la bataille pour faire face au puissant astro de Shio. Hibaru finit par lancer un coup de poing à 100 % de sa force mais le coup parviendra-t-il seulement à atteindre son frère ?Kongo Yotsurugi, chef du clan Yotsurugi, un groupe de yakuzas d’Asakusa, est décédé. Hibaru, son unique enfant biologique, se retrouve dans un conflit pour la succession du clan avec ses frères et sœurs adoptifs. C’est alors qu’à la suite d’une pluie de météorites, les gens voient s’éveiller en eux un mystérieux pouvoir appelé “astro”…
Date de parution : 22 avril 2026 Auteur : Ken Wakui Éditeur : Glénat Collection : Shonen Format / Pages : 192 pages
[Comics] Ghost Pepper – Tome 1, de Ludo Lullabi (Delcourt)
Avec Ghost Pepper, Ludo Lullabi lance une série qui assume d’emblée son goût pour le mouvement, le dépaysement et l’énergie visuelle. L’album prend place dans un monde post-apocalyptique où l’humanité a survécu, mais semble avoir troqué une menace contre un ordre tout aussi inquiétant. Entre food truck itinérant, soldats humanoïdes, concurrence féroce et secrets capables de faire vaciller les croyances communes, le décor a de quoi intriguer.
Ce qui séduit d’abord, c’est la singularité de la promesse. Ghost Pepper ne se présente pas comme une simple aventure de survie. Au cœur de son univers, il y a Loloi, héroïne mobile et débrouillarde, qui traverse les villages à bord de son camion pour vendre ses plats épicés. Cette idée d’associer cuisine, route et chaos ambiant apporte une identité immédiate au récit, tout en donnant au récit un parfum de western futuriste.
La mécanique narrative change autour de la rencontre avec Ash, personnage mystérieux dont l’existence pourrait remettre en cause tout un ordre établi. À partir de là, le récit promet autant une montée en puissance de l’action qu’un déplacement des enjeux vers quelque chose de plus vaste : la croyance, le pouvoir, la possibilité d’un monde différent. Cette articulation entre aventure spectaculaire et bascule mythologique donne au projet une ambition réelle. Graphiquement, Ludo Lullabi joue sur un registre immédiatement identifiable. Son trait hérité du comics, nourri aussi par le manga et le jeu vidéo, privilégie l’impact, la lisibilité et le dynamisme. Tout semble pensé pour la vitesse, l’élan, la confrontation. Mais cette nervosité visuelle ne se réduit pas à la démonstration technique : elle participe pleinement à la construction d’un univers vivant, dense et très incarné.
Ce premier tome paraît ainsi fonctionner comme une carte de visite ambitieuse. Ludo Lullabi y injecte manifestement son goût pour les grands mondes, les héroïnes fortes, les affrontements spectaculaires et les imaginaires hybrides. L’ensemble peut parler autant aux lecteurs de bande dessinée franco-belge qu’aux amateurs de comics d’action ou d’univers issus de la culture pop contemporaine.
Là où Ghost Pepper marque durablement, c’est dans sa capacité à faire émerger, derrière le spectaculaire, un monde avec ses croyances, ses tensions et ses zones d’ombre. Un tome d’ouverture qui mise sur l’efficacité, mais qui semble déjà préparer une montée en puissance plus large.
Résumé éditeur :
Comme un goût de cendres… Ludo Lullabi nous entraîne dans une saga d’action portée par une équipe hors du commun, confrontée à une concurrence féroce, à des soldats humanoïdes censés les protéger… et à des piments mortels ! Dans ce monde où tous vénèrent Bataar, sauveur et garant de l’ordre établi, Loloi voyage de village en village à bord de son food truck, Le Litchi, pour vendre ses plats épicés à une clientèle conquise par ses talents culinaires. La tranquillité de sa routine vacille le jour où elle sert l’une de ses spécialités à Ash. Ce mystérieux personnage est sensible à l’ingrédient secret des recettes de la jeune femme, et son existence-même pourrait faire s’effondrer les croyances communes, libérer les peuples… ou précipiter le monde dans le chaos.
Date de parution : 23 avril 2026 Auteur : Ludo Lullabi Éditeur : Delcourt Collection : Contrebande Format / Pages : 176 pages
Avec Fables bucoliques autogérées, Popolitique transforme le vivant en vaste théâtre politique. Animaux, plantes, planctons et créatures en tous genres y réfléchissent, débattent, contestent et s’organisent comme les humains, dans une suite de récits courts qui empruntent autant à la fable qu’au dessin de presse et à la satire sociale. Le projet a quelque chose de réjouissant : derrière son apparente fantaisie, il vise frontalement les idées reçues, les dominations et les réflexes idéologiques de notre époque.
Le principe est simple, mais il ouvre un terrain de jeu très large. Des loups déconstruisent le mythe du mâle alpha, des poules regrettent un passé fantasmé, des fourmis rêvent d’émancipation, tandis que l’ensemble du vivant cesse d’être un simple décor pour devenir un véritable acteur politique. En déplaçant les débats humains vers le règne animal ou végétal, Popolitique crée un effet de décalage qui permet à la fois de faire rire et de pointer l’absurdité de bien des postures contemporaines.
L’intérêt de l’album tient précisément à cette tension entre légèreté et charge critique. Fables bucoliques autogérées ne se contente pas d’aligner des gags à message. Le livre semble plutôt chercher une forme de satire mobile, où l’humour devient une manière de regarder autrement les rapports de force, les discours dominants et notre manière très humaine de projeter nos catégories sur le reste du vivant.
Graphiquement, l’album paraît assumer une simplicité très lisible, presque affichée, qui sert bien le projet. Les formes sont claires, les situations immédiatement compréhensibles, et l’ensemble repose sur une efficacité d’impact plus que sur la démonstration visuelle. Ce choix renforce la parenté avec le dessin d’actualité, tout en gardant une vraie identité d’album.
Ce qui peut séduire ici, c’est aussi la cohérence d’une voix. Popolitique arrive avec un univers déjà identifié, nourri par les réseaux sociaux et par une sensibilité politique très marquée. L’album prolonge cette démarche en lui donnant une forme plus ample, plus construite, sans perdre son mordant ni son goût pour le renversement.
Au final, Fables bucoliques autogérées est un objet hybride, entre BD d’humour, fable satirique et commentaire politique. Un album qui cherche moins à rassurer qu’à bousculer, et qui pourrait bien trouver sa force dans cette capacité à faire sourire tout en grattant là où ça pique.
Résumé éditeur :
Les Fables bucoliques autogérées invitent à imaginer ce qu’il se produirait si tout ce qui constitue le vivant, les animaux, les plantes, se mettait à réfléchir, parler et se comporter comme les êtres humains. Des planctons imaginent en quel plastique ou hydrocarbure ils seront transformés. Des loups déconstruisent le mythe du mâle alpha. Des poules se mettent à penser que c’était mieux avant, quand elles étaient de gros dinosaures. Et les fourmis sont bien entendu marxistes et rêvent du grand soir. À travers ces fables, tous les êtres vivants deviennent enfin des acteurs politiques, au sens large. Et les humains risquent de regretter l’époque où ils étaient les seuls maîtres à bord.
Date de parution : 23 avril 2026 Auteur : Popolitique Éditeur : Delcourt Collection : Pataquès Format / Pages : 60 pages
[ALBUM JEUNESSE] Frère et Sœur quoi qu’il arrive…, d’Antoine Guilloppé & Margaux Zinsner (Gautier-Languereau)
Avec Frère et Sœur quoi qu’il arrive…, Antoine Guilloppé et Margaux Zinsner s’attaquent à un sujet universel de la petite enfance : les liens entre frère et sœur, faits de disputes, de jalousies, de jeux partagés et d’un attachement qui résiste à tout. L’album ne cherche pas la grande leçon ni le discours psychologique appuyé. Il préfère la douceur du quotidien, les petites scènes vraies et cette évidence affective qui traverse toutes les fratries.
Le livre suit Gaston et sa grande sœur Louison, deux enfants qui se chamaillent autant qu’ils s’adorent. C’est précisément ce mélange qui fait son charme. L’album rappelle avec justesse qu’aimer son frère ou sa sœur n’empêche ni les tensions ni les bouderies. Au contraire : la relation fraternelle est faite de mouvements contraires, d’élans de complicité comme de petites rivalités, et c’est ce désordre-là que le livre embrasse avec tendresse.
Le texte d’Antoine Guilloppé va à l’essentiel. Il privilégie une écriture simple, accessible, mais suffisamment sensible pour parler autant aux enfants qu’aux parents qui lisent à voix haute. Rien n’est surligné. L’émotion passe par des situations reconnaissables, par des gestes, par une proximité immédiate avec le quotidien familial. C’est ce ton juste qui permet à l’album de toucher sans forcer.
Les illustrations de Margaux Zinsner jouent un rôle essentiel dans cette réussite. Elles installent un univers chaleureux, plein de rondeur et de lumière, où les expressions et les attitudes racontent presque autant que les mots. Le choix d’animaux anthropomorphes apporte une douceur supplémentaire, tout en conservant l’identification immédiate des jeunes lecteurs. L’ensemble dégage une vraie sensation de cocon.
L’intérêt de Frère et Sœur quoi qu’il arrive… tient aussi à son équilibre. L’album ne gomme pas les petits heurts de la vie en fratrie, mais il les réinscrit dans un cadre plus vaste : celui d’un lien profond, durable, construit dans le jeu, les bêtises et les histoires partagées. Cette manière de reconnaître les conflits sans en faire un drame donne au livre une tonalité apaisante et très juste.
Au final, Antoine Guilloppé et Margaux Zinsner signent un album tendre et rassurant, qui parle avec délicatesse de ce lien si particulier entre frères et sœurs. Un livre chaleureux, à lire en famille, qui devrait facilement trouver sa place dans les bibliothèques des petits.
Résumé éditeur :
Dans une fratrie, il y a des hauts, des bas, des petites tensions et de la jalousie parfois mais avant tout, beaucoup de rires et de joie ! Gaston et sa grande sœur Louison sont les meilleurs complices pour faire des bêtises et se raconter les plus belles des histoires.
Date de parution : 22 avril 2026 Auteurs : Antoine Guilloppé & Margaux Zinsner Éditeur : Gautier-Languereau Public : Dès 3 ans Format / Pages : 32 pages
[MANGA] La Guilde marchande de Pandémonia – Tome 2, de Kachou Hashimoto (Glénat)
Avec ce deuxième tome de La Guilde marchande de Pandémonia, Kachou Hashimotoconfirme l’originalité de sa proposition : une fantasy qui délaisse l’affrontement frontal au profit d’un principe bien plus inattendu dans le shonen — le commerce. Là où d’autres récits misent sur la puissance brute, la série choisit l’échange, la négociation et l’intelligence stratégique comme moteurs narratifs.
Lucciola et ses compagnons poursuivent leur route après leur première mission, mais se retrouvent confrontés à une menace singulière : un vaisseau fantôme dont l’équipage propose une transaction aux allures de piège. Derrière cette situation, le manga explore à nouveau son idée centrale : dans un monde dominé par les monstres, survivre ne dépend pas seulement de la force, mais de la capacité à comprendre les règles implicites qui régissent chaque rencontre.
Ce qui distingue véritablement la série, c’est ce renversement des codes. L’univers de Pandémonia reste brutal, presque darwinien, mais la réponse des protagonistes ne passe pas par la violence systématique. Le commerce devient ici une arme narrative, un moyen de désamorcer les conflits, mais aussi de révéler les rapports de pouvoir. Une approche rare dans le manga de fantasy, qui apporte une fraîcheur bienvenue.
Dans ce tome 2, les enjeux se précisent, l’univers s’élargit et les mécaniques du monde se dévoilent progressivement. Le lecteur comprend que chaque créature, chaque groupe, obéit à une logique propre, que Lucciola doit apprendre à décoder. Cette montée en complexité renforce l’intérêt de la série, qui dépasse le simple cadre de l’aventure pour proposer une véritable réflexion sur les échanges et les équilibres.
Graphiquement, Kachou Hashimoto s’inscrit dans les codes du shonen tout en conservant une certaine lisibilité. Les scènes d’action restent présentes, mais ce sont surtout les moments de tension et de négociation qui structurent le récit. Le découpage privilégie la clarté et l’efficacité, permettant de suivre sans difficulté les enjeux parfois subtils des dialogues.
Avec ce deuxième volume, La Guilde marchande de Pandémonia confirme son identité atypique. Une série qui détourne intelligemment les attentes du genre pour proposer une fantasy où la survie passe par l’échange plutôt que par la domination.
Résumé éditeur :
Face aux monstres, la victoire par l’échange plutôt que par la force !!Lucciola et ses compagnons sont sur le retour après s’être acquittés de leur mission auprès des harpies. Mais voilà qu’un vaisseau fantôme apparaît devant eux, son équipage leur proposant une transaction. Toutefois, le navire est connu pour amener les vivants à son bord afin de grossir ses rangs. Lucciola et ses compagnons, qui ne sont que de rang six, seront-ils à la hauteur ?Pandémonia, les terres où s’affrontent monstres et humains, où seule règne la loi du plus fort. Au cœur de ces affrontements se trouve la vaillante Lucciola Lunatria. Lorsque son chemin croise celui de Bilkis Draco, membre de la guilde des marchands, elle découvre un monde très particulier : celui du commerce avec les monstres.
Date de parution : 22 avril 2026 Auteur : Kachou Hashimoto Éditeur : Glénat Collection : Shonen Format / Pages : 192 pages
Comprendre la Chine – Ses valeurs politiques et économiques directrices
Il y a des livres qui racontent le monde, et d’autres qui tentent de l’expliquer. Comprendre la Chine appartient à la seconde catégorie. Sans effet de manche ni volonté de séduire, Hiria Ottino propose un texte rigoureux, presque didactique, qui s’attache à éclairer les fondations d’un système souvent perçu comme opaque.
L’ouvrage avance avec méthode. Il explore les institutions, détaille la Constitution, décrypte le rôle du Parti communiste chinois et s’attarde sur les mécanismes économiques qui ont accompagné la transformation du pays. Ce n’est pas un récit, mais une construction progressive, une cartographie intellectuelle qui permet au lecteur de se repérer dans un ensemble complexe.
Ce qui frappe, c’est la cohérence d’ensemble qui se dégage au fil des pages. Le modèle chinois apparaît ici comme un système pensé dans la durée, structuré autour de principes de continuité, de planification et d’adaptation. L’auteur ne cherche pas à convaincre, mais à exposer, laissant au lecteur le soin de se faire sa propre lecture. La densité du propos peut parfois demander une attention soutenue, mais elle est compensée par une volonté constante de clarté. Comprendre la Chine se lit ainsi comme un outil, presque un manuel, destiné à ceux qui souhaitent aller au-delà des discours simplifiés.
Pour le lecteur littéraire curieux des grands enjeux contemporains, ce livre offre une plongée dans l’architecture d’une puissance qui redéfinit peu à peu les équilibres du monde. Une lecture exigeante, mais éclairante.
Asura est un jeune quartet français aux instruments variés, entre rock atmosphérique et jazz, qui dévoile son premier album Calme Mont. L’album se veut une ode fascinante au temps et à la nature, porté par des musiciens experts.
Du jazz innovant
Le quartet Asura a été fondé à Paris en 2023. En furetant sur internet, j’ai découvert que les asuras sont des êtres démoniaques dans la mythologie de l’hindouisme, je ne le savais pas. Le quartet est composé du guitariste et compositeur Martin Arnoux, du saxophoniste soprano Pierre Thiot, du contrebassiste Octave Potier et du batteur Simon Jodlowski. Le groupe a remporté en 2024 le grand prix du jury de la 11ᵉ édition du tremplin Action Jazz. Le groupe s’ingénie à développer un langage jazz innovant en abrogeant les frontières entre les genres, inspiré par la nature et les grands espaces pour des compositions atmosphériques fascinantes. La musique se veut très contemplative avec des trames qui se rapprochent de l’improvisation pour de belles plongées dans l’instant présent. Le premier album Calme Mont déroute et fascine avec ses partis pris qui rappellent autant le rock progressif que le free jazz, comme dans le morceau titre Calme mont qui débute comme du Radiohead période Kid A avec son clavier qui rappelle le début d’Everything in the right place avant de s’étirer dans un jazz en liberté. Des morceaux bénéficient d’invités, comme Alexis Velet sur Equilibre ou Nina Gat sur le plus rythmé Carrousel (qui me fait penser par moments à du King Crimson) pour des suppléments d’âme qui interpellent. Le groupe s’est produit dans des clubs et festivals comme l’Anglet Jazz Festival, Éclats d’Emails, Jazz à Vienne, Pôle Culturel Evasion, Sunset Sunside et 38Riv’.
Ce premier album est une belle réussite, le live à la Méca enregistré le 27 février 2025 à l’OARA (Office Artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine) reprend les thématiques pour un très beau moment de musique.
Une École de danse d’une troublante modernité à la Comédie-Française, sur France 2
Il arrive que le théâtre ressuscite des œuvres qu’on croyait promises à l’oubli. Avec « L’École de danse », Clément Hervieu-Léger réalise précisément cela : redonner souffle à une comédie que Goldoni retira de l’affiche après deux malheureuses représentations. Un naufrage originel, devenu aujourd’hui matière à renaissance.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la douceur ferme avec laquelle le metteur en scène aborde cette pièce sans héros, sans grands coups d’éclat, où il se passe tout et rien à la fois. On pense à Tchekhov : la comédie naît ici de la vie même, de ces frictions quotidiennes entre un maître avare, Rigadon, incarné par un Denis Podalydès (parfait), aussi cruel que glaçant, et ses élèves intrépides, impatients d’émancipation.
« L’école de danse » devient microcosme : tout un monde social s’y reflète. Car Goldoni observe avec une acuité presque chirurgicale les forces qui traversent toute société artistique : le désir d’émancipation, d’abord, porté par ces jeunes élèves obstinés, qui rêvent moins de gloire que de liberté, liberté de créer, de choisir leur destin, de ne plus dépendre d’un maître tyrannique ou d’un protecteur capricieux.
Une école de la vie
La pièce met aussi à nu les rapports hommes-femmes : un monde où les femmes dansent, espèrent et négocient, tandis que les hommes — maîtres, impresarii, notaires, courtisans, structurent encore les règles du jeu. Mais Goldoni déjoue les places assignées : Giuseppina, Rosina ou Rosalba, loin d’être des ingénues, manient l’ironie, la stratégie et la clairvoyance sociale avec une intelligence mordante.
À travers elles, la pièce révèle comment chacun — homme comme femme — apprend à composer avec les mécanismes du jeu social : alliances opportunistes, petits mensonges, faveurs échangées, ambitions recuites.
Chacun cherche à survivre dans ce microcosme incertain, et c’est précisément là que la modernité de Goldoni surgit : dans sa manière de montrer que l’ascension sociale n’est jamais seulement affaire de talent, mais de finesse, de ruse, parfois de compromis. Au fond, cette école de danse est une école de la vie : un lieu où l’on apprend autant à s’élever qu’à se défendre, où l’art se confond avec la lutte pour exister.
Le geste fort de la mise en scène réside dans le glissement temporel vers le XIXᵉ siècle, sous l’ombre portée de Degas. Les tutus courts, les corps fragiles, les regards pesants : le sublime et la misère cohabitent, comme dans les pastels du peintre.
Le décor d’Éric Ruf, escalier avec son ascension et son échappatoire, parquets patinés, installe une élégance poussiéreuse et une vérité un peu brutale : celle d’un art qui exige, use, modèle les corps, élève aussi.
Mais pas question de ballet fictionnel. Hervieu-Léger, formateur à l’École de danse de l’Opéra, cherche la vérité du studio : échauffements, corrections, transpiration. Grâce au travail de Muriel Zusperreguy, les comédiens approchent la gestuelle réelle de la danse. En scène, le pianiste Philippe Cavagnat accompagne les exercices, glissant de Chopin à un standard de jazz : un réalisme presque documentaire.
Et pourtant, la pièce reste comédie. Vive, parfois cruelle, mais jamais pessimiste. Goldoni, observateur sociologue avant l’heure, interroge déjà les rapports de domination, les illusions de carrière, la quête de respectabilité des jeunes artistes. Ces thèmes trouvent aujourd’hui un écho troublant : on entend derrière les répliques les débats contemporains sur l’emprise, la précarité, les inégalités de sexe. Le rire se teinte d’une lucidité nouvelle.
La troupe excelle : Florence Viala en sœur frustrée en quête d’indépendance, Loïc Corbery en comte amoureux, Pauline Clément en stratège affûtée. Chacun habite ce studio de danse comme un lieu de survie autant que de rêve.
Avec « L’École de danse », Clément Hervieu-Léger signe une mise en scène discrètement politique : un théâtre qui montre comment l’art se fabrique, comment les corps s’y perdent et s’y retrouvent. Une pièce rarement montée, devenue ici le terrain d’une véritable déclaration d’intention. Un pari réussi.
Date : 8 mai 2026 sur France 2 à 22h25 Mise en scène : Clément Hervieu-Léger