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Les nouveaux murs de la Fondation Cartier : là où l’art devient territoire

À deux pas du Louvre, la Fondation Cartier pour l’art contemporain ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Le bâtiment signé Jean Nouvel, tout en transparence, accueille l’Exposition Générale, un manifeste poétique où art, science et mémoire se répondent. C’est un vaisseau de verre posé au cœur du Palais-Royal, à la fois aérien et tellurique. Jean Nouvel y rejoue sa grammaire de la lumière : parois translucides, reflets changeants, respiration maîtrisée. Le bâtiment n’impose rien — il accueille, il s’efface, il laisse le monde entrer. Le visiteur avance dans un flux continu, traversé par les ombres des arbres, le murmure de la ville, la rumeur du temps.
Jean Nouvel / ADAGP, Paris, 2025 – Photo Martin Argyroglo

Les nouveaux murs de la Fondation Cartier : là où l’art devient territoire

À deux pas du Louvre, la Fondation Cartier pour l’art contemporain ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Le bâtiment signé Jean Nouvel, tout en transparence, accueille l’Exposition Générale, un manifeste poétique où art, science et mémoire se répondent.

C’est un vaisseau de verre posé au cœur du Palais-Royal, à la fois aérien et tellurique. Jean Nouvel y rejoue sa grammaire de la lumière : parois translucides, reflets changeants, respiration maîtrisée. Le bâtiment n’impose rien — il accueille, il s’efface, il laisse le monde entrer. Le visiteur avance dans un flux continu, traversé par les ombres des arbres, le murmure de la ville, la rumeur du temps.

L’architecte tisse ici un pont entre l’héritage haussmannien et une audace muséale résolument contemporaine. Des plateformes mobiles, des passerelles, des volumes variables : la scénographie elle-même devient actrice du propos

Sous le titre « Exposition Générale », la Fondation orchestre une traversée de l’époque : un panorama du sensible à l’âge des flux. Les œuvres ne se répondent pas — elles cohabitent, comme dans un écosystème en équilibre.

La visite s’ouvre sur Diller Scofidio + Renfro & collaborateurs, et leur installation monumentale EXIT (2008–2025) : une projection circulaire de données mondiales — migrations, ressources, climat — où la cartographie devient vertige. Là, la statistique se fait image, la science devient récit : un monde saturé d’informations, mais vidé de présence.

Un peu plus loin, Sarah Sze renverse la gravité avec ses microcosmes suspendus — constellations d’objets, de fragments, d’écrans minuscules.

Une exposition-monde 

Chaque faisceau de lumière y devient un souvenir , chaque ombre, une particule de pensée. L’artiste new-yorkaise donne ici une matérialité à la dispersion du monde contemporain. Dans la salle suivante, James Turrell dépose une bulle de silence : un Skyspace reformulé pour le lieu, chambre de lumière où le spectateur se fond dans le ciel. Une œuvre qui ne se regarde pas — elle s’éprouve, entre concentration et disparition.

Face à elle, les architectures de papier de Junya Ishigami offrent l’exact contraire : la fragilité du geste, l’éphémère des structures, la beauté des matériaux pauvres. Puis viennent les sculptures en verre et acier d’Agnès Denes, cartographies géométriques de l’écologie et de la raison. Une présence sobre, presque utopique, qui rappelle que la pensée conceptuelle peut encore être poétique.

Et soudain, tout se calme. Au détour d’une passerelle suspendue, un océan de couleur : Dibirdibi Country (2008) de Sally Gabori, 300 × 500 cm d’acrylique pur, posé dans la lumière nord-ouest comme une nappe de mer intérieure. Les couleurs s’y imposent sans repère, comme les strates d’une mémoire liquide.

Née sur Bentinck Island, femme du peuple Kaiadilt, Gabori a commencé à peindre à plus de quatre-vingts ans pour recomposer, à la main, le territoire perdu de son enfance. Chaque couleur est une île, chaque geste un retour. Face à EXIT, qui mesure les mouvements du monde, Gabori les habite : elle peint la migration comme un souvenir et non comme un chiffre.

La scénographie signée Formafantasma accentue cette respiration. Les œuvres ne se succèdent pas : elles se répondent par la lumière. Dibirdibi Country flotte dans un halo de verre et d’air, entre les architectures de Nouvel et les projections de données — un point d’équilibre, une halte, un silence.

Parmi les quelque 500 oeuvres présentées dans l’Exposition Générale de la Fondation Cartier, une sélection de 10 ou groupe d’œuvres comme des points d’ancrage et repère de cette traversée.

1. EXIT, Diller Scofidio + Renfro et coll. — la cartographie du réel, entre données et vertige.
2. Timekeeper, Sarah Sze — la mémoire éclatée du monde numérique.
3. Skyspace, James Turrell — une architecture de lumière et de lenteur.
4. Airflow Pavilion, Junya Ishigami — le fragile comme structure.
5. Wheatfield – A Confrontation, Agnès Denes — la nature cultivée au cœur de la raison.
6. Waterfall, Olafur Eliasson — la nature augmentée, poétique et politique.
7. Tree of Codes, Olafur Eliasson et Wayne McGregor — la danse de la matière et du son.
8. Aquatic Language, Tomás Saraceno — le souffle et les réseaux.
9. Dibirdibi Country, Sally Gabori — la mémoire devenue mer.
10. The Living Planet, Formafantasma — design et écologie comme récit.

Ce que réussit la Fondation Cartier réinventée, c’est moins une exposition qu’une cohabitation sensible : la donnée y dialogue avec la lumière, la mémoire avec la technologie, le geste avec l’architecture. On sort avec le sentiment rare d’avoir traversé un espace où tout respire à la même fréquence — le visible, le vivant, le vulnérable. Avec ce nouvel lieu, la Fondation Cartier frappe fort et juste. Sous la verrière du Palais-Royal, le contemporain a retrouvé sa lumière — ni froide, ni théorique, mais profondément humaine.

 Dates : du 25 octobre 2025 au 23 août 2026 – Lieu : Fondation Cartier (Paris)

Un renard sous les étoiles (Milan)

Un renard sous les étoiles (Milan)

Les éditions Milan nous proposent un très joli conte sur l’hiver : Un renard sous les étoiles.
Un petit garçon a perdu son doudou au parc, Petit Renard. C’est alors que durant la nuit, un vrai renard vient chercher le petit garçon. Alors, il décide de suivre le vrai renard. Peut-être que grâce à lui, il retrouvera son doudou ?
Une chose est sûre : ensemble, ils vont vivre une aventure unique ! Les illustrations et le scénario de Rob Biddulph sont féériques. Entre rêve et réalité, une histoire de confiance et d’amitié qui réchauffe les coeurs !
Un renard sous les étoiles est un très bel album à offrir à nos petits dès l’âge de 4 ans !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Octobre 2025
Auteur : Rob Biddulph
Illustrateur : Rob Biddulph
Editeur : Milan
Prix : 13,90 €

Petites Misères de la vie conjugale, Balzac adapté avec humour et talent au Théâtre de Poche Montparnasse jusqu’au 1er février

Le Théâtre de Poche Montparnasse confie à Alice d’Arceaux et Pierre-Olivier Mornas le soin de raviver la verve du grand Honoré de Balzac avec un mélange d’humour et d’ironie qui fait mouche, l’audience n’a pas cessé de rire et sourire tout au long du spectacle, preuve que la pièce est à la fois pertinente et inventive.

De l’humour XIXe siècle très bien mené

Le grand Honoré imagine des scénettes acides pour souligner les turpitudes réelles ou imaginaires d’un couple bourgeois. Caroline et Adolphe sont le stéréotype du couple au XIXe siècle, installé, reconnu socialement, seulement il aimerait avoir l’air mais n’a pas l’air du tout. Le spectateur est mis dans la confidence, parfois par le mari, parfois par sa femme, preuve de l’existence d’un fossé qui se creuse irrémédiablement entre eux deux. La pièce montre l’envers du décor, au-delà du jeu des apparences, en montrant ce qu’il se passe en réalité, avec les mots délicats d’Honoré. Pas de vulgarité ni d’esclandre, tout est raffiné et subtil, et clairvoyant. Dans un temps où les problèmes de couple n’étaient jamais mis en avant, cette pièce ressemble à un guide de survie pour les ménages de toutes les époques, pas seulement pour le XIXe siècle. Les incompréhensions, les tensions jamais vraiment déclarées, les mensonges tus, l’hypocrisie bon teint. Même à notre époque actuelle où les conventions sociales ont bien changé, certains moments résonnent avec une étonnante acuité, c’est d’une surprenante actualité. Même le wokisme ne peut empêcher ni les élans du cœur, ni les compromissions, ni les petits arrangements bien compris. Et au final, la pièce convainc sans peine un public conscient de l’importance de cette petite lucarne temporelle ouverte sur les affres supposés de la vie de couple.

Petites misères de la vie conjugale est un petit bijou théâtral à ne pas manquer au Théâtre de Poche Montparnasse.

Synopsis: Aux mariés de tous les temps, aux célibataires forcenés, ce vivant passage en revue des déconvenues de la vie conjugale servira de guide salutaire ou d’exutoire complice ! Balzac nous introduit dans l’intimité de Caroline et d’Adolphe, prototypes du couple, dont il dissèque chaque aspect, tableau après tableau avec une ironie jubilatoire.  « Rira qui pourra ! » prévient-il à l’orée de cette intrépide entreprise, dont nous devenons les voyeurs privilégiés. À ce petit jeu de la vie à deux, qui aura le dernier mot ?

Détails:

REPRISE DU SPECTACLE DU 13 DÉCEMBRE AU 1ER FÉVRIER / DU MARDI AU SAMEDI À 21H ET LE DIMANCHE À 17H

« Figures in Extinction » : le choc crépusculaire de Crystal Pite et Simon McBurney

« Figures in Extinction » : le choc crépusculaire de Crystal Pite et Simon McBurney
Les danseurs du Nederlands Dans Theater – Photo Rahi Rezvani

« Figures in Extinction » : le choc crépusculaire de Crystal Pite et Simon McBurney

Entre danse et théâtre, la chorégraphe canadienne Crystal Pite et le metteur en scène britannique Simon McBurney signent une œuvre puissante et fébrile : « Figures in Extinction ». Une trilogie sur la disparition du vivant, interprétée par les danseurs du Nederlands Dans Theater, où la beauté se fait mémoire et le geste, acte de résistance.

La voix rocailleuse de Simon McBurney égrène la litanie des absents : oiseaux effacés, glaciers fondus, forêts disparues. Sur scène, les danseurs du NDT s’animent dans une lumière rasante, entre spasmes et suspensions. Crystal Pite ne cherche pas ici à représenter la nature perdue : elle en invoque la trace. Chaque geste devient un vestige, une empreinte dans le vide.

Avec « Figures in Extinction [1.0] », la danse se fait archéologie du vivant. Les corps s’enroulent, se plient, se redressent — gestes tendus d’un monde qui s’éteint mais persiste encore à respirer. La scénographie, dépouillée, n’a besoin de rien d’autre que de ces présences fragiles pour dire le deuil et l’urgence qui culmine.

Requiem d’une humanité fragile

Crystal Pite, fidèle à son écriture ample et ciselée, travaille sur les tensions du corps : contraction, relâchement, déséquilibre. Chaque geste semble animé par une mémoire antérieure, comme si la danse devenait le dernier refuge du vivant. Ce premier mouvement, d’une grande clarté formelle, allie la rigueur scientifique du constat à la poésie du rituel.

La force de « Figures in Extinction » réside dans la construction chorégraphique que Crystal Pite déploie avec une rigueur d’architecte et une sensibilité presque organique. Son vocabulaire, reconnaissable entre tous, repose sur une science du groupe : les danseurs du Nederlands Dans Theater ne forment pas une simple addition d’individus, mais un corps unique, mouvant, traversé de flux et de résistances.

Pite joue sur des dynamiques de densité et de dispersion : les corps s’agrègent en masses compactes, puis se désarticulent en éclats isolés, dessinant dans l’espace une respiration commune — une pulsation du vivant. Les transitions, d’une fluidité redoutable, alternent vitesse et suspension, chaos et exactitude. Chaque geste est articulé avec une précision chorale, presque mathématique, mais sans jamais perdre son humanité.

Les motifs récurrents — torsions d’épaules, portés suspendus, déséquilibres répétés — traduisent cette tension entre contrôle et effondrement qui traverse toute l’œuvre. Chez elle, la virtuosité ne sert jamais la démonstration : elle révèle la vulnérabilité du corps comme mémoire du monde. Ainsi, dans cette pièce, la danse devient une forme d’intelligence sensible, une écriture du collectif en tant qu’écosystème.

La deuxième partie, « But Then You Come to the Humans », bascule vers la parole. McBurney s’empare de la scène avec son goût du verbe et de la complexité : inspiré du neuroscientifique Iain McGilchrist, le texte questionne la fracture entre nos deux hémisphères — entre raison et intuition, domination et attention. Les danseurs, absorbés par leurs téléphones, rejouent le désordre d’un monde saturé de signes.

La danse se fait fragmentée, traversée d’interruptions et de gestes nerveux. La confusion est voulue, presque ironique : c’est le miroir sans fard de notre époque — brillante, bavarde, débordée d’elle-même.

« Requiem », la dernière partie, est une méditation chorégraphique sur la mort, le deuil, la continuité entre les vivants et les disparus. Le plateau évoque un service d’hôpital : un lit, un corps qu’on veille. La mort comme un écho intime, mais aussi collectif.

Sous la lumière sensible de Tom Visser, les danseurs se rassemblent, se soutiennent, se portent. Mozart et Fauré glissent entre leurs souffles ; la virtuosité s’efface devant la tendresse du geste. Ce moment suspendu clôt la trilogie dans une sobriété bouleversante. Plus de discours, plus d’alerte : seulement une humanité nue, au seuil.

« Figures in Extinction » n’est pas une œuvre militante. C’est un acte de lucidité, où la beauté ne cherche ni à consoler ni à sauver, mais à regarder le monde en face. Les danseurs du NDT, d’une précision souveraine, incarnent cette tension entre force et fragilité. Ils font du corps un territoire de résistance, une archive du vivant.

Dans un monde saturé de discours, « Figures in Extinction » choisit le silence fécond. Un silence vibrant, obstiné, celui d’un art qui ne promet rien, mais qui continue à témoigner. Crystal Pite et Simon McBurney signent ici une œuvre essentielle à l’abri d’un geste dansé à la perfection aussi percutante que prégnante.

 Dates : du 22 au 30 octobre 2025 – Lieu : Théâtre de la Ville (Paris)
Création : Crystal Pite et Simon McBurney

Panic de BOPS, le meilleur album pop rock de l’année 2025, disponible depuis le 10 octobre (Howlin’ Banana, Ephelide)

L’album PANIC des rennais de BOPS marque un retour gagnant digne de leur statut de groupe indé triomphant. L’enregistrement de ce 3e album en 5 jours chronos marque l’urgence de leur projet, le tout au studio La Frette avec le producteur Samy Osta aux manettes dont le savoir faire n’est plus à prouver (La Femme, Feu! Chatterton). La spontanéité est mise en avant dans cet album ébouriffant d’intensité rock brute, il rappelle la qualité des albums rock des années 2000 quand il fallait un The devant le nom du groupe pour gagner en légitimité (The Music, The Hives, The Kills, The White Stripes…). Enregistré en mode live, l’album dispense une énergie peu commune dans 10 titres qui s’écoutent en boucle.

L’album pop rock de la saison

Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, BOPS (sans The, hélas) est un projet musical porté par 3 frères, Louis, Oscar et Germain Bop, en compagnie de leur ami Tom Beaudouin depuis 2022. Les 2 premiers albums arboraient une belle parure garage-pop défendus sur les scènes hexagonales et européennes avec une exubérance reconnue. Chanté en anglais, l’album PANIC montre une belle homogénéité et mélange des sonorités de piano droit, guitare acoustique, Juno, MS20 et boîtes à rythmes pour un univers sonore revigorant, avec toujours cette voix en avant qui rappelle avec bonheur Billy Corgan des Smashing Pumpkins ou Damon Albarn de Blur. Difficile de parler de l’album titre par titre tant l’enchainement des mélodies créée une unité globale dans une belle synergie pop ébouriffante. Comme dans les riches heures des années 60 et 70, l’album s’écoute de bout en bout, sans coupure, ça rappelle le temps des Beatles. Ce que confirme fort bien l’habitude de truffer les morceaux de plusieurs atmosphères consécutives, tantôt calme tantôt plus orchestral ou énergique, offrant un voyage musicale dans chaque plage sonore. Les orchestrations sont soignées avec un bel effet Mur du son qui remplit les oreilles et l’esprit. Le titre d’ouverture On the Sofa annonce la couleur, le chanteur prend des airs punk pour déclamer des paroles acides. Le second titre Crack of Dawn continue sur les mêmes bases pour un titre aux allures psychédéliques, avec des harmonies hypnotisantes, un titre qui pourrait convaincre une foule nombreuse dans une belle unanimité, la qualité des Beatles n’est pas loin. A riot se veut plus british, du côté de Blur et de la Brit Pop, comme pour Sustainable Life aux montées harmoniques tout aussi ensorcelantes. I am a slope débute comme un morceau de musique classique et vire très vite vers les Talking Heads, entre électro bidouillée et blague sonore, c’est un régal à écouter, surtout quand le morceau revient vers une pop sixties très Beatles voire Beach Boys si ce n’est Oasis avec la voix qui roule vers les tonalités de Liam Gallagher avec la profondeur d’une trompette dingue en fond sonore. Les plus attentifs reconnaitront une touche de Stupeflip qui fait plaisir, c’est un régal à écouter et réécouter. Seagulls continue dans la même veine, c’est de la pop atmosphérique qui fait penser à Oasis croisé avec Stereolab, avec une touche April March période Coral Bracelet. Et ça continue avec les 4 derniers morceaux, entre intime, au moins au début pour Barbass avant l’explosion finale, très Smashing Pumpkins avec ce gimmick inlassablement répété comme un mantra, Thank you for having us tonite. Vivement le concert parisien du 20 novembre pour écouter BOPS en live et rencontrer peut être les 4 loustics très doués pour échafauder un très bel objet pop.

C’est peu dire que cet album est un vrai coup de cœur, à écouter de toute urgence et à déguster. Ces garçons là peuvent avoir un bel avenir devant eux à n’en pas douter.

Art Basel Paris 2025 : le grand retour de la couleur sous la nef du Grand Palais

Art Basel Paris 2025 : le grand retour de la couleur sous la nef du Grand Palais
Une oeuvre de Dana Schutz © Courtesy of Art Basel

Art Basel Paris 2025 : le grand retour de la couleur sous la nef du Grand Palais

Sous la lumière d’octobre, Art Basel Paris 2025 transforme le Grand Palais en une cathédrale chromatique. Entre valeurs sûres et audaces contemporaines, la foire d’art la plus attendue de l’automne mêle l’éclat du marché à l’énergie vibrante et émergente. La couleur, valeur sûre de cette édition, s’impose comme un manifeste joyeux et endiablé.

Sous la verrière monumentale du Grand Palais, le premier choc est visuel. Les allées s’embrasent, les stands vibrent, les pigments s’échappent des toiles comme s’ils refusaient désormais toute pudeur.

Après des années de minimalisme glacé et de concepts cérébraux, la couleur fait sa révolution. Le visiteur est happé par cette vague chromatique : bleu Klein, vert acide, rose dragée, jaune solaire.

L’idée n’est plus de théoriser l’art, mais de le ressentir. Le visiteur est invité à plonger dans des atmosphères sensorielles, des espaces immersifs qui oscillent entre pop culture et rituel païen. On sent une volonté d’hypnotiser le regard — sans naïveté, mais avec un appétit neuf.

Les galeries historiques — White Cube, Perrotin, Gagosian — jouent la carte du spectaculaire maîtrisé, tandis que la section Emergence fait place à une génération d’artistes qui peignent, tissent, modélisent la matière avec une jubilation contagieuse.

Entre valeurs sûres et audaces contemporaines

Art Basel Paris ne se contente pas d’exposer : elle orchestre. Sous la nef, les valeurs sûres côtoient les audaces contemporaines. Georg Baselitz dialogue, presque par hasard, avec de jeunes talents comme Aurélia Zahedi ou Abdessamad El Montassir, dont les œuvres explorent les identités mouvantes et les héritages postcoloniaux.

Cette cohabitation volontaire brouille les hiérarchies : le marché s’ouvre à la porosité, et c’est tant mieux. Paris s’affirme ici comme un laboratoire de cohabitation créative.

Le Fonds d’art contemporain – Paris Collections s’y invite avec un discours engagé : ses acquisitions récentes posent la question de la mémoire et de la transmission. Une présence publique dans un temple du privé, comme un contrepoint salutaire

Art Basel déborde du Grand Palais. Le Programme Public transforme Paris en terrain d’expression : installations monumentales dans les Jardins des Tuileries, Place Vendôme, discussions au Petit Palais, interventions dans des galeries partenaires. On y parle d’écologie, d’inclusion, d’intelligence artificielle, de désir. Bref, de ce monde qui gronde sous les toiles.

Même Loïc Prigent s’en mêle, avec « Oh La La ! », un projet aussi chic que décapant qui marie art, humour et industries créatives. Un clin d’œil à la Parisienne, toujours entre élégance et excentricité.

Une édition 2025 donc colorée, généreuse, un peu fière — à l’image de la ville elle-même. Et l’on sort du Grand Palais avec cette impression tenace : que la couleur, cette année, n’est pas qu’une tendance. C’est une façon de réinventer le monde et de le voir encore plus grand. Banco !

 Dates : du 24 au 26 octobre 2025 – Lieu : Art Basel (Paris)

La comédie La vie, l’amour, les vaches à découvrir ou redécouvrir en 2 éditions Blu-Ray + DVD le 26 octobre 2025

L’acteur Billy Crystal interprète le personnage principal du film, il est un cadre stressé qui cherche à récupérer le fil de sa vie. Pour cela, il se décide à prendre la route de l’ouest américain, pour chercher le sens de la vie. La comédie est ultra sympathique et le principe de citadins fatigués qui réussissent à resserrer les liens de leur amitié distendue fait du bien. Le trio formé autour de Billy Crystal joue la carte de l’humour pince sans rire et ça fonctionne plutôt bien. Le film dégage des bonnes ondes er se révèle vraiment sympathique grâce à son trio d’acteurs chevronnés et des dialogues biens sentis qui font mouche. Daniel Stern et Jack Palance font des apparitions remarquées, surtout pour le second qui s’amuse à s’autoparodier. Les plus observateurs noteront également un jeune acteur appelé à une belle carrière à venir. Alors certes la réalisation est très classique et le scénario n’échappe pas à certains clichés bien voyants. Mais cette histoire de quadras empêtrés dans leurs crises existentielles est loin d’être désagréable, il faut parfois partir loin pour se retrouver et identifier le sens de sa vie, ce film en fait la démonstration avec brio. Il est à découvrir ou redécouvrir le 26 octobre dans ces 2 éditions Blu-Ray + DVD.

Synopsis: Mitch, Phil et Ed sont trois amis proches de la quarantaine, chacun traversant une crise existentielle. Après une escapade mouvementée à Pampelune pour les fêtes de San Fermin, Mitch rentre à New York avec un sentiment d’ennui profond et de vide grandissant. Lors d’une soirée, Phil et Ed lui présentent une brochure pour une aventure insolite : une expédition de deux semaines pour convoyer un troupeau de vaches du Nouveau-Mexique jusqu’au Colorado. Sur place, ils rencontrent Curly, un cow-boy rude et taiseux qui bouleversera leurs vies…

Gaspard et la maison dentée (Glénat jeunesse)

Gaspard et la maison dentée (Glénat jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse nous proposent une aventure extraordinaire en cette veille d’Halloween : Gaspard et la maison dentée.
Les histoires extraordinaires d’Aldebert racontent la vie de Gaspard. Depuis qu’il a déménagé, Gabriel a peur de rentrer tout seul chez lui car il doit passer devant une drôle de maison. Du coup, la bande des 4G le raccompagne. Jusqu’au jour où il décide d’aller, avec ses amis, visiter cette maison dentée, le soir d’Halloween. ils partent donc tous à la découverte de cette drôle de maison qui semble bien abandonnée. Et ce qu’ils vont y découvrir est tout simplement hallucinant !
Gaspard et la maison dentée est un album à lire, avec de très chouettes illustrations, et aussi à écouter sur toutes les plateformes de streaming ! En plus, c’est l’auteur lui-même, Aldebert, qui raconte l’histoire, avec une bande son géniale !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : octobre 2025
Auteur : Aldebert
Illustrateur : Florent Bégu et Maëlys Cantreau
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 12,90 €

Les Justes d’Albert Camus, une pièce comme un rappel historique, au Théâtre de Poche Montparnasse

Le Théâtre de Poche Montparnasse met en scène une pièce de théâtre en 5 actes d’Albert Camus représentée pour la première fois au théâtre Hébertot en 1949. La pièce montre 4 socialistes révolutionnaires sur le point de commettre un assassinat, et suite l’après attentat. La salle était pleine jeudi 23 octobre, preuve que même à une époque où internet et les influenceurs tiennent la plus haute place de l’information, beaucoup préfèrent de tourner vers une vraie réflexion politique et psychologique, ce qu’un auteur nobélisé et intense intellectuellement peut produire, avec l’aide de comédiens investis. La pièce situe un groupe de révolutionnaires socialistes cherchant à éliminer un traître du Parti, un grand duc représentant le système pré-révolutionnaire. Comme le dit Camus lui-même, son texte est inspiré d’événements historiques et de personnages réels ayant eu lieu en 1905, sa source étant le livre de Boris SavinkovSouvenirs d’un terroriste. Le jeu des comédiens concourt à un grand moment de théâtre politique, entre doutes, prétendues convictions et intangibles convictions. Les directives données par la direction du parti révolutionnaire semblent dictées par une main invisible, et préfigurent les exactions récurrentes du régime stalinien à venir, rappelant que les plus belles idées peuvent être détournées au profit d’une infime minorité au détriment de l’écrasante majorité. De quoi interroger sur le bien fondé des révolutions, surtout dans le contexte d’une pièce qui questionne les motivations et les mobiles avec tant d’acuité. La pièce est a priori prolongée jusqu’à début 206, de quoi donner envie d’aller assister à ce puissant moment de th

Synopsis:

Moscou, février 1905. Quatre terroristes du Parti Socialiste Révolutionnaire préparent un attentat contre le Grand-Duc Serge, oncle du Tsar. Kaliayev, dit « le poète », tiraillé entre sa soif de justice et son respect de la vie, est chargé de lancer la bombe. Surgit un évènement inattendu qui menace de faire échouer l’attentat et qui provoque au sein du groupe un séisme existentiel… Une œuvre phare du théâtre d’Albert Camus.

Détails:

DU MARDI AU SAMEDI À 19H – DIMANCHE À 15H

Une ode à l’affection canine avec Son odeur après la pluie au Lucernaire

Le Lucernaire propose une adaptation de l’ouvrage de Cédric Sapin-Defour en version féminine. La comédienne Marie -Hélène Goudet raconte une histoire d’amour indéfectible pour son chien Ubac, un bouvier bernois, pendant les 13 années de vie commune, avec comme point d’orgue le deuil de la première après la mort du second. Le récit ressemble à un grand cri d’amour aux accents chamaniques, aucune contrariété ne vient amoindrir le lien puissant qui la relit à son compagnon à poil. Dans un décor formé de troncs d’arbres figurant une forêt élaboré par Richard Arselin et Véronique Boutonnet, la narratrice court, s’époumone, s’attendrit, elle raconte toute la profondeur de son cœur tout dédié à Ubac. Et quand elle rencontre une compagnonne, cela n’amoindrit en rien les sentiments, au contraire, la famille à 3 a des atours d’idéal enfin accompli. La salle écoute attentive cette longue déclamation, à découvrir jusqu’au 9 novembre dans la salle Paradis du Lucernaire.

Synopsis: C’est une histoire d’amour, de vie et de mort.  Un amour universel, inconditionnel, qui unit deux êtres n’appartenant pas à la même espèce : un humain et son chien. Ici le héros est impalpable. Le héros est ce lien unique, surpassant tant d’autres relations. Une vie intense, inquiète, rieuse où tout est instant, merveille, où tout respire, vibre au gré de la nature. Un récit en mouvement, en équilibre, un récit-funambule, musical, onirique, qui traverse les émois simples d’une vie, les rencontres, les amours, les découvertes, les sens, les effrois. Peut-être simplement, une histoire de respiration. Une histoire de terre, de nuages, de pluie, une histoire de froid, de neige, d’arbres, de roches, de glace, d’oiseaux, de chemins, d’amitié, de camaraderie, de famille.

Prendre un chien, c’est accueillir un amour immarcescible.

Détails:

Du Mercredi au samedi 21h | Dimanche 17h30

Du 3 septembre au 9 novembre 2025, Salle Paradis

Éric Feldman : sourire pour ne pas se taire (derniers jours)

Éric Feldman : sourire pour ne pas se taire
Éric Feldman – photo DR

Éric Feldman : sourire pour ne pas se taire (derniers jours)

Dans « On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie », Éric Feldman ose parler d’un héritage terrible — la Shoah — avec une liberté désarmante. Là où le trauma se charge de solennité, lui choisit l’humour, le doute, la maladresse assumée. Pour un ton juste.

Éric Feldman part d’une histoire qu’il ne peut pas continuer d’ignorer : ses racines familiales, le silence d’après. Fils et neveu d’enfants cachés, il fait entendre ce qui, souvent, se tait à travers la mémoire qui dérange, qui vrille, la culpabilité de survivre, la transmission, la psychanalyse, le yoga (oui, le yoga) comme refuge improbable.

Feldman sait poser les mots qui pèsent — ceux du silence, de la peur, de la mémoire, de la culpabilité, de la disparition. On sent la chair sous les mots. Ce n’est pas seulement intellectuel, c’est incarné.

Car il ne joue pas un rôle, il ne fait pas semblant. Il parle de lui, de son père, de sa famille, et on l’observe assis, enraciné. Il est là devant nous immobile, même statique parfois, mais l’histoire, elle, se contorsionne, se soulève, désarçonne, provoque le mouvement.

Sur le fil 

On est saisi par cette sincérité nue, ce pas de côté – décalé – comme arme de survie, une sobriété scénique qui colle au sujet, et cette manière de faire circuler la mémoire dans le présent.

L’humour noir ici n’est pas un gadget : pas de blagues faciles, pas du rire pour évacuer. Non. Un humour grinçant, fragile, qui se glisse dans les fissures. Quand il imagine Hitler au yoga, ça ne fait pas vraiment rire, mais ça bouscule. Et ce rire nerveux, partagé, c’est exactement ce qui permet de tenir face à l’indicible.

La langue, elle, navigue entre mémoire, confession intime, psychanalyse, philosophie, introspection, blagues juives et anecdotes quotidiennes. Et étonnamment, ça ne casse pas le rythme : au contraire, ça montre que la mémoire de la Shoah ne vit pas seulement dans les livres d’Histoire, mais dans la cuisine familiale, dans les silences du salon, dans un cours de yoga. Et c’est cette proximité intime qui donne sa force universelle au récit.

Sans oublier la transmission : ce qui arrive à un fils, à une génération qui n’a pas vécu directement mais qui porte tout — les mots manquants, les silences, les traumatismes. Le spectacle réussit à rendre visible cette complexité — ce ne sont pas seulement les morts, mais les vivants qui eux aussi portent quelque chose.

Et puis, il y a ce final « Zog nit keynmol » (Ne dis jamais). Une chanson simple, portée par des générations avant lui, qui vient rappeler que la mémoire n’est pas un exercice de style, mais une résistance vivante. Là où la confession se délivre de l’intime et devient danse collective.

 Dates : du 6 septembre au 26 octobre 2025 – Lieu : Petit Saint-Martin (Paris)
Mise en scène : Olivier Veillon avec l’aide de Joël Pommerat

Mustangs : Le secret de Lily (Flammarion jeunesse)

Mustangs : Le secret de Lily (Flammarion jeunesse)

Publik’Art vous a déjà fait découvrir cette super série centrée sur les chevaux : Mustangs, avec Le 1er tome : Le rêve de Nell.

Le 2ème tome vient de sortir : Le secret de Lily.
Lily n’est pas comme tout le monde. Et les chevaux le sentent très fort ! Car en réalité, elle a un secret mais elle n’aime pas le dévoiler. Et pourtant, elle va le faire avec ses amis… Elle vit une situation compliquée et réussit tout de même à apprivoiser le cheval sauvage que personne ne peut approcher… Mais quel est donc son secret ?
Beaucoup d’aventures dans ce second tome entre les chevaux et les humains et les humains entre eux !
Mustangs : Le secret de Lily est une jolie série qui intrigue à la fois les animaux et les humains !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : 15 octobre 2025
Auteur : Charlotte Bousquet
Illustrateur : Camille Fourcade
Editeur : Flammarion jeunesse Glénat Jeunesse
Prix : 12,90€

Quand un arbre tombe, Une nouvelle vie pour la nature (Phaidon)

Quand un arbre tombe, Une nouvelle vie pour la nature (Phaidon)

Les éditions Phaidon nous proposent un très bel album : Quand un arbre tombe, Une nouvelle vie pour la nature.
Tout est superbe dans cet album documentaire : les illustrations, les explications très claires tout en étant scientifiques et même poétiques.
Comment le jeune lecteur peut imaginer tout ce qui se cache derrière un arbre mort ?
On pourrait être catastrophé de voir un arbre par terre, dans la forêt. Mais non ! Il faut se réjouir pour tout l’écosystème qui s’y trouve ! Quelle merveille pour de nombreuses petites bêtes, champignons, mousse, lichen, et des animaux de toutes sortes !
La nature vit partout, rejaillit encore et encore !

Cet album nous apprend à regarder la nature autrement, à l’admirer, et à en prendre soin ! C’est juste fascinant ! On comprend le cycle de la vie, Si l’arbre meurt, d’autres espèces vont prendre vie, grâce à lui !

Quand un arbre tombe, Une nouvelle vie pour la nature est un album à mettre dans toutes les bibliothèques ! Une petite pépite, avec des illustrations de Valentina Gottardi, impressionnantes !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Septembre 2025
Auteurs : Danio Miserocchi et Maciej Michno
Illustrateur : Valentina Gottardi
Editeur : Phaidon
Prix : 19,95 €

Julien Spiewak dévoile ses photos à la boutique Kielle rue de Rivoli

Après l’exposition dédiée à Franck Sadock, la boutique Kielle met à l’honneur les œuvres de l’artiste plasticien Julien Spiewak. Le vernissage du 21 octobre a permis de rencontrer l’artiste passionné de photographie et de mode au nom synonyme de chanteur en polonais. Il a débuté son parcours à l’âge de 14 ans avec un premier défilé Jean-Paul Gautier au palais de la Porte Dorée en 1999. Equipé de son appareil argentique 24×36, il a débuté son parcours jalonné de défilés, de parcours de couturiers, de directeurs artistiques et de mannequins, sur le catwalk ou en backstage. Dans une optique visant à rechercher la beauté, Julien Spiewak redéfinit la représentation par l’œil de son appareil photo. L’artiste entreprend en 2005 des études en Photographie à l’Université Paris VIII, puis amorce son travail de photographie avec le corps au centre de ses préoccupations, fragmenté, dénudé, incrusté dans des décors chargés d’histoire comme des musées, des palais et des intérieurs privés bourgeois. Il choisit de glisser ses modèles dans des œuvres d’art anciennes, avec des marbres,
des soieries, des colonnes et des pilastres, pour prendre littéralement corps au sein d’un décor formé de mobilier ou d’une chambranle de porte. Les œuvres d’art font corps (une fois de plus) avec les corps, ce que montre bien cette série intitulée Corps de style, dont des échantillons sont visibles à la boutique Kielle. Pour densifier le moment de visite, des dessins préparatoires et de portraits plus anciens sont visibles pour suivre la réflexion de l’artiste.
L’artiste a proposé de participer à l’élaboration d’un t-shirt prochainement édité, co-signé entre l’artiste et KIELLE. Une serrure de mobilier style Louis XV sera imprimée, à hauteur du cœur, comme une signature, un blason, d’ouverture. L’exposition est visible au 250 rue de Rivoli jusqu’au 6 décembre 2025.

Publireportage: KIELLE présente en collaboration avec la galerie Espace_L, Genève Julien SPIEWAK. Arts et des corps
du 14 octobre au 6 décembre 2025.


Saucisses cocktail et mission top secrète (Glénat jeunesse)

Saucisses cocktail et mission top secrète (Glénat jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse nous proposent une aventure très rigolote avec l’album illustré : Saucisses cocktail et mission top secrète.
Ce soir, les parents de Gabrielle et Alfred reçoivent des invités. Gabrielle et Alfred partent en mission top secrète pour savoir qui sont vraiment ces invités. Ce sont peut-être des imposteurs ? Les enfants vont prendre de gros risques lors de leur enquête, et vont devoir affronter des animaux très féroces… Ils n’oublieront pas au passage de se servir de gâteaux apéro et de saucisses cocktail, bien sûr !
Saucisses cocktail et mission top secrète est un album rigolo, aux illustrations flamboyantes, qui donnent envie de le lire encore et encore !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Septembre 2025
Auteur : Céline Person
Illustrateur : Lionel Tarchala
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 13,50 €

Un beau duo dramatique avec Célimène et le cardinal au Lucernaire

Le Lucernaire propose une pièce en vers de Jacques Rampal créée au Théâtre de la Porte-Saint-Martin en 1992. Célimène et le Cardinal imagine 2 personnages tiraillés entre l’attirance et la répulsion, anciens aimants devenus une menace l’un pour l’autre car Célimène s’est mariée et a 4 enfants, Alceste est devenu cardinal, il représente l’ordre religieux avec une possibilité de devenir pape. Les raisons de la visite du prélat sont mystérieuses pour la pétillante jeune femme et elle ne croit guère au prétexte d’une menace énoncée par le rigide visiteur. Les noms des personnages auront mis rapidement sur la piste les lecteurs attentifs, ce sont bien les personnages de la pièce Le Misanthrope de Molière qui se retrouvent dans ce huis clos retors et riche en rebondissements, confrontés à leurs démons et à leurs passions enfouies. Le déroulé de la pièce est semé de fausses pistes, lequel des deux est le plus équilibré et le plus honnête avec lui-même, c’est toute la quête offerte aux spectateurs. Dans un décor nimbé de rouge qui rappelle les films d’Ingmar Bergman, les 2 personnages se livrent à des confessions souvent hasardeuses, parfois forcées, avec une scène de confession qui fait froid dans le dos. Le rythme impeccable d’élocution des comédiens participe à la réussite à une pièce qui passe dans un souffle tant l’intrigue tient en haleine. Classique dans l’esprit, la pièce est pourtant très moderne dans son déroulé, faisant appel autant à la psychologie qu’au thriller. Une bien belle sortie théâtrale de plus proposée par le Lucernaire, pourtant il est impossible de se lasser, comme toujours.

Synopsis: Alceste et Célimène se sont aimés éperdument. Vingt ans après leur séparation, l’atrabilaire amoureux devenu cardinal se rend chez son ancienne amante, mère de quatre enfants, pour l’avertir qu’un danger la menace. Mais est-ce la véritable raison de sa venue ? Pourquoi ce prélat au pouvoir considérable n’a-t-il pas attendu le consentement de cette femme mariée avant de lui rendre visite ?
Écrite en alexandrins, la suite du Misanthrope de Molière imaginée par Jacques Rampal est un huis clos passionné où les menaces succèdent aux non-dits. Jusqu’à ce que la vérité éclate enfin, brûlante…

Le temps a passé mais n’a pas effacé cette histoire d’amour passionnée !

Gerhard Richter à la Fondation Vuitton : une genèse en perpétuel mouvement

 

Gerhard Richter à la Fondation Vuitton : une genèse en perpétuel mouvement
Gerhard Richter, Carotte [Möhre], 1984 (CR 558-2), Huile sur toile, 200 x 160 cm, Fondation Louis Vuitton, Paris (© Gerhard Richter 2025

Gerhard Richter à la Fondation Vuitton : une genèse en perpétuel mouvement

Dès les premiers pas, l’exposition impose son rythme : une immersion dans la longue trajectoire de Gerhard Richter, couvrant plus de six décennies et 270 œuvres présentées.

Richter joue avec l’image — photographique d’abord, picturale ensuite, abstraite enfin — et l’exposition rend compte de cette oscillation permanente entre ce qui se voit et ce qui se devine. Dans ses œuvres photographiques peinte-floutée, il interroge la mémoire, la trace : tout est déjà décalé, tout est déjà souvenir.

Puis, il y a cette bascule vers l’abstraction, le geste matériel, le racloir, la superposition, et plus tard, les nuanciers, les « Strips », les jeux de couleur horizontale.

C’est un voyage qui donne le vertige : on n’a jamais la sensation d’un seul style immuable, mais d’un artiste en perpétuel dialogue avec lui-même, avec la peinture, avec l’histoire.

Certains tableaux font le pari du flou comme procédé, d’autres du raclage, de l’effacement partiel, de l’indication. Le spectateur est invité à devenir ce détecteur de traces, à accepter ce recommencement, à accepter que l’art est aussi incertitude.

Le labyrinthe du regard

Richter ne s’est pas contenté d’une ascèse formelle : son œuvre s’engage dans l’histoire, de manière souvent discrète mais imparable. On pense aux portraits de famille, aux souvenirs personnels, aux images agrandies extraites de journaux, aux séries gravées dans la mémoire collective.

Dans cette expo, on voit comment l’intime (un Onkel Rudi, une Tante Marianne) s’entrelace à l’Histoire (l’Allemagne, la guerre, le paysage social). Le propos ne se réduit jamais à un manifeste abstrait, il revient toujours à la vie, à la trace, à la question qu’est-ce que je vois et que je ne vois pas ?

L’accrochage joue sur les contrastes : des tableaux monumentaux, écrasants, imposent leur présence. Et à côté, des dessins de format réduit ou des études, effacées, presque confidentielles, invitent à une autre approche. Cette gestion du grand / petit, du spectaculaire / du discret, donne à l’exposition une respiration. On passe d’un champ visuel fort à un espace plus silencieux. Et c’est dans ces silences que l’on entend le « je » de Richter — l’artiste face à son médium, face à ses fantômes.

Le parcours rétrospectif commence donc par « Tisch », cette table peinte en 1962, image tirée d’un magazine, puis volontairement recouverte de gris.Ce geste inaugural — peindre pour effacer — contient déjà tout Richter. La toile, blessée, devient le laboratoire de ce que sera son œuvre : une lutte entre image et disparition, entre croyance et doute. L’artiste quitte la RDA, traverse la frontière, emporte avec lui le soupçon que toute image est mensonge. « Quand on peint, la pensée est peinture ». — Gerhard Richter.

Les années 1960 s’ouvrent sur les photo-peintures, ces portraits familiaux et historiques (Onkel Rudi, Tante Marianne), où la photographie est transposée à la main puis floutée. Le flou n’est pas un effet : c’est un principe moral, un refus de la netteté du monde. Le spectateur reconnaît une image, mais celle-ci se dérobe ; elle devient souvenir, remords, hantise. Dans ces toiles, Richter ne peint pas la mémoire : il peint le processus de l’oubli. Ce qu’il donne à voir n’est pas le passé, mais le tremblement de la vision elle-même.

À partir des années 1970, la couleur prend le dessus. Richter fabrique ses propres nuanciers, comme si la peinture devenait une science du hasard. Puis viennent les séries Abstraktes Bilder, peintures au racloir, coulées, effacées, reprises, où le geste mécanique se fait organique. Chaque raclage, chaque effacement est une respiration : ce n’est plus un tableau, c’est une strate de mémoire.

Au cœur de l’exposition, quatre toiles dominent la grande salle : la série Birkenau (2014).Elles furent peintes à partir de photographies clandestines prises dans le camp d’Auschwitz-Birkenau. Richter les reproduisit, les recouvrit, puis les fit disparaître sous des couches abstraites. Le résultat est bouleversant : une peinture sans image, où l’horreur ne s’efface pas mais s’absorbe.

L’exposition montre ici le courage du peintre : ne pas illustrer l’Histoire, mais la rendre indicible. Devant ces toiles monumentales, on se regarde presque soi-même : le reflet des vitres, les traces du corps du visiteur, deviennent partie de l’œuvre. La mémoire ne se montre plus, elle se réfléchit.

Dans les années 2000, Richter explore la transparence : les Glass Pieces, ces grandes plaques de verre superposées, renvoient la lumière, la diffractent, la fragmentent. Le spectateur passe d’une surface à l’autre, prisonnier d’un regard qui glisse. Puis viennent les Strip Paintings (2010) et les toiles quasi blanches, où la couleur se dissout jusqu’à n’être plus qu’un souffle. Ce ne sont pas des œuvres minimalistes, mais des palimpsestes : des paysages effacés par excès de matière. Sous le blanc, tout demeure : les couches, les gestes, les hésitations. On regarde un silence actif.

Depuis 2017, Richter a cessé de peindre à l’huile. Mais il n’a pas renoncé au geste. Ses dessins récents, exposés dans la dernière salle, prolongent cette idée d’une peinture qui s’est allégée jusqu’à devenir respiration. Crayons, encres, empreintes : les œuvres paraissent minuscules après les immenses abstractions, mais elles en sont le contre-chant. Elles ne disent plus « je montre », mais « je murmure ».

La scénographie de la Fondation, toute en transparence et en clair-obscur, accentue ce que l’exposition propose : non pas un panorama, mais une expérience du regard. Le parcours n’impose rien, il sollicite. On avance comme dans un labyrinthe de lumière, d’où émergent parfois des éclats de couleur, des zones de gris, des reflets de soi. Ce que l’on retient n’est pas tant un style qu’une attitude : la peinture comme doute organisé. Richter nous apprend que voir n’est jamais simple, que chaque image cache sa négation, que chaque couleur contient son silence.

L’exposition Gerhard Richter à la Fondation Louis Vuitton est bien plus qu’une rétrospective : c’est un autoportrait mutant du regard. Un parcours où l’artiste, sans emphase, montre comment la peinture peut encore penser le monde, non en affirmant, mais en questionnant encore et toujours.

 Dates : du 17 octobre 2025 au 02 mars 2026 – Lieu : Fondation Louis Vuitton (Paris)

La petite elfe pas comme les autres (Bayard Jeunesse)

La petite elfe pas comme les autres (Bayard Jeunesse)

Quel joli album des éditions Bayard Jeunesse, dans la collection : Les contes qui guérissent : La petite elfe pas comme les autres ! Voilà un conte, très joliment illustré, qui permet d’aborder des sujets très importants, comme la différence. En ces temps de harcèlement, il est capital d’expliquer à nos jeunes lecteurs l’importance de respecter chaque personne, quelque soit sa différence.
C’est l’histoire d’une petite elfe qui est née avec les cheveux rouges. Du coup, les autres elfes se moquent d’elle et elle, elle a honte de la couleur de ses cheveux. Jusqu’au jour où elle rencontre une coccinelle !
A la fin de l’album, les parents trouveront une explication à ce conte, avec sa portée « philosophique ». A la portée de tous ! Une vraie merveille !
La petite elfe pas comme les autres est un album pour toutes les bibliothèques ! Une petite pépite !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Septembre 2025
Auteur : Florence Dutruc-Rosset
Illustrateur : Sarah Loulendo
Editeur : Bayard Jeunesse
Prix : 13,90 €

Un seul en scène fascinant avec Saint-Exupéry, le commandeur des oiseaux au Lucernaire

Le Lucernaire propose un spectacle prodigieux avec un seul en scène impeccable porté par un Franck Desmedt monstrueux de conviction, un vrai comédien convaincant, comique et dramatique, un narrateur hors pair parfait dans son interprétation, sans fausses notes ni anicroches. Il est la plupart du temps le célèbre auteur et aviateur Antoine de Saint-Exupéry, à la base des ouvrages ultra connus Terre des Hommes, Vol de nuit et Le Petit Prince, mais il interprète également une multitude d’autres personnages de la vie de Saint-ex, la femme de sa vie, collègues aviateurs, quidams anonymes qui ont côtoyé l’homme qui a vécu sa vie comme un défi permanent. Incapable de se poser, il a participé à l’aventure aéropostale, il a traversé le Sahara et survécu à la chaleur et à la soif, il est revenu pour combattre les nazis. Une vie d’aventure et de passion, sans concessions dans sa quête de sincérité et de vérité. Et c’est ce qui hypnotise le spectateur, car Saint-ex pourrait se poser, vivre confortablement, vieillir paisiblement, mais non, il préfère toujours tenter l’impossible pour vivre et ne rien regretter. Le comédien finit en nage, preuve de son implication et de sa passion pour ce rôle vraiment pas comme les autres. La salle du Théâtre rouge au Lucernaire était comble, la salve d’applaudissement finale était nourrie et enthousiaste. Le comédien a tout donné, le récit était criant de vérité, l’enthousiasme était total, le moment de théâtre était total. C’est rare et cher, à ne pas rater et à découvrir jusqu’au 4 janvier 2026, mais quelque chose me dit que la pièce devrait continuer plus longtemps…

Synopsis: Toute sa vie a été marquée par des oxymores. C’est un aventurier épris de liberté qui s’épanouit mieux quand il sert une cause plus grande que lui. C’est un rêveur qui s’accomplit dans l’action. Un solitaire sensible, qui n’est jamais aussi heureux qu’au milieu de ses amis. C’est un penseur impulsif et un aventurier philosophe. Il a sublimé ses tourments, en volant d’abord, et surtout en écrivant ses chefs-d’oeuvre qui mêlent des récits poignants et des réflexions très percutantes. Ce récit célèbre l’amitié, le sens du devoir et l’indicible ; car si l’essentiel demeure invisible aux yeux, il brûle dans nos coeurs. Une odyssée humaine qui, au fil des scènes, éclaire le destin d’un homme en quête d’absolu.

Un spectacle vibrant, entre ciel et sable, qui retrace la vie de Saint-Exupéry : aviateur visionnaire, écrivain habité, amoureux tourmenté, philosophe de l’action.

Détails:

Du mercredi au samedi 19h | Dimanche 16h

Du 27 août au 4 janvier 2026, Théâtre Rouge

Une modernité sans frontières : l’École de Paris selon Marek Roefler

Une modernité sans frontières : l’École de Paris selon Marek Roefler
Henri Hayden, Les joueurs d’échec, 1913, huile sur toile, ADAGP, Collection Marek Roefle

Une modernité sans frontières : l’École de Paris selon Marek Roefler

Au Musée de Montmartre, la collection Marek Roefler consacre à l’École de Paris un hommage vibrant, comme un retour à la source. Sous les toits grinçants de la rue Cortot, là où vécurent Utrillo et Valadon, ressurgit l’énergie cosmopolite d’une génération d’artistes venus de toute l’Europe pour réinventer la modernité à Paris.

Une constellation d’exilés

Ils s’appelaient Hayden, Kisling, Zak, Zadkine, Marcoussis, Lempicka. Ils arrivaient de Varsovie, de Riga, de Moscou ou de Prague, chargés de faim et d’espérance. Ils parlaient peu la langue, mais parlaient déjà la couleur. Entre 1910 et 1930, ces peintres venus d’Europe centrale ou orientale trouvent dans la capitale un sol où tout semble possible. Ils inventent une modernité sans manifeste, sans chef d’école : une modernité ouverte, hybride, fraternelle.

C’est cette polyphonie que la collection Roefler célèbre : plus de 130 œuvres rassemblées au fil des années, aujourd’hui offertes au regard du public français. Un geste généreux, presque politique, dans ce qu’il rappelle d’universel : la beauté naît souvent du déracinement.

Au cœur du parcours, Tamara de Lempicka impose sa présence comme une déflagration. Son Russian Dance (1924) — prêtée par la Villa la Fleur en Pologne — condense tout l’esprit des années folles : une géométrie du corps, une sensualité froide, une élégance qui frôle la mécanique.

Chez Lempicka, le cubisme devient érotique, l’Art déco devient une morale. Elle peint comme on conduit une Bugatti : vitesse, maîtrise, vertige. Sa femme est souveraine, son regard, acier. Dans le contexte de l’exposition, elle devient l’emblème de l’émancipation : l’exil transmué en puissance. « Je peins des femmes modernes, disait-elle, fortes, libres et froides. Ce sont mes sœurs ».

Autour d’elle, d’autres voix s’élèvent. Henri Hayden compose des paysages éclatés, cubistes en surface mais lyriques en profondeur. Ses toiles ont le rythme discret d’un exilé qui a trouvé, dans la lumière, un abri provisoire. Moïse Kisling, lui, demeure le peintre du silence. Ses portraits féminins captent l’intime : des regards qui semblent attendre quelque chose du monde. Et puis Ossip Zadkine, sculpteur-poète, dont les dessins tracent la chair du volume avant la pierre. Chez lui, chaque trait est une architecture, chaque figure un fragment d’humanité recomposée.

Marek Roefler, architecte et collectionneur polonais, a bâti sa collection avec méthode et passion. Sa Villa la Fleur, près de Varsovie, abrite depuis vingt ans ces artistes de la diaspora parisienne. En les prêtant à Montmartre, il referme une boucle : celle d’un aller-retour symbolique entre la Pologne et Paris, entre le souvenir et la reconnaissance. Pas de sensationnalisme, pas de prestige tapageur : Roefler préfère la cohérence intime à la rareté spectaculaire. Il assemble des vies, pas des trophée

Ce que cette exposition nous montre, c’est que la création naît souvent du désordre, de la perte, du déplacement. Ces artistes ont fait de leur exil une source d’invention. Ils rappellent, à rebours de tout nationalisme esthétique, que l’art n’a pas de passeport. Dans un monde qui se referme, l’École de Paris apparaît comme une leçon : celle d’un Paris-monde, d’un atelier collectif où l’on parle toutes les langues du sensible.

 Dates : du 17 octobre 2025 au 15 février 2026 – Lieu : Musée de Montmartre (Paris)

« Nous, les héros » : la mélancolie orchestrée de Clément Hervieu-Léger

"Nous, les héros" : la mélancolie orchestrée de Clément Hervieu-Léger
Photo Juliette Parisot

« Nous, les héros » : la mélancolie orchestrée de Clément Hervieu-Léger

Il y a dans cette pièce « Nous, les héros » et le théâtre de Jean-Luc Lagarce, cette singularité de la langue dont la syntaxe devient dramaturgie. Ses personnages ne parlent pas : ils rejouent le fait même de parler.

Chaque phrase semble recommencée, comme si le langage était une tentative inachevée de dire le monde avant qu’il ne se taise. Ce n’est pas une écriture de dialogue, mais une écriture de flux, de remous intérieurs.

Le théâtre devient l’endroit où la langue lutte pour exister. Chez lui, le sens n’est jamais immédiat : il se dépose, il circule, il résonne. Les reprises (« je veux dire… non, enfin si, je veux dire… ») ne sont pas des procédés : ce sont des appréhensions. Des appréhensions du cœur, de pensée, de peur.

Et c’est là que la musique du texte devient organique : chaque hésitation, chaque redit, chaque « comme si », chaque incise suspendue, est une note dans la partition du silence. Car Lagarce fait de la parole un instrument à cordes.

Elle vibre avec cette tension tragique : vouloir dire l’indicible. Et Clément Hervieu-Léger sait la laisser respirer, il en épouse les boucles, il en écoute la syntaxe comme on écouterait un motif qui se répète pour mieux se perdre.

Il y a dans sa mise en scène un art du souffle : Les phrases s’étirent, se superposent, se répondent. Le spectateur devient à son tour musicien, pris dans cette houle de mots qui ne veulent pas finir. Et quand enfin le silence revient, c’est un silence plein — un silence vibrant.

La mélancolie du désastre

Et c’est précisément cette musicalité-là — ce balancement de la syntaxe, ce presque-dire, ce pas-tout-à-fait-oser-dire — que Clément Hervieu-Léger rend parfaitement audible, charnelle, presque symphonique, dans cette version de « Nous, les héros », avec le père.

On savait la version « sans le père » — plus resserrée, plus abstraite. Ici, Hervieu-Léger rouvre la partition complète, réintroduit la figure paternelle : non pas un tyran, mais une basse continue, un ton grave qui soutient tout le reste. Le père revient comme reviennent certains thèmes oubliés, dans un morceau qu’on croyait connaître.

Et soudain, tout s’accorde autrement. L’autorité, la filiation, la transmission du jeu — tout cela prend un autre timbre, plus chaud, plus organique. Et cela fait entendre la langue de Lagarce autrement : moins lointaine, plus ample, plus vitale encore. Où la tonalité musicale pop dans une esthétique des années 90, loin d’être gadget, donne un relief contemporain à ce texte qui en renouvelle l’écoute.

Dans cette salle des fêtes fatiguée, quelque part en Europe de l’Est, on retrouve ces comédiens qui s’aiment, se quittent, rejouent leur propre effondrement avec un panache de fin de bal. Écrite en 1993, « Nous, les héros » appartient à la dernière période de Lagarce, celle où l’auteur, déjà malade, se tourne vers les figures du retour, de la troupe, du théâtre comme famille d’adoption.

Il y met en scène des comédiens itinérants, éreintés, qui rejouent inlassablement la même pièce dans une Europe indéfinie, quelque part entre Bohême et nostalgie. Ils s’aiment, se trahissent, se consolent ; ils attendent la fête de fiançailles de deux d’entre eux, mais cette fête a l’air d’un adieu.

Tout semble suspendu, entre le souvenir et l’après. Et dans cette troupe en fin de course, on reconnaît la compagnie de Lagarce lui-même, « La Roulotte », fondée dans les années 1980, avec laquelle il sillonna les routes, jouant dans des salles des fêtes, des gymnases, des villages.

Cette pièce, c’est leur miroir brisé : une déclaration d’amour mélancolique au théâtre, à la vie en troupe, à cette fidélité absurde et magnifique qui consiste à « jouer quand même ».

Le père devient ici une figure d’autorité mais aussi de transmission : peut-être le double du metteur en scène, peut-être le fantôme d’un créateur fatigué qui regarde sa famille d’artistes continuer sans lui. C’est une manière de recomposer le fil autobiographique : la troupe de Lagarce, son père réel, son père de théâtre, tout cela s’entremêle, dans une langue où la mémoire devient matière.

La scénographie de Camille Duchemin a la justesse d’une vieille partition qu’on aurait trop lue : murs suintants, néons qui hésitent, un piano qui s’accorde mal mais qu’on ne peut s’empêcher d’aimer. Les costumes de Caroline de Vivaise, eux, oscillent entre fête foraine et mélancolie de cabaret. On pense à Fellini, à la fin d’un spectacle ambulant — la poussière retombe, mais la lumière persiste. Et au milieu, cette phrase lagarcienne, qui tourne, qui vrille, qui recommence : « On ne sait plus si c’est fini, si c’est encore en train de commencer ».

C’est là que la mise en scène trouve sa grâce : dans la respiration même du texte. Hervieu-Léger n’essaie pas de dompter la lenteur de Lagarce — il la met en musique. Il dirige les silences comme on dirige des cordes : avec patience, avec tendresse et circulation.

Les comédiens — magnifiques — imposent chacun sa partition avec sa propre tonalité : la fille qui rêve encore, le frère qui s’épuise, le père qui ne dit rien mais porte tout. Et avec une fluidité entre eux, une polyphonie.

C’est cela, la force d’Hervieu-Léger : avoir fait du texte non pas un long monologue éclaté, mais un morceau d’ensemble, où les voix se croisent, s’imitent, se reprennent — et font un tout. Il y a du Bach dans cette manière de faire entendre Lagarce. De la rigueur et du tremblement.

Une réussite qui tient aussi dans cette musique de plateau : Les phrases suspendues, les respirations trop longues, les regards qui durent une mesure de trop — tout devient rythme. Un éclat de voix, le froissement d’un rideau, la musique qui s’improvise en fond : tout cela compose cet élan scénique.

Et si parfois le spectacle s’étire, c’est une lenteur qui laisse la langue monter, redescendre, remonter encore. Où dans ces soubresauts, quelque chose de très juste advient : la fatigue du théâtre, mais aussi sa fidélité obstinée à la vie. Car, au fond, c’est de cela qu’il s’agit : « Nous, les héros », ce sont eux, les acteurs, mais aussi nous, spectateurs, qui continuons d’y croire, même après la fin.

 Dates : du 16 octobre au 1er novemnre 2025 – Lieu : Théâtre des Bouffes du Nord (Paris)
Mise en scène : Clément Hervieu-Léger

Sublime dégustation des champagnes Chassenay d’Arce au Restaurant Philippe Excoffier

La maison de vignerons Chassenay d’Arce a déjà fait l’objet de multiples articles sur Publik’Art, cette dégustation était l’occasion de revoir la responsable marketing opérationnel et digital Elise Dinquel, le directeur général Manuel Henon et l’œnologue Romain Aubriot pour une présentation des nouveautés de la maison et un beau moment de convivialité au cœur d’un restaurant à ne pas manque dans le VIIe arrondissement parisien, à 2 pas de la Tour Eiffel.

Une dégustation pléthorique

C’est peu dire que la renommée de la maison n’est plus à prouver. Il n’y a qu’à constater la diversité des cuvées et leur qualité pour en juger, 11 champagnes proposés à la dégustation, ce n’est pas une mince affaire. Et comme les Champagnes Chassenay d’Arce sont classés par grandes familles et thématiques, il est facile de s’y retrouver pour se faire sa propre opinion. Le moment a débuté avec les Essentielles avec des champagnes de tous les instants, assemblages à majorité du cépage identitaire de la Côte des Bars, le Pinot noir. La Sélection Blanche composé de 90% de chardonnay et 10% de pinot blanc (prix de vente TTC à la propriété: 29,95 euros) est d’une belle fraicheur et parfait lors d’apéritifs festifs ou dînatoires avec un poisson blanc aux agrumes. La cuvée première se compose de 60% de pinot noir et 40% de chardonnay (prix de vente TTC à la propriété: 26,70 euros). C’est la cuvée emblématique de la Maison, marquée par sa générosité et sa finesse, à déguster à l’apéritif, en cocktail dinatoire ou lors d’un dîner tout au champagne. La Cuvée expression est un rosé brut, composé à 67% de pinot noir, 28% de chardonnay et 5% de pinot blanc (prix de vente TTC à la propriété: 28,60 euros) et se déguste en apéritif ou au dessert avec des fruits rouges. 3 belles cuvées pour débuter en douceur la dégustation. Suit la cuvée de la famille Les Caractères avec un 100% pinot blanc 2015 (prix de vente TTC à la propriété: 45 euros), une vraie belle découverte précieuse que je recommande vivement, parfaite pour accompagner fruits de mer et poissons crus. Puis viennent les Authentiques avec la Cuvée origine 100% pinot noir (prix de vente TTC à la propriété: 33,50 euros) idéale à l’apéritif ou à table avec une cuisine légère et naturelle à base de poissons nobles et de viandes blanches, et la Cuvée audace 2017 composée à 100% de pinot noir (prix de vente TTC à la propriété: 41,30 euros) au caractère bien affirmé et à l’identité propre. La première moitié de la dégustation, avant le déjeuner fastueux à venir, se conclut sur la cuvée Confidences rosé 2015 (prix de vente TTC à la propriété: 67,60 euros) composée de 86% de pinot noir, 10% de chardonnay et 4 % de pinot blanc avec des raisins issus des vignes les plus anciennes du vignoble, une cuvée d’excellence pour accompagner les mets les plus délicats.

Un déjeuner comme chez l’ambassadeur

Il suffit de savoir que Philippe Excoffier fut chef de la résidence de l’ambassadeur des États-Unis à Paris pendant 10 ans pour savoir d’avance que le moment gastronomique ne pouvait être que grandiose. Les plats avaient été sélectionnés pour un accord mets/vins des plus optimal. Pour débuter, un soufflé aux truffes absolument divin, accompagné par le chardonnay 2018 extra brut composé de 100% de chardonnay (prix de vente TTC à la propriété: 36 euros), un champagne millésimé plein de fraicheur et de complexité. Le plat fut un Risotto de petit épeautre et gambas avec son bouillon de homard, curry et gingembre. Accompagné du Pinot noir 2018 extra brut composé à 100% de pinot noir (prix de vente TTC à la propriété: 36 euros), ce fut une splendeur gourmande. Le plateau de fromage comté, emmental et chèvre fut accompagné du Confidences 2012 brut 83% de pinot noir, 15% de chardonnay et 2% de pinot blanc (prix de vente TTC à la propriété : 57,10 euros) est la quintessence de la Maison pour accompagner les mets les plus raffinés. Et enfin, le dessert sous forme de feu d’artifices, des pâtisseries au chocolat accompagnées du Ratafia champenois (prix de vente TTC à la propriété: 29,00 euros) composé de 86% de pinot noir, 10% de chardonnay et 4% de pinot blanc sous forme de moût de raisin avec de la fine champenoise comme distillat, parfait pour clôturer une dégustation pleine de surprises et de confirmations.

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Au cœur de la Côte des Bar, le vignoble Chassenay d’Arce s’étend sur 315 hectares et sur 16 villages répartis le long de la rivière, l’Arce. Façonné par un paysage unique où alternent vignes et forêts, il est également caractérisé par la diversité de nos cépages et par la culture raisonnée que nous y pratiquons.

L’esprit de la Maison, c’est à la fois l’esprit de famille, l’esprit du terroir et l’exigence partagée par nos vignerons pour élaborer des champagnes de grande qualité.

Les champagnes Chassenay d’Arce sont l’expression du terroir spécifique de la Côte des Bar et de son sol kimméridgien autrefois recouvert par la mer. Au fil des saisons, les pieds de vignes prennent corps, les grappes se colorent et les cuvées s’élaborent…

La vallée de l’Arce est située tout au sud de la Champagne à proximité de la Bourgogne. La douceur du climat, l’exposition des vignes et la nature des sols (ici, les ceps plongent leurs racines dans des marnes caillouteuses) permettent de récolter à la fin de l’été des fruits à pleine maturité. 

Le cépage dominant sur ce territoire est le pinot noir. Nous élevons également du chardonnay, du pinot meunier et du pinot blanc, ancien cépage de la Champagne. Cette diversité nous permet de proposer des cuvées aux personnalités très variées. 

Tout au long de l’année, chaque pied de vigne est ici choyé et façonné pour offrir le meilleur de lui-même et donner les raisins les plus généreux.

La légende de Saint Nicolas (Père Castor)

La légende de Saint Nicolas (Père Castor)

Si vous habitez dans le Nord et l’Est de la France, vous connaissez forcément Saint-Nicolas qui se fête le 6 décembre. Une très grande fête !

Si vous ne connaissez pas, alors, découvrez l’histoire de Saint-Nicolas avec le très joli album, de petit format : La légende de Saint Nicolas. C’est l’histoire de trois enfants qui se perdirent dans la forêt. Ils entrèrent alors dans une maison, à la tombée de la nuit. La maison du boucher…

Un drôle de boucher aux pensées bien mauvaises…

Les parents cherchèrent longtemps leurs enfants, sans jamais les trouver. Mais c’était sans compter sur Saint-Nicolas, patron des écoliers.

Depuis ce jour, tous les petits enfants déposent une carotte pour l’âne de Saint-Nicolas, la nuit du 6 décembre !

Faites découvrir à vos jeunes enfants cette jolie histoire de La légende de Saint Nicolas !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Octobre 2024
Auteur : Robert Giraud
Illustrateur : Julia Wauters
Editeur : Flammarion Jeunesse
Prix : 5€

Le grand Cherche et trouve de Facteur Souris (Casterman)

Le grand Cherche et trouve de Facteur Souris (Casterman)

Les éditions Casterman fêtent les 10 ans de Facteur Souris, avec un nouvel album : Le grand Cherche et trouve de Facteur Souris !
Un superbe grand album (format 246x306mm), très joliment illustré, comme toujours, avec de multiples détails ! Marianne Dubuc, autrice et illustratrice, nous régale, petits et grands !
Le jeune lecteur doit chercher 10 éléments à chaque double page ! Ce jeu de « cherche et trouve » va permettre à l’enfant d’affiner ses sens, et de rester concentré, tout en s’amusant ! Il va falloir aider le jeune facteur a retrouvé toutes ses affaires !
Le grand Cherche et trouve de Facteur Souris est un très chouette album anniversaire, à offrir à nos petits !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Octobre 2025
Auteur : Marianne Dubuc
Illustrateur : Marianne Dubuc
Editeur : Casterman
Prix : 10,90 €

Berthe Weill, l’insoumise de l’avant-garde au musée de l’Orangerie

Berthe Weill, l’insoumise de l’avant-garde au musée de l'Orangerie
Pablo Picasso, « La Chambre bleue », 1901, huile sur toile, 50,48×61,59 cm, Washington, D.C., The Phillips Collection, acquis en 1927, photo Courtesy of The Phillips Collection. (SUCCESSION PICASSO 2025)

Berthe Weill, l’insoumise de l’avant-garde au musée de l’Orangerie

Elle fut la première à croire en Picasso, Matisse, Modigliani… et la dernière dont on se souvint. L’Orangerie lui rend enfin justice, dans une exposition sensible et lumineuse, où l’ombre d’une femme éclaire un siècle entier d’art moderne.

Paris, 1901. Les galeries du quartier de la Nouvelle Athènes sentent la poussière des conventions. Dans ce monde masculin et compassé, une silhouette discrète s’affaire rue Victor-Massé dans le 9ème arrondissement de Paris : Berthe Weill, fille d’antiquaires modestes, ouvre sa propre galerie. Peu d’argent mais beaucoup d’instinct.

Elle repère le génie là où les autres voient du désordre. Elle expose Picasso, Matisse, Derain, Vlaminck, Suzanne Valadon. Et surtout, elle persiste à défendre ceux que l’époque rejette. « Je vends pour vivre, mais je vis pour montrer », écrira-t-elle plus tard. Toute sa vie tiendra dans cette phrase.

La passion d’une visionnaire

Le parcours du Musée de l’Orangerie retrace avec une grande justesse cette existence tendue entre passion et précarité. Dans les premières salles, un coup d’éclat : « La Mère » (1901) de Pablo Picasso, peinture de la période bleue où une femme serre son enfant dans une étreinte silencieuse.

Un tableau d’une gravité tendre, presque religieuse. C’est l’un des trésors que Berthe Weill eut l’audace de montrer alors que l’Espagne n’avait encore livré qu’un inconnu.

Plus loin, un nu de Modigliani, interdit d’exposition en 1917 pour outrage à la pudeur, rappelle le prix de l’avant-garde. Des œuvres de Kees Van Dongen, Émilie Charmy et Suzanne Valadon complètent cette galerie de visages libres et insolents, que Weill avait réunis avant tout le monde.

On y ressent la tension d’une époque : la beauté brute, l’irrévérence, l’audace féminine dans un Paris encore corseté.

L’exposition ne cherche pas à héroïser Berthe Weill, mais à rendre sa place à celle que l’histoire de l’art a négligée. Loin des grands marchands à l’égo monumental, Weill incarne un autre modèle : celui d’une passeuse.

« Cette vie, je me la suis faite ainsi parce que je l’aime ainsi ; j’y ai trouvé des déceptions, mais aussi, bien des joies et, en dépit de toute entrave, je me suis créé une occupation qui me plaît infiniment et je dois m’estimer heureuse… je le suis ». Berthe Weill, Pan ! dans l’œil…, 1933.

Elle n’a pas fait fortune, mais elle a vu juste, et tôt. Ses archives, ses lettres, ses carnets de comptes exposés ici rappellent qu’elle travailla souvent à perte, par conviction. Ce n’était pas une spéculatrice : c’était une militante de la création.

On ressort ému de cette traversée. Parce qu’on comprend que sans cette femme discrète, l’histoire du modernisme ne serait pas le même. Berthe Weill n’a jamais possédé un empire ni signé de chefs-d’œuvre.

Mais elle a offert aux artistes un espace, un regard, une foi. Et c’est peut-être cela, au fond, la plus belle définition de l’avant-garde : la liberté par dessus tout.

 Dates : du 8 octobre 2025 au 26 janvier 2026 – Lieu : Musée de l’Orangerie (Paris)

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