Publik’Art est archi fan de ce joli album, très joliment illustré, et avec un vrai scénario : Le petit papa. Grégoire a reçu un poupon pour Noël ! Alors que son papa s’occupe du bébé, petite frère de Grégoire, Grégoire s’occupe aussi de son bébé ! Et comme il en est fier ! Il ne le quitte pas ! Il fait tout comme son papa ! Mais quelle responsabilité ! Voilà un très joli album qui permet d’aborder la naissance d’un nouveau-né dans une famille. Car rien n’est vraiment facile avec la fratrie… Qui a dit que les poupons étaient réservés aux filles ? Dans une école maternelle, ce sont les garçons qui se disputent les poupées, poupons et poussettes ! (vécu d’une enseignante en Maternelle à la retraite !) Le petit papaest un charmant album à offrir à nos tout-petits, garçons et filles, justement au moment d’une naissance ou comme cadeau de naissance à la fratrie !
Le texte de Pagnol est aujourd’hui revisité par Joël Pommerat et ses comédiens, dont trois détenus sortis de prison ont rejoint sa troupe.
Dans cette nouvelle version proposée par Pommerat, la légèreté et la candeur originelles cèdent la place à une vérité plus sociale, plus âpre, plus existentielle, qui se nourrit notamment du travail de création théâtrale que le metteur en scène mène depuis dix ans dans une prison française.
Enrichi de l’expérience, de la vie et de l’imaginaire des interprètes, le texte de Pagnol, librement réadapté, se charge d’interrogations humaines profondes, troublantes et captivantes.
S’il garde le contexte marseillais, Pommerat l’ancre dans le monde contemporain avec ses violences sourdes qui scrutent les conflits intérieurs et la complexité des relations humaines.
Aujourd’hui, César tient une boulangerie-sandwicherie, Fanny travaille dans un salon de coiffure et Panisse possède des magasins de scooters.
Comme chez Pagnol, la pièce raconte l’histoire d’un homme tiraillé entre son devoir de fils, son amour pour une femme et un désir de vivre une vie plus grande que la sienne.
Marius voudrait prendre le large, mais il se résigne à rester pour aider son père, César, à la tête d’une affaire mal-en-point. Avec Fanny, une coiffeuse du quartier, ils vivent une histoire d’amour en pointillé qui peine à se concrétiser pleinement.
Une vérité humaine
À la manière d’un conte initiatique si propre à l’écriture de Pommerat, le spectacle nous confronte à des questions essentielles : qu’est-ce que réussir sa vie ? Est-il possible de tout recommencer ? La fuite est-elle raisonnable ? L’amour d’un père est-il toujours émancipateur ?
Une vérité humaine qui sonne juste, là où le geste de mise en scène de Pommerat, révélateur de son histoire de théâtre, n’est pas seulement de raconter la société ou le politique, mais aussi d’habiter un univers sensible : plateau dépouillé tout en étant naturaliste, vérité des acteurs, mise en valeur de la parole et du corps du comédien dans l’espace scénique mais solitude de ces corps ou du groupe, utilisation d’extraits musicaux qui impriment une étrange mélancolie et un échappatoire.
On y devine le mystère, l’intranquillité, la solitude et un présent aussi inaccompli qu’immobile.
L’humour y affleure sans cesse, notamment dans les rapports entre les personnages et la fameuse partie de cartes propice, entre joueurs du quartier, à des échanges épiques et roublards.
Dans ce théâtre narratif et de silence, les comédiens intenses, d’une pudeur rare, imposent un jeu sans ostentation. Un jeu qui teinte à nul autre pareil la fiction du réel, jusqu’à frayer au plus près d’un théâtre d’émotions et de vérité extrême, entre humanité, tendresse et gravité mêlées.
Dates : du 22 au 23 octobre 2025 – Lieu : Théâtre du Passage (Neuchâtel) Mise en scène : Joël Pommerat
Le 1er novembre,Clément Simon vous donne rendez-vous au Café de la Danse pour le concert de son groupe Baby Vortex. Auto-produit par Lui-même, l’album très jazz propose une musique ensorcelante que le pianiste, arrangeur et producteur parisien va dévoiler en live pour creuse un sillon jazz avec une préférence pour la musique improvisée. Le concert se fera en même temps que celui de Julien Dubois pour fêter la sortie des albums de leur groupes respectifs, Not what you think de Babyvortex donc et le Soi et l’Autre de Julien Dubois. La soirée promet d’être explosive avec une bonne quantité de groove, de synthés et de solos endiablés. Babyvortex se compose de Clément Simon aux claviers et aux compositions, Jean-Loup Siaut à la guitare et Kurtis Efoua à la batterie. Le morceau Wrong Pyramid est une bonne illustration avec son atmosphère rappelant parfois les envolées Pink Floydiennes et ses moments proches de l’improvisation. Clément Simon utilise son clavier avec talent avec ses 2 compères pour une musique marquée par le groove pour un jazz moderne mâtiné d’afro-beat et de trip-hop, les fans de Massive Attack apprécieront. La musique est parfois dansante, parfois aérienne, le mélange est vivifiant et surtout très originale. La longueur des morceaux permet à l’auditeur de s’immerger dans une musique aussi savante qu’enjôleuse. Les 3 instrumentistes sont en harmonie, rebondissant chacun sur les autres pour un vrai spectacle auditif, avec des sonorités afro ou trip-hop, de quoi plaire autant aux aficionados des musique des années 70 ou 90. On peut encore écouter Archive, Alpha, ou Fela Kuti, pour se plonger dans la musique de Baby Vortex. Le nom de la formation est certes un peu étrange, mais sa musique ne l’est pas moins, c’est donc cohérent pour un beau voyage musical.
Dès les premières pages, Chamka installe un sentiment d’urgence — les rouages de la dictature vacillent. Le Major pressent que tout devient incontrôlable : un coup d’État fédéral se profile, la révolte des Invisibles se durcit, et l’ombre de la secte de Ganz plane toujours plus dense. Safir fait alliance avec les triades, tandis que Vananka, obsédé par le mystère autour d’Isabelle, s’engage dans une odyssée jusqu’à la station terminus de ses cauchemars. Les tensions, jusqu’ici contenues par l’équilibre précaire du tome 1, éclatent avec violence.
Graphisme & ambiance : le noir sublimé
Jef, au dessin et à la couleur, confirme ici son statut d’architecte visuel de ce monde dystopique. Son trait brut, ses contrastes marqués, ses compositions audacieuses rendent superbement palpable la claustrophobie urbaine. Le style, oscillant entre le croquis nerveux et la grande fresque visuelle, donne à Chamka une densité presque cinématographique — comme si l’album mutait en film muet où chaque bulle compte.
Écriture & structure : intrigue à plein régime
Côté scénario, Kevan Stevens réussit à pousser plus loin les fils narratifs semés dans le tome 1. Là où En moi le chaos présentait les éléments en latence, Chamka les fait entrer en collision. Certains choix peuvent paraître abrupts — l’alliance avec les triades, la fuite de Vananka vers l’inconnu — mais cette accélération impose une lecture haletante. Le risque, c’est le brouillage des intentions : plusieurs personnages agissent dans l’ombre, et leurs ambitions restent pour le moment opaques.
En conclusion : un pari audacieux mais fragile
Chamka conclut ce diptyque (ou du moins cette phase) avec panache. Il ne se contente pas de poursuivre l’introduction : il pousse l’intrigue au bord du précipice, quitte à sacrifier un peu de clarté narrative. Le souffle visuel, l’intensité, l’atmosphère noire en font un objet de bande dessinée remarquable. Si quelques zones restent à clarifier pour une pleine cohérence, ce tome 2 marque une étape importante dans ce projet audacieux.
Extrait de la BD :
Résumé de l’éditeur :
Dans un futur sombre en proie à une drogue dévastatrice, despersonnages vont jouer une partition qui les dépasse, dessinant un destin plus grand mais fragile face à la vague de chaos qui s’installe.
Le Major sent que la situation devient hors de contrôle, alimentée par un début de coup d’Etat Fédéral et la révolte du groupe des Invisibles frontalement exposé à la secte de Ganz. Safir s’allie aux triades. Et Vananka, dans sa quête pour retrouver ce qui est arrivé à Isabelle, a pris un ticket direct pour la station terminus de son cauchemar. La Mécanique s’emballe.
Date de parution : le 15 octobre 2025 Auteur(s) : Kevan Stevens (Scénariste) et Jef (Dessinateur) Genre : S.-F.
Avant les grandes traversées et les complots coloniaux, il y eut Kermellec. Avec Le Trépassé de Kermellec, réédité chez Quadrants en même temps que les six premiers tomes, on redécouvre le tout premier tome de la saga culte L’Épervier, œuvre fondatrice de Patrice Pellerin. Cette aventure initiale jette les bases d’un univers historique d’une rare cohérence, où l’honneur, la mer et la liberté se croisent dans un tourbillon romanesque.
Une enquête en Bretagne au XVIIIᵉ siècle
Brest, 1742. Yann de Kermeur, noble marin breton, est accusé du meurtre du comte de Kermellec. Contraint à la fuite, il doit prouver son innocence dans une France d’Ancien Régime où les puissants manipulent la justice à leur guise. Ce récit d’ouverture, entre polar maritime et fresque historique, captive par son réalisme minutieux et son souffle d’aventure.
Le dessin, un chef-d’œuvre de précision
Pellerin excelle dans l’art du détail : gréements, uniformes, architectures portuaires… tout est restitué avec une exigence quasi documentaire. Les cadrages cinématographiques et la lumière bretonne confèrent aux planches une puissance visuelle rare.
Une réédition indispensable
Cette parution d’octobre 2025 rappelle combien L’Épervier demeure un jalon essentiel de la BD d’aventure française. Plus de vingt ans après sa création, Le Trépassé de Kermellec n’a rien perdu de sa majesté. Une œuvre à (re)découvrir absolument, pour embarquer une fois encore aux côtés du plus noble des corsaires.
Extrait de la BD :
Résumé de l’éditeur :
Le corsaire Yann de Kermeur est accusé, à tort, du meurtre d’un noble breton. Il n’aura de cesse de clamer son innocence et démasquer ses détracteurs, depuis la rade de Brest jusqu’au coeur de la jungle guyanaise !
1741. Le corsaire Yann de Kermeur se rend au domaine de Kermellec pour un rendez-vous tardif. À peine arrivé, des cris l’attirent dans la chapelle où il découvre le comte mortellement blessé. Yann recueille ses dernières paroles : une statuette aztèque, un mystérieux portrait… Soudain l’on surgit, prenant le corsaire pour le meurtrier. L’Épervier vient de tomber dans un funeste traquenard…
Date de parution : le 15 octobre 2025 Auteur(s) : Patrice Pellerin (Scénariste et Dessinateur) Genre : Corsaire, Piraterie
Le chatest un très bel album documentaire, entièrement cartonné, centré sur le chat, écrit et illustré par Adeline Ruel. Le jeune lecteur va découvrir les qualités du chat, sa souplesse, son comportement, ses bébés et les différentes races. Les illustrations sont superbes et au plus près de la réalité. Le chat, Mon imagier nature, va donner envie d’avoir un chat à la maison !
Avec Satanie, Fabien Vehlmann et le duo Kerascoët réinventent le mythe du Voyage au centre de la Terre dans une version moderne, sensuelle et vertigineuse. Dans une nouvelle édition à paraître le 15 octobre 2025 chez Soleil, cet album reprend et enrichit le précédent Voyage en Satanie pour en faire une œuvre complète, d’une densité rare. On y suit Charlie, jeune scientifique habitée par la disparition de son frère, qui descend sous terre pour le retrouver. Mais ce qui devait être une expédition rationnelle devient une plongée au cœur du mystère, entre science et damnation.
Sous terre, tout vacille
Vehlmann revisite Jules Verne avec un regard contemporain, là où l’aventure devient introspection. L’exploration des galeries infernales questionne la foi, la morale et l’humanité elle-même. À mesure que Charlie s’enfonce, les certitudes s’effritent : et si l’enfer n’était qu’une métaphore de nos propres ténèbres ?
Une beauté inquiétante
Les Kerascoët déploient un dessin somptueux, tout en contrastes. La lumière se fait matière, la roche devient chair, et chaque planche respire la suffocation et la fascination. Leur style, oscillant entre douceur enfantine et horreur organique, magnifie ce récit aux accents métaphysiques.
En Bref,
Entre Jules Verne et Dante, Satanie propose une descente inoubliable, aussi poétique qu’inquiétante. Une fable souterraine, superbe et dérangeante, qui confirme le talent du trio pour explorer les recoins les plus obscurs de l’âme humaine.
Extrait de la BD :
Résumé de l’éditeur :
Aventure, étrangeté fantastique, sensualité, Satanie propose un récit haut en couleur, palpitant et émouvant.Charlotte alias Charlie une jolie rousse, organise une expédition afin de retrouver son frère.Ce jeune scientifique, qui a disparu sous terre depuis plusieurs mois, affirmait au plus grand étonnement de tous pouvoir prouver l’existence de l’Enfer en s’appuyant sur la théorie de l’évolution de Darwin !Le petit groupe conduit par Charlie s’enfonce donc sous terre et découvre au fur et à mesure de sa progression que les entrailles de notre planète pourrait bien abriter une autre forme de vie pour le moins inattendue…
Date de parution : le 15 octobre 2025 Auteur(s) : Fabien Vehlmann (Scénariste) Kerascoët (Dessinateurs) Genre : S.F., Jules Verne
Astronomie : La Bibliothèque des merveilles (Flammarion Jeunesse)
Les éditions Flammarion Jeunesse nous proposent un album documentaire, magnifique et d’une qualité exceptionnelle : Astronomie, La Bibliothèque des merveilles. Roland Lehoucq est astrophysicien, enseignant et auteur. Il arrive à partager ses savoirs de façon simple en se mettant à la portée de tous. Comme par magie ! Cet album s’adresse aux enfants dès l’âge de 7 ans ! C’est un fantastique voyage dans les étoiles, avec des découvertes impressionnantes à chaque page. Chaque astre a sa carte d’identité. Il en est de même pour chaque planète, nébuleuse et galaxie ! Une mine d’informations qui paraissent presque magiques, avec des photographies géantes de la NASA et de l’ESA. A la fin de l’album, le lecteur découvrira une grande fresque dépliante de l’univers ! unique ! Astronomie, est un album unique pour tous les curieux du cosmos, quelque soit leur âge ! Notre coup de cœur ! Une belle idée de cadeau de Noël !
Les grandes questions des petits curieux : Le Corps humain (Casterman)
Publik’Art est fan de la Collection des Editions Casterman : Les grandes questions des petits curieux. Cet été, L’école maternelle était mise à nu, aujourd’hui, c’est au tour du Corps humain!
Le jeune lecteur connait le principe : des questions sont posées et il faut ouvrir le flap pour découvrir la réponse. Il y a plus de 50 volets à ouvrir ! Les questions sont sensées et faciles à comprendre, et les réponses très explicites et simples. En utilisant les bons termes. L’enfant va découvrir son corps, de la tête aux pieds, comprendre cette machine géniale qu’est le corps, en prendre soin tous les jours… Les illustrations sont rigolotes et très parlantes ! Les grandes questions des petits curieux : Le Corps humainest un album documentaire à avoir dans toute bibliothèque !
Ah, le vent du large ! Ce 17 octobre 2025, alors que Montpellier s’éveillera encore sous un ciel d’octobre digne du plus bel été indien, le 47e Festival international du cinéma méditerranéen (Cinemed) déploiera ses voiles pour 8 jours qui pulseront au rythme des vagues contemporaines. Pas de nostalgie figée cette année, mais un élan vital qui, face aux tourments du bassin – conflits au Proche-Orient, fractures sociales –, réaffirme la mission du festival : un refuge pour les voix libres, un dialogue tissé de pellicules. Sous la houlette de Christophe Leparc, directeur aux convictions chevillées au corps, Cinemed n’oubliera pas ses racines – ces rives partagées de la Méditerranée, de la mer Noire au Portugal et à la Syrie –, mais les réinvente avec une audace communicative. Comme un sirocco qui chasse les ombres, cette édition honore les contemporains tout en tendant l’oreille aux échos du passé. Prêts à embarquer ? Laissez-vous porter par cette programmation qui, de l’ouverture à la clôture, promet rires, larmes et révélations.
Une ouverture en majuscule : L’Étranger, un miroir camusien sous les projecteurs
Ce vendredi 17 octobre 2025 au Corum, Cinemed s’offrira une ouverture qui frappe comme un uppercut philosophique : L’Étranger de François Ozon, adaptation étincelante du roman d’Albert Camus. En présence du maître français lui-même, le film dressera le portrait d’un Meursault moderne, errant dans un Algérie hantée par l’absurde et l’exil intérieur. Ozon, fidèle à son art de disséquer les âmes avec une précision chirurgicale – rappelez-vous Swimming Pool ou Dans la maison –, signe ici une œuvre qui résonne plus que jamais avec les fractures méditerranéennes actuelles. Cette soirée, que l’on imagine déjà dantesque au niveau de l’ambiance de l’Opéra Berlioz, ne sera pas qu’un prélude : c’est une déclaration d’intention, un appel à l’empathie qui infusera l’ensemble du festival.
L’Etranger de Camus par la Nouvelle Vague : Benjamin Voisin & Rebecca Marder.
En compétition : une « nouvelle vague » qui gronde.
Au cœur battant de cette 47e édition, la compétition des longs métrages de fiction déploie neuf perles inédites, en lice pour l’Antigone d’or – ce trophée de 15 000 euros qui propulse les talents vers les écrans français. Sous la présidence d’Ariane Ascaride, icône des rivages provençaux et complice de Robert Guédiguian, le jury scrutera ces œuvres qui capturent l’essence méditerranéenne : migrations, identités en fusion, colères contenues. Parmi les favoris, La voix de Hind Rajab, de Kaouther Ben Hania, habituée des travées montpellieraines et qui sort d’une ovation de 23 minutes à la Mostra de Venise ! Mais aussi, la découverte de la compétition pour Maryam Touzani, moitié du cinéaste Nabil Ayouch et qui a connu un franc succès avec Le bleu de Caftan, son précédent opus. Rue Malaga semble vraiment plein de promesses méditerranéennes. A retenir aussi, le tout juste lauréat du Festival de San Sebastian, Les Dimanches, de Alauda Ruiz de Azua. De l’Italie au Liban, en passant par des voix arméniennes oubliées, cette sélection nous offrira un kaléidoscope de vitalité : des polars psychologiques qui sondent les abysses familiaux, aux drames intimistes qui célèbrent la résilience. Un immanquable pour qui veut palper le pouls d’un cinéma qui refuse la censure et embrasse la complexité.
La voix de Hind Rajab. Uppercut émotionnel en prévision.
Des « Etoiles » qui illuminent les rives.
Et comme toujours, Cinemed sait convier ceux qui font vibrer les écrans d’aujourd’hui, transformant le festival en un salon flottant d’idées et d’anecdotes. Raymond Depardon et Claudine Nougaret, duo mythique du documentaire français, reçoivront un hommage retentissant : une rétrospective exhaustive de leurs odyssées visuelles, de Faits divers à La Vie moderne, où la caméra capture les fractures sociales avec une tendresse rugueuse. Sabrina Ouazani, actrice caméléon aux mille nuances – de L’Esquive à ses rôles plus légers mais pas moins importants –, animera une masterclass le 25 octobre, occasion unique de vivre une de ces moments chaleureux dont le festival regorge. Fernando León de Aranoa, cinéaste espagnol au vitriol éclectique (El buen patron, A perfect day), foulera pour la première fois les planches montpelliéraines, apportant son humour noir sur les inégalités. Sans oublier l’hommage aux 100 ans de Youssef Chahine : trois classiques (Le Destin, Adieu Bonaparte, L’Emigre) pour raviver le feu sacré du cinéma Egyptien.
Sacré Gang des Amazones : Laura Felpin, Lyna Khoudri, Izia Higelin pour secouer le Corum.
Des bourrasque de fraîcheur qui gâtent l’amateur pour les avant-premières Cinemed.
Hors compétition, les avant-premières affluent comme une mousson bienfaisante, offrant au public des premières françaises escortées par leurs auteurs – un luxe que Cinemed maîtrise à la perfection. Le Gang des Amazones de Mélissa Drijard injectera une dose d’adrénaline féministe, suivant un crew de braqueuses dans les ruelles algéroises – un polar rythmé qui pulsera au son du raï. Et que dire de L’âme idéale d’Alice Vial, comédie philosophique avec Jonathan Cohen en chercheur d’absolu, projetée en sa présence le 20 octobre ? Un éclat de rire qui allègera les cœurs. Côté séries, les trois premiers épisodes de Los Años Nuevos de Rodrigo Sorogoyen (déjà notre chouchou de l’édition précédente) promettent un thriller temporel haletant. Ajoutez à cela des journées spéciales, comme celle consacrée à l’état des lieux du cinéma syrien, ou encore l’hommage au monstre sacré Dino Risi, et vous avez un festival qui gâtera l’amateur sous toutes ses formes : du bis à l’auteur, du rire aux larmes, le tout en un claquement de doigts.
La Reina de las Goyas nous délivrera sa Romeria.
… et une clôture en majuscule avec Romería, le nouveau film de la surdouée Carla Simon.
Le 25 octobre, le festival tirera sa révérence sur une note de grâce païenne avec Romería de Carla Simón, film-affiche de cette édition qui bouclera la boucle comme une procession andalouse. Ce portrait de ferveur collective, où les corps et les âmes se fondent dans une danse rituelle, incarne l’esprit de Cinemed : un lien indissoluble entre passé et présent, entre rives déchirées et espoirs partagés. En présence de la réalisatrice catalane, la soirée de remise des prix – Antigone d’or en tête – scellera une semaine de ferveur. Cette clôture ne sera pas une fin, mais un écho : comme les vagues qui reviennent inlassablement, le Cinemed nous laisse assoiffé de la prochaine marée.
Du 17 au 25 octobre, au Corum, au Centre Rabelais et dans les cinémas de Montpellier, montez dans le train Cinemed, et ne descendez plus.
Phillipe Decouflé à la Villette : un temps incarné et rejoué
Sous le regard de Philippe Decouflé, le temps devient une matière douce, élastique, que la danse étire, replie, transforme. Dans ce spectacle « Entre-Temps » l’humour, la mémoire et la musique s’incarnent en un poème chorégraphique, emmené par un pianiste habité, Gwendal Giguelay.
Avec ce nouvel opus, Decouflé signe un spectacle d’une humanité renversante. Et offre à la danse un espace où la mémoire, le présent et la musique s’entrelacent dans une élégance savoureuse, sans ostentation. Là où entre poésie du geste et pulsation du piano, le temps s’étire, se partage, et se fête.
Sous un chapiteau devenu horloge vivante, la compagnie DCA fait donc vibrer le temps : celui des corps, des souvenirs et des présences. Une danse à la fois mélancolique et joyeuse, portée par la musique éclectique et l’intelligence du geste.
Une traversée à la fois généreuse et contemplative, nourrie par quatre décennies de création. Mais ici rien de nostalgique : il ne s’agit pas de regarder en arrière, mais de faire du passé un présent vivant, vibrant.
Eloge du présent et sa mémoire vive
Les neuf danseurs — jeunes et plus âgés — forment une communauté en marche, une horloge humaine dont chaque corps bat à son propre rythme. La scène devient un espace de transmission, d’écoute mutuelle, de continuité. Car le temps, chez Decouflé, ne sépare pas : il relie.
La chorégraphie semble d’abord simple, presque familière : des marches, des rotations, des gestes quotidiens qui se répondent. Mais sous cette apparente sobriété se cache une écriture subtile, pleine de respirations et de contrepoints.
Decouflé construit la danse comme une phrase musicale : une suite de motifs qui se répètent, se déforment, se souviennent. Les corps se déplacent en spirales lentes, s’entrecroisent, se dédoublent, comme si chaque danseur portait son propre souvenir du mouvement précédent.
Le rapport au sol, au geste — essentiel – donne à la pièce toute sa dimension : les pas sont rapides ou feutrés, les attitudes théâtralisées. Il y a du burlesque dans cette alchimie, cet humour tendre qui traverse tout le travail de Decouflé : une pirouette qui devient clin d’œil, un déséquilibre transformé en grâce, une maladresse soudain sublime.
La danse devient ici langage de résistance : elle refuse la perfection lisse, lui préférant la fragilité. C’est un art du déséquilibre, de la vibration, du presque-rien qui, naturellement et subtilement, dit tout.
Au centre du dispositif, le pianiste Gwendal Giguelay incarne littéralement le tempo du spectacle. Installé sur scène, il accompagne les danseurs comme un maître de ballet dans un cours, mais son rôle dépasse celui du simple musicien : il devient un personnage, un complice, une respiration.
Giguelay passe sans effort de Rameau à Liszt, de Bach à Philip Glass, et ses improvisations dialoguent avec la fluidité des corps. Moment d’orfèvrerie : quand les danseurs viennent l’entourer pour réciter les chiffres hypnotiques d’Einstein on the Beach, hommage à Lucinda Childs et Bob Wilson, la scène se transforme en pulsation collective — mi-rituelle, mi-ludique
Puis, d’un seul coup, le pianiste enclenche son juke-box intérieur : Madonna, Gloria Gaynor. Le temps se modernise, s’amuse. La mémoire devient pop. Cette oscillation entre érudition et légèreté résume parfaitement l’esprit du spectacle : un art du tissage, du lien, du passage.
La scénographie, fidèle à l’univers de Decouflé, épouse le mouvement sans l’enfermer : un plateau mouvant et extravagant, des ombres glissantes, des lumières et des couleurs qui flashent. Les corps s’y reflètent, se dupliquent, se brouillent — comme si le temps lui-même jouait à nous tromper.
Rien de monumental : tout est nuance, suggestion, transparence. Cette retenue, loin de l’effet spectaculaire, permet à la poésie d’affleurer. On y sent une joie paisible, celle d’un artiste qui ne cherche plus à prouver, mais à partager.
Un spectacle singulier qui résiste à l’époque formatée, impose sa cadence : une lenteur lucide, presque politique. Le spectateur est invité à respirer, à observer les micro-événements d’un geste, à redécouvrir la beauté d’une marche, d’un regard, d’une main posée sur une épaule.
Des moments qui s’étirent mais où cette suspension fait partie de son propos : laisser au temps le droit d’être là, d’être dense/danse jusqu’au bout.
Dates : du 9 au 26 octobre 2025 – Lieu : La Villette (Paris) Conception et Mise en scène : Philippe Decouflé
Les éditions Bayard jeunesse nous proposent un super album jeunesse : Wahou ! Notre super coup de coeur ! c’est un livre carré, entièrement cartonné, avec de nombreuses découpes et flaps. Le tout jeune lecteur va adorer suivre avec son doigt, tourner la page, découvrir les surprises et découvrir l’art sous toutes ses formes ! En même temps, ce très chouette album est pédagogique et va permettre au tout-petit d’intégrer des notions fondamentales. Il pourra lui-même réaliser les nombreux dessins, peintures de cet album, avec l’aide d’un adulte. Comme à l’école ! Wahou est un album qui revisite l’art et le met à la portée des plus jeunes. La lecture de cet album est interactive ! Publik’Art est fan ! A offrir à tous nos petits !
Champagne Vaucelle avait adressé les 2 cuvées Terre Natale et les Vallons au mois d’avril pour une belle découverte, le moment est venu de rencontrer le responsable commercial Jeremy Bovy pour en savoir plus. La dégustation se déroula au restaurant L’évadé à proximité du métro Saint Georges à Paris, au sous-sol, sous des voutes sans âge qui impressionnent par leur majesté.
6 cuvées harmonieusement dégustées
Les 6 cuvées de la maison Vaucelle ont été dégustées avec un menu proposé par L’Evadé. Au préalable, Jeremy Bovy a abreuvé les 20 invités de détails savants sur la maison Vaucelle. 2025 est la première saison proposée à la vente avec 6 cuvées au spécificités assez différentes. Avec 150 000 bouteilles, la production est encore assez peu importante mais devrait gagner en volumétrie dans la prochaines années. Le grand responsable Thomas Cheurlin était hélas absent pour cause de virus de saison mais le moment était tout de même d’une convivialité rassérénante. La première cuvée dégustée fut le Brut Sans Année Les Vallons (29 euros prix de vente caveau) composé principalement de Pinot Noir avec une touche de Chardonnay. Parfait pour les apéritifs et les soirées festives, mais également pour accompagner tout un repas avec une viande. La bouche est fraîche avec un équilibre entre minéralité et fruité du Pinot noir pour une belle longueur. Deuxième dégustation, le Blanc de Blancs Terre Nacrée composé de 100% de Chardonnay (38 euros Prix de vente caveau). Son nez est aérien avec des touches de fruits blancs comme la pêche de vigne. Les bulles sont très fines pour un vin où l’on retrouve des notes très florales comme l’acacia et brioché voire mielleuse. Le champagne est vif et minéral qui accompagne très bien une viande rouge type côte de bœuf ou en dessert avec une salade de fruits rouges. Troisième cuvée dégustée, le Blanc de Noirs Terre Natale est composé de 100% de Pinot noir (38 euros prix de vente caveau). Les bulles sont très fines pour un vin partiellement vieilli sous foudre qui propose maturité et rondeur. Le champagne accompagne parfaitement une pintade à la sauce aux morilles ou encore des tagliatelles de Saint-Jacques. Vint ensuite le Champagne Terre de Nuances cuvée éphémère, composé de 100% Pinot blanc (45 euros prix de vente caveau). La cuvée est numérotée, limitée, et il changera tous les ans en fonction du travail en cuverie. En bouche, la fraîcheur et la bulle fine de cevin apparaissent immédiatement, grâce à un dosage faible et les notes de Pinot blanc pour un champagne gourmand. Le champagne est rare (seulement 2 000 bouteilles par an) et vraiment original. Il se déguste à l’apéritif et peut accompagner du poisson comme une dorade grillée. Le Champagne rosé Le Suchot est particulièrement gourmand composé de 100% de Pinot noir (32 euros prix de vente au caveau). La bouche est fraîche, agréable et équilibrée avec une belle longueur, élément essentiel pour les cocktails et soirées festives, également pour les desserts. Enfin, la cuvée des Ambassadeurs fut dégustée pour une vraie confirmation de la qualité. C’est une cuvée prestige, référence de la maison connue des ambassades à Paris. Assemblé avec 80% de Pinot noir et 20% de Chardonnay (69 euros prix de vente caveau), la Cuvée des Ambassadeurs est la crème de la crème de la Maison Vaucelle pour un champagne élaboré uniquement lors des belles années de vendanges. C’est une cuvée à proposer pour les repas de fêtes avec une dinde à la sauce crémeuse au foie gras ou avec du fromage
Un repas au diapason
Le diner fut un grand moment de gastronomie. En entrée, du saumon mariné aux baies de Timut, concombre, raisin, aneth avec le Champagne Terre Natale Blanc de noirs, un accord Met vin juste parfait. Le plat fut un Suprême de poulet fermier farci sarriette, pomme Dauphine et une sauce au fois gras. Pour un plat d’une telle qualité, la cuvée des Ambassadeurs, évidemment, pour un vrai moment de gourmandise, preuve que le restaurant L’évadé est à découvrir absolument. En dessert, un entremet framboise pistache avec un sorbet framboise accompagné du Champagne rosé Le Suchot pour un vrai plaisir gourmand. Le repas fut l’occasion de discussions assez rares tant les convives ont pris le temps d’apprécier la grande qualité des plats.
Les 6 cuvées du Champagne Vaucelle ont fait une belle unanimité, le restaurant L’évadé a convaincu tous les convives pour un beau moment de convivialité gourmande qui donne envie de recommander autant Champagne Vaucelle que le restaurant L’évadé.
Publireportage: Notre histoire est une rencontre entre la Mer de l’époque Jurassique qui donna naissance à des terroirs et des Hommes qui ont su les préserver et les pérenniser. Thomas en a fait ses jardins où la vigne s’épanouit par le travail du vigneron et sa conscience de n’être qu’un passeur d’Histoire. C’est la conscience de l’héritage pour en faire la transmission. La rose des vents donnait aux marins le cap à suivre pour les amener à découvrir de nouveaux horizons et en faire des aventuriers tout comme la nature la donne au vigneron qui saura l’écouter. Son vignoble s’étend sur différentes petites vallées qui en champenois se nomme VAUCELLE où résonne le travail de la vigne ainsi est né notre champagne et ses cuvées.
Les éditions Glénat jeunesse nous proposent un album jeunesse qui se passe au Moyen-Age : Chevaleresse Mathilde.
Mathilde rêve d’être une chevaleresse. Son père est le plus grand des chevaliers et il est parti à la guerre pour repousser les ennemis du Royaume. Sa tante a inventé de drôles d’armes : une catapulte avec une marmite remplie de crottes des cochons et des chevaux ! Mathilde n’en perd pas une miette et va même prendre des cours d’épée ! Une vraie petite chevaleresse !
Chevaleresse Mathilde est un album drôle, rempli d’humour, aux illustrations pétillantes, qui va plaire autant aux garçons qu’aux filles !
Un monde en moi est un très chouette album, avec de nombreuses découpes et des illustrations sublimes. Le texte est poétique et va permettre au jeune lecteur de se découvrir un peu… Comme la petite fille, le lecteur a tout un monde qui habite en lui… Il change, il grandit, il évolue… Comme la nature qui l’entoure ! Elle est si belle ! « J’essaie de garder un coeur généreux, à la manière du bois des forêts. » Un monde en moiest un album, très positif et encourageant, à lire et relire avec ses enfants, dès l’âge de 4 ans !
Cécile Garcia Fogel et Valérie Dashwood photo (DR)
« Les Frustrés » montent sur scène et Bretécher se lâche !
Il y a dans ce spectacle « Poussez-vous les mecs » un parfum de vieille lucidité. Ce genre d’intelligence qui ne cherche pas à plaire, mais à pointer là où ça fait mal. Claire Bretécher en savait quelque chose : sur ses planches, elle a dessiné les angles morts de la modernité, les contradictions molles, les faux combats et les vraies lassitudes.
Et voici que Cécile Garcia Fogel et Valérie Dashwood, formidables, lui redonnent voix — pas seulement un écho, mais un timbre, un grain, un souffle, une folie douce.
Sur scène, plus de bulles ni de stylos. Juste deux femmes, leurs corps, leurs mots, leurs nerfs. Les hommes, eux, sont là sans y être : voix off, présences désincarnées. Ils existent comme un climat, un arrière-fond d’époque, une pression invisible.
C’est un choix fort — presque politique — que de ne jamais les montrer, là où la domination masculine devient ici une acoustique, un bruit de fond dont on ne se défait jamais tout à fait.
Les deux comédiennes imposent leurs tempéraments pour une partition d’une complicité parfaite. Elles jouent comme on débat dans un salon de 1978 : avec esprit, férocité et tendresse mêlés.
Etre femme libérée, c’est pas si facile…
Elles incarnent tour à tour ces figures bretéchériennes — la féministe fatiguée, la mère dépassée, la compagne ironique, l’amie épuisée par sa propre lucidité — sans jamais tomber dans la caricature.
Leur jeu ose le déséquilibre : l’irritation, la lassitude, le sarcasme, mais aussi la tendresse pour ces femmes qui râlent, s’indignent, se refusent, doutent, parfois désespèrent. On rit de ces conversations de gauche-intello, de ces préjugés qu’on a cru renverser mais qui reviennent comme des étendards.
Les deux personnages se questionnent, s’interrompent, doutent, et éclatent. Leur duo est une valse de contradictions. Valérie Dashwood est d’une énergie tendue, nerveuse, qu’on devine à la fois combattante et sarcastique. Cécile Garcia Fogel, elle, porte le verbe avec une gravité douce, une ironie mélancolique, un brin de folie, une sensibilité presque pudique.
À elles deux, elles rejouent tout un demi-siècle d’idéaux contrariés. Et le miracle, c’est que ça n’a pas vieilli — ça percute et ça vibre encore. Le rythme est serré, l’enchaînement des saynètes donne au spectacle un ton inattendu avec des accents surréalistes : le vertige décalé du confort bourgeois, des certitudes féministes « de gauche », des paradoxes entre ce que l’on dit et ce que l’on fait.
La langue de Bretécher, adaptée à la scène, garde ici tout son tranchant. Ces dialogues, c’est du cristal fêlé : ça brille et ça casse en même temps. On y rit souvent — mais d’un rire lucide et jaune. Car ce que la pièce montre, ce n’est pas tant le combat des années 70 que l’inachèvement du nôtre : le féminisme devenu réflexe, les hommes devenus alliés par confort, le progrès devenu posture.
La mise en scène de Garcia Fogel a choisi la sobriété et un ton décalé. Rien ne distrait du texte, mais tout le rend poreux. Le décor est un territoire mental ; les transitions, des respirations de pensée. On passe d’un entretien radio à une conversation intime, d’une satire domestique à une crise existentielle, sans que rien ne paraisse forcé. Les corps parlent autant que les mots : un silence, un regard, un effondrement du ton suffisent à faire remonter ce que Bretécher, à l’époque, laissait deviner sous des traits d’encre.
Et quand soudain, la chanson de Cookie Dingler retentit : « Elle est femme libérée… mais tu sais, c’est pas si facile… » Dans un éclat presque comique, tout le paradoxe du spectacle se concentre.
Ce tube des années 80, devenu cliché, revient ici comme un miroir déformant : un sourire en coin sur l’utopie de l’émancipation où les nanas n’en n’ont pas encore fini d’apprendre à l’être.
Dates : du 1er au 18 octobre 2025 – Lieu : Théâtre de la Ville (Paris) Mise en scène : Cécile Garcia Fogel
Depuis la fin aout 2025, Franck Sadockexpose ses oeuvres à la boutique KIELLE au 250 rue de Rivoli à Paris. Rencontré en 2024 au salon 3F, il remet à l’honneur ses portraits d’hommes et femmes politiques croqués au plâtre lors de ses visites à l’Assemblée nationale, ainsi que ses modèles noirs pour lesquels des nouvelles oeuvres sont attendues, avec des personnages contemporains célèbres (l’artiste Jon Baptiste, le photographe TylerMitchell), et ce n’est pas tout. Il collabore également à la création d’un foulard mettant à l’honneur des personnalités féminines historiques comme Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Georges Sand ou Marie Curie, entre autres. Cette commande pour la marque KIELLE devrait aboutir prochainement.
KIELLE, une marque tendance à la pointe de la créativité
Jeune marque française en habillement, joaillerie et accesoires de mode fondée en Espagne en 2022, KIELLE a été fondé par Ezequiel Doria Medina, jeune designer d’origine bolivienne, autodidacte, qui utilise des matières nobles en production éco-responsable. Les formes sont renouvelées ou recherchées, avec des détails stylisés et décalés. La marque s’adresse aussi bien aux femmes, qu’aux hommes ou aux non-binaires. La collection printemps-été 2026, est inspirée par les catastrophes naturelles qui, malgré leurs impacts parfois effroyables, chantent la vie, le délassement, l’urbanité et le droit au bonheur. Dans l’hexagone, KIELLE commence à être diffusée par des magasins hôtes à Caen, Calvi, Saint-Malo, et Sucre en Bolivie. Les Bijoux sont inspirés des éléments de la nature et livrés dans le monde entier, avec des bracelets, des pendentifs, des bagues et des colliers en or, argent et pierres précieuses.
Une lecture fascinante de la traduction française des Sonnets de l’amour obscur
Les Sonetos del amor oscuro (Sonnets de l’amour obscur) sont un recueil de poèmes écrits dans les dernières années de la vie du poète espagnol Federico García Lorca (1898–1936) disparu tragiquement aux premières heures de la guerre d’Espagne. Publiés à titre posthume, ils ont été traduits par Line Amselem et elle a proposé une lecture le samedi 4 octobre dans la boutique KIELLE. Les héritiers de Lorca ont conservé les Sonnets pendant des années, ne les faisant publier qu’au tout début des années 80, pendant la transition démocratique espagnole, bien des années après l’assassinat du poète et de la mort de Franco. Ces poèmes sont considérés aujourd’hui comme l’une des œuvres phares de la production du grand poète espagnol, avec des mentions pas forcément explicites mais assez claires sur l’homosexualité longtemps cachée car interdite du poète, les fans de Dali connaissent certainement déjà la relation intense entre l’artiste et le poète. Les éditions Allia font paraitre ce très beau recueil rempli de sonnets d’une beauté éclatante, avec également des dessins du poète lui-même. L’ouvrage est à découvrir pour un beau moment d’intensité amoureuse. La lecture du 4 octobre, avec textes originaux espagnols et traduction française fut un beau moment de ravissement poétique.
N’hésitez pas à aller visiter la boutique KIELLE, l’équipe de Jean-Michel Jagot se fera un plaisir de vous faire découvrir les dernières créations de la marque KIELLE, ce sera également le moment d’admirer les créations de Franck Sadock et des exemplaires des Sonnetsde l’amour obscur y sont disponibles.
Le tome 12 de Le Voyage Extraordinaire marque le point d’orgue de cette saga jeunesse qui tient en haleine les lecteurs en quête d’aventure depuis 2012. Nos héros — Émilien, Noémie et Mathilde — sont entraînés dans une course finale haletante à travers les dunes, avant de découvrir une cité cachée où les enfants pourront peut-être enfin élucider le mystère des technologies obscures… et retrouver leur parent ?
Secrets, alliances et trahisons
L’affrontement avec Ursula et sa faction atteint son paroxysme. Les péripéties ne sont jamais gratuites : chaque épreuve révèle un peu plus du passé mystérieux de la sphère d’activation et du rôle qu’ont joué les civilisations anciennes. Les alliances vacillent, les trahisons éclatent, et les certitudes des protagonistes sont constamment remises en question. Ceux qui paraissaient fiables peuvent devenir des menaces – un choix narratif qui maintient le lecteur sur le qui-vive.
Un équilibre entre tension et révélation
Filippi réussit à doser savamment les scènes d’action et les moments de révélation. Les explications qui auraient pu alourdir le récit sont distillées par petites touches, ce qui préserve la fluidité de la lecture. On sent que ce tome a la pression de faire avancer les mystères tout en préparant l’ultime étape.
Graphisme au cœur de l’aventure
Le travail de Camboni (et du studio couleur) brille toujours de mille feux : avec des décors très riches et luxuriants, on admire les vastes panoramas, les jeux de lumière au cœur des ruines, le sens du détail toujours très apprécié. Le lecteur se sent pleinement immergé dans cet univers graphique très fort.
En Bref, ce douzième tome offre une conclusion à la hauteur de la saga. A ne pas manquer !
Extrait de la BD :
Résumé de l’éditeur :
Égypte. Émilien, Noémie et Mathilde se retrouvent au cœur du désert. Traqués par Ursula et ses sbires qui veulent récupérer la sphère d’activation, les enfants n’ont d’autre choix que de faire confiance à leur guide Sélim et de fuir à bord d’une felouque des sables. Sous une chaleur écrasante, ils parviennent à franchir le mur de sable d’une tempête errante. Bientôt, ils atterrissent dans une cité cachée qui se trouve être le berceau de la civilisation ayant créé les technologies obscures ! Les enfants n’en croient pas leur yeux et l’espoir de retrouver leurs parents renaît ! Mais en explorant ce lieu, ils sont confrontés à une nouvelle menace : de monstrueux robots sauvages qui n’ont rien à voir avec leur gentil Robby les prennent en chasse… Par chance, Kiritsu et ses robots ninjas viennent en aide à nos jeunes explorateurs. Finalement coincés dans une antique bâtisse, encerclés par une horde de robots, il leur reste peu de temps pour percer le secret qui sommeille dans cet endroit mystérieux. Après avoir sillonné le monde, les enfants touchent presque au but. Parviendront-ils à retrouver leurs parents et à élucider l’énigme de l’origine des technologies obscures ? Ce dernier tome plein de rebondissements clôt une incroyable série fantastique qui a captivé les lecteurs depuis 2012 grâce à ses nombreuses péripéties, son intrigue bien ficelée et une galerie de personnages toujours en quête de vérité. Une saga à ne pas manquer !
Date de parution : le 8 octobre 2025 Auteur(s) : Denis-Pierre Filippi (Scénariste) Silvio Camboni (Dessinateur) Genre : S.F., jeunesse
Georges de La Tour : le feu sous la cendre au musée Jacquemart-André
Il y a des expositions qui parlent fort, et d’autres qui chuchotent. Celle-ci murmure.
Le musée Jacquemart-André, toujours habile à tisser des dialogues entre splendeur et intimité, accueille Georges de La Tour, ce peintre de l’effacement flamboyant, ce mystique provincial que la lumière a rendu immortel.
L’intimité du visible
Dès les premières salles, le visiteur est saisi par une clarté qui semble venir de l’intérieur des toiles : pas de soleil, pas de ciel — juste une flamme, un souffle, un secret. C’est une lumière qui n’éclaire pas le monde : elle l’interroge.
On croit connaître La Tour. On oublie qu’il fut d’abord un artisan obstiné, plus modeste que visionnaire, plus silencieux que spectaculaire. Ses saints et ses mendiants, ses Madeleine extatiques, ses vieillards qui mangent des pois : ce sont des figures sans drame, des héros d’une humanité retenue.
« Georges de La Tour. Entre ombre et lumière » est une exposition dont la force tient à sa vérité : vérité des figures, vérité de la lumière, vérité du silence. Elle ne désire pas impressionner mais inviter — à ralentir, à regarder, à entendre ce qui ne se dit pas. Dans le paysage souvent animé des grandes expositions parisiennes, elle propose un contre-point précieux : un peu de paix, un peu de mystère, un éclat dans les ténèbres.
Le clair-obscur ou l’art du doute
Mais dans cette humilité, il y a une tension inouïe — la lumière n’y est jamais décorative, elle est charnelle, terriblement humaine, presque douloureuse. Une chandelle éclaire un visage, mais aussi une âme.
La scénographie du musée épouse cette respiration : salles obscures, halos ténus, dialogues de toiles où le silence circule comme un souffle. L’ensemble invite moins à regarder qu’à méditer. Le visiteur ralentit. Enfin.
On a souvent dit de La Tour qu’il était « le Caravage lorrain », c’est réducteur. Là où Caravage provoque, La Tour apaise. Là où l’un éclabousse de sang, l’autre murmure de cendre. L’exposition, plutôt que de trancher, joue la carte du mystère : a-t-il voyagé en Italie ? S’est-il inspiré des caravagesques français ? Le commissariat ne tranche pas, et c’est bien ainsi. Le flou devient vertige, la zone d’ombre un hommage.
Pourquoi La Tour nous fascine-t-il tant encore aujourd’hui ? Parce qu’il parle notre langue : celle du silence dans le tumulte, celle de la lumière fragile dans la saturation du visible.
En un temps où tout s’expose, il peint ce qui se retire. En un temps d’images sans profondeur, il peint la patience du regard. Son œuvre, c’est une méditation lente à l’heure du scroll infini. Et cette exposition, nous rappelle que voir, c’est parfois cesser de regarder.
Le Furie des Vampires est un film d’horreur espagnol de 1971. Avec sa photographie très soignée et la présence de la très belle Gaby Fuchs, le film mérite le coup d’œil. Beaucoup le considèrent comme un simple nanar, mais s’il a certes un peu vieilli, il n’est pas sans intérêt.
Un film d’horreur des années 70
Le pitch est sans surprise. 2 étudiantes partent en voyage pour trouver le tombeau de la comtesse Wandesa suspectée de vampirisme. Elles se retrouvent égarées dans la campagne et leur voiture en panne, elles sont alors recueillies dans la maison isolée de Waldemar Daninsky. A une époque où les films d’horreur espagnols étaient légion, Paul Naschy est resté comme une icône du cinéma fantastique espagnol. Au milieu de films appelés Les Vampires du Dr Dracula, Dracula contre Frankenstein et La Furia del Hombre loco, La furie des Vampires apparaît à l’époque comme une suite des Vampires du Dr Dracula, il en reprend en tout cas les éléments essentiels. Waldemar renaît suite à une imprudence car des médecins légistes retirent les balles en argent de son corps. Le personnage est alors obligé de vivre en dehors du monde où il est doit s’enchaîner chaque nuit de pleine lune pour éviter de se transformer et de s’attaquer à des individus innocents. Mais il est surtout confronté à une vampire du nom de Wandesa. Le scénario est signé Jacinto Molina. La réalisation est confiée à Léon Klimovsky, réalisateur argentin très prolifique et dans tous les styles en Espagne. La confrontation entre le loup-garou et des vampires se fait au ralenti, ce qui est assez étonnant et divertissant. Attaques bestiales et sauvages du loup-garou s’enchainent pour un effroi un peu kitsch mais tout de même intéressant.
La furie des vampires parait en combo Blu-Ray DVD à découvrir pour passer un beau moment d’horreur marquée années 70.
Synopsis: Deux étudiantes en sciences occultes sont à la recherche du tombeau de la comtesse Wandessa, personnage historique suspecté de vampirisme. Égarées en pleine campagne, elles sont accueillies dans la demeure isolée du comte Waldemar Daninsky, condamné à se transformer en loup-garou depuis qu’il a été lui-même mordu.
Qui connait le cinéma de Jafar Panahi sait de quoi est capable le bonhomme. Taxi Téhéran, Aucun ours, ses opus se déroulent en Iran et décrivent de l’intérieur la vie de ses habitants. Ce qui a le don, et le bon gout, de ne plaire du régime iranien. Condamné en 2010 par la justice de son pays à 6 ans de prison ferme pour propagande contre le régime, il a été placé en liberté conditionnelle jusqu’à son arrestation au parquet de Téhéran le 11 juillet 2022 à l’âge de 62 ans. Le 3 février 2023, il a été libéré après une grève de la faim et de la soif. Bref, il sait de quoi est capable le régime. Son dernier film Un simple accident est une tranche de vie dans l’Iran d’aujourd’hui. Un homme croit reconnaitre un de ses tortionnaires lors d’un séjour funeste en prison. Il a d’abord dans l’idée de l’enterrer vivant comme légitime vengeance, mais un doute le saisit et il demande à d’autres individus s’ils reconnaissent ce fameux boucher. L’intrigue louvoie longtemps entre la farce grotesque et le film de serial killer avec un ton tragicomique qui surprend. Les personnages sont ni tout à fait méchants ni tout à fait courageux, ils cherchent à se faire justice sans pour autant condamner un innocent. Et le spectateurs est pris au jeu, il se demande si et homme bâillonné, enfermé dans une malle et sédaté est bien le bourreau que tout le monde croit reconnaitre sans en être tout à fait certain. Le film avance jusqu’à ce quart d’heure final titanesque qui justifie à lui seul l’obtention de la palme d’or. Impossible d’en dire plus, disons que les 3 scènes finales scotchent au siège et retournent l’estomac. Le spectateur sent l’odeur de l’Iran, il suit les personnages, il comprend leur tiraillement, il essaye de prendre parti sans vraiment parvenir à se faire une idée sur le sort le plus juste que doit subir le prétendu bourreau. Punir ou laisser partir, la question obsède de plus en plus les spectateurs… jusqu’à la scène finale, insupportable d’intensité. C’est le signe d’un film qui, malgré ses 3/4 de déroulé assez fade, finit en apothéose pour un tourbillon d’émotions. J’ai failli sortir de la salle au bout de la première demi-heure, bien m’en a pris de rester jusqu’au bout.
Synopsis: Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe.
La femme à abattre est un film noir de 1951 en Noir et Blanc avec Humphrey Bogart. Et comme beaucoup de ces participants ont eu des problèmes avec Mac Carthy et la chasse aux sorcières, au premier titre Humphrey Bogart et Raoul Walsh, le film en a un peu pâti. Le film parle de mafia, décrite comme un problème de société, un fléau montré avec noirceur et froideur.
Un film noir des années 50
Le film très rythmé est fait de flashbacks, avec parfois des flashbacks dans les flashbacks. Avec le grand HB mis au premier plan, le film gagne en épaisseur. Le film débute avec une introduction grandiose où l’inspecteur Ferguson (HB lui-même) doit compter sur un unique témoin contre Mendoza, chef du syndicat du crime, mais ce témoin vient de se tuer, il doit trouver un autre témoin. Le film se conclut avec un grand moment à découvrir. Les années 40 et 50 américaines sont riches en polars et films noirs, La femme à abattre fait partie des meilleurs. Le flic est déterminé et efficace, et l’utilisation des flashbacks permet au spectateur de remonter le temps pour saisir les tenants et aboutissants de la situation. La mise en scène est nerveuse et captivante, le film est très abouti, puissant et prenant sans temps mort. Le titre français évoque une femme qui doit ici avoir une importance folle, ce n’est finalement pas le cas, elle est même anecdotique. The enforcer est un film d’hommes porté par un Humphrey Bogart impérial. A ses côtés, les autres ont du mal à exister.
Le film ne dure que 1h25, de quoi passer un bon moment de tension. Le film est à découvrir en DVD pour retrouver le grand B et en profiter.
Synopsis: Le procureur Martin Ferguson dispose d’un témoin clé dans la lutte qu’il mène contre une importante organisation criminelle. Mais celui-ci se tue accidentellement à quelques heures du procès. Les enquêteurs n’ont que peu de temps pour trouver la preuve qui empêchera le principal inculpé de ressortir libre du tribunal.
Une « Aida » réinventée à l’Opéra Bastille : le mythe à l’épreuve du présent
Confier « Aida » à Shirin Neshat n’avait rien d’anodin : artiste iranienne, elle a toujours fait de la condition féminine et des fractures politiques le cœur de son œuvre. À Bastille, son regard transforme l’opéra de Verdi en une tragédie qui parle au présent, où les femmes apparaissent comme les véritables centres nerveux du drame et où le peuple opprimé prend enfin toute sa place.
Dans la mise en scène, le cube monumental domine tout — prison, tombeau, sanctuaire. Et impose d’entrée une tension : symbole du pouvoir, de l’enfermement. Ce monolithe qui s’ouvre, se ferme, révèle, dissimule, dit à la fois la force étouffante des dominations et le désir d’éclatement.
Le jeu des costumes, des couleurs, des lumières renforce cette dialectique : le noir pour l’oppression, les esclaves, les rescapés, les visages souffrants ; le rouge, l’or, les costumes somptueux pour le pouvoir égyptien, ses prêtres, ses fastes. Parfois, cette fantasmagorie de couleurs crie encore plus fort dans le silence des scènes d’intimité ou dans l’épure des duos.
Les projections vidéo quant à elles — exils, désert, violences — brisent la distance historique et ramènent Verdi au cœur des fractures contemporaines : guerre, fanatisme, migrations.
Entre faste et dépouillement
Mais ce dispositif minéral, loin d’écraser les personnages, agit comme un révélateur. Et ce qu’il révèle surtout, ce sont les visages et les voix des femmes. Aida, captive étrangère, partagée entre amour et loyauté, incarne l’exil intime ; Amneris, princesse égyptienne, fait surgir la violence du pouvoir et de la jalousie ; les prêtres, avec leur froideur rituelle, incarnent une autorité masculine emmurée.
Neshat, fidèle à son univers, met en lumière la tension entre l’enfermement social des femmes et leur capacité à dire, par la voix, une vérité universelle. À mesure que le cube se resserre, ce sont elles qui en fissurent les murs symboliques, jusqu’à la mort finale, vécue comme une victoire intime plutôt qu’une simple fatalité.
Le chœur, lui, n’est plus un simple ornement sonore. Dès les premières scènes, il s’impose comme un véritable personnage collectif : il porte le poids des guerres, incarne la mémoire des vaincus, donne un visage au peuple écrasé par le triomphe militaire.
Verdi avait déjà écrit pour le chœur un rôle prépondérant ; Neshat et Michele Mariotti le font résonner comme la conscience même de l’opéra. On se surprend à entendre non pas des foules, mais des individus : des voix humaines, fragiles, solidaires. Ce n’est plus seulement un arrière-plan sonore, c’est un protagoniste dramatique à part entière.
Côté interprètes, Piotr Beczała impose un Radamès noble, solide, dont les aigus jaillissent sans effort et dont la fragilité se lit dans les passages plus tendres. Ève-Maud Hubeaux incarne une Amneris de chair et de sang, tour à tour cruelle, jalouse, puis bouleversante dans son désespoir final. Saioa Hernández, en Aida, apparaît plus retenue : le début de son parcours est dominé par une prudence vocale, mais peu à peu son chant gagne en intensité, jusqu’à trouver dans la mort partagée la brûlure qu’on attendait.
Michele Mariotti dirige avec une élégance mesurée, refusant l’emphase trop facile. Il ménage des respirations, des silences, qui permettent à la musique de Verdi de déployer toute sa tension dramatique.
Au-delà de la splendeur du plateau vocal, c’est le regard de Neshat qui s’impose : celui d’une artiste qui lit dans « Aida » non pas un exotisme de carton-pâte, mais une tragédie de l’exil, de la domination et du sacrifice féminin.
En somme, cette « Aida » n’est pas seulement une histoire d’amour impossible : c’est une fresque où les femmes et les peuples parlent d’une même voix. Une voix qui traverse les siècles, qui résonne dans le cube de Neshat, et qui nous rappelle que derrière les fanfares triomphales, il y a des peuples écrasés, des amours congédiés, des femmes sacrifiées.
Dates : du 24 septembre au 4 novembre 2025 – Lieu : Opéra Bastille (Paris) Mise en scène : Shirin Neshat
Le Lucernaire laisse la place au Théâtre Noir à un clown qui amène sourires et bonne humeur sur le visage et dans les esprits de tous les adultes et enfants. L’heure de spectacle passe dans un souffle, tout le monde passe un beau moment marqué par le retour en enfance, alors autant dire que les plus jeunes vivent un moment extatique. Ca rigole, ça invective le clown, c’est la foire à la saucisse dans l’allégresse la plus décontractée. Il parle italien, il parle français, il fait des tours de magie, et même quand il ne dit rien, il fait rire. C’est un vrai moment de communion dans le rire, c’est suffisamment rare à notre époque pour recommander ce Karabistouille rempli d’empathie simple, franche et évidente. Pas une once de mauvais esprit, de l’hilarité générale et partagée, c’est un succès phénoménal devant une salle comble. Le clown vient de Montpellier, il est vraisemblablement italien et multiplie les moments de joie. Les visages s’éclairent, les problèmes s’éloignent, Karabistouille offre une thérapie de la joie par le rire pendant 50 minutes qui lavent l’esprit de toutes les contrariétés du quotidien. Les enfants sont ravis, les parents se rappellent de leur âme d’enfant, c’est si bon de rire parfois, de bon cœur et de tout son être. Merci Karabistouille et la Compagnie Le petit cagibi!
Synopsis: Un clown à l’accent italien s’imagine magicien, il est aidé par son attachante fleur Margarita, tous les deux vont tenter d’incroyables tours : « la magie du coin-coin, l’éléphant qui se trompe tout le temps, le guéridon qui vole mais pas trop haut… » Un véritable bazar poétique et magique rempli de tendresse. Ce personnage sensible et généreux réussi à nous faire rire autant qu’à nous émouvoir. Un délicieux moment de poésie et de légèreté.
Un spectacle de magie clownesque rempli de poésie et de tendresse, à partager en famille.
Brou de noix sur papier marouflé sur toile, Pierre Soulages, 1948. Photo Vincent Cunillère/Collection C.S./Adagp, Paris, 2025
Soulages s’éclaire au Musée du Luxembourg
Dès le seuil franchi, on comprend que « Soulages, une autre lumière » n’est pas une exposition à voir, mais à traverser — un territoire de bruns, de noirs, de blancs qui vibrent dans leur propre gravité. Le papier est partout, fragile, vulnérable. Et pourtant, il impose.
130 œuvres sur papier, dont 25 inédites qui sont toutes autant de voix dévoilées, d’ombres qui parlent.
Une entrée en matière qui déconstruit d’entrée notre idée de Soulages uniquement à travers ses toiles monumentales et ses Outrenoirs — l’exposition installe un basculement : ici, ce sont les œuvres légères, fragiles (en apparence), les formats modestes, le papier, qui portent l’audace.
Le choix du brou de noix comme premier médium frappe par sa simplicité apparente — presque rustique — et sa force expressive. Le brun, la transparence, l’opacité, le blanc du papier : la gamme est restreinte mais infiniment riche.
Le papier offre une liberté différente : moins de distance, moins de monumentalité, plus d’immédiateté. On perçoit le geste, le moment où le pinceau (la brosse) se retire, ou l’outil efface, griffe, creuse. On voit des accidents contrôlés, des traces que le temps n’a pas émoussé, mais sanctifié.
L’évidence du geste
L’exposition donne à voir aussi la variation des moyens : encre, gouache, encre de Chine… Chaque médium joue sa partition dans le contraste, dans la lumière de l’ombre, dans ce va-et-vient entre ce qu’on voit et ce qu’on devine.
Devant certaines feuilles, on éprouve cette sensation d’être face à une archéologie intime : comme si Soulages avait confié au brou la mission de faire remonter la mémoire de pierres disparues, de paysages engloutis. Des fulgurances qui contiennent déjà tout : la patience, le silence, l’attente, l’évidence du trait, l’appropriation de l’espace.
L’exposition remet en lumière des œuvres longtemps restées dans l’ombre — non pas par un choix esthétique, mais par une invisibilité institutionnelle : ce sont des travaux d’atelier, des esquisses géologiques d’une œuvre majeure. Le papier, dans cette rétrospective, se fait confident, témoin de la genèse.
Le parcours muséal joue avec cette thématique : chronologie, oui, mais aussi atmosphère — passage des œuvres plus anciennes, presque hésitantes, aux œuvres tardives qui reviennent au papier avec une sorte de maîtrise souveraine, de gravité. On sent que chaque œuvre a été pensée comme un moment de révélation silencieuse
On avance, et l’encre prend le relais. Le noir gagne en densité, il se tend, se contracte, se fissure parfois. Ici, la feuille n’est plus surface, mais champ de bataille. On perçoit les arrêts brusques, les zones retenues, les blancs qui résistent comme des poches d’air.
Un format plus grand attire l’œil : une vague d’encre noire, presque opaque, arrêtée net par la blancheur du papier. L’impression n’est pas d’admirer un dessin, mais d’assister à une collision. Le noir contre le vide. Et dans cette friction, une lumière inattendue naît.
Le plus prégnant reste cette sensation d’immédiateté : rien d’interposé entre l’artiste et nous. Pas de glacis, pas de vernis. Le papier dit la vérité du moment. On devine l’énergie, l’encrage, mais aussi les respirations, les hésitations. Le spectateur se retrouve presque complice, témoin d’un secret.
En s’approchant on perçoit les fibres soulevées, marquées par l’outil. Ce détail minuscule bouleverse davantage que certains Outrenoirs monumentaux. Parce que là, Soulages est nu, sans protection.
En avançant dans les salles, on sent que Soulages revient au papier comme à une terre natale. Les œuvres tardives respirent une sorte d’assurance tranquille : le noir n’est plus colère, mais chant. On n’est plus dans le heurt, mais dans la maîtrise.
En sortant, on ne garde pas seulement en mémoire la monumentalité du noir, mais aussi la fragilité d’une trace, la puissance d’un geste inscrit sur papier.
C’est cette dimension, intime et lumineuse, que l’exposition offre avec justesse : un Soulages moins connu, mais tout aussi essentiel et unique.
Dates : du 17 septembre 2025 au 11 janvier 2026 – Lieu : Musée du Luxembourg (Paris)