Accueil Blog Page 8

[BD] Guerres secrètes – Tome 02 : La Boutique aux horreurs, de Philippe Richelle & Steven Lejeune (Glénat)

[BD] Guerres secrètes – Tome 02 : La Boutique aux horreurs, de Philippe Richelle & Steven Lejeune (Glénat)

Dans Guerres secrètes – Tome 02 : La Boutique aux horreurs, Philippe Richelle poursuit sa série-concept consacrée aux zones d’ombre du renseignement au XXe siècle. Après un premier volume centré sur l’espionnage lié à Enigma, ce deuxième album change d’atmosphère et s’enfonce dans un territoire encore plus dérangeant : celui des expérimentations humaines secrètes menées par le gouvernement américain au nom de la guerre froide. La matière est historique, mais le ton annoncé relève pleinement du thriller psychologique.

Le point de départ se situe en 1953. Bill Barney, vétéran de la guerre de Corée, devient agent de la CIA, convaincu de servir son pays. Peu à peu, sa mission le conduit au cœur du programme MK-Ultra, sous la direction du docteur Gottlieb. À mesure que l’album avance, le récit quitte le simple terrain de l’espionnage pour explorer celui de la manipulation mentale, de la soumission chimique et de l’effacement progressif des limites morales. L’album montre comment une logique de secret d’État peut glisser vers l’horreur bureaucratique. Ici, l’ennemi n’est pas d’abord extérieur : il est aussi dans les institutions censées protéger, dans le langage technique, dans la recherche dévoyée et dans les justifications idéologiques qui rendent l’inacceptable possible. Cet épisode a ainsi une tonalité plus claustrophobe que le tome 1, moins tournée vers le double jeu diplomatique que vers la destruction de l’intégrité humaine.

Le dessin de Steven Lejeune apporte vraisemblablement au scénario de Richelle la densité visuelle nécessaire pour faire exister à la fois l’époque, la paranoïa et la dérive psychologique des personnages. Avec La Boutique aux horreurs, la solidité du projet Guerres secrètes se confirme : des albums autonomes, nourris d’histoire réelle, qui explorent les coulisses les plus troubles des conflits contemporains. Une lecture qui devrait séduire les amateurs de polar historique, d’espionnage et de récits où la vérité dépasse de loin la fiction.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Soumission chimique : retour sur les expériences top secrètes du gouvernement américain durant la guerre froide.Après le succès des Mystères de la République, Philippe Richelle revient avec une nouvelle série-concept consacrée à l’émergence des services secrets au XXe siècle. Chaque tome explore une opération menée dans l’ombre, le plus souvent au coeur de conflits majeurs : Seconde Guerre mondiale, Guerre froide, après-Guerre froide ou encore conflit israélo-arabe. Avec un réalisme saisissant, cette série de polars historiques, tous autoconclusifs, dévoile des récits passionnants et met en lumière des personnages hors normes, prêts à tout, souvent au mépris des règles, pour parvenir à leurs fins. Chaque album illustré par un dessinateur différent et peut être lu indépendamment.

1953. États-Unis. Bill Barney a toujours été un jeune homme soucieux de servir son pays. De retour de la guerre de Corée, son idéal patriotique le pousse à devenir agent de la CIA. Mais il est loin de se douter que sa mission va le plonger dans un univers cauchemardesque : le programme MK-Ultra, l’obscur programme auquel il va participer, utilise une nouvelle méthode : la soumission chimique ! À travers ses recherches top secrètes, le gouvernement américain n’a qu’un objectif : découvrir comment modifier l’esprit humain et en prendre le contrôle. En assistant le docteur Gottlieb, cheville ouvrière du Programme, Barney va bientôt comprendre que tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins : thérapie du sommeil, médicaments, LSD, électrochocs… Plus Gottlieb multiplie les expériences, plus il détruit la vie de ses « cobayes », et plus Barney sombre dans une spirale infernale, impuissant face à l’horreur… Avec ce thriller psychologique inspiré de faits réels, Philippe Richelle et Steven Lejeune nous plongent en pleine guerre froide pour un récit choc où la tension croissante est poussée à son paroxysme. Le deuxième tome de la série Guerres secrètes met en lumière une page sombre de l’histoire des États-Unis en revenant sur les expérimentations humaines perpétrées en secret par le gouvernement américain entre 1950 et 1960 notamment en Corée et au Vietnam.

Date de parution : 15 avril 2026
Scénario : Philippe Richelle
Dessin : Steven Lejeune
Éditeur : Glénat
Collection : 24X32
Série : Guerres secrètes
Format / Pages : 24 x 32 cm – 64 pages
Prix indicatif : 16,00 €
EAN : 9782344063699

[MANGA] Tatari – Tome 6, de Watari (Glénat Manga)

[MANGA] Tatari – Tome 6, de Watari (Glénat Manga)

Avec Tatari – Tome 6, Watari poursuit un shonen fantastique qui s’est imposé par son mélange très efficace d’action, d’humour et de mafia, autour d’un héros pour le moins atypique : un chat-yokaï vengeur forcé de jouer les humains. Ce sixième volume s’inscrit dans la continuité directe de l’arc précédent, tout en ramenant l’intrigue au Japon après les affrontements de Hong Kong.

Alors que Tatari n’est pas encore remis de ses blessures, Iraiya et surtout Raiden refont surface, déclenchant un duel immédiat. En parallèle, Isha, quatrième fils de la famille Lu, s’attaque à Tatari et aux héritiers restés au Japon, avec une tactique inattendue. Plusieurs fronts font ainsi monter la tension tout en multipliant les adversaires et les rapports de force. Tatari plaît beaucoup par son énergie, avec de belles scènes d’action, des personnages originaux et attachants, ainsi qu’un ton capable de faire cohabiter humour et affrontements mafieux. On le présente d’ailleurs justement comme un manga entre Ranma ½ et des luttes mafieuses à la Reborn.

Le point fort de la série semble aussi tenir à son personnage principal. Tatari n’est pas un héros shonen classique : il est à la fois grotesque, redoutable, loyal et profondément affectif. Cette ambiguïté nourrit une lecture plus singulière qu’un simple manga de bagarre.

Bref, avec Tatari – Tome 6, on retrouve un récit d’action bien mené, un bestiaire yokaï efficace et un héros impossible à ranger dans une seule case.

Résumé éditeur :

Tatari, le chat yokaï vengeur !Après son combat acharné à Hong Kong, Tatari est rentré au Japon. Alors que ses blessures ne sont pas encore guéries, Iraiya et Raiden apparaissent soudainement et un duel entre Tatari et ce dernier s’engage. Par ailleurs, Isha, le quatrième fils de la famille Lu, a également pris pour cible Tatari et les héritiers au Japon. Il les met en difficulté grâce à une tactique inattendue !
Date de parution : 8 avril 2026
Auteur : Watari
Éditeur : Glénat Manga
Collection : Shonen
Format / Pages : souple – 11,5 x 18 cm – 192 pages
Prix indicatif : 7,20 €
EAN : 9782344072899

[BD] Phobos – Tome 04 : La tempête des destins, de Victor Dixen & Maria Francesca Perifano (Glénat)

[BD] Phobos – Tome 04 : La tempête des destins, de Victor Dixen & Maria Francesca Perifano (Glénat)

Avec Phobos – Tome 04 : La tempête des destins, l’adaptation en bande dessinée de la célèbre saga de Victor Dixen franchit un cap décisif. Plus sombre, plus tendu, ce quatrième volume s’impose comme un véritable tournant narratif, où la survie ne suffit plus : il faut désormais comprendre, résister… et affronter les conséquences.

L’intrigue reprend dans un climat d’urgence. Les pionniers du programme Genesis, confinés dans la base martienne, font face à une menace imminente : une tempête capable d’anéantir toute vie. Mais le danger n’est pas seulement extérieur. Les révélations autour du mystérieux rapport Noé et les manipulations de Serena McBee continuent de peser sur le groupe, fragilisant les alliances et alimentant la tension psychologique.

Au cœur du récit, Léonor incarne plus que jamais le tiraillement entre sentiments et lucidité. Partagée entre son attachement à Marcus et la nécessité de garder le contrôle face à une situation qui lui échappe, elle évolue dans une zone d’incertitude permanente. Autour d’elle, les autres pionniers, parfois victimes d’un véritable syndrome de Stockholm, cèdent peu à peu à l’emprise de leurs oppresseurs, renforçant l’impression d’un huis clos oppressant.

Ce tome confirme la singularité de Phobos : un mélange de science-fiction, de thriller et de romance, où l’exploration spatiale sert avant tout de terrain à une réflexion sur le pouvoir, la manipulation et l’exposition médiatique. Héritée du roman original, cette dimension critique – inspirée des codes de la téléréalité – donne au récit une résonance contemporaine efficace. Visuellement, Maria Francesca Perifano apporte une intensité nouvelle à la série. Son dessin dynamique accentue la tension et l’hostilité de l’environnement martien. Les scènes d’action gagnent en ampleur, et les visages, très expressifs, renforcent l’impact émotionnel des situations.

Ce quatrième tome se distingue aussi par son rythme soutenu. Les révélations s’enchaînent, les enjeux se multiplient et l’impression d’un basculement imminent ne quitte jamais le lecteur. Cette montée en puissance, fidèle à l’esprit de la saga, confirme que Phobos est avant tout une course contre le temps, où chaque décision peut précipiter la chute ou ouvrir une issue.

Une série à découvrir !

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Une lutte pour la survie. Une course pour le pouvoir. Une tornade de souvenirs.Ils tentent de survivre envers et contre tout. Cantonnés dans la base martienne, sous la menace imminente d’une tempête, les pionniers du programme Genesis tentent de comprendre ce qui est arrivé aux cobayes du rapport Noé afin de ne pas subir le même sort. Elle voudrait aimer sans baisser sa garde. Léonor est tiraillée entre le désir de se laisser emporter dans une histoire d’amour folle avec Marcus, et la responsabilité de continuer le bras de fer avec Serena McBee. D’autant que les autres pionniers, victimes du syndrome de Stockholm, succombent les uns après les autres à l’emprise de leur tortionnaire…Même si les éléments s’apprêtent à tout dévaster, il est trop tard pour oublier.

Date de parution : 22 avril 2026
Scénario : Victor Dixen
Dessin : Maria Francesca Perifano
Éditeur : Glénat
Série : Phobos
Format / Pages : 64 pages
Prix indicatif : 16,00 €

Le pacte puissant des petites filles modernes de Joël Pommerat

Le pacte puissant des petites filles modernes de Joël Pommerat
© Agathe Pommerat

Le pacte puissant des petites filles modernes de Joël Pommerat

Avec « Les petites filles modernes (titre provisoire) », Joël Pommerat poursuit son exploration de l’enfance et de l’adolescence, mais en en déplaçant nettement le centre de gravité.

Là où ses précédentes incursions s’attachaient à démonter les récits fondateurs ou à en révéler les failles, cette nouvelle création assume pleinement le surgissement du fantastique comme réponse à l’insuffisance du réel.

La pièce s’articule autour de deux jeunes filles liées par une amitié exclusive, presque sacrée. Ce pacte, d’abord intime, devient progressivement une force de résistance face au monde adulte, perçu comme une instance de séparation, de normalisation, voire de dépossession.

Lorsque le réel échoue à contenir leur expérience, le surnaturel s’impose non comme une échappée imaginaire, mais comme une logique alternative, plus juste, plus fidèle à ce qui se joue dans les corps et les affects.

Pommerat ne raconte pas cette histoire de manière linéaire. Les événements se donnent à voir tout en étant racontés, créant un décalage constant entre l’action et sa mise en récit.

Ce dispositif installe une distance réflexive : le spectacle n’est jamais entièrement dans le présent, ni totalement dans la mémoire. Il se construit dans cet entre-deux, où le théâtre devient un espace de pensée autant que de sensation.

Un monde qui glisse

La scénographie, presque entièrement constituée par la lumière et la vidéo, contribue à cette instabilité. Les espaces sont fragmentaires, mouvants, parfois abstraits. Ils ne figurent pas des lieux réalistes mais des états perceptifs.

Le plateau se transforme en paysage mental, traversé par des peurs, des désirs, des projections. Le surnaturel n’est pas montré frontalement ; il affleure, trouble la perception, fissure les certitudes.

L’interprétation se distingue par une grande retenue. Les comédiennes ne cherchent jamais l’effet naturaliste ni l’identification immédiate.

Elles incarnent des figures en devenir, traversées par une intensité affective qui excède les cadres habituels de la représentation de l’enfance. L’amitié, loin d’être idéalisée, apparaît comme une force ambivalente, capable de protection autant que de destruction.

En filigrane, « Les petites filles modernes » interrogent notre rapport contemporain à l’enfance. Non plus comme un âge à préserver de toute violence, mais comme un espace déjà profondément troublé par les tensions du monde social.

La modernité du titre ne renvoie pas à une époque ou à des codes, mais à une exposition précoce aux logiques de normes, de contrôle et de séparation.

Sans jamais céder à la démonstration, Pommerat signe une œuvre dense, inquiète, qui fait du fantastique non un genre, mais une nécessité introspective et sensible. Un théâtre qui ne cherche pas à expliquer, mais à maintenir ouvertes les zones de trouble, là où, peut-être, quelque chose peut encore advenir.

Dates : du 5 au 6 mai 2026 – Lieu : Théâtre des Salins – Scène Nationale (Martigues) 
Conception et Mise en scène : Joël Pommerat

« Requiem(s) » à la vie, à la mort, selon Angelin Preljocaj

« Requiem(s) » à la vie, à la mort, selon Angelin Preljocaj
Photo © Yang Wang

« Requiem(s) » à la vie, à la mort, selon Angelin Preljocaj

Dans Requiem(s), Angelin Preljocaj se penche sur le deuil et convoque dix-neuf danseurs qui donnent corps à une méditation sur la vie et la mort. Puissant.

Tandis que des maîtres tels que Haydn, Fauré et Ligeti ont immortalisé à jamais cette forme musicale, Preljocaj se la réapproprie ardemment à travers une bande son revisitée qui va des requiems et chants liturgiques en passant par le hard-rock, le folklore islandais et jusqu’au métal…

Une mosaïque d’échos d’outre-tombe comme autant de variations qui saisissent sans relâche la complexité des émotions humaines face à la perte, naviguant entre peine et allégresse, douleur et mémoire salvatrice.

Procession des corps

En une succession de tableaux sophistiqués, parfois épurés, symboliques et ou mythologiques, les danseurs forment un ballet tribal aux prises entre tristesse dévastatrice et force vitale captive d’une remémoration des souvenirs, brouillant les frontières entre la mort et la vie.

Tout le vocabulaire virtuose de la danse de Preljocaj, empreint de motifs déstructurés, de lente fluidité en accélération interrompue, s’imprègne de la dimension cérémoniale et mémorielle de la traversée.

Car malgré le deuil, les lames de fond de la vie remontent à la surface, habitent littéralement la danse, traversent les corps, les transcendent pour insuffler un espoir. Une lueur dans la nuit. Et une manière pour Angelin Preljocaj de nous dire que la mort fait partie de la vie.

 Dates : du 6 au 9 mai 2026 – Lieu : La Scène Musicale (Boulogne-Billancourt)
Chorégraphe : Angelin Preljocaj

Des vies à contre-jour du silence

Des vies à contre-jour du silence
La Vie secrète des vieux – Mise en scène Mohamed El Khatib (© Christophe Raynaud de Lage)

Des vies à contre-jour du silence

Sur scène, ils arrivent sans masque. Ni celui du théâtre, ni celui que la société plaque sur leurs visages ridés.

« Dans La vie secrète des vieux », Mohamed El Khatib poursuit son patient travail de dénudation du réel, mais ici le geste est plus frontal, presque désarmant dans sa simplicité.

Il ne s’agit plus seulement de documenter, mais de laisser affleurer une parole que l’on tient d’ordinaire à distance, celle du désir quand il persiste au-delà de l’âge que l’on dit raisonnable. Le plateau devient un espace de confidence.

Des corps âgés s’y tiennent, non comme des figures symboliques, mais comme des présences irréductibles, traversées de souvenirs, d’élans, de manques.

Ils racontent l’amour, le sexe, la solitude, les recommencements. Et ce qui frappe d’abord, c’est le refus de toute dramaturgie spectaculaire.

Rien n’est surligné. Tout semble presque tenu en retrait, comme si le théâtre devait s’effacer pour laisser advenir une vérité plus nue. Pourtant, cette économie de moyens n’est pas une faiblesse.

Elle agit comme une loupe. Elle intensifie chaque mot, chaque silence, chaque hésitation. Il y a dans cette pièce une forme de douceur inquiète. Le rire surgit, souvent, mais il n’est jamais de pure légèreté. Il tremble.

Il est chargé de ce que ces existences portent d’irréversible. Le temps n’est pas une abstraction ici. Il pèse, il travaille les corps, il creuse les voix.

Et pourtant, au cœur de cette usure, quelque chose insiste. Le désir, oui, mais un désir déplacé, reformulé, débarrassé de ses évidences.

Un désir qui se dit avec pudeur, parfois avec une franchise presque désarmante, et qui vient fissurer nos représentations les plus tenaces.

Ce que met en jeu Mohamed El Khatib, c’est moins la vieillesse que notre incapacité à la penser autrement que comme un effacement.

En donnant la parole à celles et ceux que l’on relègue hors champ, il renverse la perspective. Il ne cherche pas à embellir, encore moins à édifier. Il expose. Et dans cette exposition, il y a une forme de politique du regard.

Quand le temps n’a pas le dernier mot

Regarder ces corps, ces vies, sans détourner les yeux, sans les réduire à des clichés, c’est déjà déplacer une frontière.

La mise en scène, d’une sobriété presque ascétique, accompagne ce geste. Elle ne cherche jamais à illustrer. Elle cadre, elle accueille, elle laisse circuler.

Les interprètes, non professionnels pour la plupart, portent la pièce avec une justesse qui échappe aux codes du jeu traditionnel.

Ce ne sont pas des rôles qu’ils incarnent, mais des fragments d’eux-mêmes qu’ils déposent, avec une générosité parfois vertigineuse. Ils sont le cœur battant, fragile et incandescent de la pièce.

Leurs voix parfois vacillent, leurs gestes hésitent, mais c’est précisément dans cette faille que naît une forme de vérité extrême et émouvante. Rien n’est lissé, rien n’est protégé.

Leur présence échappe aux enjeux du plateau, elle s’émancipe, elle trouble.

On assiste moins à une performance qu’à une mise à nu, où le théâtre devient un lieu de passage entre l’intime et le regard des autres.

Et dans cette exposition sans fard, il y a une dignité farouche, une manière de tenir debout, de dire encore, malgré tout, malgré le temps, que la vie insiste, persiste et signe.

Reste une sensation persistante, après coup. Celle d’avoir été placé face à quelque chose que l’on préfère habituellement ignorer. Non pas une leçon, mais une mise à l’épreuve.

La vie secrète des vieux ne cherche pas à séduire. Elle dérange doucement, elle décale, elle ouvre une brèche. Et dans cette brèche, le théâtre retrouve l’une de ses fonctions les plus précieuses. Celle de rendre visible ce qui, d’ordinaire, demeure dans l’ombre.

 Dates : du 5 au 6 mai 2026 – Lieu : Théâtre-Sénard – Scène Nationale (Seine et Marne)
Conception et réalisation : Mohamed El Khatib

[BD] Guerres secrètes – Tome 01 : L’Homme qui trahit Hitler, de Philippe Richelle & Jorge Miguel (Glénat)

Couverture Guerres secrètes Tome 01[BD] Guerres secrètes – Tome 01 : L’Homme qui trahit Hitler, de Philippe Richelle & Jorge Miguel (Glénat)

Avec Guerres secrètes – Tome 01 : L’Homme qui trahit Hitler, Philippe Richelle ouvre une nouvelle série-concept consacrée à l’histoire des services secrets au XXe siècle. Après Les Mystères de la République, le scénariste reste sur un terrain qui lui convient parfaitement : celui des zones grises du pouvoir, des jeux d’influence et des personnages pris dans des mécanismes politiques qui les dépassent souvent autant qu’ils les fascinent. Ce premier volume choisit pour point d’entrée un destin réel, celui de Hans-Thilo Schmidt, figure aujourd’hui considérée comme l’un des grands espions de la Seconde Guerre mondiale.

Le point de départ est fort. En 1931, dans une Allemagne ruinée par l’après-guerre, Schmidt, ancien chimiste, accepte un poste modeste au ministère de la Défense sans savoir encore qu’il va bientôt se retrouver au cœur même de la machine de renseignement allemande. Très vite, il accède à l’un des outils stratégiques majeurs du régime nazi, l’énigme Enigma, et entame une double vie à haut risque sous le nom d’Asche. Le récit se place ainsi au croisement de l’espionnage, de la trahison et de la survie sociale, avec un héros qui n’a rien d’un surhomme mais tout d’un homme ordinaire entraîné dans une spirale dont il ne maîtrise plus les conséquences.

La série annonce d’emblée sa ligne : des albums autonomes, inspirés de faits réels, centrés sur des opérations ou des figures de l’ombre, dans des périodes de crise où l’histoire officielle se décide aussi en coulisses. Cette approche donne à Guerres secrètes une vraie identité, à mi-chemin entre le polar historique, la BD d’espionnage et le récit géopolitique. Pour ce premier tome, Richelle semble miser moins sur l’esbroufe que sur la tension froide, les manipulations, les faux-semblants et le poids terrible d’une information qui peut faire basculer le cours du monde.

Le choix de Jorge Miguel paraît cohérent avec cette ambition. Son dessin est en mesure de rendre à la fois les atmosphères d’époque, la rigueur documentaire et la nervosité du suspense. Le réalisme de l’ensemble conditionne aussi la crédibilité du danger comme celle des dilemmes moraux.

Avec L’Homme qui trahit Hitler, Glénat semble donc lancer une série au potentiel évident – dont le tome deux est paru en même temps (chronique à suivre !) – qui combine efficacité narrative, ancrage historique et promesse de diversité thématique d’un volume à l’autre. Un premier tome qui devrait intéresser autant les amateurs de BD historiques que les lecteurs friands d’espionnage, de doubles jeux et de récits où le destin d’un homme ordinaire croise brutalement la grande Histoire.

A lire !!

Extrait de la BD :

Planche Guerres secrètes


Couverture Guerres secrètes Tome 01
Résumé éditeur :

Un héros ordinaire

Après le succès des Mystères de la République, Philippe Richelle revient avec une nouvelle série-concept consacrée à l’émergence des services secrets au XXe siècle. Chaque tome explore une opération menée dans l’ombre, le plus souvent au coeur de conflits majeurs : Seconde Guerre mondiale, guerre froide, après-guerre froide ou encore conflit israélo-arabe. Avec un réalisme saisissant, cette série de polars historiques, tous autoconclusifs, dévoile des récits passionnants et met en lumière des personnages hors normes, prêts à tout, souvent au mépris des règles, pour parvenir à leurs fins. Chaque album est illustré par un dessinateur différent et peut être lu indépendamment.

1931. Dans une Allemagne ruinée par la guerre, Hans-Thilo Schmidt, ancien chimiste accepte un poste modeste au ministère de la Défense sans savoir qu’il va bientôt travailler avec une machine révolutionnaire. « Enigma » sert à chiffrer des messages secrets. Alors qu’Enigma devient l’outil stratégique numéro 1 pour le régime nazi, ce discret employé entame une double vie et n’hésite pas à transmettre des informations capitales à l’armée française sous le nom de code Asche ! Entre manipulations, trahisons et jeux d’influence, ce père de famille en apparence fidèle au régime, va devenir la pièce maîtresse d’un affrontement souterrain où le moindre faux pas peut se révéler fatal…

Philippe Richelle et Jorge Miguel nous entraînent dans une course contre la montre pleine de rebondissements. Tiré de faits réels, ce premier tome nous offre une plongée haletante dans les coulisses de l’espionnage durant la Seconde Guerre mondiale. Dans un récit mêlant trahison et tension historique, ce polar captivant retrace le destin de Hans-Thilo Schmidt, considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands espions du XXe siècle.

Date de parution : 15 avril 2026
Scénario : Philippe Richelle
Dessin : Jorge Miguel
Éditeur : Glénat
Collection : 24X32
Série : Guerres secrètes
Format / Pages : 24 x 32 cm – 64 pages
Prix indicatif : 16,00 €
EAN : 9782344063675

[BD] Avila, de Teresa Radice & Stefano Turconi (Glénat)

Avila — couverture [BD] Avila, de Teresa Radice & Stefano Turconi (Glénat)

Avec Avila, Teresa Radice et Stefano Turconi retrouvent le souffle romanesque qui fait depuis longtemps la singularité de leur duo, en l’entraînant cette fois vers un territoire plus frontalement aventureux, teinté de magie, de poursuites et de noirceur historique. Le cadre choisi, la France du XVIIe siècle dominée par l’ombre de Richelieu, donne immédiatement au récit une densité particulière : celle d’un monde où le pouvoir politique, la superstition et la violence peuvent se confondre.

L’héroïne, jeune orpheline douée pour l’herboristerie, doit fuir après avoir été accusée de sorcellerie. À ses trousses, le terrible Trébuchet, chasseur de primes et âme damnée du cardinal. Ce point de départ installe aussitôt un récit de traque, mais aussi une quête d’identité, puisque tout l’enjeu semble être de savoir si Avila est réellement liée à une puissance obscure ou si elle n’est qu’une victime de la peur et des manipulations de son temps. Une articulation entre cape et épée, sorcellerie et roman d’aventure.

La manière dont le livre mêle plusieurs registres est plutôt bien vu : l’aventure pure, la chasse à l’homme, l’arrière-plan historique, mais aussi un questionnement plus intime sur la transmission, la justice, le langage et la place d’une jeune fille dans un monde régi par la peur et l’autorité. Un album à multiples rebondissements, semé de clins d’œil historiques et artistiques, nourri de références mais porté avant tout par l’élan du récit.

Après Le Port des marins perdus, Les Filles des marins perdus ou encore Le Beau Parleur, Teresa Radice et Stefano Turconi ont déjà largement montré leur capacité à créer des univers sensibles, mobiles et visuellement très incarnés. On retrouve ici ce qui fait leur force : une narration très fluide, un vrai goût du romanesque et un dessin capable de rendre aussi bien la course, le mystère que l’émotion.

Avec Avila, on découvre donc un one-shot d’aventure ambitieux, à la croisée du roman historique et du conte sombre. Un album qui promet autant le plaisir du récit que celui de l’atmosphère. A découvrir sans tarder !

Extrait de la BD :

Avila — planche extrait

Résumé éditeur :

Une grande aventure de cape et de sorcellerie !

Dans la France du XVIIe siècle où plane l’ombre machiavélique de Richelieu, Avila, jeune orpheline déploie pour qui veut ses talents d’herboriste hérités de sa mère. Convaincue de sorcellerie, elle doit prendre la fuite avec à ses trousses le terrible Trébuchet ; chasseur de primes et âme damnée du cardinal. Mais si Avila n’est pas une sorcière, quel pacte a-t-elle scellé qui lui permet de parler à Astor, son ombre maléfique ou de communiquer avec les animaux de la forêt ? Va-t-elle périr de la main de Richelieu ou cherche-t-on à la faire taire comme sa mère mystérieusement disparue pour étouffer un complot qui la dépasse ? Dans sa recherche de vérité, Avila va courir de son Périgord natal jusqu’à la capitale, aidée par le jeune Timothée, voleur de son état, et le mystérieux comte de Langeac qui lui aussi, a quelques comptes à régler avec le cardinal !

Parsemé de clins d’oeil historiques et artistiques (Molière, Dumas, Vermeer…), Avila, sous couvert d’une aventure aux multiples rebondissements, est une quête initiatique sur l’identité, la transmission, la justice et la valeur du langage. Certainement l’ouvrage le plus magistral du couple Teresa Radice & Stefano Turconi depuis Le Port des marins perdus.

Date de parution : 15 avril 2026
Scénario : Teresa Radice
Dessin : Stefano Turconi
Éditeur : Glénat
Collection : Treize étrange
Format / Pages : 21,5 x 29,3 cm – 192 pages
Présentation : one-shot couleur
Prix indicatif : 25,00 €
EAN : 9782344065044

« Africa Fashion » : la mode comme récit d’un continent

"Africa Fashion" : la mode comme récit d’un continent
Crédit photo : Courtesy Lagos Fashion Week

« Africa Fashion » : la mode comme récit d’un continent

Au musée du quai Branly, « Africa Fashion » ne se contente pas de défiler : elle habite. Elle palpite comme une archive vivante, tendue entre mémoire textile et fièvre contemporaine.

Dès les premières vitrines, quelque chose se déplace, non pas un regard exotisant, mais une bascule. Le tissu cesse d’être décor : il devient langue, manifeste, territoire.

Conçue par le Victoria and Albert Museum de Londres, l’exposition avance en strates, presque géologiques. Les indépendances africaines affleurent comme une faille originelle, moment où le vêtement devient politique, surface d’inscription d’une souveraineté retrouvée.

Lignes de fuite en wax majeur

Wax commémoratifs, kente, broderies : chaque motif porte une charge, un mot d’ordre silencieux. Ici, la mode ne suit pas l’histoire, elle la fabrique.

Puis la ligne se brise, ou plutôt s’ouvre. Surgissent les silhouettes contemporaines — Imane Ayissi, Thebe Magugu — comme autant de réponses éclatées à une question impossible : qu’est-ce qu’une mode africaine ?

La commissaire Christine Checinska le suggère en creux : il n’y a pas de réponse, seulement des lignes de fuite, des identités plurielles, irréductibles à un récit unique.

La scénographie, elle, joue une partition plus douce qu’il n’y paraît. Fluide, presque trop sage parfois, elle laisse les œuvres dialoguer sans friction apparente. C’est à la fois sa force et sa limite.

On circule avec aisance entre archives et podiums, entre photographie et vêtement, mais cette continuité polie atténue parfois la violence historique que ces pièces charrient.

L’exposition préfère la résonance à la rupture, au risque d’un certain lissage.

Et pourtant, il y a ces moments de sidération : un portrait photographique qui capte une élégance irréfutable, un tissu qui raconte une élection, une robe qui semble porter en elle toute une ville.

Le musée du quai Branly, invite dans le parcours ses propres collections — objets du XIXe et XXe siècle, archives visuelles — qui densifient le propos et lui donnent une profondeur presque charnelle.

Ce que Africa Fashion réussit, au fond, c’est moins une histoire de la mode qu’un déplacement du centre de gravité. Lagos, Dakar, Johannesburg entrent dans le même champ que Paris ou Milan, non comme périphéries mais comme forces actives, productrices de formes et de récits.

Reste une impression finale, persistante, presque minérale : celle d’un continent que l’on croyait connaître et qui, ici, se dérobe. Non par manque, mais par excès. Trop de voix, trop de couleurs, trop d’histoires pour être contenues. Alors l’exposition choisit la suggestion, l’éclat fragmentaire.

Et c’est là, dans cette impossibilité même de conclure, qu’elle touche juste.

 Dates : du 31 mars au 12 juillet 2026  – Lieu : Musée du quai Branly (Paris)

[ROMAN JEUNESSE] Lumilane, de Manon Fargetton & Maud Begon (Milan)

[ROMAN JEUNESSE] Lumilane, de Manon Fargetton & Maud Begon (Milan)

Avec Lumilane, Manon Fargetton poursuit son exploration des grands sujets de l’enfance à travers un imaginaire délicat et accessible. Après avoir abordé la confiance en soi dans Zorage, puis l’inceste dans Ombreline, l’autrice revient dans le monde des fées pour s’emparer d’un thème aussi difficile qu’universel : la perte d’un être cher.

Lumilane est une fée tête en l’air, fidèle, déterminée, un peu à part au sein de cette petite communauté peuplée de fées des villes et de fées de la forêt. Sa meilleure amie, Solistère, aime les broderies et les tisanes de pissenlit. Mais Solistère s’affaiblit, se retire peu à peu du monde, jusqu’à s’endormir pour toujours. Le récit ne cherche jamais l’effet dramatique appuyé : il accompagne Lumilane dans cette sidération douce, dans cette difficulté très simple et très immense à comprendre l’absence.

C’est là que le livre trouve sa force. Manon Fargetton parle de la mort sans détour, mais sans brutalité. Le vocabulaire reste clair, l’émotion circule sans pathos, et l’univers féerique permet de mettre à distance ce qui pourrait être trop frontal. La disparition de Solistère devient alors une expérience intime, mais aussi une étape inscrite dans un cycle plus vaste, celui de la nature, des saisons, de la transmission et de la mémoire.

Le roman fonctionne particulièrement bien parce qu’il ne transforme jamais le deuil en leçon. Lumilane ne reçoit pas une réponse toute faite : elle tâtonne, se perd, questionne, cherche comment ne pas oublier celle qui n’est plus là. Ses comparses l’entourent, mais sans effacer sa peine. Cette justesse donne au texte une vraie valeur d’accompagnement, aussi bien pour les jeunes lecteurs que pour les adultes qui souhaiteraient ouvrir une discussion autour de la mort, du souvenir et de ce qui demeure après la perte.

Les illustrations de Maud Begon occupent une place essentielle. Leur présence sur les pages ne se contente pas d’orner le récit : elles donnent corps à cet univers miniature, végétal et sensible. Leur douceur, leur expressivité et leur poésie prolongent les émotions du texte, tout en maintenant une lumière constante. Même lorsque le sujet devient grave, le livre ne s’assombrit jamais complètement.

Avec son format court, son écriture limpide et son atmosphère enveloppante, Lumilane s’impose comme un très beau roman jeunesse sur le deuil. Un livre pudique, tendre et nécessaire, qui parvient à dire l’absence sans l’adoucir artificiellement, et à rappeler que se souvenir, ce n’est pas retenir quelqu’un immobile, mais continuer à faire vivre ce qu’il a laissé en nous.

Résumé éditeur :

Lumilane est une fée tête en l’air, elle ne vous dira pas le contraire. Alors, comment faire pour ne pas oublier son amie la plus chère ?Lumilane n’est pas une fée banale. C’est une fée étourdie, mais aussi une fée fidèle et déterminée, et la seule qui ne craint pas l’Esprit-qui-sait-tout. Sa meilleure amie est la fée Solistère, amatrice de broderies et de tisane de pissenlit.
Mais ces derniers temps, Solistère paraît de plus en plus fatiguée… jusqu’au jour où elle s’endort pour toujours. Sans sa meilleure amie, Lumilane se sent perdue. Mais petit à petit, elle essaie de comprendre comment faire pour accepter sa disparition, comment ne pas l’oublier. Et ses comparses sont à ses côtés pour l’aider.
On retrouve toute la petite communauté des fées des villes et des fées de la forêt, cet univers doux et féerique qui prend vie sous la plume virevoltante de Manon Fargetton et les délicates illustrations de Maud Begon.
Avec beaucoup de tact et d’intelligence, cette histoire aborde les questions de la mort et du deuil, en lien avec la transmission entre générations et le cycle de la nature.
Date de parution : 22 avril 2026
Auteur : Manon Fargetton / Maud Begon
Éditeur : Milan
Collection : Littérature 9-12 ans
Format / Pages : 96 pages
Prix indicatif : 11,90 €

Un vin rouge à découvrir, Le Vin de Pétanque 2025 du Mas de Libian (11,50 euros prix cavistes) 

Le vin du Mas de Libian est un assemblage de plusieurs cépages issues de jeunes vignes uniquement, de moins de 25 ans, Grenache, Mourvèdre, Syrah, Counoise et Vaccarèse . A la dégustation, la robe rubis saute aux yeux. Le nez est gourmand avec des notes de fruits rouges, finement épicé. La bouche est croquante, fruitée, fraîche avec de fins tanins. Le vin se déguste idéalement pendant des moments de fêtes estivaux, avec des légumes grillés, de la charcuterie, un rôti de porc, des côtes d’agneau grillées et du boudin noir. Le Vin de Pétanque peut se déguster dès maintenant, toujours avec modération, à servir frais pour les belles soirées d’été qui approchent.

Publireportage: La famille THIBON achète LIBIAN en 1670. A cette époque ils habitaient au village, Libian était un pavillon de chasse, une gentilhommière. Puis, rapidement, ils s’installent définitivement à Libian comme paysans. Gustave (1903-2001) travaille la terre, en l’absence de son père,  durant le guerre de 14/18 puis se tourne vers la philosophie. Son troisième enfant, Jean-Pierre dit « papou », épouse Jacqueline (alias Ou-i) en 1974. Cardiologue, elle laissera tout tomber pour la vigne. Ils se marièrent et eurent …beaucoup de filles : Hélène, Catherine & Cécile. Jean-Pierre décide que le vin sera l’activité principale de Libian : il construit une cave en 1970, qui sera agrandie en 1982.  Les vignes ont toujours été travaillées en culture biologique : travail du sol, piochage à la main au printemps, cuivre et soufre…un cap sera franchi en 2005 avec la certification officielle du domaine en biodynamie. Les 3 filles, choisissent la voie du vin. Hélène et son mari Alain s’associent en 1995 à leurs parents sur le domaine. Catherine s’installe à Libian en 2006. Quelques mois plus tard, elle achète un cheval de trait comtois « Nestor » avec qui elle laboure 5 Ha de vignes. Le travail de la terre dans l’amour et le respect, le rythme du cheval (bien différent de ce que l’on vit aujourd’hui) apportent toujours calme et sérénité. 2016, Bambi (un beau blond) s’associe à Nestor. Le domaine s’agrandit progressivement pour arriver aujourd’hui à 25 Ha de vignes et 8 Ha de terres nourricières (oliviers, céréales, foin, jardin, abeilles…..). En 2011, la cave double sa superficie. Ceci permet de reconstituer le « parc à foudres » de différentes provenance (Rousseau, Grenier et majoritairement Stockinger de 30/40 Hl). Du travail accompli dans l’esprit paysans naissent plusieurs vins, 1 vin blanc, 1 rosé et 4 vins rouges très complémentaires qui permettent à Libian de vivre et de transmettre. En septembre 2016 une nouvelle génération s’installe à Libian : Aurélien (fils d’Hélène & Alain).

Hue Cocotte ! (Glénat Jeunesse)

Hue Cocotte ! (Glénat Jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse nous proposent un album, très joliment illustré : Hue Cocotte !
Mariette est triste : elle ne sait pas voler et on se moque d’elle. Jusqu’au moment où elle rencontre Josette qui va lui apprendre à se servir de ses ailes. Et surtout à ne pas avoir peur ! Du coup, ensemble, elles vont vivre une aventure extraordinaire !
Hue Cocotte est un très joli album, qui véhicule des valeurs très fortes et positives !

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : Février 2026
Auteur : Géraldine Collet
Illustrateur : Maurèen Poignonec
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 13,50 €

Le collectif jazz Tigres & Canapés dévoile son premier album survitaminé avec Sofa majeur, sortie le 25 avril (Pousse-Pousse Prod / Inouïe Distribution)

Le collectif Tigres & Canapés se compose de 5 musiciens professionnels difficiles à dresser. Organisé comme une fanfare, Tigres & Canapés évolue dans une atmosphère jazz loin d’être apaisée, avec des sonorités rock et une liberté totale de ton. L’énergie le dispute à la folie douce et les prestations scéniques ne laissent personne indifférent. Les 2 créateurs Léo Jeannet (trompette et compositions) et Gaby Schenke (saxophone et composition) mènent la bande sur des sentiers… tigresques!

Du jazz en toute liberté

Aux côtés des 2 chefs de meute évoluent des musiciens aguerris. Valentin Meylan (Trompette, bugle), Eric Houdart (Saxophone ténor), Eric Exbrayat (Sousaphone) et Nicolas Serret (Batterie) font rugir les cuivres et les cymbales pour un déferlement effréné de décibels. La meute s’est déjà fait entendre dans différentes contrées sauvages, La Nuit de tous les Jazz (26), Rhino Jazz(s) Festival (42), Parfum de Jazz (26), Les Disquaires (75), Jazz à Barraux (38), Festiv’Jazz Chabeuil – “Jazz en’Mêlée” – création écriture et sound-painting, avec fanfare amateure (26), Festival Caméra en campagne (26), Hot Club de Lyon (69), Le Galpon (71), Festival Parfum de jazz (26), Les mardis en musique à St Rémèze (07), ils débarquent maintenant dans les sonos domestiques pour trouver de nouveaux terrains de chasse. Les cuivres sont en majesté dans des compositions enfiévrées où le repos des tympans est en option. La rythmique est enlevée, les cuivres rugissent comme sur Au dedans, l’or, pas de paroles mais les instruments se répondent les uns aux autres comme après un bon festin de gazelles. Autre titre phare, Tigres itinérants en rajoute une couche dans la folie jazz ambiante, Pas sages (passages?) se veut un peu plus calme mais pas vraiment apaisé, les musiciens n’arrêtent jamais pour une ivresse sonore réconfortante.

Les prédateurs enchainent les ambiances avec toujours cette envie de surprendre et d’emmener les auditeurs dans des contrées sauvages. A découvrir de toute urgence dans vos sonos avant peut être une rencontre scénique à planifier dans la capitale des terres de France!

Montagnes et glaciers… Et comment les sauver (Sarbacane)

Montagnes et glaciers… Et comment les sauver (Sarbacane)

Au fil des pages de ce superbe documentaire, Montagnes et glaciers… Et comment les sauver, l’auteure, Amandine Thomas, dresse le portrait d’un monde en déséquilibre, tout en restant à la portée des jeunes lecteurs, avec des illustrations superbes. Les glaciers reculent, les sols se délitent, les écosystèmes d’altitude se transforment à une vitesse qui dépasse leur capacité d’adaptation. Mais le livre ne se contente pas de constater. Il raconte aussi les liens invisibles qui unissent ces paysages lointains à nos vies quotidiennes : l’eau que nous buvons, le climat que nous subissons, la biodiversité qui nous nourrit.
Chaque page agit comme une balise. On part à l’exploration des glaciers du monde entier. De la mer de glace, en passant par la Patagonie, ou la vallée de Yosemite, ou encore le mont Fuji… Ailleurs encore, toutes ces informations rappellent que ces territoires ne sont pas seulement des décors, mais des écosystèmes souvent menacés.
Ce qui frappe, c’est la pluralité des situations : on comprend, on ressent, et surtout, on ne peut plus ignorer.
Une question persiste : que faire ? Les réponses ne sont ni simples ni uniformes. Elles passent par la réduction des émissions, bien sûr, mais aussi par des actions locales, des politiques de préservation, une nouvelle manière d’habiter le monde. Le livre insiste sur un point essentiel : sauver les montagnes et les glaciers, ce n’est pas seulement protéger des paysages spectaculaires, c’est préserver un équilibre vital pour l’ensemble de la planète.
En refermant ce très bel album, Montagnes et glaciers, une impression demeure. Celle d’avoir contemplé quelque chose de beau, de vivant mais aussi de profondément vulnérable. Et surtout, la conviction que le temps de l’émerveillement passif est révolu. Il faut désormais apprendre à regarder ces sommets autrement : non plus comme des symboles d’éternité, mais comme des appels à l’action. Et ce, dès le plus jeune âge !

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Amandine Thomas
Illustrateur : Amandine Thomas
Editeur : Sarbacane
Prix : 16,90 €

Minuscules, Le merveilleux univers de la vie microscopique (Casterman)

Minuscules, Le merveilleux univers de la vie microscopique (Casterman)

Il faut parfois changer d’échelle pour renouveler son regard. Avec Minuscules, la maison Casterman propose une plongée dans un univers que l’on frôle chaque jour sans jamais vraiment le voir : celui de l’infiniment petit. Et le pari est réussi.
Dès les premières pages, l’ouvrage capte l’attention par sa capacité à rendre visible l’invisible. Micro-organismes, formes de vie discrètes, détails imperceptibles : tout un monde s’anime sous les yeux du lecteur. Il est extraordinaire de transformer un sujet scientifique en expérience sensible. Ici, la pédagogie passe par l’émerveillement !
Minuscules ne cherche pas à asséner des savoirs, mais à raconter. On y découvre des existences minuscules, certes, mais essentielles. Ce choix narratif donne au livre une dimension presque poétique, où la science dialogue avec une forme de contemplation, avec une immense richesse visuelle. Illustrations soignées, mise en page aérée, sens du détail — tout concourt à faire de l’ouvrage un objet aussi agréable à feuilleter qu’à lire. Cette exigence esthétique accompagne efficacement le propos et renforce l’immersion.
Mais au-delà de ses qualités formelles, Minuscules porte un message plus large. En mettant en lumière ces acteurs invisibles du vivant, il rappelle une évidence trop souvent oubliée : les équilibres naturels reposent aussi sur ce qui échappe à notre regard. On insiste sur une certaine conscience écologique.
Minuscules, Le merveilleux univers de la vie microscopique, s’impose comme un ouvrage à la croisée des genres : documentaire, objet esthétique, invitation à ralentir. Une réussite discrète, à l’image de son sujet, qui rappelle que le spectaculaire n’est pas toujours là où on l’attend ! Un livre documentaire, avec de très chouettes illustrations, à faire découvrir dès l’âge de 8 ans et sans limite d’âge !

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Sylvie Baussier, Michel Viso
Illustrateur : Anne Zeum
Editeur : Casterman
Prix : 16,95 €

Une adaptation palpitante des Misérables au Théâtre Hebertot

Le Théâtre Hébertot fait revivre l’histoire mémorable imaginée par Victor Hugo et publiée en 1862. Les héros mythiques sont là, Jean Valjean, Fantine, Cosette, l’inspecteur Javert, Gavroche, les Thénardiers, interprétés par des comédiens et comédiennes de talent qui donnent tout pendant 1h50 de spectacle qui débute tranquillement avant de gagner en intensité avec des péripéties qui tiennent en haleine avant un final qui fait chavirer les cœurs.

Une adaptation grandiose

Ce spectacle au Théâtre Hebertot n’est pas une comédie musicale, c’est une vraie pièce de théâtre avec des passages musicaux et une dramaturgie finement orchestrée. Le soir du spectacle, un public scolaire est passé du chahut initial au calme le plus absolu tout au long du spectacle. Tous ont été hypnotisés par un spectacle total qui prend aux tripes. Le forçat Valjean gagne sa rédemption à coup d’actions positives qui lui font se racheter une conscience à coup de revirements et d’actions d’éclat. Il tente d’échapper au persévérant Javert pour sauver la petite Cosette. Autant dire que l’intrigue ne laisse aucun répit, les tours musicaux s’enchainent aux monologues pour un parti pris féministe de bon aloi et une lutte effrénée contre un destin taquin. La salle était comble le 23 avril au soir et la salve d’applaudissement finale a bien rendu compte du sentiment général extrêmement positif, les scolaires ont passé un excellent moment. Le moment de théâtre est une belle réussite à découvrir jusqu’au 31 mai prochain, un immanquable de la saison. La mise en scène très épurée de Manon Montel permet de rendre compte de la dureté des temps et de la quête autant spirituelle qu’humaniste du héros cabossé par la vie mais toujours prompt à affronter les écueils.

Synopsis: Après la comédie musicale mondiale et de multiples adaptations au cinéma, le Théâtre Hébertot fait revivre sur scène le chef-d’œuvre de Victor Hugo dans la version théâtrale flamboyante créée par la Compagnie Chouchenko. 1h50 d’émotion et de souffle épique, du drame intime de Fantine aux barricades de 1832, avec Jean Valjean comme figure de rédemption et d’humanité.

Jean Valjean, ancien forçat, tente de se réinventer en homme juste. Mais l’ombre implacable de l’inspecteur Javert le poursuit. Autour d’eux gravitent Cosette, Marius, Fantine, Gavroche et les Thénardier. Entre misère, justice et espoir, Hugo nous livre une leçon d’humanité toujours brûlante d’actualité. 

Manon Montel confie le fil du récit à Madame Thénardier, figure espiègle et mordante qui dialogue avec le public et entraîne le récit. Sa mise en scène marie humour et tragédie, intimité et souffle historique. Les dix comédiens se glissent avec aisance dans une multitude de personnages, soutenus par une scénographie fluide, des costumes d’époque somptueux et une musique qui rythme le récit comme une grande fresque vivante.

Détails:

Pour le mois d’avril
Les mercredis 8 et 15 à 21h
Le jeudi 23 et samedi 25 à 21h
Le dimanche 26 à 15h30

Pour le mois de mai
les samedis 16, 23 et 30 à 21h
Les dimanches 17, 24 et 31 à 15h30

A la ferme, livre feutrine (Glénat Jeunesse)

A la ferme, livre feutrine (Glénat jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse nous proposent des jolis petits albums pour les tout-petits : A la ferme. Cet album fait partie de la nouvelle collection : Les petits feutres. C’est effectivement un livre en feutrine que le tout petit va prendre facilement en main et va pouvoir caresser. Un livre tout doux et tout léger !
Le jeune lecteur va découvrir les animaux de la ferme : le chien, le poney, la vache, la chèvre…
C’est un livre qui se déplie et qui se lit de chaque côté.
Dans la même collection, vous trouverez également : Dans la forêt. Le jeune lecteur va caresser tour à tour la grenouille, le lapin, le renard, le hérisson… Un livre-toucher qui va plaire à nos petits !
A la ferme et Dans la forêt sont deux albums spécialement réalisés pour les tout-petits ! Un beau cadeau à leur offrir !

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Alicia Cambridge
Illustrateur : Sarah Lack
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 9,90 €

9 héroïnes de l’antiquité (Flammarion Jeunesse Poche)

9 héroïnes de l’antiquité (Flammarion Jeunesse Poche)

Avec 9 héroïnes de l’Antiquité, le lecteur plonge dans un univers bien connu — celui de la mythologie grecque et romaine — mais sous un angle trop souvent oublié : celui des femmes. Ce recueil de neuf récits redonne voix à des figures comme Ariane, Hélène, Médée ou encore Pénélope, souvent reléguées au second plan derrière les héros masculins.
Ce qui frappe dès les premières pages, c’est le choix du point de vue. Ici, les héroïnes ne sont plus seulement des personnages secondaires : elles deviennent le cœur de l’histoire. À travers leurs colères, leurs amours et leurs espoirs, le livre met en lumière des destins intenses, souvent marqués par la passion et la tragédie . Chaque récit fonctionne comme une petite fenêtre ouverte sur une vie, avec ses choix, ses sacrifices et ses conséquences.
Le style est simple et accessible, ce qui rend la lecture fluide, notamment pour un jeune public. Mais derrière cette simplicité se cache une vraie richesse : le livre permet de découvrir ou redécouvrir de grands mythes tout en les rendant plus humains. Les héroïnes apparaissent tour à tour courageuses, rebelles, amoureuses ou terribles, mais toujours profondément libres, cherchant à vivre selon leurs propres désirs .
Le format en récits courts donne du rythme et permet de varier les ambiances. On passe d’une histoire d’amour tragique à un récit de révolte ou de ruse, ce qui maintient l’intérêt du lecteur. 
9 héroïnes de l’Antiquité est un livre à la fois instructif et captivant. Il offre une relecture intéressante des mythes antiques en mettant en avant des figures féminines fortes et complexes. Une œuvre accessible, mais aussi intelligente, qui rappelle que derrière chaque grand héros se cache souvent une héroïne tout aussi fascinante. 

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Brigitte Heller
Editeur : FJ Poche
Prix : 5,90 €

Encore une réussite avec Tim Burton ou le Prométhée gothique aux éditions Playlist Society

Playlist Society a déjà mis à l’honneur une belle ribambelle de réalisateurs destinés à marquer l’histoire du cinéma pour toujours comme Bong Joon-Ho, Gregg Arraki, Steven Soderbergh ou David Cronenberg (à quand d’autres grands réalisateurs ouf malades comme Stanley Kubrick ou Tarkovski?), il était donc prévisible que le tour de Tim Burton arrive un jour. Dans un format un peu plus gros qu’à l’accoutumée (192 pages, ce n’est pas non plus scandaleusement gros), Elsa Colombani propose une analyse minutieuse et documentée des grandes manies du réalisateur gothiquement barré. L’occasion de traverser une carrières riche en moments de bravoure, jalonnée de quelques écueils mais largement passionnante dans sa plus grande partie. Pour ceux qui ont vu tous les films du réalisateur, c’est le moment de se replonger dans des souvenirs éternels et d’activer la manivelle cérébrale pour des flashbacks émouvants. Le livre donne envie de revoir tous ses films et de reconnaitre une fois de plus le génie malade du bonhomme.

Synopsis: Comment l’adjectif « burtonien » est-il devenu aussi éloquent que « kafkaïen » ou « hitchcockien » ? Est-ce grâce aux héros étranges, femme-chat ou barbier sanguinaire, qui peuplent son cinéma ? À l’esthétique de ses films, aux décors biscornus, en noir et blanc ou couleurs arc-en-ciel ? Ce qui fait la signature reconnaissable entre toutes de Tim Burton est sa filiation incontestable avec le gothique. Le cinéaste américain s’empare des codes littéraires et cinématographiques du genre, décline sans relâche le mythe de Frankenstein, croise l’humain et le monstrueux pour décrire un univers machinique, dont il faut s’extraire pour survivre. Tandis que les frontières entre la vie et la mort se brouillent, que passé et présent se confondent, que la comédie devient horrifique et l’épouvante drôle, la création émerge comme le seul moyen d’existence possible.

Tim Burton ou le Prométhée gothique explore les contes de ce cinéaste à la noirceur joyeuse, pour percer les mystères de nos singularités excentriques.

Elsa Colombani est critique de cinéma et docteure en Lettres et Littératures anglophones. Elle collabore régulièrement aux pages cinéma de la revue Études.

Paul Nizon, au point vif de l’existence

Paul Nizon, au point vif de l’existence
Paul Nizon : © ULF ANDERSEN

Paul Nizon, au point vif de l’existence

Chez Paul Nizon, 97 ans, persiste quelque chose d’irréductible, une manière de vivre l’écriture comme une écharde enfoncée sous la peau.

Avec « Le clou dans la tête », dernier volet de son journal publié chez Actes Sud, il ne se contente pas de consigner le temps qui passe. Il le fore, il le creuse, il le met en perspective à l’aune d’une vie d’écriture.

Ce journal des années 2011 à 2020 s’écrit à la lisière, dans une zone de basculement, où l’âge n’apaise rien mais aiguise tout.

Nizon y revient à ses obsessions fondatrices : qui suis-je ? où est la vie ? comment tenir dans le monde sans s’y dissoudre ?

Des questions anciennes, presque enfantines, mais qui ici prennent une densité de fin de parcours, comme si chaque phrase devait désormais justifier sa propre nécessité.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la tension. Rien n’est jamais relâché. L’écriture avance par secousses, par blocs, par éclats de conscience.

Le « clou » n’est pas une métaphore décorative : c’est une douleur active, une fixité obsessionnelle, une idée qui empêche de vivre autrement que dans la langue.

Mais ce face-à-face avec soi n’est qu’une première illusion. Car chez Paul Nizon, l’intime n’est jamais clos. Il est traversé, irradié, parfois même percuté par les autres, par les figures tutélaires, par les rencontres réelles ou rêvées qui accompagnent la marche solitaire.

Le livre devient alors une chambre d’échos. On y croise, au détour d’une notation, les ombres vives de Jean-Paul Sartre, de Franz Kafka, d’Henry Miller, de Thomas Bernhard, non comme références savantes, mais comme des présences insistantes, des compagnons d’inquiétude.

Ils ne sont pas cités pour faire l’inventaire d’une bibliothèque intérieure, mais pour maintenir une exigence, une liberté, une tension morale et stylistique. Lire, chez Nizon, c’est entrer en friction avec plus grand que soi.

Et puis il y a les vivants. Les visages croisés, les amitiés, les silences partagés. Paris, Berlin, les lieux deviennent eux-mêmes des interlocuteurs, des partenaires de cette lutte avec le réel.

La brûlure de l’écriture

Le journal enregistre ces rencontres avec une acuité presque douloureuse : chaque présence est une chance et une menace, un appel et un retrait.

Nizon ne collectionne pas les noms, il éprouve les êtres, dans ce qu’ils déplacent en lui.

Ce qui se dessine alors, au fil des pages, c’est une cartographie sensible de l’existence artistique. Un réseau de forces où l’écrivain se tient, fragile et obstiné, entre héritage et invention.

Loin de se replier sur une solitude stérile, il construit une solitude habitée, peuplée d’influences qui ne cessent de le travailler.

Ainsi le journal s’habite. Il ne se contente plus d’être le lieu d’une introspection, mais devient une sorte de poste d’observation du monde et de la création.

Une vigie intérieure, depuis laquelle Paul Nizon interroge ce que signifie écrire après les autres, avec eux, contre eux parfois. Et pourtant, au cœur de cette gravité, surgissent des trouées de lumière.

Des instants de joie brève, des élans presque euphoriques, des regards qui soudain s’élargissent.

L’écrivain ne s’abandonne jamais totalement à la mélancolie. Il la travaille, il la retourne, il la fait vibrer jusqu’à produire une énergie paradoxale. Ce journal est un champ de forces, pas un tombeau.

Dans cette nouvelle traversée, Nizon apparaît plus nu que jamais. L’identité vacille, cette absence du père toujours présente, où le sentiment de n’appartenir à rien devient presque un territoire en soi.

Mais c’est précisément là que se loge la puissance du livre : dans cette fidélité à une inquiétude originelle, jamais domestiquée, jamais résolue.

On pourrait reprocher à Paul Nizon de ne pas varier, de rejouer sans cesse la même partition existentielle. Ce serait mal le lire. Car ce qui se répète ici, ce n’est pas un motif, c’est une intensité. Une manière de revenir au même point pour l’approfondir encore, jusqu’à en faire un gouffre.

« Le clou dans la tête » est un livre qui insiste, creuse. Il martèle. Et dans cette obstination presque minérale, il atteint une forme de vérité à vif : celle d’une vie entièrement livrée à l’écriture, jusqu’à ce que l’écriture devienne la seule manière de tenir debout et de vivre, encore.

Date de parution : 01 avril 2026
Éditeur : Actes Sud
Collection : Romans Nouvelles Récits

Atelier Matisse (Grand Palais Rmn Editions)

Atelier Matisse (Grand Palais Rmn Editions)

Avec Atelier Matisse, le grand livre de stickers devient bien plus qu’un simple jeu : il se transforme en véritable expérience artistique. Inspiré de l’univers de Henri Matisse, cet ouvrage invite le lecteur à entrer dans l’intimité créative du peintre, en particulier dans la période de ses célèbres « gouaches découpées ».
Dès l’ouverture, on est frappé par la simplicité du concept : quelques formes colorées, à manipuler librement. Mais derrière cette apparente simplicité se cache toute la richesse du travail de Matisse. À la fin de sa vie, l’artiste utilisait des matériaux modestes — papier, ciseaux, gouache — pour créer des compositions vibrantes et presque vivantes. Le livre reprend cette idée et la rend accessible à tous, en proposant des stickers repositionnables qui permettent d’expérimenter soi-même ce processus créatif.
Ce qui fait la force de cet ouvrage, c’est son approche ludique. On ne se contente pas de regarder l’art : on le manipule, on le construit, on le transforme. Chaque page devient un espace d’expérimentation où l’on peut assembler des formes, jouer avec les couleurs, et inventer ses propres compositions. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, seulement une invitation à créer.
Le livre s’adresse principalement aux enfants, dès l’âge de 6 ans, mais il ne se limite pas à eux. Il touche aussi les adultes par sa dimension presque méditative : découper, déplacer, recomposer… autant de gestes simples qui rappellent que la créativité peut naître de très peu de choses. Comme le disait Matisse lui-même, il s’agit de « regarder toute la vie avec des yeux d’enfants ».
Au final, Atelier Matisse est à la fois un livre-jeu et une porte d’entrée vers l’art moderne. Il réussit le pari de rendre accessible une démarche artistique complexe, tout en conservant une vraie poésie visuelle. Une petite œuvre interactive, colorée et inspirante, qui donne envie de créer sans contrainte. Alors, à vous de jouer ! Ce très joli « livre » vient de paraître, à l’occasion de l’exposition « Matisse, 1941-1954 » qui se tiendra au Grand Palais du 24 mars au 26 juillet 2026.

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mars 2026

Editeur : Grand Palais Rmn Editions
Prix : 14,90 €

Mon copain Patate va tout déchirer (Glénat Jeunesse)

Mon copain Patate va tout déchirer (Glénat Jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse viennent de sortir une nouvelle série BD : Mon copain Patate va tout déchirer, Tome 1.
C’est l’histoire d’un petit garçon, Léon, qui vient de déménager parce que ses parents ont divorcé. Rien ne lui plait dans sa nouvelle vie. Alors sa maman lui offre un hamster, qu’il nomme : mon copain Patate. En réalité, il l’envie beaucoup, son copain Patate, car lui, il ne va pas à l’école. Alors, un soir, il supplie la bonne fée de faire quelque chose pour qu’il n’aille plus à l’école ! La bonne fée l’a entendu et elle a échangé son corps avec Patate !!!
La BD est drôle, pleine de rebondissements et de situations cocasses ! Patate va à l’école à la place de Léon…
On est fan des illustrations de Giovanni Jouzeau !
Au final, Mon copain Patate va tout déchirer est un livre surprenant, drôle et un peu atypique, qui montre qu’on peut aborder des thèmes importants avec légèreté. Une lecture qui ne se prend pas au sérieux, mais qui, paradoxalement, dit pas mal de choses sur nous !

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mars 2026
Auteur : Seb Guérout
Illustrateur : Giovanni Jouzeau
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 11€

Pierre Constant de retour avec Le Funambule de Jean Genet au Théâtre de Poche Montparnasse

Le Théâtre de Poche Montparnasse a rappelé Pierre Constant pour 3 représentations exceptionnelles du Funambule de Jean Genet. Le seul en scène est accompagné sporadiquement d’un violon pour une confession proche de l’autoanalyse et de la philosophie, le funambule marche sur un fil très tenu, un peu comme chaque être humain qui évolue dans la vie.

Un témoignage personnel qui tend vers l’universel

Le Funambule de Jean Genet est dédié à son ami Abdallah Bentaga, acrobate français d’origine algérienne qui au milieu des années 1950 fut son amant. Cette histoire d’amour se terminera par le suicide du jeune homme, il ne se remettait pas d’un accident survenu lors d’un spectacle au Koweït, il tomba et se blessa gravement, devenant incapable de remonter sur une corde, seul et désespéré, entouré des livres que Genet lui avait dédicacés, il s’ouvrit les veines. Histoire tragique, Jean Genêt écrivit ce texte et voulut le faire disparaitre, ce qui n’advint pas, fort heureusement. Le comédien et metteur en scène français Pierre Constant, né en 1933 quand même, s’offre un seul en scène intense et habité, il déclame le texte brulant du célèbre auteur jusqu’à se l’approprier totalement. Les mots semblent les siens mais ce sont ceux de celui est peint sur le tableau de Jean Marais accroché sur le mur au fond de la scène. Il soliloque et enchaine les réflexions sur le cirque et sur le fil du funambule si proche du fil fragile de la vie qu’il faut tout de même emprunté pour se réaliser et laisser une trace dans ce monde. L’heure de spectacle passe dans un souffle pour une performance qui force le respect, avec des numéros de semi équilibriste qui font s’ébahit les spectateurs.

Encore 2 représentations les 25 et 26 avril, il ne faut pas hésiter à se rendre au Théâtre de Poche Montparnasse pour le contempelr avec admiration.

Synopsis: Jean Genet écrit Le Funambule en 1955 pour un jeune acrobate du cirque Pinder, Abdallah Bentaga. C’est à la fois une déclaration d’amour et une méditation poético-érotique sur l’acte de Création et sur le lien de l’Artiste à la Vie, qui ne tient qu’à un fil… celui de la représentation. Pierre Constant nous délivre ce texte-phare avec une sincérité poignante et une énergie sensible, puisée dans son passé d’homme de piste et de scène. Une expérience unique conjuguant plaisir et danger, jeunesse et mort, grâce et gravité, en un fulgurant rituel.

Détails: LES 24 ET 25 AVRIL À 21H – LE 26 AVRIL À 17H

« L’Art d’avoir toujours raison » : quand la novlangue prend le pouvoir

"L’Art d’avoir toujours raison" : quand la novlangue prend le pouvoir
Photo ©-Fabienne-Rappeneau

« L’Art d’avoir toujours raison » : quand la novlangue prend le pouvoir

Le spectacle commence comme une conférence et se termine sur une méthode imparable.

Dans « L’Art d’avoir toujours raison », Sébastien Valignat et Logan de Carvalho ont la bonne idée de transformer le théâtre en salle de formation pour candidats en campagne.

Sur scène, David Guez et Maïa Le Fourn incarnent deux consultants d’un improbable média training dédié à la victoire électorale.

Leur mission : transmettre au public la méthode la plus simple, la plus rapide et la plus efficace pour remporter une élection. La promesse est limpide : il ne s’agit pas d’avoir raison. Il s’agit de gagner.

À partir de là, la démonstration déroule avec un sérieux imperturbable, une série de techniques qui feraient pâlir n’importe quel conseiller en communication : reformuler les problèmes jusqu’à les vider de leur substance, fabriquer des oppositions simplistes, déplacer les questions embarrassantes, emballer le tout dans un storytelling suffisamment séduisant pour que personne ne s’interroge trop longtemps sur le fond.

On rit. Beaucoup. Mais d’un rire jaune tant l’enfumage est énorme !

Car derrière la parodie pointe un constat moins comique : le discours politique contemporain ressemble de plus en plus à cette démonstration.

Une mécanique bien huilée où la complexité du réel est systématiquement rabotée pour entrer dans le format court du slogan, du débat télévisé ou du clip de campagne.

Le spectacle emprunte son point de départ à la Dialectique éristique de Arthur Schopenhauer, ce petit manuel de stratégie argumentative qui enseigne comment triompher d’un adversaire indépendamment de la vérité.

Mais là où le philosophe observait les disputes humaines avec un certain pessimisme, le spectacle montre comment ces techniques sont devenues une véritable grammaire du discours public.

Car le problème n’est plus seulement le sophisme. C’est la normalisation du sophisme.

La novlangue : petit traité d’absurdie et de désincarnation de la parole politique

On ne ment plus frontalement : on reformule. On ne nie plus la réalité : on la reconditionne. Les mots sont polis, les angles arrondis, les conflits soigneusement dilués dans une langue technocratique qui semble avoir été inventée pour éviter tout contact avec le réel.

David Guez et Maïa Le Fourn excellent dans cette démonstration. Leur duo fonctionne comme une petite machine à produire du discours. Ils expliquent, illustrent, démontrent toujours avec le sourire tranquille de ceux qui savent que la méthode marche.

Et plus ils avancent dans leur raisonnement, plus la conférence ressemble à un miroir à peine déformant de notre paysage médiatique avec un maître à penser en la matière : Emmanuel Macron.

La mise en scène joue habilement de ce glissement. Ce qui commence comme une parodie académique se transforme progressivement en autopsie du débat démocratique.

À force de décortiquer les mécanismes de la persuasion, le spectacle met à nu une vérité peu réjouissante : la politique contemporaine ne cherche plus tant à convaincre qu’à occuper l’espace discursif. Parler beaucoup. Répondre peu. Simplifier toujours.

Ce qui frappe aussi, c’est la facilité avec laquelle ces procédés fonctionnent. Le spectacle les expose comme des tours de magie rudimentaires, et pourtant ils continuent d’organiser une bonne partie de la parole publique.

C’est là que « L’Art d’avoir toujours raison » devient véritablement mordant. Il ne prétend pas dévoiler un complot. Il montre quelque chose de plus banal et donc de plus inquiétant : une démocratie qui s’habitue doucement à ce que le langage serve moins à penser qu’à neutraliser la pensée. Le théâtre, ici, ne corrige rien.

Il se contente de montrer la mécanique. Et une fois qu’on l’a vue fonctionner, il devient difficile d’écouter certains discours politiques sans avoir l’impression d’écouter une parole aussi vide que désincarnée .

 Date : jusqu’au 30 mai 2026 – Lieu : Théâtre Tristan Bernard (Paris)
Mise en scène : Sébastien Valignat

Les amours de Pablo au Studio Hebertot, l’évocation d’une existence unique sous le prisme de l’amour

Le Studio Hebertot laisse toute la place à Anne Marquot-Picasso pour un moment de théâtre intense et habité. Elle interprète chacune des femmes ayant partagé l’existence du minotaure espagnol dans un spectacle où elle revêt chacun de leurs oripeaux dans des scénettes évocatrices et savamment rythmées. Françoise Gilot, Olga Khokhlova, Dora Maar, Marie-Thérèse Walter, Jacqueline Roque, Nush Eluard et Fernande Olivier reprennent vie le temps d’un moment de théâtre hommage qui ressemble à un film muet parlant, avec le piano de Romain Vaille à la bande son impressionniste. Les touches romantiques de son instrument rappellent Debussy, Ravel et Chopin et le résultat concourt à la magie du spectacle. La comédienne enchaine les mimiques, postures et accents sans temps mort et les 7 muses racontent leur rencontre, leurs aspirations et parfois leur douleur de vivre avec un être tout entier tourné vers son art et finalement vers lui-même. Elles tentent de trouver leur place et de ne pas disparaitre face à un génie du XXe siècle certes mais aussi un être autocentré pour qui la place de la femme était avant tout secondaire. Le spectateur comprend le travail documentaire à la base d’un spectacle qui accumule les détails sur la taille des toiles représentant chacune d’entre elles pour leur redonner la place qu’elles méritent dans une Histoire qui les a un peu mis de côté. La mise en scène minimaliste de Martine Midoux se base avant tout sur la musique pour créer une atmosphère onirique qui sied parfaitement au propos. Le résultat est admirable et l’évocation grandiose, elle est à découvrir jusqu’au 27 mai les lundis et mercredis à 21h.

Synopsis: Elles sont au nombre de sept, à l’instar des muses de la mythologie grecque.
7 femmes, 7 destins
Fernande, Eva, Olga, Marie-Thérèse, Dora, Jacqueline et Françoise ont aimé le même homme, inspiré le même artiste, souvent au prix de leur liberté et de leur éclat.
Méconnues ou effacées, certaines révoltées, d’autres consentantes, chacune portait en elle une force, une vision, une puissance d’amour et de création trop longtemps ignorée.
Une nuit, Anne, comédienne et autrice, rêve que Françoise Gilot, la seule qui ait dit NON, entre dans son rêve et lui propose de l’entraîner dans la vie de ces héroïnes.
Nous suivons Anne Marquot-Picasso, portée par la création musicale originale du pianiste Romain Vaille, donner vie à ces sept muses.

Détails:

Du 06 avril au 27 mai 2026, lundi et mercredi 21h

A LIRE