Paolo Conte : quand le dessin se met à swinguer
Il faut se méfier des chanteurs qui dessinent. On les imagine volontiers gribouilleurs entre deux concerts.
Paolo Conte échappe à cette facilité. Chez lui, le dessin n’est ni un hobby ni l’illustration de chansons déjà écrites.
Il est une autre musique. Une musique sans son, mais pas sans rythme.
À l’Institut culturel italien de Paris, l’exposition Paolo Conte Original ouvre une porte dérobée sur l’univers d’un artiste que l’on croyait connaître.
Soixante-dix œuvres sur papier, réalisées entre 1957 et 2023, dévoilent une œuvre plastique qui accompagne son parcours musical : silhouettes, femmes mystérieuses, hommes légèrement déclassés, villes rêvées et fantômes.
Un monde en biais
Chez Conte, rien ne tient vraiment droit. Les corps tanguent, les visages s’allongent, les personnages semblent surpris au milieu d’une histoire dont nous ne connaîtrons jamais le début ni la fin.
Un trait suffit. Une silhouette. Un chapeau. Un regard. Et l’imaginaire fait le reste.
Conte ne cherche pas la beauté impeccable. Il lui préfère la beauté cabossée, celle qui a vécu. Son dessin ne décrit pas, il suggère. Il laisse passer les courants d’air, les souvenirs, les fantômes. Comme ses chansons, il avance par ellipses et détours.
Le jazz n’est jamais loin. Mais chez Conte, le jazz est moins une musique qu’une manière de regarder : accepter la dissonance, préférer l’accident à la perfection, faire du décalage une forme de beauté.
Le Paris des fantômes
Le cœur de l’exposition bat du côté de Razmataz, œuvre totale mise en images à travers un film, conçue, écrite, dessinée et mise aussi en musique par Conte autour du Paris des années 1920, lorsque le jazz américain vient électriser la vieille Europe.
Ce Paris n’est pas celui des cartes postales. Il est nocturne, interlope, sensuel, peuplé de musiciens, de danseuses et d’élégants fatigués. Conte ne reconstitue pas les années folles : il en invente la légende
Ses personnages ne sont pas des héros. Ils sont des survivants.Et c’est là que son dessin rejoint sa musique : dans cette mélancolie jamais plaintive, cette ironie qui empêche la nostalgie de s’installer.
Chez Conte, même le désenchantement porte une veste blanche et semble avoir réservé une table dans un club de jazz.
L’autre voix de Paolo Conte
L’exposition révèle finalement ce que les chansons ne disaient pas tout à fait. Musique, mots et images semblent appartenir à une même maison mentale.
L’artiste n’essaie pas de devenir peintre. Il dessine sans demander la permission à la peinture, avec ses propres maladresses, ses fulgurances et surtout une liberté intacte.
Après avoir traversé ces feuilles, on ne réécoute plus tout à fait ses chansons de la même manière. Sa voix paraît plus visuelle, ses silences plus épais.
Paolo Conte ne dessine pas ses chansons. Il dessine ce qui reste quand la chanson s’est tue. Une silhouette au bout d’une rue. Une lumière qui s’éteint. Un jazz qui continue quelque part derrière une porte. La nuit n’est pas finie. Elle a simplement changé de support.
Date : jusqu’au 4 septembre 2026 – Lieu : Institut culturel italien de Paris (Paris)
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