[BD] L’Odyssée, T1 – Ulysse, de Maxe L’Hermenier & Thomas Labourot (Nootilus – Bamboo Édition)
Il y a des lancements qui ressemblent à des déclarations d’intention. Pour inaugurer Nootilus, son nouveau label consacré aux grands classiques de la littérature, Bamboo Édition ne pouvait choisir récit plus fondateur : L’Odyssée. Adaptée par Maxe L’Hermenier et dessinée par Thomas Labourot, l’épopée d’Homère s’ouvre avec ce premier tome, Ulysse, paru le 8 juillet 2026 — une semaine à peine avant l’arrivée sur les écrans de la version de Christopher Nolan. Le calendrier est habile, mais l’album ne se réduit pas à cette opportunité : il pose la première pierre d’un projet éditorial ambitieux, transmettre les œuvres intemporelles aux lecteurs d’aujourd’hui, et retrouve dans le voyage du roi d’Ithaque ce qui en fait, trois millénaires plus tard, une machine à récits inusable.
Ulysse, un héros aux mille ruses raconté à hauteur de lecteur
La guerre de Troie est terminée depuis longtemps, et pourtant Ulysse erre toujours sur les mers, ballotté par les tempêtes et la rancune tenace de Poséidon. Cyclope monstrueux, enchanteresses redoutables, chant mortel des sirènes : chaque escale le rapproche autant du danger que d’Ithaque, où l’attendent Pénélope et Télémaque — et où les prétendants, eux, ne l’attendent pas : ils envahissent le palais et menacent son trône. Maxe L’Hermenier assume une lecture limpide de l’épopée : dans l’entretien qui accompagne la sortie de l’album, il la décrit comme le premier shōnen de l’Histoire, ou presque — un héros charismatique, une succession d’épreuves, des monstres, une quête du retour. La comparaison n’a rien d’une coquetterie : elle dit exactement le ton de cette adaptation, qui se place à hauteur de lecteur sans jamais le prendre de haut, refusant aussi bien le langage académique que la simplification à outrance. Le découpage en deux tomes, calqué sur la respiration du texte original, laisse les grandes étapes du voyage exister pleinement et ménage une vraie attente narrative.
Nootilus, ou comment transmettre les classiques sans les figer
Ce premier album est aussi un manifeste. Nootilus, dont L’Hermenier prend la direction, veut jeter un pont entre culture classique et narration contemporaine, à destination des collégiens et des lycéens comme de leurs enseignants. Le scénariste n’est pas un inconnu dans la maison : il collabore avec Bamboo depuis 2014, où il a notamment adapté La Belle et la Bête et créé la série Isaline avec Yllya. Sa ligne éditoriale tient en une formule : « transmettre les classiques sans les figer ». Concrètement, l’adaptation revendique un équilibre délicat — accessible sans être simpliste, exigeante sans être hermétique —, pensée pour que celui qui découvre Homère par la bande dessinée puisse ensuite dialoguer avec celui qui a lu le texte, avec des repères communs. Les prochaines adaptations du label seront dévoilées début 2027 ; le choix inaugural, lui, donne le ton et place la barre haut.
Labourot, des yeux de gamin et un crayon d’adulte
Au dessin, Thomas Labourot joue une partition qu’il attendait de longue date. Né à Reims en 1977, passé par l’heroic fantasy (Troll, Le Grimoire du Petit Peuple), la science-fiction (Les Chroniques de Sillage), l’humour (Les Geeks) ou le polar (Détectives), il confesse un attachement d’enfance à cette histoire, découverte en parallèle d’Ulysse 31. Et cela se voit à chaque page. Son Poséidon est une montagne d’écume et de colère, trident au poing ; la chouette d’Athéna traverse le ciel comme un éclat de soleil ; l’Olympe baigne dans des nuits constellées aux allures de space opera — clin d’œil, qui sait, à la série animée de son enfance. Le trait est vif, le découpage ample, et les couleurs, qu’il signe également, glissent des turquoises marines aux ors du couchant. On est loin de l’illustration sage qui guette parfois les adaptations patrimoniales : ça bouge, ça déferle, ça vit.
Une odyssée dans l’air du temps
Reste le contexte, qui n’a rien d’anecdotique. En paraissant le 8 juillet, l’album a devancé d’une semaine l’adaptation cinématographique de Christopher Nolan, attendue comme l’un des événements de l’été. Loin d’être un simple produit d’accompagnement, cette version dessinée joue une carte complémentaire : là où le blockbuster impressionne, elle déplie, éclaire et donne envie de lire. Dans une production jeunesse saturée de mythologie, la proposition se distingue par sa clarté d’intention et son sérieux d’exécution. Tout n’est pas encore joué : Charybde, Scylla et le grand règlement de comptes d’Ithaque attendent le second tome, à qui il reviendra de confirmer l’essai. Mais ce premier volet remplit exactement son office — faire (re)découvrir l’épopée sans peine et avec un plaisir constant. On referme l’album pressé de reprendre la mer !
Pour rentrer chez lui, il devra défier les dieux. La guerre de Troie est terminée depuis longtemps. Pourtant, Ulysse erre encore sur les mers, victime de la colère des dieux. Entre tempêtes, monstres redoutables et îles mystérieuses, chaque escale le rapproche autant du danger que de son destin. Mais rien ne pourra lui faire oublier sa promesse : retrouver sa femme et son fils.