Benjamin Millepied et Maurice Béjart dans les pas de Ravel à l’Opéra de Paris

Benjamin Millepied et Maurice Béjart dans les pas de Ravel à l'Opéra de Paris
“Boléro” – Béjart – Générale prise de rôle Marie-Agnès Gillot Photo Little Shao/OnP

Benjamin Millepied et Maurice Béjart dans les pas de Ravel à l’Opéra de Paris

Pour célébrer le compositeur Maurice Ravel, deux pointures de la danse sont convoquées pour le Ballet de l’Opéra de Paris. Benjamin Millepied qui revisite Daphnis et Chloé et l’affranchi Maurice Béjart dont le Boléro est toujours un évènement.

Avec “Daphnis et Chloé”, on assiste aux amours contrariés d’inspiration mythologique de deux prétendants dont l’un est d’abord enlevé par les pirates de Bryaxis, avant d’être délivré par les Nymphes et le dieu Pan.

Ravel a composé une symphonie chorégraphique où les images musicales illustrent l’intrigue et son trouble. Une musique toute en variation et complexité pour une éducation sentimentale aussi intrigante qu’initiatique.

Une danse fluide pour une scénographie en mouvement

Le spectacle s’ouvre sur un rideau de bandes verticales blanches et noires qui constitue l’empreinte graphique de Daniel Buren, auteur de la scénographie.

Puis en fond de scène, se dessinent de grandes figures colorées, cercle, carré, triangle dont les formes hypnotiques composent une chorégraphie visuelle en arrière plan du ballet jusqu’à leur rejaillissement en miroir sur les tenues des danseurs.

L’écriture ample, sensuelle et déliée de Millepied – qui fait la part belle aux corps des danseurs avec ses pas de deux amoureux revisités, ses longs portés, ses arabesques glissés, ses bustes cambrés, ses élans suspendus – s’empare à l’abri d’une correspondance aussi magnétique que poétique, de toute la musicalité aérienne du compositeur.

Marie-Agnès Gillot : prêtresse sensuelle et sacrificielle

Tant que la danse sera considérée comme un rite, rite à la fois sacré et humain, elle remplira sa fonction“. Issue des Mémoires de Maurice Béjart, cette définition de la danse s’applique parfaitement au Boléro entre la Mélodie, rôle mythique pour soliste et le Rythme, lui, représenté par les danseurs.

Un soliste donc sur une table rouge, en l’occurrence Marie-Agnès Gillot (parfaite) d’une sensualité toute animale dont la posture guerrière s’imprègne avec force de la chorégraphie, qui répète inlassablement le même balancement sensuel et lascif, sous le regard de quarante danseurs assis sur des chaises et qui l’entourent.

Obscur objet du désir et qui, jusqu’à sa délivrance, se charge de son emprise où sur une musique obsédante – une chorégraphie fascinante à l’abri d’une danse organique, répétitive – la possession vénéneuse se fait de plus en plus intense sur le crescendo obssessionnel de la partition, jusqu’à son épuisement sacrificiel.

Image finale saisissante qui voit alors l’héroïne disparaître sous le corps de ballet et après un rituel aussi intense que brûlant.

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Dates : du 24 février au 24 mars 2018 l Lieu Opéra Bastille (Paris)
Chorégraphes : Benjamin Millepied & Maurice Béjart

Note
Originalité
Scénographie
Chorégraphie
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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