Le Misanthrope de Molière, mis en scène par Clément Hervieu-Léger, à la Comédie-Française

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La troupe de la Comédie-Française
Salle Richelieu du 12 avril au 17 juillet 2014

“Le Misanthrope” mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Comédie-Française fait entendre la résonnance noire de la pièce qu’il relie à la déception de Molière, victime de la trahison de son grand ami Racine, qui lui préféra l’Hôtel de Bourgogne pour sa tragédie Alexandre le Grand. Elle imprime la personnalité d’Alceste dominée par la mélancolie, la dépression le dotant d’un tempérament sombre et pessimiste, peu enclin aux compromis.

[pull_quote_center]A l’abri d’un déplacement judicieux et ample, la mise en scène de Clément Hervieu-Léger se réapproprie le texte pour l’inscrire dans un espace temps intemporel où le discours sur la raison et la passion n’en a pas fini de consumer les âmes[/pull_quote_center]

Cette nouvelle version transposée de nos jours pose un regard neuf et cinématographique sur cette œuvre du répertoire porté par un mouvement des corps à l’unisson.

Alceste souffre de l’hypocrisie du monde et de l’époque dans lesquels il vit. Il est pourtant fou amoureux de Célimène, une mondaine habitée par cet art de plaire qui voit défiler dans son salon des courtisans avides et calculateurs dont il n’a que mépris.

LE MISANTHROPE -

La conversation et l’appartenance sociale avec ces signes de reconnaissance sont les éléments fondateurs de ce microcosme. Entre soi, on se croise, on échange et on tente de répondre à la question qui est sur toutes les lèvres : Célimène est-elle sincère dans son amour ?.

Avec ses enjeux, son interaction entre les protagonistes, sa fluctuation à travers la posture morale d’Alceste qui se confronte à l’appel contradictoire de son désir et sa circulation, la parole est au centre du dispositif.

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Elle prend pour cadre le salon d’un bel hôtel particulier (scénographie d’Eric Ruf) desservi par trois escaliers intérieurs qui reprend vie après une période de deuil de la jeune maîtresse des lieux (Célimène) où les joutes verbales, les faux-semblants, les confidences interagissent avec force et fluidité.

Les discussions mettent à l’épreuve la sincérité d’Alceste qui erre, telle une âme en peine écrasée et torturée par le poids de ses contradictions, désarmé face aux déceptions de la vie, faisant preuve de réactions contradictoires et inconsidérées, empruntes d’emportements suivis de périodes d’atonie et de faiblesse.

[pull_quote_left]Cette nouvelle version transposée de nos jours pose un regard neuf et cinématographique sur cette œuvre du répertoire porté par un mouvement des corps à l’unisson.[/pull_quote_left]

Mais capable aussi d’exaltation dans les sentiments amoureux qu’il éprouve pour Célimène, refusant dans sa critique du monde une société du paraître, de la dissimulation et dans laquelle la médisance s’avère un art à part entière. Avant que la solitude n’emporte le cœurs de chacun des amants vers leur exil respectif dans une scène finale saisissante.

La troupe du Français se montre parfaite. Dans le rôle titre Loïc Corbery incarne avec un désespoir ardent et jusqu’au-boutiste cet “atrabilaire amoureux” tandis que Célimène (Georgia Scalliet) est à la fois pétillante et fragile dans sa quête héroïque de liberté. Quant à Eric Ruf qui interprète Philinte, l’ami pacificateur, il offre un jeu d’une grande maîtrise.

A l’abri d’un déplacement judicieux et ample, la mise en scène de Clément Hervieu-Léger se réapproprie le texte pour l’inscrire dans un espace temps intemporel où le discours sur la raison et la passion n’en a pas fini de consumer les âmes…

Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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