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Pierre Paulin, l’insolence en courbes au musée Fabre

Pierre Paulin, l’insolence en courbes au Musée Fabre
ierre Paulin, Fumoir du Palais de l’Élysée, 1969-1972, Paris, Collection du Mobilier national © Collection du Mobilier national – Elise de La Vaissière

Pierre Paulin, l’insolence en courbes au musée Fabre

Au Musée Fabre de Montpellier, les fauteuils ont décidé de ne plus se tenir correctement.

Ils s’affaissent, se contorsionnent, s’arrondissent, prennent des airs de figures hallucinées ou de créatures échappées d’un film de science-fiction.

Bienvenue chez Pierre Paulin, designer qui, dans une France encore corsetée par le bon goût bourgeois, eut l’excellente idée de mettre les meubles au régime de la liberté.

« Le design selon Pierre Paulin (1927-2009) » est moins une rétrospective sage qu’une joyeuse entreprise de déstabilisation. Car Paulin n’a jamais vraiment aimé les lignes droites. Il leur préfère la courbe, le moelleux, l’organique.

Ses fauteuils semblent avoir été conçus non pour recevoir le corps mais pour le capturer, l’engloutir, lui offrir une parenthèse de mollesse dans un monde qui adore encore les angles.

Mushroom, Ribbon, Tongue : les noms sont déjà tout un programme. On ne parle plus le langage compassé de l’ébénisterie. On parle végétal, anatomique, surréalisme.

L’espace réinventé

Le meuble devient sculpture et la sculpture devient soudain habitable. Paulin appartient aux Trente Glorieuses, mais il ne se contente pas d’en reproduire l’optimisme chromatique. Il en capte le vertige.

Plastiques, nouvelles matières, couleurs franches, formes futuristes : le designer regarde l’époque filer vers la modernité et décide de lui donner une assise. Mais une assise souple. Très souple. Sa vision : faire du confort une provocation esthétique.

Là où le mobilier traditionnel impose au corps de se conformer à l’objet, Paulin inverse le rapport de force. C’est l’objet qui se plie. Qui épouse. Qui accueille. Et lorsque ces formes débarquent dans les salles du Musée Fabre, la collision est facécieuse.

Face aux siècles de peinture et de sculpture, Paulin arrive avec ses volumes rebondis comme un enfant insolent qui aurait décidé de jouer au milieu des grands maîtres. Pourtant, le dialogue fonctionne.

Parce que Paulin, comme les artistes qu’il côtoie désormais dans les musées, ne cherche pas seulement à fabriquer quelque chose de joli. Il cherche une forme juste pour une époque en mouvement.

Le plus troublant est que cette époque n’a pas tellement vieilli. Les meubles de Paulin ont beau avoir plusieurs décennies, ils continuent de paraître plus contemporains que bien des objets fabriqués aujourd’hui. Ils possèdent ce geste rare : une personnalité.

Ils ont aussi conservé leur part de perversité. Ces objets pensés pour rendre la modernité plus accessible sont devenus des icônes, des pièces convoitées, parfois transformées en trophées.

La révolution du confort a fini par entrer dans les salons les plus exclusifs. Le design contestataire est devenu objet de désir.

Mais Paulin résiste à cette récupération par sa sensualité même. Il suffit de regarder une Ribbon pour comprendre. Elle ne se contente pas d’être belle. Elle donne envie.

Envie de toucher, de s’asseoir, de s’y abandonner. Et dans un musée, cette envie-là est presque une transgression. Pierre Paulin avait compris quelque chose d’essentiel : un objet n’est jamais seulement un objet.

Il modifie nos gestes, notre rapport à l’espace, notre manière d’habiter le monde. Au Musée Fabre, ses fauteuils ne demandent donc pas la révérence. Ils réclament le corps.

Et c’est là leur ultime insolence : après toutes ces années, ils continuent de nous donner envie de nous asseoir plutôt que de simplement les regarder. Du grand art, finalement. Avec aisance.

 Dates : du 27 juin au 1 novembre 2026 – Lieu : Musée Fabre (Montpellier)

NOS NOTES ...
Intérêt
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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