Le Cyrano revu et corrigé par Dominique Pitoiset joue les prolongations

Une folie ! la version revue et corrigée de Cyrano par Dominique Pitoiset

Le Cyrano revu et corrigé par Dominique Pitoiset joue les prolongations

Après un succès public et critique qui a valu à Philippe Torreton le Molière et le prix de la critique du Meilleur Comédien en 2014, Cyrano a fait un retour gagnant  sur les planches parisiennes et joue les prolongations.

Loin des perruques, des épées, et des ors de l’Hôtel de Bourgogne, Dominique Pitoiset propulse Cyrano chez les fous et nous livre une version aussi radicale qu’inattendue du chef-d’œuvre d’Edmond Rostand. Et pour incarner cet homme à part, ici et maintenant, qu’il voit d’abord comme un esprit irréductible et jusqu’au-boutiste, Philippe Torreton n’a pas son pareil pour lui insuffler une densité et une humanité exceptionnelles.

La scène d’exposition à l’abri d’un décor impersonnel s’ouvre sur la salle commune d’un hôpital psychiatrique où les comédiens, campés comme des malades en déshérence, endossent tour à tour les personnages qui donnent le change au fameux Cyrano.

[…] Philippe Torreton au sommet de son art […]

C’est là, en marcel blanc, crâne rasé, assumant sa laideur comme un défi lancé à la face du monde, que Cyrano, interdit d’amour mais qui en pince pour Roxane amoureuse de Christian, revendique sa droiture, son indépendance, son intransigeance et son appropriation des mots. Où dans un acte de bravoure, il va prêter à l’amoureux transi, un rival, mais limité en inspiration, son verbe flamboyant pour séduire l’impétueuse Roxane.

À l’intérieur de ces murs blancs, le metteur en scène joue habilement du décalage et des anachronismes. Avec dans un coin, un juke-box qui envoie comme des éclairs mélancoliques de la musique : Elton John, Queen, Alain Bashung, The Pogues ou encore Edith Piaf avec les compagnons de la chanson.

Une folie ! la version revue et corrigée de Cyrano par Dominique Pitoiset

Et des scènes jubilatoires revisitées à l’instar du duel avec le vicomte qui tourne au combat de rue, couteau à cran d’arrêt contre fer à repasser, celle aussi avec ces lettres écrites par Cyrano qui flottent au vent sur des fils à linges ou encore la tirade mémorable du balcon qui voit Cyrano souffler à Christian la poésie qui enflamme l’ingénue, désormais transposée à l’ère du multimédia. Elle s’établit via une communication par Skype à partir d’un ordinateur portable et d’un écran géant descendu des cintres renvoyant l’image sur écran géant de Roxane.

Dominique Pitoiset réussit à nous embarquer dans cet univers décalé et à imposer, par la vertu du jeu et la lecture de l’oeuvre, un Cyrano tourmenté à la force d’âme attachante et farouche défenseur de sa condition d’homme libre. Le Cyrano, serait donc fou puisqu’il est l’ennemi de la pensée unique où ni les puissants, ni la guerre, ni la mort, ne peuvent arrêter le feu de ce poète amoureux.

[…] une version aussi radicale qu’inattendue […]

Une théâtralité qui redonne toute sa dimension au texte où la tirade “Non merci” vibrante dans son incarnation, est saisissante de la vérité d’un homme et de ses sentiments.

Portée par l’engagement sans faille de la troupe avec à sa tête, un Philippe Torreton au sommet de son art : subtil, signifiant, émouvant, la pièce est une leçon de théâtre.

[vc_text_separator title=”INFOS” color=”custom” border_width=”5″ accent_color=”#1e73be”]

Dates : du 2 février au 12 juin 2016 l Lieu : Au Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris)
Metteur en scène : Dominique Pitoiset

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here