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La confession manquée d’Arthur Dreyfus, « Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui » aux Editions P.O.L

Arthur Dreyfus © Hélène Bamberger P.O.L

Arthur Dreyfus, « Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui » aux Editions P.O.L

Mon Dieu quelle époque ! Il y a quelques mois apparaissait sur les tables des libraires un volumineux Journal dont le titre vaguement inspiré d’un roman de Mauriac semblait contenir toute l’ambition de son auteur : non seulement évoquer sans détour le quotidien de sa vie sexuelle mais révéler à travers elle l’état d’esprit d’une génération, d’une époque, voire d’un siècle. Arthur Dreyfus a-t-il réussi son pari ? D’un point de vue strictement littéraire, force est de constater que non. Après avoir parcouru d’un œil bienveillant les quelque deux mille trois cent quatre pages de cet interminable pensum, nous inclinons à penser que l’auteur peine à rivaliser avec son illustre prédécesseur tant son style de mirliton pêche par une accablante platitude, tant aussi sa manière élémentaire de raconter ne dépasse guère les prouesses d’un lycéen de seconde.

Or le style, disait l’autre, c’est l’homme. Quel genre d’homme est donc Arthur Dreyfus ? Disons que c’est un gay d’aujourd’hui, comme il vous est loisible d’en croiser chaque jour dans notre vaste métropole, un gay bourgeois et intelligent, nanti de diplômes et de privilèges, que rien ne distingue de son alter ego hétérosexuel, le bobo parisien dans la force de l’âge, plus soucieux du périmètre de son appartement et de son avancement social que des lendemains qui chantent. Rien ? Pas tout à fait cependant. C’est que notre garçon d’aujourd’hui, malgré son profil de gendre idéal, est habité par une tyrannique compulsion sexuelle qui vient bouleverser son quotidien et le soustraire bien malgré lui au destin de ses semblables.

Tel est bien le sujet du livre. Habité par le démon du sexe, Dreyfus voit son existence assez banale- existence dont nous ne savons pas grand-chose : que pense-t-il ? à quoi rêve-t-il ? a-t-il des opinions politiques ou religieuses ? – élevée au rang d’un road-movie pornographique qui l’emporte frénétiquement sur les sentiers de la baise où l’application Grindr fait office d’escale régulière. Bien malgré lui, disions-nous. Et c’est bien là que le bât blesse, que ce Journal sexuel s’avère si décevant, morne, conventionnel, et si peu gay au sens étymologique. C’est que notre auteur n’a rien d’un héros ou d’un martyr, d’un poète ou d’un voyou, il n’est qu’un homme ordinaire que la particularité de son économie psychique, l’épanchement de sa libido, précipitent à son insu dans les bas-fonds du sexe, sans qu’il ne parvienne jamais à extraire de ses incursions souterraines la moindre lumière, la moindre connaissance, sans que ne l’effleure jamais le moindre frisson charnel ou amoureux. Ordinaire, la sexualité de l’auteur l’est également au plus haut degré.

Derrière le voile de fumée d’une apparente transgression, Dreyfus apparait comme un fonctionnaire du stupre hanté par le fantasme de la normalité, s’attachant souvent aux formes les plus conventionnelles de la masculinité. Conformément à l’idéologie dominante des réseaux sociaux, jamais un partenaire n’est présenté autrement que par son âge, sa couleur de peau et ses attributs sexuels : « Son corps est musculeux, il a vingt ans, les cheveux extrêmement blonds, joli sexe, trou parfaitement lisse. » Au demeurant, à peine dégrisé de ses frasques libidinales, l’auteur ne manque pas de nous rappeler que s’il ne baise pas comme les autres il tient à penser comme tout le monde : « Je ne suis pas favorable à la pédophilie, je la réprouve… », etc. Quelle grisaille ! Quel vide ! Oui, répétons-le, à quelques exceptions près, sans doute vers la fin du livre où sourd de cette épaisse mélasse un début de clarté, jamais l’auteur ne s’interroge sur lui-même, ni sur l’autre, jamais il n’interrompt un instant sa frénésie sexuelle pour tenter de l’intégrer à un ensemble plus vaste, à une compréhension plus ample de son existence, en dépit d’ailleurs de sa fréquentation assidue du cabinet de l’analyste qu’il semble traiter avec la même versatilité que ses partenaires sexuels : « dans les jours qui suivent, conscient d’être véritablement malade, je me résous à trouver un autre analyste. » Oui, Arthur Dreyfus baise comme il vit, vit comme il baise, et baise comme il écrit : mal, vite et sans éclat.

Que conclure en définitive de cette confession ? Dans L’Homme sans gravité (2002), le psychanalyste Charles Melman avait prophétisé un bouleversement radical de la condition humaine consécutif à l’expansion de l’économie libérale, un effacement de l’ancien sujet hanté par le désir et la faute devant un individu errant, délesté de tout ce qui le rattachait autrefois à l’Histoire, la Loi et l’Utopie. Telle est, à nos yeux, la signification du Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui. Dans ces pages monotones, on retrouve l’individu sans destin, sans règles et sans attaches de nos sociétés actuelles ; l’individu qui ne pense rien, n’éprouve rien, ne regrette rien et ne s’oppose à rien ; que seule la tyrannie du besoin, confondu avec le désir, mène par le bout de son nez. En ce sens, Arthur Dreyfus a bien réussi son pari : son livre est générationnel. Mais s’agit-il encore d’un livre ? Ni œuvre, ni journal, ni document, cette compilation a plutôt valeur de symptôme. Symptôme d’une époque où la Société du spectacle incline à prendre des vessies pour des lanternes, imposant comme œuvre littéraire ce qui n’en possède que le nom. Nous apprenons que la vessie d’Arthur Dreyfus figure en bonne place sur la liste du Prix Médicis. Gageons que le jour de sa proclamation, elle explosera avec fracas à la face du jury.

Editions P.O.L
Date de parution : Mars 2021
Auteur : Arthur Dreyfus
Prix :
37 €

Fin de siècle, un film simple et beau sur les enjeux de notre époque, de Lucio Castro, en salles le 23 septembre 2020

Les premières minutes de Fin de siècle donnent le ton. Un silence assourdissant accompagne les déambulations d’un homme dans la ville qu’il arpente, il semble s’y ennuyer jusqu’au premier eye-contact avec un autre homme. Le film brosse un portrait de notre époque, entre les attentes vis-à-vis d’une relation amoureuse, les enjeux du couple au fur et à mesure que le temps avance et que la tentation d’aventures fugaces devient de plus en plus vivace. Fin de siècle montre aussi la force d’une famille toute dévouée à un petit enfant. Lucio Castro vise large avec de longues discussions faisant entrer dans l’esprit de personnages en quête d’eux-mêmes. C’est pudique et authentique, direct et émouvant avec une chronologie bouleversée par d’incessants allers retours temporels.

Le sentiment à l’épreuve du temps

Ocho (Juan Barberini) est un homme argentin parti en vacances à Barcelone pour faire le point dans un AirBnB. Il a pris la décision difficile mais nécessaire de faire une pause avec son compagnon après 20 ans de relation. Le fil de sa vie défile tout au long du film, entre résurgences de sa vie de couple passée devenue sans passion et la rencontre avec un homme déambulant dans la rue en bas de son appartement. Ce bel hidalgo se nomme Javi (Ramon Pujol) et les deux hommes se rapprochent très vite dans une passion toute animale, et ils discutent encore et encore pour permettre au spectateur d’en savoir un peu plus sur le pourquoi du comment. Car Ocho et Javi ne sont peut-être pas inconnus l’un pour l’autre. La connexion amoureuse et physique entre les deux hommes ouvre un univers large et étendu sur une longue durée, comme pour montrer l’évolution de chacun sur une si longue période, avec des priorités mouvantes et l’érosion des certitudes de la jeunesse à l’épreuve du temps. Le scénario non linéaire fait des bons en avant et des retours en arrière comme pour montrer qu’une relation a besoin de temps pour se construire, mais aussi de solitude pour se décoller de l’autre et mieux se retrouver. En englobant autant la sexualité que la famille et l’introspection, le réalisateur propose une réflexion qui interpelle par sa profondeur sur la société actuelle, loin de tout raccourci ou facilité.

Le film Fin de siècle a été présenté au Festival Chéries Chéris 2019 avec un certain succès que la sortie en salles le 23 septembre 2020 pourrait bien confirmer.

Synopsis: Un Argentin de New York et un Espagnol de Berlin se croisent une nuit à Barcelone. Ils n’étaient pas faits pour se rencontrer et pourtant… Après une nuit torride, ce qui semblait être une rencontre éphémère entre deux inconnus devient une relation épique s’étendant sur plusieurs décennies…

Après le déluge, l’appel de la danse

Après le déluge, l’appel de la danse
© G.Astier Perret

Après le déluge, l’appel de la danse

Il y a chez (LA)HORDE une exploration pour les mondes qui s’écroulent.

Après avoir transformé la rave en geste de résistance dans « Room with a View » puis scruté nos existences contaminées par les écrans dans Age of content le collectif formé par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel pousse cette fois le curseur jusqu’à l’apocalypse.

Avec ce nouvel opus, le déluge, troisième création pour le Ballet national de Marseille, le plateau devient le théâtre d’une catastrophe qui n’en finit plus de commencer

Tout commence dans une inquiétante immobilité. Les corps semblent avoir perdu leurs repères, comme si quelque chose venait déjà de se fissurer sous leurs pieds. Puis le sol se soulève, se dérobe, se creuse.

Une pulsation pour faire corps 

Le plancher devient gouffre, la scène se transforme en organisme malade. Chez (LA)HORDE, le décor n’est jamais un simple décor : il attaque, menace, avale.

La scénographie de Julien Peissel, conçue avec le collectif, déploie une impressionnante mécanique de l’effondrement. Et soudain, le théâtre devient cinéma catastrophe

Fumées, matières liquides, visions de fin du monde, créatures étranges, corps mutants : tout semble convoqué pour représenter ce moment où l’humanité regarde son propre désastre avec la sidération de celui qui comprend trop tard.

Le regard extérieur d’Alain Damasio, dont l’univers de science-fiction irrigue le projet, ajoute à cette plongée dans un monde devenu étranger à lui-même. Mais c’est précisément là que le spectacle provoque un étrange paradoxe.

Plus le décor s’emballe, plus les danseurs paraissent parfois relégués au second plan. Pourtant, les treize interprètes du Ballet national de Marseille sont loin de manquer d’énergie.

Ils courent, chutent, se regroupent, se désarticulent, avancent comme une tribu prise dans une transe primitive.

Leur danse est viscérale, abrasive, traversée de mouvements répétitifs qui finissent par produire une sorte d’hypnose collective. Le corps devient le dernier refuge d’une humanité qui ne sait plus très bien où elle va.

Et c’est ici que « Après moi, le déluge » touche juste : lorsque tout s’effondre, reste le groupe. Reste la pulsation. Reste la possibilité de bouger ensemble.

La musique pulsative de Pierre Aviat accompagne cette déflagration avec une partition ample et tendue, à laquelle s’ajoute une adaptation de Chop Suey! de System of a Down.

Une musique qui propulse les corps autant qu’elle les enferme dans une forme de rituel post-apocalyptique. On retrouve donc la signature de (LA)HORDE : une jeunesse en colère, des corps en résistance, une esthétique spectaculaire qui ne cherche jamais à faire joli.

Mais cette fois, le collectif semble parfois victime de son propre goût pour la démesure. À force de vouloir tout faire exploser, le geste chorégraphique perd par instants de sa puissance.

Certaines séquences frappent fort, d’autres donnent le sentiment d’un repli sous les effets visuels.

Pourtant le déluge est là. Grandiose, bruyant, plastiquement impressionnant. Mais la danse, elle, doit parfois lutter pour ne pas être noyée. Et pourtant, quelque chose demeure, quelque chose de profondément contemporain. Une inquiétude sourde.

Celle d’une génération qui hérite d’un monde fissuré et qui, plutôt que de se résigner, cherche encore la manière de danser sur ses ruines. Car chez (LA)HORDE, l’pocalypse n’est jamais tout à fait une fin.

C’est peut-être le début d’autre chose. Une danse après la catastrophe. Une transe avant le recommencement. Et, malgré ses excès, « Après moi, le déluge » laisse derrière lui cette sensation étrange : celle d’avoir assisté non pas à la fin du monde, mais à son monstrueux désir de renaître enfin.

Dates : du 5 au 12 septembre 2026 – Lieu : Théâtre de la Ville (Paris)
 Chorégraphie : (LA) HORDE

Un beau Bourgogne Aligoté des Orfèvres du vin à découvrir

Le Bourgogne Aligoté AOC Tradition 2023 des Orfèvres du vin a reçu une médaille d’argent pour récompenser sa fraîcheur, ses notes fruitées et sa disponibilité en commande en ligne avec une livraison directement chez l’acheteur. A l’œil, le vin arbore une belle robe brillante jaune or pâle, au nez le vin dévoile des arômes de pêche, de fruits frais et de fleurs blanches. En bouche, le vin est souple et fruitée, avec une finale citronnée qui lui apporte toute sa fraîcheur. Il faut servir le vin entre 10 et 12 °C, idéalement à l’apéritif, mais également pour accompagner une friture, un jambon persillé ou des escargots de Bourgogne. Le vin peut également être proposé en kir, avec une crème de cassis de Bourgogne. Proposé au tarif de 8,90€ TTC à la cave (48€ TTC en carton de 6), c’est une belle découverte à ne pas manquer.

Publireportage:

Fondée en 1929, la cave regroupe l’équivalent d’un gros Domaine avec 60 adhérents. Les Orfèvres du Vin sont devenus au fil des années des artistes autant que des artisans. Car c’est réellement tout un art de développer une telle palette de 15 appellations de qualité constante, sur 120 hectares, cultivés et soignés dans la plus pure tradition vigneronne. Et il faut tout le talent et tout le savoir-faire d’artisans passionnés par leur métier et amoureux du Mâconnais pour élever années après années des vins blancs et rouges qui se distinguent régulièrement dans les concours régionaux et nationaux. Situés aux portes du Mâconnais, les Orfèvres du Vin sont depuis toujours attachés à donner leurs plus belles lettres de noblesse aux cépages phares de la région : l’Aligoté bien sûr, mais aussi l’inimitable Chardonnay ainsi que le Gamay et le Pinot noir. Pour vos destinations de loisirs et de week-end, le chai est situé idéalement dans un écrin de verdure au départ de la Voie verte Mâcon-Cluny, face à la Roche de Solutré. Le circuit du Val Lamartinien, ou encore le circuit des églises romanes, achèveront de vous dépayser dans un cadre touristique et culturel authentique et varié.

Alex Webb : la jeunesse en pleine lumière

Alex Webb : la jeunesse en pleine lumière
«Children playing in a courtyard», Tehuantepec, Oaxaca (1985), Alex Webb. (Alex Webb/©Alex Webb / Magnum Photos

Alex Webb : la jeunesse en pleine lumière

Avec Alex Webb, la jeunesse s’immortalise.

Dans le cadre de FUJIKINA Paris, l’exposition « Magnum : Youth » fait surgir un Mexique incandescent, solaire, traversé de corps, de couleurs et d’instants suspendus.

Depuis plus de cinquante ans, Alex Webb arpente les rues mexicaines avec cette manière si singulière de transformer le chaos du réel en composition presque musicale.

Ses photographies ne racontent pas seulement la jeunesse : elles lui donnent une couleur, une vitesse, une insolence.

La rue : un théâtre baroque

Le photographe américain, membre de Magnum depuis 1979, connaît le Mexique comme on connaît un rêve que l’on aurait trop souvent fait pour encore pouvoir l’oublier.

Oaxaca, ses rues, ses murs, ses fêtes, ses silhouettes : tout semble ici soumis à une lumière qui ne pardonne rien et révèle tout.

Ombres profondes, rouges électriques, bleus saturés, jaunes éclatants : chez le photographe, la couleur n’habille pas le réel, elle le fait basculer.

Et puis il y a ces jeunes gens. Ils surgissent dans l’image comme s’ils en étaient à la fois les acteurs et les propriétaires.

Pas de jeunesse sacrifiée, pas de génération désenchantée, pas de récit misérabiliste soigneusement emballé pour satisfaire notre bonne  conscience occidentale. Webb regarde ailleurs.

Il regarde la vitalité, le désir, le mouvement, la fête, cette formidable énergie de ceux qui n’ont pas encore accepté que le monde leur  appartienne à moitié. Le plus troublant est peut-être le dialogue entre les archives et les photographies plus récentes.

Le temps passe, les visages changent, les vêtements aussi, mais quelque chose demeure : cette manière mexicaine d’habiter la rue comme une scène de théâtre. Webb ne photographie pas seulement des individus, il saisit des collisions.

Un corps répond à une couleur, une ombre découpe un visage, un geste vient perturber la géométrie d’un mur.

Chaque image semble avoir été prise une seconde avant que tout ne s’écroule, ou une seconde après que quelque chose de magique se soit produit.

C’est là toute la puissance de son regard : faire croire au hasard alors que la photographie est une affaire de précision absolue. Chez Webb, la rue devient un théâtre baroque où chacun joue sans connaître son texte.

La lumière compose, les corps improvisent, les couleurs hurlent doucement. Et le photographe, funambule discret, attend l’instant où tous les éléments du monde acceptent enfin de tenir dans le même cadre.

Cette jeunesse mexicaine n’est donc pas seulement conquérante. Elle est surtout vivante. Terriblement vivante. Elle danse au bord du cadre, défie l’objectif, s’en empare parfois.

Elle semble ignorer  superbement notre obsession contemporaine pour les générations perdues, les lendemains anxieux et les récits de catastrophe.

Webb leur offre autre chose : quelques secondes d’éternité. Au Palais Brongniart, entre deux siècles d’histoire photographique et les prouesses technologiques du présent, ses images rappellent une vérité aussi simple que vertigineuse : la photographie n’est pas seulement l’art de retenir ce qui disparaît.

Elle peut aussi être celui de retenir, avant qu’il ne soit trop tard, le moment précis où la vie déborde. Et chez Alex Webb, elle déborde en couleurs.

 Dates : du 4 au 6 septembre 2026 – Lieu : FUJIKINA Paris 2026 (Palais Brongniart)

Les pendules du palais (Glénat jeunesse)

Les pendules du palais (Glénat jeunesse)

Les éditons Glénat jeunesse nous propose un joli conte pour apprendre à… prendre le temps : Les pendules du palais. Au cœur d’un palais où chaque journée est réglée comme une horloge, le roi, la reine et le petit prince vivent paisiblement, au rythme des pendules qui rythment chaque moment de leur quotidien.

C’est l’histoire d’un roi, d’une reine, et de leur fils, le petit prince, qui vivent dans un palais. Un palais magnifique, avec de magnifiques horloges. Mais un jour, tout bascule : les horloges se cassent, les unes après les autres ! Et le petit prince est à chaque fois terrorisé ! Sans aiguilles ni cadrans pour leur dire quand se lever, déjeuner, s’occuper des poneys ou aller dormir, le palais se retrouve complètement sens dessus dessous. Ils mangent à toute heure et n’ont plus aucun repère. Jusqu’au jour où le grand vizir et sa famille viennent leur rendre visite… Avec Les pendules du palais, Nadine Brun-Cosme nous entraîne dans une histoire pleine d’humour et de fantaisie, joliment mise en images par Agnès Yvan. Derrière cette aventure pétillante se cache une réflexion tendre sur nos habitudes, notre rapport aux horaires et l’importance de savoir ralentir. Un très joli album qui invite petits et grands à se demander si tout doit toujours être minuté… et qui rappelle avec douceur que les plus beaux moments sont parfois ceux que l’on n’avait pas prévus.

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Août 2026

Auteur : Nadine Brun-Cosme

Illustrateur : Agnès Yvan

Editeur : Glénat Jeunesse

Prix : 13,50 €

[JEUNESSE] Aux douceurs enchantées – 7. Le roulé-jeunesse, d’Aurélie Gerlach & Maud Begon (Gallimard Jeunesse)

Couverture Aux douceurs enchantées 7 Le roulé-jeunesse Gerlach Begon Gallimard Jeunesse [JEUNESSE] Aux douceurs enchantées, 7 – Le roulé-jeunesse, d’Aurélie Gerlach & Maud Begon (Gallimard Jeunesse)

Sept volumes en quatre ans, et un dernier gâteau. Aux douceurs enchantées s’achève le 20 août 2026 avec Le roulé-jeunesse, septième et ultime titre de la série qu’Aurélie Gerlach et Maud Begon tiennent depuis septembre 2022 dans la série Cadet de Gallimard Jeunesse. Soixante-quatre pages, 7,90 €, dès 8 ans : le format n’a pas bougé d’un millimètre depuis Les sablés de métamorphose. La recette non plus. Ce qui a changé, c’est ce qu’on y met.

Une pâtisserie pour faire reculer les adultes

Pour ceux qui arriveraient en cours de route : la série suit Candy Ladouceur, héritière d’une lignée de « pâtissiens », pâtissiers-magiciens dont les gâteaux produisent des effets peu réglementaires. Sablés de métamorphose, gâteau miroir, bonbons de bonne aventure, madeleines du temps retrouvé — le clin d’œil à Proust n’était pas passé inaperçu —, fleurs des souvenirs perdus : chaque tome tourne autour d’une préparation et de ses conséquences.

Le roulé-jeunesse, lui, ne rajeunit pas les corps : il rend aux adultes l’enfant qu’ils ont été. Gerlach s’en sert sur deux cibles bien choisies, mamie Madeleine et tonton Forastero, qui se détestent poliment depuis les premiers volumes sans que personne n’ait jamais su pourquoi. La pâtisserie sert de machine à remonter le temps, et le lecteur découvre en même temps que les enfants ce que ces deux-là fabriquaient à dix ans. Des bêtises, essentiellement. Beaucoup de bêtises.

Couverture Aux douceurs enchantées 1 Les sablés de métamorphose Gerlach Begon Gallimard Jeunesse

Ce que les grands ne racontent jamais

Le vrai sujet du volume est là, et il est plus solide que son emballage sucré. Candy et Pistachio partagent le même constat : leurs aînés leur cachent des choses. Pas de grands secrets tragiques — juste des pans entiers de vie qu’on ne transmet pas, par pudeur, par paresse, ou parce qu’on a fini par les oublier soi-même. Combien d’enfants de huit ans sauraient dire à quoi ressemblaient les journées de leurs grands-parents ?

Gerlach, qui a signé trois romans pour adolescents dans la collection Scripto — les deux Lola Frizmuth et La Légende de Lee-Roy Gordon — avant de venir aux premières lectures, sait faire tenir une idée pareille en quelques répliques. Le texte est court, dialogué, calibré pour des lecteurs qui n’en sont pas encore aux gros pavés. Il ne s’appesantit pas. C’est justement pour ça que la brouille des deux vieux, expliquée sans dramatisation, atteint son but : elle ressemble à ce que les enfants observent chez eux.

Maud Begon, le trait qui donne faim

Les illustrations sont signées Maud Begon, née à Toulouse en 1987, dont la double casquette n’est pas anodine : elle est aussi autrice complète de bande dessinée, et son adaptation du Jardin secret de Frances Hodgson Burnett, chez Dargaud, avait montré ce qu’elle savait faire d’une histoire d’enfance et de lieux clos. Ça se retrouve ici, à échelle réduite.

Son dessin habite les marges, cerne les débuts de chapitre, s’invite en pleine page quand la scène le demande. Les pâtisseries sont détaillées comme des personnages — glaçages, spirales, miettes — et les visages ont cette rondeur expressive qui fonctionne aussi bien sur un enfant que sur une grand-mère redevenue chipie. La séquence de retour en arrière, où deux gamins courent dans un quartier disparu, est la plus jolie du volume. Elle ne dure que quelques images. Elle suffit.

Fin de service à la boutique

Terminer une série jeunesse à succès est un exercice délicat : il faut refermer sans donner l’impression de fermer boutique. Gerlach s’en tire en choisissant la réconciliation plutôt que le grand final magique, ce qui est plus doux et nettement moins spectaculaire. Les lecteurs les plus friands de sortilèges trouveront ce dernier tome sage — et ils n’auront pas tort, la magie y est réduite à un déclencheur. Les autres apprécieront qu’on ne les quitte pas sur un feu d’artifice.

La série, elle, a trouvé son public : plus de cent avis et une moyenne de 4,2 sur 5 pour le seul premier tome sur Babelio, et une rotation solide en bibliothèque. Il faut dire qu’elle occupe un créneau confortable : assez courte pour les lecteurs qui se lancent, assez illustrée pour ne pas décourager, assez maligne pour ne pas ennuyer l’adulte qui lit à voix haute. On refermera Le roulé-jeunesse avec une envie précise : appeler sa grand-mère et lui demander ce qu’elle fabriquait à huit ans.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Aux douceurs enchantées 7 Le roulé-jeunesse Gerlach Begon Gallimard Jeunesse

Les héros du monde enchanté nous régalent de bien des surprises dans cette dernière aventure pleine de magie et d’amour. « Quand j’ai organisé cette fête, j’avais un plan. Pour leur faire oublier leurs querelles, j’ai pensé qu’il fallait replonger mamie Madeleine et tonton Forastero dans la joie et l’insouciance de l’enfance. Alors, je leur ai servi un “roulé-jeunesse”, une pâtisserie magique créée spécialement pour eux. »

📚 Fiche éditeur

Texte Aurélie Gerlach
Illustrations Maud Begon
Éditeur Gallimard Jeunesse — série Cadet
Date de parution 20 août 2026
Prix 7,90 €
EAN 9782075242844
Pagination 64 pages
Format 140 × 190 mm — roman illustré, dès 8 ans

[MANGA] Alice au-delà des étoiles – Tome 2, de Kiko Urino (Glénat)

Couverture Alice au-delà des étoiles Tome 2 Kiko Urino Glénat [MANGA] Alice au-delà des étoiles, T2, de Kiko Urino (Glénat)

Il y a un mot, dans Alice au-delà des étoiles, qui fait tout le travail : « semi-lingue ». Trimballée d’un pays à l’autre par des parents aujourd’hui disparus, rentrée au Japon chez sa grand-mère, Alice Asahida ne possède complètement ni le japonais ni l’anglais. Elle a plusieurs langues et aucune. Kiko Urino a bâti sur cette faille une série qui a raflé le Manga Taishô 2025 au Japon, et dont Glénat publie le deuxième volume le 26 août 2026, trois mois après le premier. Rythme soutenu, et tant mieux : le tome 1 laissait son héroïne sur le seuil d’un concours qu’elle n’avait aucune raison de réussir.

Un concours d’astronautes pour collégiens

Le dispositif du tome 2 est simple : un examen de sélection d’astronautes, décliné en atelier pour élèves de collège. Alice y entre terrorisée, entourée de candidats qui alignent les résultats et les mots justes. Elle est belle, populaire, et considérée comme décorative — la combinaison la plus humiliante qui soit à cet âge. Elle peine à suivre les cours, et chacune de ses hésitations est lue comme une preuve.

Urino filme le concours comme un tournoi, avec ce qu’il faut de tension, sans jamais faire du barème le sujet. Ce qui l’intéresse, ce sont les micro-décisions : le moment où Alice renonce à ouvrir la bouche, celui où elle la rouvre quand même. Rui Inuboshi, le petit génie solitaire qui l’a repérée le premier, lui a préparé un projet dont on ne dira rien ici, sinon qu’il ne fonctionne pas comme un tour de magie. Il ne compense pas son handicap linguistique : il déplace le terrain sur lequel elle est évaluée.

Planche intérieure Alice au-delà des étoiles Kiko Urino Glénat

Ce que ça coûte de ne pas trouver ses mots

C’est là que la série cogne. Le semilinguisme est un sujet documenté, rarement raconté de l’intérieur, et jamais avec cette patience-là. Urino le traite au ras du quotidien : une consigne mal comprise, une blague qu’on saisit deux secondes trop tard, un professeur qui répète plus fort au lieu de reformuler. Aucun pathos. Juste l’accumulation, et la fatigue que ça produit.

Le tome 2 ajoute une nuance à laquelle le premier n’était pas encore arrivé : Alice n’est pas muette, elle est mal traduite. Elle pense parfaitement, et perd tout à la sortie. Le récit fait de la maîtrise du langage un enjeu de pouvoir sans jamais théoriser — on est dans un manga d’adolescence, pas dans un essai. La mécanique reste limpide : qui parle bien décide, et qui décide raconte l’histoire.

Le dessin d’Urino, ou l’art du visage qui hésite

On avait découvert Kiko Urino avec Internet Love puis De neiges et de flammes, deux titres passés à peu près inaperçus en France et que la critique n’avait pas ménagés — on reprochait notamment à la fantasy un rythme mal réglé et des scènes d’action confuses. Le classement en collection Seinen surprendra ceux qui ouvriront l’album au hasard : le dessin est doux, clair, presque désarmant de simplicité apparente. Le registre lui va infiniment mieux.

Sa force est dans les visages, et plus précisément dans le temps qu’elle leur accorde. Une case où Alice cherche un mot peut occuper un tiers de page ; la suivante montre le même visage une seconde plus tard, à peine différent, et c’est cette différence qui raconte tout. Les séquences spatiales changent de régime : hachures fines, noirs saturés, silences. Le contraste entre la salle de classe et l’immensité fonctionne d’autant mieux qu’Urino n’en abuse pas.

Planche intérieure Alice au-delà des étoiles Kiko Urino Glénat

Un prix mérité, une série à surveiller

Une précision s’impose, parce que la promotion entretient un flou : le Japon a envoyé une femme dans l’espace il y a plus de trente ans, Chiaki Mukai, en 1994. Ce que vise Alice est autre chose — devenir la première femme à commander une station spatiale. Autrement dit : celle qui donne les ordres, donc celle qui parle. Le rêve spatial et le combat linguistique ne sont pas deux histoires empilées, c’est la même. Ajoutons que ce rêve est né d’un chagrin : petite, Alice voulait monter là-haut pour retrouver ses parents parmi les étoiles.

Le Manga Taishô, décerné par des libraires, récompense en général des titres qui ne ressemblent à rien d’autre ; celui-ci mérite sa place. La série n’est d’ailleurs pas près de s’arrêter : sept volumes au Japon, un troisième tome français annoncé pour le 18 novembre. Deux réserves, tout de même. La formule du concours s’usera si elle se répète, et la candeur qui fait le charme du titre frôle par moments l’ingénuité — sur ce point, les chroniqueurs ont à peu près tous tiqué. Ce tome 2 donne malgré tout envie de savoir jusqu’où Alice ira. Et dans quelle langue elle le dira.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Alice au-delà des étoiles Tome 2 Kiko Urino Glénat

Alice Asahida est une jeune collégienne très élégante et populaire, mais qui manie mal le japonais et peine à suivre les cours. Suite à sa rencontre avec le jeune génie solitaire Inuboshi, elle participe à un examen de sélection des astronautes sous forme d’atelier pour collégiens. Mais, si Alice est quelque peu terrorisée à l’idée d’affronter des candidats tous très brillants, elle prend peu à peu confiance en elle et laisse son talent s’exprimer grâce au projet secret concocté par Inuboshi… Réussira-t-elle à franchir la première étape de la sélection pour poursuivre en phase finale ?!

📚 Fiche éditeur

Scénario et dessin Kiko Urino
Traduction Djamel Rabahi
Éditeur Glénat Manga — collection Seinen
Date de sortie 26 août 2026
Prix 7,90 €
EAN 9782344075715
Pagination 160 pages
Format Souple, 133 × 180 mm, noir et blanc — série en cours (7 tomes au Japon)

[MANGA] Arbos Anima – Tome 6, de Kachou Hashimoto (Glénat)

Couverture Arbos Anima Tome 6 Kachou Hashimoto Glénat [MANGA] Arbos Anima, T6, de Kachou Hashimoto (Glénat)

Le tome 5 d’Arbos Anima est sorti en France en mai 2019, et rien n’a suivi pendant sept ans. On pouvait raisonnablement croire la série abandonnée. L’explication est venue du Japon : Tokuma Shoten avait arrêté les frais après le tome 5, publié là-bas en décembre 2018. Kachou Hashimoto, autrice de Cagaster, a terminé son manga seule, en auto-édition, et l’a sorti en avril 2026, d’abord en numérique et en conventions. Glénat le publie le 26 août 2026 : 212 pages pour conclure le voyage botanique de Noah.

Lao, la maison Diva et les roses de l’impératrice

Le volume s’ouvre sur une traque. Le contrebandier Lao suit Noah à la trace, avec un objectif plus large : prendre le contrôle de la maison Diva pour le compte des Ascham. Hashimoto ne s’attarde pas à réinstaller la situation. Noah, de son côté, part chercher les « roses de l’impératrice », une dernière commande qui l’entraîne là où il vaudrait mieux ne pas aller.

Le don du chasseur de plantes — cette faculté de se synchroniser avec la mémoire des végétaux — trouve ici un vrai usage narratif, au-delà des séquences contemplatives. En plongeant dans ce que les plantes ont vu, Noah découvre l’histoire de son propre métier, peu reluisante. La série avait effleuré ce versant colonial sans vraiment s’y arrêter : les collectes du XIXe siècle, les serres européennes garnies au prix d’expéditions qui tenaient souvent du pillage. L’autrice choisit son dernier volume pour l’aborder frontalement.

Couverture Arbos Anima Tome 1 Kachou Hashimoto Glénat

Le père, l’angle mort de la série

L’autre fil, c’est la figure paternelle, présente en arrière-plan depuis longtemps et jamais tout à fait nommée. Le tome 6 la met au centre, sans coup de théâtre généalogique : les informations arrivent par petites touches, sur la longueur. Ce que Noah apprend ne le libère pas, ça lui donne plutôt des obligations.

On regrettera que Rudyard, l’ancien pirate devenu garde du corps, soit un peu sacrifié dans cette dernière ligne droite. Le duo qu’il formait avec Noah faisait beaucoup pour l’intérêt des premiers tomes ; il reste ici en retrait, cantonné à la logistique. Le tome 5 avait pourtant relancé la série autour d’Eve et de la famille Lescott. Six volumes, c’est peu pour tout mener à bien, et ça se voit.

Un dessin entre shonen, seinen et shôjo

Le dessin de Hashimoto reste difficile à ranger dans une case. Publiée dans Comic Ryû, magazine habitué aux auteurs atypiques, elle mêle les codes du shonen, du seinen et du shôjo sans que l’ensemble paraisse hétéroclite : traits fins et regards très travaillés côté shôjo, décors denses côté seinen, découpage nerveux dans les scènes de fuite. Restent les plantes.

Elles sont dessinées avec une précision d’herbier et occupent souvent des pages entières, où les personnages ne sont plus que de petites silhouettes. Ce rapport d’échelle est ce qui identifie le mieux Arbos Anima, et il sert le propos de la série : le végétal précède l’humain et lui survivra. On retrouve là ce que faisait Hashimoto dans Cagaster, dont nous avions chroniqué le dernier tome, avec les insectes.

Couverture Cagaster Tome 1 Kachou Hashimoto Glénat

Ce qu’il restera d’Arbos Anima

La question posée en quatrième de couverture — quelle marque Noah et ses amis vont-ils laisser derrière eux ? — vaut aussi pour la série elle-même. La critique ne l’a jamais placée au niveau de Cagaster. « Séduisante mais pas passionnante », lisait-on en 2019, et le reproche se comprend : l’intrigue mettait du temps à démarrer, le concept l’emportait sur le récit. Arbos Anima est restée un titre secondaire, y compris pour ses lecteurs fidèles.

Ce tome 6 ne compensera pas sept ans d’attente, mais il éclaire les longues collectes des débuts : ce qu’on avait pu trouver poussif prend son sens une fois la série terminée. On notera au passage que Hashimoto avait publié Cagaster sur son propre site, de 2005 à 2013, avant que Tokuma Shoten ne le reprenne en volumes ; elle achève Arbos Anima dans les mêmes conditions, en auto-édition. Une intégrale chez Glénat serait bienvenue : la série gagne à être lue d’une traite.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Arbos Anima Tome 6 Kachou Hashimoto Glénat

Lao, le contrebandier, traque Noah et menace de prendre le contrôle de la maison Diva pour le compte des Ascham. Déterminé à accomplir sa mission, Noah se lance à la recherche des « roses de l’impératrice » malgré le danger. Plongé au plus profond de la mémoire des végétaux, il se confronte à la sombre histoire de son métier et à la figure mystérieuse de son père. Ce sixième volume conclut ce récit d’aventure et de collecte botanique. Quelle marque Noah et ses amis vont-ils laisser derrière eux ?

📚 Fiche éditeur

Scénario et dessin Kachou Hashimoto
Traduction Karine Rupp-Stanko
Éditeur Glénat Manga — collection Shonen
Date de sortie 26 août 2026
Prix 7,20 €
EAN 9782344076828
Pagination 212 pages
Format Souple, 133 × 181 mm, noir et blanc — tome final

[BD] Land – Chroniques de la colonisation spatiale, d’Olivier Dubuquoy & Philippe Squarzoni (Delcourt)

Couverture Land Chroniques de la colonisation spatiale Dubuquoy Squarzoni Delcourt [BD] Land – Chroniques de la colonisation spatiale, d’Olivier Dubuquoy & Philippe Squarzoni (Delcourt)

Quatorze ans après Saison brune, Philippe Squarzoni reprend l’outil qu’il a lui-même affûté — le documentaire dessiné à la première personne — et le braque cette fois vers le ciel. Ou plutôt vers ceux qui prétendent se l’acheter. Sur un scénario d’Olivier Dubuquoy, Land – Chroniques de la colonisation spatiale paraît le 3 septembre 2026 chez Delcourt en collection Mirages : deux cent seize pages à 25,50 € pour démonter le récit de la conquête spatiale et regarder ce qu’il coûte, ici, au sol.

Le rêve spatial, démonté pièce par pièce

La méthode Squarzoni est intacte, et elle reste redoutable. Une planche du début en donne la mesure : quatre cases verticales alignées comme des couvertures de magazine. Un ciel étoilé. Une navette qui s’arrache dans un panache blanc. Un numéro de Time barré du visage de Reagan, titré sur les batailles budgétaires et la guerre des étoiles. Puis un Space Cowboy aux astronautes en combinaison orange. Sous chaque case, un mot : technoscientifiques, économiques, géopolitiques, culturels. Le récitatif conclut que le rêve d’exploration spatiale était tissé de motifs multiples.

C’est du montage, au sens cinématographique. Squarzoni raconte moins la conquête spatiale qu’il n’en aligne les images d’archive — la une du New York Times sur les premiers pas lunaires, une empreinte de botte dans la poussière, une famille devant un poste de télévision — jusqu’à ce que la structure apparaisse derrière l’imagerie. Le procédé pourrait être froid. Il ne l’est pas, parce que l’auteur s’inclut dans le tableau : il note qu’on pouvait, dans une même schizophrénie très ordinaire, être admiratif, critique et indifférent. La phrase désarme d’avance qui voudrait se sentir supérieur au sujet.

Planche intérieure Land Chroniques de la colonisation spatiale Dubuquoy Squarzoni Delcourt

Dubuquoy, le géographe qui ramène sur terre

Le scénario est signé Olivier Dubuquoy, et ce n’est pas un détail. Docteur en géographie, longtemps chercheur à l’université de Toulon, réalisateur et militant, il s’est fait connaître avec les boues rouges de Méditerranée : son documentaire Zone rouge, coréalisé avec Laëtitia Moreau, a décroché une mention spéciale du jury au FIGRA en 2017. Son obsession tient en un mot : le commun — il cofonde en 2015 le mouvement Nation Océan pour faire reconnaître la haute mer comme tel. À qui appartient l’océan ? À qui appartient l’orbite basse ?

L’album pose donc des questions très matérielles là où le discours ambiant préfère l’épopée. Combien de tonnes de CO2 par lancement ? Avec quelle énergie ? Quel droit international pour des constellations de satellites qui rayent déjà les clichés des astronomes ? Et il donne la parole à ceux qui s’y opposent — scientifiques, juristes, astronomes — plutôt qu’aux milliardaires.

Le parti pris a son revers. Les objections existent, et l’album s’y attarde peu : le spatial ne pèse aujourd’hui qu’une fraction infime des émissions mondiales, très loin de l’aviation ; l’observation satellitaire reste l’instrument principal du suivi du climat ; SpaceX a consenti des ajustements après les protestations des astronomes. Rien de cela ne renverse la démonstration — la courbe des lancements s’envole, les suies de haute atmosphère inquiètent les chercheurs — mais qui n’arrive pas convaincu d’avance trouvera le contradicteur bien discret.

Le noir et blanc de l’archive, la couleur du présent

Graphiquement, Land fonctionne sur une bascule que les lecteurs de Saison brune reconnaîtront. Les séquences documentaires sont en noir et blanc dur, contrastées, presque sérigraphiques, avec ces trames de points qui imitent la reproduction de presse. Puis vient la couleur, et le registre change du tout au tout : deux silhouettes qui marchent dans un champ à l’automne, des gris-verts délavés, des ocres de fin de saison, un ciel bas, une main qui tend un badge d’accès. On n’est plus dans l’archive, on est dans l’enquête — les trajets, les attentes, les entretiens, tout ce que la plupart des documentaires escamotent.

Philippe Squarzoni traîne derrière lui un quart de siècle de bande dessinée engagée. Né en 1971, une enfance à La Réunion, installé à Lyon, il vient des Requins Marteaux et de Garduno, en temps de paix. Le pamphlet Dol sur le second mandat Chirac, le Grand Prix Léon-de-Rosen de l’Académie française en 2012 pour Saison brune, l’Homicide de David Simon adapté en cinq volumes, puis Bruno Latour transposé dans Zone Critique en 2024 — Latour l’avait choisi lui-même. Comme lettre de créance, on fait moins solide.

Planche intérieure Land Chroniques de la colonisation spatiale Dubuquoy Squarzoni Delcourt

Un pavé nécessaire, et un peu écrasant

Il faut le dire : deux cent seize pages de documentaire dessiné, cela se mérite. La densité textuelle est considérable, les récitatifs occupent parfois le tiers de la case, et la démonstration prend parfois le pas sur le récit — reproche déjà adressé à Saison brune, que Squarzoni n’a jamais cherché à corriger. On peut le suivre. On peut aussi caler au milieu du chapitre sur le droit de l’espace.

Reste que le sujet est neuf en bande dessinée, ce qui devient rare. À l’heure où l’imaginaire de la fuite hors de la Terre s’installe comme un horizon raisonnable, Dubuquoy et Squarzoni rappellent avec méthode que ce départ a un coût, un propriétaire et des perdants. Le livre ne console pas. Il n’essaie même pas. Il pose la question qui l’occupe de bout en bout, et qu’on reste libre de discuter : et si l’urgence était plutôt de défendre l’endroit où l’on est déjà ?

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Land Chroniques de la colonisation spatiale Dubuquoy Squarzoni Delcourt

La conquête spatiale, pour combien d’émissions de CO2 ? À quel prix pour notre avenir ? Les promesses de l’astrocapitalisme sont-elles réalisables ou même souhaitables ? Dans le monde entier, scientifiques, astronomes et citoyens mènent un combat contre l’accaparement de l’espace, pour que le ciel reste un commun, à la fois libre et partagé.

📚 Fiche éditeur

Scénario Olivier Dubuquoy
Dessin Philippe Squarzoni
Couleurs Philippe Squarzoni
Éditeur Delcourt, collection Mirages
Date de sortie 3 septembre 2026
Prix 25,50 €
EAN 9782413087175
Pagination 216 pages
Format Album cartonné, 194 × 255 mm, noir et blanc et couleurs

[BD] Ezechiel T1 – Le Pays de la nuit, de Rodolphe & Ramon Marcos (Delcourt)

Couverture Ezechiel T1 Le Pays de la nuit Rodolphe Ramon Marcos Delcourt [BD] Ezechiel, T1 – Le Pays de la nuit, de Rodolphe & Ramon Marcos (Delcourt)

Un ciel rouge sang, strié de nuages plus sombres. Dessous, des collines vertes, un chemin de terre, une carriole tirée par deux chevaux, des bêtes qui paissent, et au fond un village avec son clocher. Le soleil blanc se pose sur l’horizon. Cette planche panoramique ouvre Ezechiel, et sur elle court un texte que tout lecteur reconnaîtra : au commencement, les ténèbres au-dessus de l’abîme, le souffle qui tournoie au-dessus des eaux, la lumière ordonnée. La Genèse, mot pour mot, sur une planète qui n’est pas la Terre. Voilà comment Rodolphe et Ramon Marcos entrent en matière, chez Delcourt en collection Neopolis, le 27 août 2026, pour cinquante-six pages à 13,50 €.

Une colonie qui a oublié d’où elle vient

Ezechiel est une petite exoplanète au ciel rouge. Ses habitants descendent d’une colonie terrienne débarquée là il y a très longtemps, qui a attendu les renforts, puis a cessé d’attendre. La technologie s’est perdue en route. On vit au rythme des saisons et des récoltes, avec des chevaux et des charrettes, et la plupart des gens ont fini par oublier qu’une planète d’origine a jamais existé. Puis un vaisseau surgit dans le ciel.

Le postulat n’a rien d’inédit — la colonie retournée à l’état agraire hante la science-fiction depuis les Fondation d’Asimov. Ce que Rodolphe en fait, en revanche, mérite l’attention. Le nom même de la planète dit le programme : Ézéchiel, le prophète des visions, celui qui décrit dans son premier chapitre une apparition venue du nord dans un tourbillon de feu, et que des générations d’amateurs d’ovnis ont lue comme un rapport d’observation. Ouvrir un récit de retour des colons par le texte de la Création, c’est prévenir que la question posée ne sera pas « qui arrive ? » mais « qu’est-ce que ces gens vont croire de ce qui arrive ? ». Toute la mécanique du tome tient dans ce décalage.

Planche intérieure Ezechiel T1 Le Pays de la nuit Rodolphe Ramon Marcos Delcourt

Rodolphe, cent livres au compteur

À soixante-dix-huit ans, Rodolphe reste l’un des scénaristes les plus prolifiques de la bande dessinée française : plus d’une centaine de titres, mis en images par Ferrandez, Goetzinger, Juillard ou Florence Magnin. Et une longue complicité avec Leo, avec qui il coécrit Centaurus puis Europa, deux séries de science-fiction dessinées par Zoran Janjetov auxquelles Ezechiel répond à voix basse. Professeur de lettres, libraire, journaliste avant d’être scénariste, Rodolphe a cette qualité rare de savoir exposer un monde sans jamais l’expliquer : on comprend l’économie d’Ezechiel en observant qui salue qui sur le chemin, pas en lisant un encadré.

Le premier tome prend son temps. Beaucoup de temps, même. On suit une famille, on monte à cheval, on discute dans une cuisine aux planchers de bois, une vieille femme assise dans un fauteuil raconte quelque chose que les jeunes n’écoutent qu’à moitié. Un cri traverse une planche, en grandes lettres tremblées. Rodolphe installe. Ceux qui attendent une intrigue nerveuse dès la page dix devront patienter : ce volume sert de socle, et cinquante-six pages partent vite quand on les emploie à planter un décor.

Ramon Marcos, Fogolin, et ce ciel impossible

Le dessin de Ramon Marcos — né en Espagne en 1962, licencié en beaux-arts en 1985, longue carrière d’illustrateur avant la bande dessinée — est d’un classicisme assumé. Ligne claire épaissie, découpage en gaufrier souple, visages expressifs sans grimace, décors soignés jusqu’au dernier bardeau de toiture. On l’avait vu chez Delcourt sur les quatre tomes de Chez Adolf, déjà avec Rodolphe, et sur le Dunkerque de Champs d’honneur écrit par Thierry Gloris. Il y a du Juillard dans sa manière de camper les silhouettes, et c’est un compliment.

Mais l’atout maître de l’album s’appelle Dimitri Fogolin, qui coloriait déjà Chez Adolf. Ce ciel rouge permanent aurait pu virer au gadget ou à la migraine : il tient sur toute la longueur parce que Fogolin le module en permanence — rouge brique le matin, orangé cuivré à midi, presque violet quand la lumière tombe — et parce qu’il refuse d’y toucher au sol. Les prairies restent d’un vert franc, les toits gris, les vêtements terreux. Ce contraste entre un ciel d’apocalypse et une campagne parfaitement paisible produit un malaise constant, discret, remarquablement efficace. La planète est habitable. Elle n’est pas rassurante.

Planche intérieure Ezechiel T1 Le Pays de la nuit Rodolphe Ramon Marcos Delcourt

Un premier tome à créditer

Dans une production de science-fiction franco-belge où l’on empile volontiers les vaisseaux et les explications, Ezechiel choisit le chemin lent : une planète, un village, une question religieuse posée sans lourdeur, et un vaisseau qui n’a pas encore atterri quand la dernière page se referme. C’est frustrant, évidemment. C’est aussi la preuve que les auteurs savent où ils vont.

Reste à voir si la suite tiendra la promesse contenue dans ce ciel. Le tandem Rodolphe-Marcos a déjà plaidé sa cause avec Chez Adolf, tétralogie qui a tenu son cap d’un bout à l’autre et que la critique a bien traitée. À l’inverse, les lecteurs de Centaurus gardent le souvenir d’une série que ses derniers tomes ont laissée retomber. Bénéfice du doute, donc, et un œil sur le tome deux. On repose Le Pays de la nuit avec le sentiment d’avoir vu une très belle exposition, et l’envie sincère de savoir qui sort du vaisseau.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Ezechiel T1 Le Pays de la nuit Rodolphe Ramon Marcos Delcourt

Ezechiel est une petite exo-planète au ciel rouge. La vie s’y déroule de façon archaïque mais paisible, au rythme des saisons et des récoltes. Ses habitants sont les descendants d’une colonie terrienne débarquée il y a bien longtemps et qui ont attendu vainement l’arrivée d’autres colons. La plupart ont même fini par oublier l’existence de leur planète d’origine. Mais voici qu’un jour, un vaisseau spatial surgit. Seraient-ils enfin de retour ? Et est-ce pour le meilleur ou pour le pire ?

📚 Fiche éditeur

Scénario Rodolphe
Dessin Ramon Marcos
Couleurs Dimitri Fogolin
Éditeur Delcourt, collection Neopolis
Date de sortie 27 août 2026
Prix 13,50 €
EAN 9782413087342
Pagination 56 pages
Format Album cartonné, 220 × 290 mm, couleurs

[BD] La Vie Mélodie, de Jérôme Derache & Fabio Lai (Bamboo)

Couverture La Vie Mélodie Derache Lai Bamboo [BD] La Vie Mélodie, de Jérôme Derache & Fabio Lai (Bamboo)

Trente kilomètres. Une demi-heure de voiture, une distance qu’un adulte ne remarque même pas. À l’âge de Mélodie, c’est un exil. Jérôme Derache et Fabio Lai ouvrent La Vie Mélodie sur ce chiffre dérisoire et sur tout ce qu’il emporte : une maison, une chambre, une meilleure amie. Bamboo publie l’album le 26 août 2026 en histoire complète, 72 pages, rangé dans sa collection Humour et vendu comme la romance adolescente de l’été. L’étiquette n’est pas fausse. Elle est étroite. Sous le vernis pastel, il y a un divorce, un déménagement subi, et une gamine qui choisit de tomber amoureuse parce que c’est encore le geste le moins coûteux.

Trente kilomètres et tout le reste

Le scénario ne s’embarrasse pas d’un préambule. Quand on rencontre Mélodie, la séparation a eu lieu, les cartons sont défaits, le mal est fait. Sa meilleure amie Shania est restée de l’autre côté de ces trente kilomètres, ce qui, dans la géographie affective d’une ado, revient à un autre continent — et le téléphone n’y change pas grand-chose. À la maison, le copain de sa mère a pris ses quartiers ; elle l’a surnommé le Scotch, ce qui dit assez sa capacité à se décoller. Le petit frère, Tim, colle lui aussi, avec l’obstination des cadets qui n’ont pas encore compris qu’on peut être de trop. Et la voisine du dessus se croit toujours institutrice.

Derache travaille par touches courtes. Trois répliques plutôt qu’une page d’introspection, un gag pour amortir une scène qui menaçait de peser. C’est son terrain d’origine — Les Cancres, Les Astromômes, Enfin l’école — et il a appris à faire entrer les sujets lourds par la porte de service. Le divorce n’est jamais expliqué. Il se voit dans un carton mal rangé.

Planche intérieure La Vie Mélodie Derache Lai Bamboo

Cinq secondes, et le reste est du roman

Puis arrive le skateur. Il s’appelle Arnaud, il est blond, il sourit. Cinq secondes chrono. De ces cinq secondes, Mélodie tire une histoire complète, avec ses épisodes, ses signes à interpréter et ses rebondissements imaginaires — d’autant qu’Arnaud habite l’immeuble d’en face et qu’un balcon suffit à entretenir le feu. C’est là que l’album devient intéressant. Derache et Lai suivent moins une romance que sa fabrication, par quelqu’un qui en a besoin.

Le meilleur arrive à la fin, et tient à un détail posé très tôt : Mélodie dessine. Bien. Elle finit par mettre sa propre histoire en bande dessinée, et le livre se replie sur lui-même sans lourdeur. Les deux chroniques françaises parues à ce jour, chez avoir-alire et Ligne Claire, s’accordent sur ce point : c’est cette trouvaille finale qui fait passer l’album de l’aimable au mémorable. On souscrit.

Fabio Lai, un trait sorti du storyboard

Le dessin est signé Fabio Lai, né à Florence en 1976, passé par Stranemani — le plus gros studio d’animation italien — comme animateur, storyboardeur et character designer avant de venir à la bande dessinée. Depuis 2004, on le trouve surtout du côté de l’humour : Les Guides junior chez Vents d’Ouest, Motards à jamais et Les blagues du rail chez Delcourt. Ça se voit, et c’est tant mieux. Ses personnages ne posent pas. Une case de dépit chez Mélodie vaut trois bulles d’explication.

La couleur, dont il se charge lui-même, joue en sourdine : teintes tièdes pour la nouvelle ville, lumière franchement estivale dès qu’Arnaud entre dans le champ. Le découpage respire et laisse la place aux temps morts — l’essentiel, dans une chronique adolescente.

Planche intérieure La Vie Mélodie Derache Lai Bamboo

Où ranger Mélodie dans un rayon encombré

Le segment ado est saturé, et Bamboo y avance depuis des années avec des séries au long cours. La Vie Mélodie tranche par sa forme : 72 pages refermées, sans promesse de suite. Ce choix a un prix. Le Scotch, plus riche qu’il n’en a l’air, aurait mérité vingt planches de plus, et la brouille avec Shania se règle vite. Surtout, l’album vise ses treize ans avec une précision qui laisse peu de marge : un lecteur adulte en fera le tour sans effort et sans surprise.

Reste un album juste, drôle par endroits, qui ne prend jamais ses lecteurs pour des imbéciles. Derache sait faire tout autre chose — il a adapté Gravé dans le sable de Michel Bussi chez Philéas en 2020, avec Cédric Fernandez au dessin, on est loin du même rayon —, et il trouve ici un équilibre qui lui va bien. Une romance d’été, oui. Avec un divorce dedans, et une héroïne qui finit par transformer son chagrin en planches.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture La Vie Mélodie Derache Lai Bamboo

La romance adolescente de l’été 2026 ! Depuis le divorce de ses parents, Mélodie a tout perdu : sa maison, sa meilleure amie Shania… et sa bonne humeur. La voilà coincée dans une nouvelle ville à l’autre bout du monde (30 kilomètres, c’est le bout du monde quand on est ado), avec un beau-père collant et un petit frère crampon. Pour Mélodie, tout ça ressemble de plus en plus à l’enfer… jusqu’à cette rencontre. Un skateur, un sourire — et tout bascule. Avec lui, c’est sûr, la vie serait bien plus belle. Pourtant, elle ne l’a vu que cinq secondes. Cinq secondes, c’est pas grand-chose. Mais c’est bien assez pour un coup de foudre.

📚 Fiche éditeur

Scénario Jérôme Derache
Dessin et couleurs Fabio Lai
Éditeur Bamboo Édition — collection Humour
Date de sortie 26 août 2026
Prix 15,90 €
EAN 9791041112111
Pagination 72 pages
Format Album cartonné, 222 × 298 mm, couleurs — histoire complète

[BD] Solo – À la recherche du pardon, d’Oscar Martin & Pedro Perez Valiente (Delcourt)

Couverture Solo À la recherche du pardon Oscar Martin Pedro Perez Valiente Delcourt [BD] Solo – À la recherche du pardon, d’Oscar Martin & Pedro Perez Valiente (Delcourt)

Depuis 2014 et Les Survivants du chaos, Oscar Martin creuse à peu près seul un sillon que personne ne lui dispute : un monde animalier post-atomique où les espèces ont grandi, parlé, et recommencé à s’entredévorer. Solo, chez Delcourt en collection Contrebande, c’est de la fourrure, des muscles et des tripes. À la recherche du pardon, paru le 27 août 2026, est un récit autonome — quatre-vingts pages cartonnées grand format à 15,95 € — que son auteur présente comme le premier d’une série d’histoires indépendantes situées dans le même univers, sans lien avec l’intrigue principale. Deux changements l’accompagnent. Martin reste au scénario et laisse le dessin à Pedro Perez Valiente. Et le personnage principal n’est plus un jeune rat lancé sur la route : c’est un vieux fauve au bout du sien.

Le Solitaire, au crépuscule

On l’appelle Le Solitaire. Le prédateur le plus redouté du monde cannibale, dit l’éditeur, ce qui, dans cet univers-là, constitue un curriculum. Il n’a plus que le souvenir des actes qui ont fait sa légende, et la mort pour seul horizon. Puis il croise deux enfants. La suite s’écrit d’avance et Martin ne prétend pas le contraire : la vieille bête qui trouve une raison de tenir est un des plus anciens motifs du récit d’aventure, du Lone Wolf and Cub de Koike et Kojima aux westerns crépusculaires.

Ce qui sauve l’album de la redite, c’est sa façon de traiter le silence. Une planche, vers le début, tient en deux cases et deux récitatifs. Le Solitaire avance dans la neige, torse nu sous une sangle, un collier de griffes en travers de la poitrine. Le texte parle de nourriture et de peau intacte, des semaines à passer « de la mort à l’abri », du froid qui transperce les tempes. Puis vient la vraie phrase : pour lui, le pire n’est pas de tenir dans des conditions extrêmes, c’est de se retrouver face à soi-même dans le silence, sans rien d’autre à faire que se remémorer. Et reconnaître. Le mot est lâché en fin de case, en tout petit. Tout le titre est là-dedans.

Planche intérieure Solo À la recherche du pardon Oscar Martin Pedro Perez Valiente Delcourt

La violence, toujours : « TUER ! »

Que les habitués se rassurent, ou s’inquiètent. Le pardon n’a pas rendu la série fréquentable. Dès les premières planches, un affrontement dans la neige déroule un vocabulaire d’onomatopées qui vaut avertissement : « TUER ! », « CLOUÉ ! », « LACÈRE ! », « PIÉTINEMENT ! ». Le sang gicle en gerbes rouges sur le blanc, un reptile encaisse une lame en pleine gueule, et la mise en page se comprime en bandes horizontales étroites pour accélérer la cadence. Martin scénariste sait exactement quand serrer le montage.

On peut trouver cela complaisant, et une partie des lecteurs de Solo le dit depuis des années. On peut aussi y voir la condition du propos : si la rédemption doit coûter quelque chose, encore faut-il montrer ce qu’il y a à racheter. L’album ne triche pas sur ce point, et c’est à porter à son crédit.

Pedro Perez Valiente, l’animation au service de la fourrure

Le vrai enjeu, c’était le passage de témoin graphique. Le trait d’Oscar Martin, façonné par près de vingt ans d’adaptations de Tom & Jerry pour la Warner entamées en 1986, puis par La Guilde qu’il a dessinée chez Casterman sur un scénario de Miroslav Dragan, avait cette densité de hachures qui rendait le monde de Solo poisseux et organique. Pedro Perez Valiente vient d’ailleurs : le studio madrilène Dirus Animation, qu’il rejoint en 1998, les longs métrages Los Reyes Magos et El Cid, la leyenda, des campagnes pour Coca-Cola et Disney Channel, avant de basculer vers la bande dessinée avec Los tiburones de Rangiroa en 2011, puis Trizia.

Cette origine se voit, et c’est une bonne nouvelle. Son dessin est plus rond, plus lisible, mieux articulé dans le mouvement — un coup d’épaule, un déséquilibre, une chute se lisent d’un coup d’œil. La couleur, en revanche, prend une direction inattendue : des verts d’eau, des ocres, des gris-bleu de fin d’hiver, une lumière basse et diffuse qui refuse le contraste violent. Le résultat est plus élégant que le Solo canonique, et légèrement moins sale. Les puristes grinceront un peu. Ils auront tort de bouder : cette douceur chromatique est précisément ce qui permet au récit de respirer entre deux carnages.

Planche intérieure Solo À la recherche du pardon Oscar Martin Pedro Perez Valiente Delcourt

Une porte d’entrée, enfin

L’univers de Solo souffrait d’un défaut connu : son épaisseur. Six tomes répartis en deux cycles, trois volumes de Chemins tracés, un Solo Lyra, une mythologie touffue et son livret des espèces. On ne conseillait pas la série à quelqu’un qui n’y avait jamais mis les pieds. Ce récit complet règle le problème en quatre-vingts pages, sans rien demander au lecteur qu’un peu d’estomac.

Il hérite en revanche des réserves qui suivent la série depuis dix ans. Les lecteurs les plus assidus reprochent régulièrement à Martin de réemployer les mêmes ficelles d’un tome à l’autre ; le format court limite ici la casse. Sur la violence, chacun tranchera selon son seuil.

Ce format lui joue toutefois des tours dans le dernier tiers, où la relation entre le vieux fauve et les deux enfants aurait mérité vingt planches de plus. La bascule émotionnelle arrive vite, un peu trop. Frustrant, parce que tout le reste indique que Martin et Perez avaient la matière pour aller plus loin. On referme l’album en se demandant si cette collaboration aura une suite. On aimerait bien.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Solo À la recherche du pardon Oscar Martin Pedro Perez Valiente Delcourt

Arrivé au crépuscule de sa vie, Le Solitaire, le prédateur le plus redouté du monde cannibale, ne porte en lui que le souvenir des actes cruels qui ont forgé sa légende. Alors que la mort semble être son seul horizon, la découverte de deux enfants réveille en lui quelque chose d’inattendu… Entre violence et rédemption, un nouveau récit épique signé Oscar Martin et Pedro Perez.

📚 Fiche éditeur

Scénario Oscar Martin
Dessin Pedro Perez Valiente
Couleurs Pedro Perez Valiente
Éditeur Delcourt, collection Contrebande
Date de sortie 27 août 2026
Prix 15,95 €
EAN 9782413095453
Pagination 80 pages
Format Album cartonné, 215 × 285 mm, couleurs

Pierre Paulin, l’insolence en courbes au musée Fabre

Pierre Paulin, l’insolence en courbes au Musée Fabre
ierre Paulin, Fumoir du Palais de l’Élysée, 1969-1972, Paris, Collection du Mobilier national © Collection du Mobilier national – Elise de La Vaissière

Pierre Paulin, l’insolence en courbes au musée Fabre

Au Musée Fabre de Montpellier, les fauteuils ont décidé de ne plus se tenir correctement.

Ils s’affaissent, se contorsionnent, s’arrondissent, prennent des airs de figures hallucinées ou de créatures échappées d’un film de science-fiction.

Bienvenue chez Pierre Paulin, designer qui, dans une France encore corsetée par le bon goût bourgeois, eut l’excellente idée de mettre les meubles au régime de la liberté.

« Le design selon Pierre Paulin (1927-2009) » est moins une rétrospective sage qu’une joyeuse entreprise de déstabilisation. Car Paulin n’a jamais vraiment aimé les lignes droites. Il leur préfère la courbe, le moelleux, l’organique.

Ses fauteuils semblent avoir été conçus non pour recevoir le corps mais pour le capturer, l’engloutir, lui offrir une parenthèse de mollesse dans un monde qui adore encore les angles.

Mushroom, Ribbon, Tongue : les noms sont déjà tout un programme. On ne parle plus le langage compassé de l’ébénisterie. On parle végétal, anatomique, surréalisme.

L’espace réinventé

Le meuble devient sculpture et la sculpture devient soudain habitable. Paulin appartient aux Trente Glorieuses, mais il ne se contente pas d’en reproduire l’optimisme chromatique. Il en capte le vertige.

Plastiques, nouvelles matières, couleurs franches, formes futuristes : le designer regarde l’époque filer vers la modernité et décide de lui donner une assise. Mais une assise souple. Très souple. Sa vision : faire du confort une provocation esthétique.

Là où le mobilier traditionnel impose au corps de se conformer à l’objet, Paulin inverse le rapport de force. C’est l’objet qui se plie. Qui épouse. Qui accueille. Et lorsque ces formes débarquent dans les salles du Musée Fabre, la collision est facécieuse.

Face aux siècles de peinture et de sculpture, Paulin arrive avec ses volumes rebondis comme un enfant insolent qui aurait décidé de jouer au milieu des grands maîtres. Pourtant, le dialogue fonctionne.

Parce que Paulin, comme les artistes qu’il côtoie désormais dans les musées, ne cherche pas seulement à fabriquer quelque chose de joli. Il cherche une forme juste pour une époque en mouvement.

Le plus troublant est que cette époque n’a pas tellement vieilli. Les meubles de Paulin ont beau avoir plusieurs décennies, ils continuent de paraître plus contemporains que bien des objets fabriqués aujourd’hui. Ils possèdent ce geste rare : une personnalité.

Ils ont aussi conservé leur part de perversité. Ces objets pensés pour rendre la modernité plus accessible sont devenus des icônes, des pièces convoitées, parfois transformées en trophées.

La révolution du confort a fini par entrer dans les salons les plus exclusifs. Le design contestataire est devenu objet de désir.

Mais Paulin résiste à cette récupération par sa sensualité même. Il suffit de regarder une Ribbon pour comprendre. Elle ne se contente pas d’être belle. Elle donne envie.

Envie de toucher, de s’asseoir, de s’y abandonner. Et dans un musée, cette envie-là est presque une transgression. Pierre Paulin avait compris quelque chose d’essentiel : un objet n’est jamais seulement un objet.

Il modifie nos gestes, notre rapport à l’espace, notre manière d’habiter le monde. Au Musée Fabre, ses fauteuils ne demandent donc pas la révérence. Ils réclament le corps.

Et c’est là leur ultime insolence : après toutes ces années, ils continuent de nous donner envie de nous asseoir plutôt que de simplement les regarder. Du grand art, finalement. Avec aisance.

 Dates : du 27 juin au 1 novembre 2026 – Lieu : Musée Fabre (Montpellier)

La vache qui lit (Bayard jeunesse)

La vache qui lit (Bayard jeunesse)

La vache qui lit, publié chez Bayard Jeunesse , est un album jeunesse qui nous invite à découvrir une drôle de vache… passionnée de lecture ! Avec son titre plein d’humour, cet album joue immédiatement avec les mots et la curiosité des petits lecteurs. On y rencontre une vache pas tout à fait comme les autres, Lololita, qui nous entraîne dans une histoire tendre, amusante et pleine de surprises. Ici, notre héroïne a une passion plutôt originale : elle aime lire ! Et cette drôle d’idée suffit à ouvrir la porte à tout un univers où l’humour et l’imagination prennent une place importante, toujours entourée de ses amis Suzon et Ruben. Au fil des pages, les jeunes lecteurs sont invités à observer, à rire et à se laisser porter par trois histoires un peu loufoques. L’album offre également une jolie manière de montrer que les livres peuvent nous emmener partout, même lorsqu’on est une vache dans un pré !

Publik’Art aime La vache qui lit pour son côté espiègle, et également philosophe, et son invitation à faire découvrir le plaisir de la lecture aux enfants. C’est le genre d’album que l’on a envie de partager à voix haute, blotti contre son petit lecteur, en prenant le temps de regarder les illustrations et de savourer les petits détails. Un album drôle, tendre et parfait pour donner le goût des histoires ! À découvrir avec les petits lecteurs dès que possible… et à garder tout près de la bibliothèque !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Août 2026

Auteur : Jo Hoestlandt

Illustrateur : Aurélie Guillerey

Editeur : Bayard jeunesse

Prix : 13,90 €

[BD] Dans l’Open Space tout le monde vous entendra crier, de James (Delcourt)

Couverture Dans l'Open Space tout le monde vous entendra crier James Delcourt [BD] Dans l’Open Space tout le monde vous entendra crier, de James (Delcourt)

Le titre fait le travail à lui tout seul. Ridley Scott promettait qu’on ne vous entendrait pas crier dans l’espace ; James réplique que dans l’open space, on vous entendra très bien, et que c’est pire. Voilà le nouveau recueil du dessinateur, publié le 3 septembre 2026 chez Delcourt dans la collection Pataquès — celle qu’il dirige depuis sa création, en 2018. Cent quarante-quatre pages de gags cartonnées à 13,95 €, dans le prolongement direct de Dans mon Open Space, lancé chez Dargaud en mai 2008 avec Business Circus : quatre tomes, un recueil d’inédits, un volume consacré au télétravail, et une demi-page hebdomadaire dans Challenges. Dix-huit ans de moquette grise.

Le monde entre par la fenêtre du bureau

Ce qui change ici, c’est le cadre. Les premiers Open Space se contentaient de l’écosystème interne : le chef qui ne décide rien, le collègue qui réchauffe du poisson au micro-ondes, le stagiaire qu’on oublie de payer. Cette fois, James ouvre la fenêtre. Trumpisation, pénuries, guerres, inflation, désordre politique, intelligence artificielle : la blague naît désormais du frottement entre le bureau et le fracas du dehors.

Le pari est risqué. Le gag d’actualité vieillit vite, c’est même sa fonction. James s’en tire par un déplacement simple : plutôt que de commenter l’événement, il regarde ce que l’événement fait aux gens qui doivent quand même remplir un tableau Excel avant dix-huit heures. Le patron subit lui aussi, et ne comprend pas davantage. C’est peut-être la nouveauté du recueil : la hiérarchie y devient une chaîne de gens dépassés.

Planche intérieure Dans l'Open Space tout le monde vous entendra crier James Delcourt

Le scaphandre et le tableur

Une image annonce l’album, et elle vaut manifeste. Un employé en scaphandre spatial complet, casque vissé, assis devant son écran. Autour de lui, l’air est saturé de « blabla blabla » en petites lettres bleues qui flottent comme de la poussière. Dans sa bulle : « Ah… enfin le calme… » La combinaison ne le protège pas du vide sidéral. Elle le protège de la réunion d’à côté.

Le dessin reste ce qu’il a toujours été : une ligne rapide, un peu sale, posée sur des aplats bleus et blancs qui font tout le décor. Deux traits pour un écran, trois pour une cloison. Le lettrage manuscrit garde son côté carnet griffonné pendant un point d’équipe — hypothèse que l’on n’écarte pas. Économie de moyens plutôt que paresse : dans le gag en une page, chaque élément superflu est un temps mort, et James a eu dix-huit ans pour apprendre à couper.

Un auteur qui vient du bureau

James — Laurent Percelay à l’état civil, né en 1968 — est arrivé tard à la bande dessinée, après une dizaine d’années passées en agence de communication. Cela s’entend. Il connaît le vocabulaire, les rituels, la manière dont un open space produit du bruit sans produire de décision. Depuis, il a rattrapé le temps perdu chez Fluide Glacial, et pris chez Pataquès une casquette d’éditeur qui l’a conduit à publier d’autres auteurs plutôt qu’à occuper tout l’espace.

Le lecteur d’ici sait à quoi s’attendre : on est chez les héritiers de Dilbert et du Binet des Bidochon au travail, avec une nervosité plus française et beaucoup moins de méchanceté. James n’accable jamais ses personnages. Il les regarde s’adapter, ricaner, tenir. L’ironie comme dernier équipement de protection individuelle.

Un recueil, avec ce que cela suppose

Reste une réserve, et elle accompagne la série depuis ses débuts. Les avis de lecteurs sur Dans mon Open Space tournent autour de trois sur cinq, avec toujours le même reproche : on sourit beaucoup, on rit peu. La chronique que du9 consacrait au premier tome en 2008 était autrement plus sévère, et pas entièrement injuste. Ce recueil ne renverse pas le verdict. Il le déplace : le sujet a grossi, la satire a gagné en portée, la mécanique comique reste sage.

S’y ajoute la limite du format. Cent quarante-quatre pages de gags autonomes se lisent mal d’une traite. Les meilleures pages — celles où l’absurde bascule d’un coup, sans prévenir — voisinent avec d’autres, plus attendues, qui fonctionnaient sans doute mieux isolées dans les pages d’un hebdomadaire économique diffusé à cent soixante-dix mille exemplaires que compilées sur papier cartonné. Le recueil se picore. Trois pages le soir, sur la table basse.

Ceux qui suivent la série depuis Dargaud n’apprendront rien de renversant, mais retrouveront un James en forme, plus politique qu’avant et curieusement plus tendre. Les autres découvriront un observateur redoutable d’un monde qu’ils connaissent par cœur et qu’ils n’avaient jamais vu aussi bien découpé. Il y a des jours où l’on préfère rire de sa journée que la raconter. C’est à ces jours-là que ce livre est destiné.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Dans l'Open Space tout le monde vous entendra crier James Delcourt

Que l’on soit en pause-café ou à boucler un dossier dans l’urgence, on n’échappe rarement à l’influence des événements extérieurs. Ni à son patron, qui subit aussi cette influence. Trumpisation, pénuries, guerres, inflation, désordre politique, I.A… la faune de l’open space tente de s’adapter au jour le jour dans un monde en perpétuel mouvement et trouve son salut dans l’ironie pour le supporter.

📚 Fiche éditeur

Scénario James
Dessin James
Couleurs James
Éditeur Delcourt, collection Pataquès
Date de sortie 3 septembre 2026
Prix 13,95 €
EAN 9782413091769
Pagination 144 pages
Format Album cartonné, 165 × 230 mm, couleurs

Le Lucernaire ravive la flamme Hemingway

Le Lucernaire donne une très bonne occasion d’admirer un des grands succès du Festival d’Avignon off 2026 avec la pièce Hemingway de Pascale Moine-Frémy présentée jusqu’au 8 novembre 2026. Ce seul en scène permet de suivre le fil non linéaire de la vie mouvementée d’Ernest Hemingway, de sa rencontre surréaliste avec Al Capone à Chicago jusqu’à la fin tragique de ses jours le 2 juin 1961. Le comédien Jérôme Paquatte livre une performance éblouissante 1h15 durant, il ne se ménage pas pour incarner l’écrivain ainsi que 8 personnages historiques contemporains du bonhomme. Le téléphone ne cesse pas de sonner quand l’écrivain tente d’écrire depuis son exil cubain figuré par un décor aux accents coloniaux. Le massif comédien personnifie la puissance physique de l’auteur passé par le premier conflit mondial, la guerre d’Espagne, le second conflit mondial et une multitude de rencontres qui forgeront son caractère d’écrivain. La collectionneuse d’art Gertrude Stein, l’auteur F. Scott Fitzgerald et tant d’autres peuplent la pièce de leur présence charismatique, des musiques cubaines et un extrait de Sketches of Spain de Miles Davis servent de bande son dans une pièce qui subjugue le public tout du long. La mise en scène d’Elie Rapp ne lésine pas sur les bouteilles disséminées de ci de là, l’alcoolisme de l’auteur est presque proverbiale, il ne s’en cachait pas et un cocktail porte même son nom, le Hemingway Daiquiri. La pièce donne envie de se replonger dans les 7 romans publiés de son vivant pour y retrouver les fulgurances de l’auteur au style caractérisé par l’économie et la litote.

Synopsis:

Ernest Hemingway, le plus français des écrivains américains, est célèbre pour avoir écrit Le vieil homme et la merParis est une fête ou encore Pour qui sonne le glas. Ce qui lui vaudra le prix Nobel de littérature en 1954.

Le spectacle Hemingway retrace son parcours hors norme, sa démarche littéraire, mais aussi sa souffrance à vivre comme à écrire, au travers des grandes étapes de sa vie. Il se frotte à Al Capone à Chicago dans les années 20. Libère Paris en 1944. Écrit, pleure et boit à Cuba ensuite. Et finit ses aventures aux États-Unis en 1961.

Un biopic qui vous donnera envie de relire les œuvres de Hemingway.

Le biopic du plus français des écrivains américains.

Détails:

Mercredi > samedi 21H| Dimanche 17H30

Du 2 septembre au 8 novembre 2026, Salle Paradis

[BD] 13 jours, 13 nuits dans l’enfer de Kaboul, de Jean-Claude Bartoll & Renato Arlem, d’après Mohamed Bida (Delcourt)

Couverture 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul Bida Bartoll Arlem Delcourt [BD] 13 jours, 13 nuits dans l’enfer de Kaboul, de Jean-Claude Bartoll & Renato Arlem, d’après Mohamed Bida (Delcourt)

Le 15 août 2021, les talibans entrent dans Kaboul. À l’ambassade de France, il reste un commandant de police et dix hommes. Autour d’eux, cinq cents personnes à évacuer et une ville qui bascule. 13 jours, 13 nuits dans l’enfer de Kaboul raconte ces deux semaines du point de vue de celui qui les a vécues : Mohamed Bida, attaché de sécurité intérieure adjoint à Kaboul depuis 2016, entouré de policiers du RAID et du Service de la protection. Le récit, adapté de son témoignage par Jean-Claude Bartoll et dessiné par le Brésilien Renato Arlem, est paru le 13 août 2026 chez Delcourt dans la collection Encrages. Cent cinquante-deux pages, cahier documentaire compris.

Onze policiers, cinq cents civils, treize nuits

Il y a dans cette histoire une donnée qui suffit à créer la tension : le rapport de forces. Onze hommes armés, une enceinte diplomatique, une foule qui grossit à la grille et un pouvoir taliban qui s’installe rue par rue. Bartoll a l’intelligence de ne pas transformer ça en film d’action. Le récit avance par paliers d’épuisement — les tours de garde, les listes à vérifier, les convois qui partent et ceux qui n’arrivent pas. La menace ne surgit pas, elle s’accumule.

L’album ne se limite pas aux treize jours du titre. Il remonte en amont : le retrait américain engagé sous Donald Trump puis mené par Joe Biden, les provinces qui tombent l’une après l’autre, le parcours de Bida lui-même — un fils d’immigrés devenu serviteur de l’État, pour qui l’Afghanistan sera l’ultime mission avant la retraite. Ce choix a un coût, que plusieurs lecteurs ont relevé : la première partie tire en longueur et le rythme ne s’emballe qu’une fois les talibans dans la capitale. Il a aussi un mérite, celui de montrer les décisions telles qu’elles se prennent — vite, mal informées, irréversibles. Qui monte dans le convoi. Qui reste derrière la grille. Bida ne se présente pas en héros ; c’est ce qui rend sa parole crédible.

Bartoll, le reporter derrière le scénariste

Né à Barcelone en 1962, Jean-Claude Bartoll est passé par le Centre de formation des journalistes avant de couvrir l’actualité internationale pour des agences de télévision entre 1985 et 1991. Il vient à la bande dessinée en 2002 avec Insiders, dessiné par Renaud Garreta chez Dargaud. Ce parcours-là s’entend dans le texte. Les récitatifs sont datés, situés, chiffrés ; les dialogues laissent respirer le jargon policier et diplomatique sans l’expliquer lourdement. La négociation avec les talibans, cette part du livre où tout se joue sur le poids d’un mot et la connaissance de l’interlocuteur, est ce que l’album réussit le mieux.

Le résultat n’est pas neutre pour autant. L’album porte un point de vue français sur une évacuation française, et n’entreprend pas de raconter Kaboul du côté des Afghans restés à terre. C’est une limite assumée, cohérente avec le témoignage d’origine. Un lecteur qui chercherait le tableau complet de l’été 2021 devra le compléter ailleurs.

Renato Arlem, le réalisme sans tapage

Le dessin est l’autre bonne surprise. Arlem vient des comics américains et il aurait pu appuyer sur le spectaculaire. Il fait l’inverse. Le trait est documentaire, appuyé sur les visages, les uniformes, la poussière. Les scènes de foule à l’aéroport, qui auraient pu virer au morceau de bravoure, restent à hauteur d’homme : on voit des mains, des bras tendus, des dos. Les couleurs de Simon Champelovier tirent vers l’ocre et le kaki, sans effet de manche.

Une réserve, qui revient aussi chez d’autres lecteurs : la narration est très récitative, et certaines planches denses se referment sur un découpage un peu sage. Le procédé fait tenir l’information, il ralentit parfois le pouls du récit. Rien de rédhibitoire sur cent cinquante-deux pages.

Planche intérieure 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul Bartoll Arlem Delcourt
Le réalisme documentaire de Renato Arlem (© Delcourt / Bida, Bartoll, Arlem).

Une histoire déjà partout, et pourtant

Le sujet est occupé. Martin Bourboulon en a tiré un long-métrage sorti le 27 juin 2025, présenté hors compétition à Cannes, avec Roschdy Zem dans le rôle de Bida et Lyna Khoudri à ses côtés. La même année, France 2 diffusait Kaboul, mini-série européenne consacrée aux mêmes journées mais à travers d’autres personnages. La bande dessinée arrive donc en terrain balisé, ce qui pose une question simple : qu’apporte-t-elle de plus ?

Deux choses. La durée, d’abord — la case permet de faire sentir treize nuits sans sommeil mieux qu’un montage cinéma, parce que le lecteur avance à son propre rythme et s’épuise avec les personnages. Le cahier documentaire ensuite, qui replace les événements dans leur chronologie et évite que l’émotion tienne lieu d’analyse. C’est là que la collection Encrages justifie sa réputation.

Album utile, donc, et album tenu. Il ne cherche pas à faire pleurer et n’a pas besoin de le chercher : la matière suffit. On aurait aimé, ici ou là, un peu plus de silence entre deux séquences — quelques pages muettes auraient donné à ces treize nuits l’ampleur qu’elles méritent. Cela n’empêche pas de refermer le volume en se disant qu’il fallait que quelqu’un raconte cette histoire en bande dessinée, et qu’elle l’est correctement.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul Bartoll Arlem Delcourt

Août 2021, les talibans entrent dans Kaboul et s’emparent du pouvoir. Des milliers de civils fuient vers l’aéroport ou tentent leur chance auprès de l’ambassade de France. Seuls le commandant Mohamed Bida et dix policiers d’élite assurent encore la sécurité du site, pris au piège avec 500 personnes à évacuer, alors que les scènes d’apocalypse et de chaos se multiplient dans la capitale. Commencent alors 13 jours et 13 nuits sans sommeil pour ces policiers chevronnés, qui ne peuvent plus compter que sur leur courage et leur intelligence pour sauver ces civils.

📚 Fiche éditeur

Récit original Mohamed Bida
Scénario Jean-Claude Bartoll
Dessin Renato Arlem
Couleurs Simon Champelovier
Éditeur Delcourt, collection Encrages
Date de sortie 13 août 2026
Prix 22,50 €
EAN 9782413081791
Pagination 152 pages
Format Album cartonné, 226 × 298 mm, couleurs

Femme au volant, force au tournant (Éditions Sarbacane)

Femme au volant, force au tournant (Éditions Sarbacane)

Les éditions Sarbacane nous offre un très joli et surprenant album centré sur la femme et l’automobile. Avec Femme au volant, force au tournant, les éditions Sarbacane invitent les jeunes lecteurs à se questionner sur les idées reçues et les stéréotypes. À travers plusieurs histoires vraies, l’album met à l’honneur des personnages féminins qui osent prendre leur place, avancer à leur manière et surtout, ne pas se laisser enfermer dans les préjugés. Ici, être une fille n’empêche ni de foncer, ni de conduire, ni de prendre le volant de sa propre vie ! Avec ses illustrations vivantes et son ton malicieux, Femme au volant, force au tournant offre un joli mélange de rire, d’émancipation et de réflexion. On découvre que les femmes ont largement participé aux découvertes du monde de l’auto, comme la création du clignotant, ou du rétroviseur ou encore des essuie-glaces… Saviez-vous que c’est une femme de 80 ans qui a conduit une formule 1 à 300km/h sur circuit, en 2024 ! Que c’est également une femme, allemande, qui a gagné en 2001 le rallye Paris-Dakar ! Que la 1ère femme à avoir passé son permis de conduire l’a fait en 1897 ! Et vous savez qui est la pionnière de l’automobile ? Femme au volant, force au tournant est un album passionnant qui rappelle avec humour qu’il n’y a pas de route réservée aux filles ou aux garçons ! Et que les femmes, comme dans beaucoup de domaines, excellent et ce, depuis toujours !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Août 2026

Auteur : Louise Pluyaud

Illustrateur : Julie Guillem

Editeur : Sarbacane

Prix : 16,90 €

Mon gros lapin avec hochet (Glénat Jeunesse)

Mon gros lapin avec hochet (Glénat Jeunesse)

Mon gros lapin avec hochet, des éditions Glénat jeunesse, sort aujourd’hui ! il va se transformer en un adorable petit compagnon à découvrir et à manipuler dès le plus jeune âge ! 🐰✨

Mon gros lapin avec hochet est un joli livre en tissu brodé tout doux, pour les tout-petits. Avec son adorable personnage de lapin et son hochet intégré, il invite bébé à explorer le livre avec ses petites mains, tout en s’amusant. Chaque page raconte une histoire, chaque page a ses caractéristiques, et une page est faite avec du papier bruissant, que les bébés adorent ! Au fil des pages, bébé découvre un univers tendre et coloré, idéal pour éveiller les sens, développer la motricité et partager un joli moment de lecture avec un adulte.

Les petits + : 🐰 Un adorable gros lapin à emporter partout 🔔 Un hochet pour éveiller bébé 👶 Adapté aux tout-petits ✋ Favorise la manipulation et l’éveil sensoriel 📖 Un premier contact ludique avec le monde du livre

Mon gros lapin avec hochet va faire un très joli cadeau de naissance ! Un livre à regarder, à toucher, à secouer… et surtout à câliner !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : 2 septembre 2026

Auteur : Susie Brooks

Illustrateur : Dawn Machell

Editeur : Glénat Jeunesse

Prix : 18,90 €

[COMICS] Tout ce qui meurt & agonise, de Tate Brombal & Jacob Phillips (Urban Comics)

Couverture Tout ce qui meurt et agonise Brombal Phillips Urban Comics [COMICS] Tout ce qui meurt & agonise, de Tate Brombal & Jacob Phillips (Urban Comics)

Il y a une planche, dans le premier chapitre, où presque rien ne se passe. Une cuisine de ferme mangée par l’ombre, une table en bois, une assiette qu’un homme fait glisser vers son mari. En face, une petite fille attend son tour. « Bon appétit. » Le décor est celui d’un repas de famille ordinaire, sauf que les convives sont morts depuis des années et que l’assiette ne contient pas des œufs. Tout ce qui meurt & agonise, en librairie le 28 août chez Urban Comics, installe son idée et son malaise en trois cases. Tate Brombal au scénario, Jacob Phillips au dessin, Pip Martin aux couleurs : un récit complet de 176 pages, et l’un des rares titres de zombies de ces dernières années à trouver une porte que personne n’avait poussée.

Jack met la table depuis des années

Jack Chandler a grandi dans une ferme, quelque part dans un village isolé de la campagne canadienne. Enfance étroite, faite de silences et de choses qu’on ne dit pas, dont il a fini par s’extraire : un mari, Luke, une fille, Daisy, des saisons qui s’enchaînent et du travail par-dessus la tête. Puis le virus. Ce qui ressemblait à une grippe a vidé le village de ses vivants, à une exception près. Seul épargné, Jack a observé quelque chose que personne d’autre n’était là pour voir : les contaminés rejouent en boucle les gestes de leur dernière journée normale, et bien nourris, ils cessent d’être dangereux. Phillips le dit à sa manière — au lieu de vous courir après en horde, ils essaient d’aller chercher à la pharmacie une ordonnance vieille de dix ans. Alors Jack nourrit. Sa famille d’abord, le village ensuite. Il cultive, il répare, il veille sur ses voisins comme un fermier veille sur son troupeau. Puis, un matin, on frappe à la porte.

Planche intérieure Tout ce qui meurt et agonise Brombal Phillips Urban Comics

Un deuil déguisé en histoire de morts-vivants

Chez Brombal, le mort-vivant sert à parler des vivants. La survie passe au second plan, derrière une question autrement gênante : à quel moment décide-t-on qu’un mort est mort ? Jack, lui, n’a jamais tranché. Il a bâti autour de son chagrin une routine assez méticuleuse pour passer inaperçue, et le livre le regarde faire sans le juger ni lui donner raison. Quant aux visiteurs venus « nettoyer » la ville, ils se contentent d’appliquer ce que le lecteur sait depuis la première page. Le récit refuse de désigner un camp : ni Jack ni les nouveaux venus n’ont tort, et c’est précisément ce qui rend l’album inconfortable. Peut-on perdre une famille deux fois ?

Phillips, Martin, et la lumière qui ment

Fils de Sean Phillips, coloriste sur les polars de son père avec Ed Brubaker avant de passer au dessin complet sur That Texas Blood puis Newburn, Jacob Phillips travaille par masses et par lumière plus que par le trait. Détail rare : c’est la première fois qu’il confie ses pages à quelqu’un d’autre pour la couleur, et c’est aussi le premier album de Pip Martin. Le pari est payant. Le passé glisse vers des pastels chauds, ciels dégagés, roses poussiéreux ; le présent s’installe dans quelque chose de plus terne, de plus malade. C’est doux, et c’est exactement pour ça que les ruptures font mal : une case noire, un maxillaire ouvert, du rouge qui déborde du cadre, puis la page suivante retrouve ses teintes comme si de rien n’était. Du déni à la lettre. Reste la manière dont Phillips filme les contaminés, sans grand-guignol : des postures un peu raides, des regards vaguement absents. Des voisins fatigués.

Planche intérieure Tout ce qui meurt et agonise Jacob Phillips Urban Comics

Ce que le genre y gagne

Le projet traînait dans les tiroirs depuis 2020 et avait été refusé par plusieurs éditeurs avant de devenir, chez Image et sous la bannière Tiny Onion — l’atelier de James Tynion IV —, les débuts de Brombal chez l’éditeur. Le premier numéro a été épuisé au niveau des distributeurs et renvoyé en réimpression dans la foulée, et la mini-série s’est retrouvée nommée aux Eisner 2026 dans la catégorie meilleure mini-série, où elle s’est inclinée devant Absolute Martian Manhunter. Le rapprochement avec The Walking Dead que fait l’éditeur est vendeur mais un peu à côté : la parenté se trouve plutôt du côté d’Essex County, dans cette façon de laisser respirer un paysage agricole et d’écouter des gens qui parlent peu.

Il faut prévenir : c’est un livre noir, et plusieurs lecteurs anglophones lui ont reproché de l’être sans répit. La dernière partie, qui bascule vers l’affrontement, est sans doute la moins personnelle — le genre reprend ses droits, avec ce que ça suppose de passages obligés. Ce n’est pas rédhibitoire. Après quinze ans de récits de morts-vivants qui tournaient à vide, en voir un choisir la tendresse plutôt que la survie, et tenir ce pari sur 176 pages, suffit largement à justifier le détour. On referme l’album avec l’envie de rester encore un peu à cette table.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Tout ce qui meurt et agonise Brombal Phillips Urban Comics

Jack Chandler est le dernier survivant d’une effroyable apocalypse zombie qui a bouleversé le monde. Mais plutôt que d’éliminer les morts-vivants ou de fuir pour sa vie, Jack a choisi de continuer de vivre au sein de sa communauté agricole rurale — en particulier auprès de son mari et sa fille adoptive, eux-mêmes contaminés. Mais lorsque des chasseurs de zombies débarquent en ville avec la ferme intention de la purifier, Jack devient soudainement le seul obstacle entre les membres de sa famille… et ceux qui espèrent les tuer une bonne fois pour toutes.

📚 Fiche éditeur

Scénario Tate Brombal
Dessin Jacob Phillips
Couleurs Pip Martin
Lettrage VO Aditya Bidikar
Traduction Maxime Le Dain
Éditeur Urban Comics – collection Grand Format Urban
Date de sortie 28 août 2026
Prix 21,50 €
EAN 9791026856405
Pagination 176 pages
Contenu VO Everything Dead & Dying #1-5 (Image Comics / Tiny Onion)
Format Grand format cartonné, couleurs

[BD] Reste., de Sara Phoebe Miller & Morgan Beem (Delcourt)

Couverture Reste. Sara Phoebe Miller Morgan Beem Delcourt [BD] Reste., de Sara Phoebe Miller & Morgan Beem (Delcourt)

Une adolescente allongée, le menton calé sur les mains, le regard qui file hors du cadre. Du rose partout, et le titre en lettres jaunes, manuscrites. La couverture de Reste. annonce la couleur avant la première case : on va passer deux cent cinquante-six pages dans la tête de quelqu’un qui attend. Sara Phoebe Miller au scénario, Morgan Beem au dessin, parution le 3 septembre 2026 chez Delcourt dans la collection Waves. C’est la traduction de You Belong Here, paru aux États-Unis en mars 2025. Essie Rosen a dix-sept ans, une année de terminale qui démarre de travers, et une seule idée en tête : quitter Long Island pour le programme d’art dramatique de NYU.

Essie Rosen, ou l’art de rater sa sortie

Le point de départ tient en quatre absences. La meilleure amie partie à la fac, qui laisse les messages en suspens. La mère, avec qui aucune conversation ne survit à trois répliques. Bruno, le petit ami, présent mais ailleurs — et qui rompt. Et le frère, en cure de désintoxication à l’autre bout du pays, dont le résumé français ne dit pas un mot alors qu’il pèse sur tout l’album. Miller ne cherche pas le grand drame : elle empile les micro-abandons.

Puis l’audition tombe à l’eau et Essie se retrouve à jouer dans la pièce du lycée, Our Town de Thornton Wilder — le lot de consolation, la scène minuscule, celle dont elle ne voulait pas. Le choix de la pièce n’est pas innocent : Wilder y fait dire à une morte que les vivants ne regardent jamais vraiment leur propre vie pendant qu’ils la vivent. Tout Reste. est là-dedans.

Miller sait de quoi elle parle : master d’écriture pour la jeunesse et de scénario à Antioch, une dizaine d’années dans l’édition de comics, des créations originales éditées pour Vertigo, et aujourd’hui la ligne de romans graphiques jeunesse de DC. Reste. est son premier livre en tant qu’autrice. Ce parcours d’éditrice se sent dans la construction — rien ne dépasse, chaque fil est rappelé au bon moment. Un peu trop, parfois.

Planche intérieure Reste. Sara Phoebe Miller Morgan Beem Delcourt

Christopher Sun, le mauvais garçon qui n’en est pas un

Arrive Christopher Sun, partenaire de scène, charme désarmant. Et un détail qui change tout : son grand frère est le dealer qui a rendu celui d’Essie dépendant. La question devient donc moins « va-t-il la sauver ou la perdre ? » que « peut-on aimer quelqu’un qui vient de là où votre famille s’est cassée ? ». Miller refuse de trancher trop vite. Christopher n’est ni le prince ni le prédateur. Il est un garçon de dix-sept ans qui traîne le CV de son frère, ce qui suffit largement.

La comparaison avec Mes ruptures avec Laura Dean, de Mariko Tamaki et Rosemary Valero-O’Connell, s’impose et l’éditeur ne s’en cache pas. Elle éclaire autant qu’elle dessert. Chez Tamaki, la relation toxique était le sujet, disséquée jusqu’à l’os. Ici, elle n’est qu’un fil parmi d’autres — et c’est précisément le reproche qui revient chez les lecteurs américains : l’album en met beaucoup, et traite l’addiction et la santé mentale plus vite qu’il ne le faudrait. Sur Goodreads, la note moyenne plafonne autour de 3,5 sur 5, avec une majorité de trois étoiles. Accueil chaleureux, pas triomphal.

Morgan Beem, l’aquarelle plutôt que le mélodrame

Le vrai motif d’achat s’appelle Morgan Beem. Installée à Denver, elle travaille à l’encre et à l’aquarelle, et on l’avait découverte en France par la bande, via Swamp Thing : Twin Branches, écrit par Maggie Stiefvater pour DC en 2020. Elle a aussi travaillé pour Boom ! Studios et Image. Son geste est reconnaissable : un trait nerveux, presque tremblé, posé sur des lavis qui débordent.

Sur les images diffusées par Delcourt, une scène résume tout. Deux silhouettes assises au bout d’un ponton de bois, le soir. Le bleu-gris avale le ciel, l’eau, les arbres, la ville au fond. Seuls les réverbères tiennent, en taches jaunes molles qui bavent sur le papier. Aucun décor n’est vraiment fini. Aucun ne manque. Beem peint des états plus que des lieux, et cette palette bleutée — que la critique américaine a unanimement saluée — évite au récit le sirop rose que promettait la couverture. C’est ce qui sauve l’album quand le scénario s’éparpille.

Ce que la collection Waves a trouvé là

Delcourt importe depuis quelques années une production nord-américaine de romans graphiques adolescents que l’édition française a longtemps regardée de loin, sans trop savoir où la ranger. Reste. confirme que le filon est bon. Le broché à 14,95 € pour deux cent cinquante-six pages est agressif dans le bon sens : c’est le prix d’un poche épais, pour un objet qui tient la comparaison avec des albums deux fois plus chers.

Reste la question du souffle. Deux cent cinquante-six pages sur une année de terminale, c’est long, et le récit connaît des plateaux — un tiers médian où les répétitions tournent en rond. La fin, elle, arrive un peu trop bien rangée pour ce qu’on a traversé. Ceux qui cherchent une intrigue serrée passeront leur chemin. Les autres accepteront ce tempo de saison qui s’étire, parce qu’il ressemble à l’ennui réel de cet âge-là. On referme l’album avec l’impression d’avoir tenu compagnie à quelqu’un, ce qui, pour un roman graphique adolescent, n’est pas rien. Et avec l’envie de revoir vite ce que Morgan Beem fera de son pinceau la prochaine fois.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Reste. Sara Phoebe Miller Morgan Beem Delcourt

C’est le premier jour de terminale et Essie Rosen en a déjà assez. Sa meilleure amie est partie à la fac et répond à peine à ses messages, chaque conversation avec sa mère tourne à la dispute, et son petit ami est étrangement distant. La jeune fille compte les jours avant de pouvoir enfin intégrer le programme d’art dramatique de ses rêves à New York. Mais, malheureusement pour elle, tout va de travers… Une rencontre sera-t-elle la meilleure… ou bien la pire chose qui pourrait lui arriver ?

📚 Fiche éditeur

Scénario Sara Phoebe Miller
Dessin Morgan Beem
Titre original You Belong Here (États-Unis, mars 2025)
Éditeur Delcourt, collection Waves
Date de sortie 3 septembre 2026
Prix 14,95 €
EAN 9782413092810
Pagination 256 pages
Format Album broché, 153 × 216 mm, couleurs

[COMICS] American Caper T1 – La Grande Arnaque américaine, de Dan Houser, Lazlow & David Lapham (Urban Comics)

Couverture American Caper T1 Houser Lazlow Lapham Urban Comics [COMICS] American Caper, T1 – La Grande Arnaque américaine, de Dan Houser, Lazlow & David Lapham (Urban Comics)

Un bison rumine devant le panneau d’entrée de la ville. Quelqu’un a bombé « California ? » en travers du nom, et personne n’est venu nettoyer. Deux planches plus loin, un vers de Roméo et Juliette s’affiche en exergue, « in fair Verona, where we lay our scene », au-dessus d’un lotissement du Wyoming et d’une berline rouge garée de travers. La blague est posée dès l’ouverture : Dan Houser promet une tragédie shakespearienne et la confie à des gens qui n’ont rien de tragique. American Caper – La Grande Arnaque américaine paraît le 4 septembre chez Urban Comics, en collection Urban Indies, coécrit avec Lazlow et dessiné par David Lapham. Le volume reprend les quatre premiers épisodes américains ; le tome 2 suit le 6 novembre.

On connaît le pedigree. Cofondateur de Rockstar Games, directeur créatif de Grand Theft Auto, de Red Dead Redemption et de Bully, Houser a quitté le studio en 2020 et fondé Absurd Ventures dans la foulée, maison taillée pour développer des univers ailleurs que sur console : cinéma, animation, romans, podcasts. American Caper est sa première bande dessinée, menée avec Dark Horse. Il s’y présente bien entouré — Lazlow, de son vrai nom Jeffrey Jones, complice d’écriture depuis les radios de GTA III, et Lapham, primé aux Eisner pour Stray Bullets.

Deux familles, une clôture, zéro innocent

William Hamilton a fait du droit pour défendre la veuve et l’orphelin. Il rembourse aujourd’hui ses dettes chez Friedman & Partners, cabinet fiscal dont l’enseigne aligne fièrement New York, Tampa, Miami, Jackson Hole, Verona — Verone dans la traduction d’Urban — et Reno. Le reste de sa vie tient dans un inventaire qu’il récite lui-même, tasse à la main devant l’évier : les chevaux, les cartes, les loteries, les marchés boursiers, le football, la danse sur glace, les devises, les élections, les cryptos. « Rien de sérieux », conclut-il. Sa femme ne lève plus les yeux de son écran, sauf pour lui cracher au visage ce qu’elle vient d’y apprendre. Les enfants ont pris le pli. Restent à William deux consolations coupables : le jeu, et la voisine.

Planche intérieure American Caper Houser Lazlow Lapham Urban Comics

Chez les Charmers, la vertu comme plan de carrière

De l’autre côté de la haie, Orson et Eliza Charmers élèvent six enfants dans la foi mormone. Grande maison, trois voitures, un chalet, les bons clubs. Orson travaille pour l’un des gros promoteurs immobiliers de l’État et voit dans cette prospérité la preuve d’une faveur divine qu’il s’agit de mériter — d’où un zèle qui, sur le papier, ressemble beaucoup à de la servilité. Le croyant hypocrite contre le mécréant lucide ? Houser laisse tomber le duel attendu. Les deux foyers se valent, à ceci près qu’ils n’en sont pas au même stade de décomposition. Il faudra qu’une camionnette bourrée de migrants clandestins vienne s’encastrer dans leur clôture commune pour que le décor se fissure, et que chacun découvre, avec un soulagement mal dissimulé, que la faute est forcément à quelqu’un d’autre.

Lapham et Loughridge : le vernis, puis ce qu’il y a dessous

Lapham dessine ce Wyoming comme il dessinait les banlieues de Stray Bullets : en plans larges, avec un sens du décor qui en dit plus long que les dialogues. Une pelouse trop verte, une boîte aux lettres, un pick-up mal garé, et la comédie sociale est écrite. Les couleurs de Lee Loughridge font le reste, cette lumière jaune de fin d’après-midi qui donne à la ville son air de brochure immobilière un peu passée. Le morceau de bravoure du premier chapitre tient en une planche partagée entre deux cartes de vœux de Noël : les Hamilton en rouge, mâchoires serrées, la mère en lunettes noires ; les Charmers en vert, six têtes blondes en bonnets de Père Noël, sourire calibré. Deux images de propagande domestique, côte à côte. Tout le livre est là.

Planche intérieure American Caper cartes de Noël Lapham Urban Comics

Ce que Houser apporte, ce qu’il répète

« Sombre, moralement ambigu, très vulgaire et, on l’espère aussi un peu drôle », résume le scénariste, qui revendique une fascination ancienne pour les hypocrites et les familles en morceaux. La formule est honnête, y compris dans ce qu’elle concède. Outre-Atlantique, le premier numéro a été bien reçu — autour de 8 sur 10 chez AIPT, Graphic Policy ou Capes & Tights — avec une réserve qui revient d’une chronique à l’autre : le récit part dans tous les sens et pousse la satire jusqu’au point de rupture. La moyenne de la série s’est érodée depuis, au fil d’épisodes que plusieurs chroniqueurs américains ont fini par comparer à des missions de jeu enchaînées.

Ce volume-là échappe encore au reproche, parce qu’il installe. Il cogne fort, pas toujours fin : personne n’échappe au mépris de l’auteur, et à force de n’avoir que des médiocres à suivre, la démonstration pointe. On a déjà entendu cette voix, entre deux missions, à la radio d’une Vice City quelconque. Le trait de Lapham lui donne pourtant un poids que le pad n’offrait pas — ici, les personnages n’ont pas de mission suivante, seulement un lundi matin. Et le refrain, si ça merde c’est la faute de l’autre, finit par sonner moins comme une punchline que comme un constat. Rendez-vous en novembre, ne serait-ce que pour voir si Houser accepte, à un moment, d’aimer un peu ses créatures.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture American Caper T1 Houser Lazlow Lapham Urban Comics

Un avocat dépravé accro aux jeux d’argent. Un tueur à gages mormon. Une femme au foyer consommatrice de pilules rouges. Une reine de beauté mexicaine en fuite. Un milliardaire de Wall Street qui joue au cow-boy, et des évadés déterminés à se venger. Tous se retrouvent à Verone, dans le Wyoming, une petite ville comme les autres où tout est toujours de la faute de quelqu’un d’autre.

📚 Fiche éditeur

Scénario Dan Houser & Lazlow
Dessin David Lapham, avec Chris Anderson
Couleurs Lee Loughridge
Couverture Tyler Boss
Éditeur Urban Comics – collection Urban Indies
Date de sortie 4 septembre 2026
Prix 14,50 €
EAN 9791026857259
Pagination 136 pages
Contenu VO American Caper #1-4 (Dark Horse Comics / Absurd Ventures)
Format Comics, couleurs

[BD] Les Hautes Solitudes T2 – Voyage en pays Golok, de Christian Perrissin & Boro Pavlovic (Glénat)

Couverture Les Hautes solitudes T2 Voyage en pays Golok Perrissin Pavlovic Glénat [BD] Les Hautes Solitudes, T2 – Voyage en pays Golok, de Christian Perrissin & Boro Pavlovic (Glénat)

« Les Golok ne sortent que pour se livrer au pillage et à la dévastation. » La phrase est du père Huc, elle date de 1844, et Glénat la met en exergue de l’album. Elle a suffi pendant un siècle à décourager les voyageurs. Pas François de la Grézère. Deux ans après un premier tome remarqué, Christian Perrissin et Boro Pavlovic referment leur diptyque tibétain le 26 août 2026, en soixante-quatre pages de grand format — c’est la « seconde partie », comme l’indique sobrement la couverture. Les Hautes Solitudes raconte deux frères, une promesse d’enfance et le prix qu’elle finit par coûter.

Deux frères, un col, un guet-apens

Ils s’étaient juré, gamins, d’aller voir ce pays d’aventures coincé entre Chine et Tibet. L’un explorerait, l’autre protégerait — François le rêveur, Gabriel et son fusil. Les années ont fait leur travail : François est devenu géographe ethnologue, Gabriel est sorti de Saint-Cyr avant d’être renvoyé de l’armée. Nous sommes en 1939, aux portes du Tibet interdit, et le rêve d’enfance se heurte à une réalité de convois retardés, de porteurs qui désertent et d’argent qui manque.

Puis vient le col, et l’embuscade. Gabriel couvre la fuite de son frère ; François atteint une lamaserie. Commence alors la partie la plus tendue de l’album : l’attente. Jour après jour, il guette une silhouette qui ne vient pas, au milieu de moines qui ne veulent pas de lui entre leurs murs. Perrissin fait de cette immobilité un moteur. C’est ce qui distingue nettement cette seconde partie de la première, plus itinérante.

Planche intérieure Les Hautes solitudes Voyage en pays Golok Perrissin Pavlovic Glénat
Planche extraite du tome 1, Première partie (2024), et non du présent volume (© Glénat / Perrissin, Pavlovic, Smulkowski).

Sur les traces de Huc, Bacot et David-Néel

Le récit s’appuie sur une bibliothèque : Évariste Huc et son Souvenir d’un voyage dans le Thibet, Jacques Bacot, Louis Liotard et André Guibaut, et Alexandra David-Néel, que Perrissin avait déjà racontée en 2016 avec le même Pavlovic dans Les chemins de Lhassa. Elle apparaît d’ailleurs dans le premier tome, consultée par François avant le départ — et ses mises en garde, il ne les écoute pas.

Le dispositif hérité de la littérature de voyage tient tout le diptyque : on lit les carnets de François, avec ses croquis reproduits tels quels et des ellipses qu’expliquent des passages devenus illisibles. Le procédé n’a rien d’anodin. Il permet à l’album de regarder son explorateur avec lucidité : François n’est pas un héros de l’aventure coloniale, c’est un obstiné qui refuse d’entendre ce qu’on lui dit, et son obstination coûte à d’autres. Glénat convoque Conrad et Kessel dans son argumentaire ; la référence tient moins par le souffle que par cette idée-là.

Pavlovic, le décorateur de théâtre devenu paysagiste

Boro Pavlovic a été décorateur de théâtre en Croatie avant de publier chez les Humanoïdes Associés, et cela s’entend encore dans sa façon de composer une planche : il pense en profondeurs de champ. Les paysages du Tibet oriental lui offrent un terrain rêvé — vallées écrasées, ciels immenses, silhouettes minuscules dans le décor. Les couleurs de Scarlett Smulkowski tirent vers les ocres et les bruns. Sombres, graves, franchement austères : la critique du premier tome y avait vu, à raison, le meilleur de l’album. Ce pays n’a rien d’un dépliant touristique, il use les hommes.

La collaboration Perrissin-Pavlovic dure depuis El Niño, lancé en 2002 chez les Humanoïdes. Quatre tomes des Munroe chez Glénat entre 2010 et 2013, Alexandra David-Néel, les deux volumes de John Tanner en 2019 et 2021. Vingt-quatre ans de compagnonnage : le découpage s’en ressent, très fluide, sans effets d’auteur.

Planche intérieure Les Hautes solitudes Voyage en pays Golok Perrissin Pavlovic Glénat
Ambiances austères et grands espaces — là encore, une planche du tome 1 du diptyque (© Glénat / Perrissin, Pavlovic, Smulkowski).

Une aventure qui refuse le romanesque facile

Perrissin, né en Haute-Savoie en 1964, installé dans le Tarn-et-Garonne, s’est fait une spécialité des vies réelles ou vraisemblables tirées vers l’épopée : La Jeunesse de Barbe-Rouge chez Dargaud, Martha Jane Cannary avec Matthieu Blanchin — dont le premier tome figurait parmi les Essentiels d’Angoulême 2009 —, Le Vent des cimes, La Colline aux mille croix, Kongo, Le Voyage du Commodore Anson, un Voyage avec un âne d’après Stevenson en 2024. Le trait commun : des hommes qui partent, et qui reviennent différents quand ils reviennent.

On avait reproché au premier tome sa fin abrupte, ce qui était moins un défaut qu’une frustration de diptyque. Le second n’a pas ce problème ; il en a un autre, plus discret. Le rythme reste trop égal. La longue attente à la lamaserie appelait une rupture de ton, une page de silence, quelque chose qui casse la mécanique — Pavlovic, qui n’use quasiment jamais du dessin pleine page, avait là l’occasion rêvée de s’en servir.

Détail mineur au regard de ce que l’ensemble réussit. Le diptyque se referme sur un affrontement qu’on n’attendait pas là où il arrive, et sur une amertume qui reste en bouche. C’est de l’aventure adulte, patiente, sans musique de film. Il en paraît deux ou trois comme ça par an, et celle-ci mérite mieux que la discrétion dans laquelle le premier tome est passé.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Les Hautes solitudes T2 Voyage en pays Golok Perrissin Pavlovic Glénat

Un récit inspiré des grands voyageurs du Tibet oriental que furent Huc, David-Néel, Bacot ou encore Guibaut & Liotard. Ce pays d’aventures, entre Chine et Tibet, le jeune François de la Grézère se promet de l’explorer un jour, et son frère cadet Gabriel l’accompagnera pour le protéger avec son fusil. Des années plus tard, nous les retrouvons aux portes du Tibet interdit, l’un est devenu géographe ethnologue et l’autre a fait Saint-Cyr avant d’être renvoyé de l’armée. Le rêve d’enfance comme souvent se heurte à la morne réalité : contretemps et mauvaises fortunes s’accumulent. Mais François s’obstine et l’expédition, au passage d’un col, tombe dans un guet-apens. Gabriel et son fusil couvrent sa fuite, et François parvient à rejoindre une lamaserie. Jour après jour, il attend la venue de son frère. Attente d’autant plus angoissante que les moines sont hostiles à sa présence dans leurs murs. C’est là qu’aura lieu l’ultime affrontement.

📚 Fiche éditeur

Scénario Christian Perrissin
Dessin Boro Pavlovic
Couleurs Scarlett Smulkowski
Lettrage Fanny Hurtrel
Éditeur Glénat, collection 24×32 — Seconde partie
Date de sortie 26 août 2026
Prix 16,00 €
EAN 9782344049792
Pagination 64 pages
Format Album cartonné, 24 × 32 cm, couleurs

[MANGA] La Guilde marchande de Pandémonia – Tome 4, de Kachou Hashimoto (Glénat)

Couverture La Guilde marchande de Pandémonia Tome 4 Kachou Hashimoto Glénat [MANGA] La Guilde marchande de Pandémonia, T4, de Kachou Hashimoto (Glénat)

Le 26 août 2026, Glénat publiait deux fins de série signées de la même main. D’un côté Arbos Anima, chantier ouvert en France depuis dix ans. De l’autre La Guilde marchande de Pandémonia, lancée ici en février et déjà bouclée en quatre volumes. Kachou Hashimoto travaille vite quand le format s’y prête : prépubliée dans le Magazine Pocket de Kodansha de juin 2024 à février 2025, la série était close au Japon avant même que la France ne l’ouvre. Ce tome 4 en donne la mesure : 192 pages pour conclure une fantasy qui aura passé son temps à refuser le duel. Ici, on ne gagne pas en frappant. On gagne en discutant le prix.

Négocier avec la reine de l’hiver

La route commerciale interdite s’ouvre enfin devant Lucciola Lunatria et son équipe. Ce qu’ils y trouvent tient du cauchemar poli : une plaine de glace où les monstres ont été saisis vivants, figés en pleine course. Au bout de la route se tient la reine de l’hiver, qui doit son pouvoir au miroir des glaces — logé dans son torse, ce qui complique un peu la transaction. Lucciola tente de dégeler l’une de ses victimes. Mal lui en prend : la voilà prise à son tour, avec l’aube pour échéance, tandis que Meena est emmenée en otage au palais.

Neutraliser l’héroïne dès l’entrée en matière est le meilleur choix du volume. Toute la série repose sur l’échange plutôt que sur la force, mais elle avait jusqu’ici laissé à Lucciola la possibilité théorique de dégainer ses trois griffes d’argent. Plus maintenant : elle négocie depuis un bloc de glace, contre la montre. Et c’est Meena qui fait le travail au palais, par la flatterie d’abord, puis en changeant complètement de méthode. Derrière la reine, elle finit par trouver une enfant qui a perdu sa mère et qui hait le printemps. Hashimoto tient là son combat de boss : une conversation.

Planche intérieure La Guilde marchande de Pandémonia Kachou Hashimoto Glénat

Une fantasy qui compte ses sous

Rappelons d’où l’on vient. Pandémonia, ce sont les terres en marge du continent humain, où monstres et hommes s’affrontent selon la loi du plus fort. Lucciola, venue de Castrelune, y opérait dans une troupe de héros chargée d’éliminer les monstres, avant que sa rencontre avec Bilkis Draco, membre de la guilde marchande, ne lui fasse découvrir un autre métier : leur vendre quelque chose plutôt que les abattre. Le renversement pourrait n’être qu’une bonne blague de départ. Il structure tout le récit, jusque dans son vocabulaire — rangs, stocks, marges, réputation.

La plus belle idée du tome est administrative. Pour arracher le miroir, la guilde retourne dans une base installée dix ans plus tôt et y déterre ses archives : tous les contrats passés depuis l’origine, y compris ceux qui avaient été refusés. On ne gagne pas contre la reine de l’hiver avec une épée. On gagne avec des dossiers. Hashimoto va jusqu’au bout de son postulat, et l’ultime argument — parler avec sincérité et sans calcul — n’est pas présenté comme une morale mais comme une tactique risquée, dont le prix se paie comptant.

Le trait de Hashimoto au pays du gel

Graphiquement, le volume est le plus beau de la série, et l’écart n’est pas mince. Le paysage glacé permet à l’autrice de jouer sur des noirs profonds cernés de larges blancs, trames réduites au minimum : on croirait par moments regarder une gravure. Les monstres pris dans la glace, dessinés avec ce mélange de précision naturaliste et de difformité tranquille qu’on lui connaît depuis Cagaster, valent le détour à eux seuls. Ceux qui ont suivi l’autrice depuis ses insectes retrouveront la même façon de rendre le non-humain à la fois répugnant et digne.

Le bémol vient d’ailleurs, et il a été signalé dès le tome 1 par la critique : les personnages changent d’avis vite. Trop, parfois. Il suffit d’un argument bien tourné pour qu’un adversaire révise entièrement sa position, et la reine de l’hiver ne fait pas exception. On accepte la convention parce qu’elle est le sujet même de la série. Elle coûte quand même un peu de résistance au récit.

Planche intérieure La Guilde marchande de Pandémonia Kachou Hashimoto Glénat

Quatre tomes, et une porte laissée ouverte

La fantasy de comptoir n’est pas une invention de 2024 — les marchands rusés courent le genre depuis longtemps. Ce que Pandémonia apporte, c’est le refus assumé de garder l’épée en réserve pour le dernier chapitre. Jusqu’au bout, la solution passe par le contrat.

Reste que la brièveté joue dans les deux sens. Les chroniqueurs qui ont lu ce tome 4 le disent tous : le monde avait encore de quoi tenir, un retournement tardif du côté du roi démon manque de préparation, et quelques fils secondaires se replient trop vite. Quatre tomes, ce n’est pas tout à fait une conclusion ; c’est un arrêt propre. On refermera le volume avec un contentement mêlé de frustration, ce qui n’est pas la pire façon de quitter une série. Hashimoto, elle, ne s’arrête pas : son nouveau manga, Shinikake Shôjo to Kumo Ôji, démarre dans le Magazine Pocket le 11 septembre prochain. Une jeune fille au bord de la mort et un prince araignée. On signe d’avance.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture La Guilde marchande de Pandémonia Tome 4 Kachou Hashimoto Glénat

Rachetons à la reine de l’hiver son zéro absolu, qui peut geler toute chose !! Lucciola et son équipe se sont enfin engagés sur la route commerciale interdite. Sous leurs yeux ébahis s’étend un paysage de glace où les monstres sont gelés vivants. Pour avancer vers les terres interdites, il va d’abord falloir convaincre un monstre très puissant, la reine de l’hiver, de négocier. Mais elle ne semble guère ouverte au dialogue et a même gelé les griffes d’argent de Lucciola… Parlons avec sincérité et sans calcul. Pour qu’ensemble, nous marchions vers l’avenir.

📚 Fiche éditeur

Scénario et dessin Kachou Hashimoto
Traduction Jocelin Meunier
Éditeur Glénat Manga — collection Shonen
Date de sortie 26 août 2026
Prix 7,20 €
EAN 9782344076880
Pagination 192 pages
Format Souple, noir et blanc — série complète en 4 tomes

[BD] Obscurius T1 – Lucy, de Corbeyran & Alex Lins (Soleil)

Couverture Obscurius T01 Lucy Corbeyran Alex Lins Soleil [BD] Obscurius, T1 – Lucy, de Corbeyran & Alex Lins (Soleil)

« L’enfer est vide, tous les démons sont ici. » La réplique d’Ariel dans La Tempête donne son sous-titre à ce premier tome, et elle résume assez bien le programme. Paris n’existe plus qu’à l’état de carcasse, sous un ciel écarlate qui ne s’éteint jamais. Les morts traînent au coin des rues, les vivants se terrent. Corbeyran écrit, Alex Lins dessine, Natália Marques colorise : Obscurius est paru le 27 août 2026 chez Soleil, en ouverture d’un diptyque annoncé comme un croisement d’action, d’horreur et de fantastique. Au centre du dispositif, une jeune femme. Elle s’appelle Lucy, elle appartient à un groupe de résistants, et elle possède une faculté que personne d’autre ne partage : absorber les démons.

Lucy, l’arme et la faille

Le postulat tient en une phrase, ce qui est bon signe. Une brèche s’est ouverte, des créatures s’y sont engouffrées, elles occupent désormais les corps humains comme on occupe un appartement vacant. Face à cette invasion, l’humanité survivante n’a produit qu’une seule contre-mesure, et c’est une jeune femme. Corbeyran connaît la mécanique : il l’a rodée sur Le Chant des Stryges, avec Richard Guérineau, où l’irruption du surnaturel dans le réel servait déjà de moteur. La différence, ici, c’est l’échelle. On ne cherche plus à cacher le monstre au public. Le monstre a gagné, il est partout, et le récit démarre après la défaite. Ce déplacement change tout : l’enquête laisse la place à la survie.

Reste la question qui fâche, celle que le tome pose sans y répondre entièrement : que devient une jeune femme qui avale des démons à répétition ? L’album laisse entendre que le pouvoir a un prix, sans encore le chiffrer. C’est habile, et légèrement frustrant.

Planche intérieure Obscurius T01 Lucy Corbeyran Alex Lins Soleil
Paris sous le ciel écarlate : planche extraite d’Obscurius T1 (© Soleil / Corbeyran, Lins, Marques).

Une civilisation à bout de souffle

L’éditeur revendique une lecture métaphorique : le diptyque « traduit le mal-être d’une civilisation à bout de souffle ». La formule est large, elle n’est pas usurpée. Ce Paris-là ressemble moins à un décor de fin du monde qu’à une ville qui aurait continué de fonctionner un moment après sa propre mort, par inertie. Les vivants retranchés, les fantômes en errance libre : la répartition de l’espace urbain dit quelque chose de très contemporain sur qui occupe la rue et qui s’y cache.

Corbeyran, né à Marseille en 1964 et installé à Bordeaux depuis 1987, a signé son quatre centième album en 2020, trente ans après le premier. Une telle production impose la méfiance — on connaît la tentation du pilotage automatique, et tous les albums de cette bibliographie ne se valent pas. Elle impose aussi de reconnaître que l’homme sait ouvrir un univers en quelques planches, compétence rare et sous-estimée. Le Régulateur, Weëna, Le Clan des Chimères, Le Siècle des Ombres, la fresque 14-18 avec Étienne Le Roux : le catalogue est un terrain d’essai permanent. Obscurius s’inscrit dans la veine fantastique, celle où il est le plus à l’aise.

Alex Lins, un trait venu de chez Marvel

Le choix du dessinateur mérite qu’on s’y arrête. Alex Lins est américain, crayonneur et encreur, passé par Immortal Hulk, New Mutants et Hellcat, et nommé aux Eisner 2023 pour une histoire courte de Moon Knight: Black, White & Blood écrite par Christopher Cantwell. Autant dire qu’il arrive avec une grammaire de comics : cases dynamiques, anatomies musclées, sens de l’impact. Greffée sur un scénario franco-belge et sur un Paris en ruine, la chose produit un objet hybride assez singulier. Les scènes d’absorption, en particulier, appellent ce vocabulaire-là — l’énergie qui déforme la case, la silhouette qui se disloque.

Les couleurs de Natália Marques travaillent dans le même sens, en poussant le rouge jusqu’à saturer les fonds. On aurait aimé, par endroits, quelques respirations froides pour faire ressortir l’écarlate. C’est le risque du monochrome atmosphérique : à force de brûler, l’œil s’habitue.

Planche intérieure Obscurius T01 Lucy Corbeyran Alex Lins Soleil
Le trait comics d’Alex Lins au service d’un Paris possédé (© Soleil / Corbeyran, Lins, Marques).

Un diptyque à juger sur pièces

La rentrée 2026 ne manque pas de récits post-apocalyptiques, et le fantastique urbain reste l’un des rayons les plus encombrés du catalogue franco-belge. Obscurius s’en distingue par deux choix : le format court — deux tomes, pas douze — et l’ancrage parisien, traité sans carte postale. Les ruines ne servent pas de tourisme, elles servent de piège.

L’album est trop frais pour avoir déjà une réception : à l’heure où ces lignes s’écrivent, aucune chronique de la presse spécialisée, aucun avis de lecteur ou de libraire sur les bases habituelles. Ce premier volume fait en tout cas ce qu’on lui demande : il installe, il inquiète, il donne envie de savoir ce que coûte le don de Lucy. Il ne dit pas encore si le récit tiendra la distance émotionnelle, ni si les résistants seront autre chose qu’une escorte narrative. Un diptyque se juge sur son atterrissage, et l’atterrissage viendra plus tard. En attendant, on referme l’album avec la sensation d’avoir traversé une ville qui sent la cendre et le sang, et l’envie franche d’y retourner.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Obscurius T01 Lucy Corbeyran Alex Lins Soleil

Entre action, horreur et fantastique, ce diptyque traduit le mal-être d’une civilisation à bout de souffle. Paris, capitale en ruines sous un ciel écarlate permanent, est la proie de démons qui ont ouvert une brèche dans notre monde et pris possession des vivants. Les fantômes errent dans les rues et les humains vivent retranchés. Seule une jeune femme, Lucy, membre d’un groupe de résistants, est capable de les « absorber ».

📚 Fiche éditeur

Scénario Corbeyran
Dessin Alex Lins
Couleurs Natália Marques
Éditeur Soleil, collection Fantastique
Date de sortie 27 août 2026
Prix 17,50 €
EAN 9782302090880
Pagination 88 pages
Format Album cartonné, 242 × 325 mm, couleurs

[BD] Les Larmes de Callisto, de Camille Salomon & Valentin Varrel (Drakoo)

Couverture Les Larmes de Callisto Camille Salomon Valentin Varrel Drakoo [BD] Les Larmes de Callisto, de Camille Salomon & Valentin Varrel (Drakoo)

« Les constellations racontent les histoires que les dieux voudraient oublier. » L’accroche des Larmes de Callisto est jolie, et elle est exacte : la Grande Ourse est un monument funéraire déguisé en ciel étoilé. Le mythe grec expédie l’affaire en quelques lignes — Zeus viole la nymphe, Héra la punit, la victime finit en constellation. Camille Salomon et Valentin Varrel reprennent l’histoire par l’autre bout. Quatre-vingt-seize pages, des couleurs de Marie-Ortie : Drakoo publie l’album le 26 août 2026 dans sa collection Fantasy, avec un avertissement « contenu sensible » qui n’est pas décoratif.

Fuir un mariage, trouver les bois

Arcadie, Grèce antique. La princesse Callisto est promise à un mari qu’elle n’a pas choisi. Elle s’enfuit dans les bois sacrés de la chasse, rejoint Artémis et ses nymphes, découvre une vie sans homme et sans contrat. Cette première partie est presque solaire : on chasse, on dort dehors, on rit. Salomon prend le temps de faire exister cette liberté avant de la briser, ce qui est la seule façon honnête de raconter ce qui suit. Du haut de l’Olympe, Zeus regarde.

Ce qui arrive ensuite, l’album le nomme. Pas d’euphémisme mythologique, pas d’« union » ni de « faveur divine ». Un viol. Le mot compte, et il compte d’autant plus que les récits antiques ont passé des siècles à le maquiller en péripétie galante. Rien n’est montré frontalement pour autant : aucune nudité dans les planches, la violence passe par le cadrage, le symbole, le hors-champ.

Planche intérieure Les Larmes de Callisto Camille Salomon Valentin Varrel Drakoo
Extrait des Larmes de Callisto (© Drakoo / Salomon, Varrel, Marie-Ortie).

Et si les déesses cessaient d’être rivales ?

C’est là que la relecture prend sa place. Dans le mythe, Héra participe à la disgrâce de Callisto ; l’épouse jalouse achève ce que le mari a commencé. La mécanique est connue, elle a servi mille fois : dresser les femmes les unes contre les autres pour laisser le dieu tranquille. Salomon refuse la manœuvre. Artémis, Aphrodite et Héra ne sont plus définies par leur rivalité mais par ce qu’elles décident de faire ensemble.

Le récit est confié aux trois Moires, qui tissent et commentent. Le procédé pourrait n’être qu’un habillage ; il produit au contraire la tension la plus juste de l’album, entre ce qui semble écrit d’avance et ce qui peut encore bouger. Pour une histoire qui parle de reprendre la main sur son destin, difficile de trouver mieux. Et Zeus reste ce qu’il est — aucune circonstance atténuante, ce qui, pour une fois, fait du bien.

Varrel : la lumière contre le sujet

Valentin Varrel, né en Isère en 1997, diplômé en 2019 après des études d’illustration et de bande dessinée en Savoie, s’était fait remarquer avec Jeanne des embruns avant de signer chez Drakoo. Son dessin est lumineux, doux, presque tendre. Sur un sujet pareil, le décalage aurait pu sonner faux. Il tient, et les pages les plus dures sont aussi les plus retenues : une main, un angle, une lumière qui change. Les couleurs de Marie-Ortie gardent de l’air là où beaucoup auraient assombri.

Il faut cependant dire ce que la critique a déjà relevé, et que nous partageons : la mise en page est sage. Trop. Le gaufrier reste stable quand le récit s’emballe, la fuite de Callisto n’a pas le désordre qu’elle appelait, et les ruptures graphiques manquent aux moments où l’émotion aurait justement dû faire craquer le cadre. Un dessinateur qui sait poser une ambiance ne sait pas encore la bousculer. C’est le principal défaut de l’album, et c’est celui d’un début de carrière.

Planche intérieure Les Larmes de Callisto Camille Salomon Valentin Varrel Drakoo
Le trait lumineux de Valentin Varrel, colorisé par Marie-Ortie (© Drakoo / Salomon, Varrel, Marie-Ortie).

Une première BD, et pas une petite

Camille Salomon vient de la littérature jeunesse. Née en Bretagne en 1991, nourrie de Stephen King, correctrice éditoriale avant d’écrire, elle a publié L’Extraordinaire Destin de Jeanne Barret et Maman n’est pas une étoile chez Scrineo, puis quatre romans-jeux parascolaires aux éditions Le Robert, où les créatures des mythologies du monde servent de décor. Les Larmes de Callisto est sa première bande dessinée. Quatre-vingt-seize pages pour un coup d’essai, c’est beaucoup ; quelques séquences de dialogue auraient gagné à être resserrées.

Cela n’entame pas grand-chose. L’album fait ce qu’il annonce : il remet l’humain au centre d’un récit divin, s’intéresse aux choix plutôt qu’aux prodiges, et raconte une reconstruction autant qu’une mythologie. Le dossier final sur la symbolique de l’ourse, écrit par Salomon, vaut le détour et rejoue la lecture qu’on vient de faire. Il faudra prévenir les lecteurs : l’avertissement de l’éditeur est justifié, l’ouvrage vise plutôt les grands adolescents et les adultes malgré son décor de manuel scolaire. Pour les autres, c’est une des relectures les plus tenues qu’on ait lues depuis un moment sur ce terrain saturé. Et une question qui continue de tourner après la dernière page : combien d’autres constellations racontent la même chose ?

📖 Résumé de l’éditeur

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Les constellations racontent les histoires que les dieux voudraient oublier. Grèce antique, Arcadie. Condamnée à un mariage forcé, la princesse Callisto s’enfuit dans les bois sacrés pour rejoindre la déesse de la chasse Artémis et les nymphes qui l’accompagnent. Dans cette nouvelle vie, elle goûte à la liberté et à la sororité. Mais un danger cruel et impitoyable la guette : du haut de l’Olympe, Zeus la convoite, et, pour le roi des dieux, rien ni personne ne peut se mettre en travers de son chemin… Une relecture féministe du mythe grec où la solidarité et l’amour maternel sont capables de défier les dieux ! Avertissement : contenu sensible.

📚 Fiche éditeur

Scénario Camille Salomon
Dessin Valentin Varrel
Couleurs Marie-Ortie
Éditeur Drakoo, collection Fantasy
Date de sortie 26 août 2026
Prix 19,90 €
EAN 9782382333082
Pagination 96 pages
Format Album cartonné, 218 × 293 mm, couleurs
Avertissement Contenu sensible

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