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La confession manquée d’Arthur Dreyfus, « Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui » aux Editions P.O.L

Arthur Dreyfus © Hélène Bamberger P.O.L

Arthur Dreyfus, « Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui » aux Editions P.O.L

Mon Dieu quelle époque ! Il y a quelques mois apparaissait sur les tables des libraires un volumineux Journal dont le titre vaguement inspiré d’un roman de Mauriac semblait contenir toute l’ambition de son auteur : non seulement évoquer sans détour le quotidien de sa vie sexuelle mais révéler à travers elle l’état d’esprit d’une génération, d’une époque, voire d’un siècle. Arthur Dreyfus a-t-il réussi son pari ? D’un point de vue strictement littéraire, force est de constater que non. Après avoir parcouru d’un œil bienveillant les quelque deux mille trois cent quatre pages de cet interminable pensum, nous inclinons à penser que l’auteur peine à rivaliser avec son illustre prédécesseur tant son style de mirliton pêche par une accablante platitude, tant aussi sa manière élémentaire de raconter ne dépasse guère les prouesses d’un lycéen de seconde.

Or le style, disait l’autre, c’est l’homme. Quel genre d’homme est donc Arthur Dreyfus ? Disons que c’est un gay d’aujourd’hui, comme il vous est loisible d’en croiser chaque jour dans notre vaste métropole, un gay bourgeois et intelligent, nanti de diplômes et de privilèges, que rien ne distingue de son alter ego hétérosexuel, le bobo parisien dans la force de l’âge, plus soucieux du périmètre de son appartement et de son avancement social que des lendemains qui chantent. Rien ? Pas tout à fait cependant. C’est que notre garçon d’aujourd’hui, malgré son profil de gendre idéal, est habité par une tyrannique compulsion sexuelle qui vient bouleverser son quotidien et le soustraire bien malgré lui au destin de ses semblables.

Tel est bien le sujet du livre. Habité par le démon du sexe, Dreyfus voit son existence assez banale- existence dont nous ne savons pas grand-chose : que pense-t-il ? à quoi rêve-t-il ? a-t-il des opinions politiques ou religieuses ? – élevée au rang d’un road-movie pornographique qui l’emporte frénétiquement sur les sentiers de la baise où l’application Grindr fait office d’escale régulière. Bien malgré lui, disions-nous. Et c’est bien là que le bât blesse, que ce Journal sexuel s’avère si décevant, morne, conventionnel, et si peu gay au sens étymologique. C’est que notre auteur n’a rien d’un héros ou d’un martyr, d’un poète ou d’un voyou, il n’est qu’un homme ordinaire que la particularité de son économie psychique, l’épanchement de sa libido, précipitent à son insu dans les bas-fonds du sexe, sans qu’il ne parvienne jamais à extraire de ses incursions souterraines la moindre lumière, la moindre connaissance, sans que ne l’effleure jamais le moindre frisson charnel ou amoureux. Ordinaire, la sexualité de l’auteur l’est également au plus haut degré.

Derrière le voile de fumée d’une apparente transgression, Dreyfus apparait comme un fonctionnaire du stupre hanté par le fantasme de la normalité, s’attachant souvent aux formes les plus conventionnelles de la masculinité. Conformément à l’idéologie dominante des réseaux sociaux, jamais un partenaire n’est présenté autrement que par son âge, sa couleur de peau et ses attributs sexuels : « Son corps est musculeux, il a vingt ans, les cheveux extrêmement blonds, joli sexe, trou parfaitement lisse. » Au demeurant, à peine dégrisé de ses frasques libidinales, l’auteur ne manque pas de nous rappeler que s’il ne baise pas comme les autres il tient à penser comme tout le monde : « Je ne suis pas favorable à la pédophilie, je la réprouve… », etc. Quelle grisaille ! Quel vide ! Oui, répétons-le, à quelques exceptions près, sans doute vers la fin du livre où sourd de cette épaisse mélasse un début de clarté, jamais l’auteur ne s’interroge sur lui-même, ni sur l’autre, jamais il n’interrompt un instant sa frénésie sexuelle pour tenter de l’intégrer à un ensemble plus vaste, à une compréhension plus ample de son existence, en dépit d’ailleurs de sa fréquentation assidue du cabinet de l’analyste qu’il semble traiter avec la même versatilité que ses partenaires sexuels : « dans les jours qui suivent, conscient d’être véritablement malade, je me résous à trouver un autre analyste. » Oui, Arthur Dreyfus baise comme il vit, vit comme il baise, et baise comme il écrit : mal, vite et sans éclat.

Que conclure en définitive de cette confession ? Dans L’Homme sans gravité (2002), le psychanalyste Charles Melman avait prophétisé un bouleversement radical de la condition humaine consécutif à l’expansion de l’économie libérale, un effacement de l’ancien sujet hanté par le désir et la faute devant un individu errant, délesté de tout ce qui le rattachait autrefois à l’Histoire, la Loi et l’Utopie. Telle est, à nos yeux, la signification du Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui. Dans ces pages monotones, on retrouve l’individu sans destin, sans règles et sans attaches de nos sociétés actuelles ; l’individu qui ne pense rien, n’éprouve rien, ne regrette rien et ne s’oppose à rien ; que seule la tyrannie du besoin, confondu avec le désir, mène par le bout de son nez. En ce sens, Arthur Dreyfus a bien réussi son pari : son livre est générationnel. Mais s’agit-il encore d’un livre ? Ni œuvre, ni journal, ni document, cette compilation a plutôt valeur de symptôme. Symptôme d’une époque où la Société du spectacle incline à prendre des vessies pour des lanternes, imposant comme œuvre littéraire ce qui n’en possède que le nom. Nous apprenons que la vessie d’Arthur Dreyfus figure en bonne place sur la liste du Prix Médicis. Gageons que le jour de sa proclamation, elle explosera avec fracas à la face du jury.

Editions P.O.L
Date de parution : Mars 2021
Auteur : Arthur Dreyfus
Prix :
37 €

Fin de siècle, un film simple et beau sur les enjeux de notre époque, de Lucio Castro, en salles le 23 septembre 2020

Les premières minutes de Fin de siècle donnent le ton. Un silence assourdissant accompagne les déambulations d’un homme dans la ville qu’il arpente, il semble s’y ennuyer jusqu’au premier eye-contact avec un autre homme. Le film brosse un portrait de notre époque, entre les attentes vis-à-vis d’une relation amoureuse, les enjeux du couple au fur et à mesure que le temps avance et que la tentation d’aventures fugaces devient de plus en plus vivace. Fin de siècle montre aussi la force d’une famille toute dévouée à un petit enfant. Lucio Castro vise large avec de longues discussions faisant entrer dans l’esprit de personnages en quête d’eux-mêmes. C’est pudique et authentique, direct et émouvant avec une chronologie bouleversée par d’incessants allers retours temporels.

Le sentiment à l’épreuve du temps

Ocho (Juan Barberini) est un homme argentin parti en vacances à Barcelone pour faire le point dans un AirBnB. Il a pris la décision difficile mais nécessaire de faire une pause avec son compagnon après 20 ans de relation. Le fil de sa vie défile tout au long du film, entre résurgences de sa vie de couple passée devenue sans passion et la rencontre avec un homme déambulant dans la rue en bas de son appartement. Ce bel hidalgo se nomme Javi (Ramon Pujol) et les deux hommes se rapprochent très vite dans une passion toute animale, et ils discutent encore et encore pour permettre au spectateur d’en savoir un peu plus sur le pourquoi du comment. Car Ocho et Javi ne sont peut-être pas inconnus l’un pour l’autre. La connexion amoureuse et physique entre les deux hommes ouvre un univers large et étendu sur une longue durée, comme pour montrer l’évolution de chacun sur une si longue période, avec des priorités mouvantes et l’érosion des certitudes de la jeunesse à l’épreuve du temps. Le scénario non linéaire fait des bons en avant et des retours en arrière comme pour montrer qu’une relation a besoin de temps pour se construire, mais aussi de solitude pour se décoller de l’autre et mieux se retrouver. En englobant autant la sexualité que la famille et l’introspection, le réalisateur propose une réflexion qui interpelle par sa profondeur sur la société actuelle, loin de tout raccourci ou facilité.

Le film Fin de siècle a été présenté au Festival Chéries Chéris 2019 avec un certain succès que la sortie en salles le 23 septembre 2020 pourrait bien confirmer.

Synopsis: Un Argentin de New York et un Espagnol de Berlin se croisent une nuit à Barcelone. Ils n’étaient pas faits pour se rencontrer et pourtant… Après une nuit torride, ce qui semblait être une rencontre éphémère entre deux inconnus devient une relation épique s’étendant sur plusieurs décennies…

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris
La chanteuse Shy’m (au centre) dans le rôle de Velma Kelly © Cyril Bruneau

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris

Dans cette version française fidèle à la matrice de Bob Fosse, le spectacle choisit la ligne claire plutôt que la démesure : une esthétique noire et blanche, coupante comme un verdict, où chaque geste devient preuve, chaque silence une stratégie.

Le minimalisme revendiqué — décors réduits, orchestre exposé, lumière rasante — n’est pas une économie mais une déclaration. Ici, tout repose sur la précision.

Et elle est redoutable. Cette sobriété, déjà constitutive du spectacle, trouve au Casino de Paris un écrin presque paradoxal : une salle qui appelle le spectaculaire, mais où triomphe finalement l’art de la découpe.

Jazz et astre noir

Le jazz, omniprésent, ne commente pas l’action : il la manipule. Il est le véritable avocat de ces criminelles en strass, celui qui retourne les évidences et maquille la vérité.

La troupe, d’une précision quasi chirurgicale, épouse la grammaire fossienne avec une rigueur qui confine à l’obsession. Les chorégraphies, anguleuses, syncopées, semblent écrire dans l’air une partition morale : tout est affaire de contrôle, de tension, de désir retenu.

Au centre, Roxie et Velma ne sont plus seulement des figures : elles deviennent des surfaces de projection. L’une brûle d’exister, l’autre calcule sa survie — deux formes de célébrité, également toxiques.

La distribution actuelle, dominée par une Roxie nerveuse et une Velma tranchante, joue moins la séduction que l’ambiguïté.

On pourrait croire à un divertissement parfaitement huilé — il l’est. Mais quelque chose grince, volontairement.

Un orchestre en diable

Sous le vernis des numéros iconiques (All That Jazz, Cell Block Tango), perce une satire d’une actualité presque gênante : manipulation médiatique, justice spectacle, fabrique du scandale. L’histoire, née des années 1920, continue de dialoguer avec notre présent comme une chronique judiciaire sans fin.

À cette mécanique s’ajoute un vertige supplémentaire : celui de l’orchestre en live, installé sur scène comme un cœur battant, visible, presque provocant. Il ne se contente pas d’accompagner — il impulse, il contredit, il ironise.

Chaque cuivre tranche comme une lame, chaque percussion relance la tension dramatique, donnant au spectacle une respiration organique, imprévisible, presque dangereuse

Cette présence musicale, d’une précision insolente, redouble la puissance des interprètes principaux. Roxie (Vanessa Cailhol) nerveuse jusqu’à la fébrilité, joue la candeur comme une stratégie de survie ; Velma (Shy’m), elle, impose une autorité glacée, silhouette sculptée dans le cynisme.

Quant à Billy Flynn (Jacques Preiss), il avance en prestidigitateur du verbe, charmeur vénéneux qui transforme le mensonge en numéro de cabaret.

Tous trois ne cherchent pas l’empathie mais la maîtrise — et c’est précisément dans cette distance, tendue à l’extrême, que naît une forme de fascination trouble et équivoque.

 Dates : du 3 avril au 17 mai 2026 – Lieu : Casino de Paris (Paris)
Mise en scène : Walter Bobbie

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante
Photo DR

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante

La cérémonie, annoncée aux Folies Bergère et diffusée sur France 2, le 4 mai à 21h, promet une grand-messe entre divertissement et éclairage sur le théâtre vivant.

Alex Vizorek, de retour en maître de cérémonie, sera l’incarnation de ce fil rouge entre une ironie maîtrisée et des envolées surréalistes.

Pour cette nouvelle édition 2026, ce sont 245 spectacles éligibles et 46 qui ont été retenus.

Avec Les petites filles modernes de Joël Pommerat, le metteur en scène s’impose en tête des nominations dans le théâtre public, comme une évidence presque institutionnelle.

Son théâtre — précis, sombre, d’une rigueur quasi chirurgicale — s’inscrit parfaitement dans cette catégorie des Molières : un art exigeant, mais lisible ; contemporain, mais structuré. Pommerat ne déborde pas — il creuse.

Face à lui, le théâtre privé avance ses pièces de résistance. Amadeus de Peter Shaffer, déroule sa mécanique biographique avec précision, talonné par Art de Yasmina Reza— toujours aussi redoutable dans son apparente légèreté. Plus loin, d’autres titres composent une constellation familière : récits intimes, adaptations, dramaturgies efficaces.

Et puis, en marge de cette belle ordonnance, des lignes tremblent.

Dans le théâtre public, les interprètes qui sont nommés dessinent un paysage toujours plus nerveux : Ludivine Sagnier chez Christophe Honoré, Elsa Lepoivre chez Tiago Rodrigues, Marina Hands dans une mouette ou encore Romane Bohringer dans Scènes de la vie conjugale — autant de présences qui déplacent légèrement les lignes, injectent du trouble dans des formes parfois très tenues.

Dans un autre registre, le théâtre musical, par exemple, accueille La Cage aux folles mise en scène par Olivier Py — spectacle flamboyant, excessif, où le travestissement devient une politique du corps, une manière d’exister en débordant les normes.

L’humour trouve en Valérie Lemercier une figure singulière. Nomination presque à part, tant son art échappe aux catégories : chez elle, le rire est toujours un masque instable, une manière de fissurer le réel plutôt que de le commenter.

A nouveau dans le théâtre public, la mise en scène laisse affleurer des gestes toujours plus audacieux. Macbeth — variation décalée autour de Shakespeare — s’impose comme une proposition autant que de jeu, portée par Louis Arene et Lionel Lingelser.

Ici, le classique est moins revisité que déplacé, comme si l’héritage devait être confronté pour continuer à respirer.

Le seul en scène, avec la nomination du spectacle On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie de Eric Feldman introduit une autre tonalité : plus intime, plus fragile, mais aussi plus directement politique. Une parole nue, sans décor pour amortir le choc — ou presque.

Et puis il y a les acteurs. Toujours eux, au cœur du dispositif, là où tout se joue vraiment. Christophe Montenez, Louis Arene, Eric Elmosnino, et Laurent Lafitte se disputent le Molière du meilleur comédien dans le Théâtre public — quatre manières d’habiter la scène, quatre rapports au texte, trois intensités. Le théâtre, ici, cesse d’être une idée : il redevient un corps.

Il faut citer aussi dans le théâtre privé Josiane Balasko. Nomination presque évidente et pourtant jamais anodine.

Dans Ça c’est l’amour, elle ne joue pas — elle installe. Une présence, d’abord : dense, familière, immédiatement lisible.

Mais sous cette évidence affleure autre chose, une manière de déplacer imperceptiblement le centre de gravité.

Balasko travaille à bas bruit, sans effets, avec cette intelligence du rythme qui appartient aux grandes comédiennes populaires : savoir quand retenir, quand lâcher, quand laisser le silence faire son œuvre.

Face à elle, le théâtre privé trouve peut-être sa forme la plus juste — ni démonstrative, ni relâchée, mais tenue par une humanité rugueuse, sans vernis.

Chez Balasko, l’émotion ne se fabrique pas : elle s’infiltre. Et c’est précisément ce qui la rend, encore une fois, incontournable.

Pour le Molière de la Comédie sont nommés notamment deux éclats singuliers, entre la frénésie burlesque de Cochons d’Inde et la tension ciselée de La Jalousie.

Dans le premier, Sébastien Thiéry orchestre une mécanique de rire impitoyable, où Arnaud Ducret, Maxime d’Aboville et Emmanuelle Bougerol jaillissent comme des étincelles sur scène, transformant le chaos familial en comédie d’une précision chirurgicale.

À l’opposé, « La Jalousie » mise en scène par Michel Fau, plus introspective, explore les silences, les non-dits et les blessures de l’âme avec un art du timing qui fait vaciller le spectateur entre malaise et fascination. Deux mondes, deux rythmes, mais un même souffle : celui d’une comédie française qui sait encore surprendre et émouvoir.

Mais c’est ailleurs que la véritable fracture apparaît. Dans un geste presque contradictoire, la sélection accueille aussi une forme de théâtre qui ne cherche plus à se tenir. I will survive, création de la compagnie « Les Chiens de Navarre » menée par Jean-Christophe Meurisse, s’invite dans la liste du théâtre public comme une réjouissance.

Ici, plus de ton feutrée. Le plateau devient un champ de bataille moral, un espace où le réel n’est pas organisé mais exposé à vif. Deux procès s’y entremêlent, mais très vite, ce n’est plus la justice qui est en jeu — c’est notre besoin même de juger, de simplifier, de réduire.

Le rire surgit, brutal, puis se retourne. Le théâtre ne représente plus : il déborde.

Et c’est là que cette édition 2026 se révèle la plus passionnante. Car entre Pommerat et Meurisse, entre la précision et la déflagration, entre l’architecture et la chute, les Molières dessinent moins un palmarès qu’un champ de visions avec ses singulières expressions.

Le reste de la sélection oscille entre ces deux pôles. Elle dit une époque qui veut encore croire à la solidité des formes, tout en pressentant leur fragilité. Une époque qui parle du monde — violences, mémoire, identités — mais souvent à distance, comme si le plateau devait encore protéger de la brûlure.

Alors oui, « le spectacle vivant est plus vivant que jamais », comme on le proclame. Mais vivant selon toutes les visions, toutes les expressions et toutes les formes. Et dans tous ces regards se joue encore et toujours, l’essentiel de la création.

Les spectacles nommés

La Maison Tellier dévoile son nouvel album plein de justesse, Timidité des arbres, sortie le 3 avril 2026

La Maison Tellier est de retour avec un 8e album annoncé comme celui de la maturité, il marque 20 ans de carrière foisonnants. Chantés en français, les morceaux marquent par la poésie presque existentialiste des chansons, avec des mots qui touchent juste leur cible, en plein cœur. Les 5 membres du groupe savent y faire pour emmener l’auditeur dans un beau maelstrom d’émotions avec des sonorités rock-folk ensorcelantes.

De la chanson française douce amère

En tant que 2eme extrait, le morceau titre Timidité des arbres rayonne pour annoncer la sortie d’un album à déguster patiemment. Les orchestrations majestueuses du mettent en valeur la voix apaisée avec des cuivres chauds et enveloppants déjà entendus sur le premier extrait Love Again au clip spatial qui rappelait le film Seul sur Mars en mode love story sur la planète rouge. Avec des des arrangements à la sauce mariachi, le titre a l’évidence d’un appel à la joie quand les sentiments s’enflamment quand les sentiments s’enflamment enfin et que chacun ose enfin se livrer à l’autre. Le nom du groupe provient d’une nouvelle de Guy de Maupassant publiée en 1881, signe révélateur des ambitions littéraires d’un groupe qui refuse la facilité. Les influences sont évidemment marquées par le folk américain, le rock alternatif, le blues, et la chanson française. La mélancolie n’est jamais loin, soulignée par la voix quelque peu désabusée de Helmut Tellier. A ses côtés officient Raoul Tellier aux guitares aux claviers, Léopold Tellier à la trompette et aux claviers, Betty Tellier à la basse et aux chœurs depuis 2025 et Jeff Tellier à la batterie depuis 2022.

Originaires de Normandie, les membres du groupe tracent la route avec des invités, dont Karen Lano sur le titre Timidité des arbres, de quoi attendre leur passage en concert pour partager un beau moment de musique avec eux.

[BD] Les Griffes du Gévaudan – Tome 02, de Sylvain Runberg & Jean-Charles Poupard (Glénat)

[BD] Les Griffes du Gévaudan – Tome 02, de Sylvain Runberg & Jean-Charles Poupard (Glénat)

Avec Les Griffes du Gévaudan – Tome 02, Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard prolongent leur relecture de l’un des plus grands mystères de l’histoire française. En replongeant dans l’affaire de la Bête du Gévaudan, les auteurs en font la matière d’un thriller sombre, tendu et particulièrement efficace (pour ne pas dire sanglant), où la peur collective se mêle aux intrigues de pouvoir.

Ce deuxième volume reprend la traque de François Antoine, envoyé par Louis XV pour faire cesser les attaques qui terrorisent la région. Mais à mesure que l’enquête progresse, la certitude vacille. La créature que l’on pourchasse semble échapper à toute logique, et les crimes eux-mêmes nourrissent le doute : simple bête sauvage, mise en scène macabre ou vengeance plus humaine qu’il n’y paraît ? C’est précisément dans cette zone trouble que l’album trouve sa force.

Sylvain Runberg construit un récit qui joue habilement avec les fausses pistes, les tensions sociales et l’opacité d’une province marquée par la misère, les rancœurs et les secrets. Le mythe de la Bête devient alors plus qu’un fait divers horrifique : il révèle un territoire, des rapports de domination, une violence diffuse et une société où la frontière entre le monstre et l’homme se brouille peu à peu.

Le dessin de Jean-Charles Poupard accompagne très bien cette approche. Son trait donne une vraie densité aux paysages, aux scènes de traque et aux visages marqués par la peur ou la brutalité. L’ambiance générale est lourde, presque étouffante par moments, ce qui renforce la dimension inquiétante du récit. L’album ne cherche pas seulement à raconter une chasse, mais à installer un climat durable de menace.

Avec ce second tome, Les Griffes du Gévaudan confirme les qualités de ce diptyque effrayant. Entre récit historique, polar rural et légende noire, la mini-série s’impose comme une variation solide et immersive autour d’un épisode qui continue, des siècles plus tard, à fasciner autant qu’à inquiéter.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Sur les traces d’une bête terrifiante aux multiples visages !1765. Missionné par Louis XV pour restaurer l’honneur de la couronne, François Antoine, chasseur du roi, pensait capturer rapidement la Bête qui traumatise la population de Gévaudan. Mais ce monstre insaisissable, surnommé la Mal Bête, semble défier toute logique et toute arme. D’ailleurs, est-ce bien d’une bête qu’il s’agit ? Car quelle sorte d’animal décapite, démembre et parfois déshabille ses proies ? Alors que la traque s’intensifie, plusieurs suspects sont écartés. Alors qu’on compte déjà, plusieurs dizaines de victimes, la carcasse d’un loup qu’on exhibe à Paris semble clore cette sombre affaire qui embarrasse le Roi.Pourtant, les exactions recommencent ! Désormais seul, sans le soutien du roi, François Antoine revient dans les hauteurs du Gévaudan, bien décidé à trouver les coupables ! Il sait que dans cette région rongée par la misère, la violence et les secrets, les comptes se règlent à huis clos. Ce qu’il va découvrir pourrait embraser toute la région et ébranler le royaume. Et si la Bête était le fruit d’une vengeance née dans les flammes ? La traque sanglante va bientôt le mener dans un repaire cauchemardesque où le souvenir d’un crime oublié va resurgir…
Date de parution : 25 mars 2026
Scénario : Sylvain Runberg
Dessin : Jean-Charles Poupard
Éditeur : Glénat
Collection : 24X32
Genre : BD – Fantasy / BD Histoire / BD – Action et aventure
Format / Pages : 24 x 32 cm – 64 pages
Prix indicatif : 16,00 €
EAN : 9782344058251

[Album jeunesse] Un Grand Voyage, de Michael Rosen & Daniel Egnéus (Gautier-Languereau)

[Album jeunesse] Un Grand Voyage, de Michael Rosen & Daniel Egnéus (Gautier-Languereau)

Avec Un Grand Voyage, Michael Rosen et Daniel Egnéus proposent un album jeunesse d’une grande douceur, pensé pour accompagner les enfants dans ces moments où quelque chose change, bascule ou s’ouvre vers l’inconnu. Sous une apparente simplicité, le livre touche juste : il parle du départ, de l’attachement à ce que l’on connaît et de cette inquiétude très enfantine, mais aussi très universelle, que suscite toute transition.

Le point de départ est limpide : Petit Ours doit quitter son « Bon Vieux Chez-Soi » pour partir vers autre chose. Rien ici ne cherche l’effet dramatique. Au contraire, l’album privilégie une approche calme, rassurante, presque enveloppante. Ce choix lui donne une vraie force, parce qu’il permet d’aborder le changement non comme une rupture brutale, mais comme un cheminement rendu possible par les souvenirs, les liens et la confiance.

Ce qui séduit particulièrement, c’est l’équilibre entre le texte de Michael Rosen et les illustrations de Daniel Egnéus. L’ensemble est tendre, rassurant et poétique : s’en dégage une volonté de parler aux petits avec délicatesse, sans minimiser leurs appréhensions. Le livre semble ainsi s’inscrire dans cette catégorie précieuse des albums qui savent mettre des mots simples sur de grandes émotions.

Visuellement, Daniel Egnéus apporte une vraie ampleur à ce récit intime. La couverture, déjà, suggère à la fois la majesté du monde extérieur et la sécurité du lien entre l’adulte et l’enfant. Cet imaginaire ample, presque contemplatif, accompagne parfaitement le propos : il ne s’agit pas seulement de quitter un lieu, mais d’oser s’ouvrir à un ailleurs. L’album semble ainsi transformer l’angoisse du départ en promesse d’expérience nouvelle.

Avec Un Grand Voyage, Gautier-Languereau publie un album sensible et apaisant, idéal pour accompagner les enfants dans toutes les petites et grandes transitions de la vie. Un livre qui parle avec justesse de l’inconnu, sans jamais perdre de vue l’essentiel : on part toujours un peu mieux lorsque l’on emporte avec soi ses souvenirs, son courage et la tendresse de ceux qui nous entourent.

Résumé éditeur :

Il est temps de quitter son Bon Vieux Chez-Soi et de partir pour un Grand Voyage. Mais Petit Ours est un peu inquiet de laisser derrière lui tout ce qu’il connaît. Chargé de ses beaux souvenirs, Petit Ours se prépare pour une nouvelle aventure.
Date de parution : 4 février 2026
Auteur : Michael Rosen
Illustration : Daniel Egnéus
Éditeur : Gautier-Languereau
Collection : Les histoires
Âge conseillé : à partir de 3 ans
Format / Pages : 253 x 282 mm – 40 pages – relié cartonné
Prix indicatif : 14,95 €
ISBN : 9782017371038

[Roman jeunesse] Ambre d’Éclair et l’appel des dragons, d’Abi Elphinstone (Gallimard Jeunesse)

[Roman jeunesse] Ambre d’Éclair et l’appel des dragons, d’Abi Elphinstone (Gallimard Jeunesse)

Avec Ambre d’Éclair et l’appel des dragons, Abi Elphinstone signe un roman jeunesse d’aventure qui mêle magie, humour et émerveillement. Dès les premières pages, le livre installe un univers foisonnant où les créatures fantastiques ne relèvent pas seulement du mythe ou du décor merveilleux : elles ont besoin d’être soignées, protégées et parfois secourues. Cette idée toute simple donne au récit une identité très forte et un charme immédiat.

L’héroïne, Ambre, découvre peu à peu un monde secret en devenant l’apprentie du vieil Archie Rouyé, vétérinaire de créatures magiques. À partir de là, le roman enchaîne les trouvailles avec une énergie communicative. Dragons, licornes et phénix nourrissent l’aventure, mais sans jamais écraser les personnages. C’est au contraire dans la manière dont Ambre apprend, doute, s’attache et grandit que le livre trouve sa vraie réussite.

Ce qui séduit particulièrement, c’est le ton du roman. Abi Elphinstone sait garder une légèreté constante tout en donnant à son histoire un vrai souffle. On peut souligner cet équilibre entre action, chaleur humaine et imagination débridée. On retrouve bien ici cette capacité à faire naître un monde très vivant, peuplé de détails amusants, d’idées visuelles fortes et de personnages immédiatement attachants.

L’autrice ne se contente pas de proposer un simple récit fantastique pour jeunes lecteurs. Elle construit aussi une aventure initiatique, portée par une héroïne généreuse et intrépide, dans laquelle l’amitié, la confiance et la découverte de soi prennent peu à peu autant d’importance que les péripéties. Cette dimension émotionnelle donne au roman une vraie consistance et évite qu’il ne soit seulement une succession de scènes spectaculaires.

Avec Ambre d’Éclair et l’appel des dragons, Gallimard Jeunesse publie donc un roman très séduisant pour les lecteurs qui aiment les mondes enchantés, les animaux fantastiques et les héroïnes pleines d’élan. Une lecture vive, inventive et chaleureuse, qui donne envie de poursuivre l’aventure bien au-delà de ce premier volume.

Résumé éditeur :

Animaux magiques en détresse ! Les aventures d’une vétérinaire du tonnerre. Savez-vous que lorsqu’ils ont de la fièvre, les dragons ont mauvaise haleine? Voilà le genre de chose qu’apprend Ambre d’Éclair, depuis que le vieil Archie Rouyé l’a choisie comme apprentie vétérinaire. Mais garder secrète l’existence des phénix et des licornes n’est pas une mince affaire, surtout quand laffreux Jasper Magouille s’en mêle…
Date de parution : 19 mars 2026
Autrice : Abi Elphinstone
Illustration : Kristina Kister
Traduction : Alexia Maury
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Collection : Grand format littérature
Série : Romans Junior
Âge conseillé : dès 9 ans
Format / Pages : 140 x 205 mm – 272 pages
Prix indicatif : 15,90 €
ISBN : 9782075216548

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au Salon du Dessin, il ne s’agit jamais seulement de voir : il faut s’approcher, presque se pencher, consentir à la lenteur du regard.

Dans l’écrin monumental du Palais Brongniart, temple ancien des flux financiers reconverti en sanctuaire du trait, le dessin reprend ses droits — discrets, entêtés, presque clandestins.

Ici, rien ne s’impose frontalement. Tout se suggère. Une feuille, un frémissement, une pensée en train de naître.

Le dessin est cet art du retrait qui, paradoxalement, expose davantage qu’il ne montre. Là où la peinture affirme, il doute ; là où la sculpture occupe, il suggère.

D’un stand à l’autre, les siècles dialoguent sans hiérarchie apparente. Un lavis ancien, presque effacé, murmure à une composition contemporaine aux lignes nerveuses.

Habiter la ligne

Les mains changent, les obsessions demeurent : saisir le monde avant qu’il ne se dérobe. Le dessin est toujours une tentative — jamais une certitude.

C’est ce qui fait sa beauté, et peut-être sa mélancolie. Les galeries, fidèles ou nouvelles venues, jouent ici une partition d’orfèvre. Peu d’œuvres, mais choisies avec une précision presque maniaque.

Chaque accrochage est une hypothèse, une phrase suspendue dans l’espace. On ne circule pas : on s’arrête, on revient, on doute de ce que l’on a vu. Le regard devient tactile, presque intime, comme si chaque oeuvre exigeait une forme de pacte silencieux.

Mais ce qui frappe, cette année encore, c’est la vitalité d’un médium qu’on dit souvent mineur — à tort. Le dessin n’est pas une esquisse : il est une pensée en acte.

Dans un monde saturé d’images définitives, il réhabilite l’inachevé, l’hésitation, l’élan interrompu. Il nous rappelle que voir, c’est aussi apprendre à regarder.

Et puis dans les plis feutrés du Salon, une inflexion discrète — presque programmatique — s’esquisse cette année : l’apparition d’un espace dédié aux jeunes collectionneurs

Comme si, derrière la liturgie très codifiée des amateurs avertis, le salon consentait à fissurer son entre-soi. Là où l’acte d’achat relevait d’une initiation lente, presque intimidante, il s’agit désormais d’apprivoiser une nouvelle génération, de rendre le geste moins sacralisé, plus poreux, presque expérimental.

Ce nouvel espace ne cherche pas à simplifier le dessin — il en déplace l’accès. Il propose moins une pédagogie qu’une hospitalité : apprendre à regarder avant d’apprendre à posséder.

Dans ce théâtre du papier où circulent des œuvres parfois millénaires, l’irruption des jeunes collectionneurs introduit une tension féconde : celle d’un désir encore naïf face à un marché historiquement verrouillé. Le trait, ici, change de main — et peut-être de destin.

Au fond, le Salon du Dessin n’est pas une foire comme les autres. C’est un lieu de décantation. On y vient pour ralentir, pour affiner son regard, pour se perdre dans une ligne qui tremble. Et l’on en sort avec cette sensation rare — presque anachronique — d’avoir touché quelque chose d’essentiel : non pas l’image, mais son origine à l’état pur.

 Date : jusqu’au 30 mars 2026 – Lieu : Salon du dessin – Palais Brongniart (Paris)

Du rire en fanfare avec L’enquête la plus célèbre de Sherlock Holmes: Le Chien des Baskerville au Grand Point Virgule

C’est peu dire que la salle Apostrophe du Grand Point Virgule a été rien de moins qu’en extase pendant cette pièce remplie d’originalité et de procédés comiques extrêmement réussis. La connivence entre Emmanuel Gasne (Sherlock) et Loic Bartolini (Watson) fonctionne parfaitement, le comédien dans le rôle titre multiplie les rôles avec talent, et l’adjonction de Amélie Saimpont elle aussi multirôles ne gâche rien, au contraire. Bref, l’1h15 de spectacle met à rude épreuve les zygomatiques dans une pièce prolongée jusqu’en juin 2026, et on comprend parfaitement pourquoi.

Un grand moment de rire

Le mystère est longtemps entier, les enquêteurs mènent entretiens pour une ribambelle de fausses pistes qui mènent toutes directement à la case rires. Les plus jeunes s’égosillent pour répondre aux adresses d’un Watson très flegmatique mené par le bout du nez par son Sherlock de compère. Après La Belle et la Bête vu le weekend dernier, c’est un encore moment de théâtre magique pour toute la famille, les petits ressortent avec la banane, les parents sont ravis par ces procédés humoristiques basés sur une quasi improvisation et un sens affuté de la répartie. Le rythme de la pièce est endiable et personne ne voit le temps passé. La mise en scène d’Emmanuel Gasne et d’Hugues Duquesne est certes très minimaliste mais elle laisse surtout toute la place à des comédiens déchainés qui montrent leur art de la comédie et du rire.

En bref, la salle était bien remplie et tout le monde a bien profité de ce duo d’enquêteurs géniaux par leur sens de la déduction et leur manière si naturelle de faire naitre les sourires et les rires. C’est juste élémentaire, rien de plus à ajouter!

Synopsis: Le richissime Charles Baskerville est retrouvé mort sur les plaines du Dartmoor, en Angleterre. On raconte qu’un chien diabolique s’attaque à tous les héritiers de cette famille. Le fameux détective Sherlock Holmes et son fidèle acolyte, le docteur Watson, mènent l’enquête… Perceront-ils enfin le mystère de la malédiction des Baskerville ?
Découvrez l’aventure la plus célèbre de Sherlock Holmes, où se mêlent fantastique et raisonnement logique.

Détails: Jusqu’au 28 juin 2026

Nan Goldin au Grand Palais : l’intime à vif

Nan Goldin au Grand-Palais : l’intime à vif
© Nan Goldin
Nan Goldin, Untitled, 1982

Nan Goldin au Grand Palais : l’intime à vif

Au Grand Palais, « Nan Goldin This Will Not End Well » ne propose pas une rétrospective : elle recompose un corps. Le sien, celui des autres, celui d’une époque qui n’en finit pas de saigner sous les images.

« This Will Not End Well » n’est pas un titre — c’est une promesse tenue, mais tenue à rebours : ici, rien ne se termine, tout persiste, tout insiste, tout revient.

La scénographie conçue par Hala Wardé, HW architecture déploie un étrange village nocturne, un archipel de chambres noires où chaque œuvre respire à part, comme un organe isolé mais encore irrigué.

On ne circule pas : on s’infiltre. On ne regarde pas : on est absorbé. Chaque pavillon est une gorge, un sas, un seuil.

Il faut accepter de perdre l’orientation, d’épouser les angles morts, de consentir à cette désorientation presque rituelle — comme si voir impliquait désormais de se laisser défaire.

Les vies fragiles de Nan Goldin

Goldin n’a jamais été photographe au sens strict. Elle est monteuse de vies, tisseuse de survivances. Ses diaporamas — qu’elle revendique comme des films — abolissent la fixité de l’image pour lui rendre son tremblement, sa durée fragile.

Dans The Ballad of Sexual Dependency, son œuvre-monde, ce sont des décennies d’amour, de violence, de fêtes et de deuils qui se déposent sur la rétine comme une pluie lente.

Le temps n’y est pas linéaire : il est contaminé. Chaque image porte déjà la disparition de la suivante.

Mais ce qui frappe ici, c’est moins la chronique d’une génération que la persistance d’une blessure. Memory Lost enferme le regard dans une expérience de manque, presque suffocante, où l’image devient matière toxique.

À l’inverse, Sirens glisse vers une extase trouble, montage de désirs empruntés, où la jouissance se révèle déjà contaminée par sa propre fin. Chez Goldin, il n’y a pas d’innocence du plaisir — seulement des seuils, des basculements, des pièges lumineux.

Le cœur battant de l’exposition se déplace pourtant ailleurs, dans la pénombre sacrée de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, où Sisters, Saints, Sibyls rejoue le trauma originel : la mort de la sœur, Barbara, et avec elle la fabrication du silence familial.

Ici, l’image ne documente plus — elle exhume. Le dispositif triptyque, les voix, les figures spectrales composent une liturgie sans rédemption. Goldin ne guérit pas : elle maintient ouvert. Elle refuse la cicatrice.

C’est là que l’exposition trouve sa nécessité la plus âpre : dans cette manière de faire du personnel un champ de bataille politique. De l’épidémie du sida à la crise des opioïdes — dont Goldin fut aussi victime et activiste —, les images ne sont jamais innocentes.

Elles accusent. Elles témoignent contre. Elles refusent l’oubli comme une compromission. Et pourtant, quelque chose résiste à la noirceur annoncée du titre. Une joie, oui — mais une joie inquiète, presque clandestine.

Une manière d’aimer encore malgré tout, de tenir ensemble les vivants et les morts, les corps aimés et les corps perdus.

Chez Goldin, la tendresse n’adoucit rien : elle rend tout plus aigu. « This Will Not End Well » ne console pas. Elle expose, au sens presque chirurgical.

Elle nous rappelle que certaines images ne sont pas faites pour être vues, mais pour être traversées — et qu’on n’en sort jamais indemne.

 Dates : du 18 mars au 21 juin 2026 – Lieu : Grand Palais (Paris)

Srdjan Ivanovic Blazin Quartet dévoile leur nouvel album Cosmogonie, sortie le 27 mars 2026

Srdjan Ivanovic est un batteur né à Sarajevo, entre Orient et Occident, et son parcours est particulièrement atypique. Il a fui fui la guerre en Bosnie lorsqu’il était enfant quand ses parents sont partis en Grèce, lieu des mélanges musicaux, entre éclectisme, chants byzantins, folk grec, pop italienne et surtout jazz. L’artiste officie comme batteur et compositeur dans un album qui emmène très loin.

Du jazz qui élève l’esprit

Le Srdjan Ivanovic Blazin’ Quartet ne joue pas que du jazz, c’est une musique qui s’affranchit des frontières, entre improvisations, world musique et électronique. La formation a été crée à Amsterdam en 2008 avant de quitter les Pays-Bas et de s’installer en France à Paris pour devenir un groupe entièrement européen avec Srdjan Ivanovic à la batterie, Andreas Polyzogopoulos à la batterie, Federico Casagrande à la guitare et le bulgare Mihail Ivanov à la basse. L’album COSMOGONIE se veut un concept rempli de thématiques universelles autour du thème de la naissance du monde selon les anciens Grecs, pour s’affranchir des divisions et pousser à la réunion des hommes. Après Sleeping Beauty sorti en 2021 et conçu comme un corps-à-corps free jazz entre la batterie et la trompette du Grec Andreas Polyzogopoulos, Cosmogonie raconte une belle histoire millénaire et toujours d’actualité, celle de la naissance des la démocratie au cœur de l’Europe et sa diffusion au-delà de toutes les frontières, dans une narration qui touche au cœur et provoque de belles émotions musicales dans le corps de l’auditeur.

L’album a été enregistré sur le label indépendant et association à but non lucratif Rue Des Balkans et pourra être écouté le 8 avril au  Studio de l’Ermitage.

Membres du groupe:

Andreas Polyzogopoulos : trompette
Federico Casagrande : guitare
Mihail  »Misho » Ivanov : contrebasse
Srdjan Ivanovic : batterie

Isild Le Besco dévoile un album feministe et intimiste avec Les Mots, sortie le 27 mars

La réalisatrice et comédienne Isild Le Besco dévoile un album enregistré uniquement avec des femmes pour des chansons interprétées par des interprètes de talent. Émilie Dequenne, Josiane Balasko, Sandrine Bonnaire, Judith Chemla, Maria de Medeiros, Marianne Denicourt, Laëtitia Eïdo, Léonor Graser, le casting est impressionnant et le résultat est envoutant.

Une démarche engagée

Les mots est un album choral qui réunit 9 chanteuses dans 9 chansons douces amères. Les paroles ont toutes été écrites par Isild le Besco et composées par Andréel, lui qui avait déjà sorti un bel album de duos en 2020. Chaque titre à une interprète différente, et les textes évoquent l’amour sous toutes les coutures, aussi bien la rupture que la liberté, la reconstruction qui s’en suit et la douceur retrouvée. Les musiques d’Andréel ne prennent pas le dessus, il préfère rester en arrière pour laisser plus de place aux chanteuses, avec de l’émotion brute et des silences qui en disent autant que les mots. Les pianos sont dépouillés, les sonorités sont répétitives, les accompagnements sont discrets et épurés, les chanteuses ne poussent pas trop la voix, les mots sont parfois quasi chuchotés pour passer des messages émouvants. L’album n’est pas un concert ni un best-of, c’est un voyage à travers la féminité et la sensibilité. Le premier titre révélé Au sommet de la montagne est interprété par Maria de Medeiros pour une chanson minimaliste qui touche au cœur. L’écriture est littéraire, les chansons sont très musicales et passent des messages pleins de sens qui s’écoutent avec attention et intensité. Isild Le Besco évoque la violence qui imprègne parfois les rapports humains et la meilleure manière de s’en libérer pour réapprendre à aimer et se retrouver dans un corps à reconstruire et réhabiter. son corps. Les mots sont directs, pleine de significations multiples et d’images pour parler de ce qui a été longtemps tu, l’emprise sur les esprits féminins et les abus de faiblesse qui ont trop souvent cours.

L’album est une belle œuvre chorale portée par des interprètes investis pour porter le courant qui révèle aujourd’hui la faiblesse et la transforme en force. Les mots sont importants, et Isild Le Besco concourt à placer la femme au centre de la carte musicale francophone.

Avec Christophe Honoré la splendeur inquiète d’Emma Bovary

Avec Christophe Honoré la splendeur inquiète d’Emma Bovary
Photo Laurent Champoussin

Avec Christophe Honoré la splendeur inquiète d’Emma Bovary

Il fallait oser transposer Gustave Flaubert et son roman éponyme « Madame Bovary » sous un chapiteau.

Et Christophe Honoré ne fait pas semblant : il le fait tournoyer, grimacer, suer sous les projecteurs comme une bête trop humaine, et c’est là, dans ce déséquilibre savamment entretenu, que « Bovary Madame », son spectacle d’après Flaubert, trouve sa vibration la plus juste — une instabilité qui tient du numéro de trapèze sans filet.

Dans cette relecture, Emma donc ne meurt pas — ou plutôt, elle ne meurt plus. Christophe Honoré suspend le geste fatal imaginé par Flaubert pour faire d’Emma une survivante de sa propre fiction.

Rejetée sur scène comme sur une piste, elle rejoue sa vie, en boucle, entourée des hommes qui l’ont croisée, possédée ou trahie, devenus partenaires de ce théâtre de la mémoire.

Un cirque pour rejouer sa vie

Chaque épisode — mariage, adultères, dettes, désillusions — revient comme un numéro que l’on répète jusqu’à l’épuisement du sens.

Mais à force de rejouer, quelque chose dévie : Emma se réapproprie son histoire, déplace les rôles, fissure le récit imposé.

Ce n’est plus la chronique d’une chute annoncée, mais la lente reconquête d’une voix — une manière de survivre à soi-même, en transformant la fin en un ultime recommencement.

La scène devient une piste donc. Non pas métaphore paresseuse, mais véritable régime de jeu. Tout y est affaire de regards braqués, de chutes rejouées, de numéros qui s’enchaînent jusqu’à l’épuisement du désir.

Les hommes d’Emma — silhouettes grotesques, figures presque pantomimiques — semblent sortis d’un vieux cirque décati où l’on répète toujours la même illusion.

Ils gesticulent, rejouent, commentent, comme si le roman lui-même était devenu une attraction dont on connaît déjà la fin. Honoré installe ainsi une première strate ironique, presque cruelle : Emma n’est plus seulement regardée, elle est exhibée.

Puis quelque chose bascule. La piste se fissure, la parade se tait, et la voix d’Emma surgit — non plus objet mais sujet, non plus numéro mais faille. Cette reprise de parole est le cœur battant du spectacle : une manière de rendre à Bovary ce que les adaptations lui volent parfois — son opacité, son vertige intérieur, sa rage d’absolu.

Dans ce dispositif, Ludivine Sagnier (impressionnante) ne joue pas Emma, elle la traverse. Elle en épouse les contradictions sans jamais chercher à les résoudre : capricieuse et lucide, ardente et déjà lasse.

Sa présence est d’abord une lumière — presque trop belle pour ce monde — puis une brûlure. Elle avance comme une funambule au-dessus de sa propre vie, chaque geste semblant risquer la chute. Il y a chez elle quelque chose de frontal, d’une fulgurance dans la sincérité, qui désarme le cynisme ambiant du dispositif.

Autour d’elle, la distribution ne se contente pas d’exister : elle gravite, elle insiste, elle cerne. Jean-Charles Clichet compose une figure masculine à la fois falote et dévouée, toujours à la lisière du ridicule, avec cette manière très fine de laisser affleurer la médiocrité sous le vernis social.

Harrison Arévalo, plus physique, injecte une tension presque animale dans ses apparitions, comme si le désir passait par le corps avant de se perdre dans les mots. Julien Honoré et Stéphane Roger travaillent quant à eux une partition plus distanciée, proche du numéro, où l’ironie n’annule jamais tout à fait la cruauté.

Et puis il y a Marlène Saldana, toujours légèrement en biais, toujours imprévisible, qui introduit dans la mécanique une forme de dérèglement salutaire — une étrangeté qui percute la logique du récit.

Ensemble, ils forment moins une galerie de personnages qu’un système de forces : chacun attire, repousse, déforme Emma. Et c’est là que le spectacle cristallise le trouble — dans cette sensation que Bovary a beau vouloir rejouer sa vie, cette illusion ne peut que tourner court.

Il faudrait encore parler de la musique — non comme simple accompagnement, mais comme une autre matière dramatique, presque un second texte.

Chez Christophe Honoré, la chanson de variété n’est jamais innocente : elle surgit comme un souvenir mal rangé, une mélancolie collective qui colle à la peau. Ici, elle agit par nappes affectives, par surgissements parfois, comme si Emma elle-même zappait entre ses fantasmes.

Ces airs — populaires, reconnaissables, parfois délicieusement datés, deviennent alors les refrains intimes d’Emma, les versions empêchées de ses élans romanesques — comme si le grand lyrisme s’était dissous dans la bande-son d’une vie trop étroite.

La grande réussite de cette « Bovary Madame » tient à ce frottement constant entre les registres. Le cirque n’est pas un décor, c’est une pensée. Il dit la répétition des illusions, la spectacularisation des vies, la cruauté douce des regards.

Il dit aussi, plus secrètement, l’enfance du désir — ce moment où tout semble encore possible, avant que la réalité ne vienne refermer le piège.

Et lorsque le spectacle s’achève, il reste moins une histoire qu’un vertige : celui d’avoir vu Emma non pas mourir, mais être consumée sous nos yeux — offerte, reprise, disputée — jusqu’à ce que le rideau tombe sur une évidence troublante : Bovary n’était peut-être pas une victime du romantisme, mais sa dernière acrobate !

 Dates : du 20 mars au 16 avril 2026 – Lieu : Théâtre de la Ville (Paris)
Mise en scène : Christophe Honoré

[BD] Cyborgs T04 – Hawk, de Jean-Luc Istin & Alina Yerofieieva (Soleil)

[BD] Cyborgs T04 – Hawk, de Jean-Luc Istin & Alina Yerofieieva (Soleil)

Avec Cyborgs T04 – Hawk, Jean-Luc Istin poursuit le développement de son univers de science-fiction où les avancées technologiques les plus spectaculaires restent réservées à une élite, laissant les plus vulnérables à la marge. Comme les précédents albums de la série, ce nouveau volume propose un récit autonome, mais contribue aussi à enrichir un monde plus vaste, marqué par les implants, les inégalités et la transformation du corps en enjeu de pouvoir.

Dans ce quatrième tome, l’intrigue prend pour point de départ le destin de Syl, une enfant survivante du déraillement du Trans-Iceland. Traquée, grièvement blessée, privée de la vue et de ses jambes, elle ne doit sa survie qu’à l’intervention de son père Russel, génie de la mécanobiotechnologie, qui refuse de réserver les prothèses avancées aux seuls privilégiés. Autour d’elle se dessine alors une histoire de reconstruction, de poursuite et de résistance face à ceux qui continuent de la menacer.

La force de Cyborgs tient une nouvelle fois dans sa manière d’associer spectaculaire et tension sociale. Derrière l’action et les dispositifs cybernétiques, Jean-Luc Istin met en scène un monde inégalitaire, où la technologie ne constitue pas seulement un progrès, mais aussi un outil de domination. Au dessin, Alina Yerofieieva donne vie à cet univers avec un trait efficace et nerveux, qui met en valeur aussi bien les corps augmentés que les environnements futuristes. Les scènes d’action restent lisibles, les personnages conservent une vraie présence, et l’ensemble participe à installer une identité visuelle cohérente avec l’ambition de la série.

Avec ce tome 4, la série confirme son intérêt pour une science-fiction d’action accessible, mais traversée par des interrogations très actuelles sur la réparation, l’augmentation et les fractures sociales que la technologie peut aggraver. Un album à découvrir.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Dans un monde où seuls les riches accèdent aux prothèses avancées, Russel, génie de la mécanobiotechnologie, défie le système. Il transforme les démunis en… Cyborgs !Dans le désert glacé, Syl, 7 ans, survit au déraillement du Trans-Iceland. Traquée, elle perd la vue et ses jambes avant d’être sauvée par son père Russel. Confiée au Dr Blaye, elle s’accroche à la promesse de remarcher et de revoir un jour. Mais dans l’ombre, l’instigateur de l’accident les poursuit.
Date de parution : 26 mars 2026
Scénario : Jean-Luc Istin
Dessin : Alina Yerofieieva
Couleurs : J. Nanjan
Éditeur : Soleil
Collection : Fantastique
Format / Pages : Cartonné – 64 pages
Prix indicatif : 16,50 €

[BD] La méditation était presque parfaite, d’Arnaud Locquet (Soleil / Quadrants)

[BD] La méditation était presque parfaite, d’Arnaud Locquet (Soleil)

Avec La méditation était presque parfaite, Arnaud Locquet aborde avec humour et autodérision l’un des grands marqueurs de notre époque : la recherche du mieux-être à travers la méditation. Entre observation du quotidien, mise à distance comique et envie sincère de comprendre cette pratique, l’album s’amuse des écarts entre les promesses d’apaisement intérieur et la réalité souvent beaucoup plus agitée de nos vies modernes.

Au fil des pages, l’auteur explore les questions que beaucoup se posent face à la méditation : pourquoi s’y mettre, comment commencer, faut-il pratiquer seul ou en groupe, avec ou sans application ? À travers cette approche concrète et accessible, il restitue les espoirs, les maladresses et les contradictions qui accompagnent souvent les premières tentatives de retour au calme.

L’album joue sur un contraste particulièrement parlant : d’un côté, les discours sur le lâcher-prise, la respiration et la pleine conscience ; de l’autre, les contraintes ordinaires, les distractions permanentes et l’agitation du quotidien. C’est précisément dans cet écart que se loge l’humour du livre, qui préfère la justesse de ton et l’autodérision à la caricature excessive.

Graphiquement, Arnaud Locquet adopte un dessin clair, souple et expressif, au service d’une lecture fluide. La mise en scène privilégie l’efficacité, ce qui permet aux situations comiques de fonctionner immédiatement tout en laissant émerger un regard tendre sur nos fragilités, nos tensions et nos tentatives parfois maladroites de retrouver un peu de paix intérieure.

Avec La méditation était presque parfaite, l’auteur signe un album accessible, amusant et très contemporain, qui aborde un sujet dans l’air du temps sans jamais se prendre trop au sérieux. Une lecture légère dans la forme, mais assez fine dans son observation de nos aspirations à ralentir.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Initiez-vous à la pratique de bien-être la plus en vogue actuellement : la méditation. Pourquoi méditer ? Comment ? En groupe ou seul.e et avec quelle appli ? L’auteur nous confie sa riche expérience avec humour.
Date de parution : 26 mars 2026
Auteur : Arnaud Locquet
Éditeur : Soleil
Collection : Quadrants solaires
Format / Pages : Cartonné – 96 pages
Prix indicatif : 17,50 €

Une terre pour nous tous (Glénat jeunesse)

Une terre pour nous tous (Glénat jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse nous proposent un très bel album axé sur la nature : Une terre pour nous tous.
Tout est très beau dans cet album : les illustrations, de Britta Teckentrup, vont plaire aux jeunes lecteurs, mais aussi les nombreuses découpes, qui rendent encore plus belles et plus vivantes les illustrations.
Quant au scénario, c’est un beau texte poétique en rimes, créé également par Britta Teckentrup.
Une terre pour nous tous est un album qui donne envie de lire et relire et d’admirer toute la nature qui nous entoure !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mars 2026
Auteur : Britta Teckentrup
Illustrateur : Britta Teckentrup
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 13,90 €

« Un homme sans titre » : récit contre l’effacement

"Un homme sans titre" : récit contre l’effacement
récit contre l’effacement

« Un homme sans titre » : récit contre l’effacement

Adapté du livre de Xavier Le Clerc et porté à la scène par Jean-Louis Martinelli, le spectacle avance comme une adresse sans retour : une lettre au père qui n’a jamais eu droit à l’inscription pleine, à la reconnaissance, au récit officiel.

Ici, le théâtre ne représente pas, il répare — ou feint de réparer — ce que l’histoire a méthodiquement effacé.

Sur scène, presque rien. Une table, quelques chaises, et cette géographie pauvre qui devient peu à peu cartographie intime.

Jean-Louis Martinelli avec le geste qu’on lui connait, ne surcharge pas : il creuse. Son dispositif minimaliste agit comme une chambre d’écho où chaque mot résonne avec une densité accrue.

On passe de la Kabylie à la Normandie sans bouger, comme si l’exil était moins un déplacement qu’une vibration persistante dans le corps.

Une langue contre l’oubli

Le plateau est nu, mais saturé d’Histoire — celle, majuscule, de l’immigration ouvrière, et celle, minuscule et fracassée, d’un homme broyé dans ses marges.

Sa mise en scène procède par évocation plus que par composition. Elle ne cherche jamais l’effet, encore moins l’illustration : elle organise le vide comme une matière active.

Chaque déplacement d’objet — des chaises qui apparaissent, une table qui pose une condition, des images d’archive qui défilent — inscrivent le temps qui passe, la famille qui vit, se densifie, puis se délite.

Le geste est sûr et d’une précision d’orfèvre : il suffit d’un léger déplacement pour faire basculer un espace domestique en territoire politique. La musique et la lumière, elles, découpent sans dramatiser, laissant affleurer des zones d’ombre qui ne sont pas des effets mais des réminiscences.

Et puis il y a Mounir Margoum, formidable de vérité et d’humanité. Seul en scène, mais jamais solitaire. Il ne joue pas, ou si peu : il porte.

Sa voix, droite, assurée, refuse l’emphase là où le pathos serait facile. Ce refus est sa force. Margoum ne cherche pas à faire pleurer — il installe une dignité. Et c’est précisément cette dignité, sèche, presque minérale, qui fissure le spectateur. À force de retenue, l’émotion affleure comme une nappe souterraine.

Le texte, lui, oscille entre la violence du constat et une forme d’apaisement tardif. « Mon père illettré fut mon premier livre » : la formule pourrait sombrer dans le slogan, mais elle tient ici comme un axiome tragique.

Martinelli construit ainsi un théâtre de la trace, où l’invisible (le père, l’histoire, la langue perdue) affleure par strates, sans jamais se donner entièrement. Ce refus du spectaculaire n’est pas une économie de moyens, mais une éthique du regard : ne pas combler le manque, le laisser investir le spectateur.

Une retenue éthique : ne pas trahir, ne pas spectaculariser la misère, ne pas surjouer la mémoire. Car « Un homme sans titre » n’est pas une fresque : c’est une incision. Une tentative de dire l’indicible sans le recouvrir. Un théâtre de la filiation empêchée, amputée, où l’identité se construit non pas sur un héritage, mais sur une absence à combler.

 Dates: du 16 au 29 mars 2026  – Lieu : Théâtre de la ville (Paris)
Mise en scène : Jean-Louis Martinelli

La Cafetera Roja dévoile un nouvel album complètement fou, intitulé My Path, sortie le 27 février

La Cafetera Roja, c’est la cafetière rouge, la folie où chacun trouve sa place comme le dit la chanson. Le chanteur rappe sur une musique multiculturelle, comme sur le titre manifeste La Kfet avec une liste à la Prévert de leurs valeurs clamées haut et fort. Depuis 6 albums, le groupe trace sa route, tout a commencé au début des années 2000 dans les rues de Barcelone et l’aventure continue avec ce nouvel album.

Un album univers rempli de joie

Le nom du groupe, la Cafetera roja, a été choisi à la débottée, un objet qui se trouvait à côté du groupe, avec une belle couleur, de quoi symboliser la convivialité et le vivre ensemble dans la joie et l’allégresse avec une belle dose d’énergie et de chaleur humaine. L’une des fondatrices, la chanteuse et guitariste Aurélia Campione le clame haut et fort, le collectif est animé d’une même foi dans leur destin. La multiculturalité est au centre du projet, des membres originaires de Salzbourg, de Paris, de Barcelone, de quoi faire bouillir la… cafetière. Le rap est bouillonnant, et My path (mon chemin) parle de passé, d’avenir, les chemins à parcourir, ceux qu’ils restent à arpenter, imprévisibles, remplis d’épreuves mais surtout bien vivants. Chaque membre s’exprime au sein d’un collectif, chaque partie est aussi importante que le tout. La pochette du disque montre clairement qu’il y a plusieurs parcours possibles sur le chemin de la vie, des alternatives et des possibilités nombreuses et variées. L’œuvre provient des collages de l’artiste marseillaise Mona-Lumir Fabiani qui vécut un temps à Barcelone. Elle a pris des éléments divers, des bâtiments venus d’endroits proches des membres, immeubles autrichiens, monuments barcelonais et terril stéphanois, dans lesquels ils faut se frayer un chemin comme dans un imaginaire décomplexé. My Path est un tourbillon kaléidoscopique rempli d’influences et des modalités. On peut y trouver des traces de Rubin Steiner, de jazz ou de jungle (fever). Un morceau peut commencer en mode pop pour dévier vers le rap, ou inversement. L’énergie est parfois rock, parfois intimiste, parfois flamenco.

Cet album est une vraie belle surprise à écouter encore et encore, jusqu’à découvrir le groupe sur scène? Certainement!

[BD] Les Mystères de Hobtown T01 – L’affaire des hommes disparus, de Kris Bertin & Alexander Forbes (Delcourt)

[BD] Les Mystères de Hobtown T01 – L’affaire des hommes disparus, de Kris Bertin & Alexander Forbes (Delcourt)

Avec Les Mystères de Hobtown T01 – L’affaire des hommes disparus, Kris Bertin et Alexander Forbes signent un roman graphique singulier, à la croisée du récit d’enquête adolescente, du chroniqueur de petite ville et de l’étrangeté diffuse. Dans la bourgade fictive de Hobtown, en Nouvelle-Écosse, les apparences tranquilles dissimulent un trouble bien plus profond, que quelques jeunes esprits curieux vont entreprendre de sonder.

Au centre du récit se trouve Dana Nance, figure brillante et déterminée du Teen Detective Club. Avec les autres membres de ce cercle parascolaire, elle s’intéresse aux événements insolites qui agitent Hobtown. Mais lorsqu’un véritable aventurier leur demande de retrouver son père disparu, l’enquête change d’échelle. D’autant que cet homme n’est pas un cas isolé : il est le sixième à s’évanouir dans la nature en l’espace d’une année.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la manière dont les auteurs installent une atmosphère à la fois familière et dérangeante. Le quotidien adolescent, les liens entre habitants, la topographie presque banale de la petite ville : tout semble d’abord accessible, presque rassurant. Pourtant, à mesure que l’enquête progresse, une inquiétude sourde s’installe. Le réel se fissure, les silences deviennent suspects, et Hobtown révèle peu à peu un visage autrement plus opaque.

Le dessin d’Alexander Forbes participe pleinement à cette réussite. Son trait stylisé, très lisible, donne immédiatement une identité forte au livre. Sous une apparente simplicité graphique, l’artiste sait faire naître une vraie tension, notamment dans les scènes nocturnes, les regards, les attitudes et les décors de cette ville isolée. Cette économie de moyens renforce paradoxalement l’étrangeté du récit et lui confère une personnalité visuelle marquante.

Avec ce premier volume, Les Mystères de Hobtown pose les bases d’un univers aussi captivant qu’inquiétant. Entre enquête, adolescence, humour discret et glissement progressif vers le bizarre, l’album ouvre une série particulièrement prometteuse, dont le charme tient autant à son mystère qu’à sa manière très subtile de l’installer.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Bienvenue à Hobtown ! Ce charmant village de 2 006 habitants situé en Nouvelle-Écosse saura vous divertir et vous intriguer. Car oui, il s’en passe des événements étranges à Hobtown, heureusement le club de détectives est là pour mener l’enquête ! Dana Nance dirige le Teen Detective Club, un programme parascolaire agréé, dont les jeunes membres enquêtent sur tous les événements qui se produisent à Hobtown. Leur petit monde est bouleversé lorsqu’un véritable aventurier leur demande de partir à la recherche de son père disparu. Mais les choses se compliquent : le père de Sam est le sixième homme à avoir disparu cette année !
Date de parution : 26 mars 2026
Scénario : Kris Bertin
Dessin : Alexander Forbes
Éditeur : Delcourt
Collection : Outsider
Format / Pages : Cartonné – 312 pages
Prix indicatif : 29,95 €

Les grandes questions des petits curieux : les dinosaures (Casterman)

Les grandes questions des petits curieux : les dinosaures (Casterman)

Les éditions Casterman nous proposent un nouveau documentaire dans la collection : Les grandes questions des petits curieux. Ce sont : les dinosaures.
Publik’Art est fan de cette collection pour les petits : livre entièrement cartonné, aux bouts arrondis, avec 50 flaps à ouvrir pour tout comprendre et tout découvrir sur les dinosaures !
C’est quoi un dinosaure ?
Sur les traces des dinosaures
Le monde des dinosaures
Les herbivores et les carnivores
Tous différents ! La disparition des dinosaures
Les grandes questions des petits curieux : les dinosaures est un album à offrir aussi bien aux garçons qu’aux filles !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mars 2026
Auteur : Emmanuel Tredez
Illustrateur : Aurore Carric
Editeur : Casterman
Prix : 14,90 €

Un conte revisité et bourré énergie avec La Belle et la Bête au Grand Point Virgule

Le Grand Point Virgule remet au gout du jour La Belle et la Bête, le célèbre conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve rédigé en 1740 et immortalisé au cinéma par Disney et Jean Cocteau. 1 comédienne et 3 comédiens aux multiples talents n’arrêtent pas pendant plus de 1h15 de spectacle total, le public est conquis, petits comme parents. Chansons et blagues cohabitent habilement avec des références modernes (Apate Apate, ça parle à tout le monde? 😀 ) qui actualisent le conte. Les éléments classiques sont bien présents, la Bête, le sortilège, la rose qui perd ses pétales, le bellâtre imbu de lui-même, de quoi passer un excellent moment de théâtre, même et surtout lors un premier dimanche de printemps 2026.

Une excellente adaptation moderne d’un classique connu de tous

Le spectacle commence avec une introduction pétaradante, un personnage dénommé le Fou donne quelques instructions pour participer activement au spectacle. Refrains criés à tue tête, clappements de mains en rythme, le public est mis dans l’ambiance. Quand débarquent les 3 comédiens et la comédienne, tout le monde est chaud pour suivre un spectacle marqué par son énergie revigorante. Les personnages s’adressent au public pour le faire participer, de quoi rire encore un peu plus fort, le quatrième mut vole en éclat et ça fonctionne parfaitement bien. La mise en scène est rythmée, les décors posent un cadre enchanteur et merveilleux, les auteurs et metteurs en scène Yanis Azaiez et Marie Rioux ont pensé à tout et les comédiens en rajoutent vraisemblablement une petite couche. Des chansons accompagnent la narration, toutes inventées pour le spectacle et très bien interprétées par des personnages plus vrais que nature.

La bête d’abord effrayante gagne la sympathie du public petit à petit, de quoi rire et s’émouvoir au fur et à mesure du spectacle et applaudir avec tout son cœur quand vient le moment du final pour clôturer un festival de rire et de magie.

Synopsis:

La belle et la bête, une relecture audacieuse du célèbre conte qui bouscule les clichés !

Mel, une jeune femme atypique vit seule avec son père. Quand celui-ci disparaît dans des circonstances mystérieuses, Mel met de côté ses mangas préférés pour partir à sa recherche.

Elle tombe sur une créature terrifiante, drôle et touchante enfermée dans un château hors du temps. Une complicité inattendue risque de naître entre ces deux êtres que tout semble opposer…

Redécouvrez l’histoire de la Belle et la Bête dans une nouvelle version moderne, familiale et décalée !

Détails:

Du mercredi au dimanche à 15h pendant les vacances
Les samedis et dimanches à 15h jusqu’au 28 juin

[BD] Sangre T05 – Rugleïs, l’Ogre, de Christophe Arleston & Stefano Vergani (Soleil)

[BD] Sangre T05 – Rugleïs, l’Ogre, de Christophe Arleston & Stefano Vergani (Soleil)

Avec Sangre T05 – Rugleïs, l’Ogre, Christophe Arleston poursuit la vaste fresque de vengeance entamée depuis les débuts de la série. Marquée à jamais par le massacre de sa famille et l’enlèvement de sa mère, Sangre avance sans relâche sur la piste des sept écumeurs responsables du drame. Tome après tome, sa quête gagne en intensité, à mesure que les coupables se rapprochent et que les zones d’ombre de son passé se dissipent.

Dans ce cinquième volume, l’héroïne met le cap sur le Monde Rouge, où elle vient traquer Rugleïs, l’Ogre, l’un des hommes impliqués dans le carnage qui a détruit sa vie. Mais dans cet univers régi par le jeu, les apparences, les faux-semblants et les rapports de force, Sangre doit avancer avec prudence. Entre pièges, manipulations et révélations, cette nouvelle étape de sa vengeance prend une dimension plus trouble encore.

La série conserve ce qui fait sa singularité : un mélange très efficace d’aventure, de fantasy et de tension dramatique. Christophe Arleston construit un récit fluide, rythmé, qui fait progresser à la fois l’action et les enjeux personnels de son héroïne. Derrière la combattante implacable demeure toujours une jeune femme blessée, habitée par la perte, la colère et la nécessité d’aller jusqu’au bout.

Au dessin, Stefano Vergani apporte à ce tome une mise en images élégante et lisible, parfaitement au service de l’univers imaginé par Arleston. Les décors, les costumes et les figures de pouvoir donnent de l’ampleur au récit, tandis que les scènes d’action conservent clarté et dynamisme. L’ensemble contribue à renforcer le souffle romanesque de cette grande quête vengeresse.

Avec Sangre T05, la série confirme sa solidité dans le registre de la fantasy d’aventure. Ce nouvel album fait avancer de manière significative la traque menée par son héroïne tout en enrichissant encore l’univers et les dangers qui l’entourent. Une suite efficace, tendue et pleinement fidèle à l’esprit de la saga.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Monde Rouge est le monde du jeu, c’est là que Sangre vient traquer l’ogre Rugleïs, un des sept écumeurs auteurs du massacre des siens et de l’enlèvement de sa mère. Aura-t-elle les réponses aux questions qui la hantent ?
Date de parution : 26 mars 2026
Scénario : Christophe Arleston
Dessin : Stefano Vergani
Couleurs : Hugo Poupelin
Éditeur : Soleil
Collection : Fantastique
Format / Pages : Cartonné – 63 pages
Prix indicatif : 16,50 €

Au musée Galliera : la mode réinvente le siècle des Lumières

Au musée Galliera : la mode réinvente le siècle des Lumières
Robe à l’anglaise et jupe (détail), vers 1780-1790 English-style dress and skirt (detail), circa 1780-1790 CC0 Palais Galliera – Paris Musées

Au musée Galliera : la mode réinvente le siècle des Lumières

L’exposition « La mode du XVIIIe siècle. Un héritage fantasmé » ne raconte pas une histoire : elle en dissèque la fiction persistante — et c’est précisément là que le vertige commence.

Car le XVIIIe siècle ici n’existe pas. Ou plutôt : il n’existe plus que comme une mémoire visuelle, un bruissement de soies recomposées, une archive contaminée par ses propres réinventions.

Dès les premières vitrines, les robes à la française, les corsets, les architectures de tissus ne sont pas montrés comme des objets stabilisés mais comme des matrices — des formes en fuite.

Le corps qu’ils dessinent n’est jamais innocent : il est déjà une projection, une mise en scène du paraître, un théâtre de contraintes devenu langage.

Et puis surgit cette pièce-fétiche — le corset attribué à Marie-Antoinette — moins comme relique que comme symptôme.

Fragile, presque spectral, il concentre tout : la fascination, la falsification, la passion rétrospective. Il n’est pas tant un vestige du XVIIIe siècle qu’un produit du XIXe, une fiction rétrospective cousue à même l’Histoire.

Une grammaire plastique

L’exposition, habilement, ne cherche pas à trancher : elle laisse flotter l’ambiguïté, comme une dentelle intellectuelle. C’est dans ce glissement que le parcours devient véritablement contemporain.

Car ce que montre Galliera, ce n’est pas tant le siècle des Lumières que son recyclage incessant — son devenir-image.

Du fantasme Second Empire aux emballements couture du XXe siècle, jusqu’aux débordements camp et queer d’aujourd’hui, le XVIIIe devient une grammaire plastique.

Une réserve de signes prêts à être activés, exagérés, travestis. Les silhouettes de Christian Dior, Vivienne Westwood ou Christian Lacroix n’y dialoguent pas avec l’Histoire : elles la rejouent comme une hallucination stylisée.

La scénographie, elle, épouse ce trouble avec une élégance presque perverse.

Les espaces respirent, les perspectives se répondent, mais quelque chose s’impose subtilement : le visiteur devient mannequin, pris dans un dispositif qui inverse les regards. On ne regarde plus la mode — on est regardé par elle. Comme si chaque silhouette exposée attendait encore un corps pour la hanter.

Ce qui affleure alors, sous les rubans, les fleurs et les paniers recomposés, c’est une idée plus ambigue : la mode fantasme. Le XVIIIe siècle devient ainsi une surface de projection idéale, un décor mental où se rejoue, siècle après siècle, le désir d’élégance comme échappatoire au réel

Et c’est projection frappe fort : faire sentir que ce passé que l’on croit contempler nous regarde déjà, maquillé, filtré, prêt à être consommé. Un passé sans cesse réécrit — jusqu’à devenir, doucement, un miroir réfléchissant.

 Dates : du 14 mars au 12 juillet 2026 – Lieu : Musée Galliera (Paris)

2 cuvées Champagne Charpentier très différentes et très satisfaisantes : Terre d’émotion Blanc de noir et Pinot Meunier zéro dosage

La maison de champagne Charpentier a déjà fait l’objet de nombreux articles sur Publik’Art avec des dégustations élégantes et satisfaisantes, le Terre d’émotion Brut Vérité, le Blanc de Blancs et le Pinot Meunier zéro dosage, toujours avec modération. 2 nouvelles cuvées ont été reçues pour dégustation avec la confirmation d’une maison de Champagne toujours de qualité.

Mon préféré avec le très liquoreux Terre d’émotion Blanc de Noirs (47,50 euros la bouteille)

Le champagne est un assemblage de 80% de Pinot Noir et 20% de Pinot Meunier. La belle robe vieil or à reflets lumineux attire l’œil avec un effet presque hypnotique. Les bulles sont fines et presque crémeuses. Le nez est concentré, expressif et aérien avec des notes de fruits rouges, de toast, de vanille et d’épices. La bouche est franche avec une densité sphérique révélant les arômes du nez. La longueur est bien présente sur une minéralité fraîche. Le champagne est un reflet parfait de la culture de la Vigne de la maison Charpentier, avec une conversion totale vers l’Agriculture Biologique. Cette appellation revendique une pratique totale de la Viticulture Biodynamique depuis 2009.

Un beau zéro dosage à découvrir, le Pinot Meunier (61 euros la bouteille)

Ce champagne est un pur Pinot Meunier. La robe arbore un bel or jaune soutenu. La mousse est aérienne, portée par de fines bulles crémeuses. Le nez fait ressentir des notes fruitées, avec des senteurs de fruits à chair jaune et à noyaux tellement caractéristiques du cépage. La bouche est dense et évoluée, ce que confirme le nez. La fraîcheur du zéro dosage est bien présente, c’est fin et inédit pour une belle découverte à la première dégustation, issue d’une parcelle cultivée en Biodynamie depuis 10 ans.

Publireportage:

Aujourd’hui, sa réelle autonomie permet à Jean-Marc CHARPENTIER de proposer, exclusivement sur le marché traditionnel et professionnel, une marque récente, riche d’un ancestral vignoble et dotée d’un fort potentiel. Entrant complètement dans la « quête de sens » du consommateur, la Maison CHARPENTIER constitue une véritable alternative aux marques traditionnelles. Bien que déjà remarquée par les prescripteurs avertis et différents concours de référence, la Maison CHARPENTIER choisit les distributeurs les plus adaptés, en France comme à l’export, afin d’écrire, avec eux, l’histoire de cette formidable aventure humaine. La Maison, rigoureusement structurée pour répondre aux exigences du marché et de sa clientèle, poursuit ainsi son développement professionnel et équilibré à travers un solide réseau de distribution.

« À notre place » : une chambre d’échos en résonance sensible et incertaine

A notre place : une chambre d’échos en résonance sensible et incertaine
Photo Simon Gosselin

« À notre place » : une chambre d’échos en résonance sensible et incertaine

Avec « À notre place », Arne Lygre poursuit son entreprise de déminage des relations humaines : non pas les raconter, mais les dissoudre lentement dans une langue qui les précède, les déborde, les trahit.

Et Stéphane Braunschweig, compagnon fidèle, ne met pas seulement en scène une pièce — il installe un dispositif de révélation clinique où l’intime devient une matière instable, un gouffre.

D’emblée, le spectacle déjoue l’attente. Trois femmes, oui — Astrid, Sara, Eva — mais ce triangle n’est qu’un leurre.

Car chez Lygre, l’amitié n’est jamais un refuge : c’est une zone de friction où les absents prolifèrent

Fils, pères, frères, morts et vivants contaminent la scène, comme si chaque relation portait en elle une mémoire clandestine. L’intimité devient un espace surpeuplé, saturé de présences qui empêchent toute résonance avec soi-même.

Braunschweig capte cela avec une rigueur presque chirurgicale. Sa mise en scène — épurée jusqu’à l’os — ne cherche ni à illustrer ni à rassurer.

L’intime en fuite

Elle expose. Les corps circulent dans un espace mental plus que physique, et la scénographie, d’une netteté à l’épure ciselée, agit comme une chambre d’écho : tout y résonne, rien n’y perdure.

On retrouve cette esthétique de la surface lisse, déjà à l’œuvre dans ses précédentes incursions chez Lygre, où le décor ne sert qu’à mieux faire affleurer les failles du langage.

Car le véritable vertige est là : dans cette langue qui dit tout — et donc annule tout. Les personnages parlent, se corrigent, se commentent, comme s’ils tentaient d’atteindre une transparence absolue.

Mais à force de tout dire, ils ne disent plus rien de vivant. Le réel s’épuise dans sa propre explicitation. On assiste moins à des scènes qu’à des tentatives de formulation du monde — en crise et toujours incertain.

Et pourtant, quelque chose cherche à advenir. Une tentative sourde, presque organique. Lygre ausculte une question simple et abyssale : où est notre ancrage quand toute relation nous déplace ?

L’amitié ici n’est ni consolatrice ni stable — elle est une forme de dépendance déplacée, parfois aussi violente, aussi exclusive que l’amour lui-même.

Les trois comédiennes — Cécile Coustillac, Clotilde Mollet, Chloé Réjon — naviguent dans cette partition avec une précision remarquable.

Elles ne jouent pas des personnages : elles incarnent des points de passage. Tour à tour elles deviennent elles-mêmes, les autres, les hommes absents, brouillant les identités avec une fluidité troublante.

Cette porosité est l’une des plus belles réussites du spectacle : elle matérialise ce que le texte suggère — que nous ne sommes jamais un, mais toujours traversés.

Reste une impression persistante, presque inconfortable : celle d’un théâtre qui refuse la consolation. « À notre place » n’offre ni résolution ni catharsis. Il laisse le spectateur dans un état d’instabilité douce, comme après une conversation trop lucide pour être honnête.

Un théâtre de la dissection, oui — mais où, à force d’ouvrir les corps et les mots, on découvre moins leur vérité… que leur irréparable vacillement.

 Dates: du 18 mars au 17 avril 2026  – Lieu : Théâtre de la Colline (Paris)
Mise en scène : Stéphane Braunschweig

[BD] La Mécanique – Tome 03 : Le Rêve du passé, de Kevan Stevens & Jef (Soleil)

[BD] La Mécanique – Tome 03 : Le Rêve du passé, de Kevan Stevens & Jef (Soleil)

Avec La Mécanique – Tome 03 : Le Rêve du passé, Kevan Stevens et Jef referment une trilogie de science-fiction âpre, habitée par la violence sociale, les luttes de pouvoir et une noirceur urbaine qui ne laisse que peu de place au répit. Ce dernier volume ne cherche pas à adoucir son propos : il pousse au contraire tous les enjeux à leur point de rupture, dans un final tendu où les personnages avancent comme pris dans un engrenage devenu incontrôlable.

Depuis ses débuts, La Mécanique déploie un univers dense, brutal, où la ville semble broyer les individus autant qu’elle les façonne. Ce troisième tome reprend cette matière sombre pour l’emmener vers sa conclusion, portée par le chaos, les affrontements et les cicatrices du passé. La série conserve ce qui fait sa force : une ambiance oppressante, une vraie cohérence visuelle et un récit qui refuse les facilités.

Kevan Stevens construit un album qui avance vite, parfois très vite, mais sans jamais perdre de vue l’essentiel : ses personnages. Tous portent une part de fêlure, de colère ou de culpabilité, et c’est ce qui donne au récit sa tension dramatique. Le Rêve du passé parle de domination, de mémoire, de sacrifice, d’espoir aussi, par éclats, au milieu d’un monde qui semble s’effondrer sur lui-même.

Le dessin de Jef joue un rôle central dans la réussite de l’ensemble. Son trait nerveux, expressif, donne du relief aussi bien aux visages qu’aux scènes d’action. Les décors urbains, massifs et étouffants, renforcent constamment la sensation de danger. Cette cité du futur, en crise permanente, impose sa présence à chaque page et devient presque le cœur vivant de la trilogie.

Ce dernier tome séduit par sa capacité à maintenir la pression jusqu’au bout, sans renoncer à la dimension humaine du récit. Il y a ici une vraie ambition de fresque dystopique, servie par un duo d’auteurs qui maîtrise son univers et sait lui donner une identité forte. La Mécanique ne cherche pas le spectaculaire gratuit : elle préfère la tension, la noirceur et l’impact émotionnel.

Une série de science-fiction française qui mérite l’attention pour la singularité de son ton, la force de son univers et la qualité de sa proposition graphique.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Dans un futur sombre en proie à une drogue dévastatrice, despersonnages vont jouer une partition qui les dépasse, dessinant un destin plus grand mais fragile face à la vague de chaos qui s’installe. Dans MétaCitéLyon en plein chaos, Vananka cherche son impossible Rédemption. Lynn et Safir vont peut-être enfin trouver leur place. Passé, présent et futur soudain réunis à travers un éphémère prisme de lumière et d’espoir. De Paix aussi. Au prix de tant de sacrifices et de souffrances, la Mécanique peut-elle continuer à tourner, insensible aux Hommes ?…
Date de parution : 12 mars 2026
Scénario : Kevan Stevens
Dessin : Jef
Éditeur : Soleil
Collection : Fantastique
Format / Pages : Cartonné – 80 pages
Prix indicatif : 17,50 €

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