Anne Teresa De Keersmaeker, son portrait au Festival d’Automne

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Anne Teresa De Keersmaeker, son portrait au Festival d’Automne
Anne Teresa De Keersmaeker © Anne Van Aerschot

Anne Teresa De Keersmaeker, son portrait au Festival d’Automne

Onze pièces différentes, auxquelles s’ajoutent un Slow Walk en plein cœur de Paris et des programmes avec d’anciens et actuels étudiants de l’école P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) qu’elle a fondée à Bruxelles : s’il est juste reconnaissance d’une œuvre majeure, le Portrait dédié par le Festival d’Automne à Anne Teresa De Keersmaeker frappe par son ampleur.

Une enseigne qui, secrètement, renvoie tout autant à Gertrude Stein (“A rose is a rose is a rose”) qu’aux rosaces des façades gothiques. Ou, plus directement, à la structure même de la rose : “il y a chez moi”, confie la chorégraphe, “un étonnement et une fascination pour les formes et les procédés issus de la nature, dont les plus frappants sont les spirales”.

Le chapelet chorégraphique, égrené par le Festival d’Automne de mi-septembre à fin décembre, témoigne de la persistance du trajet keersmaekerien, de son renouvellement et du maintien en alerte de la vivacité du trait.

La chorégraphe de Rosas n’a pourtant qu’un seul sujet, qu’elle ne cesse de mettre à l’établi : le dialogue des structures et de l’émotion, depuis ce “commencement infini” que fut Fase. Comment, à l’intérieur d’une cadence sans répit – alors portée par la musique de Steve Reich –, le corps se donne-t-il une liberté de jeu et d’interprétation ? “Pour qu’à la rencontre de l’effusion il se lève une avidité”. (Paul Claudel, L’Œil écoute)

À ce prix, sans transiger sur les ressources du mouvement dansé, Anne Teresa De Keersmaeker exhale une jubilatoire clairvoyance de ses lignes de composition. “La ligne a chaque fois un désir, qu’elle suit en le découvrant. […] Que le parcours ainsi créé soit enjoué à loisir, il a toutes les chances de rester éblouissement devant la découverte, et non pas redondante satiété. […] Jet ou inflexion, la ligne bannit le repentir, fait de la justesse sa règle et de la spontanéité sa conduite” : ce qu’écrivait René Char de la peinture de Joan Miró pourrait s’appliquer, mot pour mot, aux états de mouvement dont Anne Teresa De Keersmaeker trace le devenir-présent.

La ligne : succession de points dans l’espace. Pour comprendre le mystère des articulations et des univers intérieurs, la musique est pour Anne Teresa De Keersmaeker, bien plus qu’un simple ingrédient de spectacle, une école des formes. Le minimalisme des débuts – Steve Reich, Thierry De Mey – s’est progressivement ouvert à une incroyable palette de sources, anciennes – l’Ars subtilior médiéval – ou “classiques” – Jean-Sébastien Bach, Wolfgang Amadeus Mozart –, modernes – György Ligeti, Eugène Ysaÿe, Arnold Schoenberg, Anton Webern… – ou jazzistiques – Miles Davis, John Coltrane… –, quand ce n’est pas la partition d’un texte – à l’instar de Quartett, mise en tension de l’écriture de Heiner Müller inspiré des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos –, en y frayant l’insatiable virtuosité de corps conducteurs de rythmes, d’énergies, d’émotions…

“La musique est trop en deçà du monde et du désignable pour figurer autre chose que des épures de l’Être, son flux et son reflux, sa croissance, ses éclatements, ses tourbillons”, écrivait Merleau-Ponty. Une appréciation que n’aurait pas démentie le percussionniste et  “professeur de rythme” Fernand Schirren, dont Anne Teresa De Keersmaeker fut l’élève à Mudra, et qu’elle a à nouveau invité à enseigner au sein de P.A.R.T.S. Pour Schirren, dit-elle, “danser n’était pas seulement bouger mais aussi penser. Et cette pensée se reflète toujours très concrètement dans nos actions”. Ainsi va la danse d’Anne Teresa De Keersmaeker, pensée en mouvement, éperdue des volutes, des élans, des incises et des relâchés dont elle remonte le cours.

+ Rencontre avec Anne Teresa De Keersmaeker et Ann Veronica Janssen, enseignante aux Beaux-Arts de Paris et collaboratrice régulière de Rosas :
Modérateur, Florian Gaité, docteur en philosophie, critique, consultant et curateur
Vendredi 21 septembre à 11h aux Beaux-Arts de Paris
Entrée libre sur réservation à partir du 1er septembre sur [email protected]

+ À paraître cet automne :
Anne Teresa De Keersmaeker : Rosas, 2007-2017 – Livre de photographies / Édition Fonds Mercator et Actes Sud / 19 septembre 2018

Note
Intérêt
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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