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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« Les Fausses Confidences » sous la magie d’Alain Françon

Georgia Scalliet (Araminte) et Pierre-François Garel (Dorante) magnétisent ce Marivaux, où se révèlent entre esquive et intrigues les vertiges de l’amour, dans une mise en scène aussi subtile que fascinante d’Alain Françon. Le théâtre de Marivaux est tout un art, l’art même du théâtre, où il est d’usage d’orchestrer des stratégies amoureuses avec sa part d’imprévu. Si le cœur est une forteresse, alors il faut déployer des trésors d’ingéniosité pour s’en emparer. Il y a dans ce goût du calcul et de l’improvisation, une certaine dose de mystification. Mais ce n’est qu’une étape nécessaire pour obtenir, à la fin, le cœur de celui (ou celle) qu’on convoite ardemment.

« Le Rêve et la Plainte », Marie-Antoinette en goguette mais pas que ! 

Marie-Antoinette et la Princesse de Lamballe prennent le thé dans le salon du Petit Trianon de Versailles, vêtues de leurs splendides robes roccoco… Et tout de go, la reine déclare : "Alors j’ai commencé un bac STT option puériculture puis j’ai fait BTS-commerce parce que j’avais pas vraiment de choix de carrière". Etonnant non ! Car en fait, nous sommes à Nice, où ceux qui reçoivent sont très satisfaits de leur nouvelle cuisine MOBALPA et dissertent allègrement de son aménagement... Des scènes de la vie quotidienne mais pas que où chacun tient son rôle et sa position pour mieux en singer l’air du temps à travers un télescopage de haut vol entre monarchie à bout de souffle et V République sans foi ni loi !

Maurice Béjart à l’Opéra Bastille, l’âme dansée sur France 4, le 29 avril à 21h00

Le Ballet de l’Opéra rend hommage à son ancien chorégraphe phare disparu il y a 15 ans, Maurice Béjart, en présentant trois œuvres créées dans les années 1970 : L’Oiseau de feu, Le Chant du compagnon errant et le mythique Boléro. Et cette grammaire chorégraphique toujours lisible et fluide qui consacre avec cette marque si particulière, l’expressivité du geste à l’exaltation de la musique, surfant sur les bases de la danse classique et académique tout en impulsant une modernité emprunte des courants néo-classiques et modernes. Elle est servie ce soir à la perfection par le corps de ballet emmené par les Etoiles Mathieu Ganio, Germain Louvet, Hugo Marchand, et Amandine Albisson où la danse dans une épure totale et graphique imprime des images fortes, des tableaux en mouvement, et une géométrie des corps.

« Le Dragon » survolté de Thomas Jolly, sur France 2

Figure reconnue de la scène contemporaine, Thomas Jolly aime mettre en scène des monstres politiques assoiffés de pouvoir et de cruauté : "Henri VI" marathon théâtral de 18 h (Molière 2015), "Richard III", "Eliogabalo" donné à l’Opéra Garnier, ou encore "Thyeste", fresque radicale sur fond de haine entre deux frères rivaux, d’infanticide et de cannibalisme. Aujourd’hui, il s’attaque au texte d’Evgueni Schwartz, "Le Dragon". Une parabole, éminemment politique, qui utilise le motif du conte et du fantastique pour dénoncer les mécanismes d’un système totalitaire attaché à déconstruire ce qui fait humanité, et interroger les forces de résistance face à une tel pouvoir démoniaque.

Un triptyque chorégraphique à la vitalité contagieuse par l’Opéra Ballet Vlaanderen

L’Opera Ballet Vlaanderen déploie ici un programme ambitieux qui tisse un dialogue entre trois générations de chorégraphes, convoquant Trisha Brown, Anne Teresa De Keersmaeker et Jan Martens dans une même énergie de vitalité et de rupture. La soirée s’impose comme un manifeste pour la danse contemporaine, où le langage des corps devient à la fois un instrument d’émancipation et de sublimation des codes.

« Helikopter » et « Licht » : Dans l’œil du cyclone chorégraphique de Preljocaj

Il est des spectacles qui ne se contentent pas d’occuper l’espace, mais qui cherchent aussi à le transformer, le bousculer, l’ouvrir à d’autres dimensions. "Helikopter/Licht" d’Angelin Preljocaj appartient à cette catégorie, où la danse devient une expérience sensorielle et singulière.

Des corps à l’œuvre et à l’épreuve dans Boléro / Busk / Strong pour une virtuosité en partage

Le Ballet du Grand Théâtre de Genève est à l’honneur au théâtre du Châtelet avec un triptyque détonnant, alliant les visions singulières de quatree chorégraphes : Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet avec Boléro, Aszure Barton et Sharon Eyal pour Busk et Strong. Chacune de ces pièces, tout en partageant un même espace scénique, s’affirme avec une identité propre, révélant les multiples facettes de la danse contemporaine et son exploration aussi sensorielle que visuelle.

« L’Argent de la vieille » les rend tous fous !

"L'Argent de la vieille" les rend tous fous ! Après avoir interprété Joan Crawford dans une évocation de sa rivalité légendaire avec Bette Davis (Michel...

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« La Jalousie » : le vertige bourgeois selon Michel Fau (succès, prolongations !)

Il y a chez Michel Fau un goût rare, presque aristocratique, pour la cruauté polie. Avec "La Jalousie" de Sacha Guitry, qu’il met en scène et interprète à la Michodière, il ne ressuscite pas le boulevard — il le transfigure. Là où d’autres n’auraient vu qu’un vaudeville poudré, Fau découvre une tragédie miniature, sertie dans un écrin d’or et de satin, où chaque sourire cache un gouffre.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.