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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« One Shot », la dernière danse d’Ousmane Sy

Au plateau un DJ mixant musiques électroniques sous influence africaine et huit interprètes féminines à l’inspiration démultipliée, affirmant chacune leur gestuelle singulière aux influences chorégraphiques multiples. Au son de la dance et de l’afrobeat, elles font puissamment corps, confrontant leurs styles, s’unissant puis s’émancipant en solos ou duos dans une fluidité parfaite, portées par un incessant flux collectif mêlant différentes esthétiques issues du hip-hop, de la danse africaine et de la house dance.

Le « Tartuffe » crépusculaire d’Ivo van Hove avec la troupe de Comédie-Française au Théâtre de l’Orient

La version de ce Tartuffe ici présentée en trois actes au lieu de cinq, mise en scène par Ivo van Hove, jouée pour la première fois par la troupe de la Comédie-Française, est celle de la pièce originelle écrite par Molière, avant son interdiction par Louis XIV qui la jugeait beaucoup trop satirique à l'égard des dévots et de la religion dont il se faisait le fervent défenseur, et telle que reconstituée par l’historien du théâtre et des formes littéraires Georges Forestier. Plus ramassée, plus vénéneuse, plus radicale et plus percutante, cette version fait donc l’économie de l’acte 2 et des scènes entre les amoureux Valère et Marianne, et de l’acte V qui constituait l’épilogue moralisateur en forme de coup de théâtre, rajouté par Molière pour obtenir du pouvoir royal l’autorisation de jouer la pièce.

Une « Andromaque » aux traumas rouge sang à l’Odéon

Dans les décombres sanglants de la Guerre de Troie, les survivants ne peuvent échapper à la répétition de l’horreur sous le regard acéré de Stéphane Braunschweig. ans ce monument en cinq actes et 1648 alexandrins, tous les personnages sont hantés par l’horreur qu’ils ont traversée. Car Troie est anéantie et les traumatismes engendrés par cette violence sont irréparables. Aucun des protagonistes ne sait s’en relever, ne peut oublier le sang répandu au nom de la conquête. Une pièce qui raconte l’abîme que peut engendrer la quête de pouvoir.

Bergman sous le regard percutant d’Ivo van Hove

Bergman sous le regard percutant d'Ivo van Hove Le metteur en scène Ivo van Hove poursuit son compagnonnage avec l'œuvre d'Ingmar Bergman. Précédemment, il avait...

Réouverture gagnante du Théâtre de la Ville avec le Nederlands Dans Theater

Le Nederlands Dans Theater (NDT), basé à la Haye, figure majeure de la danse contemporaine a imposé sa marque par des productions non conformistes et originales. Elle est de retour à Paris sur la nouvelle scène du Théâtre de la ville après 7 ans de travaux avec deux pièces qui sortent des sentiers battus.

Un Cocteau endiablé au Théâtre de l’Atelier

crite dix ans après "La Voix humaine", cette pièce de Jean Cocteau semble en répéter les caractéristiques essentielles : une femme délaissée (Romane Bohringer) souffre à en crever de l’absence, des mensonges et du silence de son amant (Tristan Sagon). Dans un dialogue visuel et charnel intense avec la comédienne aussi animale que guerrière, le danseur Tristan Sagon donne corps à ce mutisme et à son emprise.

« L’Affaire Makropoulos » convoque Hollywood à l’Opéra Bastille

Janáček est à deux ans de la mort lorsqu’il compose "L’Affaire Makropoulos". Le portrait cruel d'une femme qui a bu l’élixir d’immortalité plus de 300 ans auparavant et qui s’abîme sans relâche dans ce paradis artificiel. Car qu’est-ce que vivre lorsque l’on a déjà tout vécu, tout ressenti, tout appris, lorsque le temps et la répétition émoussent toute émotion, tout désir, tout envie et qu’il ne reste que lassitude et ennui ?

Judith Chemla, une Violetta en état de grâce

"La Traviata. Vous méritez un avenir meilleur", version revisitée de l’œuvre de Verdi, revient au Théâtre des Bouffes du Nord où elle fut créée en 2016. Ce retour en majesté est porté par l’incandescente et vibrante soprano Judith Chemla dans le rôle titre. Le célèbre opéra est inspiré de La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils, et de la vie dissolue de la courtisane Marie Duplessis, femme de son siècle et victime annoncée de sa condition sociale. Benjamin Lazar et ses treize interprètes, musiciens /chanteurs, s'emparent avec un geste fort de son destin tragique à partir de larges extraits de la partition, – l’orchestre étant réduit à une douzaine d’instruments – alternant en fluidité avec le texte parlé, librement inspiré du livret de Francesco Maria Piave d’après "La Dame aux camélias", et de scènes où s’évoque le spleen d’un XIXe siècle en quête de sensations fortes, de passions humaines et d’étourdissement.

Notre Sélection

« La Jalousie » : le vertige bourgeois selon Michel Fau (succès, prolongations !)

Il y a chez Michel Fau un goût rare, presque aristocratique, pour la cruauté polie. Avec "La Jalousie" de Sacha Guitry, qu’il met en scène et interprète à la Michodière, il ne ressuscite pas le boulevard — il le transfigure. Là où d’autres n’auraient vu qu’un vaudeville poudré, Fau découvre une tragédie miniature, sertie dans un écrin d’or et de satin, où chaque sourire cache un gouffre.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.