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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« Roméo et Juliette » : le geste enlevé et total de Thomas Jolly à l’Opéra Bastille, sur France.tv

vec Roméo et Juliette de Charles Gounod, Thomas Jolly s’empare du mythe des amants de Vérone et signe une version opératique qui fera date. A l’abri d’une mise en scène spectaculaire et grandiose, empreinte d’une esthétique baroque et ténébreuse, à la lisière du fantastique et de l’onirisme, qui s’appuie sur des costumes aux infinies références et des jeux de lumière d'Antoine Travert scénarisant ou découpant l’espace, il installe la dramaturgie. Elle s’appuie sur un décor monumental conçu par Bruno de Lavenère qui reconstitue le grand escalier du Palais Garnier, assorti de petits balcons et surplombés d’une dizaine de chandeliers. En tournoyant sur lui-même , le décor offre dans une fluidité parfaitement orchestrée, des images saisissantes au gré des tableaux évoqués comme celles de la scène salle de bal, du balcon, de l’autel nuptial, des combats entre les deux clans ou encore de la crypte mortuaire où les éclairages participent au climat. Il est un écrin organique à la tension et à la fureur de vivre qui se déploient et attisent de bout en bout le drame shakespearien.

Le ballet Malandain dans les pas brûlants de Stravinski, sur la chaîne Mezzo

Thierry Malandain, accompagné du chorégraphe Martin Harriague, revisitent les œuvres emblématiques d’Igor Stravinski : L’Oiseau de feu et Le Sacre du printemps. Bien que ces deux ballets phares et d’anthologie aient été chorégraphiés des centaines de fois dans le passé, le programme présenté s’attache à donner aux deux œuvres un jour nouveau. Pour cela, ils sont revenus à leur source vive. Ainsi, Thierry Malandain rend à l’Oiseau sa spiritualité biblique chargé d’apporter aux hommes sa divinité salvatrice.

Des voies venues du froid mais pas que au Festival Paris l’été 

Des voies venues du froid mais pas que au Festival Paris l’été Lorsqu’elle ne crée pas des spectacles, la réalisatrice et chorégraphe Elle Sofe Sara...

Michel Fau et Sébastien Castro font des leurs à la Michodière !

On connait la passion de Michel Fau pour le Vaudeville propice à un jeu surréaliste et survolté qui offre une vision du genre humain aussi petit que jusqu’au-boutiste. Pour cette nouvelle version théâtrale de la pièce "Le vison voyageur", Michel FAU et Sébastien CASTRO sont partis de l’adaptation par Jean-Loup DABADIE du texte très anglais de Ray Cooney et John Chapman. L'action se déroule à Londres, dans le temple de la fourrure, chez Bodley et Crouch, un milieu éminemment snob et coincé dans lequel le dramaturge propulse des personnages décomplexés et de plus en plus barrés qui vont contaminés et faire exploser cet ordre établi.

« La Cerisaie » électrisante de Tiago Rodrigues, sur France 4

Une comédie douce-amère au texte hypnotique où s’agite un clan en décomposition. Entre l’extravagante Lioubov qui a dilapidé l’héritage familial et l’ambitieux Lopakine, interprété par Adama Diop, construisant énergiquement son patrimoine, toute une tribu gravite, partagée entre ceux imaginant un avenir meilleur et ceux regrettant un passé qui leur fut clément.

« Café Müller » possédé par Pina Bausch

Des panneaux vitrés d’une porte-tambour tournent. Une femme, poussée dans la pénombre de la scène par le tourniquet, se faufile entre les chaises vides pour disparaître à nouveau côté cour. C’est le début de « Café Müller », une pièce de Pina Bausch et chef-d’œuvre fondateur de sa singulière danse-théâtre. Evoluant dans un espace encombré de chaises et de tables vides, six hommes et femmes se poursuivent et s’étreignent sans fin avec violence ou passion. Ils veulent s'apprivoiser, se conquérir, laisser parler leur désir, mais en vain : la solitude l'emporte. Les corps en mouvements sont hésitants, se font violence, se heurtent entre eux ou contre les murs, se cherchent, se collent et se repoussent.

« Mémoire de fille » : trois voix pour le dire

Depuis 35 ans, Annie Ernaux, lauréate du prix Nobel de littérature en 2022, se raconte, elle, son père, sa mère, ses amants, ses années. Dans « Mémoire de fille », publié aux Éditions Gallimard, Annie Ernaux explore en profondeur les dédales de la mémoire. L’écrivaine part à la recherche de l’été 58 et des deux années qui ont suivies. Elle a dix-huit ans. Le texte puissant fait alterner le "je" désignant la Annie Ernaux d'aujourd'hui à un impersonnel "elle" qui désigne la jeune femme qu'elle fut.

« Angels in America » ou les triangles amoureux d’Arnaud Desplechin, diffusé sur France 4

Cette pièce monstre est un flash-back sur les années 80 qui dresse un portrait à la fois baroque, fantasmagorique et profondément humain d’une époque, secouée par les années Reagan. Une présidence particulièrement réactionnaire marquée par l’incarnation du libéralisme économique et de la morale conservatrice. Mais aussi par l’arrivée dévastatrice du Sida où la pandémie se répand et décime les homosexuels.

Notre Sélection

« La Jalousie » : le vertige bourgeois selon Michel Fau (succès, prolongations !)

Il y a chez Michel Fau un goût rare, presque aristocratique, pour la cruauté polie. Avec "La Jalousie" de Sacha Guitry, qu’il met en scène et interprète à la Michodière, il ne ressuscite pas le boulevard — il le transfigure. Là où d’autres n’auraient vu qu’un vaudeville poudré, Fau découvre une tragédie miniature, sertie dans un écrin d’or et de satin, où chaque sourire cache un gouffre.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.