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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Beckett transcendé à l’Opéra de Paris

Győrgy Kurtág sert à merveille le drame existentiel non pas en l’accompagnant mais en l’enrichissant de sa traduction musicale qui imprime la psyché des personnages dont la musique et le chant soulignent la recherche profondément beckettienne du silence et de l’ailleurs. Kurtág s’ appuie aussi sur les résonances créées par le poème "Roundelay", autre œuvre beckettienne placée en prologue de l’opéra. Une musique qui amplifie ou prolonge le texte dans une veine orchestrale aussi puissante que neuve.

« Cendrillon » sous le regard envoûtant de Joël Pommerat

Le théâtre de Pommerat est donc un monde à part qui chemine entre l’ici et l’ailleurs. Un monde d’ambiguïté, de trouble, de profonde humanité où par-delà le visible et son implacable vérité, l’inconscient de nos “je” et les interdits collectifs sont également convoqués. Un monde sans fard lorsqu’il s’attaque au conte en revisitant de sa magie noire Pinocchio, Le Petit Chaperon rouge ou Cendrillon. Un monde désabusé, d’illusions perdues traduisant parfaitement les angoisses de notre époque lorsqu’il narre le capitalisme dans Les Marchands ou La grande et fabuleuse histoire du commerce . Chacune de ses oeuvres est d’une inventivité plastique et théâtrale rares où Pommerat s’affirme comme l’un des auteurs-metteurs en scène majeur de cette dernière décennie.

Le Revizor, revu et corrigé par Crystal Pite et Jonathon Young

vec Betroffenheit (2015), la chorégraphe Crystal Pite et le dramaturge Jonathon Young jetaient les bases d’un solide procédé faisant se rejoindre danse et théâtre. Transformant le texte dramatique en une véritable matière chorégraphique, les deux créateurs usent des mêmes codes pour Revisor, pièce où neuf danseurs se glissent dans la peau et les costumes des personnages du Revizor de Nicolas Gogol. La pièce met en scène les membres de l’administration d’un petit village russe, terrorisés par la venue prochaine d’un inspecteur envoyé par le gouvernement. Ils croient l’identifier en la personne d’un jeune voyageur nouvellement arrivé. L’homme se rend compte rapidement de l’influence qu’il a sur eux, et décide de tirer profit de la situation. Les habitants vont alors rivaliser de bassesse et d’escroqueries pour s’attirer ses faveurs où chacun sera prêt à conspirer contre les autres pour protéger ses arrières, dissimuler ses propres turpitudes.

« Contemporary Dance 2.0 », la danse volcanique et enivrante d’Hofesh Shechter

Soudainement et d’entrée de jeu, le clubbing déchainé de "Contemporary Dance 2.0" déferle sur le plateau et ne nous lâchera plus durant tout le spectacle. Le chorégraphe et compositeur Hofesh Shechter d'origine israélienne fait monter une transe tellurique et tribale empreinte d'urbanité et de couleurs métissées.  Contemporary Dance a été créée en 2019 pour le Ballet de l'Opéra de Göteborg. Une pièce ardente et en miroir avec notre époque qui ironise aussi sur le monde de la danse tel que représenté dans les vidéoclips et la pop culture. Chaos, chutes, recommencements, affrontements et regroupements font écho à la confusion du monde.

« Une cérémonie » ou quand le Raoul Collectif n’en fait qu’à sa fête ! Jubilatoire

Pour son troisième spectacle, le Raoul collectif repart à la conquête du plateau pour interroger la force expiatoire d’un groupe qui se bat contre les périls capitalistes et tout ce qui pourrait entraver ses pulsions de vie. Mais sur un ton jubilatoire - c’est là toute sa force et sa singularité - à la fois festif et baroque, débridé et inspiré, cultivé et foutraque, politique et rebelle. Un manifeste tout droit sorti de nulle part qu’ils transcendent d’un soleil noir, adressé aux héros d’aujourd’hui, aux anticonformistes et chevaliers errants, qui n’ont pas peur des chemins de traverses, de l’ivresse poétique, des idéaux, et de la sacralisation de la pensée.

Une famille intranquille selon Krzysztof Warlikowski, à l’Opéra Garnier

A Quiet Place est créé en 1983 par Leonard Bernstein. Il s’agit de la dernière composition scénique du compositeur américain, pensée comme la suite de l’opéra Trouble in Tahiti, où l’on retrouve le personnage de Sam trois décennies plus tard. Contrairement à son intitulé, A Quiet Place résonne du fracas d’une famille dysfonctionnelle et constitutif de la rupture entre Sam, le père, et ses enfants.

« Enfance » ou l’art introspectif de Nathalie Sarraute sur scène

Porté par deux comédiennes exceptionnelles : Anne Plumet (Nathacha/Nathalie) et son double, sa conscience, Marie-Madeleine Burguet, le spectacle navigue à merveille au gré des souvenirs-sensations. Chaque séquence explore les soubresauts de la conscience de la petite fille : passions et hésitations enfantines, joie, tristesse, angoisse provoquée par une phrase, un geste, un mot…, tous ces tropismes qui provoquent une réaction positive ou négative chez la petite Nathalie et constituent une empreinte indélébile

The Normal Heart ou le combat choc de Larry Kramer de retour sur scène : captivant

L’adaptation de la pièce "The Normal Heart" par Virginie de Clausade est une première en France. Son récit, haletant du début jusqu’à la fin, est un manifeste, une épopée, un cri de révolte. Larry Kramer y raconte son combat contre l’hypocrisie d’une nation quand les pouvoirs politiques niaient les ravages du SIDA. Une transposition théâtrale aussi réussie que passionnante.

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« L’Art d’avoir toujours raison » : quand la novlangue prend le pouvoir

Le spectacle commence comme une conférence. Il finit comme un constat imparable. Dans "L’Art d’avoir toujours raison", Sébastien Valignat et Logan de Carvalho ont la bonne idée de transformer le théâtre en salle de formation pour candidats en campagne.