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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

A l’Opéra Garnier, Gil Roman en haute fidélité à Béjart

A l'Opéra Garnier, Gil Roman en haute fidélité à Béjart Le Béjart Ballet Lausanne est l’invité en ce début d'année de l’Opéra Garnier avec au...

Top 10 Théâtre : le meilleur de l’année 2023

Comme pour chaque fin d’année et sa rétrospective, nous nous sommes livrés au classement traditionnel des 10 meilleures spectacles de  l’année 2023. Le classement retenu s’attache à des écritures théâtrales nouvelles, singulières, audacieuses, revisitées ou plus intimes, portées par une qualité de jeu toujours extrême pour un théâtre qui parle forcément de nous pour mieux parler des autres et donc du monde. Excellente année 2023 à tous.

Laetitia Casta et Roschdy Zem, un duo particulier au théâtre de l’Atelier 

La metteuse en scène, Lilo Baur, porte sur les planches Une journée particulière, d’après le film culte d’Ettore Scola et y fait entendre une résonance avec le monde actuel. Le terreau des extrêmes, la patriarcat, la condition de la femme, des homosexuels, leurs luttes intérieures, sont au cœur de cette rencontre improbable entre un journaliste homosexuel ostracisé et une épouse modèle, soumise, et fascisée.

« One Shot », la dernière danse d’Ousmane Sy

Au plateau un DJ mixant musiques électroniques sous influence africaine et huit interprètes féminines à l’inspiration démultipliée, affirmant chacune leur gestuelle singulière aux influences chorégraphiques multiples. Au son de la dance et de l’afrobeat, elles font puissamment corps, confrontant leurs styles, s’unissant puis s’émancipant en solos ou duos dans une fluidité parfaite, portées par un incessant flux collectif mêlant différentes esthétiques issues du hip-hop, de la danse africaine et de la house dance.

Le « Tartuffe » crépusculaire d’Ivo van Hove avec la troupe de Comédie-Française au Théâtre de l’Orient

La version de ce Tartuffe ici présentée en trois actes au lieu de cinq, mise en scène par Ivo van Hove, jouée pour la première fois par la troupe de la Comédie-Française, est celle de la pièce originelle écrite par Molière, avant son interdiction par Louis XIV qui la jugeait beaucoup trop satirique à l'égard des dévots et de la religion dont il se faisait le fervent défenseur, et telle que reconstituée par l’historien du théâtre et des formes littéraires Georges Forestier. Plus ramassée, plus vénéneuse, plus radicale et plus percutante, cette version fait donc l’économie de l’acte 2 et des scènes entre les amoureux Valère et Marianne, et de l’acte V qui constituait l’épilogue moralisateur en forme de coup de théâtre, rajouté par Molière pour obtenir du pouvoir royal l’autorisation de jouer la pièce.

Une « Andromaque » aux traumas rouge sang à l’Odéon

Dans les décombres sanglants de la Guerre de Troie, les survivants ne peuvent échapper à la répétition de l’horreur sous le regard acéré de Stéphane Braunschweig. ans ce monument en cinq actes et 1648 alexandrins, tous les personnages sont hantés par l’horreur qu’ils ont traversée. Car Troie est anéantie et les traumatismes engendrés par cette violence sont irréparables. Aucun des protagonistes ne sait s’en relever, ne peut oublier le sang répandu au nom de la conquête. Une pièce qui raconte l’abîme que peut engendrer la quête de pouvoir.

Notre Sélection

Au Festival de Ramatuelle : « Dans le couloir » : rester là, parler, pour ne pas tomber, pas encore

"Dans le couloir" est une pièce qui commence là où, d’habitude, le théâtre hésite à s’attarder : dans l’attente. Pas l’attente spectaculaire, non — l’autre. Celle qui dure trop longtemps. Celle qui grince. Celle où l’on parle pour éviter d’écouter ce qui s’y passe derrière les murs. Jean-Claude Grumberg ne raconte pas une histoire, il installe une situation, puis il la regarde s’user sous nos yeux. Et c’est précisément cette usure qui fait œuvre.