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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« Le Roi Lear » dans l’aujourd’hui au Français et en direct au cinéma

Le Roi Lear, la pièce monstre de Shakespeare est aussi la plus emblématique de son répertoire, où la tragédie se dispute aux rivalités familiales exacerbées et aux enjeux de pouvoir. D’une puissance inouïe, elle nous entraîne, d’une voix incarnée par chacun des mots, au plus profond de l’expérience humaine et de ses errements existentiels. Dans la version présentée et librement adaptée par Thomas Ostermeier, qui fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française, après sa Nuit des Rois en 2019 (reprise au cinéma Pathé Live du 11 au 23 mai 2023) déjà aussi décapante que transgressive, le directeur de la Schaubühne de Berlin voit en Lear par delà la déliquescence du pouvoir, un conflit générationnel sur la transmission de l’héritage et ce refus obsessionnel d’abandonner face à ses filles sa position et son influence. Dans la version présentée et librement adaptée par Thomas Ostermeier, qui fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française, après sa Nuit des Rois en 2019 (reprise au cinéma Pathé Live du 11 au 23 mai 2023) déjà aussi décapante que transgressive, le directeur de la Schaubühne de Berlin voit en Lear par delà la déliquescence du pouvoir, un conflit générationnel sur la transmission de l’héritage et ce refus obsessionnel d’abandonner face à ses filles sa position et son influence.

« Godot », sous le magie d’Alain Françon

"En attendant Godot" de Samuel Beckett est un texte fondateur mettant en scène la tragédie de l’existence et la déraison du monde dans laquelle l’humanité se perd. Absurdité donc de la condition humaine où attendre Godot c’est espérer que cela va changer alors que cet espoir est vain. Deux hommes sont seuls au milieu de nulle part à la tombée de la nuit et attendent quelqu’un, Godot. Cet homme providentiel — qui ne viendra jamais — leur a promis qu’il serait au rendez-vous. En l’attendant, les deux amis tentent de trouver des occupations, des « distractions », des diversions pour combler le vide et cette interminable attente. Ils sont à l’affût du moindre divertissement et leur dialogue est traversé de quiproquos, d’incompréhensions, d’insignifiance, de faux espoirs, sans cesse répétés et renouvelés.

« Un mois à la campagne » : l’âme russe en effervescence

Ivan Tourgueniev, fin connaisseur de l’âme russe en effervescence, nous plonge dans les affres de l’amour qui vient, le temps d’un été, semer le trouble puis le désordre, chez des bourgeois paisibles et tranquillement retirés à la campagne. Un jeune homme, engagé comme tuteur du fils de la maison, est convié à entrer dans le salon mais cette irruption soudaine dans un monde de conventions et d’insatisfaction, va faire chavirer les cœurs. Celui de Natalia, la maîtresse des lieux, et de Vera la jeune pupille. Il y a là un ordre social chahuté, plutôt remis en cause d’habitude par des soulèvements ou des mouvements de révolte, et que l’attraction amoureuse ici bouscule jusqu’à révolutionner la maisonnée, chambouler la vie quotidienne, faire vaciller l’équilibre social et familial. Car là où le désir circule, le trio est secoué.

Sylvain Creuzevault possédé par les Frères Karamazov

Sylvain Creuzevault taille dans les 1300 pages les éléments d’une lecture inspirée par Heiner Müller et Jean Genet, selon qui l’ultime roman de Dostoïevsky est avant tout "une farce, une bouffonnerie énorme et mesquine". Le parti pris farcesque devient ici un manifeste sous le regard percutant de Creuzevault qui s’empare avec l’exigence foutraque qu’on lui connait du roman russe, où il traque, sans relâche, le mouvement paradoxal d’une écriture qui ne cesse de se retourner (le rationel devient fou, le croyant quitte le monastère...) et abolit les frontières entre l’innocence et la culpabilité, la pureté et la perversité, la foi et l'impiété, la liberté et la servitude.

Top 10 Théâtre : le meilleur de l’année 2022

Top 10 Théâtre : le meilleur de l'année 2022 Comme pour chaque fin d’année et sa rétrospective, nous nous sommes livrés au classement traditionnel des...

Bach dans les pas dansés et inspirés de Anne Teresa De Keersmaeker

Anne Teresa De Keersmaeker est de retour à Paris avec sa pièce Les six concertos brandebourgeois chorégraphiée en 2018 et inspirée par la musique de Jean-Sébastien Bach. Un coût de maître. Les six concertos brandebourgeois est le cinquième opus qu’Anne Teresa de Keersmaeker consacre à l’oeuvre du Cantor de Leipzig. Bach y a expérimenté d’une manière inédite la relation entre le ripieno – c’est le terme consacré pour désigner l’orchestre en charge de l’accompagnement – et les solistes ; entre le groupe et l’individu, l’avant-plan et l’arrière-plan.

A Bastille, « La Force du destin » ou l’opéra verdien par excellence

La Force du destin est un des très rares opéras de Verdi dont le titre ne se réfère pas à l’un des personnages. Car le seul acteur de l’œuvre est le destin lui-même : un astre noir qui attire chacun des protagonistes sur des voies contraires, sans lutte possible, les broyant irrémédiablement.

Isabelle Huppert, fascinante dans « La Ménagerie de verre »

Tennessee Williams braque ici son projecteur sur des destins brisés. Il écrit non seulement sur la mémoire mais aussi sur la fragilité. Car les Wingfield sont pleins de doutes, de cicatrices, de secrets. Chacun des trois se retire dans son propre monde. Trois solitudes à jamais enfermées dans leurs obsessions et trois destins réunis dans leur inaptitude à la vie. Où Tom cherche à s’échapper. Il passe son temps à fuir, mais il fini toujours par revenir. Et se tient toujours un peu à la frontière entre deux mondes, l’intérieur et l’extérieur. Ce texte terriblement émouvant de l’auteur du Tramway nommé désir décrit une situation à la fois universelle (la dynamique d’une famille dysfonctionnelle) et ancrée dans l’histoire : l’Amérique de la grande dépression avec son contexte de crise qui reste d’actualité, lequel apparaît en filigrane alimentant le pessimisme des personnages et les conflits qui les opposent.

Notre Sélection

[BD] Là où danse le vent, d’Enora Boutle (Glénat)

Premier roman graphique d’Enora Boutle chez Glénat, un récit poétique et lumineux sur la transmission entre une adolescente et son grand-père, dans les Landes bretonnes.