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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Georges de La Tour : le feu sous la cendre au musée Jacquemart-André

Il y a des expositions qui parlent fort, et d’autres qui chuchotent. Celle-ci murmure. Le musée Jacquemart-André, toujours habile à tisser des dialogues entre splendeur et intimité, accueille Georges de La Tour, ce peintre de l’effacement flamboyant, ce mystique provincial que la lumière a rendu immortel.

Une « Aida » réinventée à l’Opéra Bastille : le mythe à l’épreuve du présent

Confier "Aida" à Shirin Neshat n’avait rien d’anodin : artiste iranienne, elle a toujours fait de la condition féminine et des fractures politiques le cœur de son œuvre. À Bastille, son regard transforme l’opéra de Verdi en une tragédie qui parle au présent, où les femmes apparaissent comme les véritables centres nerveux du drame et où le peuple opprimé prend enfin toute sa place.

Soulages s’éclaire au Musée du Luxembourg

Dès le seuil franchi, on comprend que « Soulages, une autre lumière » n’est pas une exposition à voir, mais à traverser — un territoire de bruns, de noirs, de blancs qui vibrent dans leur propre gravité. Le papier est partout, fragile, vulnérable. Et pourtant, il impose. 130 œuvres sur papier, dont 25 inédites qui sont toutes autant de voix dévoilées, d’ombres qui parlent.

« Le Repas des fauves », un cluedo sous haute tension de retour sur scène

Nous sommes en 1942 dans la France occupée. Un huis clos se noue dans un appartement cossu parisien. Sept amis se retrouvent pour fêter un anniversaire. Mais ces gens ordinaires, peu préoccupés de l'Occupation, vont se retrouver confrontés à une situation kafkaïenne.

« Le Passé » : l’âme russe possédée par Julien Gosselin

"Le Passé" de Julien Gosselin plonge dans l’univers intense et méconnu de Léonid Andréïev, à partir de cinq œuvre de l’écrivain russe (1871-1919). Avec Ekaterina Ivanovna (1905), pièce centrale d’Andréïev et fil narratif, on y suit une femme mariée, Katia, qui s’ennuie dans un mariage fade, se laisse emporter dans une liaison adultère, puis s’enfonce dans un tourbillon d’excès, d’alcool, de violence conjugale et d’auto-destruction.

« L’Evénement » d’Annie Ernaux et les mots pour le dire de Marianne Basler

Depuis 35 ans, Annie Ernaux, lauréate du prix Nobel de littérature en 2022, se raconte, elle, son père, sa mère, ses amants, ses années, et là, dans ce récit intime présenté sur scène, l’avortement clandestin qu’elle a subi en 1964, et qui faillit lui coûter la vie. Elle était alors une étudiante de 23 ans.

Avec Élodie Emery, méditer c’est pas gagné !

Imaginez une joute intime, où la journaliste n’emballe pas les faits dans des superlatifs forcenés, mais les sert avec la netteté d’un scalpel — tout en décochant des gags qui font mouche. Un humour grinçant, ironique, très calibré journalistiquement, qui nous fait rire avant de nous laisser bouche bée devant la gravité du propos.

Lady Macbeth de Msensk ou l’amour à mort selon Warlikowski, est à (re)voir sur Mezzo Opéra

Lady Macbeth de Mzensk est un brûlot, un coup de poing, un de ces opéras qui marque durablement l’imaginaire. Chef-d’œuvre d’un Chostakovitch d’à peine trente ans, le livret entraine l’art lyrique sur des voies sulfureuses.

Notre Sélection

« La Jalousie » : le vertige bourgeois selon Michel Fau (succès, prolongations !)

Il y a chez Michel Fau un goût rare, presque aristocratique, pour la cruauté polie. Avec "La Jalousie" de Sacha Guitry, qu’il met en scène et interprète à la Michodière, il ne ressuscite pas le boulevard — il le transfigure. Là où d’autres n’auraient vu qu’un vaudeville poudré, Fau découvre une tragédie miniature, sertie dans un écrin d’or et de satin, où chaque sourire cache un gouffre.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.