[BD] Caledonia – Tome 3 : Les Fomôrés, de Corbeyran & Emmanuel Despujol (Soleil)
Avec Caledonia – Tome 3 : Les Fomôrés, Corbeyran et Emmanuel Despujol referment la trilogie ouverte au printemps 2024 chez Soleil. Trois tomes auront suffi pour faire de cette série un petit objet à part dans le catalogue Fantastique de la maison : un péplum brumeux, où la puissance romaine se heurte aussi bien aux tribus calédoniennes qu’à des créatures bien plus anciennes que l’Empire. Caledonia avait posé son cadre dans La IXème légion, déployé son tableau politique avec Le Mur d’Hadrien ; ce troisième volet est celui des révélations et de la confrontation finale.
L’histoire reprend Lucius Karus là où on l’avait laissé : trahi par Rome, abhorré par les Caledonii, condamné à errer dans un territoire barbare devenu son seul refuge possible. Son dernier allié, Déodatus Faustus, s’est lancé dans la construction d’un mur que l’on présente officiellement comme une barrière contre les tribus hostiles à Rome. L’enjeu réel est tout autre : il s’agit d’empêcher la descente vers le sud des créatures qui ont décimé la IXe légion. Au cours d’une mission d’espionnage en Caledonii, Lucius retrouve Leta, son ancienne prisonnière. Entre eux, la haine cède peu à peu la place à autre chose, et leur affrontement commun avec les Fomôrés finit par leur ouvrir les yeux sur la véritable nature des entités qui hantent cette « île des mangeurs d’hommes ».
C’est précisément ce que Caledonia réussit avec élégance : faire glisser le récit du péplum classique vers le conte fantastique, sans jamais lâcher la nervosité de l’aventure. Les Fomôrés, créatures piochées dans le fond mythologique celte et irlandais, donnent à l’ensemble un parfum de légende et une dimension presque sacrée. Corbeyran, scénariste prolifique habitué à naviguer entre les genres, manie ici les codes du péplum tardif avec une vraie connaissance de cause, mais ne se prive jamais d’aller fouiller du côté des forces irrationnelles qui inquiètent les Romains depuis Tacite et la fameuse expédition perdue de la IXe légion.
Côté image, Emmanuel Despujol confirme tout ce que les deux premiers tomes laissaient entendre. Son trait classique, lisible, presque pédagogique dans la conduite de la narration, se révèle redoutablement efficace dès qu’il s’agit de mettre en scène les grands ensembles : légionnaires en formation, marche dans la lande, embuscades dans les forêts brumeuses. Le travail de Juliette Despujol à la couleur n’est pas pour rien dans la réussite visuelle : palette froide et minérale du nord, irruptions ocres et sanglantes des batailles, lueurs surnaturelles autour des Fomôrés – on retrouve cette ambiance feutrée, presque liquide, qui fait toute la singularité de la série.
Reste la sensation, à refermer l’album, d’une trilogie qui aura tenu son cap. Plutôt que d’étirer indéfiniment son récit, Caledonia choisit la concision : trois tomes, une boucle bouclée, un terrain mythologique exploré à hauteur d’homme. Les amateurs d’Histoire romaine retrouveront ici quelques-unes de leurs obsessions favorites (le mythe de la IXe légion disparue, l’idée de la frontière comme blessure dans l’Empire), tandis que les lecteurs venus pour le surnaturel auront eu de quoi se nourrir. Pour qui aime la veine fantastique soignée du catalogue Soleil – on pense à Templier ou aux grandes fresques de Jean-Luc Istin –, ce dernier volet est une conclusion à ne pas manquer.
À recommander, donc, aussi bien aux passionnés de péplum qu’aux amateurs de fantastique celtique, et plus largement à tous ceux qui aiment ces récits où l’on devine, derrière la rigidité des cohortes romaines, le frisson des vieux dieux. Une trilogie qui referme proprement sa porte, et qui donne envie de revenir aussitôt arpenter les deux premiers tomes pour mesurer le chemin parcouru.
A lire !!
Résumé éditeur :
Traître pour les Romains et ennemi à abattre pour les Caledonii, Lucius Karus est renvoyé en territoire barbare où son dernier allié, Déodatus Faustus, construit un mur destiné officiellement à isoler les tribus hostiles à Rome. Mais le véritable but de cette enceinte est d’empêcher les déplacements vers le sud des redoutables créatures qui ont décimé la IXe légion.Au cours de sa mission d’espionnage en Caledonii, Lucius retrouve Leta, son ancienne prisonnière. Leur relation évolue de la haine vers l’amour. Leur confrontation avec les Fomôrés leur ouvre les yeux sur la véritable nature des créatures surnaturelles qui hantent « l’île des mangeurs d’hommes ». Un secret bien gardé depuis plusieurs générations.
Date de parution : 7 mai 2026 Scénario : Corbeyran Dessin : Emmanuel Despujol Couleurs : Juliette Despujol Éditeur : Soleil Collection : Fantastique Format / Pages : 23,5 × 32,5 cm – 64 pages