[BD] Ruridragon – Tome 4, de Masaoki Shindo (Glénat Manga)
Le quatrième volet de Ruridragon débarque chez Glénat et il a de quoi rassurer les lecteurs qui s’étaient laissé porter par les trois premiers chapitres papier. Masaoki Shindo continue de tisser son drôle de récit, celui d’une adolescente coincée entre la routine du lycée et un héritage paternel franchement encombrant. Le mangaka, repéré pour la première fois sur la plateforme Shōnen Jump+ où la série paraît en ligne au Japon, signe ici une suite qui prolonge sans rupture le ton tranquille installé depuis le démarrage de la série.
Petit rappel pour qui aurait raté le départ. Ruri Aoki, lycéenne en apparence sans histoire, se réveille un beau matin avec deux cornes plantées sur le crâne. Sa mère lui glisse alors, presque négligemment, qu’elle tient sans doute ça de son père — lequel se trouve être un dragon. Cette révélation pas piquée des hannetons bouscule à peine le quotidien de l’héroïne, qui continue d’aller en cours, de croiser ses camarades et de gérer les imprévus liés à ses pouvoirs naissants. Tout l’attrait de la série tient dans ce décalage permanent entre le banal et le surnaturel.
Au seuil de ce quatrième tome, Ruri sort tout juste d’un festival sportif sauvé in extremis grâce à un coup de griffe dragoné : un typhon balayé d’un souffle, et la fête a pu suivre son cours. La rançon est lourde toutefois. Membre du comité d’organisation, l’adolescente s’est retrouvée exposée aux regards de l’établissement tout entier, ce qui ne fait rien pour apaiser son inconfort chronique. Et le pire arrive juste après : à peine remise de ses émotions, elle découvre qu’un nouveau bouleversement secoue son corps. Shindo brouille les pistes — ce changement annoncé restera flou jusqu’aux premières planches, manière de relancer la mécanique narrative sans casser la douceur ambiante.
Côté ambiance, la marque de fabrique de l’autrice tient toujours la route. Le trait est souple, les expressions de Ruri jouent entre la perplexité et la résignation amusée, et les scènes de classe gardent ce parfum de quotidien adolescent que beaucoup d’amateurs de slice of life à la japonaise reconnaîtront sans peine. Shindo s’amuse à glisser le fantastique sous les apparences les plus prosaïques : un cours d’histoire, un déjeuner à la cantine, un trajet en bus, et soudain la jeune fille doit composer avec une écaille qui pousse ou une fumée qui s’échappe d’une narine. Aucune emphase, aucune fanfare : juste cette manière très posée de naturaliser l’extraordinaire.
L’autrice s’autorise cette fois quelques détours plus intimes. Ce quatrième tome n’a rien d’une rupture, mais il creuse davantage la psychologie de son héroïne, en particulier dans son rapport au regard des autres. Voir Ruri devoir affronter sa propre popularité naissante, elle qui aspirait au calme, donne lieu à des séquences savoureuses, où l’humour pince-sans-rire de Ruridragon trouve à se déployer. La série confirme sa place à part dans le catalogue Shōnen de Glénat : ni grand récit d’action, ni romance pure, mais une chronique douce et un peu décalée qu’on referme avec l’envie immédiate de retrouver son personnage principal au tome suivant.
A lire !!
📖 Résumé de l’éditeur
Grâce au pouvoir du dragon de Ruri, le typhon a été balayé et le festival sportif a pu se dérouler sans problème. Mais le répit était de courte durée : Ruri, membre du comité d’organisation, s’est retrouvée sous les projecteurs de toute l’école, ce qui la met encore plus mal à l’aise. Et sans même avoir le temps de souffler, elle a découvert un nouveau bouleversement dans son corps !