[Jeunesse] Le mystérieux cabinet du Docteur Von Hoffen, d’Olivier Dupin & Agnès Ernoult (Gautier-Languereau)

Vous tournerez la dernière page deux fois. C’est rare. C’est même presque inédit pour un album destiné aux trois ans. Le mystérieux cabinet du Docteur Von Hoffen, paru le 17 juin 2026 chez Gautier-Languereau, prend ainsi ses lecteurs à contre-pied dès la couverture. Un lapin en blouse blanche, un cabinet médical perdu au creux d’une forêt, des patients qu’on devine en file d’attente : tout est mignon, et pourtant tout grince un peu. Olivier Dupin (au texte) et Agnès Ernoult (aux pinceaux) s’amusent en effet du décalage entre l’imagerie rassurante de l’album jeunesse et un fond qui flirte ouvertement avec l’inquiétude.
Le point de départ ? Le docteur Hubert Von Hoffen reçoit, ausculte, soigne. Tous les patients ressortent contents. Tous, sauf certains, qu’on n’a jamais revus. La phrase tombe comme un caillou dans une mare. À partir de là, l’album ouvre un cabinet et invite ses petits lecteurs à jeter un œil derrière la porte.
Un cabinet, deux fins, et beaucoup d’indices
Ce qui distingue ce titre des autres albums « frisson » en bibliothèque, c’est avant tout sa structure : deux fins possibles. Le procédé est rare en jeunesse, et plus encore dans cette tranche d’âge. On pense par exemple aux livres-jeu, aux « dont vous êtes le héros », transposés ici dans un format album premier âge — 243 × 299 mm en grand paysage, généreux, qu’on lit assis par terre. L’enfant choisit. Ou plutôt, l’adulte qui lit choisit avec lui, et chaque fin réoriente la lecture rétrospective de l’histoire. Autrement dit, on n’avait pas vu les mêmes indices selon l’issue.
Côté texte, Dupin écrit en équilibriste. Il ne surjoue pas la peur, néanmoins il ne la désamorce pas non plus. La menace reste suggérée, jamais explicite, ce qui laisse à l’enfant la main sur le curseur. Quand l’humour arrive, il déboule sans prévenir — par exemple un détail décalé, une réplique de patient, un objet du cabinet qui détonne. La cohabitation rappelle ce que pratiquait Roald Dahl dans ses romans : un mélange où l’enfant rit parce qu’il a un peu peur, et inversement.

Un trait spontané qui fait tout le ton
Agnès Ernoult tient ensuite son rôle dans le ton. Son trait spontané, presque jeté, et ses couleurs franches mais légèrement délavées, donnent au cabinet du docteur cet aspect chaleureux-bizarre qu’on retrouve dans les meilleurs albums décalés. Les patients défilent, et chacun apporte sa note d’absurde. Par ailleurs, les double-pages prennent leur temps. Il y a partout des micro-détails, des affiches au mur, des instruments médicaux loufoques, des regards qui en disent plus long que les bulles.
Le sujet de fond mérite par ailleurs qu’on s’y arrête. En effet, sous le déguisement du polar animalier, l’album parle de la consultation médicale — ce moment redouté des plus jeunes — et de ce qu’on accepte ou non de voir. Les enfants à qui on doit faire passer le cap du pédiatre s’y retrouveront. Les autres y trouveront, en revanche, un grand huit narratif, court, intense, qui se relit volontiers.
Quelques détails pratiques pour finir : 40 pages, 14,95 €, format paysage généreux. Dès trois ans en officiel, cependant la finesse du dispositif rend la lecture intéressante bien au-delà — ainsi, un parent y trouvera plus que de quoi s’occuper, et un lecteur de six ou sept ans débattra de quelle fin est « la bonne ». Comme souvent chez Gautier-Languereau, l’objet livre est par ailleurs soigné : couverture cartonnée, papier épais qui supporte les manipulations à répétition.
Au final, petit album, gros effet de manche. On en sort avec la conviction d’avoir lu deux histoires pour le prix d’une, et avec une question : à laquelle des deux fins l’enfant reviendra-t-il, la prochaine fois ?

📖 Résumé de l’éditeur

Le Dr Hubert Von Hoffen tient un cabinet au milieu de la forêt. Tous les animaux sauvages sortent satisfaits de leur consultation. Tous… sauf certains que l’on n’a plus jamais revus. Mais que fait le Dr Von Hoffen de ces malheureux patients ?
Pour comprendre ce qu’il se passe dans ce cabinet, il serait bon d’y entrer.
📚 Fiche éditeur
| Texte | Olivier Dupin |
| Illustrations | Agnès Ernoult |
| Éditeur | Gautier-Languereau (Hachette Livre) |
| Date de sortie | 17 juin 2026 |
| Prix | 14,95 € TTC |
| Pagination | 40 pages |
| Format | 243 × 299 mm (album grand paysage) |
| Public | Dès 3 ans |
| EAN | 9782017348191 |
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