Le regard neuf de Clément Hervieu-Léger en direct au cinéma, le 9 février

Le misanthrope : le regard neuf de Clément Hervieu-Léger

Le regard neuf de Clément Hervieu-Léger en direct au cinéma, le 9 février

“Le Misanthrope” mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Comédie-Française sera diffusé en direct au cinéma, le 9 février 2017. Il fait entendre la résonance noire de la pièce qu’il relie à la déception de Molière, victime de la trahison de son grand ami Racine, qui lui préféra l’Hôtel de Bourgogne pour sa tragédie Alexandre le Grand. Et imprime la personnalité d’Alceste dominée par la mélancolie, la dépression le dotant d’un tempérament sombre et pessimiste, peu enclin aux compromis.

Date : le 09 février 2017 l Réservation Pathé Live – Le Misanthrope
Metteur en scène : Clément Hervieu-Léger

Notre avis sur cette pièce :

Cette nouvelle version transposée de nos jours pose un regard neuf sur cette œuvre du répertoire porté par un mouvement des corps à l’unisson.

Alceste souffre de l’hypocrisie du monde et de l’époque dans lesquels il vit. Il est pourtant fou amoureux de Célimène, une mondaine habitée par cet art de plaire qui voit défiler dans son salon des courtisans avides et calculateurs dont il n’a que mépris.

 […] la parole est au centre du dispositif […]

La conversation et l’appartenance sociale avec ces signes de reconnaissance sont les éléments fondateurs de ce microcosme. Entre soi, on se croise, on échange et on tente de répondre à la question qui est sur toutes les lèvres : Célimène est-elle sincère dans son amour ?. Avec ses enjeux, son interaction entre les protagonistes, sa fluctuation à travers la posture morale d’Alceste qui se confronte à l’appel contradictoire de son désir et sa circulation, la parole est au centre du dispositif.

Un mouvement chorégraphique

Elle prend pour cadre le salon d’un bel hôtel particulier (scénographie d’Eric Ruf) desservi par trois escaliers intérieurs qui reprend vie après une période de deuil de la jeune maîtresse des lieux (Célimène) où les joutes verbales, les faux-semblants, les confidences interagissent avec force et fluidité.

Le Misantrope : le regard de Clément Hervieu-Léger

Les discussions mettent à l’épreuve la sincérité d’Alceste qui erre, telle une âme en peine écrasée et torturée par le poids de ses contradictions, désarmé face aux déceptions de la vie, faisant preuve de réactions contradictoires et inconsidérées, empruntes d’emportements suivis de périodes d’atonie et de faiblesse.

Mais capable aussi d’exaltation dans les sentiments amoureux qu’il éprouve pour Célimène, refusant dans sa critique du monde une société du paraître, de la dissimulation et dans laquelle la médisance s’avère un art à part entière. Avant que la solitude n’emporte le cœurs de chacun des amants vers leur exil respectif dans une scène finale saisissante.

La troupe du Français se montre parfaite. Dans le rôle titre Loïc Corbery incarne avec un désespoir ardent et jusqu’au-boutiste cet “atrabilaire amoureux” tandis que Célimène (Adeline d’Hermy) est à la fois pétillante et fragile dans sa quête héroïque de liberté. Quant à Eric Génovèse qui interprète Philinte, l’ami pacificateur, il offre un jeu d’une belle amplitude.

A l’abri d’un mouvement chorégraphique, la mise en scène de Clément Hervieu-Léger se réapproprie le texte pour l’inscrire dans un espace-temps intemporel où le discours sur la raison et la passion n’en a pas fini de consumer les âmes.

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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