« Cavalières » : Quatre femmes, un horizon
Chez Isabelle Lafon, le théâtre ressemble souvent à ces sentiers que l’on emprunte sans savoir exactement où ils mènent. On croit s’égarer, puis soudain le paysage s’ouvre.
« Cavalières » procède de ce mouvement délicat. Rien n’y est spectaculaire, rien n’y cherche l’adhésion immédiate.
Pourtant, au fil des confidences, des silences et des récits entremêlés, le spectacle déploie une puissance émotionnelle, celle qui naît de l’attention portée aux êtres plutôt qu’aux événements.
Des chemins de traverse
À partir d’une situation presque romanesque : quatre femmes réunies autour de la prise en charge d’une jeune fille en situation de handicap, Isabelle Lafon construit moins une intrigue qu’une constellation humaine
Chacune arrive avec son histoire, ses failles, ses rêves cabossés, son rapport particulier aux chevaux, ces présences invisibles qui traversent le spectacle comme une promesse de mouvement et d’émancipation.
Ce qui saisit d’emblée, c’est cette manière unique qu’a l’autrice-metteuse en scène de faire entendre la parole. Une parole qui ne démontre jamais, qui cherche davantage qu’elle n’affirme.
Les phrases semblent se fabriquer sous nos yeux, dans leurs hésitations mêmes. Isabelle Lafon possède cette intuition de faire confiance à l’intelligence sensible du spectateur.
Elle ne livre pas des personnages clés en main, elle nous invite à les rencontrer.
La beauté de « Cavalières » réside précisément dans cet équilibre fragile entre le particulier et l’universel.
Derrière ces femmes aux parcours singuliers se dessine peu à peu une réflexion sur la transmission, sur le soin, sur la nécessité de réinventer des formes de solidarité hors des cadres convenus.
Le spectacle parle de dépendance sans misérabilisme, de fragilité sans pathos, de liberté sans slogan.
Dans un espace scénique volontairement dépouillé, les corps deviennent le véritable décor. Les déplacements dessinent des rapprochements, des résistances, des élans.
Isabelle Lafon compose des images simples mais d’une grande justesse, laissant toujours respirer le plateau. Rien n’est appuyé. Tout semble naître avec la même évidence que la vie elle-même.
L’interprétation participe largement à cette réussite. Les comédiennes forment un collectif d’une remarquable cohésion où chacune existe pleinement sans jamais chercher à prendre le dessus.
Cette qualité d’écoute, presque musicale, irrigue l’ensemble du spectacle. On assiste moins à une représentation qu’à la naissance d’un lien.
Et c’est là que réside la singularité profonde de « Cavalières ». Dans sa capacité à faire du collectif un geste poétique. Isabelle Lafon observe ce qui permet encore de tenir ensemble. Elle regarde les êtres se soutenir, se réparer parfois, s’apprivoiser souvent.
Son théâtre ne nie ni la violence ni les blessures, mais il choisit obstinément de chercher les espaces où quelque chose peut encore se construire.
Une traversée qui laisse une empreinte durable. Comme le souvenir d’une rencontre. Comme ces chevaux dont il est tant question et que l’on ne voit jamais, mais dont la présence accompagne longtemps notre retour à la réalité.
Dates : du 16 au 27 juin 2026 – Lieu : Théâtre de la Villette (Paris)
Mise en scène : Isabelle Lafon








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