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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Catherine Hiegel, actrice absolue, dans Music-hall de Jean-Luc Lagarce

La vie d’artiste n’est pas toujours un long fleuve tranquille. La preuve avec la pièce de Jean-Luc Lagarce "Music"hall" et cette actrice sur le retour (épatante Catherine Hiegel) qui se raconte, tout de noir vêtue et paupière pailletée, devant un rideau rouge, possible linceul étoilé et trace ultime d’une splendeur passée. Entourée de deux partenaires tout droit sortis d’une autre planète, elle se produit encore mais dans des lieux perdus et des conditions toujours plus hasardeuses. Au premier plan son tabouret indispensable qui la suit partout et sur lequel elle prend la pose, râle et décortique dans une syntaxe approximative et une gourmandise malicieuse, à l’abri d’un texte qui se joue à l’envi de la langue sur un ton sarcastique, les instants sordides de ce que fut son quotidien en tournée, et sa manière de surmonter désenchantements, humiliations et désespoirs.

José Montalvo : la danse est une fête, olé !

José Montalvo est de ceux qui pensent que bal et ballet ont une même origine sémantique et que la frontière entre le populaire et le savant est parfaitement poreuse. Il n’est pas le premier à casser ce cloisonnement : Mozart et Chaplin l’ont fait avant lui. Tous les grands créateurs s’inspirent des mouvements populaires et Montalvo n’échappe pas à cette assertion. Le danseur chorégraphe a inventé son propre langage, ludique et joyeux, tissant des liens entre la danse, des univers différents, et des images vidéo fantasques dont le mixage sont des plaidoyers pour une esthétique et une éthique métisses.

« L’Autre Fille » d’Annie Ernaux, seul en scène intense et percutant

Elle était plus gentille que celle-là." Celle-là c'est elle, Annie Ernaux, lauréate du Prix Nobel de littérature 2022. Des mots surpris de la bouche de sa mère l'été de ses 10 ans. Des mots comme des gifles quand on se croit unique et adorée. Par ces paroles, Annie Ernaux est ainsi qualifiée de moins sainte, moins gentille, inexistante à jamais puisque remplaçante. On ne lutte pas contre une morte, encore moins contre une sainte. Sans doute est-ce pour cette raison que l'écrivaine n'a jamais osé parler de sa sœur à ses parents : "J'espérais peut-être qu'à la faveur de ce silence ils finiraient par t'oublier." Comme dans ”Les Années”, elle utilise de vieilles photographies, cailloux blancs sur le chemin de son passé, pour reconstruire le mécano de son enfance et comprendre comment cette sœur, dont les parents n'ont jamais parlé, n'a eu de cesse d'occuper à côté d'elle une place toujours vide. Elle nous raconte comment ce double invisible l'a, en fait, comme dépossédée de son identité, en s'inscrivant en reflet permanent et inaccessible de sa propre vie.

« Love », le théâtre social en toute intimité d’Alexander Zeldin

"Love", le théâtre social en toute intimité d'Alexander Zeldin Avec Love, Alexander Zeldin nous plonge au cœur d’une réalité sociale dont le réalisme le dispute...

Lorraine de Sagazan s’empare de « Platonov » dans une version actualisée et fait vibrer le désenchantement d’une génération

Anton Tchekhov a 18 ans quand il écrit Platonov. Pourtant, cette pièce de jeunesse est une œuvre majeure : elle contient, en puissance, tout le théâtre du dramaturge russe du XIXème siècle profondément ancré dans une crise existentialiste face à un monde finissant. Si le paradis de Tchekhov est déjà perdu, la quête d’un destin plus grand que soi en l’absence de père et donc de repères, est au cœur de cette adaptation libre et réussie de Platonov par Lorraine de Sagazan.

Jean-Pierre Darroussin et Laura Smet : la possibilité d’une île

Pour son baptême de feu au théâtre, Laura Smet incarne Georgie Burns, une américaine quarantenaire un peu paumée, délurée, au passé cabossé, et serveuse dans un restaurant. Sur le parvis d'une gare, elle apostrophe Alex Priest, un anglais de 70 ans, un peu misanthrope, boucher de profession, et aussi discret que désabusé. A la faveur de cet échange impromptu (ou pas…), un lien va se tisser et une histoire s’esquisser entre les deux. Dirigée par Louis-Do de Lencquesaing (La Sainte Famille, Au galop…), Laura Smet donne la réplique à Jean-Pierre Darroussin. Un face à face juste et convaincant.

« Le Sacre du Printemps » en majesté à la Villette

La reprise du "Sacre du Printemps", morceau d’anthologie de Pina Bausch (1975) est toujours un évènement. Sous la direction artistique de Josephine Ann Endicott, Jorge Puerta Armenta et Clémentine Deluy, danseurs de longue date du Tanztheater Wuppertal, 30 danseurs de 14 pays africains s’approprient magistralement "Le Sacre" légendaire sur la partition de Stravinsky, chef-d’œuvre pionnier de l’histoire musicale.

Roméo et Juliette sous le regard augmenté de Benjamin Millepied

Dans cette nouvelle version, le duo est chaque soir interprété par une distribution différente : un homme et une femme, deux hommes, deux femmes. Vendredi soir les rôles étaient assurés par Daphne Fernberger (Roméo) et Nayomi Van Brunt (Juliette) dont la prestation s’est révélée remarquable de maîtrise et de facilité. Des variations de combinaisons qui s’affirment comme autant de représentation de la passion et de sa brûlure. Et l’ancien directeur du Ballet de l’Opéra de Paris réussi son pari avec cette relecture du drame de Shakespeare qui se focalise sur une guerre de clans ancrés dans l’aujourd’hui.

Notre Sélection

[Jeunesse] Le mystérieux cabinet du Docteur Von Hoffen, d’Olivier Dupin & Agnès Ernoult (Gautier-Languereau)

Un docteur-lapin reçoit ses patients dans un cabinet perdu en forêt. Tous ressortent contents. Tous... sauf certains. Olivier Dupin et Agnès Ernoult signent chez Gautier-Languereau un album où peur et humour cohabitent, avec deux fins possibles : un dispositif rare en jeunesse dès 3 ans.