Compartiment fumeuses, quand la joie fait irruption derrière les barreaux

Compartiment fumeuses
Compartiment fumeuses, Studio Heberto, pièce de Joëlle Fossier, mise en scène de Anne Bouvier

Compartiment fumeuses, quand la joie fait irruption derrière les barreaux

Le Studio Hebertot propose tous les dimanches à 19h30 un moment libérateur derrière des barreaux imaginaires. 2 femmes que tout oppose vident leur sac au milieu d’une scène transformée en cellule. Une surveillante par trop consciencieuse applique le règlement carcéral avec une pointe de jalousie enfouie au fond d’elle même. Bérengère Dautun et Sylvia Roux interprètent un duo improbable que la vie n’aurait jamais du se faire rencontrer. L’ambiance varie entre pesanteur et légèreté pour un moment de grâce théâtral. Face à elles, Florence Muller incarne l’inflexibilité d’un système qui n’accepte pas que l’on se joue de lui.

Une scène changée en geôle

Si Compartiment fumeuses met l’accent sur des dialogues incessants entre les différents  personnages, la métamorphose de la scène en espace carcéral clos fait froid dans le dos. 2 lits, 2 tables et 2 chaises composent l’environnement claustrophobique des deux détenues. Et le bruit des clés dans les serrures compose le seul accompagnement sonore d’une vie inlassablement répétée entre ennui et éternel recommencement. Petit déjeuner, activités rémunérées, couché, tout est fait pour réduire le plus possible les perspectives et les plaisirs quotidiens. La bourgeoise délicate Blandine de Neuville (Bérengère Dautun) tombe comme un cheveu sur la soupe quand elle atterrit dans la cellule de Suzanne, prolo rebelle qui houspille sans cesse la surveillante. Pourtant elles vont se soutenir pour ne pas s’effondrer, jusqu’à ces confessions troublantes qui vont donner une toute autre dimension à leur cohabitation. D’un enjeu purement carcéral, la pièce s’élève au niveau des souffrances de l’humanité et de la dureté de la condition humaine.

Des actrices charismatiques

Sociétaire de la Comédie-Française de 1972 à 1997, Bérengère Dautun ajoute une nouvelle pierre à l’édifice de sa majestueuse carrière théâtrale. Face à elle, Sylvia Roux également à l’affiche de Stavenger au même Studio Hebertot (critique à paraitre prochainement) insuffle une sensibilité à fleur de peau pour un personnage qui se dévoile peu à peu plus fragile qu’il n’y parait. Florence Muller enchaine les réflexions caustiques, drapées dans l’uniforme de la légitimité, jusqu’à vouloir réduire à néant la tentative de libération en train de se fomenter dans la fameuse cellule. Si la liberté est avant tout dans la tête, la pièce de théâtre l’illustre parfaitement avec un texte de Joelle Fossier fait de délicatesse et de brutalité alternées, ce que la mise en scène d’Anne Bouvier souligne parfaitement. Pour s’échapper de l’implacable châtiment social qu’est la prison, il est toujours plus facile d’être deux, ce que les héroïnes de la pièce tentent de faire envers et contre tout.

Compartiment fumeuses est loin de se passer dans un train avec différentes passagères. C’est une pièce puissante portée par une mise en scène évocatrice et des comédiennes éblouissantes. Un plaisir que le public n’a pas boudé si on en juge par le volume sonore des applaudissements finaux.

Dates :  Tous les dimanches à 19h30 jusqu’au 9 avril 2017
Lieu : Studio Hebertot (Paris)
Metteur en scène : Anne Bouvier
Avec : Bérengère Dautun, Sylvia Roux, Florence Muller

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des actrices
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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