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[Comics] Battlebeast – Le Fauve de combat T01, de Robert Kirkman & Ryan Ottley (Delcourt)

[Comics] Battlebeast – Le Fauve de combat T01, de Robert Kirkman & Ryan Ottley (Delcourt)

Avec Battlebeast – Le Fauve de combat T01, Robert Kirkman et Ryan Ottley reviennent dans l’univers d’Invincible en braquant cette fois le projecteur sur l’un de ses personnages les plus marquants. Ce spin-off, qui se situe entre les tomes 3 et 5 de l’intégrale VF, choisit de suivre Battle Beast non plus comme simple force de destruction surgissant au détour d’un affrontement, mais comme véritable centre de gravité d’un récit autonome, plus brutal encore que la série-mère.

Ce qui frappe d’emblée, c’est le changement d’échelle. Là où Invincible mêlait super-héros, drame familial et déflagrations cosmiques, Battlebeast semble s’abandonner beaucoup plus franchement à une logique de survie, de combat et de démesure. On relève immédiatement le caractère extrêmement violent, spectaculaire et décomplexé de ce récit, qui pousse encore plus loin la part sauvage et excessive déjà contenue dans le personnage. On y retrouve ce goût du choc propre à Kirkman et Ottley, mais recentré sur une figure dont toute l’identité repose sur l’affrontement permanent.

L’intérêt du projet tient aussi à ce qu’il ne se contente pas d’exploiter un personnage populaire pour prolonger artificiellement la franchise. Le spin-off élargit réellement l’univers d’Invincible, en l’ouvrant à des décors plus vastes, plus étranges, parfois presque teintés de fantasy cosmique. Marchés galactiques, arènes, flottes spatiales, créatures et affrontements titanesques : le livre renouvelle l’imaginaire de la série sans le trahir.

Graphiquement, Ryan Ottley retrouve un terrain idéal pour déployer son énergie. Son dessin nerveux, sa lisibilité dans l’excès et sa manière de rendre les corps monstrueux ou pulvérisés à l’écran sont depuis longtemps au cœur de l’identité visuelle d’Invincible. Ici, tout indique que cette approche trouve un exutoire presque total dans Battle Beast, personnage fait pour l’impact, la violence et la présence physique pure. La couleur d’Annalisa Leoni participe aussi à donner à cette odyssée guerrière une intensité plus flamboyante et plus massive.

Avec Battlebeast – Le Fauve de combat T01, Delcourt propose donc bien plus qu’un produit dérivé pour lecteurs nostalgiques d’Invincible. Le livre apparaît comme une extension cohérente et furieuse de cet univers, recentrée sur l’un de ses êtres les plus sauvages. Un comics pensé pour les amateurs d’action cosmique sans frein, de combats extrêmes et de personnages qui ne vivent que dans la quête d’un adversaire à leur mesure.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Ce nouveau spin-off d’Invincible met en scène l’un des personnages les plus aimés par les fans de la saga : Battlebeast alias Le Fauve de Combat ! Cette trilogie se déroule entre les tomes 3 et 5 de l’intégrale en VF.Robert Kirkman himself, au scénario, et Ryan Ottley au dessin – les auteurs de la série mère – sont de retour ! Ils ne retenaient pas leurs coups sur Invincible, et maltraitaient régulièrement les personnages. Battlebeast est un récit haletant qui va encore plus loin en termes de violence graphique explicite.
Date de parution : 2 avril 2026
Scénario : Robert Kirkman
Dessin : Ryan Ottley
Couleurs : Annalisa Leoni
Traduction : Edmond Tourriol
Éditeur : Delcourt
Collection : Contrebande
Format / Pages : 190 x 283 mm – 184 pages
Prix indicatif : 18,50 €
EAN : 9782413093565

[BD] Ann Bonny, la Louve des Caraïbes – Tome 2, de Franck Bonnet (Glénat)

[BD] Ann Bonny, la Louve des Caraïbes – Tome 2, de Franck Bonnet (Glénat)

Avec Ann Bonny, la Louve des Caraïbes – Tome 2, Franck Bonnet referme son diptyque consacré à l’une des figures les plus fascinantes de l’histoire de la piraterie. Loin de l’imagerie folklorique ou purement romanesque, l’auteur poursuit ici son approche à la fois spectaculaire et documentée d’Ann Bonny, en donnant à cette femme hors norme une ampleur tragique, politique et profondément romanesque.

Après leur fuite de Nassau, Ann Bonny et John Rackham écument les Caraïbes à bord du William, multipliant les prises et les exploits. Mais cette cavale flamboyante ne peut durer. Entre la traque menée par les hommes de Woodes Rogers, la tête d’Ann mise à prix et l’irruption d’une autre femme pirate, Mary alias Mark Read, le récit prend une tournure plus tendue encore. Les rivalités, les jalousies, les alliances mouvantes et les nécessités de survie transforment peu à peu cette aventure maritime en véritable descente vers l’inéluctable.

Ce qui fait la force de l’album, c’est sa manière de restituer un monde pirate loin des clichés les plus simplistes. Franck Bonnet s’intéresse autant à la dureté concrète de cette existence qu’à la légende qu’elle a engendrée. Ann Bonny n’y apparaît pas comme une simple héroïne rebelle plaquée sur un décor d’aventure, mais comme une figure complexe, prise dans un univers de violence, de désir, de domination et de liberté toujours menacée.

Graphiquement, l’auteur continue de déployer ce qui fait depuis longtemps sa singularité : une grande maîtrise des scènes maritimes, une vraie connaissance de l’architecture navale et un goût certain pour les fresques historiques. Cette précision donne du corps au récit et renforce sa crédibilité, tout en conservant un souffle narratif très fort. L’album conjugue efficacité romanesque et exigence de reconstitution, ce qui plaira aux amateurs de BD historique et maritime.

Avec Ann Bonny, la Louve des Caraïbes, Franck Bonnet signe donc un diptyque solide et ambitieux autour d’une femme pirate devenue légende. Ce second volume apporte la tension dramatique, l’ampleur historique et la conclusion attendue d’un récit qui choisit de regarder la piraterie au plus près de sa vérité, sans renoncer au souffle de l’aventure.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

L’histoire vraie de la plus grande femme pirate de l’Histoire !Après leur fuite de Nassau, rien ne peut arrêter les amants terribles : Ann Bonny et John Rackham écument les Caraïbes à bord du William. Leurs prises sont spectaculaires. Après une halte à Cuba où Ann donne naissance à un enfant de la piraterie qui ne connaîtra jamais sa mère, elle rejoint Rackham. Mais cette fois les corsaires de Woodes Rogers sont à leurs trousses et le mari d’Ann a mis sa tête à prix pour quiconque la ramènerait vivante à Nassau. Menacée de toutes parts, Ann s’attend à tout sauf à croiser le chemin d’une autre femme pirate comme elle. Elle s’appelle Mary alias Mark Read, elle aussi grimée en homme. Défiée de tous côtés, les deux femmes nouent notamment une relation sensuelle sous l’œil de Rackham. Il concède à Ann cette aventure mais à une condition : aucun homme sur le navire ne devra savoir ce qui se trame. Mais les secrets ne durent jamais longtemps en mer… Entre jalousies et rivalités le trio continue de s’adonner aux pillages bien que l’étau ne cesse de se resserrer. Le gouverneur Woodes Rogers qui s’est donné pour mission d’éradiquer la piraterie sous toutes ses formes ne compte pas s’arrêter là… Jusqu’à quand Ann poursuivra-t-elle sa course folle sous le feu de ses canons ? Combien de temps lui reste-t-il avant que son monde ne s’effondre ?
Date de parution : 1 avril 2026
Auteur : Franck Bonnet
Éditeur : Glénat
Collection : 24X32
Série : diptyque
Format / Pages : 24 x 32 cm – 80 pages
Prix indicatif : 17,00 €
EAN : 9782344064030

[Manga] Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, d’Erika Kogiku (Delcourt/Tonkam)

[Manga] Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, d’Erika Kogiku (Delcourt/Tonkam)

Avec Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, Erika Kogiku signe un one-shot d’une grande délicatesse, centré sur un sujet encore rare en manga : l’amour au très long cours, lorsque les années partagées deviennent si nombreuses qu’il devient presque impossible d’imaginer la vie sans l’autre. Le livre prend pour point de départ cette peur simple et vertigineuse : comment continuer, lorsque l’être aimé finira fatalement par manquer ?

Seiichi et Mitsuko se sont aimés pendant plus d’un demi-siècle. À travers eux, le manga ne raconte pas seulement une histoire de couple, mais une manière d’habiter le temps ensemble. Le récit semble avancer par touches, entre souvenirs, réflexions et petits bonheurs du quotidien, avec une attention particulière portée aux gestes ordinaires, à ce qui relie encore plus profondément que les grandes déclarations. C’est précisément cette modestie qui fait sa force.

Un manga émouvant, tout en retenue. Le livre ne cherche pas le mélodrame appuyé. Il préfère explorer la douceur, la nostalgie, les habitudes partagées et la conscience du temps qui passe. Cette approche donne au récit une tonalité particulièrement juste, presque feutrée. Parler d’un couple âgé, de la fin de vie, du deuil anticipé et de la mémoire amoureuse, sans renoncer à la tendresse ni à la lisibilité romanesque, est une proposition singulière. Erika Kogiku semble ainsi faire le choix d’un manga de l’émotion calme, centré moins sur les rebondissements que sur la vérité humaine des sentiments.

Avec Si nous pouvions rester ensemble pour toujours, Delcourt/Tonkam publie donc un one-shot discret mais potentiellement marquant, qui aborde avec sensibilité la question de l’amour durable et de la séparation inévitable. Un manga qui paraît moins chercher à faire pleurer qu’à faire ressentir, avec finesse, ce que signifie vraiment avoir vécu toute une vie à deux.

Résumé éditeur :

Comment envisager de vivre sans l’autre, lorsque l’amour a traversé tant d’années qu’on ne les compte plus ? Seiichi et Mitsuko ont passé plus de 50 ans à s’aimer. Après tant d’années vécues l’un auprès de l’autre, une question importante demeure : la vie sera-t-elle supportable lorsque le jour où ils seront fatalement séparés arrivera ?Un récit tendre et nostalgique émaillé de souvenirs, de réflexions et de petits bonheurs au quotidien.

Date de parution : 9 avril 2026
Auteur : Erika Kogiku
Éditeur : Delcourt / Tonkam
Collection : Moon Light
Format / Pages : 160 pages
Reliure : Album broché
Prix indicatif : 8,50 €
EAN : 9782413091158

[BD] Une voix pour la liberté – Toomaj Salehi, un rappeur iranien en résistance, de Bahareh Akrami (Delcourt)

[BD] Une voix pour la liberté – Toomaj Salehi, un rappeur iranien en résistance, de Bahareh Akrami (Delcourt)

Avec Une voix pour la liberté – Toomaj Salehi, un rappeur iranien en résistance, Bahareh Akrami consacre un roman graphique à l’une des figures les plus marquantes de la contestation iranienne contemporaine. L’album s’attache au destin de Toomaj Salehi, rappeur devenu symbole de résistance pour toute une jeunesse, en racontant à la fois son engagement, sa répression par le régime et l’écho profond que sa parole a trouvé dans le pays. Le projet s’inscrit dans une démarche politique et mémorielle, portée en collaboration avec Amnesty International.

Bahareh Akrami choisit de retracer le combat de Toomaj à travers une narration sensible, où la colère, l’humour, l’émotion et l’espoir coexistent. On découvre le parcours d’un immense artiste réprimé, mais aussi l’esprit de révolte d’une génération entière, avec des extraits de ses textes engagés. Cet album est aussi une manière de faire entendre la voix d’un homme qui a payé très cher sa liberté de parole, mais aussi comme un moyen de raconter plus largement ce que vivent beaucoup d’Iraniens depuis le soulèvement déclenché après la mort de Mahsa Amini.

Cette approche paraît d’autant plus juste que Bahareh Akrami écrit depuis une expérience intime de l’exil et de la mémoire iranienne ; avec un intérêt constant pour les zones grises du réel, pour les récits où l’intime rencontre le politique et pour un dessin conçu comme une manière de comprendre, transmettre et résister. Dans ce contexte, Une voix pour la liberté s’inscrit pleinement dans une œuvre où le geste graphique porte aussi une fonction de témoignage.

Avec Une voix pour la liberté, Delcourt publie donc un album engagé, contemporain et nécessaire, qui cherche moins à figer Toomaj Salehi en icône qu’à faire sentir ce qu’incarne sa parole dans l’Iran d’aujourd’hui. Une bande dessinée qui promet à la fois un portrait de combattant, une plongée dans un contexte politique violent et un hommage à toutes les voix qu’un régime autoritaire tente de faire taire.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Le rappeur iranien Toomaj Salehi, figure emblématique de la jeunesse, de la liberté, de la prise parole anti-régime, a été emprisonné en 2022. Torturé, Toomaj est finalement libéré en 2024, puis de nouveau arrêté en 2025. L’autrice d’origine iranienne Bahareh Akrami retrace de manière singulière le combat de Toomaj pour la liberté. Elle dépeint avec émotion et humour, avec colère et espoir, la trajectoire d’un immense artiste qui se lève pour faire face au régime autoritaire, à travers la bataille culturelle qui se joue dans le pays. Un récit qui met en relief, l’esprit de révolte de toute une jeunesse iranienne, le tout ponctué d’extraits de ses textes engagés.
Date de parution : 9 avril 2026
Autrice : Bahareh Akrami
Dessin : Bahareh Akrami
Couleurs : Bahareh Akrami
Éditeur : Delcourt
Collection : Hors collection
Format / Pages : 20,4 x 26,5 cm – 108 pages
Prix indicatif : 17,50 €
EAN : 9782413086055

[BD] Les Seigneurs Mages – Tome 01, de Juliette Fournier & Greg Mauny (Vents d’Ouest)

[BD] Les Seigneurs Mages – Tome 01, de Juliette Fournier & Greg Mauny (Vents d’Ouest)

Avec Les Seigneurs Mages – Tome 01, Juliette Fournier et Greg Mauny lancent une nouvelle trilogie de fantasy qui vise clairement un jeune lectorat amateur de magie, de créatures et de récits initiatiques, mais sans renoncer à une vraie noirceur. Dès ce premier volume, la série installe un univers structuré, où une élite de magiciens règne sur le territoire et où la disparition d’un puissant Seigneur-Mage fait aussitôt vaciller les équilibres.

Le récit repose sur une opposition efficace entre deux figures que tout sépare. D’un côté Niméa, fille de notable, fascinée par les Seigneurs-Mages et décidée à devenir Dame Mage ; de l’autre Kaïn, orphelin de quinze ans, qui les déteste par-dessus tout mais rêve malgré tout de rejoindre la Guilde des protecteurs. À travers eux, le livre fait se croiser l’aspiration au pouvoir, le désir d’émancipation, la peur et le mystère, dans un monde où les attaques des Odiums semblent cacher quelque chose de plus ancien et de plus profond.

Ce qui ressort de ce premier tome, c’est la volonté de mêler les codes du récit d’aventure à ceux d’une fantasy plus politique. La quête ne se limite pas à une succession d’épreuves : elle s’inscrit dans un système de domination, dans une hiérarchie sociale et dans un univers où la magie n’est jamais simplement merveilleuse, mais aussi liée au contrôle, à la peur et aux rapports de force. Cette dimension donne au récit un peu plus de densité qu’une simple fantasy jeunesse classique.

Graphiquement, Greg Mauny apporte une vraie énergie au projet. Le dessin d’inspiration manga, des couleurs vives et un bestiaire plutôt développé. Cet aspect visuel participe beaucoup à l’attrait de l’album en lui donnant une identité moderne et immédiatement accessible.

Avec Les Seigneurs Mages, Juliette Fournier prolonge son intérêt pour les univers de fantasy à destination des plus jeunes, déjà perceptible dans Les Semi-Déus, tandis que Greg Mauny signe ici sa première série chez Glénat. Ce tome d’ouverture pose les bases avec efficacité et promet une trilogie riche en mystères, en conflits et en révélations. Un lancement solide, qui assume son goût pour l’aventure, la magie et les mondes en tension. Un coup de coeur !

Extrait de la BD :

Résumé éditeur :

Deux enfants aux destinées que tout oppose.Bienvenue sur un continent à nul autre pareil où les Seigneurs-Mages – une élite de magiciens – règnent en maître et se partagent le territoire en une multitude de fiefs. Quand le richissime Yalnus, âgé de plus de 3000 ans vient à mourir, tous les Mages se réunissent en nourrissant l’avide espoir d’hériter de son immense domaine de Dante-Pierre et de ses habitants. Ces derniers, soumis aux lois des Mages, n’ont bien entendu pas leur mot à dire, au grand dam de Kaïn, un orphelin de 15 ans qui les déteste par-dessus tout. Alors que Niméa, sa jeune soeur, rêve de les rejoindre et de devenir Dame Mage ! Kaïn n’a pas totalement tort : alors que les Seigneurs-Mages sont bien à l’abri dans leur tour d’ivoire, la population, elle, subit l’assaut régulier d’effroyables créatures, les Odiums. Dévorant humains ou animaux à leur portée, il n’existe à ce jour qu’une seule manière de les éliminer : les entailler avec un acier confectionné par les Mages eux-mêmes, l’acier écarlate. Kaïn espère rejoindre « la Guilde des protecteurs » et terrasser tous ces monstres. Mais les attaques d’Odiums ne font que se multiplier mystérieusement depuis des millénaires… y aurait-il un lien entre les Odiums et les Seigneurs-Mages ?C’est le début d’une longue quête initiatique dans un monde rempli de dangers, de mystères et de magie…

Date de parution : 1 avril 2026
Scénario : Juliette Fournier
Dessin : Greg Mauny
Éditeur : Vents d’Ouest
Collection : Jeunesse
Série : trilogie
Format / Pages : 24 x 32 cm – 48 pages
Prix indicatif : 15,00 €
EAN : 9782749310374

Au Grand Palais, Art Paris impose sa singularité avec éclat

Au Grand Palais, Art Paris impose sa singularité avec éclat
Françoise Pétrovitch
Nocturne 5, 2026
MEL Publisher

Au Grand Palais, Art Paris impose sa singularité avec éclat

Sous la verrière du Grand Palais, la lumière d’avril ne se contente pas d’éclairer, elle ausculte. Elle fouille les œuvres, révèle leurs nerfs, insiste sur leurs silences.

Art Paris s’y déploie comme une cartographie inquiète où le présent, saturé d’images et de secousses, dialogue désormais avec des strates plus anciennes, presque telluriques.

Car cette édition ménage une respiration inattendue. Au milieu des tensions contemporaines surgissent des présences qui ne relèvent pas du refuge mais de la persistance.

Joan Miró ouvre des espaces où la ligne semble encore pouvoir danser malgré le vacarme du monde. Salvador Dalí brouille le réel avec une ironie acide, comme si l’absurde avait toujours déjà gagné.

Egon Schiele, lui, ne console rien, il creuse les corps jusqu’à l’os, jusqu’à cette vérité fragile qui échappe à toute époque.

Et puis il y a les fulgurances ici colorées de Hans Hartung, éclairs nerveux qui semblent enregistrer directement les secousses du siècle, et la matière indocile de Jean Dubuffet, cette langue rugueuse qui refuse toute domestication.

Ces figures ne sont pas convoquées comme des monuments mais comme des forces actives. Elles traversent la foire, la fissurent, lui donnent une profondeur presque géologique.

Le moderne, ici, n’est pas un héritage figé mais une vibration encore à l’œuvre, une manière de tenir face au chaos.

Face à elles, les artistes contemporains ne cherchent plus à rivaliser mais à répondre. Nazanin Pouyandeh inscrit dans ses toiles une mémoire immédiate, presque brûlante, où les figures semblent prisonnières d’un récit qui les dépasse. Alireza Shojaian qui interroge quant à lui, la masculinité et la vulnérabilité tout comme la mémoire de la culture perse.

Une mémoire en mouvement 

Dans ce dialogue tendu, le parcours imaginé par Alexia Fabre autour de la réparation agit comme une ligne de fuite fragile. Réparer, ici, ne signifie pas restaurer mais recoudre sans masquer la cicatrice. Shilpa Gupta révèle les architectures invisibles de la contrainte sociale, tandis que Arthur Simms donne au pouvoir des allures de sequestration organique.

Et pourtant, quelque chose résiste à la gravité. À l’entrée, les formes gonflées de Fabrice Hyber installent une dissonance joyeuse, une légèreté qui n’est pas un oubli mais une stratégie. Les mots de Tania Mouraud se répètent, se fragmentent, traversent les langues comme autant de tentatives de dire encore.

Une autre tonalité affleure avec Françoise Pétrovitch. Chez elle, la violence ne crie pas, elle s’insinue. Figures adolescentes, présences animales, corps en suspens dans une temporalité trouble, tout semble au bord d’un basculement silencieux.

La couleur, souvent sourde, parfois presque liquide, enveloppe les formes d’une inquiétude douce, comme si l’image hésitait entre apparition et effacement. Dans cet univers où l’enfance n’est jamais tout à fait innocente, Pétrovitch travaille la fragilité comme une matière première, une peau sensible sur laquelle le monde vient déposer ses ombres.

Plus loin, le travail de Bilal Hamdad impose une autre densité, plus frontale, presque tellurique. Ses compositions semblent chargées d’une mémoire compacte, faite de strates urbaines, de signes fragmentés, d’histoires à demi effacées.

La surface n’y est jamais stable, elle vibre, se fissure, comme si elle portait en elle les tensions d’un territoire vécu de l’intérieur. Chez Hamdad, l’image ne se donne pas immédiatement, elle résiste, elle demande d’être traversée.

Et dans cette résistance surgit une forme de vérité âpre, sans décor, qui rejoint en profondeur l’esprit même de cette édition.

Longtemps regardée de biais, presque avec condescendance, la foire s’est lentement redéfinie sous l’impulsion de Guillaume Piens. Elle ne cherche plus à imiter les grandes machines internationales, mais à proposer une autre circulation. Moins verticale, plus attentive.

Une foire où les maîtres de l’art moderne ne sont pas des totems mais des compagnons de route, où les artistes d’aujourd’hui ne sont pas sommés d’être nouveaux mais d’être justes.

On y avance ainsi, sans hiérarchie trop nette, entre des œuvres qui se répondent à distance. Antonio Recalcati convoque l’histoire révolutionnaire comme une braise encore vive. Takis capte des forces invisibles, lignes tendues vers un ailleurs magnétique. André Bauchant suspend le temps dans une douceur presque obstinée.

Mais sous cette diversité affleure une même question. Que peut encore l’art lorsque tout semble déjà saturé de signes, de crises, d’images ? Art Paris ne prétend pas y répondre. Elle laisse les œuvres se heurter, se contaminer, parfois se contredire.

Et c’est là que quelque chose advient. Dans cet écart entre Egon Schiele et Nazanin Pouyandeh, entre Jean Dubuffet et Shilpa Gupta, dans cette tension entre mémoire et urgence, entre geste ancien et inquiétude contemporaine.

Art Paris ne cherche pas à résoudre le monde. Elle en maintient la vibration. Une foire devenue, presque malgré elle, un lieu de friction. Là, où le regard ne se repose pas mais apprend à s’attarder.

 Dates : du 9 au 12 avril 2026 – Lieu : Art Paris (Paris)

[BD] La Garde – Au cœur du soin, de Sophie Legoubin Caupeil & Alice Charbin (Delcourt)

[BD] La Garde – Au cœur du soin, de Sophie Legoubin Caupeil & Alice Charbin (Delcourt)

Avec La Garde – Au cœur du soin, Sophie Legoubin Caupeil et Alice Charbin s’immergent dans un univers hospitalier aussi essentiel que méconnu : celui de la réanimation pédiatrique. En suivant une journée de garde au plus près des soignants, les autrices proposent un récit documentaire profondément humain, qui saisit à la fois l’engagement des équipes, la tension permanente du service et la fragilité des vies qui s’y jouent.

Le livre trouve sa force dans son dispositif très concret. Le temps d’une garde de vingt-quatre heures, il observe les gestes, les décisions, les silences, les inquiétudes et la solidarité qui structurent le quotidien d’un service sous pression. Loin d’un simple regard extérieur, l’album cherche à restituer la réalité d’un monde où chaque minute compte et où la technique ne vaut jamais sans l’attention portée aux patients, aux familles et au collectif soignant.

Cette immersion permet aussi de donner un visage très incarné à des débats souvent traités de manière abstraite. À travers les histoires croisées, La Garde évoque l’hôpital public, le manque de moyens, la responsabilité immense qui repose sur les équipes médicales et la nécessité de tenir malgré l’usure. Mais l’album montre aussi la force du lien, la rigueur du soin et la part d’humanité qui subsiste au cœur même de la pression.

Graphiquement, Alice Charbin accompagne ce projet avec un dessin attentif, lisible et sensible, qui semble chercher la justesse plus que l’effet. Cette retenue sert pleinement le propos. Elle permet de rendre compte de la tension du réel sans sensationnalisme, et de laisser toute leur place aux visages, aux gestes et à l’épaisseur émotionnelle de ce qui se joue dans le service.

Avec La Garde – Au cœur du soin, on découvre un album documentaire fort, à la fois engagé, accessible et profondément respectueux de celles et ceux qu’il observe. Une bande dessinée qui interroge autant qu’elle émeut, et qui rappelle avec force ce que recouvre réellement le mot « soin ».

Résumé éditeur :

Dans un service de réanimation pédiatrique, la scénariste documente une journée de garde auprès d’équipes passionnées. Un récit engagé et vivant qui montre toute l’envergure du terme  » soins  » !Le temps d’une garde de 24 heures, les autrices plongent au cœur d’un service de pédiatrie. Elles témoignent de la réalité du système de santé et du quotidien des soignants, solidaires malgré la pression constante. À travers leurs histoires, se dessine un portrait saisissant de l’hôpital public, entre le manque de moyens, la responsabilité de sauver des vies et un engagement sans faille.
Date de parution : 26 mars 2026
Scénario : Sophie Legoubin Caupeil
Dessin : Alice Charbin
Éditeur : Delcourt
Collection : Encrages
Format / Pages : 201 x 263 mm – 184 pages
Prix indicatif : 23,75 €
EAN : 9782413087038

[BD] Lili, toujours debout, jusqu’au bout ! – De Ravensbrück à Bergen-Belsen, de Lili Leignel & Boris Golzio (Glénat)

[BD] Lili, toujours debout, jusqu’au bout ! – De Ravensbrück à Bergen-Belsen, de Lili Leignel & Boris Golzio (Glénat)

Avec Lili, toujours debout, jusqu’au bout ! – De Ravensbrück à Bergen-Belsen, Glénat publie un album d’une intensité rare, fondé sur l’histoire vraie de Lili Keller-Rosenberg, déportée enfant avec sa mère et ses deux frères dans les camps nazis. Le livre s’inscrit dans une démarche de transmission mémorielle essentielle, en redonnant une voix incarnée à une survivante qui, depuis des décennies, ne cesse de témoigner auprès des jeunes générations.

L’album retrace l’arrestation de la famille en 1943, l’internement, la séparation, puis la déportation vers Ravensbrück et Bergen-Belsen. Ce parcours, raconté à hauteur d’enfant, donne au récit une force bouleversante. Il ne s’agit pas seulement de rappeler les faits historiques, mais de faire sentir ce que signifient concrètement la faim, la peur, la maladie, les violences, l’arrachement au père et la lutte acharnée pour survivre dans un système conçu pour détruire.

Ce qui frappe ici, c’est la dignité du projet. L’album ne cherche jamais à dramatiser artificiellement l’horreur : elle s’impose d’elle-même, à travers la précision des faits, la brutalité des situations et la difficulté du retour à la vie après la libération. Car l’un des mérites du livre est aussi de rappeler qu’après les camps, rien ne redevient simple. Il faut réapprendre à vivre, à parler, à habiter le monde, alors même que l’expérience vécue paraît indicible à ceux qui ne l’ont pas traversée.

Le travail de Boris Golzio parait particulièrement juste pour porter une telle parole. Son approche documentaire, déjà remarquée dans d’autres récits liés à la mémoire de la déportation, sert ici un témoignage qui demande à la fois retenue, lisibilité et profondeur humaine. Le dessin paraît guidé par la volonté de transmettre au plus juste, sans spectaculaire inutile, ce qui renforce encore la portée du livre.

Avec Lili, toujours debout, jusqu’au bout !, c’est donc bien plus qu’une bande dessinée historique qui est proposée : c’est une œuvre de mémoire, sobre, nécessaire et profondément émouvante. Un album qui rappelle que derrière l’Histoire se tiennent toujours des visages, des enfances brisées, mais aussi parfois une parole restée debout contre l’oubli.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Le témoignage fort et émouvant de Lili, survivante des camps de la mort.

Bien que Français car nés en France, mais de parents juifs hongrois, Charlotte Keller et Joseph Rosenberg, Lili (11 ans), Robert (10 ans) et André (3 ans), devenus apatrides suite aux mesures antisémites décrétées par le gouvernement collaborationniste de Vichy, sont arrêtés en octobre 1943, à Roubaix. La famille connaît la prison à Lille, à Bruxelles et une antichambre flamande des camps de concentration nazis, la caserne Dossin. Déportés en Allemagne en décembre 1943, ils sont séparés. Le père, Joseph, est envoyé au camp de Buchenwald, où il sera assassiné ; la mère, Charlotte, et les enfants à celui de Ravensbrück où ils passeront une année de travaux forcés pour la mère, de malnutrition, de maladies et de mauvais traitements pour tous. En février 1944, les Keller-Rosenberg sont envoyés au camp de Bergen-Belsen, un mouroir à ciel ouvert où sévissent les pires violences SS, la famine et une épidémie incontrôlée de typhus. Tous les quatre survivent pourtant. Rentrés seuls en France après la libération du camp par les Britanniques, les enfants passent par le Lutetia, séjournent quelque temps dans une famille d’accueil en région parisienne, puis chez une tante en province. Parce qu’ils sont en très mauvaise santé, ils sont envoyés en préventorium. C’est là que leur mère les retrouve… Brisés, mutiques et absents, il leur faut cependant réapprendre à vivre, mais aussi à se taire, car l’innommable n’est pas compréhensible par ceux qui ne l’ont pas vécu.

Date de parution : 1 avril 2026
Scénario : Lili Leignel
Scénario, dessin, couleurs : Boris Golzio
Éditeur : Glénat
Collection : 1000 Feuilles
Genre : BD Histoire / Roman graphique
Format / Pages : 20 x 27,3 cm – 240 pages
Prix indicatif : 25,00 €
EAN : 9782344058800

[BD] Les Voyageurs de la Porte Dorée – Une histoire française des migrations, de Flore Talamon & Bruno Loth (Delcourt)

[BD] Les Voyageurs de la Porte Dorée – Une histoire française des migrations, de Flore Talamon & Bruno Loth (Delcourt)

Avec Les Voyageurs de la Porte Dorée – Une histoire française des migrations, Flore Talamon et Bruno Loth proposent un album aussi ambitieux que nécessaire. À travers un dispositif narratif accessible et vivant, la bande dessinée revient sur plusieurs siècles d’histoire migratoire en France, en donnant chair à des parcours d’exil, de rupture, d’espoir et de transmission. L’ouvrage s’inscrit dans une volonté claire de rendre cette histoire lisible, sensible et incarnée.

Le point de départ est simple et efficace : lors d’une visite scolaire au musée national de l’Histoire de l’immigration, Anna et Idriss se retrouvent enfermés dans la réserve des collections. Peu à peu, les objets s’animent et leur racontent les trajectoires de celles et ceux à qui ils ont appartenu. Ce choix permet à l’album de multiplier les récits sans perdre sa cohérence, tout en ménageant une vraie fluidité de lecture.

La grande force du livre tient justement dans cet équilibre entre transmission et incarnation. Il ne s’agit pas d’un simple panorama historique, mais d’une immersion dans des destins singuliers qui, mis bout à bout, dessinent une autre lecture de l’histoire de France. En traversant différentes époques et différents contextes, l’album rappelle que les migrations ne sont pas une parenthèse, mais une composante profonde, continue et structurante du récit national.

Le dessin de Bruno Loth accompagne parfaitement cette ambition. Son trait donne de la présence aux personnages, de la densité aux décors et suffisamment de clarté aux différentes périodes abordées pour que l’ensemble reste limpide. L’album ne cherche pas l’effet spectaculaire, mais une lisibilité au service du propos, ce qui renforce sa portée pédagogique sans jamais sacrifier sa dimension humaine.

Avec Les Voyageurs de la Porte Dorée, Flore Talamon et Bruno Loth signent ainsi une bande dessinée documentaire précieuse, capable de faire dialoguer mémoire, histoire et transmission. Un ouvrage utile, intelligent et profondément actuel, qui réussit à faire sentir, derrière les mouvements de population et les grandes dates, la réalité intime de celles et ceux qui ont contribué à façonner la France.

Extrait de la BD :



Résumé éditeur :

Deux adolescents égarés dans un musée explorent, à travers neuf récits d’exil, l’histoire migratoire française. Un album réalisé en partenariat avec le Palais de la Porte Dorée – musée national de l’Histoire de l’immigration.Lors d’une visite scolaire au musée national de l’Histoire de l’immigration, Anna et Idriss se retrouvent enfermés dans la réserve des collections. Peu à peu, les objets s’animent et leur confient l’histoire de leurs anciens propriétaires, immigrés en France depuis le 18e siècle. Tous fictifs, les adolescents découvrent la richesse de cette histoire migratoire et renouent avec leur propre héritage familial.Au fil des pages, ils explorent plus de trois siècles d’histoire française des migrations.

Date de parution : 19 mars 2026
Scénario : Flore Talamon
Dessin : Bruno Loth
Éditeur : Delcourt
Collection : Encrages
Format / Pages : 196 x 255 mm – 144 pages
Prix indicatif : 19,50 €
EAN : 9782413048497

[BD] La Dernière Danse – Grand Prix de Belgrade 1939, de Youssef Daoudi (Glénat)

[BD] La Dernière Danse – Grand Prix de Belgrade 1939, de Youssef Daoudi (Glénat)

Avec La Dernière Danse – Grand Prix de Belgrade 1939, Youssef Daoudi s’empare d’un épisode méconnu de l’histoire du sport automobile pour en faire un récit tendu, nerveux et crépusculaire. En replaçant le Grand Prix de Belgrade dans le contexte des toutes premières heures de la Seconde Guerre mondiale, l’auteur saisit un instant de bascule, celui où le fracas des moteurs s’apprête à être englouti par celui de la guerre.

Le point de départ est particulièrement fort. Début septembre 1939, alors que l’Europe vacille et que le conflit devient inévitable, la Yougoslavie accueille une ultime démonstration de puissance des Flèches d’argent allemandes. Derrière la compétition, c’est déjà toute la mécanique de propagande du régime nazi qui se met en scène. Ce contraste entre la fascination pour la vitesse, la technique et les exploits sportifs d’un côté, et l’effondrement politique du continent de l’autre, donne au livre une densité immédiate.

Ce qui fait la force de l’album, c’est sa capacité à transformer un sujet historique précis en véritable récit de tension. Youssef Daoudi restitue l’urgence du moment, la brutalité de l’histoire en marche et la part de vertige qui accompagne ce dernier sursaut du monde d’avant. Le sport automobile y apparaît comme un théâtre où se jouent déjà des rapports de force idéologiques, symboliques et militaires.

Graphiquement, l’album semble pleinement assumer une esthétique de la vitesse, du choc et de l’angoisse. Le visuel de couverture annonce d’ailleurs très clairement cette collision entre mythe mécanique et catastrophe historique. Cette approche donne au livre une tonalité singulière, entre chronique sportive, récit historique et méditation sur la fin d’un monde. Le résultat promet moins une célébration nostalgique de la course qu’un regard lucide sur ce qu’elle représentait alors. Avec La Dernière Danse, Youssef Daoudi signe ainsi un one-shot au sujet original, qui croise mémoire européenne, sport et propagande dans un même mouvement. Une bande dessinée qui semble faire de cet événement oublié un instant romanesque, où la passion mécanique devient l’écho d’un continent déjà au bord du gouffre.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Le baroud d’honneur des Flèches d’argentDébut septembre 1939, Yougoslavie. Dominé par les écuries allemandes Auto Union et Mercedes (les Flèches d’argent) depuis le début des années 1930, le sport automobile, à l’instar des autres sports, sert aussi d’outil de propagande au régime nazi. Alors que l’Europe vacille et que la guerre devient tout aussi inévitable qu’imminente, le Grand prix de Belgrade du 3 septembre 1939 doit être l’occasion d’une nouvelle démonstration de force des monoplaces nazies. Mais avec l’invasion de la Pologne l’avant-veille et la déclaration de guerre le jour même il marquera la fin d’un âge d’or où les héros s’appelaient Nuvolari, Lang, Müller, Stuck, von Brauchitsch, Caracciola… Pris dans la tourmente, les pilotes présents n’ont plus le cœur à courir, mais les chefs de la propagande les y obligeront de force. Avec cinq voitures au départ, le Grand Prix ne restera pas dans les annales du sport automobile, ce sera juste la dernière fois où les moteurs des bolides rugiront avant de laisser place à celui des Panzer et des Stuka… Une dernière danse avant que le crépuscule s’abatte sur le monde.
Date de parution : 25 mars 2026
Auteur : Youssef Daoudi
Éditeur : Glénat
Collection : Treize étrange
Format / Pages : 21,5 x 29,3 cm – 48 pages
Reliure : Cartonné couleur
Prix indicatif : 15,00 €
EAN : 9782344059616

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris
La chanteuse Shy’m (au centre) dans le rôle de Velma Kelly © Cyril Bruneau

Chicago le musical : quand l’orchestre mène le jeu au Casino de Paris

Dans cette version française fidèle à la matrice de Bob Fosse, le spectacle choisit la ligne claire plutôt que la démesure : une esthétique noire et blanche, coupante comme un verdict, où chaque geste devient preuve, chaque silence une stratégie.

Le minimalisme revendiqué – décors réduits, orchestre exposé, lumière rasante – n’est pas une économie mais une déclaration. Ici, tout repose sur la précision.

Et elle est redoutable. Cette sobriété, déjà constitutive du spectacle, trouve au Casino de Paris un écrin presque paradoxal : une salle qui appelle le spectaculaire, mais où triomphe finalement l’art de la découpe.

Jazz et astre noir

Le jazz, omniprésent, ne commente pas l’action : il la manipule. Il est le véritable avocat de ces criminelles en strass, celui qui retourne les évidences et maquille la vérité.

La troupe, d’une précision quasi chirurgicale, épouse la grammaire fossienne avec une rigueur qui confine à l’obsession. Les chorégraphies, anguleuses, syncopées, semblent écrire dans l’air une partition morale : tout est affaire de contrôle, de tension, de désir retenu.

Au centre, Roxie et Velma ne sont plus seulement des figures : elles deviennent des surfaces de projection. L’une brûle d’exister, l’autre calcule sa survie : deux formes de célébrité, également toxiques.

La distribution actuelle, dominée par une Roxie nerveuse et une Velma tranchante, joue moins la séduction que l’ambiguïté.

On pourrait croire à un divertissement parfaitement huilé, il l’est. Mais quelque chose grince, volontairement.

Un orchestre en diable

Sous le vernis des numéros iconiques (All That Jazz, Cell Block Tango), perce une satire d’une actualité presque gênante : manipulation médiatique, justice spectacle, fabrique du scandale. L’histoire, née des années 1920, continue de dialoguer avec notre présent comme une chronique judiciaire sans fin.

À cette mécanique s’ajoute un vertige supplémentaire : celui de l’orchestre en live, installé sur scène comme un cœur battant, visible, presque provocant. Il ne se contente pas d’accompagner, il impulse, il contredit, il ironise.

Chaque cuivre tranche comme une lame, chaque percussion relance la tension dramatique, donnant au spectacle une respiration organique, imprévisible, presque dangereuse

Cette présence musicale, d’une précision insolente, redouble la puissance des interprètes principaux. Roxie (Vanessa Cailhol) nerveuse jusqu’à la fébrilité, joue la candeur comme une stratégie de survie ; Velma (Shy’m), elle, impose une autorité glacée, silhouette sculptée dans le cynisme.

Quant à Billy Flynn (Jacques Preiss), il avance en prestidigitateur du verbe, charmeur vénéneux qui transforme le mensonge en numéro de cabaret.

Tous trois ne cherchent pas l’empathie mais la maîtrise et c’est précisément dans cette distance, tendue à l’extrême, que naît une forme de fascination trouble et équivoque.

 Dates : du 3 avril au 17 mai 2026 – Lieu : Casino de Paris (Paris)
Mise en scène : Walter Bobbie

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante
Photo DR

Les nominations aux Molières 2026 comme autant de regards sur une scène bien vivante

La cérémonie, annoncée aux Folies Bergère et diffusée sur France 2, le 4 mai à 21h, promet une grand-messe entre divertissement et éclairage sur le théâtre vivant.

Alex Vizorek, de retour en maître de cérémonie, sera l’incarnation de ce fil rouge entre une ironie maîtrisée et des envolées surréalistes.

Pour cette nouvelle édition 2026, ce sont 245 spectacles éligibles et 46 qui ont été retenus.

Avec Les petites filles modernes de Joël Pommerat, le metteur en scène s’impose en tête des nominations dans le théâtre public, comme une évidence presque institutionnelle.

Son théâtre précis, sombre, d’une rigueur quasi chirurgicale s’inscrit parfaitement dans cette catégorie des Molières : un art exigeant, mais lisible ; contemporain, mais structuré. Pommerat ne déborde pas, il creuse.

Face à lui, le théâtre privé avance ses pièces de résistance. Amadeus de Peter Shaffer, déroule sa mécanique biographique avec précision, talonné par Art de Yasmina Reza toujours aussi redoutable dans son apparente légèreté. Plus loin, d’autres titres composent une constellation familière : récits intimes, adaptations, dramaturgies efficaces.

Et puis, en marge de cette belle ordonnance, des lignes tremblent.

Dans le théâtre public, les interprètes qui sont nommés dessinent un paysage toujours plus nerveux : Ludivine Sagnier chez Christophe Honoré, Elsa Lepoivre chez Tiago Rodrigues, Marina Hands dans une mouette ou encore Romane Bohringer dans Scènes de la vie conjugale — autant de présences qui déplacent légèrement les lignes, injectent du trouble dans des formes parfois très tenues.

Dans un autre registre, le théâtre musical, par exemple, accueille La Cage aux folles mise en scène par Olivier Py, spectacle flamboyant, excessif, où le travestissement devient une politique du corps, une manière d’exister en débordant les normes.

L’humour trouve en Valérie Lemercier une figure singulière. Nomination presque à part, tant son art échappe aux catégories : chez elle, le rire est toujours un masque instable, une manière de fissurer le réel plutôt que de le commenter.

A nouveau dans le théâtre public, la mise en scène laisse affleurer des gestes toujours plus audacieux. Macbeth, variation décalée autour de Shakespeare s’impose comme une proposition autant que de jeu, portée par Louis Arene et Lionel Lingelser.

Ici, le classique est moins revisité que déplacé, comme si l’héritage devait être confronté pour continuer à respirer.

Le seul en scène, avec la nomination du spectacle On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie de Eric Feldman introduit une autre tonalité : plus intime, plus fragile, mais aussi plus directement politique. Une parole nue, sans décor pour amortir le choc ou presque.

Et puis il y a les acteurs. Toujours eux, au cœur du dispositif, là où tout se joue vraiment. Christophe Montenez, Louis Arene, Eric Elmosnino, et Laurent Lafitte se disputent le Molière du meilleur comédien dans le Théâtre public, quatre manières d’habiter la scène, quatre rapports au texte, trois intensités. Le théâtre, ici, cesse d’être une idée : il redevient un corps.

Il faut citer aussi dans le théâtre privé Josiane Balasko. Nomination presque évidente et pourtant jamais anodine.

Dans Ça c’est l’amour, elle ne joue pas — elle installe. Une présence, d’abord : dense, familière, immédiatement lisible.

Mais sous cette évidence affleure autre chose, une manière de déplacer imperceptiblement le centre de gravité.

Balasko travaille à bas bruit, sans effets, avec cette intelligence du rythme qui appartient aux grandes comédiennes populaires : savoir quand retenir, quand lâcher, quand laisser le silence faire son œuvre.

Face à elle, le théâtre privé trouve peut-être sa forme la plus juste, ni démonstrative, ni relâchée, mais tenue par une humanité rugueuse, sans vernis.

Chez Balasko, l’émotion ne se fabrique pas : elle s’infiltre. Et c’est précisément ce qui la rend, encore une fois, incontournable.

Pour le Molière de la Comédie sont nommés notamment deux éclats singuliers, entre la frénésie burlesque de Cochons d’Inde et la tension ciselée de La Jalousie.

Dans le premier, Sébastien Thiéry orchestre une mécanique de rire impitoyable, où Arnaud Ducret, Maxime d’Aboville et Emmanuelle Bougerol jaillissent comme des étincelles sur scène, transformant le chaos familial en comédie d’une précision chirurgicale.

À l’opposé, « La Jalousie » mise en scène par Michel Fau, plus introspective, explore les silences, les non-dits et les blessures de l’âme avec un art du timing qui fait vaciller le spectateur entre malaise et fascination. Deux mondes, deux rythmes, mais un même souffle : celui d’une comédie française qui sait encore surprendre et émouvoir.

Mais c’est ailleurs que la véritable fracture apparaît. Dans un geste presque contradictoire, la sélection accueille aussi une forme de théâtre qui ne cherche plus à se tenir. I will survive, création de la compagnie « Les Chiens de Navarre » menée par Jean-Christophe Meurisse, s’invite dans la liste du théâtre public comme une réjouissance.

Ici, plus de ton feutrée. Le plateau devient un champ de bataille moral, un espace où le réel n’est pas organisé mais exposé à vif. Deux procès s’y entremêlent, mais très vite, ce n’est plus la justice qui est en jeu, c’est notre besoin même de juger, de simplifier, de réduire.

Le rire surgit, brutal, puis se retourne. Le théâtre ne représente plus : il déborde.

Et c’est là que cette édition 2026 se révèle la plus passionnante. Car entre Pommerat et Meurisse, entre la précision et la déflagration, entre l’architecture et la chute, les Molières dessinent moins un palmarès qu’un champ de visions avec ses singulières expressions.

Le reste de la sélection oscille entre ces deux pôles. Elle dit une époque qui veut encore croire à la solidité des formes, tout en pressentant leur fragilité. Une époque qui parle du monde – violences, mémoire, identités – mais souvent à distance, comme si le plateau devait encore protéger de la brûlure.

Alors oui, « le spectacle vivant est plus vivant que jamais », comme on le proclame. Mais vivant selon toutes les visions, toutes les expressions et toutes les formes. Et dans tous ces regards se joue encore et toujours, l’essentiel de la création.

Les spectacles nommés

La Maison Tellier dévoile son nouvel album plein de justesse, Timidité des arbres, sortie le 3 avril 2026

La Maison Tellier est de retour avec un 8e album annoncé comme celui de la maturité, il marque 20 ans de carrière foisonnants. Chantés en français, les morceaux marquent par la poésie presque existentialiste des chansons, avec des mots qui touchent juste leur cible, en plein cœur. Les 5 membres du groupe savent y faire pour emmener l’auditeur dans un beau maelstrom d’émotions avec des sonorités rock-folk ensorcelantes.

De la chanson française douce amère

En tant que 2eme extrait, le morceau titre Timidité des arbres rayonne pour annoncer la sortie d’un album à déguster patiemment. Les orchestrations majestueuses du mettent en valeur la voix apaisée avec des cuivres chauds et enveloppants déjà entendus sur le premier extrait Love Again au clip spatial qui rappelait le film Seul sur Mars en mode love story sur la planète rouge. Avec des des arrangements à la sauce mariachi, le titre a l’évidence d’un appel à la joie quand les sentiments s’enflamment quand les sentiments s’enflamment enfin et que chacun ose enfin se livrer à l’autre. Le nom du groupe provient d’une nouvelle de Guy de Maupassant publiée en 1881, signe révélateur des ambitions littéraires d’un groupe qui refuse la facilité. Les influences sont évidemment marquées par le folk américain, le rock alternatif, le blues, et la chanson française. La mélancolie n’est jamais loin, soulignée par la voix quelque peu désabusée de Helmut Tellier. A ses côtés officient Raoul Tellier aux guitares aux claviers, Léopold Tellier à la trompette et aux claviers, Betty Tellier à la basse et aux chœurs depuis 2025 et Jeff Tellier à la batterie depuis 2022.

Originaires de Normandie, les membres du groupe tracent la route avec des invités, dont Karen Lano sur le titre Timidité des arbres, de quoi attendre leur passage en concert pour partager un beau moment de musique avec eux.

[BD] Les Griffes du Gévaudan – Tome 02, de Sylvain Runberg & Jean-Charles Poupard (Glénat)

[BD] Les Griffes du Gévaudan – Tome 02, de Sylvain Runberg & Jean-Charles Poupard (Glénat)

Avec Les Griffes du Gévaudan – Tome 02, Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard prolongent leur relecture de l’un des plus grands mystères de l’histoire française. En replongeant dans l’affaire de la Bête du Gévaudan, les auteurs en font la matière d’un thriller sombre, tendu et particulièrement efficace (pour ne pas dire sanglant), où la peur collective se mêle aux intrigues de pouvoir.

Ce deuxième volume reprend la traque de François Antoine, envoyé par Louis XV pour faire cesser les attaques qui terrorisent la région. Mais à mesure que l’enquête progresse, la certitude vacille. La créature que l’on pourchasse semble échapper à toute logique, et les crimes eux-mêmes nourrissent le doute : simple bête sauvage, mise en scène macabre ou vengeance plus humaine qu’il n’y paraît ? C’est précisément dans cette zone trouble que l’album trouve sa force.

Sylvain Runberg construit un récit qui joue habilement avec les fausses pistes, les tensions sociales et l’opacité d’une province marquée par la misère, les rancœurs et les secrets. Le mythe de la Bête devient alors plus qu’un fait divers horrifique : il révèle un territoire, des rapports de domination, une violence diffuse et une société où la frontière entre le monstre et l’homme se brouille peu à peu.

Le dessin de Jean-Charles Poupard accompagne très bien cette approche. Son trait donne une vraie densité aux paysages, aux scènes de traque et aux visages marqués par la peur ou la brutalité. L’ambiance générale est lourde, presque étouffante par moments, ce qui renforce la dimension inquiétante du récit. L’album ne cherche pas seulement à raconter une chasse, mais à installer un climat durable de menace.

Avec ce second tome, Les Griffes du Gévaudan confirme les qualités de ce diptyque effrayant. Entre récit historique, polar rural et légende noire, la mini-série s’impose comme une variation solide et immersive autour d’un épisode qui continue, des siècles plus tard, à fasciner autant qu’à inquiéter.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Sur les traces d’une bête terrifiante aux multiples visages !1765. Missionné par Louis XV pour restaurer l’honneur de la couronne, François Antoine, chasseur du roi, pensait capturer rapidement la Bête qui traumatise la population de Gévaudan. Mais ce monstre insaisissable, surnommé la Mal Bête, semble défier toute logique et toute arme. D’ailleurs, est-ce bien d’une bête qu’il s’agit ? Car quelle sorte d’animal décapite, démembre et parfois déshabille ses proies ? Alors que la traque s’intensifie, plusieurs suspects sont écartés. Alors qu’on compte déjà, plusieurs dizaines de victimes, la carcasse d’un loup qu’on exhibe à Paris semble clore cette sombre affaire qui embarrasse le Roi.Pourtant, les exactions recommencent ! Désormais seul, sans le soutien du roi, François Antoine revient dans les hauteurs du Gévaudan, bien décidé à trouver les coupables ! Il sait que dans cette région rongée par la misère, la violence et les secrets, les comptes se règlent à huis clos. Ce qu’il va découvrir pourrait embraser toute la région et ébranler le royaume. Et si la Bête était le fruit d’une vengeance née dans les flammes ? La traque sanglante va bientôt le mener dans un repaire cauchemardesque où le souvenir d’un crime oublié va resurgir…
Date de parution : 25 mars 2026
Scénario : Sylvain Runberg
Dessin : Jean-Charles Poupard
Éditeur : Glénat
Collection : 24X32
Genre : BD – Fantasy / BD Histoire / BD – Action et aventure
Format / Pages : 24 x 32 cm – 64 pages
Prix indicatif : 16,00 €
EAN : 9782344058251

[Album jeunesse] Un Grand Voyage, de Michael Rosen & Daniel Egnéus (Gautier-Languereau)

[Album jeunesse] Un Grand Voyage, de Michael Rosen & Daniel Egnéus (Gautier-Languereau)

Avec Un Grand Voyage, Michael Rosen et Daniel Egnéus proposent un album jeunesse d’une grande douceur, pensé pour accompagner les enfants dans ces moments où quelque chose change, bascule ou s’ouvre vers l’inconnu. Sous une apparente simplicité, le livre touche juste : il parle du départ, de l’attachement à ce que l’on connaît et de cette inquiétude très enfantine, mais aussi très universelle, que suscite toute transition.

Le point de départ est limpide : Petit Ours doit quitter son « Bon Vieux Chez-Soi » pour partir vers autre chose. Rien ici ne cherche l’effet dramatique. Au contraire, l’album privilégie une approche calme, rassurante, presque enveloppante. Ce choix lui donne une vraie force, parce qu’il permet d’aborder le changement non comme une rupture brutale, mais comme un cheminement rendu possible par les souvenirs, les liens et la confiance.

Ce qui séduit particulièrement, c’est l’équilibre entre le texte de Michael Rosen et les illustrations de Daniel Egnéus. L’ensemble est tendre, rassurant et poétique : s’en dégage une volonté de parler aux petits avec délicatesse, sans minimiser leurs appréhensions. Le livre semble ainsi s’inscrire dans cette catégorie précieuse des albums qui savent mettre des mots simples sur de grandes émotions.

Visuellement, Daniel Egnéus apporte une vraie ampleur à ce récit intime. La couverture, déjà, suggère à la fois la majesté du monde extérieur et la sécurité du lien entre l’adulte et l’enfant. Cet imaginaire ample, presque contemplatif, accompagne parfaitement le propos : il ne s’agit pas seulement de quitter un lieu, mais d’oser s’ouvrir à un ailleurs. L’album semble ainsi transformer l’angoisse du départ en promesse d’expérience nouvelle.

Avec Un Grand Voyage, Gautier-Languereau publie un album sensible et apaisant, idéal pour accompagner les enfants dans toutes les petites et grandes transitions de la vie. Un livre qui parle avec justesse de l’inconnu, sans jamais perdre de vue l’essentiel : on part toujours un peu mieux lorsque l’on emporte avec soi ses souvenirs, son courage et la tendresse de ceux qui nous entourent.

Résumé éditeur :

Il est temps de quitter son Bon Vieux Chez-Soi et de partir pour un Grand Voyage. Mais Petit Ours est un peu inquiet de laisser derrière lui tout ce qu’il connaît. Chargé de ses beaux souvenirs, Petit Ours se prépare pour une nouvelle aventure.
Date de parution : 4 février 2026
Auteur : Michael Rosen
Illustration : Daniel Egnéus
Éditeur : Gautier-Languereau
Collection : Les histoires
Âge conseillé : à partir de 3 ans
Format / Pages : 253 x 282 mm – 40 pages – relié cartonné
Prix indicatif : 14,95 €
ISBN : 9782017371038

[Roman jeunesse] Ambre d’Éclair et l’appel des dragons, d’Abi Elphinstone (Gallimard Jeunesse)

[Roman jeunesse] Ambre d’Éclair et l’appel des dragons, d’Abi Elphinstone (Gallimard Jeunesse)

Avec Ambre d’Éclair et l’appel des dragons, Abi Elphinstone signe un roman jeunesse d’aventure qui mêle magie, humour et émerveillement. Dès les premières pages, le livre installe un univers foisonnant où les créatures fantastiques ne relèvent pas seulement du mythe ou du décor merveilleux : elles ont besoin d’être soignées, protégées et parfois secourues. Cette idée toute simple donne au récit une identité très forte et un charme immédiat.

L’héroïne, Ambre, découvre peu à peu un monde secret en devenant l’apprentie du vieil Archie Rouyé, vétérinaire de créatures magiques. À partir de là, le roman enchaîne les trouvailles avec une énergie communicative. Dragons, licornes et phénix nourrissent l’aventure, mais sans jamais écraser les personnages. C’est au contraire dans la manière dont Ambre apprend, doute, s’attache et grandit que le livre trouve sa vraie réussite.

Ce qui séduit particulièrement, c’est le ton du roman. Abi Elphinstone sait garder une légèreté constante tout en donnant à son histoire un vrai souffle. On peut souligner cet équilibre entre action, chaleur humaine et imagination débridée. On retrouve bien ici cette capacité à faire naître un monde très vivant, peuplé de détails amusants, d’idées visuelles fortes et de personnages immédiatement attachants.

L’autrice ne se contente pas de proposer un simple récit fantastique pour jeunes lecteurs. Elle construit aussi une aventure initiatique, portée par une héroïne généreuse et intrépide, dans laquelle l’amitié, la confiance et la découverte de soi prennent peu à peu autant d’importance que les péripéties. Cette dimension émotionnelle donne au roman une vraie consistance et évite qu’il ne soit seulement une succession de scènes spectaculaires.

Avec Ambre d’Éclair et l’appel des dragons, Gallimard Jeunesse publie donc un roman très séduisant pour les lecteurs qui aiment les mondes enchantés, les animaux fantastiques et les héroïnes pleines d’élan. Une lecture vive, inventive et chaleureuse, qui donne envie de poursuivre l’aventure bien au-delà de ce premier volume.

Résumé éditeur :

Animaux magiques en détresse ! Les aventures d’une vétérinaire du tonnerre. Savez-vous que lorsqu’ils ont de la fièvre, les dragons ont mauvaise haleine? Voilà le genre de chose qu’apprend Ambre d’Éclair, depuis que le vieil Archie Rouyé l’a choisie comme apprentie vétérinaire. Mais garder secrète l’existence des phénix et des licornes n’est pas une mince affaire, surtout quand laffreux Jasper Magouille s’en mêle…
Date de parution : 19 mars 2026
Autrice : Abi Elphinstone
Illustration : Kristina Kister
Traduction : Alexia Maury
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Collection : Grand format littérature
Série : Romans Junior
Âge conseillé : dès 9 ans
Format / Pages : 140 x 205 mm – 272 pages
Prix indicatif : 15,90 €
ISBN : 9782075216548

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au salon du dessin 2026, la patience du regard

Au Salon du Dessin, il ne s’agit jamais seulement de voir : il faut s’approcher, presque se pencher, consentir à la lenteur du regard.

Dans l’écrin monumental du Palais Brongniart, temple ancien des flux financiers reconverti en sanctuaire du trait, le dessin reprend ses droits discrets, entêtés, presque clandestins.

Ici, rien ne s’impose frontalement. Tout se suggère. Une feuille, un frémissement, une pensée en train de naître.

Le dessin est cet art du retrait qui, paradoxalement, expose davantage qu’il ne montre. Là où la peinture affirme, il doute ; là où la sculpture occupe, il suggère.

D’un stand à l’autre, les siècles dialoguent sans hiérarchie apparente. Un lavis ancien, presque effacé, murmure à une composition contemporaine aux lignes nerveuses.

Habiter la ligne

Les mains changent, les obsessions demeurent : saisir le monde avant qu’il ne se dérobe. Le dessin est toujours une tentative — jamais une certitude.

C’est ce qui fait sa beauté, et peut-être sa mélancolie. Les galeries, fidèles ou nouvelles venues, jouent ici une partition d’orfèvre. Peu d’œuvres, mais choisies avec une précision presque maniaque.

Chaque accrochage est une hypothèse, une phrase suspendue dans l’espace. On ne circule pas : on s’arrête, on revient, on doute de ce que l’on a vu. Le regard devient tactile, presque intime, comme si chaque oeuvre exigeait une forme de pacte silencieux.

Mais ce qui frappe, cette année encore, c’est la vitalité d’un médium qu’on dit souvent mineur à tort. Le dessin n’est pas une esquisse : il est une pensée en acte.

Dans un monde saturé d’images définitives, il réhabilite l’inachevé, l’hésitation, l’élan interrompu. Il nous rappelle que voir, c’est aussi apprendre à regarder.

Et puis dans les plis feutrés du Salon, une inflexion discrète presque programmatique s’esquisse cette année : l’apparition d’un espace dédié aux jeunes collectionneurs

Comme si, derrière la liturgie très codifiée des amateurs avertis, le salon consentait à fissurer son entre-soi. Là où l’acte d’achat relevait d’une initiation lente, presque intimidante, il s’agit désormais d’apprivoiser une nouvelle génération, de rendre le geste moins sacralisé, plus poreux, presque expérimental.

Ce nouvel espace ne cherche pas à simplifier le dessin, il en déplace l’accès. Il propose moins une pédagogie qu’une hospitalité : apprendre à regarder avant d’apprendre à posséder.

Dans ce théâtre du papier où circulent des œuvres parfois millénaires, l’irruption des jeunes collectionneurs introduit une tension féconde : celle d’un désir encore naïf face à un marché historiquement verrouillé. Le trait, ici, change de main et peut-être de destin.

Au fond, le Salon du Dessin n’est pas une foire comme les autres. C’est un lieu de décantation. On y vient pour ralentir, pour affiner son regard, pour se perdre dans une ligne qui tremble. Et l’on en sort avec cette sensation rare, presque anachronique d’avoir touché quelque chose d’essentiel : non pas l’image, mais son origine à l’état pur.

 Date : jusqu’au 30 mars 2026 – Lieu : Salon du dessin – Palais Brongniart (Paris)

Du rire en fanfare avec L’enquête la plus célèbre de Sherlock Holmes: Le Chien des Baskerville au Grand Point Virgule

C’est peu dire que la salle Apostrophe du Grand Point Virgule a été rien de moins qu’en extase pendant cette pièce remplie d’originalité et de procédés comiques extrêmement réussis. La connivence entre Emmanuel Gasne (Sherlock) et Loic Bartolini (Watson) fonctionne parfaitement, le comédien dans le rôle titre multiplie les rôles avec talent, et l’adjonction de Amélie Saimpont elle aussi multirôles ne gâche rien, au contraire. Bref, l’1h15 de spectacle met à rude épreuve les zygomatiques dans une pièce prolongée jusqu’en juin 2026, et on comprend parfaitement pourquoi.

Un grand moment de rire

Le mystère est longtemps entier, les enquêteurs mènent entretiens pour une ribambelle de fausses pistes qui mènent toutes directement à la case rires. Les plus jeunes s’égosillent pour répondre aux adresses d’un Watson très flegmatique mené par le bout du nez par son Sherlock de compère. Après La Belle et la Bête vu le weekend dernier, c’est un encore moment de théâtre magique pour toute la famille, les petits ressortent avec la banane, les parents sont ravis par ces procédés humoristiques basés sur une quasi improvisation et un sens affuté de la répartie. Le rythme de la pièce est endiable et personne ne voit le temps passé. La mise en scène d’Emmanuel Gasne et d’Hugues Duquesne est certes très minimaliste mais elle laisse surtout toute la place à des comédiens déchainés qui montrent leur art de la comédie et du rire.

En bref, la salle était bien remplie et tout le monde a bien profité de ce duo d’enquêteurs géniaux par leur sens de la déduction et leur manière si naturelle de faire naitre les sourires et les rires. C’est juste élémentaire, rien de plus à ajouter!

Synopsis: Le richissime Charles Baskerville est retrouvé mort sur les plaines du Dartmoor, en Angleterre. On raconte qu’un chien diabolique s’attaque à tous les héritiers de cette famille. Le fameux détective Sherlock Holmes et son fidèle acolyte, le docteur Watson, mènent l’enquête… Perceront-ils enfin le mystère de la malédiction des Baskerville ?
Découvrez l’aventure la plus célèbre de Sherlock Holmes, où se mêlent fantastique et raisonnement logique.

Détails: Jusqu’au 28 juin 2026

Nan Goldin au Grand Palais : l’intime à vif

Nan Goldin au Grand-Palais : l’intime à vif
© Nan Goldin
Nan Goldin, Untitled, 1982

Nan Goldin au Grand Palais : l’intime à vif

Au Grand Palais, « Nan Goldin This Will Not End Well » ne propose pas une rétrospective : elle recompose un corps. Le sien, celui des autres, celui d’une époque qui n’en finit pas de saigner sous les images.

« This Will Not End Well » n’est pas un titre, c’est une promesse tenue, mais tenue à rebours : ici, rien ne se termine, tout persiste, tout insiste, tout revient.

La scénographie conçue par Hala Wardé, HW architecture déploie un étrange village nocturne, un archipel de chambres noires où chaque œuvre respire à part, comme un organe isolé mais encore irrigué.

On ne circule pas : on s’infiltre. On ne regarde pas : on est absorbé. Chaque pavillon est une gorge, un sas, un seuil.

Il faut accepter de perdre l’orientation, d’épouser les angles morts, de consentir à cette désorientation presque rituelle, comme si voir impliquait désormais de se laisser défaire.

Les vies fragiles de Nan Goldin

Goldin n’a jamais été photographe au sens strict. Elle est monteuse de vies, tisseuse de survivances. Ses diaporamas qu’elle revendique comme des films abolissent la fixité de l’image pour lui rendre son tremblement, sa durée fragile.

Dans The Ballad of Sexual Dependency, son œuvre-monde, ce sont des décennies d’amour, de violence, de fêtes et de deuils qui se déposent sur la rétine comme une pluie lente.

Le temps n’y est pas linéaire : il est contaminé. Chaque image porte déjà la disparition de la suivante.

Mais ce qui frappe ici, c’est moins la chronique d’une génération que la persistance d’une blessure. Memory Lost enferme le regard dans une expérience de manque, presque suffocante, où l’image devient matière toxique.

À l’inverse, Sirens glisse vers une extase trouble, montage de désirs empruntés, où la jouissance se révèle déjà contaminée par sa propre fin. Chez Goldin, il n’y a pas d’innocence du plaisir seulement des seuils, des basculements, des pièges lumineux.

Le cœur battant de l’exposition se déplace pourtant ailleurs, dans la pénombre sacrée de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, où Sisters, Saints, Sibyls rejoue le trauma originel : la mort de la sœur, Barbara, et avec elle la fabrication du silence familial.

Ici, l’image ne documente plus, elle exhume. Le dispositif triptyque, les voix, les figures spectrales composent une liturgie sans rédemption. Goldin ne guérit pas : elle maintient ouvert. Elle refuse la cicatrice.

C’est là que l’exposition trouve sa nécessité la plus âpre : dans cette manière de faire du personnel un champ de bataille politique. De l’épidémie du sida à la crise des opioïdes dont Goldin fut aussi victime et activiste, les images ne sont jamais innocentes.

Elles accusent. Elles témoignent contre. Elles refusent l’oubli comme une compromission. Et pourtant, quelque chose résiste à la noirceur annoncée du titre. Une joie, oui mais une joie inquiète, presque clandestine.

Une manière d’aimer encore malgré tout, de tenir ensemble les vivants et les morts, les corps aimés et les corps perdus.

Chez Goldin, la tendresse n’adoucit rien : elle rend tout plus aigu. « This Will Not End Well » ne console pas. Elle expose, au sens presque chirurgical.

Elle nous rappelle que certaines images ne sont pas faites pour être vues, mais pour être traversées et qu’on n’en sort jamais indemne.

 Dates : du 18 mars au 21 juin 2026 – Lieu : Grand Palais (Paris)

Srdjan Ivanovic Blazin Quartet dévoile leur nouvel album Cosmogonie, sortie le 27 mars 2026

Srdjan Ivanovic est un batteur né à Sarajevo, entre Orient et Occident, et son parcours est particulièrement atypique. Il a fui fui la guerre en Bosnie lorsqu’il était enfant quand ses parents sont partis en Grèce, lieu des mélanges musicaux, entre éclectisme, chants byzantins, folk grec, pop italienne et surtout jazz. L’artiste officie comme batteur et compositeur dans un album qui emmène très loin.

Du jazz qui élève l’esprit

Le Srdjan Ivanovic Blazin’ Quartet ne joue pas que du jazz, c’est une musique qui s’affranchit des frontières, entre improvisations, world musique et électronique. La formation a été crée à Amsterdam en 2008 avant de quitter les Pays-Bas et de s’installer en France à Paris pour devenir un groupe entièrement européen avec Srdjan Ivanovic à la batterie, Andreas Polyzogopoulos à la batterie, Federico Casagrande à la guitare et le bulgare Mihail Ivanov à la basse. L’album COSMOGONIE se veut un concept rempli de thématiques universelles autour du thème de la naissance du monde selon les anciens Grecs, pour s’affranchir des divisions et pousser à la réunion des hommes. Après Sleeping Beauty sorti en 2021 et conçu comme un corps-à-corps free jazz entre la batterie et la trompette du Grec Andreas Polyzogopoulos, Cosmogonie raconte une belle histoire millénaire et toujours d’actualité, celle de la naissance des la démocratie au cœur de l’Europe et sa diffusion au-delà de toutes les frontières, dans une narration qui touche au cœur et provoque de belles émotions musicales dans le corps de l’auditeur.

L’album a été enregistré sur le label indépendant et association à but non lucratif Rue Des Balkans et pourra être écouté le 8 avril au  Studio de l’Ermitage.

Membres du groupe:

Andreas Polyzogopoulos : trompette
Federico Casagrande : guitare
Mihail  »Misho » Ivanov : contrebasse
Srdjan Ivanovic : batterie

Isild Le Besco dévoile un album feministe et intimiste avec Les Mots, sortie le 27 mars

La réalisatrice et comédienne Isild Le Besco dévoile un album enregistré uniquement avec des femmes pour des chansons interprétées par des interprètes de talent. Émilie Dequenne, Josiane Balasko, Sandrine Bonnaire, Judith Chemla, Maria de Medeiros, Marianne Denicourt, Laëtitia Eïdo, Léonor Graser, le casting est impressionnant et le résultat est envoutant.

Une démarche engagée

Les mots est un album choral qui réunit 9 chanteuses dans 9 chansons douces amères. Les paroles ont toutes été écrites par Isild le Besco et composées par Andréel, lui qui avait déjà sorti un bel album de duos en 2020. Chaque titre à une interprète différente, et les textes évoquent l’amour sous toutes les coutures, aussi bien la rupture que la liberté, la reconstruction qui s’en suit et la douceur retrouvée. Les musiques d’Andréel ne prennent pas le dessus, il préfère rester en arrière pour laisser plus de place aux chanteuses, avec de l’émotion brute et des silences qui en disent autant que les mots. Les pianos sont dépouillés, les sonorités sont répétitives, les accompagnements sont discrets et épurés, les chanteuses ne poussent pas trop la voix, les mots sont parfois quasi chuchotés pour passer des messages émouvants. L’album n’est pas un concert ni un best-of, c’est un voyage à travers la féminité et la sensibilité. Le premier titre révélé Au sommet de la montagne est interprété par Maria de Medeiros pour une chanson minimaliste qui touche au cœur. L’écriture est littéraire, les chansons sont très musicales et passent des messages pleins de sens qui s’écoutent avec attention et intensité. Isild Le Besco évoque la violence qui imprègne parfois les rapports humains et la meilleure manière de s’en libérer pour réapprendre à aimer et se retrouver dans un corps à reconstruire et réhabiter. son corps. Les mots sont directs, pleine de significations multiples et d’images pour parler de ce qui a été longtemps tu, l’emprise sur les esprits féminins et les abus de faiblesse qui ont trop souvent cours.

L’album est une belle œuvre chorale portée par des interprètes investis pour porter le courant qui révèle aujourd’hui la faiblesse et la transforme en force. Les mots sont importants, et Isild Le Besco concourt à placer la femme au centre de la carte musicale francophone.

Avec Christophe Honoré la splendeur inquiète d’Emma Bovary

Avec Christophe Honoré la splendeur inquiète d’Emma Bovary
Photo Laurent Champoussin

Avec Christophe Honoré la splendeur inquiète d’Emma Bovary

Il fallait oser transposer Gustave Flaubert et son roman éponyme « Madame Bovary » sous un chapiteau.

Et Christophe Honoré ne fait pas semblant : il le fait tournoyer, grimacer, suer sous les projecteurs comme une bête trop humaine, et c’est là, dans ce déséquilibre savamment entretenu, que « Bovary Madame », son spectacle d’après Flaubert, trouve sa vibration la plus juste, une instabilité qui tient du numéro de trapèze sans filet.

Dans cette relecture, Emma donc ne meurt pas ou plutôt, elle ne meurt plus. Christophe Honoré suspend le geste fatal imaginé par Flaubert pour faire d’Emma une survivante de sa propre fiction.

Rejetée sur scène comme sur une piste, elle rejoue sa vie, en boucle, entourée des hommes qui l’ont croisée, possédée ou trahie, devenus partenaires de ce théâtre de la mémoire.

Un cirque pour rejouer sa vie

Chaque épisode – mariage, adultères, dettes, désillusions – revient comme un numéro que l’on répète jusqu’à l’épuisement du sens.

Mais à force de rejouer, quelque chose dévie : Emma se réapproprie son histoire, déplace les rôles, fissure le récit imposé.

Ce n’est plus la chronique d’une chute annoncée, mais la lente reconquête d’une voix, une manière de survivre à soi-même, en transformant la fin en un ultime recommencement.

La scène devient une piste donc. Non pas métaphore paresseuse, mais véritable régime de jeu. Tout y est affaire de regards braqués, de chutes rejouées, de numéros qui s’enchaînent jusqu’à l’épuisement du désir.

Les hommes d’Emma – silhouettes grotesques, figures presque pantomimiques – semblent sortis d’un vieux cirque décati où l’on répète toujours la même illusion.

Ils gesticulent, rejouent, commentent, comme si le roman lui-même était devenu une attraction dont on connaît déjà la fin. Honoré installe ainsi une première strate ironique, presque cruelle : Emma n’est plus seulement regardée, elle est exhibée.

Puis quelque chose bascule. La piste se fissure, la parade se tait, et la voix d’Emma surgit, non plus objet mais sujet, non plus numéro mais faille. Cette reprise de parole est le cœur battant du spectacle : une manière de rendre à Bovary ce que les adaptations lui volent parfois son opacité, son vertige intérieur, sa rage d’absolu.

Dans ce dispositif, Ludivine Sagnier (impressionnante) ne joue pas Emma, elle la traverse. Elle en épouse les contradictions sans jamais chercher à les résoudre : capricieuse et lucide, ardente et déjà lasse.

Sa présence est d’abord une lumière presque trop belle pour ce monde puis une brûlure. Elle avance comme une funambule au-dessus de sa propre vie, chaque geste semblant risquer la chute. Il y a chez elle quelque chose de frontal, d’une fulgurance dans la sincérité, qui désarme le cynisme ambiant du dispositif.

Autour d’elle, la distribution ne se contente pas d’exister : elle gravite, elle insiste, elle cerne. Jean-Charles Clichet compose une figure masculine à la fois falote et dévouée, toujours à la lisière du ridicule, avec cette manière très fine de laisser affleurer la médiocrité sous le vernis social.

Harrison Arévalo, plus physique, injecte une tension presque animale dans ses apparitions, comme si le désir passait par le corps avant de se perdre dans les mots. Julien Honoré et Stéphane Roger travaillent quant à eux une partition plus distanciée, proche du numéro, où l’ironie n’annule jamais tout à fait la cruauté.

Et puis il y a Marlène Saldana, toujours légèrement en biais, toujours imprévisible, qui introduit dans la mécanique une forme de dérèglement salutaire, une étrangeté qui percute la logique du récit.

Ensemble, ils forment moins une galerie de personnages qu’un système de forces : chacun attire, repousse, déforme Emma. Et c’est là que le spectacle cristallise le trouble, dans cette sensation que Bovary a beau vouloir rejouer sa vie, cette illusion ne peut que tourner court.

Il faudrait encore parler de la musique, non comme simple accompagnement, mais comme une autre matière dramatique, presque un second texte.

Chez Christophe Honoré, la chanson de variété n’est jamais innocente : elle surgit comme un souvenir mal rangé, une mélancolie collective qui colle à la peau. Ici, elle agit par nappes affectives, par surgissements parfois, comme si Emma elle-même zappait entre ses fantasmes.

Ces airs populaires, reconnaissables, parfois délicieusement datés, deviennent alors les refrains intimes d’Emma, les versions empêchées de ses élans romanesques comme si le grand lyrisme s’était dissous dans la bande-son d’une vie trop étroite.

La grande réussite de cette « Bovary Madame » tient à ce frottement constant entre les registres. Le cirque n’est pas un décor, c’est une pensée. Il dit la répétition des illusions, la spectacularisation des vies, la cruauté douce des regards.

Il dit aussi, plus secrètement, l’enfance du désir — ce moment où tout semble encore possible, avant que la réalité ne vienne refermer le piège.

Et lorsque le spectacle s’achève, il reste moins une histoire qu’un vertige : celui d’avoir vu Emma non pas mourir, mais être consumée sous nos yeux : offerte, reprise, disputée, jusqu’à ce que le rideau tombe sur une évidence troublante : Bovary n’était peut-être pas une victime du romantisme, mais sa dernière acrobate !

 Dates : du 20 mars au 16 avril 2026 – Lieu : Théâtre de la Ville (Paris)
Mise en scène : Christophe Honoré

[BD] Cyborgs T04 – Hawk, de Jean-Luc Istin & Alina Yerofieieva (Soleil)

[BD] Cyborgs T04 – Hawk, de Jean-Luc Istin & Alina Yerofieieva (Soleil)

Avec Cyborgs T04 – Hawk, Jean-Luc Istin poursuit le développement de son univers de science-fiction où les avancées technologiques les plus spectaculaires restent réservées à une élite, laissant les plus vulnérables à la marge. Comme les précédents albums de la série, ce nouveau volume propose un récit autonome, mais contribue aussi à enrichir un monde plus vaste, marqué par les implants, les inégalités et la transformation du corps en enjeu de pouvoir.

Dans ce quatrième tome, l’intrigue prend pour point de départ le destin de Syl, une enfant survivante du déraillement du Trans-Iceland. Traquée, grièvement blessée, privée de la vue et de ses jambes, elle ne doit sa survie qu’à l’intervention de son père Russel, génie de la mécanobiotechnologie, qui refuse de réserver les prothèses avancées aux seuls privilégiés. Autour d’elle se dessine alors une histoire de reconstruction, de poursuite et de résistance face à ceux qui continuent de la menacer.

La force de Cyborgs tient une nouvelle fois dans sa manière d’associer spectaculaire et tension sociale. Derrière l’action et les dispositifs cybernétiques, Jean-Luc Istin met en scène un monde inégalitaire, où la technologie ne constitue pas seulement un progrès, mais aussi un outil de domination. Au dessin, Alina Yerofieieva donne vie à cet univers avec un trait efficace et nerveux, qui met en valeur aussi bien les corps augmentés que les environnements futuristes. Les scènes d’action restent lisibles, les personnages conservent une vraie présence, et l’ensemble participe à installer une identité visuelle cohérente avec l’ambition de la série.

Avec ce tome 4, la série confirme son intérêt pour une science-fiction d’action accessible, mais traversée par des interrogations très actuelles sur la réparation, l’augmentation et les fractures sociales que la technologie peut aggraver. Un album à découvrir.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Dans un monde où seuls les riches accèdent aux prothèses avancées, Russel, génie de la mécanobiotechnologie, défie le système. Il transforme les démunis en… Cyborgs !Dans le désert glacé, Syl, 7 ans, survit au déraillement du Trans-Iceland. Traquée, elle perd la vue et ses jambes avant d’être sauvée par son père Russel. Confiée au Dr Blaye, elle s’accroche à la promesse de remarcher et de revoir un jour. Mais dans l’ombre, l’instigateur de l’accident les poursuit.
Date de parution : 26 mars 2026
Scénario : Jean-Luc Istin
Dessin : Alina Yerofieieva
Couleurs : J. Nanjan
Éditeur : Soleil
Collection : Fantastique
Format / Pages : Cartonné – 64 pages
Prix indicatif : 16,50 €

[BD] La méditation était presque parfaite, d’Arnaud Locquet (Soleil / Quadrants)

[BD] La méditation était presque parfaite, d’Arnaud Locquet (Soleil)

Avec La méditation était presque parfaite, Arnaud Locquet aborde avec humour et autodérision l’un des grands marqueurs de notre époque : la recherche du mieux-être à travers la méditation. Entre observation du quotidien, mise à distance comique et envie sincère de comprendre cette pratique, l’album s’amuse des écarts entre les promesses d’apaisement intérieur et la réalité souvent beaucoup plus agitée de nos vies modernes.

Au fil des pages, l’auteur explore les questions que beaucoup se posent face à la méditation : pourquoi s’y mettre, comment commencer, faut-il pratiquer seul ou en groupe, avec ou sans application ? À travers cette approche concrète et accessible, il restitue les espoirs, les maladresses et les contradictions qui accompagnent souvent les premières tentatives de retour au calme.

L’album joue sur un contraste particulièrement parlant : d’un côté, les discours sur le lâcher-prise, la respiration et la pleine conscience ; de l’autre, les contraintes ordinaires, les distractions permanentes et l’agitation du quotidien. C’est précisément dans cet écart que se loge l’humour du livre, qui préfère la justesse de ton et l’autodérision à la caricature excessive.

Graphiquement, Arnaud Locquet adopte un dessin clair, souple et expressif, au service d’une lecture fluide. La mise en scène privilégie l’efficacité, ce qui permet aux situations comiques de fonctionner immédiatement tout en laissant émerger un regard tendre sur nos fragilités, nos tensions et nos tentatives parfois maladroites de retrouver un peu de paix intérieure.

Avec La méditation était presque parfaite, l’auteur signe un album accessible, amusant et très contemporain, qui aborde un sujet dans l’air du temps sans jamais se prendre trop au sérieux. Une lecture légère dans la forme, mais assez fine dans son observation de nos aspirations à ralentir.

Extrait de la BD :


Résumé éditeur :

Initiez-vous à la pratique de bien-être la plus en vogue actuellement : la méditation. Pourquoi méditer ? Comment ? En groupe ou seul.e et avec quelle appli ? L’auteur nous confie sa riche expérience avec humour.
Date de parution : 26 mars 2026
Auteur : Arnaud Locquet
Éditeur : Soleil
Collection : Quadrants solaires
Format / Pages : Cartonné – 96 pages
Prix indicatif : 17,50 €

Une terre pour nous tous (Glénat jeunesse)

Une terre pour nous tous (Glénat jeunesse)

Les éditions Glénat jeunesse nous proposent un très bel album axé sur la nature : Une terre pour nous tous.
Tout est très beau dans cet album : les illustrations, de Britta Teckentrup, vont plaire aux jeunes lecteurs, mais aussi les nombreuses découpes, qui rendent encore plus belles et plus vivantes les illustrations.
Quant au scénario, c’est un beau texte poétique en rimes, créé également par Britta Teckentrup.
Une terre pour nous tous est un album qui donne envie de lire et relire et d’admirer toute la nature qui nous entoure !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mars 2026
Auteur : Britta Teckentrup
Illustrateur : Britta Teckentrup
Editeur : Glénat Jeunesse
Prix : 13,90 €

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