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Un biopic fantasmé avec talent dans Walt La Folie Disney à découvrir au Lucernaire jusqu’au 18 janvier

Le Lucernaire imagine la création du chef d’œuvre Blanche Neige sorti des studios Disney le 21 décembre 1937 aux Etats-Unis avec son processus de création tortueux, ses litres de whisky avalés et ses innombrables nuits blanches. Le comédien Clément Vieu habite un Walt Disney avec talent, tempétueux, charmeur, un vrai serpent. La narration montre les atermoiements, les ambitions et le désespoir d’un homme qui cherche à vaincre ses démons intérieurs pour enfin se réaliser.

Un seul en scène passionnant

La pièce de théâtre débute lorsque Walt Disney décide de réaliser son premier film d’animation. Assis à son bureau, il est cerné par son frère Roy à l’œil vissé à la comptabilité, les banquiers qui rechignent à financer ce qu’ils considèrent comme un projet sans avenir, sa famille aimante qui lui demande plus d’attention et ses démons intérieurs qui ne cessent de le hanter. Le comédien rivalise de talent pour personnifier celui qui a tout bonnement révolutionner l’industrie du divertissement pour créer un empire qui perdure encore aujourd’hui avec un succès jamais démenti. Il virevolte, danse, parle au téléphone, va de gauche à droite et ressemble à une pile électrique. Il fait mine de tyranniser ses équipes nuit et jour pour aboutir à un résultat qu’il souhaite le plus grandiose possible. Il veut du rire, des larmes, de l’émotion pour faire venir le plus de spectateurs possibles, adultes et enfants confondus. La mise en scène de Victoire Berger-Perrin place Walt au centre de tout, avec ses traumatismes d’enfance et ses rêves de gloire. Les 1h10 de spectacle passent dans un souffle, la tension est permanente et si tout le monde sait à quel point le film a marqué l’histoire du cinéma, le Walt de la pièce est en pleins tourments et doit redoubler de talent et de persuasion pour embarquer tout le monde dans l’aventure pour une implication collective sans faille et l’aboutissement d’un rêve qui paraissait impossible pour tout le monde, sauf pour Walt. Et quand le comédien demande au public de choisir le nom des 7 nains, tout le monde se bouscule pour déclamer les noms biens connus des 7 personnages, enfants en tête, c’est charmant comme tout.

Walt se poursuit jusqu’au 18 janvier et fait partie des pièces phares de la saison, à découvrir absolument.

Synopsis: DISNEY DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

Qui était Walter Elias Disney ? Certainement, l’homme le plus méconnu de la terre. Un nom controversé, adulé, incompris… Coincé entre la vie et l’imaginaire, Walt avait un rêve : marquer l’histoire et offrir ses lettres de noblesse au cartoon. Prêt à tout pour atteindre le sublime, il a frôlé le divin et a touché la folie. Son histoire, comme celle de tous les génies, intrigue et fascine le monde entier. Cette pièce déroule le processus de création de Blanche Neige, long, douloureux, semé d’obstacles, dans lequel il s’est engagé avec ses studios, un peu comme on emprunte une voie sans issue, avant de trouver la voie royale.

Quand la création devient une obsession dévorante.

Création inédite à découvrir pour la première fois au Lucernaire.

Détails:

Mercredi > samedi 19H| Dimanche 15H30

Du 5 novembre au 18 janvier 2026, Salle Paradis

« Killer Joe » : le mal n’entre pas, il est déjà là

« Killer Joe » : le mal n’entre pas, il est déjà là
Killer Joe – Mise en scène Patrice Costa (© Patrick Fouque)

« Killer Joe » : le mal n’entre pas, il est déjà là

« Killer Joe », chez Patrice Costa, ne cherche pas à plaire. Il serre la gorge. Il rit jaune. Il pue la sueur morale et la violence domestique. Et c’est précisément là que le spectacle fait mouche, sans management aucun.

La pièce de Tracy Letts est déjà une grenade dégoupillée : une Amérique en lambeaux, des liens familiaux rongés par l’appât du gain, un tueur à gages qui agit comme révélateur chimique des pourritures ordinaires.

Patrice Costa choisit de ne pas désamorcer l’engin. Au contraire, il l’approche du visage du spectateur, très près, si près parfois, jusqu’à ce que le rire se transforme en rictus.

La mise en scène est sèche, presque cruelle dans sa frontalité. Pas d’esbroufe. Pas de poésie décorative pour adoucir l’horreur. Tout est là, brut, comme un fait divers qu’on lirait à voix haute autour d’une table trop petite.

Une morale sans garde fou

Le plateau devient une cuisine mentale : lieu banal, théâtre des monstruosités les plus intimes. Costa comprend que « Killer Joe » n’est pas une pièce sur la violence, mais sur la normalité de la violence. Et il la montre sans cligner des yeux.

Le personnage de Joe Cooper, pivot toxique de l’ensemble, n’est pas joué comme un démon flamboyant, mais comme un homme calmement certain de son pouvoir.

Pas de grands effets, pas de cabotinage : le mal ici parle doucement, sourit parfois, et c’est cela qui glace. Face à lui, la famille Smith se débat dans une misère qui n’est pas seulement économique, mais morale.

L’interprétation des acteurs est le nerf à vif du spectacle, et Patrice Costa a manifestement exigé d’eux une vérité sans filet. Aucun jeu de protection, aucun clin d’œil rassurant : les corps sont engagés, les voix souvent à découvert, parfois volontairement plates, comme si l’horreur devait surgir non du surjeu mais de l’évidence.

La famille Smith fonctionne comme un chœur disloqué, chacun enfermé dans sa petite lâcheté, son désir minable, son aveuglement obstiné, et c’est précisément cette absence de psychologie explicative qui rend leurs actes si dérangeants.

Quant à Joe Cooper (impeccable Benoît Solès), il est incarné avec une maîtrise glaçante : calme souverain, autorité presque abstraite, violence tenue en laisse jusqu’au moment où elle devient inévitable. Rien n’est appuyé, tout est sous tension

Les acteurs ne cherchent pas à séduire le public, ils l’embarquent de force dans un espace moral irrespirable. Et c’est dans cette rigueur, presque ascétique, que leur travail impressionne : ils ne jouent pas des monstres, ils jouent des gens — et c’est infiniment plus terrifiant.

Le rythme est maîtrisé, tendu comme un fil prêt à rompre. Les silences comptent autant que les éclats. Le rire du public — car on rit — arrive toujours avec une demi-seconde de retard, comme s’il fallait vérifier intérieurement si l’on avait le droit. C’est bon signe. Cela veut dire que le spectacle travaille. Qu’il dérange là où il faut.

On pourrait reprocher à cette mise en scène son absence de distance, son refus de l’élégance, son goût pour l’inconfort prolongé. Mais « Killer Joe » n’est pas une pièce aimable. Et Patrice Costa a l’intelligence de ne pas chercher à la rendre fréquentable. Il en assume la brutalité, la sécheresse, la noirceur presque obscène.

Et c’est là, dans cette lucidité sans fard, que réside la réussite la plus inquiétante — et la plus juste — de ce « Killer Joe ».

Date : depuis le 9 octobre 2025 – Lieu : Théâtre de l’Oeuvre (Paris)
Mise en scène : Patrice Costa

« La Séparation » : l’art du théâtre et de la littérature (derniers jours)

"La Séparation" : l’art du théâtre et de la littérature
Léa Drucker et Catherine Hiegel, dans « La Séparation », de Claude Simon, mise en scène par Alain Françon, photo JEAN-LOUIS FERNANDEZ

« La Séparation » : l’art du théâtre et de la littérature (derniers jours)

Il y a des pièces qui tiennent dans une intrigue, et d’autres qui tiennent dans une fêlure existentielle. « La Séparation » appartient à la seconde catégorie : pas de confort narratif, pas de drame emballé, mais un effritement lent, une langue qui respire comme un animal blessé.

Claude Simon, prix Nobel de littérature, ne s’invite pas souvent au théâtre ; Alain Françon, lui, ose l’y porter. Et c’est un choc.

« La Séparation » est d’abord cette déflagration dans le temps. Ce vertige qu’on entrevoit sous la surface du quotidien. Claude Simon ne signe pas un spectacle de psychologie ordinaire ; il écrit un huis clos où les murs sont minces, mais les ombres poisseuses, où le silence et la parole trichent tout autant l’un que l’autre.

Ici, la séparation n’est pas simple rupture conjugale, elle est fragmentation : entre les vivants et les morts, entre le passé qui ne lâche pas la mémoire et le présent qui tente de se défaire de ses chaînes. De l’existence anéantie.

Alain Françon ne couche pas la pièce sur les planches comme un inventaire. Il la superpose, la creuse, la laisse résonner. On se souvient qu’il aime le texte comme matière, comme une toile de fond exigeante, qui ne se plie pas.

Il respecte les didascalies, mais les transforme en zones liminaires — ce décor de deux salles de bain mitoyennes, cette cloison fine qui sépare deux chambres mais laisse entendre, sentir, voir que les vies s’entremêlent, se reflètent, se désagrègent.

Le spectacle tresse le rire amer et la douleur feutrée. Françon met en lumière les ridicules, les jalousies ingrates, les désirs qui se taisent, autant que les mots qui claquent comme des portes qu’on referme.

Il installe une simultanéité troublante : les scènes dans les deux pièces contiguës se répondent, s’opposent, se réverbèrent. Le miroir n’est pas seulement un objet, il devient personnage, champ de bataille intérieur.

Une distribution incandescente 

La scénographie joue à merveille de tout cela, de la proximité, de la cloison trop mince. Ce voisinage forcé devient métaphore : couples qui se disloquent, désirs qui se croisent, rancunes qui transpirent. Françon installe une tension magnétique, où chaque mot semble pouvoir fissurer le mur.

Ainsi à l’abri de ces deux espaces jumeaux, séparés mais liés, miroirs, éclats, lumières qui glissent du jour vers des teintes nocturnes, le décor crée un climat de tension et d’une proximité inquiétante.

Dans cette mise en scène d’une maîtrise absolue, la langue de Simon, musicale, tremblante, irrégulière, métaphysique, riche des digressions, des retours, des images obsédantes, est ici magnifiée. Françon ne le domestique pas, il la laisse déployer ses résonances. On y entend l’amour qui se défait, la jalousie qui grince, la vieillesse qui s’incruste, la mort qui veille.

Et la force du spectacle est là : faire entendre ce texte sans l’affadir. Françon ne cherche pas à clarifier, il orchestre les obsessions de la langue. Le spectateur doit céder, accepter de ne pas tout saisir, se laisser travailler par la matière verbale. C’est exigeant mais d’une intensité unique.

Le jeu est un trésor de contrastes. Léa Drucker (Louise) porte une douceur inquiète, une lumière intérieure qu’on devine vacillante. Elle est à la fois désir, hésitation, culpabilité, ombre. Catherine Hiegel (Sabine) aux éclats brûlants, incarne la colère vieillissante avec une précision volcanique : chaque réplique claque comme si c’était la dernière. Elle est impressionnante de virtuosité.

Alain Libolt et Pierre-François Garel tissent avec elles une toile d’ambiguïtés, de failles et de fragilités. Catherine Ferran, en contrepoint grave, installe la note sourde de la mort qui rôde.

Ces personnages ne sont pas joués, ils sont vécus, subis, burinés par le temps. Là où Françon laisse respirer les silences tout autant que le poids des mots.

« La Séparation » est une œuvre rare : exigeante, ardente, mêlant le trivial à l’élévation. C’est un grand théâtre littéraire, un théâtre de la langue et de l’ébranlement.

Dates : du 24 septembre au 31 décembre 2025 – Lieu : Les Bouffes Parisiens (Paris)
Mise en scène : Alain Françon

[BD] La Grande Histoire de Picsou – Tome 01 : quand l’icône devient légende


[BD] La Grande Histoire de Picsou – Tome 01 : quand l’icône devient légende

Dans ce premier volume de La Grande Histoire de Picsou, Don Rosa offre une réédition prestigieuse de ses récits les plus marquants autour du célèbre canard le plus riche du monde. L’ensemble constitue une relecture patrimoniale de l’œuvre de Carl Barks, prolongée et enrichie par Rosa, qui explore de façon chronologique les aventures, la généalogie et les origines de Balthazar Picsou, personnage devenu emblématique de l’univers Disney.

Créé à partir de la fin des années 1980, le cycle de Don Rosa raconte notamment la jeunesse de Picsou, de son enfance à Glasgow à son ascension vers les mers, l’or et les trésors. Ce volume, dans un nouveau format soigné, compile ces récits avec une structure claire qui met en valeur l’intelligence narrative, l’humour fin et le ton parfois dramatique qui caractérisent l’auteur.

La force de cette édition repose aussi sur son style graphique riche en détails comiques et visuels. Rosa puise dans l’héritage de Barks tout en développant une profondeur narrative remarquable, accumulant anecdotes, cohérences internes et clins d’œil aux lecteurs de longue date comme aux nouveaux venus.

On peut souligner le plaisir de retrouver ces histoires dans un grand format réédité, fidèle à l’esprit original mais magnifié par une mise en page moderne, bien accueillie par les amateurs de BD Disney. 

Extrait de la BD :



Résumé éditeur :

L’œuvre de Don Rosa dans un nouveau format ! Créé par Carl Barks en 1947, Picsou, le canard le plus riche du monde qui aime à plonger dans son coffre-fort rempli de pièces d’or, s’est rapidement imposé comme l’un des personnages les plus intéressants de l’univers Disney. Don Rosa prolonge, complète et explique l’œuvre d’origine, allant jusqu’à créer l’arbre généalogique de la famille Duck et proposer l’histoire de la jeunesse de Balthazar Picsou. Avec des scénarios épiques et parfois matures, un style graphique détaillé et un ton sarcastique, Rosa a définitivement donné à Picsou son statut de personnage iconique.
Date de parution : 03 décembre 2025
Auteur : Don Rosa
Éditeur : Glénat Disney
Collection / Série : La Grande Histoire de Picsou – Grands Maîtres
Prix indicatif : 19,00 €

« Notre-Dame de Paris » : L’Amour à mort sous haute tension à l’Opéra Bastille

« Notre-Dame de Paris » : L’Amour à mort sous haute tension par Roland Petit, sur France 4
Stéphane Bullion (Quasimodo) © Julien Benhamou – Onp

« Notre-Dame de Paris » : L’Amour à mort sous haute tension à l’opéra Bastille

Une conception théâtrale du ballet ainsi qu’un sens aigu de la dramaturgie du chef d’œuvre de Victor Hugo, font de cette version avant-gardiste de Notre-Dame de Paris, créée en 1965, par Roland Petit pour l’Opéra de Paris et 90 danseurs, un spectacle total.

Entre Maurice Jarre à la musique qui a composé une série de mouvements mélodiques et rythmiques à base de cuivres, de percussions, de guitares électriques, René Allio aux décors imposants mais stylisés dans le pur esprit hugolien et sa force noire, sans oublier Yves-Saint Laurent aux costumes éblouissants et lignes structurées, chacun s’ancre avec force et sobriété dans cette fresque chorégraphiée par Roland Petit, qui en imprime les tableaux essentiels.

L’attroupement bigarré, tout en mouvement du peuple de Paris avec leurs justaucorps colorés et l’histoire d’amour et de passion mortelle, se tisse, se compose, et s’affirme par la seule expression de la danse, entre créativité et intensité, où les 4 héros principaux se confrontent à leurs destins impossibles.

Il y a là l’éternelle amoureuse et ensorceleuse Esméralda, le tendre mais complexé Quasimodo, le sombre Frollo tiraillé entre ses désirs et sa conscience, entre la chair et l’esprit, enfin le bel officier Phoebus au costume de superman d’inspiration Mondrian dont s’est éprise Esméralda et qui la conduira à sa perte.

Hugo Marchand ou Antonio Conforti est un Quasimodo poignant et déchirant dont la tendresse si émouvante transparait dans chacun de ses gestes et de ses mouvements empêchés, tandis qu’Esmeralda (Amandine Albisson) virevolte avec une grâce et une légèreté féline.

Le Frollo de Pablo Lagasa a l’inquiétude mortifère du trouble qui l’habite et Florian Magnenet une candeur ravageuse.

Dates : du 6 au 31 décembre 2025 – Lieu : Opéra Bastille (Paris)
Chorégraphe : Roland Petit

Tu es mon plus beau cadeau (Ayo Editions)

Tu es mon plus beau cadeau (Ayo Editions)

Les éditions Ayo nous proposent un très bel album : Tu es mon plus beau cadeau. C’est l’histoire de Maé. Sa maman est tout le temps triste car elle est en plein divorce. Du coup, elle pleure beaucoup et ne décore pas du touT sa maison pour Noël.
Un jour, Maé a une super idée pour redonner le sourire à sa maman. Il va demander de l’aide aux voisins, à sa grand-mère et avec eux, ensemble, ils vont décorer toute la maison, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Et quand sa maman va découvrir ce qu’a fait Maé pour elle, elle va se rendre compte que son plus beau cadeau, c’est lui !
Tu es mon plus beau cadeau est un album à lire aux tout-petits, un album centré sur les vrais valeurs, qui ose aborder des thèmes délicats ! Le jeune lecteur pourra même écouter l’histoire en audio, racontée par l’autrice elle-même, Audrey De Matos ! Les illustrations de Monica Bauleo nous ont ravis, tant par leurs couleurs, que par leurs expressions ! Une belle idée de cadeau pour le Père Noël !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Novembre 2025
Auteur : Audrey De Matos
Illustrateur : Monica Bauleo
Editeur : Ayo Editions
Prix : 16 €

Le pacte puissant des petites filles modernes de Joël Pommerat

Le pacte puissant des petites filles modernes de Joël Pommerat
© Agathe Pommerat

Le pacte puissant des petites filles modernes de Joël Pommerat

Avec « Les petites filles modernes (titre provisoire) », Joël Pommerat poursuit son exploration de l’enfance et de l’adolescence, mais en en déplaçant nettement le centre de gravité.

Là où ses précédentes incursions s’attachaient à démonter les récits fondateurs ou à en révéler les failles, cette nouvelle création assume pleinement le surgissement du fantastique comme réponse à l’insuffisance du réel.

La pièce s’articule autour de deux jeunes filles liées par une amitié exclusive, presque sacrée. Ce pacte, d’abord intime, devient progressivement une force de résistance face au monde adulte, perçu comme une instance de séparation, de normalisation, voire de dépossession.

Lorsque le réel échoue à contenir leur expérience, le surnaturel s’impose non comme une échappée imaginaire, mais comme une logique alternative, plus juste, plus fidèle à ce qui se joue dans les corps et les affects.

Pommerat ne raconte pas cette histoire de manière linéaire. Les événements se donnent à voir tout en étant racontés, créant un décalage constant entre l’action et sa mise en récit.

Ce dispositif installe une distance réflexive : le spectacle n’est jamais entièrement dans le présent, ni totalement dans la mémoire. Il se construit dans cet entre-deux, où le théâtre devient un espace de pensée autant que de sensation.

Un monde qui glisse

La scénographie, presque entièrement constituée par la lumière et la vidéo, contribue à cette instabilité. Les espaces sont fragmentaires, mouvants, parfois abstraits. Ils ne figurent pas des lieux réalistes mais des états perceptifs.

Le plateau se transforme en paysage mental, traversé par des peurs, des désirs, des projections. Le surnaturel n’est pas montré frontalement ; il affleure, trouble la perception, fissure les certitudes.

L’interprétation se distingue par une grande retenue. Les comédiennes ne cherchent jamais l’effet naturaliste ni l’identification immédiate.

Elles incarnent des figures en devenir, traversées par une intensité affective qui excède les cadres habituels de la représentation de l’enfance. L’amitié, loin d’être idéalisée, apparaît comme une force ambivalente, capable de protection autant que de destruction.

En filigrane, « Les petites filles modernes » interrogent notre rapport contemporain à l’enfance. Non plus comme un âge à préserver de toute violence, mais comme un espace déjà profondément troublé par les tensions du monde social.

La modernité du titre ne renvoie pas à une époque ou à des codes, mais à une exposition précoce aux logiques de normes, de contrôle et de séparation.

Sans jamais céder à la démonstration, Pommerat signe une œuvre dense, inquiète, qui fait du fantastique non un genre, mais une nécessité introspective et sensible. Un théâtre qui ne cherche pas à expliquer, mais à maintenir ouvertes les zones de trouble, là où, peut-être, quelque chose peut encore advenir.

Dates : du 18 décembre 2025 au 24 janvier 2026 – Lieu : Théâtre Nanterre des Amandiers 
Conception et Mise en scène : Joël Pommerat

Un nouveau vin de Bourgogne Blanc 2024 à découvrir chez Les Orfèvres du Vin

Les Orfèvres du Vin proposent leur nouveau Bourgogne Blanc Cuvée Prestige 2024. Composé du cépage Chardonnay, le vin a été élevé en fûts pendant 11 mois pour un résultat qui reflète l’exigence de la prestigieuse maison viticole. L’œnologue de la cave, Lucie Tanchon est à la manœuvre pour diriger le travail de précision avec l’aide de Jérôme Chevalier, Maryline Vandaele et François-Régis Barbier. Après 2 mois supplémentaires en cuve inox, la cuvée a pu enfin être mise en bouteille fin octobre 2025. Cette appellation est très représentative de la gamme Prestige et provient d’une parcelle de vignes de plus de 30 ans d’âge. Le résultat est un Bourgogne Blanc très équilibré à la robe brillante de couleur jaune soutenu et au nez gourmand avec des notes d’amandes grillées légèrement torréfiées. En bouche, l’attaque est fraiche et enrobante, avec des notes d’abricot séchées qui donnent un final légèrement boisé. Le vin se déguste idéalement avec un poulet à la crème, un pavé de rumsteck sauce poivre vert ou des fromages de région comme du bleu de Bresse, du morbier ou un chèvre sec. Proposé à 11,90€ la bouteille ou 66 euros le carton de 6 bouteilles, c’est un excellent choix de vin blanc, pour les fêtes ou plus.

Publireportage: Fondée en 1929, la cave regroupe l’équivalent d’un gros Domaine avec 60 adhérents. Les Orfèvres du Vin sont devenus au fil des années des artistes autant que des artisans. Car c’est réellement tout un art de développer une telle palette de 15 appellations de qualité constante, sur 120 hectares, cultivés et soignés dans la plus pure tradition vigneronne. Et il faut tout le talent et tout le savoir-faire d’artisans passionnés par leur métier et amoureux du Mâconnais pour élever années après années des vins blancs et rouges qui se distinguent régulièrement dans les concours régionaux et nationaux. Situés aux portes du Mâconnais, les Orfèvres du Vin sont depuis toujours attachés à donner leurs plus belles lettres de noblesse aux cépages phares de la région : l’Aligoté bien sûr, mais aussi l’inimitable Chardonnay ainsi que le Gamay et le Pinot noir. Pour vos destinations de loisirs et de week-end, le chai est situé idéalement dans un écrin de verdure au départ de la Voie verte Mâcon-Cluny, face à la Roche de Solutré. Le circuit du Val Lamartinien, ou encore le circuit des églises romanes, achèveront de vous dépayser dans un cadre touristique et culturel authentique et varié.

[BD] Knight Club T1 – Croisades, humour et épopée chevaleresque (Dupuis)


[BD] Knight Club – Tome 1 : chevaliers, humour et choc des cultures (Dupuis)

Avec Knight Club, Arthur de Pins livre une aventure médiévale décalée qui conjugue humour, action et regard contemporain sur l’Histoire. L’intrigue se déroule au XIIe siècle, en pleine époque des Croisades, un contexte explosif que l’auteur détourne avec intelligence pour en faire le terrain d’un récit aussi drôle que rythmé.

Au centre de l’histoire, Séraphine, une forgeronne talentueuse dont le village est menacé par les pillages de croisés francs. Refusant la fatalité, elle entreprend un voyage jusqu’à Jérusalem afin de recruter une troupe de chevaliers capables de défendre les siens. Le « casting » donne naissance à un groupe hétéroclite, aux caractères bien trempés, où incompréhensions culturelles, rivalités et dialogues anachroniques font mouche.

Le scénario joue habilement sur le décalage entre époque médiévale et préoccupations modernes. Sans jamais tomber dans la parodie gratuite, Arthur de Pins aborde la violence des conflits, l’absurdité de certaines croyances et la difficulté du vivre-ensemble, le tout porté par un humour constant qui fait la patte de l’auteur et une narration fluide.

Graphiquement, le style reconnaissable de l’auteur — lignes nettes, influences de l’animation, sens aigu du mouvement — apporte une grande lisibilité à l’ensemble. Les scènes d’action sont dynamiques, les expressions savoureuses, et l’univers visuel renforce l’accessibilité du récit. Un premier tome généreux, salué pour son ton original et son efficacité narrative.

Extrait de la BD :



Résumé éditeur :

Bienvenue au XIIe siècle, cette époque délicieuse où porter une armure en métal sous un soleil brûlant est à la mode ! Séraphine, forgeronne émérite, arpente les déserts brûlants de la Terre sainte à la recherche d’une escouade de guerriers assez téméraires – ou inconscients – pour protéger son village natal des croisés Francs qui menacent de revenir piller les habitants sous peu.

Après un casting rocambolesque à Jérusalem, l’armurière parvient à rassembler une équipe des plus redoutables… mais aux origines bien différentes ! La cohabitation promet d’être explosive et hilarante, entre les conflits culturels incessants et les discussions enflammées sur les tactiques guerrières, les recettes locales ou les styles vestimentaires. Mais derrière cette farce permanente, une certitude émerge : pour défendre leur village, ils devront d’abord réussir à ne pas s’entretuer. Et ça, c’est loin d’être gagné !

Pour la première fois, Arthur de Pins se lance dans un roman graphique, en deux volumes et sur un sujet adulte, tout en conservant son humour et sa mise en scène dynamique héritée du cinéma d’animation.

Date de parution : 05 décembre 2025
Auteur : Arthur de Pins
Éditeur : Dupuis
Collection / Série : Knight Club – Aventure / Humour
Format / Pages : Relié – 192 pages
Prix indicatif : 23,50 €

Le Lac des cygnes revu et corrigé par Angelin Preljocaj : saisissant

Le Lac des cygnes revu et corrigé par Preljocav à L'Opéra Royal de Versailles
Le Lac des cygnes © JCCarbonne

Le Lac des cygnes revu et corrigé par Angelin Preljocaj : saisissant 

Après Blanche Neige et Roméo et Juliette, Angelin Preljocaj renoue avec le ballet narratif et son goût pour les histoires. Mêlant le chef-d’œuvre musical de Tchaïkovski à des arrangements plus contemporains comme il aime à le faire, il s’empare du mythe de la femme-cygne, et y ajoute des problématiques à la fois écologiques, psychologiques et politiques très actuelles.

Odette est une jeune fille sensible aux questions environnementales. Quant à Siegfried, il est le fils du PDG d’une entreprise spécialisée dans la vente de plates-formes de forage. Un soir où Odette flâne au bord du lac des cygnes, elle se retrouve nez à nez avec Rothbart, un entrepreneur véreux et sorcier à ses heures.

Celui-ci a découvert un gisement d’énergie fossile aux abords du lac et cherche à exploiter ces terrains. Mais confronté à la jeune fille, dont il craint qu’elle ne contrecarre ses plans, il use de ses pouvoirs et la transforme en cygne…

Beauté froide et lignes chorégraphiques réinventées

Transposition du conte donc dans le monde de l’industrie, du pouvoir et de la finance où les amours contrariées se vivent au milieu des gratte-ciels et de ses artifices entre moments de fêtes et d’hystérie collective.

La première scène donne le ton : la danseuse qui incarne Odette, Théa Martin ou Mirea Delogu, est attrapée par plusieurs hommes en noir, et transformée, manu militari, en cygne.

Cette métamorphose forcée, sur la musique inquiète de Tchaïkovski, annonce la radicalité du final qui verra les cygnes, en un moment suspendu, tomber ensemble au sol et dont la chute métaphorique au regard de l’écosystème sacrifié, prend une dimension apocalyptique.

Entre temps le livret, revu et corrigé par Preljocaj, aura suivi cette trame écologique avec inventivité. L’ambiance nocturne du lac est ici reconstituée par des vidéos de Boris Labbé qui donnent à voir deux mondes qui s’affrontent : la ville, l’industrie, la finance, et d’autre part, le lac, encore préservé, mais soudain menacé.

Comme l’eau, denrée rare. Il y a une dramaturgie qui mène à la catastrophe et qui se joue en soubassement du lac qui va être profané par l’usine de raffinerie, ou de forage, dont on voit la maquette au premier acte et où la partition de Tchaïkovski se fond dans les pulsations électroniques du groupe 79D qui en augmentent la tension dramatique.

La chorégraphie, entre figures classiques et contemporaines, se déploie en grands ensembles dansants et les cygnes s’éploient en lignes onduleuses et fluides.

De cette tension palpable entre l’envol et la chute qu’imprime ce lac, Preljocaj en tire des tableaux d’ensemble saisissants et pas de deux très maîtrisés où la boîte de nuit fait exploser les bals de cour tandis que les ballerines oublient les pointes pour danser pieds nus et ancrer leurs mouvements entre le tellurique et l’aérien.

Le chorégraphe s’offre même quelques citations ou clins d’œil à l’œuvre originale. Avec ses vingt-six danseurs aériens et toujours impeccables, sa charge émotionnelle pleinement assumée, ce Lac des cygnes revisité tient sa promesse entre beauté froide et lignes chorégraphiques réinventées.

Dates : du 21 décembre 2025 au 4 janvier 2026 – Lieu : Théâtre des Champs-Elysées (Paris)
Chorégraphe : Angelin Preljocaj

 

« Madame Ose Bashung » et plus rien ne s’oppose à son cabaret drag-queen

adame Ose Bashung et plus rien ne s’oppose à son cabaret drag-queen
Phto © Charlène Yves

Madame Ose Bashung et plus rien ne s’oppose à son cabaret drag-queen

C’est sur la scène du célèbre cabaret de Pigalle « Madame Arthur » qu’est né ce spectacle. Sébastien Vion, alias Corinne, et ses copines Brenda Mour (Kova Rea) et Patachtouille (Julien Fanthou) s’emparent du répertoire d’Alain Bashung.

Une relecture à l’aune de leur univers fantasmagorique et drag-queen qui ne dénature jamais l’œuvre et sa flamboyance lunaire, que ces figures se réapproprient dans une fidélité intacte.

La nuit raccroche à la vie, à la surenchère, au désir

Entourées d’excellents musiciens avec un quatuor à cordes, une guitare électrique, un piano, la poésie noire et surréaliste du chanteur empreinte de son aura, se part de leur travestissement et des codes du cabaret : costumes délirants, paillettes à gogo et séduction outrancière, là où la nuit raccroche à la vie, à la surenchère, au désir, à la folie, à l’érotisme et à la tendresse.

Du « Osez Joséphine » dans un saloon au « Vertige de l’amour » dans un lit gonflable, du « Bombez » en catcheuses à « La nuit je mens » sous lampadaire, la troupe délurée mais pas que ! nous entraîne sur les routes d’un imaginaire insolite, portée par les mots les plus sinueux du rocker aux multiples échos.

Exultation des voix et des corps, scène acoustique, projections vidéo et énergie débridée, il y a du plaisir à revendre, osez !

Dates : du 26 au 30 décembre 2025 – Lieu : Théâtre du Rond-Point (Paris)
Conception et mise en scène : Sébastien Vion

Au Rond-Point, la masculinité à l’épreuve

Au Rond-Point, la masculinité à l’épreuve
(©) Marc Domage

Au Rond-Point, la masculinité à l’épreuve

On entre dans « Débandade » comme on débarque dans une fête où l’on ne sait ni qui a lancé l’invitation ni quel sera le premier toast porté à la masculinité.

Et c’est peut-être cela la vraie ambition de la pièce : ne pas traiter la masculinité comme un concept, mais la laisser surgir en désordre, en fragments, en éclats contradictoires, avec la même imprévisibilité que ces conversations qu’on a lorsqu’on ouvre un micro-trottoir à des hommes interrogés sur le sujet.

La chorégraphe Olivia Grandville ne construit pas un programme, elle tisse un kaléidoscope. Sur un plateau dépouillé mais précis, les corps, les voix, les musiques et les images s’entrechoquent.

On éprouve à la fois la douceur d’un solo vulnérable et la brutalité joyeuse d’une danse collective qui s’emballe, brouillant les genres comme on brouille une partition trop sage.

Grandville assemble des matériaux hétérogènes — gestes quotidiens, solos plus écrits, adresses au public, fragments musicaux — sans jamais les lisser.

Une grammaire en déséquilibre

Avec cette esthétique donc qui repose sur cette tension permanente entre construction et effondrement : une forme qui s’expose en train de se faire, et parfois de se défaire.

Les interprètes deviennent alors des figures mouvantes, jamais figées dans un rôle. Ils endossent des postures viriles, les surjouent, les abandonnent aussitôt.

Le plateau fonctionne comme un laboratoire sensible où la masculinité n’est pas tant analysée que mise en crise par la forme elle-même. Ce sont les choix esthétiques — fragmentation, ruptures de rythme, instabilité des registres — qui produisent le sens.

La musique, souvent intrusive, parfois assourdissante, agit comme un contrepoint brutal à la danse. Elle ne soutient pas le mouvement : elle le heurte. Elle participe à cette sensation de débordement constant, d’énergie qui refuse de se canaliser.

Une forme qui consiste à ne pas déconstruire la masculinité en martelant une idée préconçue, mais en la laissant se déconstruire elle-même sur scène, dans ses contradictions, ses postures clichées, ses moments de grâce et de déroute.

La scène devient un lieu de haute volée et de joyeux désordre, où la virilité explose en rires, en geste et en confession.

Et quand tout pourrait basculer dans la caricature, la chorégraphie fait surgir une vulnérabilité désarmante, un petit espace de sensibilité qui déstabilise le regard et invite à repenser l’image de l’homme non pas comme une figure monolithique mais comme une fragmentation complexe, contradictoire, en mouvement.

Et de ce questionnement incessant émerge une cohérence singulière. Une beauté rugueuse. Une poésie de l’excès et de la faille, si propre au lâcher-prise.

 Dates : du 17 au 20 décembre 2025 – Lieu : Théâtre du Rond-Point (Paris)

Immersion du regard avec Eva Jospin et Claire Tabouret au Grand Palais

Immersion du regard avec Eva Jospin et Claire Tabouret au Grand-Palais
À gauche : Claire Tabouret, Maquette détail © Claire Tabouret © photo Marten Elder, 2025 / À droite : Eva Jospin, vue d’exposition Palazzo, 2023, Palais des papes, Avignon © Photo Benoît Fougeirol © Adagp, Paris, 2025

Immersion du regard avec Eva Jospin et Claire Tabouret au Grand Palais

Il y a quelque chose de presque paradoxal à découvrir au Grand Palais, des œuvres pensées pour d’autres puits de lumière.

Des œuvres qui ne cherchent pas l’évidence, mais le trouble. Avec « Grottesco » et « D’un seul souffle », Eva Jospin et Claire Tabouret n’occupent pas l’espace : elles le déplacent. Elles l’obligent à changer de rythme, à perdre ses automatismes, à accepter une autre forme d’immersion.

Chez Claire Tabouret, cette immersion prend la forme d’un souffle retenu. L’exposition présente les six maquettes monumentales réalisées pour les vitraux sud de Notre-Dame de Paris. Non comme une promesse achevée, mais comme un moment suspendu, avant que la lumière ne s’y installe définitivement.

La maquette n’est pas ici un simple outil préparatoire : elle devient un espace de projection mentale, un lieu de doute assumé.

Le thème de la Pentecôte, choisi par l’archevêché de Paris, irrigue profondément le projet. Symbole d’unité et d’harmonie entre les hommes malgré la diversité de leurs langues, la Pentecôte est moins abordée comme un récit religieux que comme une idée fragile, presque utopique.

Tabouret s’en empare avec une sincérité désarmante, consciente du caractère presque naïf de cette espérance dans un monde qu’elle décrit elle-même comme « divisé, chaotique, effrayant« . Peindre l’unité, ici, n’est pas un geste d’autorité, mais un acte de foi au sens le plus large : croire encore à la possibilité du commun.

Le regard en grand

Les figures qu’elle déploie ne prêchent pas. Elles flottent, souvent à la limite de l’effacement. Groupes humains sans hiérarchie apparente, corps qui semblent liés par un même mouvement plutôt que par un récit.

L’harmonie n’est jamais totale, jamais triomphante. Elle tient par équilibre, par écoute, par cette idée simple et radicale d’un souffle partagé. La couleur est retenue, filtrée, comme si l’image avait déjà traversé une épreuve. La lumière est à venir. Et c’est précisément cette attente qui donne aux œuvres leur dimension sensorielle.

Face à cette verticalité fragile, Eva Jospin propose un mouvement inverse. « Grottesco » rassemble une quinzaine d’œuvres qui composent moins une exposition qu’un paysage mental.

Ici, on ne regarde pas vers le ciel, mais vers l’intérieur, vers les replis, vers l’ombre. Les grottes, les bas-reliefs végétaux, les architectures imaginaires se succèdent comme autant de variations sur une même obsession : creuser, répéter, ornementer jusqu’à l’épuisement du regard.

Le carton, matériau pauvre et obstinément anti-héroïque, devient sous les mains de Jospin une matière presque noble. Sculpté, stratifié, travaillé jusqu’à la saturation, il imite la roche, la ruine, le feuillage, sans jamais chercher l’illusion parfaite. On voit le geste, le temps, la patience.

Et surtout, on ressent la densité. L’œil se perd dans la prolifération des formes, dans cette accumulation presque hypnotique qui évoque autant les jardins maniéristes que les décors d’opéra ou les architectures de pouvoir vidées de leurs figures.

L’absence de présence humaine est ici frappante. Pourtant, tout parle de nous. Ces décors vides ressemblent à des théâtres abandonnés, à des paysages conçus pour des cérémonies oubliées.

L’ornement devient un langage autonome, presque politique : trop de formes, trop de détails, comme si le monde, incapable de dire l’essentiel, se réfugiait dans l’excès.

La beauté est réelle, séduisante même, mais jamais confortable. « Grottesco » n’est pas un refuge esthétique ; c’est une immersion qui creuse, qui oblige à se perdre pour continuer à regarder.

Dans le cadre du Grand Palais, les œuvres de Jospin fonctionnent comme une contre-architecture. Là où le bâtiment célèbre la transparence, la hauteur, la clarté, elle oppose l’enfouissement, l’opacité, la densité.

Elle ne dialogue pas avec le lieu : elle le contredit. Tabouret, à l’inverse, travaille avec une lumière absente mais promise. L’une creuse l’ombre, l’autre prépare le passage du jour.

Entre « D’un seul souffle » et « Grottesco », il n’y a pas de réponse, seulement une tension féconde. Deux gestes contemporains qui refusent le spectaculaire immédiat pour proposer autre chose : une expérience. 

 Dates : du 10 décembre 2025 au 15 mars 2026 – Lieu : Grand Palais (Paris)

Bound, le premier diamant noir des Wachowski, sort en édition 4K chez l’Atelier d’Images.

Peu de cinéastes peuvent se vanter d’avoir effectué leurs premiers pas dans le 7e Art comme les Wachowcki en 1996 avec leur film Bound. En une seule œuvre, les sœurs ont dessiné tout ce qui allait faire la recette de leurs succès à venir. A commencer par Matrix, leur 2e film réalisé 3 ans après Bound. Et pourtant nous sommes à des années lumières de cette science fiction pointue qui signera la patte Wachowski. Bien au contraire ici. Cette relecture du Film Noir classique comporte tous les éléments clefs obligatoires : une esthétique prononcée qui tire vers les jeu d’ombres, des verbes qui scellent et retournent des situations vénéneuses et, évidemment, le prototype même de la femme fatale. La trop rare Jennifer Tilly incarne à la perfection Violet, cette femme de gangster qui rêve d’une évasion ultime. Celle que pourrait lui offrir Corky, l’ex-voleuse de rêve qui s’occupe du chantier de l’appart voisin. Coup de foudre à l’écran dans un ascenseur, puis coup de chaud pour nous spectateur avec une romance lesbienne graphique à la patine érotique tellement 90’s. Et qui d’autre que Gina Gershon, véritable sex-symbol de cette décennie, pour enflammer l’écran. A l’image de la couverture de cette édition 4K signée l’Atelier d’Images avec ce quasi-baiser baigné dans un deep purple que n’aurait pas renié le grand Prince.

La matrice de tout œuvre.

Comme tout premier film, celui-ci souffre parfois d’une générosité enthousiaste. Mais, elle est vite compensée par une véritable rigueur dans l’esthétique, le montage et le son. Exactement tout ce qui conduira Lilly et Lana dès le film suivant à toucher du doigt le mot CULTE au cinéma avec Matrix. Dès que Bound s’emballe, les Wachowski passe à la vitesse supérieure et font preuve d’une inspiration de tous les instants, digérant parfaitement tous les codes d’un genre hyper codifié, le Film Noir, pour le transcender et l’amener dans leur univers graphique (Naissance de leur immense collaboration avec leur DP, Bill Pope). Impossible de ne pas penser à Trinity et ses tenues full cuir quand on entend Violet se déplacer. Les scènes de fusillade sont déjà hyper découpées et stylisées. Et bien sûr, les vilains mafiosos portent des lunettes de soleil comme les innombrables Agent Smith. D’un quasi huis clos à la forte odeur de poudre, de tapis imbibés d’hémoglobine et de sensualité, les Wachowski ont su dessiner un des plus sulfureux thriller lesbien, qui pourtant, est longtemps resté dans l’ombre de son successeur. Cette édition 4K est l’occasion rêvée pour rattraper la grande sœur de la bande à Neo & Morpheus.

BOUND en édition 4K est disponible depuis le 2 décembre 2025, au prix indicatif de 29,99 €. En complément, vous y trouverez une présentation du film par Caroline Vié (20 minutes), les commentaires du trio d’acteurs principales, ainsi que les documentaires « Modern noir » et « Playing with expectations ».

Synopsis : Violet, maîtresse d’un truand spécialisé dans le blanchiment d’argent pour la mafia, se prend d’une passion violente pour Corky, voleuse, en liberté provisoire après cinq ans de prison et qui repeint l’appartement de ses voisins. Violet décide de séduire Corky. Elle ne manque pas d’arguments car son compagnon cache dans leur appartement deux millions de dollars.

Delirium, by Goroweko: À la découverte du manga josei international

Lorsque Delirium est apparu discrètement sur les étagères de plusieurs librairies londoniennes à la fin de l’année 2025, il s’est immédiatement démarqué. Au milieu de rangées de nouveautés parfaitement abouties, ses lignes brutes, sa palette sourde et son calme inquiétant ont attiré l’attention des lecteurs. Intrigués par cette arrivée inattendue, nous avons demandé à Frédéric Toutlemonde, expert manga renommé, de partager son avis sur l’œuvre. Frédéric Toutlemonde est éditeur (Japon–France) et PDG de Toutlemonde Production Co., Ltd., une entreprise spécialisée dans l’édition internationale de manga. Grâce à sa vaste expérience dans l’évaluation de créateurs non japonais dans le domaine du manga, Toutlemonde offre un regard unique sur les tendances émergentes du manga contemporain.

Le manga s’impose aujourd’hui comme un support privilégié pour une nouvelle génération d’auteurs, en France comme à l’étranger. « Tony Valente, avec le manga Radiant (publié chez Ankama), a démontré qu’un créateur non japonais pouvait trouver sa place parmi les grands noms du manga, allant même jusqu’à recevoir une adaptation animée au Japon », explique Toutlemonde. Mais le territoire dominant de cette création manga internationale reste celui du shōnen, porté par l’action et l’aventure. Le josei, des récits matures destinés à un public adulte féminin, demeure un chemin plus discret, rarement exploré en dehors du Japon.

Toutlemonde ajoute que c’est précisément dans cet espace singulier que Delirium, l’œuvre de Goroweko, trouve sa place : une histoire inattendue, délicate et audacieuse, qui semble ouvrir la voie à une nouvelle diversité dans la création manga internationale. Delirium est un manga gothique et psychologique contemporain dont le premier volume a révélé aux lecteurs un projet audacieux, atmosphérique et sûr de lui.

Au cœur du récit se trouve Hotako, une actrice hantée par une ancienne blessure qu’elle n’a jamais affrontée. Lorsque sa vie sous les projecteurs devient ingérable, elle rejoint un programme de théâtre étudiant au sein d’une académie artistique. Ce programme rassemble de jeunes gens au passé judiciaire léger, cherchant à reconstruire leur vie. Plutôt que de les réduire à leur passé, le manga les dépeint comme des êtres vulnérables et inachevés. Le théâtre devient pour eux un espace de réconciliation, et pour Hotako, un lieu où remonte la vérité de ses peurs.

« Le langage visuel de Delirium est l’une de ses grandes forces, — explique Toutlemonde. — Les moments de dissociation de Hotako perturbent la page : les lignes perdent leur stabilité, les souvenirs envahissent le présent et les ombres obéissent à l’émotion plutôt qu’à la logique. Ces choix stylistiques volontaires amplifient la dimension psychologique du récit. » Il note que l’instabilité de la perception de Hotako ne donne jamais l’impression d’un effet ajouté pour le drame, mais plutôt « d’un langage interne que le manga parle couramment ». Il souligne les déformations de la page comme la preuve d’un créateur qui sait laisser la texture psychique interrompre la logique traditionnelle des cases. À ses yeux, l’œuvre révèle une « discipline de l’atmosphère » — une expression qu’il utilise pour désigner les artistes qui traitent l’ambiance non comme une décoration mais comme une structure. « Delirium avance comme une conscience qui tente de se souvenir d’elle-même : les distorsions graphiques témoignent d’un créateur qui sait laisser la texture mentale perturber la logique habituelle des planches. »

Selon Toutlemonde, le rythme du Volume 1 est rapide. Les scènes s’enchaînent parfois avant que le lecteur n’ait eu le temps d’absorber pleinement l’état émotionnel d’Hotako. « Cette rapidité crée une instabilité qui reflète son esprit et donne aux premiers chapitres un ton vif et agité. » Il n’y voit pas un défaut, mais un élément de la stratégie visuelle du manga, où la précipitation est intentionnelle et force l’œil à naviguer entre des changements brusques de composition, de la même manière qu’un esprit effrayé peut fracturer son propre champ de vision : « Dans ces premières pages, les arrière-plans se dissolvent ou se déforment, créant une dislocation visuelle qui transmet la perception fragmentée de l’héroïne. Ce n’est pas un chaos gratuit : la distorsion fonctionne comme une carte intérieure, le monde se brouillant lorsque Hotako refuse de l’affronter. »

À mesure que le récit avance, les environnements retrouvent leur clarté architecturale, et les espaces négatifs deviennent plus intentionnels. Toutlemonde explique que cette évolution est aussi visible sur la page que dans l’intrigue. « On voit les cases se stabiliser », remarque-t-il. « Les lignes retrouvent du poids, les ombres se comportent avec davantage de cohérence, et les mises en page cessent de se battre contre elles-mêmes. C’est l’œuvre qui reconquiert visuellement sa cohérence, avant même que les personnages ne le fassent. »

Toutlemonde souligne également la subtilité thématique de la narration de Goroweko. « Ce qui rend Delirium captivant, c’est la façon dont il équilibre intensité et retenue », dit-il. « L’auteur ne s’appuie pas sur le spectaculaire ou le choc ; la tension naît plutôt de ce qui n’est pas dit : les regards entre les personnages, les espaces que le lecteur doit habiter émotionnellement. » Il note que cette retenue permet à l’histoire de respirer, donnant plus de poids à ses éléments psychologiques et gothiques, et encourage les lecteurs à s’attarder sur les détails, tant des cases que des personnages. Selon lui, cette modulation soigneuse de la pression narrative fait de Delirium une œuvre qui respecte l’intelligence et la sensibilité de son public.

Delirium séduira les lecteurs attirés par la tension psychologique, la vulnérabilité émotionnelle et une réinvention contemporaine du roman gothique. Le Volume 1 est disponible en version imprimée en Angleterre, et la série manga en cours peut être lue en ligne sur le site officiel.

Laurent Lafitte dans « La Cage aux folles » : la consécration d’un artiste total

Laurent Lafitte dans « La Cage aux folles » au Châtelet : la consécration d’un artiste total
© Thomas Amouroux

Laurent Lafitte dans « La Cage aux folles » : la consécration d’un artiste total

Il fallait que « La Cage aux folles » s’invite au Théâtre du Châtelet car la salle aime les éclats et Olivier Py les défis.

Cette nouvelle production, portée par un Laurent Lafitte en état de grâce, assume parfaitement ce double héritage : celui d’un spectacle festif, et celui d’une œuvre dont la légèreté n’a jamais masqué l’aspiration à la liberté.

Laurent Lafitte en diva impériale mais pas que !

Dans le rôle d’Albin/Zaza, Laurent Lafitte se tient exactement là où peu d’acteurs osent aller : entre l’incandescence et la fragilité. Il ne cherche pas la performance, il cherche la vérité et la trouve souvent.

Son Albin, anxieux, tendre, presque timide, se transforme, sous les projecteurs, en Zaza impérieuse, reine falote et fièrement vulnérable.

Lorsqu’il entonne le grand air final, il ne s’agit plus de cabaret mais d’un moment de théâtre pur : un basculement où le personnage semble mesurer sa vie dans chaque note. Lafitte livre un rôle-somme, où l’ironie protège l’émotion sans jamais l’endiguer.

Olivier Py : un cabaret comme chambre d’échos

Que faire d’un musical aussi codé que « La Cage aujourd’hui » ? Olivier Py a choisi de tout embrasser : les plumes, les paillettes, les numéros, les tensions familiales, la part politique aussi — sans jamais les isoler les uns des autres. Sa mise en scène avance avec une précision d’orfèvrerie.

Le cabaret devient un lieu total, accueillant ses coulisses, sa rue, son envers et ses illusions dans un même geste. On passe d’une loge encore humide de maquillage à une plage nocturne avec un naturel déconcertant : le spectaculaire se fait fluide, dessiné pour mieux révéler ce qui se joue entre les êtres

Le metteur en scène signe ici une partition visuelle qui ne cherche pas la sophistication : elle la possède déjà, par nécessité. La beauté vient du mouvement, du rythme, de ce rapport assumé entre l’ébahissement et la pudeur. Sa fluidité, son intelligence, son amplitude sans être tapageuse, font le reste.

La réussite du spectacle tient aussi à une distribution finement pensée et harmonieuse. Damien Bigourdan, en Georges, offre un contrepoint subtil à Lafitte : un homme droit, sincère, parfois dépassé, mais d’une fidélité presque douloureuse. Leur duo trouve un équilibre rare : celui d’un couple rompu à l’amour comme à la dispute, dont chaque geste dit l’usure mais aussi la tenue

Emeric Payet campe un Jacob irrésistible, mélange explosif d’insolence et de précision comique. Harold Simon donne à Jean-Michel une honnêteté touchante. Gilles Vajou et Emeline Bayart, en Dindon, s’amusent des caricatures bourgeoises avec une cruauté délicieuse, cette dernière maîtrisant particulièrement l’art du détail expressif.

Lara Neumann et Maë-Lingh Nguyen complètent l’équipe avec une élégance et une justesse qui permettent au spectacle de respirer et de ne jamais basculer dans la saturation. Quant aux Cagelles, elles forment un chœur dansé à la fois sensuel, impertinent et redoutablement précis. Elles donnent au show son élan vital et sa capacité à réinventer le délire de la scène.

L’orchestre, dans une configuration volontairement allégée, trouve un juste équilibre : assez de nervosité pour soutenir les numéros, assez de finesse pour laisser respirer les voix. On y entend une intelligence du rythme, un sens du théâtre, une attention constante à la dynamique du plateau.

La force de cette production est de ne jamais forcer le trait politique. Py l’inscrit dans le mouvement, dans l’écriture scénique et festive, dans la manière dont le couple Albin-Georges se tient debout malgré tout.

Le propos n’est pas asséné : il affleure, comme une évidence. « La Cage aux folles » rappelle ainsi que la liberté n’est pas un manifeste mais un usage quotidien, celui de vivre, d’aimer, d’assumer son identité malgré les angles morts de l’intolérance.

Un spectacle féérique, généreux, tenu avec maîtrise où Laurent Lafitte y livre un de ses rôles les plus habités. « Une Cage aux folles » qui, sans renier sa dimension populaire, retrouve une précision, une émotion et une vision contemporaine.

 Dates : du 5 décembre 2025 au 10 janvier 2026 – Lieu : Théâtre du Châtelet (Paris)
Mise en scène : Olivier Py

« 1925–2025. Cent ans d’Art déco » : un siècle de lignes claires et de rêves géométriques

"1925–2025. Cent ans d’Art déco" : un siècle de lignes claires et de rêves géométriques
Maxime d’Angeac (né en 1962), architecte — Wagon-bar du Nouvel Orient-Express 2020-2025 Maquette échelle 1 (© Orient-Express)

« 1925–2025. Cent ans d’Art déco » : un siècle de lignes claires et de rêves géométriques

Le Musée des Arts décoratifs célèbre les cent ans de l’Exposition internationale de 1925 en rendant hommage à l’Art déco, ce moment où les formes se sont soudain mises à filer droit, où les matières se sont faites précieuses et les lignes, nettes comme un verdict.

« 1925–2025. Cent ans d’Art déco » n’est pas une reconstitution : c’est une traversée, un point de contact entre un passé incandescent et notre désir contemporain de beauté structurée.

L’exposition démarre là où on ne l’attend pas : dans le vestibule d’un train mythique. La nef est occupée par une cabine d’époque de l’Orient Express, datée de 1926, posée comme un fragment de film retrouvé. Trois maquettes grandeur nature du futur Orient Express — celui que Maxime d’Angeac réinvente pour 2027 prolongent cette vision.

L’effet est immédiat : l’Art déco n’est pas ici un décor, mais un langage encore vivant, capable d’être réactivé avec la même fascination qu’il provoquait il y a cent ans.

Cette entrée en matière, immersive et théâtrale, pose l’exposition comme une proposition : regarder l’Art déco non comme une parenthèse historique, mais comme une matrice. Un ensemble de principes précis – géométrie, luxe maîtrisé, expérimentation matérielle – que le XXIᵉ siècle continue de réexplorer.

Après ce prologue en mouvement, le parcours s’articule en sections chronologiques et thématiques qui révèlent un Art déco foisonnant, bien au-delà des clichés du style « paquebot » ou du mobilier brillant à angles brisés.

Les pièces réunies – plus de 1 200 – racontent une époque où tout est mis en chantier : les arts graphiques, l’architecture, la mode, la joaillerie, les objets du quotidien. À chaque salle, on devine la tension d’un monde qui cherche à se reconstruire après la Première Guerre mondiale. Le style naît de cette nécessité de repartir de zéro : faire propre, faire simple, faire moderne.

Une élégance sous tension

Les décorateurs des années 1920 ne sont pas des stylistes : ce sont des ingénieurs du rêve. La scénographie intelligentement conçue souligne cette énergie : les galeries alternent entre splendeur manifeste et rigueur presque scientifique. Les influences orientales, omniprésentes, rappellent que Paris est alors une capitale-monde.

Les Ballets russes, l’Égypte fantasmée, l’art islamique, les miniatures persanes : tout ce qui passe par la ville se retrouve dans les ateliers, dans les vitrines, dans les bijoux. Sonia et Robert Delaunay, Eugène Printz, Clément Mère, Georges Bastard, René Prou, André Groult, Madeleine Vionnet, Jeanne Lanvin… Chacun apporte une variation du même souffle : une soif de nouveauté.

Le musée met en avant trois figures majeures, non pas comme symboles, mais comme exemples de divergences internes au mouvement.

Jacques-Émile Ruhlmann : le souverain

Lui, c’est l’Art déco à la française, celui qui trône dans les intérieurs des grands industriels. Ses meubles aux galuchats délicatement bombés, ses cabinets d’amarante, ses fauteuils gainés d’ivoire : tout respire la maîtrise absolue. On pourrait croire à une ostentation, mais non. Ruhlmann travaille la précision, pas la démonstration.

Eileen Gray : la clandestine visionnaire

Autodidacte, laqueuse, architecte, tisserande : Eileen Gray refuse la catégorie. Ses paravents sont des partitions géométriques, ses intérieurs sont pensés comme des espaces sensibles, presque philosophiques. Absente de l’exposition de 1925, elle n’en incarne pas moins l’un des esprits les plus libres de la modernité.

Jean-Michel Frank : le luxe du presque rien

Face à la profusion du mouvement, Frank choisit la sobriété. Ses intérieurs, saturés de blancs, de beiges, de matières pauvres – paille, parchemin, plâtre – sont des leçons de dépouillement. Il élève le silence au rang de principe décoratif, comme une résistance au bruit des années folles. Le trio permet au visiteur de saisir l’essentiel : l’Art déco n’est jamais unifié. Il est un terrain de tensions, d’écoles, de contradictions

Cartier, ou l’invention du glamour moderne

L’un des points culminants du parcours est la section consacrée à Cartier. Plus de 80 pièces illustrent l’audace formelle de la maison dans les années 1920 : bracelets, nécessaires, montres, broches. Couleurs vives, constructions géométriques, contrastes de textures : on voit comment Cartier adopte sans complexe les influences orientales pour créer un langage qui deviendra iconique. Les combinaisons chromatiques — rubis, saphirs, émeraudes, onyx — donnent l’impression d’observer un Art déco en version concentrée.

La joaillerie devient une miniature du monde : fragments de cultures, motifs glanés aux quatre coins du globe, réinterprétés avec une élégance quasi mathématique. Ce segment rappelle que l’Art déco n’est pas un style purement français : c’est une cosmopolitique du luxe.

Les ateliers et les dessins : la machinerie du style

Le musée fait un geste rare : montrer non seulement les œuvres, mais la pensée qui les a précédées. Maquettes de pavillons de l’Exposition de 1925, dessins de Groult, projets de vitrines, cartons de broderies, études de mobilier : ces documents dévoilent un mouvement qui s’invente par couches successives, par essais, par esquisses. On comprend alors la puissance de l’Art déco : il conjugue artisanat d’exception et modernité industrielle. La main et la machine ne s’opposent pas ; elles se potentialisent

Dans les sections consacrées au voyage, l’Orient Express apparaît comme un fil rouge : un symbole parfait du style. Dès les années 1920, les wagons-lits deviennent des vitrines mouvantes de l’esthétique moderne : Lalique aux parois, velours épais, métaux gravés, motifs stylisés. L’exposition fait le parallèle avec la renaissance contemporaine du train.

Maxime d’Angeac réinvente le mythe avec une rigueur sculptée : bois précieux, broderies, lumières enveloppantes. Les décors ne sont pas copiés : ils sont réinterprétés, comme si l’Art déco avait accepté de migrer lentement vers le futur. Le résultat est convaincant : on a le sentiment qu’un siècle sépare les deux versions du train, mais qu’un même souffle les anime.

En conclusion, « Cent ans d’Art déco » n’est pas seulement une exposition d’histoire du design. C’est un miroir tendu à notre époque. On comprend, en traversant les galeries, pourquoi l’Art déco nous revient aujourd’hui avec une telle force.

Parce qu’il propose quelque chose que notre monde inquiété semble réclamer : de la clarté, du soin, des lignes qui rassurent, des objets qui durent, des matières qui portent une histoire. L’Art déco, c’est la modernité qui voulait être stylée. Et cette ambition, loin d’être naïve, semble aujourd’hui toujours aussi puissante.

 Dates : du 22 octobre 2025 au 26 avril 2026 – Lieu : Musée des Arts décoratifs (Paris)

La maison vide, de Laurent Mauvignier, Prix Goncourt 2025 (Les Editions de Minuit)

La maison vide, de Laurent Mauvignier, Prix Goncourt 2025 (Les Editions de Minuit)

Difficile d’écrire sur un livre qui a remporté le Goncourt !
Difficile également de n’en rien dire !

On commence La maison vide, et on devient accro ! On fait très vite partie de la famille de Marie-Ernestine, qui n’est autre que la famille de l’auteur, Laurent Mauvignier !

C’est une magnifique saga familiale du XX siècle. Bien sûr, c’est l’histoire d’une famille qui traverse les deux guerres… Bien sûr, à travers cette famille, c’est l’histoire de la France, Notre Histoire ! Une Histoire dure, douloureuse, qui a laissé tellement de cicatrices… Une Histoire qu’il ne faut jamais oublier. Notre passé à tous !

Même si l’auteur raconte désespérément le sort réservé aux soldats durant les deux guerres, ce n’est pas réellement le cœur de son livre. C’est surtout l’histoire d’une famille, sa famille, à travers l’histoire de trois femmes, de trois générations, et également l’histoire de l’évolution de la condition féminine à travers elles !

C’est merveilleusement écrit, c’est terriblement vrai, à tel point que l’on peut se demander comment c’est possible que ce soit un homme qui ait écrit ce livre !
Laurent Mauvignier est parti à la recherche des « secrets de famille » quand son père a décidé d’ouvrir, enfin, la maison, qu’il avait hérité de sa grand-mère, Marie-Ernestine, et qui était restée fermée de très nombreuses années… Mais pourquoi donc son père n’a-t-il jamais parlé de sa mère, Marguerite ? L’auteur va essayer de trouver les réponses à toutes ces questions…

N’ayez pas peur ! Ce Goncourt est fait pour vous ! Il est tout simplement unique et à la portée de tous ! Les 800 pages se lisent à toute vitesse… En tant que lecteur, on n’a qu’une envie : que le livre n’ait pas de fin…
La maison vide est un livre à commander au Père Noël et à offrir à ceux que l’on aime !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Septembre 2025
Auteur : Laurent Mauvignier
Editeur : Les Editions de Minuit
Prix : 25 €

Une « Mouche » impayable aux Bouffes du Nord

Une "Mouche" impayable aux Bouffes du Nord
© Fabrice Robin

Une « Mouche » impayable aux Bouffes du Nord

Dans son garage, Robert met au point une machine à téléporter… Il suffira d’une petite mouche aventureuse pour déclencher la « métamorphose »  de l’apprenti faussement sorcier Christian Hecq tout droit sorti de l’univers des Deschiens…Tout un programme !

Christian Hecq et Valérie Lesort ont imaginé ce spectacle à la fois hilarant et noir en s’inspirant d’un épisode de l’émission documentaire belge « Strip-tease », produite dans les années 1980, dans lequel un cultivateur charentais s’était mis dans la tête de construire une soucoupe volante dans son jardin, et de la nouvelle « La Mouche » de George Langelaan (qui a elle-même donné le film The Fly de David Cronenberg).

Il en ressort ici une histoire cauchemardesque de science-fiction crasseuse, mêlée de trivialités, qui n’épargne guère la sensibilité du spectateur. Car ici rien ne les arrête, ni le corps élastique, et objet de métamorphoses horrifiantes de Christian Hecq, ni la gestuelle et les mimiques désopilantes de Valérie Lesort sans oublier l’univers rugueux et outrancier d’Odette (Christine Murillo). Un régal !

Un univers singulier et farfelu

Robert est un vieux garçon, tantôt attardé, tantôt génial, et surtout mal dans sa peau. Il vit avec sa mère Odette donc qui prend beaucoup de place ! trop sans aucun doute, et dans une relation d’amour et de haine, tantôt bourreau tantôt victime, qui est aussi une composante de la pièce.

Robert passe le plus clair de son temps dans le garage, sa chambre laboratoire, à construire une machine à téléporter. Il teste son invention sur des objets, sur des animaux et, enfin, sur la pauvre Marie-Pierre, une ancienne camarade de classe qui se volatilise pendant l’expérience. Robert part à sa recherche en se téléportant lui-même. Mais une mouche va tout bouleverser…

Dans un décor vintage bricolé, kitch à souhait, et des effets visuels saisissants qui composent un univers farfelu et décalé, Christine Murillo et Christian Hecq incarnent un impayable duo mère-fils, quand Valérie Lesort et Jan Hammenecker donnent le change avec gourmandise, elle en gourde hallucinée et lui en inspecteur Derrick raté.

Acteur-marionnette de lui-même, Christian Hecq offre un numéro d’acteur délirant. Il se régale dans cette incroyable transformation et passe avec brio du benêt initial au monstre inquiétant de la fin du spectacle. Il faut le voir se transformer devant nous en mouche qui le conduit à ramper sur le mur. Quant à Christine Murillo en mère possessive et castratrice, elle est épatante de folie, d’humanité et de gouaille décomplexée.

Dates : du 4 au 20 décembre 2025 – Lieu : Théâtre des Bouffes du Nord (Paris)
Adaptation et mise en scène : Valérie Lesort et Christian Hecq

Un concert poétique de Hugo jardin au Silencio vendredi 5 décembre

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La sortie récente de son EP Cantique très atmosphérique donnait envie de voir Hugo Jardin en live pour assister à une communion avec son public. Ce fut chose faite vendredi 5 décembre au Silencio, rue Montmartre à Paris, dans une ambiance entre mystère et poésie. Accompagné de 3 musiciens très doués (mention spéciale à la bassiste très investie), le chanteur auteur compositeur a déroulé le fil de son EP pour une prestation chaudement acclamée après chaque titre, ceux-ci ont été passés en revue avec conviction et intensité. Rêve (mon titre préféré), Cantique comme morceau phare du EP, Dumb adapté de Nirvana pour une réflexion pertinente sur les temps actuels, Eaux troubles et ses paroles parlées enivrantes, Cantique II et sa poésie onirique, l’ambiance très atmosphérique du EP est très bien rendue en concert, de quoi augmenter encore plus la cohorte de ses fans. Et comme le Silencio est un lien assez intimiste au cœur des étages inférieurs de Paris, l’adéquation entre chansons et lieu parait parfaite. Le chanteur n’hésite pas à prendre le micro pour dispenser quelques explications éclairantes, de quoi créer une proximité salvatrice avec chacun et chacune. Les chansons entre Jacques Brel, Radiohead et Yves Simon fonctionnent très bien et font mouche. On a envie de rentrer dans cet univers tantôt post apocalyptique, tantôt rêveur, mais toujours authentique. La scène est très proche du public, de quoi multiplier les eye-contacts avec le chanteur et garder un excellent souvenir de musique et de mystère.

En savoir plus (from www.hugojardin.com):

Découvrant la musique par le Punk à seize ans, Hugo Jardin forme les groupes Malaparts à Paris, puis The Young Devotchkas à New York, avec lesquels il tourne pendant trois ans (notamment en premières parties de Métal Urbain) et enregistre deux EP.

De retour en France, il s’exerce à la versification, publie un premier recueil de poèmes, et entame une formation de mime à l’École Internationale de Mime Corporel Dramatique, de danse butō auprès du maître Masaki Iwana et de chant auprès du professeur Frédéric Faye. Ces enseignements marquent profondément son approche artistique.

Parallèlement, Hugo compose, écrit, et réalise de nombreuses performances où se mêlent textes déclamés, rock et expression corporelle, avant de se tourner vers la pop. Engagé dans cette nouvelle direction, il enchaîne alors une quarantaine de dates en explorant les lieux les plus divers : Centre Pompidou, squats parisiens, Stade du Bout du Monde, les Trois Baudets, etc.

Pendant la crise sanitaire, Hugo publie une série de vidéos sur les réseaux sociaux qui comptabilisent plus d’un million de vues (dont plusieurs adaptations en français de Nirvana), compose de nouveaux titres et crée son label avec ses amis Tatiana F-Salomon, Natacha Quester-Séméon, Sacha Quester-Séméon et Étienne Parizot.

Ensemble, ils produisent six singles et un clip (soutenu par le CNC) en 2024-2025. Ces premières sorties reçoivent un excellent accueil critique (150 articles dont Paris Match, Le Point, Têtu Mag) et sont accompagnées de plusieurs concerts affichant complet (Silencio, Trois Baudets, Pop Up du Label, Festival 36h Église Saint-Eustache, etc.).

[Manga] Pompoko débarque en anime comics chez Glénat 🐾 !


Pompoko — quand les tanukis défient l’urbanisation

Avec Pompoko – Anime Comics, le Studio Ghibli livre l’une de ses fables écologiques les plus audacieuses, portée par la mise en scène sensible et engagée d’Isao Takahata. Dans les collines proches de Tokyo, une communauté de tanukis voit son territoire lentement avalé par l’expansion urbaine. Routes, immeubles et chantiers menacent leur mode de vie ancestral, les forçant à sortir de leur paisible insouciance.

Pour résister, les tanukis tentent de réapprendre l’art ancien de la métamorphose, une capacité magique qui leur permet de tromper les humains et de semer la confusion dans leurs projets destructeurs. Entre stratégies burlesques, illusions spectaculaires et échecs amers, la résistance s’organise tant bien que mal, oscillant sans cesse entre la comédie et la tragédie.

Adapté directement à partir du film d’animation, cet anime comics de 640 pages retranscrit fidèlement la richesse visuelle de l’œuvre originale. Le montage dynamique, la lisibilité des scènes et la qualité de l’édition permettent de revivre l’histoire avec la même intensité émotionnelle. L’humour des tanukis côtoie une mélancolie poignante, celle d’un monde naturel condamné à reculer.

Derrière son apparente légèreté, Pompoko délivre un message écologique puissant, toujours d’actualité. Le manga interroge notre rapport au progrès, à la nature et à la mémoire des lieux. Une lecture à la fois jubilatoire, touchante et profondément engagée.

Extrait :



Résumé éditeur :

Alors que l’urbanisation sauvage menace le cadre de vie de communautés tanukis, ces dernières tentent de repousser les humains en les effrayant. Malheureusement, leurs talents de métamorphose ont été perdus et seuls quelques grands maîtres disparus connaissent encore cette capacité. L’heure est venue de les retrouver à travers le Japon !
Date de parution : 03 décembre 2025
Auteur : Isao Takahata (film original)
Éditeur : Glénat
Collection / Série : Studio Ghibli – Anime Comics
Format / Pages : Broché – 640 pages
Prix indicatif : 15,50 €

Atef dévoile son second album très fort en émotion avec Les mots qui unissent, sortie le 7 novembre chez Song for you Production

Je ne connaissais pas du tout Atef, alors autant dire que l’écoute de l’album Les mots qui unissent est un vrai choc. Sorti le 7 novembre, je le découvre un peu en retard et la voix du bonhomme m’a littéralement transporté. D’une sensibilité et d’une justesse rare, le chanteur transmet un maximum d’émotions avec son instrument vocal. Accompagné d’invités prestigieux, il déroule le fil de son talent sans qu’aucun morceau ne soit en dessous des autres, c’est rare.

Une vraie belle découverte musicale

Le message porté par l’album Les mots qui unissent est simple et universel. Atef met en avant la diversité culturelle et l’unité musicale, chaque morceau est un étendard pour porter un message de bienveillance. Les mélodies sont belles, la voix est fascinante, c’est un beau moment d’évasion musicale et même philosophique. Dans un paysage musical contemporain où les morceaux perfides ou même simplement méchants ne manquent pas, cet album d’Atef est une belle lucarne ouverte sur la tolérance, de quoi mettre de côté l’opposition et les contrariétés. Avant la sortie de l’album, plusieurs titres avaient été révélés, Marseille pour une belle célébration de la cité phocéenne, Moi j’y crois pour souligner l’importance de la persévérance et de l’optimisme, Je le sens je le vois je le sais comme une ode à la confiance en nos intuitions et en nos émotions profondes. L’auditeur est comme transi à l’écoute des paroles dispensées par cette voix hors du commun. Des invités prestigieux participent, Daniel Lavoie (évidemment) et Daniel Deschenes sur le très beau Ils s’aiment, et des amis sur Je le sens je le vois je le sais pour un beau moment d’émotion adapté en français de O que tinha de ser. Le premier extrait de l’album était Naïf, tout un programme sur la force revendiquée de ne pas verser dans le cynisme ou le mépris, un mot que l’artiste revendique pour battre en brèche la dureté et la froideur de notre monde. Entendre un chanteur qu’il n’est nul besoin d’endurcir nos cœurs pour rester soi-même, ça fait plaisir. L’album a bénéficié de la participation de Louis Bertignac et de Levon Minassian, maître du doudouk arménien.

L’artiste auteur compositeur revendique garder une naïveté de l’enfance, il voit en elle une force et non une faiblesse. L’album est beau, il faut le découvrir, la chanson française est matinée d’influences du monde pour un résultat à découvrir en live lors d’un prochain concert, espérons le!

Ariol, Quand j’étais petit ânon (Bayard jeunesse)

Ariol, Quand j’étais petit ânon (Bayard jeunesse)

Tout le monde connaît la bande dessinée Ariol ! 21 tomes, déjà ! Et toujours le même succès ! On retrouve Ariol au milieu de sa famille, ou de ses camarades de classe…
Le jeune lecteur va pouvoir se régaler avec 12 nouvelles histoires d’Ariol, toutes plus drôles les unes que les autres avec : Quand j’étais petit ânon.
Et c’est parti pour les folles aventures d’Ariol que le lecteur adore car il peut facilement s’identifier à Ariol, avec des illustrations trop sympa… 

Savez-vous qu’Ariol représente plus de 2,6 millions d’exemplaires vendus ,
Ariol c’est aussi un héros qui se décline en chansons, déjà 3 CD, en dessin animé, en webtoon, en spectacle et même en jeu de société !

Alors, vite, commandez Ariol, Quand j’étais petit ânon, Tome 21, au Père Noël ! Ca fera un heureux ou une heureuse, à coup sûr !

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : 5 novembre 2025
Auteur : Emmanuel Guibert
Illustrateur : Marc Boutavant
Editeur : Bayard jeunesse
Prix : 10,90 €

Sortie en coffret UHD + 2 Blu-Ray en 4K d’un grand film du cinéma français avec Si Versailles m’était conté le 5 décembre

Sacha Guitry a remonté le temps en 1954 en tentant de recréer l’histoire du Château de Versailles. Symbole de l’histoire française, ce monument est visité par des touristes venus du monde entier pour admirer sa magnificence. Guitry a écrit et réalisé le film, et poussé le vice jusqu’à passé devant la caméra, il en fait parfois trop, il se met en scène lui-même en scène en Louis XIV vieillissant et atrabilaire. Les plans du film sont souvent des scènes posées pas très dynamiques et ressemblent parfois à des vieilles photos de famille jaunies par le temps. Peu de fantaisie si ce n’est avec un Bourvil guilleret interprétant un guide de musée souriant et comiques à la toute fin du film. Tous les acteurs et actrices sont très sérieux et regardent fixement l’objectif, tout cela fait sourire et donne au film un côté catalogue très daté. Certains anachronismes sont osés comme le chanteur de grands-mères Tino Rossi chantant sur le Grand Canal à la fête de la Petite Venise ou Edith Piaf juchée sur les grilles du palais envahi par le peuple de Paris. Le choix des comédiens est souvent très bon, parfois plus étrange, les longues tirades sont légion, les longueurs parfois ennuyeuses, mais à la fin le spectacle est au rendez-vous. Rois, maîtresses et artistes se succèdent et ont contribué à la singularité d’un lieu de prestige, souvent artificiel, mais qui garde aujourd’hui d’une vraie aura historique. 50 ans plus tard, Sofia Coppola a revisité Versailles dans son Marie-Antoinette pour une nouvelle variation plus moderne et moins datée. Restant les cabotinages et les élégances guindées des temps anciens.

Suppléments:
Si Versailles m’était conté… : l’Histoire selon Sacha Guitry, par Noël Herpe, historien du cinéma. (39’15’’)
Anecdotes et souvenirs par Albert Willemetz, président de l’Association des Amis de Sacha Guitry (24’22’’)
À vous aussi Versailles sera conté : archive INA – 1ère diffusion le 29 décembre 1953 (32’04’’)
Et Versailles vous est conté – archive INA – 1ère diffusion le 12 octobre 1953 (32’04’’)

La restauration du film (3’36’’)

Synopsis: L’histoire du château de Versailles, depuis Louis XIV jusqu’à nos jours.

Etincelle, album jeunesse (Editions Marmottons)

Etincelle, album jeunesse (Editions Marmottons)

Les Editions Marmottons nous proposent toujours des histoires « pour que le Monde tourne plus rond « ! Une édition pas comme les autres… Un édition à découvrir absolument ! Publik’Art vous a déjà partagé les très chouettes albums : Brumisapeur et Soline, L’enfant des saisons.
Aujourd’hui, Publik’Art est heureux de vous faire découvrir une nouvelle petite pépite : Etincelle. C’est l’histoire d’un petit ourson pas comme les autres.

C’est bizarre, mais Etincelle n’aime pas le miel, il n’aime pas non plus grimper aux arbres… Et en plus, il ne sait pas grogner. Alors, Etincelle pose beaucoup de questions à son Papours. Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi…
En grandissant il se met à chercher son talent… Chercher, encore et encore…
Cet album est très joliment illustré par Coralie Saudo, et c’est Auriane de Pierpont qui en a écrit l’histoire. Chaque jeune lecteur pourra facilement s’identifier à Etincelle. Et à la fin de l’album, il trouvera des pistes pour aller plus loin dans sa quête d’identité. Il pourra même écouter la chanson d’Etincelle et son histoire, en audio sur les plateformes d’écoute !
Etincelle est une très jolie idée cadeau à commander au Père Noël !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Novembre 2025
Auteur : Auriane de Pierpont
Illustrateur : Coralie Saudo
Editeur : Editions Marmottons
Prix : 17 €

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