Le Théâtre des Champs-Elysées a proposé une version parfaite de La Passion selon Saint Matthieu délivrée à des spectateurs tétanisés. De là à penser que cette soirée restera dans les annales, il n’y a qu’un pas. Le chef Francesco Corti est au four et au moulin, à la direction de l’orchestre, des chœurs et des interprètes avec une vivacité peu commune. L’orchestre délivre justement une performance de choix avec des instruments au diapason de leurs capacités. Les interprètes arpentent la scène dans des allers retours qui impulsent une vraie vie à cette œuvre du XVIIIe siècle d’une actualité totale avec les fêtes de Pâques qui approchent. L’interprétation du célèbre Erbarme dich par Philippe Jaroussky fait frissonner des spectateurs qui se rendent compte immédiatement du caractère éternel de ce moment. Pareillement, le chœur d’ouverture avec le célèbre O Lamm Gottes, unschuldig et le chœur final (entendu dans le film Casino, cf Casino – Extrait – Intro (youtube.com)) laissent pantois devant tant d’intensité. Le moment de concert est rare, il est puissant, il est sublime, rien à redire. Surtout que malgré la durée de presque 3h, la présence d’écrans pour sous-titrer les paroles donnent des airs de roman historique à cette histoire de crucifixion du Christ, pas un moment d’ennui ou de longueur. La saison bat son plein au TCE avec un concert du grand pianiste Lugansky à l’horizon, que demander de plus à un TCE toujours salle comble et avec des prestations qui clouent au siège, rien de moins.
Détails:
C’est au début du XVIIIe siècle que se généralisa en Allemagne l’habitude de donner chaque Vendredi Saint une grande œuvre chorale fondée sur la Passion du Christ. Au cours des quelques années qui séparent la Passion selon Saint Jean (1723-24) de celle selon Saint Matthieu (1727), Bach n’a cessé d’enrichir son expérience musicale et d’apporter ainsi à sa seconde grande passion nombre d’innovations. Il porte au maximum l’ampleur sonore de l’ouvrage (introduction d’un troisième chœur) et renforce la variété du récitatif. Ce chef-d’œuvre de Bach clôt d’une certaine façon la très longue liste des Passions dont s’honore l’histoire de la musique. Celles qui viendront après ne seront plus, à de rares exceptions près, des Passions au sens liturgiques où Bach l’entendait et ouvriront la voie à la forme oratorio.
Production Théâtre des Champs-Elysées
Concert chanté en allemand, surtitré en français et en anglais.
Distribution:
Maximilian Schmitt | ténor (L’Evangéliste)
Yannick Debus | baryton (Le Christ)
Kateryna Kasper | soprano
Philippe Jaroussky | contre-ténor
Zachary Wilder | ténor
Andreas Wolf | baryton-basse
Francesco Corti | clavecin et direction
Freiburger Barockorchester
Zürcher Sing-Akademie


Une nouvelle collection pour éveiller les sens du toucher et de la curiosité !



