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Un documentaire sur une ferme à travers les âges avec La ferme des Bertrand, sortie le 31 janvier 2024

Le documentaire La ferme des Bertrand a été tourné à Quincy sur la commune de Mieussy en Haute-Savoie, dans la vallée du Giffre, entre juillet 2022 et janvier 2023. Le réalisateur est parti d’un témoignage particulier et en a tiré un documentaire touchant à l’universel en se basant sur l’évolution des pratiques du monde agricole.

Un regard sincère sur la France d’hier et d’aujourd’hui

L’histoire débute au cœur de la Haute Savoie en 1972 dans une exploitation laitière pourvue d’une centaine de bêtes tenue par 3 frères célibataires. C’est à eux que le réalisateur Gilles Perret consacre en 1997 son premier film. 25 and plus tard, le réalisateur a repris sa caméra pour voir ce que sont devenus ceux qui ont repris la ferme, le neveu Patrick et sa femme Hélène. Eux aussi vont passer la main pour faire perdurer la ferme familiale. Dans un film qui montre la place centrale du travail et de la transmission dans la vie des Bertrand, le film se concentre à la fois sur la place de la famille, la place particulière des agriculteurs dans notre société et l’importance de l’économie pour faire perdurer les exploitations agricoles. Les documentaires de Gilles Perret s’intéressent toujours à des sujets à dimension sociale et agricole pour évoquer des sujets touchant de près les problématiques de la MSA, l’organisme de Sécurité sociale agricole. Le film montre également l’importance des changements que vivent l’agriculture et les agriculteurs depuis plusieurs décennies. Il est facile d’imaginer la difficulté de reprendre une ferme et de se mettre à gout du jour dans les installations techniques et l’organisation d’une exploitation. Lui-même voisin de la famille Bertrand, Gilles Perret en profite pour montrer l’évolution du métier d’agriculteur. Le documentaire montre les techniques d’autrefois au regard des techniques d’aujourd’hui avec la robotisation à outrance, mais également l’évolution des modes de vie et l’impact sur l’organisation et le temps de travail. Le film démontre aussi l’impact sur le territoire de l’évolution du métier d’agriculteur avec l’augmentation de nouveaux habitants et l’attrait touristique à toutes saisons qui encourage les constructions (logements, hôtels, commerces …) et par conséquent, la diminution des terres à cultiver.

Le documentaire La ferme des Bertrand est passionnant et met en avant le sens du sacrifice des oncles qui ont tout fait pour la survie de la ferme familiale en mettant au centre l’héritage du métier sur plusieurs générations.

Synopsis: 50 ans dans la vie d’une ferme… Haute Savoie, 1972 : la ferme des Bertrand, exploitation laitière d’une centaine de bêtes tenue par trois frères célibataires, est filmée pour la première fois. En voisin, le réalisateur Gilles Perret leur consacre en 1997 son premier film, alors que les trois agriculteurs sont en train de transmettre la ferme à leur neveu Patrick et sa femme Hélène. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, le réalisateur-voisin reprend la caméra pour accompagner Hélène qui, à son tour, va passer la main. A travers la parole et les gestes des personnes qui se sont succédé, le film dévoile des parcours de vie bouleversants où travail et transmission occupent une place centrale : une histoire à la fois intime, sociale et économique de notre monde paysan.

« Poquelin II » ou Molière en flamand dans le texte par les Tg Stan !

« Poquelin II » ou Molière en flamand dans le texte par les Tg Stan !
Crédits : © kurt van der elst

« Poquelin II » ou Molière en flamand dans le texte par les Tg Stan !

Le collectif flamand tg STAN connaît bien l’œuvre de Molière. En 2003, il créait Poquelin, un spectacle qui puisait son matériau dans plusieurs pièces du génie comique du 17e siècle : Le Médecin malgré lui, Sganarelle et Le Malade imaginaire. Selon le même procédé, il récidive aujourd’hui avec Poquelin II, un montage de passages empruntés au Bourgeois gentilhomme (1670) et à L’Avare (1668).

Dans ces deux pièces, Molière pointe l’inanité de quêtes ridicules : celle de M. Jourdain, un bourgeois aisé et vaniteux — un nouveau riche, dirait-on aujourd’hui —, qui multiplie les efforts pour imiter le style de vie de la noblesse ; celle d’Harpagon, à ce point obsédé par l’argent qu’il se mue en usurier et en tyran domestique prêt à sacrifier le bonheur de ses enfants. Autant d’absurdes petits arrangements financiers et moraux qui constituent le fil rouge du spectacle.

Un esprit de troupe en osmose totale avec le texte     

Malentendus, quiproquos, coups de théâtre, faux-semblants, ironie dramatique, sont à l’œuvre dans ce théâtre qui déborde de toute part et dont l’excès s’accorde à la marque de fabrique de la troupe : loufoque, irrévérencieuse, et déjantée. Le tout dans un art aussi dosé que maîtrisé.

Les comédiens belges s’en donnent à cœur joie, aguerris à l’esprit Moliéresque et à son sens du grotesque, propice à toutes les variations abracadabrantesques. Des situations plus folles les unes que les autres que le collectif s’approprie avec un art consommé du plateau et une distanciation décomplexée pour camper à l’envi ce vieil avare obsessionnel qui est aussi amoureux de la prétendante de son fils !

Une musicalité flamande 

Ou encore dans la mise en situation de ce Bourgeois gentilhomme et son apprentissage épique ! avec cette scène mémorable des voyelles à l’abri de son maître de philosophie qui offre un passage dadaïste où on le voit aux prises avec ce désir de revenir à la racine de la parole pour en réinventer la quintessence des choses…

En écho avec le monde d’aujourd’hui, le spectacle brocarde allègrement la bourgeoisie (bien fait !), la facticité et toutes les formes de vanité morale ou sociale. Sans oublier aussi un éloge vibrant du théâtre et du jeu où à partir d’un décor minimaliste de bric et de broc, Stijn Van Opstal, Bert Haelvoet, Damiaan De Schrijver, Jolente De Keersmaeker, Els Dottermans, Willy Thomas, et Jan Bijvoet partagent la scène, en équilibre précaire ce qui en fait le sel, et incarnent au total une quinzaine de personnages avec une prestance irrésistible.

Taillés sur démesure, les costumes accentuent encore la dimension carnavalesque de la farce échevelée qui, (très) loin de la plate fidélité à la lettre, rend l’esprit de Molière plus vivant, et mordant que jamais. L’accent flamand participe aussi au magnétisme de la satire, créant un léger décalage avec le texte initial et un rapprochement avec l’ici et maintenant aussi caustique qu’efficace. Un vrai régal. Bravo !

Dates : 1 et 2 février 2024 – Lieu : Théâtre La Piscine (Châtenay-Malabry)
Création collective : Tg Stan

[Manga] Yokohama Station Fable, tome 1 : récit S.-F. très original (Delcourt / Tonkam)

[Manga] Yokohama Station Fable, tome 1 : récit S.-F. très original (Delcourt / Tonkam)

Yokohama Station Fable est l’adaptation en manga d’un light novel S.-F. post apocalyptique, dans lequel une gare recouvre la quasi-totalité de l’île de Honshû depuis plus de 200 ans. Hiroto est un exilé qui n’a en principe pas le droit de pénétrer dans cette gare monstrueuse (comme presque toute l’humanité qui est obligée de vivre à l’extérieure de la gare dans une sorte de sous-monde). Mais Hiroto va accéder à un Ticket 18 qui, pour un court laps de temps, va lui permettre de s’aventurer dans les méandres de la gare. 

Un récit particulièrement original et inédit qui frappe par son atmosphère étrange et froide, où le temps semble très long. On parcourt cette gare pas à pas, à un rythme très lent. Le personnage principal manque quant à lui de relief dans ce premier tome introductif qui ne permet pas vraiment de conclure sur la qualité générale du manga.

Yokohama Station Fable n’a pas manqué de nous dérouter dans cette amorce d’histoire ! Difficile d’en dire plus.

Résumé de l’éditeur :

Cela fait maintenant 200 ans que 99 % de l’île de Honshû est recouverte par la gare de Yokohama. Mais le contrôle ne se fait malheureusement pas que par ce prisme…
La gare de Yokohama s’est agrandie au point de recouvrir 99 % de l’île principale du Japon. Seuls des heureux élus, à qui on a greffé une puce électronique, peuvent vivre dans l’intragare, et rares sont ceux qui habitent encore à l’extérieur. Hiroto, un exilé, a obtenu d’un mystérieux inconnu un « Ticket 18 » lui offrant un accès temporaire à l’intérieur. Mais il ignore encore que l’avenir de l’humanité est entre ses mains…

Date de parution tome 1 : le 3 janvier 2024
Auteurs
: Yuba Isukari, Gonbe Shinkawa, Tatsuyuki Tanaka (Scénario)
Tatsuyuki Tanaka(Dessin)
Genre : Seinen
Editeur : Delcourt
Prix : 8,50 €
Acheter sur : BDFugue

Hansel et Gretel, une irrésistible pièce pour la famille au Lucernaire

Le Lucernaire propose un nouveau spectacle ébouriffant pour les familles et les enfants. Le célébrissime conte des Frères Grimm est mis en scène par Benoit Lavigne pour effrayer gentiment les plus jeunes. Méchante sorcière, globes oculaires dans des bocaux, les rires fusent et suivent des mines quelque peu ahuries. Mais pas de crainte, les petits ne feront pas de cauchemar, ils se souviendront surtout de la chanson phare (pas de soirée pyjama, vraiment? 😀 ) et des nombreuses blagues qui émaillent ce beau moment de théâtre. La palme est évidemment décernée à Laurent Labruyère qui se pare d’une perruque du plus bel effet pour interpréter la méchante sorcière, multiplier les aphorismes et finir dans le four. A ses côtés, Lucas Bottini et Alice Serfati sont 2 héros pleins de vie et de malice, alors que Bérangère Gallot joue une truculente narratrice qui oriente l’histoire à travers les bois jusqu’à la célèbre maison en pain d’épices. Les mercredis, samedis et dimanches après-midi enchainent les pièces familiales pour des introductions parfaites à la magie du monde de théâtre. Bravo le Lucernaire!

Synopsis:

UN SPECTACLE APPÉTISSANT

À partir de 6 ans.

Hansel et Gretel vivent avec leurs parents à l’orée d’une forêt. La famine fait rage, les parents ne peuvent plus nourrir leurs propres enfants. La mère décide alors de les abandonner au fin fond de la forêt. Les enfants bien malins retrouvent leur chemin grâce aux petits cailloux semés dans la forêt. Malheureusement la chance ne se renouvellera pas. Au deuxième abandon ils se retrouvent perdus dans la forêt avant de tomber sur une maison de pain d’épice habitée par une terrible sorcière qui raffole des enfants bien croustillants…

Le célèbre conte des Frères Grimm revisité avec magie, poésie et drôlerie.

Création inédite à découvrir pour la première fois au Lucernaire.

Détails

13 septembre10 mars 2024 Théâtre Rouge

Mercredi et samedi 14h30 | Dimanche 14h

« Ils nous ont oubliés » : le grand geste de Séverine Chavrier

Ils nous ont oubliés" : le grand geste de Séverine Chavrier
© Christophe Raynaud de Lage

« Ils nous ont oubliés » : le grand geste de Séverine Chavrier

L’œuvre de Thomas Bernhard brûle d’une rage dévastatrice et se débat à la fois contre et avec le poids d’une culture empreinte de traditions, de chaos et de contradictions. Une hargne propre à dénoncer la persistance et le camouflage des réflexes et des tentations fascisantes, tout comme des traumas liés à l’histoire trouble du XXème siècle.

Un emportement verbal qui procède chez le dramaturge d’une impossibilité viscérale à supporter le monde tel qu’il va, et qui s’incarne dans une voix solitaire, qui butte et s’obstine, soutenue par le seul combat obstiné de l’artiste, jusqu’au risque de sa détestation et de son autodestruction.

C’est encore cette douleur ravageuse qui est à l’œuvre dans « Ils nous ont oubliés » où à travers un redoutable huis-clos s’explore toutes les névroses, frustrations et empêchements que provoque le couple et son enfermement mortifère.

Entre fureur et mélancolie

Le couple donc vecteur et métaphore de tous les traumas, de toutes les résurgences-fulgurances, de tous les maux qui consument et anéantissent l’âme.

La situation de départ est riche de contradictions : Konrad, un homme qui prépare un traité sur l’ouïe auquel il ne cesse de penser mais dont il n’a pas encore écrit un traître mot, vit reclus avec sa femme infirme dans une usine abandonnée, transformée par sa volonté en une véritable prison, à moins qu’il ne s’agisse d’un mausolée.

Le récit commence au moment où Konrad tue sa femme. Il se déroule ensuite à la manière d’une reconstitution menée par bribes par un narrateur invisible. Avec l’ironie cinglante qui fait son style, Bernhard y mène une réflexion brutale et jubilatoire sur ses thèmes de prédilection, où se mêlent l’intime et le politique : les affres de la condition humaine, le repli sur soi, les rapports de domination, de classe, et la création, ici son œuvre ultime qui finalement ne peut s’accomplir que dans la mort et qui emporte tout.

Folie d’un homme aux prises avec un enfer conjugal où ses certitudes et obsessions disent toute la tyrannie et l’incompréhension d’une intelligence mise à mal qui tourne à vide : miroir d’un monde en décomposition, tandis que le couple, dans un rapport sans cesse inversé de maître à esclave, s’affronte et se confronte à l’abri d’un isolement total et d’un véritable étouffement de la chair, propices à leur enfermement et solitude sacrificielle.

Un embrasement total

Dans ce jeu de miroir abyssal d’un couple à deux faces, le bruit et la fureur y sont partout, le ressassement aussi, et cette tension entre une foi inébranlable dans l’art, comme raison de vivre, et la tentation de l’absolu qui porte en elle le désastre.

De ce texte qui parle à la fois d’isolement et d’envahissement, du silence et du vacarme, du désir de créer et de l’impossibilité qui en résulte, d’amour et de mépris, Séverine Chavrier s’en empare avec un geste fort.

A l’abri d’un embrasement total, la metteuse en scène fait du son (percussions et musique jouées en direct) le cœur vibrant de cette plâtrière aux confins du monde dans laquelle Konrad s’est enfermé pour écrire un improbable traité sur l’ouïe. Les bruits viennent ainsi diffracter l’espace, le sculpter. A l’instar de la vidéo qui est composée comme une pièce de musique, avec ses rythmes, ses effets de profondeur, son alternance entre le mouvement et le plan fixe.

Sans jamais illustrer le récit, les images captent un autre angle, change les perspectives, mélange les échelles, brouille les frontières entre l’espace mental des protagonistes et leur environnement. Et façonne un univers dans lequel le vrai et le faux, le visible et l’invisible cohabitent.

Des arbres de sève et d’écorce viennent épaissir une forêt projetée en vidéo, des oiseaux vivants virevoltent autour d’animaux empaillés. Une étrangeté se fait jour où le réel et le factice se confondent en permanence.

Si la metteuse en scène prend quelques libertés avec le texte, par l’ajout de personnages comme celui notamment de l’infirmière, elle reste fidèle à l’esprit bernhardien et à son ton féroce, ironique et désespéré.

Et dans cette dévastation qui est à l’œuvre, les acteurs : Laurent Papot (Konrad), Marijke Pinoy (Madame Konrad), Adèle Bobo-Joulin (l’infirmière) sont des sentinelles qui tiennent de bout en bout la partition, soutenus par les improvisations d’un percussionniste et les spectres sonores qui envahissent les lieux, depuis le sous-sol jusqu’aux tréfonds de la vallée. Bravo !

Dates : du 16 janvier au 10 février 2024 – Lieu : Théâtre de la Colline (Paris)
Adaptation et mise en scène : Séverine Chavrier

Naya Pika, Tome 1, Shérif adjointe (Glénat)

Naya Pika, Tome 1, Shérif adjointe (Glénat)

Les éditions Glénat nous proposent le premier tome, très joliment illustré, de Naya Pika : Shérif adjointe.

Naya, petite indienne, et sa mère décident de faire une halte à espérance-Ville en plein Far West. On découvre Naya Mayo et ses pouvoirs magiques !

Mais attention, personne ne doit connaître son secret !

Son poney, Crotte-de-nez, ne la quitte jamais. Même quand elle va à l’école, il n’est jamais loin !

Des cambriolages ont soudainement lieu dans cette ville plutôt tranquille. Et c’est un ours qui en serait l’origine !

Naya va enquêter et vite découvrir ce qui se trame derrière cette chasse à l’ours !

Naya Pika : Shérif adjointe, tome 1, va enchanter nos jeunes lecteurs. Ils découvriront la suite des aventures de Naya, dans le tome 2, dès cet été !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Janvier 2024
Auteur : Séverine de La Croix
Illustrateur : Thérèse Bonté
Editeur : Glénat
Prix : 11 €

Un concert vivifiant avec Armelle Yons au Café de la danse le jeudi 26 janvier 2024

Son récent premier album Mon secret mettait la puce à l’oreille, Armelle Yons est une artiste à suivre. Sa prestation au Café de la Danse le jeudi 26 janvier 2024 a été une belle confirmation. Eternel sourire aux lèvres, interventions pétillantes, la dame a de l’humour et de l’esprit, son charisme est évident et ses chansons parlent pour elle. La salle était pleine à craquer pour une Release party des plus réussies de son récent album Mon secret. Elle donne une interprétation très pop rock de ses titres accompagnée par son éternel groupe de soutien composé de Delphine Labey à la batterie, aux percussions et aux chœurs, Olivier Azzano à la guitare et à la basse, Paul Galiana à la guitare et Diabolo à l’harmonica. Performances impeccables dans une joie communicative, un plaisir à voir et à entendre. La chanteuse Stéphanie Acquette a lancé l’évènement accompagné d’une guitare électrique dont elle sort des sons stridents ensorcelants. Armelle Yons fait appel à quelques guests pour l’accompagner, le moment est beau, le public espère la revoir rapidement sur scène pour interpréter ses tubes Mon secret et Passe moi le cric.

Publireportage:

Après avoir interprété les grands classiques de la chanson française dans l’hexagone et à l’étranger, Armelle Yons ose et se réinvente.
L’écriture de ses propres textes, mis en musique par le duo La Bestiole, a donné naissance à «Mon secret», son premier album à paraître en 2024. Armelle y associe son amour des mots et cette énergie scénique qui est sa marque de fabrique. Un cabinet de curiosité musical où se mêlent le rock, la chanson et un certain esprit irrévérencieux issu du cabaret. À la ville comme à la scène, c’est probablement son énergie que vous remarquerez en premier. Armelle Yons est une artiste en mouvement. Une femme de son temps aussi, avec ses doutes mais qui ose. “Je ne revendique rien, j’invite…” nous dit-elle. Son premier album Mon secret est un disque de chansons françaises parfumées aux effluves rock, dans lequel elle réconcilie son amour des mots et cette vitalité scénique qui est sa marque de fabrique. Mon secret est né de la rencontre avec Delphine et Olivier du duo rock La Bestiole. Au cours d’un concert hommage à Jacques Higelin, ils se croisent et s’apprivoisent. C’est le coup de foudre artistique. Comme un aigle à 3 têtes, La Bestiole compose sur les textes d’Armelle. 12 chansons qui surprennent par leur très grande liberté de ton. Elle cite Soulages, Corto Maltese… héritage probable d’un passé aux Arts appliqués qui continue de l’influencer dans tout ce qu’elle entreprend. Dans son panthéon personnel figurent tout autant “Les ailes du Désir” de Wim Wenders que Juliette Gréco ou Sharleen Spiteri. Un cabinet de curiosité musical où se mêlent le rock, la chanson et un certain esprit irrévérencieux issu du cabaret. Dans ses chansons, on croise les mots de Barbara, dont elle s’autorise à reprendre d’une façon très personnelle Du bout des lèvres. Mon secret permet à Armelle Yons d’explorer toutes les nuances de la femme qu’elle est devenue avec le temps. À la fois, douce et sensuelle dans une simple balade en guitare-voix, puissante et chaleureuse dans les titres habillés de guitares, de basse et batterie – que la production made in La Bestiole ont enrichi d’une multitude d’instruments chauds (tuba, violoncelle, harmonica).

Pure folie douce au Lucernaire avec l’adaptation moderne du classique d’Eugène Labiche Un chapeau de paille d’Italie

Le Lucernaire n’a pas peur d’adapter de manière totalement décalée les classiques de la dramaturgie française. Souvent considéré comme un pur auteur de Vaudeville à l’ancienne avec l’amant dans le placard, Labiche subit une cure de jouvence vivifiante avec la Compagnie l’Éternel Été qui électrice la mise en scène en proposant un plateau jonché d’édredons et de matelas, une ambiance musicale très electro-pop et… une bataille de nounours entre les comédiens et les spectateurs! Il faut le voir pour le croire!

Un vaudeville new age

Eugène Labiche est un dramaturge français né en 1815 et mort en 1888 à Paris. Autant dire que ses textes, souvent joués sur les scènes parisiennes, sentent bon l’humour débonnaire du XIXe siècle. Elu membre de l’Académie française en 1880, il a multiplié les pochades passionnelles et domestiques comme Doit-on le dire?, Le plus heureux des trois ou Le chapeau de paille d’Italie. A l’instar d’un Feydeau, il a su saisir l’esprit de son temps, quelque peu daté aujourd’hui. Mais voilà que Le chapeau de paille d’Italie perd de son anachronisme en subissant un traitement rafraichissant au Lucernaire. L’intrigue reste la même, Fadinard se débat le jour de son mariage entre belle famille, rêve et réalité dans un kaléidoscope de moments truculents. Le public n’en demandait pas tant, il se gausse tout le spectacle durant entre mélopées doucereuses à la sauce électro, belle mère rageuse qui ne cesse de répéter Mon gendre, tout est rompu! et poupées jonchant la scène. Les 2 comédiennes et les 3 comédiens donnent l’impression de s’amuser follement dans un texte qui multiplie coïncidences et malentendus. Le futur marié se débat entre des personnages qui s’entrechoquent et virevoltent dans une farandole détonante.

Ce Chapeau de paille d’Italie donne un irrémédiable coup de vieux à toutes les pièces qui respectent certes scrupuleusement le texte mais dans une mise en scène bateau et somnolente. Impossible de s’endormir tant le rythme est enlevé et frétillant, y a de la joie au Lucernaire et on en redemande!

Synopsis:

VAUDEVILLE ÉLECTRO – ONIRIQUE

Fadinard est un jeune parisien sur le point d’épouser Hélène Nonancourt, fille de pépiniéristes de Charentonneau. Le matin de ses noces, le cheval de son fiacre décide de prendre comme petit déjeuner un chapeau de paille d’Italie, appartenant à une femme mariée, perdue dans les bras d’un militaire au bois de Vincennes.
Pour lui porter réparation, Fadinard se lance à cœur perdu dans la quête d’un chapeau identique. Le jour de son mariage…
Cette histoire est tellement absurde que nous allons imaginer… qu’il la rêve !

Accrochez-vous à votre oreiller ! La comédie la plus célèbre de Labiche dans une nouvelle version explosive, électro-onirique !

Détails

10 janvier17 mars 2024Théâtre Rouge

Mardi < Samedi 19h | Dimanche 16h

Alina Khalitova. Le projet NFT révolutionnaire ‘QKAI’: Fusion de l’art et de la blockchain

Alina Khalitova. Exposition "Chemin vers la Lumière". Crédit photo : Galerie Atticus Arts, Bath.
Alina Khalitova. Exposition « Chemin vers la Lumière ». Crédit photo : Galerie Atticus Arts, Bath.

Introduction : Dans le domaine dynamique de l’art numérique, l’artiste conceptuelle Alina Khalitova fait sensation avec son projet NFT révolutionnaire, « QKAI ». Ce projet remet non seulement en question les notions traditionnelles de l’art, mais repousse également les limites de notre interaction avec et de notre perception des créations numériques. « QKAI » n’est pas seulement une collection d’art ; c’est une incursion dans une nouvelle ère de l’expression artistique, profondément liée à la technologie de pointe de la blockchain.

Révélation de ‘QKAI’ : « QKAI » témoigne de l’approche innovante d’Alina envers l’art. Au cœur du projet se trouve le concept profond et intemporel de l’Éternité. Il représente une quête visionnaire pour traduire cette notion abstraite dans le domaine numérique, en exploitant les capacités uniques des NFT (jetons non fongibles). Chaque pièce de la collection offre une expérience immersive, invitant les spectateurs à plonger dans un monde où l’art rencontre la permanence et la sécurité de la technologie de la blockchain.

Alina Khalitova. Exposition "Chemin vers la Lumière". Crédit photo : Galerie Atticus Arts, Bath.
Alina Khalitova. Exposition « Chemin vers la Lumière ». Crédit photo : Galerie Atticus Arts, Bath.

Vision artistique et réalisation : Khalitova, reconnue pour son talent exceptionnel en art conceptuel, apporte une perspective unique au monde des NFT. Son parcours en tant qu’artiste hautement acclamée en Russie, récompensée notamment par des prix comme Jeune Vague et CERINNO, transparaît dans le souci du détail méticuleux et la créativité profonde de « QKAI ». Le projet se distingue par son approche avant-gardiste de l’art numérique, où chaque NFT est une confluence d’esthétique, de technologie et d’une narration profonde.

La merveille technologique de ‘QKAI’ : Ce qui distingue « QKAI », c’est son utilisation complexe de la technologie blockchain. Le projet ne vise pas seulement à créer de l’art numérique, mais à l’immortaliser sur la blockchain, garantissant l’unicité et la propriété de chaque œuvre. Cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour la préservation et la collection de l’art à l’ère numérique, faisant de « QKAI » un pionnier dans l’univers des NFT.

Alina Khalitova. Exposition "Chemin vers la Lumière". Crédit photo : Galerie Atticus Arts, Bath.
Alina Khalitova. Exposition « Chemin vers la Lumière ». Crédit photo : Galerie Atticus Arts, Bath.

Impact sur le monde de l’art et de la blockchain : « QKAI » a suscité un intérêt considérable à la fois dans les communautés artistiques et technologiques. Pour les amateurs d’art et les collectionneurs, il présente une nouvelle forme d’art numérique précieux et collectionnable. Pour ceux du monde de la technologie, en particulier de la blockchain et des cryptomonnaies, il illustre comment la technologie peut élever l’art à un nouveau niveau d’existence et d’interaction.

Conclusion : Le « QKAI » d’Alina Khalitova est bien plus qu’un simple projet NFT ; c’est un mouvement qui comble le fossé entre l’art traditionnel et le futur numérique. Il nous incite à repenser notre perception de la valeur et de la permanence de l’art à l’ère numérique. Alors que « QKAI » continue de captiver le public du monde entier, il établit une nouvelle norme pour les artistes et les technologistes, annonçant un nouveau chapitre dans la narration en constante évolution de l’art numérique.

Alina Khalitova. Exposition "Chemin vers la Lumière". Crédit photo : Galerie Atticus Arts, Bath.
Alina Khalitova. Exposition « Chemin vers la Lumière ». Crédit photo : Galerie Atticus Arts, Bath.

Note de l’auteur : Cet article est une pièce conceptuelle mettant en lumière l’impact potentiel et la signification du projet NFT « QKAI » d’Alina Khalitova. Il vise à offrir un aperçu de l’intersection de l’art et de la technologie blockchain à travers le prisme de ce projet innovant d’art numérique.

Un nouvel ouvrage à ne pas manque aux éditions Playlist Society, Gregg Araki, le génie queer, sortie le 25 janvier 2024

Les éditions Playlist Society laissent le champ libre à Fabien Demangeot pour une véritable thèse sociétale qui va bien au-delà du cinéma arakien. Si chacun a connu sa propre porte d’entrée à l’univers de Gregg Araki – la mienne fut l’excellent Kaboom sorti en 2010 – la filmographie du réalisateur nippo-américain est suffisamment dense et multiple pour aborder des thématiques variées, accumuler les références et proposer des films marquants. Le principal sillon de ses films a évidemment trait à la représentation à l’écran des minorités sexuelles et de genre tel un terreau favorable à des films souvent jouissifs et intenses.

Un réalisateur passionnant

L’auteur Fabien Demangeot n’a pas ménagé sa peine pour échafauder un ouvrage dense qui requiert du lecteur de garder son esprit ouvert pour appréhender les différentes facettes d’un univers protéiforme. Gregg Araki est à la base de 11 longs-métrages (le dernier White Bird date déjà de 2014), d’épisodes de série (13 reasons why, Red Oaks…) et de séries (This is how the world ends, Now Apocalypse), preuve qu’il ne se cantonne pas à un seul type de support. Ses films voient évoluer des personnages souvent avides de liberté qui s’affranchissent des normes et des carcans, le réalisateur a d’ailleurs été précurseur de cette tendance dans le cinéma contemporain, dans la droite lignée du cinéma underground des années 70 (Paul Morrissey, Kenneth Anger, Andy Warhol…). Avec ses péripéties matinées d’extraterrestres et de rapports humains libres, voire libertaires, Gregg Araki inscrit son cinéma dans une modernité inclusive, sans pour autant édifier de barrière avec le monde ancien. L’auteur du livre cite d’ailleurs les références des films d’Araki, nombreuses, vivifiantes, issues d’un monde plus ancien où le cinéma construisait sa grammaire à l’aide de réalisateurs déjà précurseurs (Hitchcock, Eisenstein, Godart…) pour un langage où Araki pioche avec délice. L’auteur cite aussi des ouvrages qui ont ouvert la voie à une définition différente des genres, notamment ceux de Monique Wittig qui théorisent le féminisme grâce au concept de « contrat hétérosexuel ».

Les 146 pages de lecture sont une avalanche de références érudites qui enrichissent l’esprit, le livre ne parle pas seulement de Gregg Araki mais aussi de tout ce qui l’entoure et le fonde. Et il n’est pas question d’être d’accord ou pas, mais de laisser l’esprit ouvert, ce qui rend l’ouvrage immanquable, rien de moins.

Synopsis:

De sa trilogie culte (Totally F***ed UpThe Doom Generation et Nowhere) à sa série Now Apocalypse, Gregg Araki s’est toujours affranchi des normes génériques, formelles et sexuelles. Capable de passer, au sein d’un même film, du drame adolescent à la science-fiction apocalyptique, il met en scène les marginaux et les laissés-pour-compte du rêve américain.

Créateur d’une œuvre protéiforme, puisant ses influences dans la culture pop et le cinéma d’avant-garde, il redéfinit la question de l’identité à travers des personnages libérés du carcan d’une société conservatrice, qui exclut les individus LGBTQIA+. Portrait d’un cinéaste inclassable, Gregg Araki, le génie queer interroge l’évolution des représentations des minorités sexuelles et de genre au sein d’une industrie cinématographique qui bien qu’en apparence plus inclusive, nie pourtant leur singularité.

Fabien Demangeot est docteur en Lettres modernes et en Études cinématographiques. Auteur de La Transgression selon David Cronenberg (Playlist Society, 2021), il écrit également pour la revue en ligne Le Rayon vert.

Un été afghan, un documentaire issu des archives de James Ivory, sortie en salles le 24 janvier

Le réalisateur James Ivory (Chambre avec vue, Les Vestiges du Jour) exhume de ses archives personnelles de vieux films tournée à Kaboul en 1960 alors qu’il faisait des repérages en vue d’un prochain film.

Un beau retour vers le passé

Les images montrent un monde ancien, avant l’invasion soviétique, avant les Moudjahidins, avant l’occupation américaine, bien loin de la situation actuelle. Le réalisateur évoque les mœurs d’un pays hors du monde, où un décret a permis aux femmes de sortir de l’enfermement domestique pour occuper des postes de travail, du moins dans la capitale. Le voile est très répandu et le respect des convenances est une obligation tacite. Les occidentaux bénéficient d’un bar et d’une piscine, loin des regards. Il filme des enfants jouant au water polo avec une tête de chèvre, les images défilent avec la voix off du vieux sage, à l’origine de nombreux chefs d’œuvres du cinéma mondial. Des pages d’histoire se mélangent à des considérations personnelles venues d’un occidental âgé venu des Etats-Unis au regard acéré sur ce qu’il observe. Il sait la rigueur des mœurs et imagine très bien la vie dans les campagnes, la capitale n’est pas représentative et si les agents infiltrés de la CIA s’y ébattent joyeusement, ils sont bien loin de connaitre toutes les arcanes secrètes de ce pays millénaire. L’agriculture est reine, les technologies sont sommaires, le pays est avant tout agraire et pas encore tourné vers la guerre permanente. C’est alors un carrefour des cultures au cœur battant. Le réalisateur insère aussi des pages personnelles pour raconter sa jeunesse et son histoire, de manière très intime…

Le documentaire se regarde avec intérêt pour tenter de percer les mystères de ce pays transformé en à peine 60 ans. Le film est emprunt d’une belle poésie à découvrir.

Synopsis: En 1960, le cinéaste James Ivory s’est rendu en Afghanistan pour tourner des scènes destinées à un film documentaire. Le film n’a jamais été réalisé, et les images sont restées enfermées dans une malle pendant 60 ans. En 2022, à l’âge de 94 ans, il a décidé de se plonger dans ce matériel unique pour se remémorer sa jeunesse et comprendre ainsi comment ce voyage improbable loin de sa petite ville américaine de l’Oregon a contribué à former le célèbre cinéaste qu’il est devenu.

Nadine Sierra (Violetta) en état de grâce dans cette Traviata hyper-connectée et de retour à Paris

Nadine Sierra (Violetta) en état de grâce dans cette Traviata hyper-connectée et de retour à Paris
Nadine Sierra – La Traviata par Simon Stone (© Vahid Amanpour – OnP)

Nadine Sierra (Violetta) en état de grâce dans cette Traviata hyper-connectée et de retour à Paris

Une Traviata à l’aune des réseaux sociaux de retour à Paris, magnifiquement portée par la soprano Nadine Sierra et le ténor René Barbera, dans la mise en scène audacieuse et réussie de Simon Stone.

L’Australien s’empare avec brio du célèbre opéra composé par Verdi en 1853 et met en scène une incroyable Violetta qui n’est plus une courtisane du XIX siècle, inspirée de La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils, mais une influenceuse pleinement dans son époque, nouvelle égérie de la toile et d’une marque de parfums, évoluant dans un monde ultra-connecté.

Traviata raconte le sacrifice d’une femme qui doit renoncer à l’homme de sa vie et y décrit une femme consumée par les sentiments dont la brûlure n’a d’égale que son destin brisé. Violetta, héroïne mythique, qui éprouve à la fois l’allégresse et le désespoir, la liberté et la possession de la passion.

Un plateau vocal de haut vol 

Sur scène, deux murs géants placés sur une tournette (dispositif scénique habituel de Simon Stone) visualise en live la page Instagram de l’héroïne avec ses 147 millions d’abonnés, ses milliers de « likes », son site de produits Beauty.com, des photos et selfies de la protagoniste en train de s’étourdir.

Ici, Violetta ne mourra pas de tuberculose mais d’un cancer et les SMS auront remplacé les lettres. Cette réactualisation de l’œuvre qui jongle avec les vidéos, les références à l’ère numérique et sa désincarnation, conserve toutefois tous les épisodes de l’opéra, de la fête initiale à la mort de Violetta.

Et le metteur en scène frappe fort à l’abri d’un découpage quasi-cinématographique du livret qui imprime une fluidité sans faille à la narration dont les corps, les voix, les images vidéo, la scénographie se font les relais du vertige de l’amour, son emportement, ses tourments et sa perte sacrificielle pour un final époustouflant !

Dans cette fuite en avant, la soprano Nadine Sierra est exceptionnelle de grâce et d’expressivité où sa voix céleste, aux multiples nuances, est en osmose parfaite avec l’action dramatique qui s’y déploie. Quant à son partenaire qui joue son amoureux (René Barbera), il témoigne d’une aisance incroyable au timbre vibrant et subtil, tandis que Ludovic Tézier (Germont père), impose avec un un naturel éclatant, une voix aussi flamboyante qu’équilibrée.

Le tout emmené par la direction de Giacomo Sagripanti qui donne à la partition musicale une force et une profondeur dans un geste aussi enlevé qu’inspiré. Bravo !

Dates : du 21 janvier au 25 février 2024 – Lieu : Opéra Bastille (Paris)
Metteur en scène : Simon Stone

Bon anniversaire Antoine, un livre d’Antoine Mesnier (Bouquins-Mollat)

Bon anniversaire Antoine, un livre d’Antoine Mesnier (Bouquins-Mollat)

Antoine Mesnier est médecin à Bordeaux. Le jour de ses 65 ans, on lui annonce qu’il est atteint de la maladie de Charcot. Maladie qu’il connaît bien puisqu’il a lui-même aidé son ami, atteint de cette maladie, à mourir, il y a déjà plusieurs années.

Antoine a eu une vie incroyable. Il a tout sacrifié pour soigner ses patients. Il a vécu à trois cents à l’heure pour accompagner ses malades.

Aujourd’hui, atteint de cette maladie incurable et terriblement handicapante, Antoine a écrit ce livre, Bon anniversaire Antoine, pour dire haut et fort comme il est heureux alors qu’il se sait condamné ! Le tout avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision.
Il a quitté Bordeaux pour aller s’installer au Pays Basque qu’il aime tant. Il affronte chaque jour sa maladie sans en avoir peur. Il dit, très discrètement, qu’il a découvert l’amour, même en étant malade. Qu’il est profondément heureux. Qu’il profite de chaque heure, chaque minute, chaque seconde.

Il veut redonner de l’espoir aux personnes qui souffrent du même mal que lui. Même s’il sait ses jours comptés, il a bien l’intention d’en profiter au maximum. Tout cela malgré ses douleurs, ses handicaps et ses difficultés à assumer ses gestes au quotidien. Lui qui a tant donné aux autres apprend à recevoir.
Quelle leçon de Vie !
Quelle résilience !
Quelle force intérieure !

Il a fallu qu’il se sache condamné pour vivre vraiment sa vie et se rendre compte qu’il était aimé. Vraiment aimé. Et qu’il aimait !

Bon anniversaire Antoine est vraiment un très beau livre-témoignage, à mettre entre toutes les mains. Les malades trouveront du réconfort et de l’espoir. Et les bien-portants réfléchiront sur leur façon de vivre…

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Octobre 2023
Auteur : Antoine Mesnier
Editeur : Bouquins Mollat
Prix : 20€

Visions, un film fantastique claustrophobique à découvrir en DVD, BRD et VOD le 24 janvier

Le réalisateur de Boite noire et Un homme idéal est de retour. Yann Gozlan réunit Mathieu Kassovitz et Diane Kruger pour explorer les thèmes de la folie et de la psychose dans un film qui brouille constamment les pistes entre fantasme et réalité. Le personnage principal d’Estelle est-elle manipulée, sous l’emprise de substances ou en perpétuelle fuite d’elle-même? Pilote de ligne à la carrière exemplaire, mariée à un médecin bien sous tous rapports mais désireuse d’enfanter tout en étant accaparée par des sentiments pour une ancienne conquête revenue à la surface, elle doit faire face à ses démons dans un film qui laisse longtemps le spectateur sans boussole pour mieux le perdre et lui donner les solutions finales.

Une femme à la croisée des chemins

Derrière ce portait de femme moderne, indépendante mais prise aux pièges des choix de la quarantaine, désireuse d’entretenir une vie maritale épanouie mais incapable de résister à ses désirs, Yann Gozlan échafaude une intrigue entre psychologie, thriller et romance. Pour aboutir à ce scénario rondement mené, il a collaboré avec plusieurs scénaristes jusqu’à ce que Jean-Baptiste Delafon accouche de la version finale. Les personnages de Visions pensent pouvoir toujours garder le contrôle sans se rendre compte de la possibilité qu’ils puissent le perdre. Un peu comme dans Blade Runner où les réplicants ont une mémoire implantée avec les souvenirs d’un autre, les personnages de Visions voient leur esprit se brouiller jusqu’à perdre le sens de la réalité. Pour ce portrait, le réalisateur s’est documenté en s’intéressant au métier de pilote d’avion pour un surplus de réalisme et de crédibilité, il s’est également plongé dans la lecture de livres traitants de la psychanalyse et de l’inconscient. Le résultat est un film au climat souvent envoutant, voire étrange et malsain. Certains pilotes avec qui le réalisateur ont évoqué leurs troubles du sommeil et la nécessité récurrente de prendre des somnifères puissants pour pouvoir dormir. Il s’en est inspiré pour son héroïne en manque croissant de lucidité, rappelant les héroïnes hitcockiennes comme Tippi Hedren et Grace Kelly pour le personnage d’Estelle. Blonde, libérée, magnétique, elle maitrise longtemps les évènements avant de se faire emporter par une vague incontrôlable. Pour Diane Kruger, c’est un retour en France depuis son dernier film français tourné en 2017.

Visions est une belle tentative de plonger un esprit cartésien dans un contexte mouvant et incontrôlable. Il est à découvrir le 24 janvier en DVD, BRTD et VOD.

Synopsis: Pilote de ligne confirmée, Estelle mène, entre deux vols long-courriers, une vie parfaite avec Guillaume, son mari aimant et protecteur. Un jour, par hasard, dans un couloir d’aéroport, elle recroise la route d’Ana, photographe avec qui elle a eu une aventure passionnée vingt ans plus tôt. Estelle est alors loin d’imaginer que ces retrouvailles vont l’entraîner dans une spirale cauchemardesque et faire basculer sa vie dans l’irrationnel…

« Les Emigrants », le théâtre total de Krystian Lupa

"Les Emigrants" , le théâtre total de Krystian Lupa
© Simon Gosselin

« Les Emigrants », le théâtre total de Krystian Lupa

Créateur de théâtre total, Krystian Lupa s’impose à la fois comme concepteur d’adaptations, plasticien (il signe lui même les scénographies et les lumières de ses spectacles) et directeur d’acteurs (connu pour son long travail préparatoire avec les comédiens sur la construction des personnages). Ses spectacles sont également marqués par un travail singulier sur le rythme, temps ralenti dans le déroulement de l’action scénique, souvent concentrée autour de moments de crises.

On se souvient de son adaptation de « Perturbation » de Thomas Bernhard où le destin des hommes est la conséquence d’une humanité perturbée propre au vertige de la condition humaine, ou encore de sa mémorable « Salle d’attente » capable de créer une sidérante intensité, tout en offrant à la représentation d’indomptables dilatations poétiques.

Son théâtre regarde ailleurs. De l’autre côté ou dans les profondeurs. Là où l’homme ne se comprend plus lui même.

Et il faut accepter d’y entrer progressivement, sans rien forcer. Le récit, l’intrigue, la psychologie des personnages, l’efficacité dramatique, la beauté voulue pour elle-même ne sont pas ce qui occupe le metteur en scène polonais.

Une aspiration méditative et sensitive 

Avec Les Émigrants d’une durée de 4h30, Krystian Lupa s’empare cette fois-ci d’une des œuvres majeures de la fin du XXe siècle.

Dans ce récit à la croisée entre fiction et document, l’auteur allemand reconstitue la vie de quatre hommes qu’il a côtoyés à un moment ou à un autre de sa vie. Ils ont en commun d’avoir connu l’exil, et d’en avoir été marqués à tout jamais. Des existences silencieuses marquées par la perte, un passé mémoriel et une errance intérieure qui les mènent au suicide, ou à une mort qui y ressemble.

L’œuvre scrute les mécanismes de la mémoire et les traumatismes du déracinement et interroge l’essence même de notre humanité.

Krystian Lupa met en scène deux de ces histoires où les fantômes du passé hantent les vivants. Celle de Paul Bereyter, instituteur juif contraint à l’exil, dont la famille a été décimée par les Nazis et qui finit broyé par le poids du souvenir. Celle d’Ambros Adelwarth, émigré aux États-Unis, majordome d’une riche famille juive, qui choisit de s’isoler du monde en s’enfermant dans l’asile psychiatrique où est décédé son compagnon de route de longue date.

De ces récits, le metteur en scène convoque avec le geste qu’on lui connait, les déchirures indicibles, celles de Paul et Ambros, mais aussi celles plus enfouies de Cosmo, et d’Helen, une jeune femme juive autrichienne que Paul a rencontrée, et sans doute aimée, en 1935. Une phrase, une seule, scelle son destin : « Il ne faisait guère de doute que Helen avait été déportée avec sa mère, dans un de ces trains spéciaux qui pour la plupart partaient de Vienne avant la pointe du jour, sans doute vers Theresienstadt, dans un premier temps« . Une phrase, ou plutôt une faille, qui aspire l’ensemble du texte.

La marque visible et aveuglante du trou noir qui obnubile autant Paul que Sebald. Une phrase en forme d’écho silencieux du suicide de Paul. Une déflagration sourde du sens qui se répercute parmi tous les émigrants. Car à travers le destin de ces individus, nous assistons à la dilution des identités et, en creux, lisons chez eux le traumatisme du XXe siècle et de la Shoah qui fait surgir les compromissions et la culpabilité qui en résulte.

Le dispositif scénique mêle théâtre et cinéma dans une fluidité parfaite et offre ainsi un espace organique et mental fluctuant, au plus près du mystère de ces existences insaisissables.

Et Lupa ne s’attache pas à la reconstitution narrative de l’oeuvre mais à son aspiration méditative et sensitive avec ses turbulences, ses trous noirs, ses silences, et ses ruptures qui lui permettent de fragmenter des espaces de perdition, d’introspection où se créent alors un autre rapport au monde : sensible et onirique.

D’une saisissante introspection, la pièce nous renvoie à l’intranquillité du monde et à sa résonance dont l’expérience crée un bouleversement intérieur. Bravo !

Dates : du 13 janvier au 4 février 2024 – Lieu : Odéon – Théâtre de l’Europe (Paris)
Metteur en scène : Krystian Lupa

Mangaka, une nouvelle série de Thibault Vermot (Casterman)

Mangaka, une nouvelle série de Thibault Vermot (Casterman)

Casterman présente une nouvelle série de Thibault Vermot : Mangaka. Il s’agit d’une histoire de manga, mais sous forme de roman. Pas de dessins, mais une histoire incroyable et des personnages auxquels on s’attache. Un bon roman fantastique !

Voilà ce que dit l’éditrice de Mangaka, Clémence Bard :

« Mangaka est tout simplement une série de romans addictive et unique en son genre, écrite par un fan de mangas, avec un amour immense de cet univers. »
Mangaka est une saga japonaise, composée de quatre tomes, c’est-à-dire, de plus de mille pages !

Mangaka, c’est l’histoire d’une jeune fille, Asuka, passionnée de mangas, et surtout elle sait très bien dessiner des mangas. Elle entre au lycée. Elle a décidé d’écrire un manga avec sa meilleure amie. Son amie, Hina, écrit le scénario et elle, réalise les dessins.

Dès le premier jour du lycée, elle est très déçue car elle n’est pas sélectionnée pour le club de dessin. Alors que Hina l’est !

Très vite, Hina va la mettre de côté et se faire une autre « meilleure amie », toutes deux inscrites au Club de dessin. Coup dur pour Asuka.

Au lycée, elle rencontre un drôle de garçon, dont le prénom est Cloud. Nouveau dans la classe. Un beau garçon qui plait déjà à toutes les filles. Elle ne sait pas pourquoi mais Cloud va s’intéresser à elle. Elle va le suivre dans de drôles d’aventures… Non sans risques !

Il est clair que ce roman va plaire aux jeunes fans de mangas. Le récit est très proche d’un manga avec des moments très forts et beaucoup de suspens. On découvre à la fois la vie de lycéens japonais, le fantastique et le thriller ! Plus on avance dans le roman, plus on devient accro !

Publik’Art a confié la lecture du premier tome à Eliot, très bon lecteur et fan de mangas, 11 ans.
Voilà ce qu’il nous confie :

« J’ai aimé le livre Mangaka de Thibault Vermot car il est passionnant, plein d’imagination, très original et je me sentais vraiment dans la peau du personnage. Il y a beaucoup de mystères et de rebondissements. Ce livre-manga m’a beaucoup plu et j’attends donc avec impatience le tome deux de cette merveilleuse saga ! »

Mangaka est donc une nouvelle série à suivre ! Le tome 2 sortira en mars, le tome 3 en juin et le tome 4 en août ! De quoi ravir les fans !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Janvier 2024
Auteur : Thibault Vermot
Editeur : Casterman
Prix : 12,90 €

[Manga] Cross of the cross, tome 1 : une vengeance froide et brutale (Delcourt / Tonkam)

[Manga] Cross of the cross, tome 1 : une vengeance froide et brutale (Delcourt / Tonkam)

Manga de Shiryu Nakatake, Cross of the cross est un seinen ultra violent qui raconte l’histoire d’un collégien harcelé par ses camarades. Un harcèlement mené comme une expérimentation par ceux qui le persécutent. Tant et si bien qu’on le surnomme le Cobaye A. Heureusement, il a sa famille au sein de laquelle il se réfugie, sans oser parler de son problème qui mine son quotidien.

Et tout bascule définitivement lorsque ses bourreaux décident d’éliminer toute sa famille. Une scène d’horreur qui choque et sidère littéralement le lecteur. La suite, c’est une vengeance qui va se construire au fil des années, pour revenir plus fort et se faire justice.

Un scénario coup de poing qui va très loin dans l’horreur et parvient à surprendre. Tout cela servi à un rythme haletant. Le dessin est quant à lui très réussi, avec un trait tout en finesse, exploitant une expressivité exacerbée de personnages mis en scène avec brio.

Cross of the cross choque et effraye tout à la fois. On reste scotché à ce premier tome de bout en bout. A découvrir en librairie (et à réserver à un public averti !).

Résumé de l’éditeur :

La vengeance est un plat qui se mange froid… Lors d’une blague qui tourne mal, cinq élèves de 6e tuent la famille de leur souffre-douleur. Maintenant qu’il n’a plus rien à perdre, sa vengeance va pouvoir enfin commencer…
Shun Uruma, un élève de sixième, est persécuté depuis toujours par ses camarades. Surnommé le Cobaye A , le jeune garçon ne trouve du réconfort qu’auprès de ses parents et de son petit frère. Mais lorsque sa précieuse famille lui est arrachée par nulle autre que ses tyrans, Shun perd tout espoir. Avec l’aide de son grand-père, ancien membre d’un bataillon secret, il va redonner un sens à sa vie grâce à sa soif de vengeance.

Date de parution tomes 1 & 2 : le 3 janvier 2024
Auteurs
: Shiryu Nakatake (Scénario, Dessin)
Genre : Seinen
Editeur : Delcourt
Prix : 8,50 €
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Pauvres Créatures, un film qui manque sa portée mythologique

Casting hollywoodien de qualité (Emma Stone, Willem Dafoe, Mark Ruffalo), multiples récompenses (2 Golden Globe, Lion d’or au Festival de Venise 2023 avant un possible triomphe aux Oscars face à Oppenheimer), la pertinence du réalisateur grec Yorgos Lanthimos a réussi à convaincre le tout Hollywood comme l’avait déjà démontré l’Oscar obtenu par Olivia Colman pour son rôle de reine décrépite dans l’excellent La Favorite. A-t-il perdu au passage de son originalité et de son intensité comme on pouvait le craindre?

Un film bancal

Si Pauvres Créatures est un film d’une énorme originalité aux choix scénaristiques forts, voire extrêmes, il ne parvient néanmoins pas à captiver et fasciner autant que ses illustres prédécesseurs The Lobster, Mise à mort du Cerf Sacré et La Favorite. L’héroïne Bella (Emma Stone) est une sorte de Frankenstein au féminin assemblée par le Dr Godwin Baxter (Willem Dafoe) a partir de 2 êtres humains. Génie tourmenté au visage ressemblant à un tableau de Francis Bacon, le médecin est dénué de sentiments et s’intéresse avant tout à la découverte scientifique. Et comme sa créature doit tout réapprendre (bonnes manières, langage, mouvements, capacités réflexives), il est un peu désarçonné face aux réactions surprenantes de Bella. Le parti pris de Lanthimos est iconoclaste, il oriente principalement le processus de découverte et d’apprentissage vers le spectre sexuel, forcément limité. Car la créature est d’abord simpliste, elle aime ou n’aime pas et s’exprime avec cette simple différenciation, et quand elle découvre le plaisir, elle aime beaucoup. Pourquoi pas, c’est un choix scénaristique, sauf que le film se concentre beaucoup (trop) sur cet aspect somme toute limité de la découverte de soi. Emma Stone donne de sa personne pour personnifier une Bella sans pudeur, sans honte, sans traumatisme et sans passé. Le nu en full frontal est (trop) récurrent, les scènes d’accouplement en viennent à remplir (un peu) trop le film qui en perd sa dimension mythologique. Le réalisateur a axé son film sur un aspect féministe et libérateur louable mais en se limitant à cela, il perd beaucoup des éléments qui auraient pu en faire un grand film. Les personnages en deviennent caricaturaux (Mark Ruffalo notamment en personnage jouisseur et ubuesque de Duncan Wedderburn). La satire reste clouée au sol là où elle aurait pu toucher à l’universel. L’ambiance XIXe siècle steampunk avec ses machines volant à la vapeur place le film dans un contexte d’uchronie vraiment original. Bella voyage de Londres à Paris, Lisbonne, Athènes dans des aventures qui la voient se réaliser, souvent avec des rapports sexuels tarifés, rajoutant toujours un peu plus de nu dans un film qui n’en avait pas tant besoin.

Pauvres Créatures a des intentions et de l’ambition mais les partis pris scénaristiques en limitent sa portée en le cantonnant à un propos féministe libérateur qui est forcément limité. Le film risque de mal vieillir, le futur nous le dira. Frankenstein se demandait pourquoi la vie, pourquoi sa création, dans une belle dimension philosophique, la réflexion de Bella devient plus terre à terre avec ses préoccupations sexuelles excessives… le reflet de son époque?

Synopsis: Bella est une jeune femme ramenée à la vie par le brillant et peu orthodoxe Dr Godwin Baxter. Sous sa protection, elle a soif d’apprendre. Avide de découvrir le monde dont elle ignore tout, elle s’enfuit avec Duncan Wedderburn, un avocat habile et débauché, et embarque pour une odyssée étourdissante à travers les continents. Imperméable aux préjugés de son époque, Bella est résolue à ne rien céder sur les principes d’égalité et de libération.

Un beau film sur l’enfance avec Ama Gloria de Marie Amachoukeli, sortie en DVD le 16 janvier aux éditions Pyramide Vidéo

Le film Ama Gloria a été dédié par la réalisatrice Marie Amachoukeli à Laurinda Correia, la femme qui s’est occupée d’elle enfant. Concierge dans l’immeuble où vivait la future réalisatrice, elle était issue de l’immigration portugaise. L’enfant passait beaucoup de temps dans sa loge jusqu’au jour du retour vers le pays natal, pour un énorme choc à hauteur d’enfant. Restées en contact, elles s’écrivent et se donnent des nouvelles, le film évoque cet amour débordant pour une personne extérieure à la famille avec beaucoup de sensibilité.

Un film touchant

La réalisatrice s’est souvenue pendant l’écriture du film d’un tableau de Jean-Baptiste Debret peint au 19ème siècle, en couverture de l’essai L’Oedipe noir de l’anthropologue Rita Laura Segato. On y voit une femme noire serrant dans ses bras un enfant blanc, à qui elle offre une protection enveloppante. De quoi décrire le film avec le rôle central d’une gouvernante dans l’éducation d’un enfant, et même plus que ça avec tout l’amour démontré. Le rôle de Gloria a été donné à Ilça Moreno après un casting assez large où la réalisatrice a rencontré un certain nombre de nounous. Originairement infirmière au Cap Vert, l’actrice a convaincu la réalisatrice de lui confier le rôle. Le film a été présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2023 et en fait l’ouverture. Le point de vue du film est celui de la petite fille de 6 ans, ce n’est donc pas un documentaire mais un film basé sur le regard d’un enfant avec ses sentiments, avec beaucoup de réalisme et de sensations. L’enfant est interprété par la jeune Louise, remarqué par la réalisatrice dans un parc, très directive avec son petit frère, et ça lui a plu. Elle est venue passer des essais où elle a démontré son fort caractère, son écoute et sa faculté à se mettre à la place des autres. La nounou et l’enfant ont su suivre l’idée de la réalisatrice, l’émancipation d’une adulte et d’une enfant. Une partie du film, la partie capverdienne, a été tournée à Tarrafal au nord de Santiago, la plus grande île de l’archipel, sur un territoire très volcanique. Dans le film, la première partie se déroule en région parisienne, la deuxième partie au Cap‑Vert et la troisième est animée.

L’histoire d’amour entre une petite fille envers sa nounou remplaçant sa maman morte d’un cancer est un grand moment d’émotion, à découvrir en DVD le 16 janvier.

Synopsis: Cléo a tout juste six ans. Elle aime follement Gloria, sa nounou qui l’élève depuis sa naissance. Mais Gloria doit retourner d’urgence au Cap-Vert, auprès de ses enfants. Avant son départ, Cléo lui demande de tenir une promesse: la revoir au plus vite. Gloria l’invite à venir dans sa famille et sur son île, passer un dernier été ensemble.

Animal, un film sur la folie des clubs de vacances, sortie le 17 janvier

Animal est le second long-métrage de la cinéaste grecque Sofia Exarchou après Park en 2016. Les 2 films se ressemblent sur fond de désenchantement existentiel, ici pour l’animatrice de club de vacances Kalia (Dimitra Vlagkopoulou) qui ressent de plus en plus au fur et à mesure du film qu’elle n’a rien au-delà de son job très prenant mais synonyme de vide. Musique, danse, amourettes, elle gravite dans un univers perpétuellement transitoire qui est tout à fait permanent pour elle.

Un film entre rythme et vague à l’âme

La réalisatrice fait longtemps ressembler son film à un documentaire tourné sur une île grecque recevant de riches touristes européens venus de Russie, d’Allemagne et d’ailleurs. Présente depuis 10 ans, Kalia fait presque partie des meubles, elles accueille de nouveaux GO tous les ans et dirige la section danse. Entre beuveries, discussions et animations, le film s’attache surtout à décrire une atmosphère sans qu’une trame narrative se dessine vraiment. Au final, la gaieté semble factice, sur scène et même dans les coulisses, Kalia essaye de vaincre le blues à coups de shots de vodka et d’émotions fortes. Mais rien n’y fait, l’animatrice/danseuse/chanteuse vit une vie transitoire au milieu de touristes de passage, elle ne peut s’attacher à rien, le passage est constant et l’industrie du tourisme de masse s’intéresse avant tout au divertissement obligatoire, pas besoin de profondeur. Véritable critique de la vacuité du système touristique, le film décrit le travail de forçat des animateurs, impliqués jour après jour mais sans vraiment y croire, à l’image de cette animatrice polonaise qui semble jouer le jeu avec un regard perpétuellement perdu dans le vide. L’alcool et les décibels sont bel et bien des succédanés qui ne permettent pas de construire une vie, tout juste participent-ils à s’animer. Car une fois les projecteurs éteints, les touristes partent, la gueule de bois arrive, et les bobos marquent l’âme et le corps. Sofia Exarchou prend le parti de dénoncer un système qui est à la base de l’économie de beaucoup d’îles en Grèce mais au prix de vie cabossées. Le film montre bien que Kalia n’est pas irremplaçable, qu’importe la durée et l’affect, un coup dur peur rapidement la mettre hors jeu et elle sera facilement remplacée.

Le film est empreint d’un spleen qui le rend presque malaisant à cause de la morosité ambiante qui en vient à plomber les personnages, et le spectateur avec. Sans espoir à l’horizon, le film tourne un peu en rond même s’il décrit par le menu un sujet pas sans intérêt. Le film est à découvrir en salles le 17 janvier 2024.

Synopsis: Sous le soleil brûlant d’une île grecque, les animateurs d’un hôtel all-inclusive menés par la charismatique Kalia se préparent pour la saison. Décors en carton-pâte, costumes pailletés et spectacles de danse envahissent la scène. À mesure que l’été avance, la pression augmente, les nuits s’enchaînent, et les démons de Kalia se réveillent. Lorsque les projecteurs s’allument, the show must go on… mais cela a-t-il toujours un sens pour elle ?

[BD] A mourir entre les bras de ma nourrice, album de Mark Eacersall, Henri Scala et Raphaël Pavard (Glénat)

[BD] A mourir entre les bras de ma nourrice, album de Mark Eacersall, Henri Scala et Raphaël Pavard (Glénat)

Comme un polar noir, A mourir entre les bras de ma nourrice fait le récit d’une mère qui élève seule ses enfants au coeur d’une cité gangrénée par les trafics de drogues. Femme de ménage, elle ne parvient pas à joindre les deux bouts et accumule les factures impayées jusqu’à ce qu’un homme lui propose de garder une malle chez elle… Oui, mais tout se complique quand les services de police s’en mêlent. Un scénario brillant écrit par Mark Eacersall (GoSt 111, Tananarive) et Henri Scala (GoSt 111Cristal 417) qu’illustre avec brio Raphaël Pavard.

Construit avec beaucoup d’intelligence à la manière d’un documentaire, l’album propose une narration minimaliste voire intimiste, sans fioriture. Le résultat est très efficace sur le suspens ressenti. Le rythme est haletant et on sent l’immense mur, contre lequel la nourrice semble se précipiter, se dresser au loin et se rapprocher à vitesse grand V. Une chute qui s’annonce forcément violente, à moins que ? 

Le dessin, en couleur directe, est quant à lui d’une grande audace. On adore le travail de Raphaël Pavard pour qui c’est une première.

A mourir entre les bras de ma nourrice est à découvrir en librairie sans plus attendre !

Extrait de la BD :

Résumé de l’éditeur :

Il n’est jamais trop tard pour vivre une grande aventure.

La trajectoire périlleuse d’une mère de famille dans une cité tenue par des trafiquants. Nourrice u.?is féminin : (Argot policier) Personne qui cache de la drogue chez elle, en contrepartie d’une rémunération.
Fatoumata, femme de ménage qui élève seule ses trois filles, n’aurait jamais dû accepter le marché des dealers de la cité. Rien ne se déroule comme prévu et elle se retrouve au cœur d’une guerre qui la dépasse… Une guerre dont elle devra se sortir, une fois de plus, toute seule.
Roman noir, portrait de femme, À mourir entre les bras de ma nourrice est une œuvre pleine de suspense et à la mise en scène remarquablement orchestrée. Le duo de scénaristes Mark Eacersall et Henri Scala, qui a déjà fait ses preuves (GoSt 111, Cristal 417) est cette fois-ci accompagné du dessinateur Raphaël Pavard. Ce prodige signe ici son premier album, en couleurs directes, d’une force graphique sans précédent, rappelant parfois les grandes heures d’un Baru, version réaliste. Le récit offre une immersion à hauteur d’homme (en l’occurrence ici, de femme) dans l’univers d’une cité de la drogue. Aussi documenté et haletant qu’une saison de The Wire ou un film de Jacques Audiard, À mourir entre les bras de ma nourrice met en scène une héroïne touchante et originale, prête à tout pour améliorer son quotidien et protéger les siens.

Date de parution : le 10 janvier 2024
Auteurs
: Mark Eacersall, Henri Scala (scénario) et Raphaël Pavard (dessin)
Genre : Roman graphique, polar noir
Editeur : Glénat
Prix : 22,50 €
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Les parures de Paris, un roman d’Emilie Riger (Editions Jeanne & Juliette)

Les parures de Paris, un roman d’Emilie Riger (Editions Jeanne & Juliette)

Les parures de Paris, Tome 1, nous plonge en plein XIX siècle… C’est une saga historique tout simplement époustouflante.

Basilique est une jeune fille de bonne famille. Son père s’occupe de son atelier de bijoutier, sa mère est au foyer. Elle a perdu, depuis peu, son frère ainé, du choléra, Basile. Mais Basile était le préféré de sa mère alors que Basilique semble détestée par sa mère, sans comprendre pourquoi.

Elle rêve de créer des bijoux, mais elle n’a pas le droit d’aller à l’atelier car ce métier est réservé aux hommes.

Ses parents veulent la marier, à un bon parti, Pour échapper à ce mariage forcé, Basilique ne manque pas de culot.

Arrivera-t-elle à ne plus être prisonnière chez ses propres parents, à créer des bijoux comme elle le rêve ? A devenir la première joaillière de France ?

Sa rencontre inopinée avec Clovis va complètement bouleverser sa vie… Basilique ne manque pas de culot et c’est ce qui la sauvera…

Ce roman est truffé d’anecdotes historiques sur cette époque passionnante et révèle des grands auteurs comme de grands musiciens ou de grands peintres, tous d’une créativité tout à fait exceptionnelle. On découvre également l’ambiance politique de cette époque. Paris, 1844. Les rues grondent. Le peuple commence à se soulever contre la monarchie, la bourgeoisie. Le peuple crève de faim… Et les conditions des femmes qui n’ont aucun droit ! Et qui doivent obéissance à leur mari !

Bref, Publik’Art est passionné et attend avec impatience le Tome 2 !

Les parures de Paris, un roman, intelligent, sensible, qui nous tient en haleine ! Que vont devenir Clovis et Basilique au milieu d’une telle tourmente ?

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Octobre 2023
Auteur : Emilie Riger
Editeur : Editions Jeanne & Juliette
Prix : 16,90 €

Louis la flemme débarque avec un projet solo frondeur, Lésinight

Le premier album solo du batteur de Pogo Car Crash Control est disponible le 12 janvier 2024. Louis la Flemme, alias Louis Péchinot, dévoile son premier EP Lésinight et c’est une réussite. L’artiste a multiplié les prestations live avec le groupe punk, il passe maintenant à une pop mélodieuse avec des paroles toutes empreintes d’une haine adolescente tenace.

Une musique pour la jeunesse énervée

Ancien ingénieur contrarié, Louis la Flemme évoque dans ses paroles l’avenir incertain d’une jeunesse tiraillée entre l’omniprésence des jeux vidéo et l’obligation de se mettre au travail, avec à la clé les doutes, les problèmes d’argent et l’attirance pour la gente féminine. La release party a eu lieu le 11 au Supersonic pour communier avec le public. Louis écrit, compose, joue de la guitare et il écoute du Rap, du Ska, du Pop-Rock des années 2000, avec une forte attirance pour le Punk, le Rock et le Metal. Si le nom de scène fait penser à une fainéantise proverbiale, elle se situe loin de l’ennui et cherche plutôt du côté d’une bonhommie paisible, productive et non pas gratuite. Si l’artiste sait qu’une cohérence d’ensemble est légitime, il ne se prive pas de louvoyer de tous côtés, entre pop, rap et chanson française. Auparavant, il avait révélé Planisphère, avec son clip ai rendu très américain, tourné à Lésigny sur les lieux de son enfance, entre Punk à roulettes et teen movies. Ses influences musicales vont de Blink 182, Sum 41, System Of A Down, Weezer, Sublime, Smash Mouth…à Cypress Hill et NTM. Il a été marqué récemment par Sunburn de Dominic Fike et  Kamal et Gazo, ainsi que le dernier album d’Aya Nakamura.

Louis la flemme est un artiste à suivre, son premier EP laisse présager une énergie assez vibrante! Ce premier EP souligne un univers à découvrir, très marqué par la jeunesse et l’énergie.

[BD jeunesse] Jeanne des Embruns, tome 1 : une aventure aquatique de Jean-Christophe Deveney et Valentin Varrel  (Glénat)

[BD jeunesse] Jeanne des Embruns, tome 1 : une aventure aquatique de Jean-Christophe Deveney et Valentin Varrel  (Glénat)

Jeanne des Embruns est une jeune fille très fortement liée au monde marin depuis sa naissance. Après avoir perdu sa mère, exploratrice du fond des mers, elle va poursuivre cette quête vers cet ailleurs avec passion. Son destin bascule définitivement lorsqu’elle rencontre des enfants-sirènes, qui lui ouvrent de nouveaux horizons. Mais ces derniers ont besoin d’aide pour échapper à Sarisse, un chasseur sirénier qui n’a de cesse de vouloir les capturer. Jeanne va alors tout faire pour les aider, y compris en faisant appel à son père.

Avec une trame narrative digne d’un Disney, Jeanne des embruns est la promesse d’un récit de fantaisie où action, suspens et poésie sont de la partie. Le dessin est quant à lui au style marqué, comme tiré d’un dessin animé. 

Une BD jeunesse i

 

 

 

 

 

 

déale pour s’évader dans un monde peuplé de magie et d’êtres fantastiques !

Extrait de la BD :

Résumé de l’éditeur :

Le grand frisson 

À la découverte du peuple des mers ! Jeanne des embruns est née un jour de tempête. Fille du marquis de Gabrini et de la marquise Hanne, son enfance est bercée par les vagues. C’est dans cette atmosphère maritime que grandit Jeanne qui sent qu’un lien particulier la relie à l’océan. Lorsque sa mère meurt, la jeune fille se promet de poursuivre l’exploration du monde aquatique, jusqu’au jour où elle fait une rencontre des plus surprenantes. Est-ce bien une sirène qu’elle a entraperçue en plongeant dans les profondeurs ? En ce siècle des Lumières, où les connaissances scientifiques évoluent chaque jour, son père, un savant, doute de l’existence de ces êtres. Pourtant, bientôt les chants de Jeanne vont lui permettre d’entrer en contact avec ce peuple méconnu. Elle rencontre 2 têtards, des enfants-sirènes qui ont trouvé refuge dans le Golfe pour échapper à Sarisse, un sirénier qui les traque sans relâche. Pour aider ces créatures magnifiques, Jeanne va prendre tous les risques y compris celui d’impliquer son père. Peut-être que l’heure est venue pour Jeanne de prendre le large et de découvrir des horizons aussi mystérieux que fascinants afin de percer les secrets de ses origines.
Partez à la découverte de créatures extraordinaires à travers cette nouvelle trilogie pleine de poésie, de mélancolie et de merveilleux. À la croisée des influences nordiques, des mythes et légendes, Jean-Christophe Deveney et Valentin Varrel développent l’univers des sirènes avec fantaisie grâce à un dessin harmonieux hérité de l’animation.

 

Date de parution : le 10 janvier 2024
Auteurs
: Jean-Christophe Deveney (Scénario) et Valentin Varrel (Dessin, Couleurs)
Genre : BD jeunesse
Editeur : Glénat
Prix : 16,95 €
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[Manga] Blue Giant Explorer tome 2, voyage dans l’Amérique du jazz (Glénat)

[Manga] Blue Giant Explorer tome 2, voyage dans l’Amérique du jazz (Glénat)

Blue Giant Explorer est un seinen atypique où un jeune japonais, Dai Miyamoto, saxophoniste talentueux, décide de partir aux Etats-Unis pour se construire une carrière de joueur de jazz parmi les meilleurs de la planète. Après avoir atterri à Seattle sans un sous devant lui, le jeune s’est rapidement trouvé un petit job chez un garagiste fan de rock. Le projet ? Pouvoir s’offrir une voiture d’occasion qui lui permettra d’entamer une bonne fois pour toute son voyage à travers le nouveau monde.

Et c’est dans ce second tome que débute vraiment l’aventure puisque atteint ce premier objectif. Direction : Portland ! Avec son caractère réservé, se révèle être une véritable bête de scène et relève les challenges qu’on lui lance avec brio. Le scénario est fleuve, ponctué de scènes musicales et de rencontres de personnages secondaires forts dans une atmosphère forcément mélomane. Un manga très agréable à suivre, qu’on soit on non musicien. Mention spéciale au dessin qui est une vraie réussite et transmet beaucoup d’émotions.

Un manga à suivre ! 

Résumé de l’éditeur :

Désormais propriétaire d’une vieille Honda Civic, Dai quitte Seattle pour se diriger vers le sud – non sans stress, car c’est son premier voyage au volant ! En route, il prend un auto-stoppeur, Jason, qui lui assène que son état d’esprit ne collera pas à sa ville de destination, Portland… Là-bas, dans une atmosphère détendue et chaleureuse, Dai et son jazz puissant vont jurer avec le décor !

Date de parution : le 22 novembre 2023
Auteurs
: Shinichi Ishizuka
Genre : seinen, jazz
Editeur : Glénat
Prix : 7,90 €
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