Place Colette commence ainsi : « Je savais, depuis longtemps, par où cela devait commencer, mais j’ignorais quand viendrait le moment d’écrire ce chapitre de ma vie. »
Dans ce livre, écrit à la première personne, l’auteure raconte la vie d’une petite fille, elle-même sans doute, suite à trois ans de maladie où elle est restée clouée sur un lit d’hôpital. Mais elle va très peu parler de cette épreuve pour se consacrer à sa « renaissance ». On comprend très vite qu’elle est une « charge » pour ses parents, très haut placés, qui mènent une drôle de vie. Le père vise l’Académie Française, redoublant les conquêtes, et la mère couche avec son psy depuis des années. Leur dernière fille, qui ne sera jamais nommée tout au long du roman, ils la regardent à peine et ne s’en préoccupent guère.
Très vite, l’auteure va centrer son roman Place Colette sur une rencontre avec un comédien, Pierre, sociétaire de la Comédie-Française. « La petite fille » se révèle folle amoureuse et ne pense plus que par Pierre, ne vit plus que pour lui.
Et c’est là que l’on se sent de plus en plus mal à l’aise en lisant ce livre. Bien sûr, on ne peut que penser que tout ce qu’elle écrit, elle l’a elle-même vécu. Mais rien que le fait de la lire nous culpabilise. Si c’est une autobiographie, c’est monstrueux mais si c’est une fiction, cela l’est tout autant, car complètement amoral et pervers.
Si c’est une autobiographie, c’est monstrueux…
Elle dit avoir été vraiment très amoureuse de Pierre, de 30 ans son ainé. Alors qu’elle n’avait que 13 ans, et ne connaissait rien à l’amour, rien aux relations homme-femme, cet homme va en faire son objet sexuel. C’est son amie de collège, Isabelle, qui va lui faire son éducation sexuelle, ses parents produisant des films pornos…
Pierre lui fait faire tout ce qu’il veut et la petite fille s’exécute. Elle dit que par amour, elle s’offre à lui, sans même savoir ce qu’il lui fait. Il y a des passages très crus, et on ne peut que crier au viol. Absolument monstrueux.
Bien sûr, on ne peut pas ne pas penser que Pierre est un pédophile qui profite honteusement de cette petite fille et cela nous met très mal à l’aise, nous lecteurs témoins de ces scènes, d’autant plus que l’auteure reste persuadée, jusqu’à la fin, que c’est elle, la petite fille de 13 ans, qui l’a piégé. Et non, le contraire.
Le livre aurait un tout autre écho si l’auteure dénonçait les viols dont elle a été victime, plusieurs fois. Pierre, dont le nom reste inconnu, est aujourd’hui mort et la petite fille du livre continue après des dizaines d’années, de souffrir du syndrome de Stockholm. Elle dit aimer son bourreau.
Heureusement l’auteure raconte aussi tout l’amour qu’elle a pour le théâtre qui va la sauver. Et nous aussi. Tout ce qu’elle écrit sur son parcours concernant ses études de théâtre est totalement vrai. Elle entre au conservatoire de la Rue Blanche à 17ans. Elle nous dévoile ses dons, ses réussites et oublie peu à peu Pierre qu’elle remplacera par l’amour du théâtre, disant elle-même qu’elle n’est pas prête à vivre l’amour avec un homme. Comment l’aurait-elle pu après un tel traumatisme ?
Si ce livre Place Colette n’est qu’une pure fiction où se mêlent beaucoup de vérités, c’est une très mauvaise fiction car cela risque de conforter nombre de pédophiles dans leurs actes criminels. La perversité n’est jamais bonne à écrire. Et en être spectateur est totalement insupportable.
En tout cas, c’est un livre qui fait mal et qui dérange profondément.
« A force de se bousculer dans mon esprit, les fictions et les romans vrais, tout a fini par se ressembler » écrit-elle en première page.
Une lecture dont on ne ressort pas indemne.