Le regard de l’autre, Guichet Montparnasse, Mise en scène de Pascal Daubias
Le regard de l’autre confronte hommes et femmes dans leur quête de l’âme soeur
Le Guichet Montparnasse propose une pièce de boulevard légère et décontractée qui sollicitera vos zygomatiques. Le regard de l’autre imagine deux paires d’amis confrontés aux affres de la séduction dans notre société moderne. Comment trouver l’âme soeur, doit-on faire preuve d’une inaltérable honnêteté avec l’autre, les exigences sociales mettent elles à mal l’idéal romantique? Le chasse croisé entre hommes et femmes fait passer un agréable moment de marivaudage dans la salle intimiste de la rue Maine.
Un ton léger et grivois
Les couples d’amis se croisent sur scène sans jamais rencontrer la gente opposée. Nathan le comédien à succès et Tristan le metteur en scène de théâtre s’envoient de constantes piques amicales en se racontant leurs vies. Mélanie et Thelma évoquent leurs vies de femmes actives entre exubérance sexuelle pour l’une et désert affectif pour l’autre. Si les carrières connaissent des fortunes diverses, les conversations ne cessent d’aborder la question de la gente opposée et la recherche du grand amour. Les mieux lotis ne sont pas forcément ceux que l’on croit et les dialogues enlevés cachent de cruelles vérités. Un écran à l’arrière de la scène montrent les personnages avant leur arrivée sur scène, entre angoisse, solitude et appréhension. La légèreté de façade cache le besoin humain et impérieux de casser la spirale de la solitude. Les rires fusent et les comédiens multiplient mimiques et procédés comiques pour faire vivre leurs personnages.
Les légères baisses de rythme de la pièce sont certainement à mettre sur le compte d’un début de saison et les automatismes se mettront peu à peu en place pour des punchlines plus incisives et une connivence plus marquée. Le potentiel comique est bien là et il faut aller rendre visite à cette joyeuse bande de comédiens pour s’envoler dans les sphères comiques.
Dates : du 6 janvier au 25 mars 2017 Lieu : Guichet Montparnasse (Paris) Metteur en scène : Pascal Daubias Avec : Laurent Deslandes, Sindy Haniquet, Charlène Martin, Germain Récamier
Presque ensemble, le premier roman sans illusions de Marjorie Philibert (JC Lattès)
Marjorie Philibert, journaliste, est une toute jeune auteure et publie avec Presque ensemble, son premier roman. Une très belle réussite littéraire et même sociologique !
Le scénario
L’histoire du roman est centrée sur deux personnages : Nicolas et Victoire. Ils se rencontrent, par hasard, en pleine finale de la Coupe du monde de foot, en 1998. Nuit euphorique pour des millions de français, et pour Victoire et Nicolas, le début de leur histoire d’amour. Ils sont tous les deux étudiants, lui en sociologie, elle en psychologie. Les premières pages qui dévoilent leur rencontre nous captivent par leur originalité. Car avec Nicolas, rien ne se fait comme tout le monde ! Et avec Victoire, non plus ! La sexualité, ce n’était pas leur fort ! Leur vie parisienne est sans surprise, et sans piment, comme celle de milliers d’autres vies ! De la fiction très proche de la réalité.
L’évolution de chacun
Marjorie Philibert analyse finement leur histoire de couple. Bien sûr, ils s’aiment, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse. En effet, son roman va plutôt dévoiler les pensées de chacun au milieu de leur vie quotidienne. Est-ce là que se trouve leur bonheur ? Ont-ils des réactions normales l’un vis à vis de l’autre ? Forment-ils vraiment un couple ?
Au bout d’une dizaine d’années de vie commune, sans être mariés, ils décident d’adopter un chat. Ptolémée va ressouder un peu leur union. Comme le ferait un enfant. Mais on ne parle pas d’enfant ; ils habitent Paris, dans un minuscule appartement d’une trentaine de m2… Au fil des années, ils ne voient plus que Claire, avec qui Victoire prenait des cours de théâtre quand elles étaient étudiantes, et son petit ami Stéphane. Et puis un beau jour, ils rentrent dans la vie active, trouvent chacun un boulot ! Ils sont tous les deux sur-diplômés, mais vont trouver un boulot mal payé. Donc, ensemble, ils vont galérer.
Un boulot mal rémunéré, mais un boulot qui va faire voyager Victoire, pour la première fois de sa vie : avec le magazine Evasions, Victoire va étroitement collaborer. Sa mission est de tester différents hôtels très haut de gamme à travers le monde. Quant à Nicolas, il doit faire des études, des statistiques pour une revue, Turbulences. Là encore, très mal payé. Mais il fait ce qu’il veut. Enfin, le croit-il !
Analyse psychologique et sociologique du couple d’aujourd’hui
Au fil de leurs rencontres, chacun va évoluer différemment. Victoire va se sentir libre dès qu’elle est éloignée de Paris, et de Nicolas, de plusieurs milliers de kilomètres… Et leur couple n’en sortira pas indemne… Que ce soit Victoire ou Nicolas, l’auteure analyse finement leurs pensées, et leurs évolutions, à tel point qu’on ne peut que les comprendre. Et à la fin du roman, les évènements se bousculent comme s’il ne restait plus beaucoup de temps à la vie pour s’exprimer enfin librement…
Fatalité, pessimisme sur l’avenir du couple, ou désillusions sur l’amour avec trop forte emprise du quotidien ? Ou tout simplement, une analyse sociologique des jeunes couples d’aujourd’hui pour qui rien n’est facile ?
Un peu tout ça en même temps ! A vous de le découvrir en lisant Presque ensemble. Un bon roman sûrement plus proche de la réalité que l’on pourrait croire ! Ou les détails de la vie quotidienne donnent le ton à notre vie ! Pas si facile !
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Tout commence le 12 juillet 1998. En pleine finale France-Brésil, Victoire et Nicolas se rencontrent dans un bar à Paris. Ces deux révoltés placides deviennent inséparables et se lancent dans la vie de couple. Mais loin de la passion rêvée, nos héros se retrouvent embarqués dans une odyssée domestique désespérément tranquille… L’arrivée de Ptolémée, le chat, leur procure un temps le paradis tant souhaité. Mais rien ne dure ! Drôle et mordant, Presque ensemble explore avec brio le sentiment amoureux à l’épreuve du quotidien, ou simplement peut-être de la vie.
Date de parution : le 4 janvier 2017 Auteur : Marjorie Philibert Editeur : JC Lattès Prix : 19 € (376 pages) Achetersur : Amazon
Mémoires d’un ouvrier, BD de Bruno Loth, La Boîte à Bulles
Emouvantes Mémoires d’un ouvrier (La boîte à bulles)
A travers les mémoires d’un vieil homme, une page de l’histoire de France est ravivée devant les yeux des lecteurs ébahis. Jacques atteignait l’âge de 16 ans à l’orée des années 30 et se décidait à abandonner l’école pour devenir ajusteur dans les chantiers navals bordelais. La fraternité ouvrière et la jeunesse idéaliste allaient devoir affronter les affres de l’occupation en 1940 pour une véritable aventure humaine.
Un récit juste et poignant
Le dessinateur et scénariste Bruno Loth propose une véritable plongée sociologique dans le milieu ouvrier des années 30. A une époque où des milliers de travailleurs oeuvraient à Bordeaux pour la construction de cargos, un esprit de corps animait la classe laborieuse avec des rites de passage obligés et de véritables coutumes tribales. La solidarité n’était pas un vain mot et le jeune Jacques allait le découvrir bien vite en intégrant les chantiers en tant qu’apprenti. Le jeune homme malingre compte rapporter un salaire pour contribuer au budget familial et va grandir au milieu d’hommes fiers et taiseux. Entre les lectures incessantes, son gout pour la vie en communauté dans les Auberges de jeunesse et les excursions à vélo, il grandit au milieu de sa famille et de ses amis. Quand la seconde guerre mondiale survient, sa vie en est complètement chamboulée.
Un témoignage vibrant
Le scénario de la BD suit les mémoires de Jacques avec une accumulation étonnante de détails. La plongée dans l’époque de l’occupation résonne d’accents de vérité qui feront frissonner le lecteur. Inquiétude constante, peur de l’arrestation ou de l’exécution sommaire, c’est tout un quotidien qui est bouleversé, sans compter la menace du STO et les bombardements alliés de plus en plus incessants. Joies et drames se mélangent dans un récit qui passionne tout du long. Les éditions La Boîte à Bulles réalisent un coup de maitre avec cette BD attachante et passionnante qui évoque un temps que les moins de 20 ans ne connaitront jamais. De quoi relativiser les menus soucis de notre époque actuelle en se souvenant de ce qu’est une véritable épopée humaine.
Ces Mémoires d’un Ouvrier se dévorent d’une traite et plusieurs lectures sont recommandées pour saisir tous les détails d’un dessin clair et harmonieux. Cette plongée dans l’histoire de France récente est un vrai coup de coeur à découvrir absolument.
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Nous sommes en 1936 et un vent d’espoir souffle sur le monde ouvrier avec la victoire du Front Populaire aux élections. Apprenti dans les ateliers de construction navale de Bordeaux, Jacques ne profite pas moins de son adolescence, croquant avec insouciance la vie — à pleines dents et en dessins sur son carnet — en ces temps de premiers congés payés…
Mais bientôt, c’est la mobilisation générale puis la guerre. Réformé, Jacques n’y prend pas part. La débâcle de 1940 ramène à Bordeaux les troupes allemandes. Commence alors le temps de l’Occupation, du couvre-feu, des rationnements, des dilemmes et des premiers amis disparus… Mais faut-il pour autant cesser de vivre pleinement ?
L’intégrale d’une saga tout public de très haute tenue, directement tirée de la vie du narrateur, le propre père de Bruno Loth.
Date de parution : Novembre 2016 Scénariste(s) : Bruno Loth Dessinateur(s) : Bruno Loth Genre : Historique Editeur : La Boîte à Bulles Prix : 39 € (320 pages) Acheter sur : Amazonl BDFugue
Mémoires d’un ouvrier Mémoires d’un ouvrier Mémoires d’un ouvrier Mémoires d’un ouvrier
Journal d’une femme de chambre, A la folie Théâtre, Mise en scène: William Malatrat
Le journal d’une femme de chambre resplendit à La Folie Théâtre
La pièce Journal d’une femme de chambre à La Folie Théâtre plonge les spectateurs dans une confession intime troublante et sans concessions. Derrière l’attitude respectueuse de façade se cache une femme de chambre au caractère bien trempé et qui exige le respect et la reconnaissance. Mention spéciale à une Karine Ventalon seule en scène qui ne se ménage ni dans ses effets ni dans sa sensualité. Le texte d’Octave Mirbeau vibre avec une belle intensité jusqu’à ébahir l’assistance.
La parole donnée aux sans grades
Loin des canons classiques de la littérature du XIXe siècle, Octave Mirbeau choisit de ne pas se concentrer sur des bourgeois confrontés à des problèmes de bourgeois. Il place son curseur sur Célestine, une femme de chambre dévouée mais peu avare en réflexions sur les moeurs de ses maitres. Elle lit les pages de son cahier intime pour faire revivre une existence au service de riches propriétaires désireux de se débarrasser des problèmes de quotidien. Service à table, ménage, blanchisserie, l’héroïne ne passe rien sous silence tout en brossant les portraits psychologiques croustillants d’une classe sociale en fin de règne. La Première Guerre Mondiale balayera ce vieux monde moribond et décadent. En attendant ce coup de torchon, Célestine se bat avec ses armes: une séduction discrète mais aguichante, une sincérité autant dans les critiques que les compliments et surtout l’ambition de devenir sa propre patronne.
Une comédienne sur tous les fronts
Pour faire revivre une époque antédiluvienne, Karine Ventalon incarne Célestine avec une énergie folle. Vocalises et pas de danses illustrent ses multiples talents tandis que ses talents d’imitatrice font revivre la galerie de personnages que côtoie la femme de chambre. Tantôt voutée ou au contraire droite dans ses bottes, elle revêt les oripeaux du mari dominé ou du rejeton insolent avec une grâce peu commune. Le rythme ne ralentit que pour les intermèdes entre les scènes et les déclarations émouvantes sur les espoirs de l’héroïne et l’accablement de son existence rustre. Une valise seule lui sert de compagnon de scène. Remplie de menus accessoires, cet objet illustre la rugosité d’une vie passée au service de gens souvent indélicats et peu reconnaissants.
Magnifiquement servi par Jeanne Moreau dans le film bien connu de Luis Bunuel ou récemment par Léa Seydoux chez Benoit Jacquot, le texte recèle d’une force qui ne faiblit pas avec les années. La mise en scène elliptique de William Malatrat laisse la place principale à une comédienne qui illumine ce moment de théâtre pour une belle réussite poignante et convaincante.
Dates : Jusqu’au 4 mars 2017, 19h30 vendredi et samedi Lieu : A la Folie Théâtre (Paris) Metteur en scène : William Malatrat Avec : Karine Ventalon
« Impressing The Czar » ou un précipité de l’art singulier de William Forsythe
La compagnie Semperoper Dresden s’empare de la scène du Palais Garnier avec le ballet « Impressing The Czar » et nous offre un précipité de l’art singulier de William Forsythe.
Déroulant toute la théâtralité et la virtuosité du chorégraphe, cette œuvre monstre et emblématique de son style qui n’a eu cesse de repousser les limites du ballet classique et de ses codes, retrace sur un ton parodique l’histoire de la danse, du baroque à la pop culture.
Pièce à l’inspiration foisonnante donc, empruntant à la fois à la forme de l’opéra ballet et du clip MTV pour le final, « Impressing the Czar » subjugue : pointe aiguisée des ballerines, cassure de l’axe de la silhouette, portés qui glissent sur la scène, brassage des références.
[…] entre allégresse et dépassement […]
Et dans cette traversée aussi décalée qu’endiablée, toutes sortes de danses sont passées en revue, des pas les plus académiques à des motifs presque grotesques avec force costumes exotiques, historiques aussi et autres uniformes. Apparait ainsi des hordes d’écolières déchaînées et même une fausse vente aux enchères.
Forsythe décloisonne le vocabulaire classique
Sans narration mais débordant de sens, « Impressing the Czar » décloisonne à l’envi le vocabulaire classique pour mieux déstructurer et décentrer les corps qui défient les lois de la gravité par des mécanismes extrêmes de vitesse, de discontinuité et de tension poussée jusqu’au déséquilibre.
Le tout servi par trente interprètes qui excellent et font la part belle aux ruptures de ton et à la dextérité du mouvement entre allégresse et dépassement.
Un geste fort où s’affranchissent les frontières entre classicisme et contemporanéité pour une danse réconciliée.
N.B. : Les lots vous seront envoyés directement par notre partenaire sponsor du concours. La procédure est automatique dès lors que vous avez été tiré au sort. Il n’est donc pas nécessaire de nous contacter. Vous pouvez également nous laisser un commentaire qui nous fera toujours plaisir !
Bienvenue dans le pire des mondes : un essai accablant sur la société (éd. Plon)
Bienvenue dans le pire des mondes… Une lecture qui ne s’annonce pas des plus gaies mais puisque les Français sont réputés pour leur pessimisme (vérification faite par le succès du Suicide français d’EricZemmour avec une estimation du Figaro à plus de 330 000 exemplaires vendus), alors honorons notre réputation ! Et puis simplement, parce que vous avez peut-être ce sentiment diffus qu’effectivement, tout ne va pas pour le mieux. Sentiment que s’applique à contredire quotidiennement élites et politiques avec des discours rassurants mais de moins en moins convaincants. Alors, si vous n’avez pas peur des diagnostics sévères, plongez-vous dans ce livre.
Natacha Polony et le Comité Orwell appellent au banc des accusés presque tous les pans de la société. Pour eux, c’est assez simple, rien ne va plus. En revanche – désolé Madame Thatcher – « There is alternative ». Celle de changer de système plutôt que d’essayer de le rafistoler jusqu’au naufrage. Les auteurs se décrivent comme des personnages médiatiques au discours discordant mais il faut bien dire qu’ils ne sont plus muselés et que, sans être une majorité, de plus en plus d’éditorialistes suggèrent cette solution drastique pour remettre la France sur pied.
Des sujets intouchables mais pas irréprochables
Certes, nous sommes en pleine chute…
Le principe de l’ouvrage est donc de remettre en cause des acquis indiscutables de notre société moderne – la démocratie, le capitalisme, la culture dominante… Autant de sujets normalement intouchables car considérés comme des progrès. Leur méthode systématique de remise en question pourrait faire devenir paranoïaque. Une méthode qui fait penser que tout, absolument tout est biaisé par la culture et l’élite dominante. L’intonation du livre pourtant, n’est pas défaitiste mais alarmiste : certes, nous sommes en pleine chute, mais nous avons toujours la possibilité d’attraper la corde. Ca brulera les doigts mais ça ne nous tuera pas.
Qu’est-ce qui ne va pas au juste ? Commençons par le commencement : l’éducation. Dévoyée de son chemin initial, elle ne servirait plus à acquérir des connaissances mais des compétences pour assurer la future employabilité de notre jeunesse. Un cursus donc de plus en plus déterminé par les entreprises et le système économique dans lequel elles évoluent. Pas de chance nous explique le livre, ce système est mauvais jusqu’à la moelle. Hausse des inégalités, règne de la finance, économie de la compétition…
Le piège du soft totalitarisme
Le soft totalitarisme […] a également pris la forme d’un règne de la bien-pensance
Mais si les dégâts sont si flagrants, pourquoi ne les voyons-nous pas ? Parce que dans ce nouveau monde qui est le nôtre, germerait une mauvaise plante rampante : le soft totalitarisme. Concept-clé de ce livre, le danger vient de son invisibilité. C’est un totalitarisme, nous disent-ils, qui a pris par la main tous les hommes, les a déresponsabilisé et les a biberonné à la consommation pour éviter toutes récriminations. Il a ensuite eu la voie libre pour décider à notre place. Il a également pris la forme d’un règne de la bien-pensance en marginalisant et huant toutes pensées divergentes.
En creux ou explicitement, Bienvenue dans le pire des mondes trace ce portrait désillusionné et si dur de notre société. Certaines avancées sont pourtant certaines non ? La lutte contre le racisme, l’égalité, la mondialisation… « Vous vous trompez, changez votre angle de vue », semble-t-il indiquer.
La véracité des arguments de Bienvenue dans le pire des mondes pourra être discutée, son diagnostic également mais ce livre est le symbole d’une tendance, d’un grondement qui s’entend dans les urnes notamment puisqu’il n’y a pas beaucoup d’autres moyens d’entendre la voix du peuple. Quelque chose ne va pas non ?
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Jour après jour, le monde s’installe dans une société totalitaire de moins en moins démocratique et le champ de nos libertés individuelles se rétrécit sérieusement. Exemples à l’appui, le Comité Orwell a choisi de dénoncer les dérives de nos sociétés. Parce qu’il y a peu de chances qu’un candidat à la présidentielle de 2017 se saisisse de ces sujets, alors qu’ils sont les seuls qui vaillent, les seuls qui déterminent la capacité à agir – ou la totale impuissance – du futur Président.
A Pékin, Moscou, Ankara ou Ryad, des oligarchies confisquent le pouvoir au nom du parti communiste, de la Sainte Russie, d’Allah. Cela, c’est l’image que la très grande majorité des médias occidentaux diffuse pour éviter de devoir balayer devant leurs portes. Car le même phénomène est à l’oeuvre en Occident, dans ce que l’on appelle encore les démocraties occidentales.
George Orwell, imprégné des horreurs du nazisme et des dérives du communisme, avait dépeint, dans 1984, ce que pouvait devenir notre quotidien dans un monde régi par un totalitarisme absolu. A contrario, le seul rempart contre de telles dérives reposait sur l’idéal démocratique et ses quelques libertés fondamentales.
Or, insensiblement, nos sociétés que l’on croyait démocratiques le sont de moins en moins. Nous basculons dans un totalitarisme mou.
Quel est ce système ? C’est celui ou, grâce à la technologie et au contrôle des flux financiers et commerciaux, quelques dizaines de multinationales, la plupart américaines, entendent organiser, orienter, régenter notre vie quotidienne. Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur ? C’est effectivement ce que nous ont apporté ces nouvelles technologies : smartphone, Internet, nano technologies, progrès de la médecine… Le pire ? C’est le nivellement par le bas, la société du tweet, la surveillance, la captation de notre argent, la normalisation de nos goûts, l’uniformisation de nos besoins. Le pire, c’est aussi que cette dérive se fait souvent avec le consentement de ceux qui en sont victimes… sans s’en rendre compte.
Le champ de nos libertés individuelles se rétrécit sérieusement et un jour, peut-être pas si lointain, nos fiches détaillées nourries des milliers de données récupérées par les multinationales, seront mises au service d’un système totalitaire de moins en moins soft.
Date de parution : le 17 novembre 2016 Auteur :Natacha Polony & le Comité Orwell Editeur : Plon Prix : 14,90 € (216 pages) Achetersur : Amazon
Hedi, film de Mohamed Ben Attia, Copyright Arsenal Filmverleih
Hedi, symbole d’une révolution tunisienne qui se cherche toujours
Hedi tombe à pic pour montrer ce qu’est advenue la révolution tunisienne de 2010/2011. Le jeune héros hésite entre un mariage de raison arrangé par sa famille et la liberté d’une relation sans contraintes. Balloté entre ses racines traditionnelles et l’appel de son coeur, il louvoie, hésite et fait un choix… qui n’arrange personne. La métaphore est subtile mais néanmoins saisissante. Que représente donc Hedi si ce n’est la population tunisienne dans son entier?
Un antihéros velléitaire et fort à la fois
Dans son premier niveau de lecture, le film relate l’histoire d’un homme tiraillé entre un mariage prochain et une relation décomplexée. La mère d’Hedi dicte sa conduite, pour le bien du jeune homme et celui de la famille. Femme forte et extravertie, elle guide son petit monde d’une main de fer. Le jeune homme est commercial pour une firme automobile et dessinateur talentueux à ses heures perdues. Le mariage approche, il va fonder la famille de ses rêves, ou plutôt des rêves de sa génitrice. Alors que son entreprise l’envoie prospecter sur la côte, il se prend à rêver de pays lointains et de vie différente loin du carcan local. Lorsqu’il rencontre la belle et désinhibée Rim, il se rend compte que tous les choix qui ont guidé son existence juque là n’ont jamais été les siens.
Une métaphore de la société tunisienne?
Le parti pris du film est touchant et dramatique à la fois car pour se libérer, Hedi va devoir faire des sacrifices, le pire étant que le personnage velléitaire se révélera finalement incapable d’assumer sa révolution personnelle. Le risque de voir s’échouer ses rêves d’émancipation sur les rochers d’une personnalité étroite augmente tandis que les échéances approchent et que les rêves doivent se matérialiser. Les actrices Rym Ben Messaoud et Sabah Bouzouita renvoient aux deux face d’une société qui se cherche, société personnifiée par un Majd Mastoura touchant d’incertitude. Pas d’effets spéciaux dans un récit ultraréaliste. Les espoirs et les doutes se bousculent dans l’esprit du héros et renvoient à une génération incapable de choisir sereinement les orientations de l’après-révolution.
Hedi est un film tunisien qui touche et interpelle. Le spectateur voudrait que le héros décolle pour vivre son rêve et voler de ses propres ailes. Mais la vie n’est pas toujours si facile, maxime finale d’un film à découvrir en salles.
Kairouan en Tunisie, peu après le printemps arabe.
Hedi est un jeune homme sage et réservé. Passionné de dessin, il travaille sans enthousiasme comme commercial.
Bien que son pays soit en pleine mutation, il reste soumis aux conventions sociales et laisse sa famille prendre les décisions à sa place. Alors que sa mère prépare activement son mariage, son patron l’envoie à Mahdia à la recherche de nouveaux clients.
Hedi y rencontre Rim, animatrice dans un hôtel local, femme indépendante dont la liberté le séduit.
Pour la première fois, il est tenté de prendre sa vie en main.
Sortie : le 28 décembre 2016 Durée : 1h33 Réalisateur : Mohamed Ben Attia Avec : Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita Genre : Drame, Romance
L’Ami, film de Renaud Fely et Arnaud Louvet, Copyright Aeternam Flims
L’Ami, François d’Assise et ses frères, retour sur la vie d’un Saint
A l’heure où un pape a pris le nom de François, Renaud Fely et Arnaud Louvet choisissent de revenir sur la vie de Saint François d’Assise dans ce long métrage à la sérénité bouleversée par d’inévitables considérations politiques. Même au XIIIe siècle, il est difficile de vivre sa vie de Saint sans des compromis que François refuse, au contraire de son compagnon Elie, véritable instigateur d’un ordre religieux toujours en activité à l’aube du XXIe siècle. Le parti pris dépouillé de la réalisation convient bien à un récit aride et profond à la fois, sincère sans verser dans le prosélytisme.
Un Saint aux principes humanistes
A cheval entre l’Italie et la France, François et ses amis vivent dans le plus total dénuement, se contentant du strict nécessaire pour subvenir à leurs besoins et à ceux des populations alentour. Elio Germano interprète un François entre illumination et pragmatisme, désireux de ne pas trahir son obsession du respect aux écritures, quitte à prôner la désobéissance. Les autorités religieuses rechignent à accorder à ce petit monde le statut de congrégation religieuse pour ne pas soutenir une cause aux principes potentiellement perturbateurs à l’ordre public. Parmi les amis de François se trouve un Elie interprété par le toujours convaincant Jérémie Renier, moins extrême que son compagnon et prêt à tout pour ériger un ordre à la portée universelle. Etrange comme l’histoire des grands hommes, et a fortiori des saints, compte constamment un individu prêt à tous les sacrifices. Elie est mal vu du futur Saint mais sa démarche sauvera la petite troupe de la stigmatisation.
Une nature luxuriante
Le film choisit délibérément de se situer au coeur de la nature, à proximité des animaux mais aussi des laissés pour compte. Des vieilles ruines tiennent lieu de caution historique et l’intrigue est étonnement moderne même si remontant à près de 8 siècles. L’aspiration à l’authenticité parlera à beaucoup. Les artifices existaient déjà au XIIIe siècle et l’attrait de la superficialité si ancrée dans notre société capitaliste ne date pas d’hier. La critique sociale est indissociable d’un film appelant à un retour aux valeurs humanistes, même si le personnage d’Elie souligne bien l’inévitabilité du compromis. Olivier Gourmet se glisse avec délice dans les habits du religieux désireux de concilier religiosité et intérêt collectif et Eric Caravaca porte barbe et robe de bure avec une belle conviction.
Ce petit film confidentiel fait toucher à l’essentiel, la chaleur humaine et l’intérêt collectif par delà les petits désirs humains fallacieux. De là à rejoindre la nature et vivre sans chauffage, il faudra un peu plus de motivation pour beaucoup!
À l’aube du XIIIème siècle en Italie, la vie simple et fraternelle de François d’Assise auprès des plus démunis fascine et dérange la puissante Église. Entouré de ses frères, porté par une foi intense, il lutte pour faire reconnaître sa vision d’un monde de paix et d’égalité.
Sortie : le 28 décembre 2016 Durée : 1h27 Réalisateur : Renaud Fely et Arnaud Louvet Avec : Jérémie Renier,Elio Germano, Yannick Renier Genre : Historique, Drame
Enfin ! Un an d’attente depuis que l’épisode spécial, The abominable bride, fut diffusé et trois ans depuis la dernière saison ! Une autre série que Sherlock aurait périclité mais le célèbre détective est dans nos petits papiers.
Diffusé sur la BBC dimanche 1er janvier 2017, le premier épisode de la saison 4, The six Thatchers, a rassemblé 8,1 millions de téléspectateurs devant leur petit écran anglais. Le meilleur score d’audience en cette froide soirée.
La saison 3 s’était achevée par le meurtre de Charles Augustus Magnussen, magnat de la presse et maître chanteur. Notre sociopathe préféré l’avait tué à défaut de pouvoir jouer une meilleure carte. Evidemment, on ne tue pas impunément, il devait donc partir pour une mission sans retour (traduction : dangereusement mortelle). Mais Moriarty, même mort, n’en finit pas de taquiner SherlockHolmes et la nation anglaise. Retour à Londres. Un nouveau jeu commence.
Sherlock : du problème d’être génial
The six Thatchers est inspiré d’une nouvelle d’ArthurConan Doyle, The six Napoleons. L’intrigue initiale est basée sur le même principe : une série de bustes identiques retrouvés cassés avec des meurtres collatéraux. Dans sa modernité, la série a préféré des bustes de la Dame de fer plutôt que de Napoléon 1er.
Si la police s’attarde sur les meurtres, SherlockHolmes préfère enquêter sur les bustes. Il flaire quelque chose… Un jeu ? Moriarty peut-être ? Dans son enquête, il n’embarque plus seulement John Watson mais la femme du docteur et ancienne espionne, Mary. Mais d’indices en bagarre, Sherlock Holmes va se rendre compte de son erreur. Moriarty n’est pas au centre du jeu, c’est Mary !
Sherlock est une série géniale – complexe, très bien scénarisée, intelligente, drôle – mais le problème avec les séries de cette envergure, c’est que les sommets atteints, on y reste parfois mais on y retombe souvent. Ce nouvel épisode est bon mais décevant au regard des précédents. Pourquoi ?
Chaque fin de saison doit se finir en apothéose et, plus les saisons avancent, plus celui-ci doit être grandiose. La saison 4 étant potentiellement la dernière, il faut donc préparer un dénouement final explosif et somptueux ! Cet épisode est comme une offrande sacrifiée à ce futur dénouement. Sur un plateau d’argent légèrement bling-bling, il nous sert : une perte tragique, la rupture entre Sherlock Holmes et John Watson et l’éclosion ingérable de sentiments chez notre sociopathe. Le reste, c’est-à-dire le cœur de l’intrigue, ce n’est « que du divertissement », un beau décor.
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Spoilers !!
Mary se fait rattraper par son passé peu recommandable d’espionne-mercenaire. Elle décède. Fin de l’épisode. Et Sherlock souffre. Sherlock, l’imperturbable sans-cœur, va voir un psychologue pour surmonter cette situation et ses émotions. Il faut dire qu’il n’a pas l’habitude d’en avoir. Pour rajouter une couche de mièvreries, Mary lui a laissé une cassette post-mortem pour lui demander de « sauver John » au cas où elle mourrait. C’est plus de sentiments en un épisode qu’il n’y en a eu dans les dix derniers. Un peu trop peut-être. C’est étrange de voir son héros devenir humain. Finalement, n’avions-nous pas pris plaisir à sa cruelle indifférence ?
Exploiter le passé mystérieux de Mary est une excellente base. Un personnage aussi important mérite quelques éclaircissements, l’épisode risquait d’être captivant. Intéressante sans être captivante, l’histoire de Mary est déballée pièce par pièce jusqu’à la fin… jusqu’à SA fin. Pourquoi approfondir son personnage si c’est pour le faire mourir ensuite ? L’épisode semble vain. Ou, du moins, Mary apparait comme un moyen pour la série d’arriver à ses fins. Elle n’était qu’un objet jeté après utilisation !
Un autre bémol est cette impression diffuse que les scénaristes ont pensé cet épisode pour qu’il réponde aux attentes des spectateurs et fans de la série plutôt que pour leur plaisir propre. Autrement dit, il faut d’abord se faire plaisir en travaillant et ensuite, éventuellement, travailler pour le plaisir des autres !
All rights reserved
#WeLoveSherlock
Ces quelques petits défauts énoncés, bouder le retour du détective serait très rabat-joie. L’intrigue est toujours aussi complexe et bien ficelée. Sherlock Holmes est toujours aussi horripilant et sa science de la déduction laisse toujours bouche bée.
Et, bien sûr, il y a Bénédict Cumberbatch qui joue sa partition à merveille – as usual – c’est un délice de le voir à l’écran. Accompagnée de l’éternel John Watson que Martin Freeman s’est remarquablement approprié. Un casting ne fait pas une série et pourtant, ils incarnent si brillamment leur personnage qu’on ne pourrait envisager personne d’autre à leur place. Coup de chapeau donc aux comédiens. Et double coups de chapeau à la double casquette très bien portée de Mark Gatiss qui, en plus de camper Mycroft Holmes, a scénarisé The six Thatchers (ainsi que quelque autres dans les saisons précédentes).
Le prochain épisode est diffusé sur la BBC dimanche 8 janvier.
Nocturnal Animals, film de Tom Ford, Copyright Universal Pictures International France
Un Nocturnal Animals complexe et fascinant
Avec Nocturnal Animals, Tom Ford signe sa deuxième réalisation après un A Single Man classieux en 2010. Si celui-ci naviguait exclusivement dans un monde d’opulence et de style pour un résultat hypnotique, Nocturnal Animals se plait à accumuler les niveaux de lecture pour livrer un puzzle dérangeant et troublant. La frontière entre réalité et imagination se brouille tandis que l’héroïne mélange souvenirs enfouis, lecture inquiétante et quotidien décevant. Nul doute que les thèses vont abonder pour tenter d’expliquer un film qui ne se laisse pas appréhender facilement et multiplie les facettes. Impossible de ne pas laisser l’esprit vagabonder longuement sur ce drame suffocant et envoûtant. L’année 2017 commence bien avec un nécessaire 5/5.
Une intrigue à tiroirs retorse
Nocturnal Animals n’est pas un film linéaire à l’évidence scénaristique. L’héroïne Susan Morrow, interprétée par une Amy Adams au top de sa forme après un Premier Contact tout aussi fascinant, est à la croisée des chemins. Son existence de galiériste star vacille et elle se met à regretter son passé insouciant du temps de son ex-mari Edward. Jake Gyllenhaal prête ses traits à ce mari oublié écrivain à ses heures mais également à Tony Hastings, le héros malheureux du manuscrit envoyé par Edward à Susan. Le film ne va plus cesser de louvoyer entre 3 niveaux de lecture pour un récit fractionné et complexe. Le charme discret de la bourgeoisie californienne côtoie le drame texan sadique et l’exhumation de souvenirs new yorkais enfouis. Le spectateur ferait mieux de se concentrer sur tous les détails éparpillés pour ne pas perdre son chemin d’autant que des concordances troublantes s’accumulent dans l’esprit de Susan entre les 3 époques.
Une mise en scène foisonnante
Tom Ford avait habitué le spectateur à un parti pris esthétique éthéré à l’élégance folle. Loin de se contenter de creuser ce même sillon, il mélange les couleurs et les tons pour un tableau plus art moderne que peinture classique. La scène d’ouverture en surprendra plus d’un et les protagonistes texans ont tout des rednecks plouquisés au maximum. Aaron Taylor-Johnson et Michael Shannon rivalisent d’outrances à coups d’accents coupés au couteau et de répliques impitoyables. Inutile de dire qu’ils sont tous les deux excellents. Si l’esprit de Susan sert de fil conducteur à l’intrigue, Jake Gyllenhaal apparait également dans des postures inconfortables au possible. Horrifié dans la torpeur texane, fragile dans la nuit new yorkaise, invisible dans le présent, il s’érige en totem multi facettes, présent et absent à la fois. Victime sacrificielle de ses congénères humains, il semble inlassablement torturé par d’autres êtres maléfiques. Et la mayonnaise prend au fur et à mesure du film, le spectateur ne peut plus détacher le regard devant un chemin de croix qui le torture.
Exercice de style ou coup de maitre? ATTENTION SPOILERS – ATTENTION SPOILERS – ATTENTION SPOILERS
Impossible de ne pas échafauder une thèse devant une oeuvre aussi habile que dérangeante. Tom Ford multiplie les pistes sans amener de point final, c’est au spectateur de choisir. La thèse de la manageuse artistique parvenue au sommet de sa gloire sans en retirer la satisfaction attendue et hantée par le démon de son passé perdu est attirante. Le choix d’une thèse plus pénible tentera tout autant certains cinéphiles. Lorsque son ex-mari ne vient finalement pas au rendez vous final, quelque chose d’évident titillera le spectateur. La Susan du souvenir a quitté Edward pour se lancer dans une carrière à succès, le héros du manuscrit Tony vient de se tirer malencontreusement dessus, Edward est mort, au moins métaphoriquement, si ce n’est physiquement. Voir arriver Jake au restaurant ferait tomber tout l’édifice à plat. Susan vit un trouble intérieur qui ne peut la mener à renouer avec son ex-mari. Le film se concentre sur ses visions à elle, entre hébétude et abattement. Il doit donc se clôturer sur elle, uniquement elle. Et la boucle est bouclée.
Nocturnal Animals est une oeuvre d’art foisonnante, un sur-film à déguster avec plaisir. Il bousculera le spectateur, l’irritera, le fascinera. La gamme des émotions est vaste devant un tel chef d’oeuvre. A vous de juger…
Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée. Dans ce récit aussi violent que bouleversant, Edwards se met en scène dans le rôle de Tony Hastings, un père de famille aux prises avec un gang de voleurs de voiture ultraviolents, mené par l’imprévisible Ray Marcus. Après lui avoir fait quitter la route, le gang l’abandonne impuissant sur le bas-côté, prenant sa famille en otage. Ce n’est qu’à l’aube qu’il parvient au commissariat le plus proche, où il est pris en charge par le taciturne officier Bobby Andes . Un lien fort va se créer entre les deux hommes, et lier leurs destins dans la poursuite des suspects, coupables d’avoir donné vie au pire des cauchemars de Tony. Susan, émue par la plume de son ex-mari, ne peut s’empêcher de se remémorer les moments les plus intimes qu’ils ont partagés. Elle trouve une analogie entre le récit de fiction de son ex-mari et ses propres choix cachés derrière le vernis glacé de son existence. Au fur et à mesure de la progression du roman, la jeune femme y décèle une forme de vengeance, qui la pousse à réévaluer les décisions qui l’ont amenée à sa situation présente, et réveille une flamme qu’elle croyait perdue à jamais.
Sortie : le 4 janvier 2017 Durée : 1h57 Réalisateur : Tom Ford Avec : Jake Gyllenhaal, Amy Adams, Michael Shannon Genre : Drame, Thriller
La mécanique de l’ombre : plongée dans les eaux troubles de l’espionnage
C’est un premier long-métrage réussi pour Thomas Kruithof. La mécanique de l’ombre est un film à suspense qui en plus d’une réalisation intelligente, réunit un casting cinq étoiles dont François Cluzet et Denis Podalydès sont la caution célébrité. Sortie en salles le 11 janvier 2017.
L’homme face au système
Duval (François Cluzet) était comptable dans une compagnie d’assurance mais un burnout lui fait prendre la voie du chômage. Depuis deux ans, il lutte non seulement pour retrouver un travail, un « cadre » comme il dirait, mais aussi contre une addiction à l’alcool enfin surmontée. Un jour, une offre aussi inespérée qu’étrange lui est proposée. Clément (Denis Podalydès), homme aussi élégant qu’inquiétant, veut qu’il retranscrive des écoutes téléphoniques dans des conditions très précises dont l’anonymat le plus total. Officiellement, il est toujours au chômage. Officieusement, il gagne 1500€ par semaine ! C’est louche bien sûr mais Duval a enfin un cadre. Il accepte. Contre son gré, il va se faire entraîner dans une sombre intrigue qui le dépasse et aspirer par le système du renseignement intérieur français dont les agents, semble-t-il, ne sont pas uniquement au service du « bien commun » et de la France.
L’homme et le système. Voilà l’obsession de La mécanique de l’ombre.Duval est un pion dépourvu d’intérêts, choisi pour sa rigueur et son insignifiance. Oui, un simple pion dans cette immense partie d’échec obscure, une petite-main et, tôt ou tard, un dommage collatéral qui aura servi une cause plus grande que lui. Il n’est rien mais parfois, il faut se méfier de l’homme qui dort…
Face à Clément, homme sans âme et sans honneur et à Labarthe (Sami Bouajila), affable mais manipulateur, deux grosses pointures du renseignement, Duval va bousculer le système, juste un peu, juste pour survivre. Ce n’est pas un héros, loin de là, mais il refuse aussi d’être une victime. Dans ce jeu de dupes et de manipulations, il ne veut pas être le jouet.
François Cluzet et Denis Podalydès copyright all rights reserved
Un film de silence et de suspense
François Cluzet incarne parfaitement cet employé de bureau désœuvré et taiseux. Atout incontestable de la distribution, sa belle performance est appuyée par celles des personnages secondaires. Ainsi, Denis Podalydès (Clément) surprend agréablement en homme puissant et sans moral tandis que Sami Bouajila joue avec justesse un responsable de la DGSI à la sympathie pleine de duplicité.
Servi par ce casting, Thomas Kruithof met les pièces du puzzle en place au fur et à mesure. Le film ne se précipite pas dans l’action, il ne cherche pas à en mettre plein la vue. Non, le but est que l’incompréhension et la peur de Duval s’immisce en nous, spectateurs. Le raisonnement pétri de doutes du personnage s’élabore devant nos yeux et se fait nôtre. Notre cœur bat au rythme du sien et au rythme de la musique. Sa révolte aussi on se l’approprie ou du moins, on la soutient. Parce que c’est sacrément déguelasse quand même d’utiliser les gens comme ça !
Ce monde de l’ombre, de l’espionnage, de la manipulation et de l’illégalité dans lequel se meuvent les personnages est matérialisé par une nuit quasi omniprésente et des lieux vides et impersonnels. Pour mieux devenir fou sûrement. Mais Duval ne sombre pas dans la paranoïa, il essaie de se révolter. La rébellion frontale ne marche pas. Alors, il encaisse, encore et encore, et il observe. Soumission, oppression, frustration puis émancipation. Personne ne craint un employé de bureau au chômage depuis un burn-out et ancien alcoolique en rédemption. Parfois pourtant…
François Cluzet copyright all rights reserved
Verdict
Bien ficelé, ce film parle de guerres souterraines, de la problématique actuelle que sont les écoutes mais ce ne sera pas le souci principal du spectateur qui sera surtout préoccupé par la survie du pauvre Duval.
La mécanique de l’ombre, loin des blockbusters d’espionnage glamours et palpitants, nous dévoile un envers du décor imprégné de corruption et de manipulation. Ce n’est pas une invitation au rêve, on patauge plutôt dans une trouble réalité avec injection d’une petite dose de courage pour ne pas désespérer quand même.
Deux ans après un « burn-out », Duval est toujours au chômage. Contacté par un homme d’affaire énigmatique, il se voit proposer un travail simple et bien rémunéré : retranscrire des écoutes téléphoniques. Aux abois financièrement, Duval accepte sans s’interroger sur la finalité de l’organisation qui l’emploie. Précipité au cœur d’un complot politique, il doit affronter la mécanique brutale du monde souterrain des services secrets.
Sortie : le 11 janvier 2017 Durée : 1h33 Réalisateur : Thomas Kruithof Avec : François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila Genre : Espionnage
Birth of a nation, film de Nate Parker, Copyright 2016 Twentieth Century Fox
The Birth of a nation remue le couteau dans la plaie de l’esclavagisme
Le très polémique Birth of a nation sort sur les écrans français le 11 janvier. Le réalisateur Nate Parker prend un parti pris non édulcoré sur l’esclavagisme en vigueur dans le sud des Etats-Unis au XIXe siècle pour illustrer l’impunité et la sauvagerie de propriétaires blancs cruels et racistes. Violence frontale et scènes à la limite du supportable s’égrènent pendant près de deux heures. Certains jugeront cette escalade inadmissible et contre productive, d’autres considèreront qu’il est difficile d’imaginer une époque pas si éloignée que ça sans en montrer les exactions dont étaient victimes les esclaves noires.
Le résultat atteint son but, alerter sur les risques d’une situation qui tendrait à se répéter dans de nombreux endroits du monde. Ames sensibles s’abstenir. Le film divisera néanmoins sur ses partis pris formels et scénaristiques.
Une réalisation hyper réaliste
Nate Parker puise dans un évènement historique la substance de son drame historique. Un jeune esclave plus éclairé que les autres devient pasteur au contact d’une femme de propriétaire terrien moins obtus que les autres. Elle lui enseigne les préceptes de la bible, il y trouvera la matière pour légitimer sa révolte. Le réalisateur met en rapport les racines africaines encore récentes d’esclaves tout droit débarqués d’un continent différent et leur quotidien besogneux dans les champs de coton. La fortune des esclavagistes provient tout droit de cette main d’oeuvre bon marché et corvéable à merci. Entassés dans des cabanes, ils appartiennent à d’autres êtres humains sur la seule foi de leur peau foncée. Pourchassés et lynchés en cas de fuite, leur quotidien est fait de peur constante et de brimades continuelles. Le récent 12 years a slave mettait en exergue le sort funeste d’esclaves tombés entre les mains de propriétaires tourmentés et peu scrupuleux. Birth of a nation va plus loin en ne cachant rien des sévices, voire en insistant bien sur leur totale brutalité.
Des partis pris polémiques
Nate Parker choisit de heurter le spectateur sans jamais le ménager. Viols, mortifications, lynchages, tout ou presque est montré pour bien refléter une réalité sans ambages ni angélisme. En plus d’un principe condamnable et inhumain, l’esclavagisme comportait une multitude de sévices continuels, ce qui est habituellement et largement minoré dans les livres d’histoire. Le spectacle est souvent insoutenable et, étrangement, interroge sur la justesse du procédé. La question d’une rancoeur à vif se fait jour jusqu’à interroger sur les partis pris du réalisateur. La loi du talion avec les meurtres violents des propriétaires par les esclaves en révolte et les faciès haineux d’esclaves avides de vengeance mettent mal à l’aise. Le film semble passer de la critique objective à la revendication violente en même temps que le pasteur trouve des justifications à la violence dans la bible. Le fil de la colère semble éternel et se répéter inlassablement à travers les époques.
Un film ancré dans son époque
Le réalisateur utilise des effets visuels nombreux afin de captiver une large audience. Les visages éclairés à la flamme au coeur de l’obscurité répondent aux sévices réalisés en plein jour dans un contrepied plein de sens. Si les esclaves noirs courbent l’échine, ils gardent en eux la rage pour se rebeller contre des propriétaires garants d’un système qui convainc même les plus réticents. Le héros pasteur voit ainsi son propriétaire indulgent devenir insensible à sa souffrance pour intégrer un milieu social dont il a été exclu. Le visage innocent d’Armie Hammer (The Social Network, Lone Ranger) se prête bien à la duplicité d’une époque fondée sur l’inégalité. Le rythme imprimé par le réalisateur/acteur s’accélère au fur et à mesure que la rage vient à se déverser jusqu’à l’impitoyable répression finale.
En reprenant le titre d’un célèbre film centré sur l’histoire du Klu Klux Klan, Birth of a nation fait une critique sans concession de son pays. Sa duplicité, ses réflexes ségrégationnistes, sa violence intrinsèques. Pas de faux semblant dans un film destiné à un public averti.
Trente ans avant la guerre de Sécession, Nat Turner est un esclave cultivé et un prédicateur très écouté.
Son propriétaire, Samuel Turner, qui connaît des difficultés financières, accepte une offre visant à utiliser les talents de prêcheur de Nat pour assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des
atrocités commises à l’encontre de ses camarades opprimés, et en avoir lui-même souffert avec son épouse, Nat conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté…
Sortie : le 11 janvier 2017 Durée : 1h50 Réalisateur : Nate Parker Avec : Nate Parker, Armie Hammer, Penelope Ann Miller Genre : Drame, Biopic, Historique
La succession, un héritage pas ordinaire dans une famille givrée (Editions de l’Olivier)
Ce n’est pas la première fois que le héros du livre de Jean-Paul Dubois s’appelle Paul, qui est, somme toute, la moitié de son propre prénom… Mais cette fois-ci, dans son dernier livre, La succession, Paul n’a pas d’épouse qui s’appelle Anna. Paul Katrakilis est le fils d’Adrian qui lui-même est le fils de Spyridon. Et qui sont tous ces hommes Katrakilis ? Qu’ont-ils donc tous en commun ?
L’histoire
L’histoire est tout sauf quelconque. Même si le ton est au premier abord assez banal, le scénario ne l’est absolument pas. Paul est donc le fils et le petit-fils de médecins. Pas n’importe quel médecin puisque son grand-père fut celui de Staline et a même « kidnappé » un morceau de cervelle de Staline quand il a fui l’URSS. Quant à son père, Adrian, Paul n’a que peu de relations avec lui. Enfant, Paul vivait avec ses parents mais également avec le frère de sa mère. Et sa mère et son oncle étaient inséparables. Paul ne savait plus trop qui était le couple : son père et sa mère ou son oncle et sa mère ?
Sans vous raconter toute l’histoire du roman, il y est beaucoup question de suicides, dans une forme d’indifférence familiale. On ne pleure pas, mais on sourit et voire même, on rit ! On est comme Paul, on subit les évènements qui s’enchaînent les uns à la suite des autres comme si tout cela était normal. On compte les morts… Sans sentimentalité. Mais avec gravité. Et une certaine noirceur.
La personnalité de Paul
Paul est un jeune homme sportif, passionné de cesta punta et de Pays Basque, comme sa mère. Il y a passé toutes ses vacances d’enfance. Grâce à lui, on voyage à travers tout le Pays Basque, la beauté de ces paysages et de ses nombreuses tempêtes. Mais ce que Paul aime par-dessus tout, c’est taper dans sa petite balle. Il devient tellement fort en pelote basque, tout en continuant ses études de médecine, qu’il est sélectionné pour partir à Miami et devenir joueur professionnel de cesta punta. Enfin, joueur professionnel un peu spécial… Paul ne se voit pas du tout prendre la succession de son père comme médecin, mais beaucoup mieux comme grand joueur de pelote un jour ! Et à Miami, une autre vie va s’ouvrir à lui, avec des rencontres qui vont avoir une incidence sur toute sa vie. De toute manière, il en est sûr, il ne ressemblera pas à son père.
Un message philosophique
A travers la vie de Paul, l’auteur nous entraîne dans des pensées souvent sombres, avec une notion totalement absurde de la mort qui implique un sens à donner à sa vie. Si on ne peut pas expliquer la mort volontaire de ses proches, comment peut-on l’accepter avec une espèce d’indifférence qui ne peut que choquer Paul ? Pourquoi, mais pourquoi donc ?
Alors que Paul est en pleine force de la jeunesse avec un corps d’athlète, il rencontre une femme qui pourrait être sa mère. Et cet amour est vrai. Profond. Indélébile. Et va le rendre heureux mais aussi malheureux.
Et puis, un jour, Paul découvrira son père et tout l’héritage moral qu’il lui a laissé, sans jamais en parler. La vie apparemment sans intérêt de son père prend une tout autre valeur. C’est alors qu’il ressent et découvre la vraie succession que lui a laissée son paternel.
Et au milieu de tout ça, il y a Watson que Paul a sauvé des eaux ! Son compagnon le plus fidèle. Assurément, l’auteur Jean-Paul Dubois aime les bêtes et encore plus les chiens, ami le plus fidèle de l’homme !
Bientôt un Prix ?
Jean-Paul Dubois aborde les thèmes essentiels de l’existence, avec un certain cynisme, mais dans le fond, il reste assez proche d’une réalité indéniable de la condition humaine : la mortalité. La succession est un très beau livre qui a fait partie des seize romans sélectionnés pour le Goncourt 2016. (Pour rappel ce fut Chanson douce qui obtint le Prix Goncourt cette année).
Peut-être que Jean-Paul Dubois obtiendra un autre prix. En tout cas, Publik’Art lui décerne son coup de cœur !
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Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n’a connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasserle poids qui pèse sur ses épaules. Quand le consulat de France l’appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui. Car les Katrakilis n’ont rien de banal: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C’est toute une dynastie qui semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction. Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage.
Avec La Succession, Jean-Paul Dubois nous livre une histoire déchirante où l’évocation nostalgique du bonheur se mêle à la tristesse de la perte. On y retrouve intacts son élégance, son goût pour l’absurde et quelques-unes de ses obsessions.
Date de parution : le 18 août 2016 Auteur : Jean-Paul Dubois Editeur : Editions de l’Olivier Prix : 19 € (240 pages) Achetersur : Amazon
Souvenir, un film de Bavo Defurne Copyright Fabrizio Maltese
« Souvenir », la fable acidulée et ambiguë de Bavo Defurne
L’année 2016 aura été exceptionnelle pour Isabelle Huppert. Son interprétation remarquée pour Elle (d’après le livre de Philippe Djian), un film de Paul Verhoeven, lui vaut plusieurs prix de l’autre coté de l’atlantique, et sa mise nu vertigineuse dans Phèdre(s) de Krzysztof Warlikowski au théâtre de l’Odéon a marqué les esprits.
On l’a retrouve dans Souvenir de Bavo Defurne avec un rôle inattendu. Où elle embarque de toute son ambivalence ce film atypique au parti pris esthétique assumé (choix des couleurs, des décors, des costumes) et qui derrière la simplicité du conte, joue une partition plus grave et plus mélancolique sur l’échec et le succès, l’ombre et la lumière du vedettariat. Une réussite.
Liliane est ouvrière dans une usine alimentaire quand un jeune collègue (Kévin Azaïs) croit la reconnaître pour avoir été jadis une révélation de la chanson avant de disparaître brutalement. Elle nie puis fini par admettre ce passé dont elle s’est éloignée volontairement pour une vie recluse et solitaire.
[…] entre réalisme et onirisme […]
Il lui propose de faire un come-back en s’associant et tombe amoureux d’elle.
La singularité du film tient à son ton entre réalisme et onirisme et à sa mise en scène habile où son esthétique du mélo se dispute à la profondeur qu’il sous-tend. A partir des thèmes de l’accomplissement, du renoncement puis du retour possible, il scrute les bouleversements contrastés qu’il induit chez chacun des personnages aux prises avec le réel et sa fantasmagorie.
Le tout sur des chansons du groupe de Pink Martini interprétées par Huppert qui collent parfaitement au climat acidulé et ambigu de la fable.
Isabelle Huppert d’une vérité désarmante, est troublante à souhait tandis que Kévin Azaïs (révélation des Combattants) impose naturellement sa présence.
Fais de beau rêves, film de Marco Bellocchio, Copyright Simone Martinetto
Fais de beaux rêves fait honneur au cinéma italien
Fais de beaux rêves retrace les grandes étapes de l’obsession d’un homme pour son passé et sa mère disparue tragiquement. Marco Bellocchio offre un beau portrait d’homme blessé au sentiment d’abandon chevillé au corps. Emmanuelle Devos et Bérénice Bejo font de belles apparitions aux côtés d’un Valerio Mastandrea écorché vif. Le cinéma italien aime à manier les sentiments familiaux complexes pour offrir de beaux moments d’émotion.
Une blessure à vie et à vif
Le petit Massimo vit une relation fusionnelle avec sa mère. Quand cette dernière disparait suite à une crise cardiaque foudroyante au milieu de la nuit, il n’y croit pas. Sa douleur l’empêchera de mener à bien un nécessaire travail de deuil que ces 10 ans rendent d’autant plus compliqués. Devenu grand, le journaliste reconnu revient dans l’appartement familial pour le vider. Une pesanteur accompagne chacun de ses gestes, sa vie semble s’être inexorablement arrêtée à cette fameuse nuit. La caméra du réalisateur choisir la langueur et la retenue pour distiller un sentiment de malaise permanent. Chacune des rencontres de Massimo avec une femme fait ressurgir la figure maternelle, ravivant un sentiment continuel de manque.
Un film pudique et profond
Si certains pourront accuser le film d’un manque de rythme et de variétés, le parti pris de Marco Bellocchio colle néanmoins à l’esprit d’un cinéma italien au plus près du coeur. Nul besoin d’effets continuels pour pénétrer dans la psyché d’un individu destiné à ne jamais guérir de sa blessure. Les péripéties de sa vie semblent ne pas le toucher, les rencontres deviennent elliptiques, il n’a gout à rien et s’apparente à un fantôme éveillé. Il faudra le joli sourire de Bérénice Bejo pour le faire émerger de la tourmente et toucher du doigt le lourd secret familial.
Fanatiques d’un cinéma italien sensible et émouvant, Fais de beaux rêves vous attend pour partager un moment de douce mélancolie.
Turin, 1969.
Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale.
Année 1990.
Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…
Sortie : le 28 décembre 2016 Durée : 2h10 Réalisateur : Marco Bellocchio Avec : Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo,Guido Caprino Genre : Drame
N.B. : Les lots vous seront envoyés directement par notre partenaire sponsor du concours. La procédure est automatique dès lors que vous avez été tiré au sort. Il n’est donc pas nécessaire de nous contacter. Vous pouvez également nous laisser un commentaire qui nous fera toujours plaisir !
Barbara ravivée avec émotion au Théâtre Rive Gauche
Roland Romanelli ravive l’oeuvre unique et inoubliable de la chanteuse Barbara dans une belle communion avec le public. Compagnon et collaborateur de celle qui marqua la chanson française, il se souvient d’anecdotes uniques qu’il narre avec émotion sur la scène du Théâtre Rive Gauche. Ses récits alternent avec les interprétations habitées de Rebecca Mai pour un intense moment d’émotion musicale.
Une vie d’artiste
Roland Romanelli exhume les anecdotes croustillantes et les souvenirs lointains devant une salle toute entière pendue à ses lèvres. Il a connu très jeune la dame en noir et le coup de foudre personnel s’est accompagné d’une longue odyssée professionnelle partagée. Son art du piano et de l’accordéon ont servi avec talent les compostions d’une chanteuse rentrée dans la légende. Il n’est avare ni en réflexions ni en réminiscences et sa voix se mêle aux extraits d’interviews de Barbara. La voix rapide et saccadée de la chanteuse illustre avec magie les propos du narrateur. Mais le spectacle ne serait pas le même sans les chansons de Barbara interprétées par la gracieuse Rebecca Mai. Elle s’approprie les morceaux de légende jusqu’à se fondre dans les vêtements et la gestuelle de Barbara. Les plus grands classiques sont interprétés, de Göttingen à Ma plus belle histoire d’amour, en passant par un Aigle Noir qui réserve une belle surprise finale.
L’heure et demie de spectacle se clôture par un torrent d’applaudissement offert par une salle en transe. Le spectacle fermera ses portes très prochainement, peut être reste il quelques places pour finir l’année 2016 de la plus belle des manières. Le succès public pourrait motiver les propriétaires du Théâtre Rive Gauche à prolonger le plaisir en 2017… qui sait?
Dates : jusqu’au 31 décembre 2016 Lieu : Théâtre Rive Gauche (Paris) Metteur en scène : Eric-Emmanuel Schmitt Avec : Rebecca Mai, Roland Romanelli, Jean-Philippe Audin
Bob Dylan revisited ressort chez Delcourt. Toute coïncidence avec la remise du Prix Nobel de Littérature 2016 à Bob Dylan ne semble pas si fortuite. La BD initialement parue en 2008 fait le tour de 13 chansons de l’illustre compositeur sous la plume de scénaristes et dessinateurs BD de renom. Christopher, Zep, Bézian, Alfred et d’autres se sont donnés le mot pour illustrer les chansons les plus connues d’un chanteur phare du XXe siècle dans un parcours passionnant pour qui veut mieux comprendre ce qui se cache derrière les compositions.
Une plongée passionnante
Evidemment, la BD s’adresse d’abord aux adorateurs de Bob Dylan. Une carrière riche de plus de 50 années musicales compte quelques nombreux classiques et les découvrir mis en images ravira ceux qui connaissent ou veulent mieux connaitre sa discographie. 13 chansons, c’est peu et beaucoup à la fois. Les tons et illustrations s’enchainent dans une variété rafraichissante. Des dessins elliptiques et poétiques côtoient des partis pris plus précis et fouillés. Le lecteur passera d’I Want You à Like a Rolling Stone en passant par Desolation Row tout en s’appesantissant sur les minuscules détails éparpillés avec bonheur dans les 99 pages de la BD. Les contributeurs proviennent d’horizons divers, de France, de Grande-Bretagne ou de Yougoslavie, rajoutant encore à la richesse de l’ouvrage. Et c’est toute la poésie d’un chanteur philosophe qui est mis en exergue car les sens sont profonds et les partis pris pertinents. Bob Dylan avait quelque chose à dire et il le disait bien. Cette BD lui rend un bel hommage en même temps qu’elle rend justice à une oeuvre majuscule.
Cette réédition est un vrai bonheur pour qui veut se plonger une fois de plus dans l’oeuvre de Bob Dylan. Cette BD est vraiment un beau cadeau de Noel, un objet rare et incontournable.
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Une playlist de 13 incontournables : I want you (Nicolas Nemiri), Tombstone Blues (Bézian), Like a Rolling Stone (Alfred), Girl from the North Country (François Avril), Lay Lady Lay (Jean-Claude Götting), A Hard Rain’s A-Gonna Fall (Lorenzo Mattotti), Desolation Row (Dave McKean), Blowing in the wind
Date de parution : novembre 2008 Scénariste(s) : Collectif Dessinateur(s) : Collectif Genre : Biopic musical Editeur : Delcourt Prix : 19,99 € (99 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue
Bob Dylan revisited Bob Dylan revisited Bob Dylan revisited Bob Dylan revisited
Le Fondateur, Film de John Lee Hancock, 2016 The Weinstein Company. All Rights Reserved. / splendid-film
Le Fondateur montre ce qui se cache dans le Big Mac
Le Fondateur décortique les mécanismes de l’irrésistible ascension de Ray Kroc à la tête de ce qui allait devenir l’empire McDonald’s. L’enseigne américaine qui nourrit dorénavant 1% de la population mondiale chaque jour était à la base l’enseigne d’un unique fast food à San Bernadino tenue par deux frères ingénieux mais peu doués pour les affaires. Ray Kroc l’a imposé à travers tous les Etats-Unis puis dans le monde entier. Le film s’intéresse au coup de coeur du commercial malchanceux pour la méthode révolutionnaire créée par les frères McDonald jusqu’au rapt pur et simple de l’enseigne et sa transformation en empire immobilier. Le Biopic est mâtiné de thriller et de drame sur fond d’accession au rêve américain et de victoire du cynisme capitaliste sur l’angélisme naïf.
Un rêve américain à la hache
Un Michael Keaton revenu de l’enfer depuis sa prestation mémorable dans le Birdman d’Inarritu marche sur l’eau dans ce film fascinant. Qui connait en France le nom de Ray Kroc et son rôle dans la domination mondiale de McDonald’s? Car avant les années 50, McDonald’s n’existait pour ainsi dire pas du tout si ce n’est dans l’esprit des deux frères McDonald, propriétaires d’une uniques enseigne à San Bernadino en Californie. Les deux Géo Trouvetou de la restauration avaient inventé un processus ingénieux permettant de répondre en 30 secondes à une commande, de la cuisson de la viande à la préparation de l’hamburger. C’est tout l’art de Ray Kroc d’avoir identifié l’ingéniosité du processus Speedee et de l’avoir multiplié dans des franchises répétant quasiment à l’infini le même concept révolutionnaire. Le film suit les doutes, les échecs, les chausse-trappes et finalement l’irrésistible succès de l’ancien commercial guignard grâce à son appropriation de la méthode McDonald’s, jusqu’à l’éviction manu militari des deux frères.
Une réussite sans scrupules
Le film met en rapport l’inaltérable optimisme initial de Ray Kroc et sa transformation en capitaliste sans scrupules. Car le jour où il a compris que l’empire McDonald’s ne se fonderait pas sur le burger mais sur l’immobilier, plus rien n’a pu le freiner. Toutes les péripéties de sa réussite éclair sont passées en revue, de son divorce fracassant à sa main mise sur le concept McDonald’s. Et le film ne cache (presque) rien: le rouleau compresseur Kroc s’est fait aidé par des associés talentueux, une capacité de meneur d’hommes hors pair et cette intuition que le monde plierait devant les enseignes McDonald’s. Le réalisateur de Dans l’ombre de Mary – La promesse de Walt Disney imprime une dynamique captivante à ce biopic porté tout entier par un Michael Keaton à l’énergie folle. Espoirs, intuitions et coups bas se suivent sans perte de rythme, avec peut être le sacrifice à un ton parfois exagérément angélique. Notamment concernant la provenance des produits si peu chers, le film n’aborde pas tous les aspects de l’empire McDonald’s.
Mais qu’importe, Le Fondateur ne se veut pas une critique de la méthode McDonald’s mais le récit d’une ascension fulgurante. Ray Kroc a fait fortune en édifiant un empire du Big Mac, le film explique les filons qui l’ont mené à la toute puissance grâce à une infatigable persévérance, un optimisme sans failles et un manque total de scrupules. Les 2h du film passent à toute vitesse sans temps morts ce qui en fait un biopic séduisant et une vraie réussite.
Dans les années 50, Ray Kroc rencontre les frères McDonald qui tiennent un restaurant de burgers en Californie. Bluffé par leur concept, Ray leur propose de franchiser la marque et va s’en emparer pour bâtir l’empire que l’on connaît aujourd’hui.
Sortie : le 28 décembre 2016 Durée : 1h55 Réalisateur : John Lee Hancock Avec : Michael Keaton, Nick Offerman,John Carroll Lynch Genre : Biopic, Drame
Faust, Théâtre Le Ranelagh, Mise en scène de Roan Rivière
Un Faust de gala au Théâtre Le Ranelagh
Le vieux savant érudit Faust place son âme dans les mains de Méphistophélès dans l’espoir de reprendre gout à la vie. Le célèbre ouvrage de Goethe est repris sur la scène du Théâtre Le Ranelagh par des acteurs inspirés. La mise en scène dynamique de Ronan Rivière fait revivre les infortunes du savant raisonné devenu jouisseur inconséquent. On s’amuse des truculences du démon et on frémit devant l’aveuglement du savant. La morale n’est pas sauve et bien malin qui saura trouver le moyen de sauver cette âme en perdition.
Un mythe européen
Le Docteur Faust signe un pacte avec le diable pour ressentir de nouveau les plaisirs de la vie. L’histoire est connue et trouverait sa source aux confins du XVIe siècle, une époque riche en superstitions et en réflexes archaïques. Goethe s’est inspiré des écrits de Christopher Marlowe et de Georg Wiedmann pour rédiger son oeuvre à la toute fin du XVIIIe siècle. La philosophie des Lumières était passée par là, le romantisme préparait son éclosion dans le tout proche XIXe siècle, l’auteur allemand pouvait ressusciter une histoire de mythes et de magie pour invoquer la toute puissance de la raison face à la crédulité des esprits simples. Mais surtout Goethe fait une critique en règle de ces esprits prêts à toutes les vanité pour accéder au plaisir. Méphisto est-il vraiment un être maléfique ou plutôt la face la plus démoniaque de l’esprit de Faust? Pendant que la créature vêtue de rouge badine avec truculence, Faust s’essaye à la forfaiture en multipliant promesses fallacieuses et comportement criminel. La très pieuse et naïve Marguerite sera sa victime sacrificielle, refusant d’échapper à son triste sort pour ne plus frayer avec un être devenu aussi diabolique que son pygmalion.
Une mise en scène ultra dynamique
Un échafaudage brinquebalant ne cesse d’être manipulé par les comédiens au centre d’une scène réduite au maximum. Le peu de place ne signifie rien face aux manigances du malin. Un piano agrémente d’airs dramatiques les péripéties du sinistre équipage. Le public assiste impuissant à leurs méfaits et un silence pesant accompagne la dramaturgie voulue par l’auteur allemand. Nul plaisir ne peut être retirer d’actions fondées sur l’individualisme forcené et le mépris de son prochain. La troupe d’acteurs insiste sur les troubles issus de la tromperie en le rendant équivoque, voire démoniaque. Ronan Rivière mène la troupe avec entrain dans son costume de Méphisto. Un Faust âgé et un autre jeune alternent selon les intrigues pour amener touches respectives de lassitude et de surexcitation. Quant à Marguerite, Laura Chetrit l’incarne avec conviction, ne se détournant de son chemin virginal que pour y revenir coute que coute dans une admirable intensité.
Ce Faust ravit l’audience grâce à l’investissement énergique de la troupe de comédiens et à la mise en scène sommaire mais dynamique du Méphisto. La pièce est un succès, la salle était comble, nul doute que de nombreux autres spectateurs sortiront tout autant ravis de la salle après les prochaines dates!
Dates : Jusqu’au 26 mars 2017 / du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h / relâches les 1er – 6 – 12 – 13 -21 janvier / 3 février / 8 – 9 – 10 – 22 – 23 – 25 mars Lieu : Théâtre Le Ranelagh (Paris) Metteur en scène : Ronan Rivière Avec : AymelineAlix, Laura Chetrit, Romain Dutheil ou Anthony Audoux
Copyright Fabula – AZ Films – Funny Balloons – Setembro Cine
Neruda de Pablo Larraín, un biopic poétique à l’image de l’artiste
Le siècle dernier semble être une source d’inspiration insatiable pour Pablo Larraín. Post Mortem, No, Neruda et bientôt Jackie, autant de long-métrages qui se fondent sur un événement ou un personnage marquant du passé. Notre histoire a assez de matière, nous dit le réalisateur, pour ne pas avoir besoin d’inventer des histoires.
Avec Neruda, en salles le 4 janvier 2017, c’est au grand poète chilien, Pablo Neruda, joué par Luis Gnecco, qu’il témoigne son admiration non sans quelques failles à travers un biopic surprenant.
Neruda : un poète engagé et pourchassé
Connaissez-vous Pablo Neruda ? De nom certainement, mais d’œuvre littéraire et politique, c’est moins récurrent. Poète et sénateur, il ne s’est pas tu et s’est battu pour les idées communistes qu’il défendait par son arme, les mots, au Sénat. Mais, en cette période de Guerre Froide, au Chili, il était plu sûr d’être de droite. Les communistes, considérés comme des traitres à la patrie, étaient pourchassés. La notoriété de Pablo Neruda ne l’empêcha pas d’être mis sous mandat d’arrêt. Échappant de justesse à son arrestation, il fuit son pays pour L’Europe.
C’est cette fuite, épisode furtif d’une vie grandiose et fournie, qui constitue l’ossature du film. Toutes les péripéties, les détails de cette retraite, bref le sang et la chair du film, sont fantasmés, fictifs. Pablo Neruda voulait forger sa légende, le réalisateur y participe grâce à cette tranche de vie épique et rocambolesque mise en image. L’important n’est pas qu’elle soit vraie mais vraisemblable, à l’image de l’artiste extravagant.
Copyright Piffl Medien
Neruda : lumineux et capricieux
Neruda met l’homme de côté pour ébaucher le poète engagé et son œuvre. Pablo Neruda, l’artiste, était fantasque, inspiré, grandiloquent et cela transpirait dans ses écrits. Non seulement le film nous le met en image mais, moins banal, Neruda emprunte un peu de l’esprit et du style « nerudien » dans sa forme cinématographique. Lumineux, solennel, utopique aussi… C’est comme si Pablo Larraín avait voulu que son film s’inscrive dans la lignée des œuvres de l’homme de lettres.
Mais le réalisateur ne se laisse pas éblouir, un écueil fâcheux qui produit souvent des films panégyriques et donc ternes. Ici, Pablo Neruda est à peine sympathique et même parfois, carrément antipathique. Il « pêche » par hubris, par caprice, par idéal aussi. Mais il est grand assurément.
Oscar Peluchonneau : inspecteur, chasseur et admirateur
C’est là qu’entre en scène un personnage-clé : Oscar Peluchonneau (joliment interprété par Gaël García Bernal). Inspecteur moyen qui rêve de grandeur, il voit dans la traque de Neruda l’occasion parfaite d’être à la hauteur de ses ambitions. Et là, tout se brouille, Neruda est-il vraiment la proie d’OscarPeluchonneau ? Ce dernier est-il un inspecteur zélé ou un admirateur de l’écrivain en fuite pris au piège ? Cette chasse, de rectiligne, devient circulaire jusqu’à ce que la proie finisse par mordre la queue du chasseur…
Ainsi le film nous suggère que la vie est une œuvre ! Une œuvre qu’il faut créer, entre farce et drame. A l’image du poète chilien qui façonne ses adversaires et trace sa voie non sans humour, sans intelligence et sans brio malgré les obstacles et nous pourrions même dire grâce aux obstacles qu’il rencontre.
Copyright Fabula – AZ Films – Funny Balloons – Setembro Cine
Liberté, poésie, éternité
Neruda est un film éblouissant mais au sens littéral car souvent, les scènes et les personnages sont plongés dans un lumière aveuglante. Hasardons une explication : cet éblouissement symbolise-t-il la fascination des hommes, notamment OscarPeluchonneau, pour Pablo Neruda ? Mais chacun, à n’en pas douter, aura la sienne en regardant le film.
L’admiration que suscite le poète vient également de sa liberté de penser et d’agir. Sa fuite est comme un éloge à la liberté. Pablo Neruda éprouve sa liberté même dans la contrainte, même traqué, et la chérit jusqu’au bout. Elle est même plus savoureuse, plus excitante, cette liberté, quand elle est mise en danger.
Finalement, Neruda peut faire l’objet d’une multitude d’interprétations et de commentaires car c’est un film assez complexe et même flou sur ses intentions. Comme s’il laissait un espace de pensée assez large pour que le spectateur puisse juger le film subjectivement, en fonction de lui, de son vécu, de ses opinions. C’est également un poème, une œuvre à discuter qui résonnera dans le cœur de certains et en laissera d’autres complétement insensibles.
1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.
Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire
Sortie : le 04 janvier 2017 Durée : 1h48 Réalisateur : Pablo Larraín Avec : Luis Gnecco, Gael García Bernal Genre : Drame, Biopic, Policier
Diamond Island, film de Davy Chou, Copyright Rapid Eye Movies
Diamond Island, le Cambodge confronté aux mirages de la modernité
Diamond Island est le nom d’un complexe immobilier destiné aux super riches sur les rives de Phnom Penh dans le Cambodge actuel. Bora débarque de sa campagne pour participer au chantier de construction avec sa timidité naturelle et sa retenue ordinaire. Le personnage incarne toute la contradiction d’un pays rentré trop vite dans la modernité. Les repères sont floutés entre une tradition toujours omniprésente et les mirages d’une modernité faussement accessible. Lorsqu’il rencontre son frère parti 5 ans plus tôt, il croit pouvoir se délivrer des contingences matérielles et pénétrer dans un monde fantasmé. Avec les risques que cela comporte.
Une fable moderne
Le réalisateur Davy Chou rend un véritable hommage à la jeunesse de son pays. Désorientée et toute tournée vers ce que la société cambodgienne peut lui offrir, elle navigue entre plaisirs élégiaques et contraintes d’un pays toujours en voie de développement capitaliste. Le complexe de Diamond Island agit comme un totem si loin si proche pour un groupe de jeunes partagé entre travail harassant le jour et plaisirs la nuit. Les plans nocturnes font d’ailleurs penser à un jeu vidéo avec ces inévitables néons stylisés et racoleurs. Peut on garder la tête froide dans un environnement où tout semble facile sans l’être vraiment? Le parpaing de la réalité réveillera le jeune héros séduit par les mirages de la société du divertissement et ce frère plus proche de Méphisto que de l’ainé protecteur.
Un casting au plus proche de la réalité
Pour tourner son film, le réalisateur a fait appel à des acteurs non professionnels. Si leurs gestes et attitudes peuvent parfois sembler maladroits, ils revêtent cette immédiateté de l’amateurisme. La caméra semble descendre tout droit dans les rues de la capitale au contact de ses habitants. Le jeu naturel des acteurs tranche avec l’atmosphère visuelle proche des mangas et des jeux vidéos, produisant un effet d’identification très fort ainsi qu’une empathie instantanée. Diamond Island pourrait être un documentaire mais la fiction prend vite les devants avec ces jeunes personnages scotchés à leurs portables, aux préoccupations de leur âge et aux désirs universels. Cette jeunesse se rapproche de la notre et de toutes celles des pays industrialisés. Les images de celles familiales dans la campagne la plus traditionnelle sont beaucoup plus éloignées de notre quotidien.
Diamond Island offre une immersion passionnante dans un pays mal connu mais en voie de ressembler à tant d’autres. Les jeunes acteurs livrent une partition enthousiasmante pour un film à découvrir dès aujourd’hui dans les salles.
Diamond Island est une île sur les rives de Phnom Penh transformée par des promoteurs immobiliers pour en faire le symbole du Cambodge du futur, un paradis ultra-moderne pour les riches.
Bora a 18 ans et, comme de nombreux jeunes originaires des campagnes, il quitte son village natal pour travailler sur ce vaste chantier. C’est là qu’il se lie d’amitié avec d’autres ouvriers de son âge, jusqu’à ce qu’il retrouve son frère aîné, le charismatique Solei, disparu cinq ans plus tôt. Solei lui ouvre alors les portes d’un monde excitant, celui d’une jeunesse urbaine et favorisée, ses filles, ses nuits et ses illusions.
Sortie : le 28 décembre 2016 Durée : 1h39 Réalisateur : Davy Chou Avec : Sobon Nuon,Cheanick Nov, Madeza Chhem Genre : Drame
Primaire d’Hélène Angel : un retour à l’école intense
Pour son quatrième long-métrage, Hélène Angel « s’attaque » à une institution sacrée : l’école. Pendant 1h45, Primaire nous transporte dans ce microcosme où se forme la jeunesse. Une comédie dramatique réaliste et prenante qui sort en salles le 4 janvier 2017.
Florence (Sara Forestier) est une professeure de français dévouée à son métier. Ses élèves de CM2 prennent toute son énergie à tel point qu’elle en néglige sa qualité de mère et de femme. Elle arrive à maintenir un certain équilibre jusqu’au jour où Sacha, enfant turbulent et délaissé, intègre sa classe. A trop se battre pour le sauver, c’est elle-même qu’elle devra sauver.
Primaire parle d’école mais surtout des hommes
La quasi-intégralité de Primaire se déroule dans une école. Cet aspect « huis clos » soulève une inquiétude : va-t-on se faire enfermer dans cet univers éducatif ?
Rassurez-vous, non et c’est là, la grande réussite de ce film : son universalité. On parle d’école bien sûr mais, à travers elle, on parle des hommes, de leurs espoirs et de leurs blessures. C’est un film tout public et la plupart des spectateurs y trouveront leur compte d’identification et d’émotions.
Parce que la maîtresse est aussi une mère, l’élève, un fils, et le livreur de sushis, un homme avec tous ses désirs. Les personnages sont tous complexes, multiples et ne sont pas cantonnés à un seul rôle. Bref, ils sont terriblement humains. Même les rôles secondaires ont de la densité et donc, de l’intérêt.
copyright Studio Canal
Primaire mélange adroitement réalisme et romanesque
Nous sommes à l’école, pas de doute : Hélène Angel a parfaitement réussi à insérer son histoire dans le cadre scolaire. Par l’atmosphère d’abord, bruyante, joyeuse et épuisante. Par l’innocence et la turbulence des élèves, le brouhaha qui nous donne presque mal à la tête, les réprimandes des professeurs. Et par les détails surtout, qui achèvent de nous installer dans la réalité de cet univers : les comparaisons de salaires, la préparation chaotique du spectacle de fin d’année, l’évasion du lapin des CP… C’est à l’intérieur de cette charpente réaliste que la réalisatrice a placé et fait évolué ses personnages. Florence, si fragile et si forte, dont les problèmes s’accumulent à un rythme romanesque. Et les ennuis des autres qui s’empilent sur ceux de Florence, trop sensibles pour ne pas s’en préoccuper. Cette accumulation charge le film d’émotions et d’intensité sans pourtant perdre en réalisme. Ainsi, sur la base d’un bon scénario, Hélène Angel a habilement imbriqué romanesque et réalisme.
hommage aux professeurs…
Nous ne sommes pas à l’école par hasard. Ici la jeunesse se construit et les adultes sont les ouvriers de ce chantier éducatif. C’est une mission presque impossible, nous dit le film, où les ratés sont inévitables. Il y a trop à faire et les outils fournis ne sont pas toujours appropriés : l’Éducation nationale se prend quelques coups dans les réformes et les programmes. Critique donc en creux des technocrates qui légifèrent sans avoir été au front. Mais surtout, hommage aux professeurs dont le métier apparait comme une vocation et un combat presque désespérés parce qu’on ne peut pas aider tout le monde. Manque de moyens, manque de temps, manque de solutions…
Copyright Studio Canal
Sara Forestier sublime
Aucun des élèves n’est acteur. Il a fallu, pour le film, convertir des dizaines de petites bouilles à la comédie. Un pari risqué car si les enfants cabotinent, le film capote. Mais un pari réussi, en effet, ils se sont pris au jeu de l’école et jouent tous avec un naturel confondant. Sara Forestier, en revanche, a déjà prouvé son talent par deux Césars (Meilleur espoir féminin pour l’Esquive et Meilleure actrice pour Le nom des gens). L’actrice dégage une énergie vitale et une intensité fascinante qui donnent de l’épaisseur et de la puissance à son personnage, Florence. Sara Forestier n’est jamais décevante. A ses côtés, Vincent Elbaz est des plus convaincants dans son rôle de vendeur de sushis sentimental à l’allure détachée.
Enfin, si l’école primaire n’est pas la cour des grands, à bien des égards, elle l’augure. Primaire reflète la violence de la société mais, exprimée sans détour par des enfants sans filtre et impitoyables.
Un film intense et parfaitement interprété qui porte un message et un hommage. Un coup de cœur de la rédaction.
Florence est une professeure des écoles dévouée à ses élèves. Quand elle rencontre le petit Sacha, un enfant en difficulté, elle va tout faire pour le sauver, quitte à délaisser sa vie de mère, de femme et même remettre en cause sa vocation. Florence va réaliser peu à peu qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre…
Sortie : le 04 janvier 2017 Durée : 1h45 Réalisateur : Hélène Angel Avec : Sara Forestier, Vincent Elbaz, Guilaine Londez Genre : Comédie dramatique
Passengers, film de Morten Tyldum, Copyright Sony Pictures Releasing France
Passengers, un Titanic dans l’espace
Passengers voit les très bankable Jennifer Lawrence et Chris Pratt passer 120 ans ensemble au cours d’un interminable voyage interstellaire. La caméra du réalisateur d’Imitation Game ne les lâche pas d’une semelle dans un huit clos claustrophobique aux effets spéciaux impressionnants mais au rythme par trop inégal. Le voyage vers une planète (très) lointaine alterne entre rom’com’ et film catastrophe sur une variation spatiale du Titanic. Mais n’est pas James Cameron qui veut. Si le divertissement est à la hauteur, l’ambition scénaristique l’est beaucoup moins.
Un vaisseau spatial inédit
Le film débute avec des effets visuels à la hauteur du casting. L’immense vaisseau spatial voit un Chris Pratt esseulé arpenter ses immenses coursives, ses luxueux salons et ses installations sportives. Mais en s’éveillant de l’hibernation qui enveloppe plus de 5267 de ses congénères, il risque de ne pas arriver à la destination prévue pour 90 ans plus tard. Comment survivre à la solitude sans verser dans le désespoir et l’alcool, tel est son défi tandis qu’il hésite de plus en plus à réveiller la très belle Jennifer Lawrence paisiblement endormie. Accompagné d’un androïde barman à l’empathie réconfortante, le héros des Gardiens de la Galaxie varie entre plages comiques et silence assourdissant. Quand il se décide à briser le cercle infernal, il culpabilise bien vite.
Une intrigue minuscule
D’abord sur la retenue, l’idylle entre l’acteur bogoss et l’actrice sex symbole n’arrive jamais à s’élever au-delà de la simple rom’com’ de High School. Si Morten Tyldum voulait loucher du côté de Jack et Rose, il a passablement manqué d’ambition. Amour et disputes alternent avec des scènes d’action catastrophe sans vraie originalité. Le vaisseau coule, le stress pourrait atteindre des sommets mais personne ne semble réellement impliqué. J-Law et Chris sont tout mignons mais loin d’avoir le cadre nécessaire à leur épanouissement artistique. La faute aux inévitables fonds verts, certainement, et ce n’est pas l’irruption d’un Laurence Fishburne en service minimum qui changera la donne.
Ce Passengers semblait bien ambitieux mais la séance laisse un goût de blockbuster formaté bien loin de tenir ses promesses.
Alors que 5000 passagers endormis pour longtemps voyagent dans l’espace vers une nouvelle planète, deux d’entre eux sont accidentellement tirés de leur sommeil artificiel 90 ans trop tôt. Jim et Aurora doivent désormais accepter l’idée de passer le reste de leur existence à bord du vaisseau spatial. Alors qu’ils éprouvent peu à peu une indéniable attirance, ils découvrent que le vaisseau court un grave danger. La vie des milliers de passagers endormis est entre leurs mains…
Sortie : le 28 décembre 2016 Durée : 1h57 Réalisateur : Morten Tyldum Avec : Chris Pratt, Jennifer Lawrence, Laurence Fishburne Genre : Drame