Minute Papillon, un bon livre pour cet été (Mazarine)
Publik’Art avait bien aimé le deuxième roman d’Aurélie Valognes : Nos adorables belles-filles. Cette fois-ci encore, Aurélie écrit un livre parfait pour les vacances : Minute Papillon ! Pas de prise de tête et de la bonne humeur à chaque page ! Rose n’est pas vieille, 36 ans, mais pourtant son fils l’a déjà quitté. Baptiste, à 18 ans, décide de s’installer chez sa copine… Bien sûr, c’est un coup dur pour Rose, d’autant plus qu’il a décidé de couper les liens avec sa mère. Plus de nouvelles, plus de téléphone, le silence… Rose est triste mais elle ne baisse pas les bras… De Nounou, elle va devenir dame de Compagnie. Et pas de n’importe qui ! Elle va être embauchée par la fille de Colette, Véronique, pour s’occuper de Colette mais aussi du chien de Véronique. Mais pas si évident que ça. Au final qui prendra soin de l’autre ?
Les situations sont cocasses et sortent de l’ordinaire ! Du coup, on lit ce roman à toute vitesse et on espère que Rose va finir par s’en sortir ! L’écriture d’Aurélie Valognes est facile à lire, avec un style très vivant et de nombreux dialogues !
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Dans la vie, on a tous droit à une deuxième chance.
Rose, 36 ans, mère célibataire, est une femme dévouée qui a toujours fait passer les besoins des autres avant les siens. Après avoir perdu son père et son emploi, la jeune femme apprend que Baptiste, son fils unique de 18 ans, quitte la maison. Son monde s’effondre. Cette ex-nounou d’enfer est alors contrainte d’accepter de travailler comme dame de compagnie pour une vieille dame riche et toquée, Colette, et son insupportable fille, la despotique Véronique. Et si, contre toute attente, cette rencontre atypique allait changer sa vie ?
UNE CURE DE BONNE HUMEUR ET D’OPTIMISME !
Aurélie Valognes a 33 ans. Véritable best-seller en France, son premier roman, Mémé dans les orties, a conquis des centaines de milliers de lecteurs à travers le monde. Son deuxième roman, Nos adorables belles-filles (Lafon, 2016), connaît également un grand succès et paraîtra simultanément au Livre de poche sous le titre En voiture Simone.
Date de parution : avril 2017 Auteur : Aurélie Valognes Editeur : Mazarine Prix : 17,90 € (268 pages) Achetersur : Amazon
Mécaniques remontées : quand Zimoun fait danser la matière
Les vacances se font attendre et vous êtes pris de sérieuses envies d’évasion ? Cette semaine on vous dépayse en vous embarquant dans une aventure sensorielle inédite. Direction les espaces du Centquatre à Paris à la découverte des sculptures sonores de Zimoun. Maître dans l’art de faire du gigantesque avec de l’infime, l’artiste suisse nous montre qu’il suffit d’un peu de carton, de bouts de bois et de quelques balles en plastiques pour faire de grandes choses !
« Ce que vous voyez est ce que vous entendez »
Voilà comment l’artiste résume son travail. En couplant des petits objets en matériaux bruts tels que des sacs en papier ou des pelotes de coton, à des engrenages motorisés, il propose une immersion totale. Grâce à l’interaction physique des matériaux en mouvement, les sons sont générés en temps réel et mobilisent à la fois notre perception visuelle et sonore. Au delà de l’œuvre d’art, ces mécanismes développés à grande échelle créent des situations au sein desquelles le spectateur est plongé : à chaque pièce son mouvement propre. Ce dernier contemple et entend les vibrations mécaniques, pour s’en imprégner un peu plus au fil de la visite.
Derrière la machinerie, un fonctionnement organique
Au premier abord, on a l’impression de pénétrer à l’intérieur d’un immense moteur où tout est réglé à la demi-seconde près. Si Zimoun s’est fortement inspiré de l’univers industriel, c’est pour l’appréhender de manière vivante et s’intéresser à chaque microstructure. Loin du tout homogène, ces sculptures sonores permettent aux éléments d’évoluer indépendamment. Chaque infime partie de cet organisme a son rythme et ses variations, le tout formant une véritable synergie. On a donc deux façons complémentaires d’appréhender l’œuvre : du simple module on découvre une entité architecturale.
Des créations sans queue ni tête
Les sculptures sonores de Zimoun sont des œuvres de l’aléatoire. Elles entretiennent un mouvement perpétuel sans forcément raconter une histoire. Inutile d’essayer de leur trouver un sens caché, il n’y en a pas. Elles se ressentent plus qu’elles se comprennent, et n’ont ni début ni fin. Comme à chaque nouvelle exposition, elles s’adaptent à l’espace qui leur est donné et se modulent à l’infini. On sort donc de la perspective narrative, l’artiste nous laisse libre face à nos méditations et notre perception de l’espace toute bouleversée.
À la manière d’une parenthèse hors du temps, Zimoun crée des expériences totales et nous confronte à nos propres réflexions. En effet, on peut mettre beaucoup de choses derrière son propos : entre la place de l’individu dans le corps social, la notion de réseau, d’espace… Il n’y a aucun donné, tout est possible à condition de saisir l’instant.
Baby Driver, film d’Edgar Wright, Copyright 2017 Sony Pictures Releasing GmbH
Baby Driver, un film de braquage aux accents teen movie un peu trop prononcés
La réputation de film survitaminé précédait Baby Driver et laissait augurer du meilleur. Et en effet, le film débute sur les chapeaux de roue, les exploits du jeune héros virtuose du volant font frissonner de plaisir les spectateurs. Entouré d’une bande de têtes d’affiches menée par Kevin Spacey, Jamie Foxx et Jon Hamm, Ansel Elgort roule des mécaniques en anti-héros marqué par la vie. Mais la rencontre avec la belle Lily James révélée dans la série Downton Abbey marque le début d’une romance très (trop?) teen movie qui fait sévèrement dégonfler le soufflé. Les promesses de film Rock’n’Roll sont tenues pendant longtemps mais ne tiennent pas la route tout du long. Si le film avait continué sur le même rythme, il serait rentré dans les annales. Mais non, reste surtout une impression de teen movie un peu plus évolué que la moyenne mais bien loin d’égaler les standards du genre.
De l’action qui tue
Revenons sur les nombreuses qualités du film. Ansel Elgort incarne à la perfection le jeune freluquet doué mais antisocial. La faute à un dramatique accident au plus jeune âge aux irrémédiables conséquences sur son existence future. D’où une addiction à la (très) bonne musique qui enjolive le film d’une bande son à la qualité rarement vue au cinéma. Il n’y a qu’à évoquer le célébrissime Easy de Faith no more pour avoir une idée du niveau. Et comme le héros a besoin de bon son pour mener à bien ses exploits automobiles, les très richement chorégraphiées courses de voiture revêtent une dimension épiques aux frontières de l’extatique. Le calme olympien du héros enferré dans son monde intérieur tranche avec les quantités astronomiques de gomme brulée et la tôle froissée. Les regards ahuris de ses compagnons de bourlingue finissent le travail. La mise en scène d’Edgar Wright est au diapason, les quelques scènes de course poursuite rentrent tout droit au panthéon du genre. Et comme le héros agrémente le film de quelques scènes musicales hautement truculentes, le rythme ne baisse pas pendant 30 premières minutes jouissives en diable. Aux côtés du héros, le casting de haut vol promet le meilleur. Kevin Spacey gratifie les spectateurs de ses mines faciles mais efficaces de vieux routier impitoyable. Jon Hamm ressort sa mine constipée déjà vue dans Mad Men et Jamie Foxx revient d’une longue absence pour une prestation efficace. Flea fait une apparition, le film déballe le tapis rouge pour une ouverture juste parfaite.
De la romance qui fâche
Et puis le héros s’éprend d’une jeune serveuse mimi sexy sympa sincère. Et là patatras. Les ambitions du film accouchent d’un teen movie semblable à tant d’autres. Et les scènes d’action deviennent sans saveur, ce qui était impressionnant au début devient juste facile. Bassement facile. Plus du tout crédible. Mais pourquoi le si doué réalisateur a-t-il sacrifié son film aux sirènes de la romance mièvre et sans saveur? La question reste ouverte. Le classicisme de l’amourette tranche avec l’inventivité des scènes d’action superbement réalisées, les dialogues entre braqueurs sont plein de piques savamment dosées entre bisbille et respect voilé et puis les deux tourtereaux débarquent avec leurs manières d’un autre temps, tout droit sortis du XIXe siècle. C’est rageant. Surtout que le dynamisme du début s’enfonce dans un faux rythme endormissent qui use les patiences.
Baby Driver devrait être remonté dans une version plus punchy et sans toutes ses scènes de séduction académiques entre tourtereaux compassés. on veut de l’action, pas du sous-Twilight! Car le résultat aurait pu (du?) être plus consistant!
Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby a un truc pour être le meilleur dans sa partie : il roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu.
Sortie : le 19 juillet 2017 Durée : 1h53 Réalisateur : Edgar Wright Avec : Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James Genre : Action, Policier, Thriller
Dunkerque, film de Christopher Nolan, Copyright 2017 Warner Bros. Entertainment Inc. All rights reserved
Un Dunkerque échoué entre deux eaux
Le nom de Christopher Nolan est devenu au fil des films synonyme d’ambition cinématographique maximale et de qualité technique exemplaire. Avec une filmographie déjà composée de quelques futurs classiques, le réalisateur de seulement 47 ans a d’ores et déjà marqué l’histoire du cinéma. Alors quand un film narrant l’évacuation des troupes anglaises de la poche de Dunkerque en juin 1940 est annoncé à grands renforts publicitaires, on se plait à imaginer un film de guerre inédit, révolutionnaire et renversant. Sauf que le film pêche par de trop nombreuses lacunes pour un réalisateur de cette envergure. La joie collective est actuellement trop assourdissante pour faire entendre un son de cloche discordant, mais une fois le soufflé retombé, la raison reprendra le dessus. Dunkerque est un très bon film, excellent même à certains titres mais non, il ne révolutionne pas le genre. Le Soldat Ryan a encore de beaux jours devant lui…
Un sujet inattendu
Loin des standards guerriers habituels, Dunkerque n’enchaine ni les batailles homériques ni les échanges de tirs incessants. De combats, il n’en est (presque) pas question tant Christopher Nolan préfère s’intéresser d’abord aux hommes piégés sur une plage à l’extrême nord de la France suite à l’irrésistible offensive allemande de mai-juin 1940. Avant de parler cinéma, parlons histoire. Car les férus se souviendront que la drôle de guerre débuta timidement avant une subite accélération suite à l’invasion des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg puis de la France par les troupes allemandes à partir du 10 mai 1940. Une cuisante débâcle suivit avec son lot de drames tant l’envahisseur revêtait une supériorité matérielle (équipements plus modernes avec des armes lourdes, des canons et chars en plus grand nombre, parc aérien sans comparaison), tactique (réutilisation du même passage qu’en 1914 via la Belgique pour prendre à revers l’armée française) et militaire sans égal. La doctrine défensive promue par les français et les britanniques ne put rien contre le rouleau compresseur nazi (la fameux blitzkrieg). Et quand les troupes alliées du Nord furent coupées de celles du Sud et acculées à la mer, les soldats se retrouvèrent bloqués dans la fameuse poche de Dunkerque. Bien plus éloignée des côtes anglaises que ne l’est Calais, la ville posa un défi logistique majeur. Car près de 400 000 hommes se tassèrent entre les troupes allemandes et la Manche sans qu’un nombre suffisant de bateaux ne puisse approcher suffisamment près des côtes du fait de la faible déclivité des plages obligeant les navires de fort tonnage à mouiller au large. Les chiffres de l’évènement donnent le vertige: 370 petites embarcations vinrent chercher 26 500 hommes. Avec un premier fait majeur que le film relativise (à tort). Moins de 10% des 338 226 combattants furent finalement évacués de manière civile. Et on touche au problème principal posé par le film de Nolan. Le désastre n’est abordé que par le petit bout de la lorgnette via 3 histoires racontées en parallèle alors que les plans larges se multiplient pour élargir au maximum la portée du film. Le choix d’une narration parcellaire amoindrit d’autant la portée des évènements même si le drame humain prend sa pleine mesure.
Un problème de proportion
Les 3 histoires permettent de mettre en relief la panique généralisée de troupes piégées sur une plage ouverte aux attaques incessantes d’un ennemi invisible. Un soldat sur la plage (Fionn Whitehead) cherche à évacuer dans le tumulte ambiant, un pilote de la RAF (Tom Hardy) veut rallier les côtes françaises pour défendre l’embarquement de troupes bombardées par les avions ennemis et un marin chevronné (Mark Rylance) conduit depuis l’Angleterre sa petite embarcation pour participer à l’évacuation des troupes. Et c’est là que le bas blesse. Car le film de Nolan est loin d’être aussi réaliste qu’attendu si on se donne la peine de se documenter sur la vraie histoire. Le 29 mai par exemple, 400 bombardiers allemands, protégés par 180 Messerschmitt ont méthodiquement pilonné Dunkerque. Or, le film montre au maximum 10 avions, allemands et britanniques confondus pendant 1h47 d’intrigues. Pareillement, les longues plages de Dunkerque semblent montrer au maximum 10 000 hommes au lieu des 400 000 historiquement comptabilisés. En incluant 3 histoires dans un contexte plus global réduit à sa portion congrue, Nolan fait chuter le coefficient réalisme d’autant en cherchant pourtant à englober la totalité des évènements. Ce qu’il ne fait que de manière forcément lacunaire. Et comme il choisit souvent un ton très proche du documentaire, il coupe son film de toute crédibilité. Sans compter les quelques maladresses comme ces bâtiments en front de mer montrés en début de film au style furieusement seventies. Mais là où le film se révèle finalement maladroit sur le plan historique, il fait mouche sur le plan humain.
Une histoire d’hommes
Nolan multiplie les épisodes tragiques pour un effet boeuf sur le spectateur. Les plus claustrophobes se sentiront même physiquement mal devant tous ces soldats piégés dans les entrailles de navires coulés par le fond. L’héroïsme côtoie la faiblesse humaine dans une noria de scènes dramatiques qui clouent au siège. Dunkerque devient ainsi plus un film d’horreur qu’un film de guerre, les innombrables pertes humaines font beaucoup plus d’effet que tous les serial killers ciné du monde. Car la guerre n’est pas une plaisanterie, c’est même le meilleur moyen d’occire des dizaines de vie humaines en quelques minutes. Les plans resserrés en intérieur, dans les entrailles des bateaux ou la cabine d’un spitfire, font beaucoup plus d’effet que les larges panoramas sur les plages. Les fumées ont beau figurer les furieux combats menés par les troupes françaises contre les attaques allemandes terrestres pour laisser le temps aux troupes d’embarquer, ce fait majeur de la bataille de Dunkerque devient un micro détail. A tort.
Une tension permanente
Si le film parvient à rester tendu tout du long, l’omniprésente musique d’Hans Zimmer n’y est pas pour rien. Un décompte de chronomètre semble s’ajouter aux notes pour figurer l’inéluctabilité d’une course contre la montre mortelle. Au contraire d’Interstellar, aucun air ne reste ancré dans la tête après la séance mais une impression générale d’efficacité dramatique se dégage. Et comme le film débute un peu comme un film muet, sans que beaucoup de dialogues ne marquent le spectateur, la musique joue un rôle prédominant. Ajoutée aux bruits de moteur d’avion ou de bateau, ainsi qu’au bruit de la tôle qui se déchire sous l’impact des bombes, elle marque le spectateur. Les visages tendus des acteurs font également forte impression sans qu’aucun pourtant ne soit spécialement impressionnant. Tom Hardy passe 99% de son temps sous son attirail dans le cockpit, Mark Rylance regarde la mer en silence entre deux répliques définitives et le soldat Fionn Whitehead semble aussi perdu que ses milliers de compatriotes. Quant à Kenneth Branagh, il fait un peu tapisserie sur son bout de ponton. Car il ne peut rien, subit les évènements et se contente un peu trop de froncer les sourcils.
Un pétard mouillé?
Ne nous y trompons pas, ce Dunkerque mérite vraiment un visionnage pour éprouver le stress du soldat confronté au risque de mort imminente. Le sentiment d’abandon de troupes envoyées à la boucherie et oubliées sur un bout de plage est palpable, scandaleux même. Mais par trop romancé car, dans la vraie, la majorité des troupes a été sauvée, par la grâce d’un cessez-le-feu miraculeux dont les raisons sont aujourd’hui encore mal connues. Le patriotisme exacerbé de la fin du film paraitra à beaucoup d’un angélisme excessif, il est pourtant le reflet d’une vérité historique, les soldats s’attendaient à une opprobre collective mais furent accueillis comme des héros. Reste aussi du film une métaphore ainsi qu’une critique assez saignante du capitalisme, les simples soldats se trouvant dans l’oeil du cyclone sans comprendre ce qu’il leur arrive. Si le film insiste un peu trop sur un élan de solidarité mal proportionné (plus de bateaux en vrai mais une proportion négligeable de soldats recueillis), c’est à se demander si le chauvinisme britannique n’est pas de retour.
Dunkerque offre un spectacle avant tout dramatique. Les bateaux qui coulent serreront le coeur de tous les spectateurs. Mais le film n’est vraisemblablement pas à la hauteur des enjeux. Forcément imparfait avec un gout d’inachevé dans la bouche.
“La Fiesta” audacieuse d’Israel Galván en direct du Festival d’Avignon le 19 juillet sur Arte : olé !
En direct de la Cour d’honneur du Palais des papes, retransmise par Arte le 19/07/2017, à 22h50, le chorégraphe andalou Israel Galván célèbre la fête avec sa nouvelle création. Un des temps forts très attendu de la 71e édition du Festival d’Avignon.
« Je crois que la fête est à la fois l’expression et la nécessité de ma culture ». Manifestation d’une certaine culture espagnole qui traverse l’année de fêtes populaires en temps sacrés avec les carnavals et les pèlerinages. Mais aussi moment précis et codifié du spectacle flamenco au cours duquel les artistes sonnent le final en changeant de rôle (fin de fiesta).
Quand Israel Galván pense à ces instants, le chorégraphe andalou revoit des artistes pour lesquels la fête s’apparente au travail et perd sa nécessité intérieure ou encore des milliers de gens pris en étau dans les rues, incorporés dans des foules compactes dont on ne peut s’échapper.
Pour lui, ces fêtes n’ont rien à voir avec celles de sa communauté, avec la vie de famille. Des fêtes intimes qui « laissent apparaître une certaine violence, un certain érotisme dans une sorte de libération générale ». Autour de lui, sont réunis des danseurs et des musiciens atypiques (Emilio Caracafé, El Junco, Ramón Martínez, Niño de Elche, Uchi) et pas exclusivement flamencos (Eloísa Cantón, Minako Seki, Alia Sellami), car il aime penser qu’une voix devient flamenca dès qu’elle se pose entre flamencos.
Israel Galván ne tente pas seulement de restituer la vérité de sa fête, inconnue du grand public, une vérité qui ne peut souffrir d’une séparation entre les différents arts qui la composent et encore moins d’une trop grande préparation, il cherche aussi à éprouver cette sensation interdite aux grands solistes de son art : faire corps avec le groupe, éprouver une sensation plus vaste que lui. Installer sa Fiesta dans la Cour d’honneur le lui permettra.
La petite fille de Monsieur Linh, mise en scène de Célia Nogues, Le Lucernaire
L’humanité jaillit de la pièce La petite fille de Monsieur Linh au Lucernaire
Un vieil homme fuit un pays en guerre avec sa petite fille de quelques semaines dans les bras. Celui que l’on imagine sans mal originaire du Vietnam débarque dans un port d’une métropole occidentale, seul et sous la pluie. Seuls survivants d’un massacre, ils sont hébergés dans une sorte d’appartement pour réfugiés, sans connaitre ni personne ni la langue. Le vieil homme fait la connaissance d’un personnage aussi solitaire que lui. Une amitié étrange se noue entre les deux solitudes, évoquée dans un seul en scène aussi touchant que dramatique. Sylvie Dorliat interprète chacun d’eux tout en figurant une voix off douce et honnête. L’historiette touche à l’universel par la grâce de la conteuse alliée au texte délicat de Philippe Claudel.
Une pièce minuscule et vibrante
Le Lucernaire dispose un minimum de décors pour figurer une aventure portée par la seule comédienne présente sur scène. Elle interprète ce vieil homme débarqué de l’autre bout du monde avec sa petite fille. Après la mort de son fils et de sa bru, il n’a plus que ce petit être humain après qui s’occuper. Et rien ni personne ne pourra le détacher de Sang Diu, ce qui signifie matin doux dans sa langue natale. La comédienne illustre la maladresse et la bonne volonté de ce personnage qui a presque tout perdu. Des faisceaux lumineux projettent une douce lumière sur des draps disposés du sol au plafond. Un banc est disposé au centre de la scène, lieu de repos et de rencontre entre le réfugié et un vieux solitaire, veuf depuis peu et amateur de cigarettes. Le choc des cultures crée un pont entre deux personnalités blessées par la vie et seules dans l’immensité du monde. Sans pouvoir se faire comprendre, ils semblent néanmoins s’entendre et communiquer par les liens du coeur.
Un dénouement tragique
Le rythme lent de la pièce débouche sur une conclusion émouvante. La comédienne semble particulièrement bousculée par cette histoire qui communique une émotion très forte auprès du public présent. Il faudra de longues secondes avant que le premier applaudissement ne retentisse à l’extinction des lumières tant l’assistance semble prendre sincèrement part au trouble ambiant. Philippe Claudel a réussi sa tentative de figurer l’humanité dans les tourments les plus sombres. La démarche théâtrale atteint son but et La Petite fille de Monsieur Linh touche à l’universel, par l’alliage d’un texte à la simplicité apparente trompeuse et d’une comédienne visiblement habitée par ses personnages.
La petite fille de Monsieur Linh émeut le public et l’histoire reste longtemps incrustée dans l’esprit tant sa douceur parvient à touche au plus profond du coeur. Une belle pièce à découvrir cet été au Lucernaire pour gouter à la poésie de personnages dont on a peine à se séparer.
Dates : du 28 juin au 20 août, du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 15h Lieu : Le Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Célia Nogues Avec : Sylvie Dorliat
Koblic, film de Sebastián Borensztein, Copyright DeaPlaneta
Koblic, un western moderne sous la dictature argentine, esthétisant mais limité
Ricardo Darin fait partie de ses acteurs qui justifient à eux seuls le visionnage d’un film. Le voir dans un film retraçant l’angoisse existentielle d’un pilote déserteur pendant la dictature argentine a quelque chose de fascinant. Son visage buriné, son regard intense et son économie de paroles pourraient suffire à ressortir ravi de la salle. Sauf que Koblic s’enfonce cruellement dans un récit simpliste et sans nuances. Les héros ont des têtes de braves gars et les crapules ont des faciès effrayants. L’arrière plan historique est abordé par le petit bout de la lorgnette et les aventures du héros rebelle peinent à transcender le récit.
Un drame sans ampleur
Koblic se terre dans une bourgade oubliée de l’Argentine rurale. Pilote dans la marine argentine, il a déserté pour ne plus participer aux exactions du régime. Taiseux mais déterminé, il est hanté par les images de ces prisonniers précipité dans le vide par les portes ouvertes de l’avion en vol. Voilà pour l’arrière plan historique, dramatique mais limité. Etranger dans une petite ville où tout le monde se connait, sa présence suscite bien vite la curiosité, en premier lieu du shérif local et de la femme du gérant de la station service. Ces trois personnages vont jouer un mano a mano crispé que l’on aurait bien vu s’élever un peu plus. Et comme le héros n’en dira pas vraiment davantage, le spectateur doit se farcir de longues plages de silence devant les protagonistes taiseux. Le film ne durant pas plus d’1h30, il se regarde sans déplaisir, mais sans passion non plus. Le héros d’origine polonaise (on se demande bien comment) et sa belle vivent une passion interdite qui tombe un petit peu comme un cheveu sur la soupe. Pas de duplicité ni de sous entendus, l’intrigue est littérale, sans humour aucun ni subtilité. Le réalisateur d’El Chino n’en rajoute pas suffisamment pour captiver le spectateur.
Koblic a tout du rendez-vous manqué entre un acteur intense et un réalisateur qui a beaucoup réfléchi sur son film. L’ambition manque cruellement à un film trop souvent sur pilote automatique.
Argentine 1977. Un ancien pilote et capitaine de la Marine argentine, Tomas Koblic s’enfuit après avoir désobéi à un ordre de l‘armée soumise à la dictature. Caché dans une petite ville du sud du pays, sa présence attire l’attention du maréchal local d’une autorité abusive et sans scrupules. La conscience n’a nulle endroit pour se cacher..
Sortie : le 5 juillet 2017 Durée : 1h32 Réalisateur : Sebastián Borensztein Avec : Ricardo Darín, Oscar Martinez, Inma Cuesta Genre : Policier, Historique, Thriller
Le dernier Vice Roi des Indes, film de Gurinder Chadha, Copyright Pathé Distribution
Une page d’histoire douloureuse évoquée dans le film Le dernier Vice Roi des Indes
Qui se souvient que le Royaume-Uni occupa le sous-continent indien pendant plus de 3 siècles avant de quitter les lieux en 1947? Le pays qui domina le monde sur toutes les mers et terres avant de sortir exsangue de la seconde guerre mondiale n’avait plus les moyens de perpétuer son occupation et envoya un membre de la famille royale pour hâter le processus d’indépendance. Le très fidèle film Le dernier Vice Roi des Indes revient sur une époque troublée où le pays se déchira entre musulmans, hindous et sikhs, sur fond de controverse sur la possibilité d’une séparation du pays entre Pakistan et Inde. Si l’évocation historique est somptueuse, l’histoire d’amour à la Roméo et Juliette beaucoup moins. Elle ralentit le film et casse la dynamique historique. Un film à voir pour l’intérêt historique et la beauté de la mise en scène.
Une page dramatique de l’histoire moderne
De suspense, il n’en est ici nullement question. Tout le monde sait que malgré les efforts de Gandhi, le Pakistan fut séparé de l’Inde pour apaiser tant bien que mal les tensions qui causèrent quand même 1 million de morts. 14 millions de personnes durent partir de l’un ou de l’autre des deux pays pour retrouver leur communauté et échapper aux exactions religieuses. Le film insiste sur les efforts diligentés par Lord Mounbatten pour faciliter le mieux possible le processus d’indépendance. La bonne volonté le dispute à la réalité du terrain et le film montre bien l’inexorable hostilité monter entre deux communautés pourtant liées par une histoire commune depuis au moins 3 siècles. Hugh Bonneville fait un Vice Roi replet mais déterminé, lui qui fut autant victime des évènements que des intérêts déguisés des puissances économiques. Tous les grands protagonistes apparaissent, à commencer par Jinnah, Gandhi et Nehru aux côtés du couple royal britannique. Gillian Anderson interprète une Lady Mounbatten plus vraie que nature, déterminée à aider la population autant que possible. Et comme la reconstitution historique autant que les costumes et décors sont fouillés et recherchés, l’arrière plan historique est tout simplement somptueux.
Un zest de Bollywood
L’histoire d’amour qui évolue au fil de l’intrigue et du drame ambiant concerne un hindou et une musulmane irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Tout l’enjeu de cette histoire à l’eau de rose concerne la réalisatrice Gurinder Chadha directement issue de cette union. On comprend mieux le parti pris de cette évocation dans le film, bien que son intérêt soit forcément bien moindre que celui du drame historique. C’est aussi un bon prétexte pour une scène très Bollywood avec chansons et danses, comme si un film sur l’Inde ne pouvait décidément pas s’en passer. Si l’histoire d’amour permet de creuser l’arrière plan social et la fracture entre les communautés, le procédé est utilisé de manière tout de même simpliste, amoindrissant d’autant la portée du film.
Il reste tout de même des scènes pleines de sens et une évocation historique au drame très explicite. Le film mérite un visionnage pour se plonger dans une époque pas si éloignée où le sort d’un pays et de plusieurs communautés s’est joué par la seule volonté d’individus déterminés et volontaires, sans pourtant pouvoir éviter des centaines de millier de victimes inutiles.
Mars 1947. Après 300 ans de domination anglaise, le Palais du Vice-Roi à Delhi ouvre ses portes une dernière fois pour accueillir en grande pompe Lord Mountbatten et sa famille.
Petit-fils de la reine d’Angleterre et nommé dernier Vice-Roi des Indes, « Dickie » Mountbatten devra préparer le pays à l’indépendance. Mais la tâche s’avérera bien plus ardue que prévu. Après d’âpres négociations avec Nehru, Gandhi et Jinnah, perturbées par de violents conflits religieux, il n’aura d’autre choix que d’entériner la partition des Indes et la création d’un nouvel état, le Pakistan.
Dans le même temps, Jeet et Aalia, deux jeunes indiens au service du Palais et que la religion oppose, subiront ces évènements et auront à choisir entre leur amour et leur attachement à leurs communautés.
La décision de Lord Mountbatten va provoquer l’un des plus grands déplacements de population de l’Histoire et ses conséquences se font encore ressentir aujourd’hui.
Sortie : le 5 juillet 2017 Durée : 1h47 Réalisateur : Gurinder Chadha Avec : Hugh Bonneville, Gillian Anderson, Manish Dayal Genre : Drame, Historique
Anne Baquet Soprano en liberté, mise en scène de Anne-Marie Gros, Le lucernaire
Frénésie musicale avec Anne Baquet Soprano en liberté au Lucernaire
Le Lucernaire propose un spectacle tout en musique et laisse le champ libre à une soprano survoltée plus d’une heure durant. Accompagnée de son pianiste expert, Anne Baquet agrémente son récital iconoclaste d’influences diverses et de tonalités toujours enjouées. L’ambiance est au Music-Hall décomplexé, voire à la ginguette bucolique avec une interprète à mi-chemin entre la comédienne et la danseuse, et dotée d’une voix qui fait littéralement vivre ses rengaines en autant de petites scénettes scénarisées.
Tout pour la musique
Le spectacle Soprano en liberté mélange les refrains enjoués et les complaintes amoureuses dans une farandole de tranches de vie. La Soprano Anne Baquet change de tenues et utilise de menus accessoires pour faire vivre ses interprétations au gré de la mise en scène pittoresque d’Anne-Marie Gros. Aidée d’une voix au diapason de l’évènement, elle se met en scène sans complexes et avec une éternelle bonne humeur. L’amorce du spectacle fait la part belle à des morceaux très vieille époque. Le ton n’est pas forcément à la modernité mais plutôt à la tradition musicale. Les créations de Marie Paule Belle se mélangent à des reprises qui parleront à beaucoup. Prévert, Moustaki ou Juliette cohabitent avec des refrains plus pop. Les plus attentifs (et plus jeunes?) reconnaitront Ticket to Ride des Beatles ou Bohemian Rapsody de Queen. Christophe Henry était au piano le soir de la représentation pour un numéro de duettiste plein de charme aux côtés de la chanteuse. Jusqu’à se mêler à ses numéros de cabaret pour encore plus d’enthousiasme dans la foule.
Une audience de tout âge s’est retrouvée pour admirer un spectacle hautement bon enfant et porteur de milliers d’ondes positives sur la scène du Lucernaire. Anne Baquet Soprano en liberté est sur la scène du Lucernaire jusqu’au 27 aout, une bonne occasion de passer une soirée en chanson!
Dates : du 7 juin au 9 juillet / Du 12 juillet au 27 aout, 21h du mardi au samedi, 19h le dimanche Lieu : Le Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Anne-Marie Gros Avec : Anne Baquet, Claude Collet ou Christophe Henry ou Grégoire Baumberger
N.B. : Les lots vous seront envoyés directement par notre partenaire sponsor du concours. La procédure est automatique dès lors que vous avez été tiré au sort. Il n’est donc pas nécessaire de nous contacter. Vous pouvez également nous laisser un commentaire qui nous fera toujours plaisir !
Song to song, film de Terrence Malick, Copyright Metropolitan FilmExport
3e volet de la trilogie vaporeuse de Terrence Malick avec Song to Song
Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, Terrence Malick a un vrai style. Depuis son retour au cinéma en 1999 avec La Ligne Rouge, il aime à faire déambuler sa caméra au milieu des pensées de ses personnages en voix off. Regrets, interrogations, espoirs, tout y passe avec une constante, cette fameuse question Qui suis-je? La quête d’identité est la même en plein conflit armé en 1942, sur les rives du nouveau monde en 1607 ou dans notre société occidentale déshumanisée. Certains trouveront le sujet par trop superficiel ou au contraire très profond. Après le sublime A la merveille sorti en 2013, il n’est pas interdit de penser que Malick creuse (ou s’enfonce?) dans un sillon qui mériterait quelques variations inédites.
Un contexte interchangeable.
Un homme avec ses 2 compagnes successives ainsi qu’un prêtre dans A la merveille, un scénariste en vogue et ses muses dans Knight of Cup, un trio dans le milieu de la musique dans Song to Song, les personnages changent mais les lubies du réalisateur restent à chaque fois les mêmes. Sa caméra suit des personnages qui évoluent dans des milieux qui les oppressent. Le sentiment amoureux tient une place centrale dans la réflexion du réalisateur et il tente par ses mouvements de caméra de montrer la complexité de l’esprit humain ainsi que ses impasses. Un personnage peut sourire et la voix off de son esprit exprimer un profond désarroi dans le même temps. Le jeu des apparences et le malaise intérieur cohabitent dans un jeu de passe passe qui peut déstabiliser ou fasciner. A la merveille avait le mérite de l’originalité, ses deux suivants recyclent une même formule jusqu’à lasser. Ici, le producteur Michael Fassbender s’éprend d’une jeune réceptionniste Rooney Mara qui a le béguin pour le compositeur Ryan Gosling. Le triangle amoureux est un classique, saupoudré d’un peu de Natalie Portman et de Cate Blanchett. Les maisons sont luxueuses, les activités superficielles. Tout ce beau monde évolue dans le monde de la musique, du divertissement, de l’apparence. Malick fait se côtoyer sentiments profonds et jeux de rôles dans une farandole d’effets visuels éblouissants.
Une promesse non tenue?
Comme son nom l’indique, Song to Song est censé se concentrer sur l’univers musical. Composition, enregistrement, concert, le film fait d’ailleurs apparaitre une belle ribambelle d’interprètes connus et reconnus. John Lydon, Iggy Pop et Patti Smith ne sont pas les moindres, aux côtés d’un Val Kilmer singeant un chanteur Rock et d’une Rooney Mara bassiste d’occasion. Mais de musique, il n’en est finalement que peu question. Jusqu’à se poser la question de la pertinence d’un tel choix contextuel. Le film aurait pu se passer dans le milieu de la boucherie charcuterie avec à peu près les mêmes implications. La musique n’est qu’un prétexte à une balade visuelle pour des personnages tiraillés entre leurs principes et leurs pulsions. La virtuosité de la caméra de Malick interroge d’ailleurs sur la fascination exercée par ce milieu sur le réalisateur. Et comme il aime à insérer comme toujours des images de nature impassible entre les images de tumulte intérieur, les pistes son définitivement brouillées. Mais comme le film se conclut sur un retour à la nature salvateur, l’honneur est sauf. Malick ne cesse de privilégier la majesté des grands paysages contre la fatuité du monde des hommes. On le retrouve bien là.
Song to Song offre 2 heures de spectacle visuel majestueux autour de personnages qui cherchent la clé de leur existence. Le jeu de piste est complexe, les 2h08 auraient pu se limiter à un peu moins de fausses pistes et plus de scénarisation. Rendez vous pour le prochain film du réalisateur.
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Song to song
Une histoire d’amour moderne, sur la scène musicale d’Austin au Texas, deux couples – d’un côté Faye et le chanteur BV, et de l’autre un magnat de l’industrie musicale et une serveuse – voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock’n’roll fait de séduction et de trahison.
Sortie : le 12 juillet 2017 Durée : 2h08 Réalisateur : Terrence Malick Avec : Ryan Gosling, Rooney Mara, Michael Fassbender Genre : Drame, Romance, Musical
N.B. : Les lots vous seront envoyés directement par notre partenaire sponsor du concours. La procédure est automatique dès lors que vous avez été tiré au sort. Il n’est donc pas nécessaire de nous contacter. Vous pouvez également nous laisser un commentaire qui nous fera toujours plaisir !
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Enquête retorse dans une Egypte pré-révolutionnaire avec Le Caire Confidentiel
Le Caire Confidentiel, film de Tarik Saleh, Copyright Port au Prince Pictures 2017identiel
La traduction française du film suédois The Nile Hilton Incident ne laisse que peu de doutes. Le Caire Confidentiel se veut aussi vicieux et tordu que le LA Confidential de Curtis Hanson sorti en 1997. Le ton est au film policier et à l’intrigue tortueuse avec un flic égyptien confronté à une hiérarchie ambivalente et des luttes de pouvoir pour protéger un dignitaire du régime soupçonné de meurtre et destiné à tomber avec la révolution égyptienne. L’enquête policière est aussi prenante que le tableau d’une société profondément divisée jusqu’à plonger le héros dans un océan de perplexité.
Un focus saisissant sur une Egypte à boute de souffle
Le Caire Confidentiel multiplie les fausses pistes avec un policier pris au piège d’intérêts supérieurs. Noredin (Fares Fares) est chargé d’élucider un meurtre commis dans un grand hôtel du Caire. Une émigrée soudanaise est le seul témoin du crime mais sa disparition complexifie d’autant l’enquête. Le héros à la mine éternellement renfrognée mène son investigation sans y voir beaucoup plus clair. Le contexte politique d’une époque charnière de l’Egypte contemporaine semble longtemps l’intérêt principal du film. Les vendeurs à la sauvette rackettés par la police, les filles de joie talentueuses par de nombreux aspects, les policiers qui veulent immanquablement leur part du gâteau, les hommes politiques protégés par une éternelle immunité, Le Caire devient un zoo où les protagonistes se reniflent comme des bêtes sauvages jusqu’à pouvoir s’étriper. Le héros rappelle Russell Crowe dans le film américain sus-cité, longtemps perdu jusqu’à y voir un peu plus clair. Les plus attentifs se souviendront du rôle trouble joué par la hiérarchie du héros… pour un nouveau parallèle entre les 2 films.
Un vent de changement qui emporte tout sur son passage
Les prémices de la révolution de 2011 apparaissent vers la toute fin du film. La foule se fait de plus en plus nombreuse et de plus en plus bruyante. L’objectif des manifestants est la fin du régime inégalitaire d’Hosni Moubarak et la disparition d’une oligarchie qui s’est arogée tous les pouvoirs jusqu’à ne laisser que les miettes à une population exsangue. Le fil du film décortique les différents niveaux de réalité et le quotidien d’une classe sociale dirigeante bien moins préoccupée par les difficultés du quotidien que beaucoup d’autres. La place de la femme n’est pas non plus oubliée, entre femme de ménage et fille de joie, sans autre choix d’existence possible pour subsister. Comme Nicolas Cage dans le Snake Eyes de De Palma, le héros se fait une virginité après une entame qui le voit prendre part au racket ambiant que lui permet son statut de flic. Il creusera le sillon de son enquête, jusqu’à révéler un des principaux protagonistes de l’inertie d’avant et se retrouver piégé par la malice de ce dernier.
Le Caire Confidentiel est beaucoup plus le tableau d’une société qui évolue qu’une enquête policière finalement un peu maladroite. Ce qui n’empêche pas le film d’interpeller et de fasciner. Comme souvent dans le cinéma de là bas.
Le Caire, janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution. Une jeune chanteuse est assassinée dans une chambre d’un des grands hôtels de la ville. Noureddine, inspecteur revêche chargé de l’enquête, réalise au fil de ses investigations que les coupables pourraient bien être liés à la garde rapprochée du président Moubarak.
Sortie : le 5 juillet 2017 Durée : 1h50 Réalisateur : Tarik Saleh Avec : Fares Fares, Mari Malek, Yasser Ali Maher Genre : Policier, Thriller
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Cœur-Naufrage ou les pièges de l’adolescence (JC Lattès)
Cœur-Naufrage est le neuvième roman de Delphine Bertholon. Un roman qui nous renvoie à notre adolescence, à travers celle de Lyla. Un roman qui « parlera » à chacun de nous, assurément.
Scénario très proche de la réalité
Publik’Art ne dévoilera pas grand-chose du scénario. Au début du livre, on découvre Lyla. Puis, très vite Joris, proche de la quarantaine. Lyla a trente-quatre ans, est traductrice littéraire. Elle habite Paris, elle a une meilleure amie, complètement folle, et un amant qu’elle voit de temps à autre. Et il y a sa mère, qui prend beaucoup de place, beaucoup trop de place… Lyla n’est pas malheureuse, pas vraiment heureuse non plus. Puis, Lyla, avec un y, se souvient de cet été quand elle avait seize ans. Et de sa rencontre avec Joris. Surtout de sa rencontre avec Joris.
Analyse fine des sentiments
Delphine Bertholon nous tient en haleine tout le long du livre. Tout est analysé avec tellement de justesse, avec des mots tellement percutants que l’on devient Lyla. On sourit avec elle, et on souffre aussi avec elle. C’est un roman bien sûr, mais l’histoire de Lyla pourrait être la nôtre, celle de notre fille, celle de notre sœur ou amie. Une vie qui a été bouleversée à seize ans. Avec toute l’innocence de la jeunesse.
400 pages de pudeur
Publik’Art a eu le coup de cœur pour Cœur-Naufrage. Une histoire emplie d’humanité et écrite avec beaucoup de pudeur. Un livre à mettre entre toutes les mains et surtout des mains jeunes ! Tout est possible dans la vie et nos gestes ne sont jamais sans conséquences… Lyla a-t-elle fait le bon choix ? Publik’Art attend déjà avec impatience le prochain roman de Delphine Bertholon !
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« Certains jours, je m’attends des heures et ne me rejoins jamais. » À bientôt trente-quatre ans, Lyla est tenaillée par le sentiment de passer à côté de l’existence. Elle enchaîne les fiascos amoureux, accumule les névroses et attend, sans trop savoir quoi. Jusqu’au jour où un étrange message la ramène dix-sept ans en arrière. Cet été-là, sur la côte basque, tout allait basculer… Delphine Bertholon est l’auteur de plusieurs romans parus chez Lattès, parmi lesquels Twist et Grâce. Dans Cœur-Naufrage, elle sonde le poids des non-dits dans nos trajectoires, et célèbre la beauté singulière des accidents de la vie.
Date de parution : le 1er mars 2017 Auteur : Delphine Bertholon Editeur : JC Lattès Prix : 20 € (304 pages) Achetersur : Amazon
Grave avait provoqué l’extase de la critique parisienne lors de sa sortie en salles en mars 2017. L’opus de Julia Ducournau avait fait se pâmer quelques nombreux admirateurs, bien aidés par la légende tenace selon laquelle nombre de curieux avaient quitté la salle pour cause de malaise. 150 000 spectateurs seulement se sont déplacés, la faute à un parc réduit d’écrans. C’est bientôt le moment de vous rattraper avec la sortie en DVD/Blu-Ray le 26 juillet 2017, et 21 juillet sur la VOD. Alors, le visionnage est-il vraiment impératif?
Une horreur grand public
D’horreur, Grave n’en propose finalement que très peu. C’est surtout un sentiment de malaise qui transparait de ce film malsain en diable. Justine est issue d’une famille de vétérinaires végétariens hardcore, aucune exception n’est tolérée. Quand elle doit se soumettre à un bizutage carnivore dans son école vétérinaire, elle s’exécute… avec des conséquences inattendues. Une fringale de viande s’empare de la jeune adulte, douée mais incapable de résister à un inexpugnable besoin viandard. Dans une ambiance très animée par une bande son survitaminée, l’intrigue suit le lâcher prise de l’héroïne, aux côtés d’un meilleur ami fidèle (Rabah Naït Oufella) et d’une soeur ambivalente (Ella Rumpf). Incapable de surmonter sa tendance carnivore, Garance Marillier s’enfonce, jusqu’à passer de la viande animale à sa congénère humaine… Ce franchissement de tabou rend-il le film si inoubliable que ça? Le premier film de la réalisatrice a le défaut de ses qualités. Frais, dynamique, direct, mais un peu trop brouillon pour toucher son but. Il est difficile de croire qu’une tendance si excessive soit vraiment réaliste ni que quiconque puisse sombrer dans une psychose si carabinée.
Des références évidentes
Julia Ducournau n’a pas oublié les effets qui ont fait la légende du cinéma horrifiant. Les personnages englués dans d’épaisses couches de sang, les cinéphiles reconnaitront l’effet Carrie. Le gouffre qui s’ouvre sous les pieds de l’héroïne rappelle l’accumulation de (mauvaises) surprises auxquelles les personnages de Massacre à la Tronçonneuse sont confrontés. Quant à tous ces corps humains étalés en une ou plusieurs pièces, la référence aux films de Cronenberg montre que la réalisatrice n’a pas oublié ses classiques. Grave ne provoque finalement pas de frissons si inédits et n’apporte pas de surprise si effroyable. Loin des films d’horreur hardcore que peut proposer le cinéma mondial, Grave reste finalement assez sage voire un petit peu amateur.
La présomption de copinage n’est pas loin et il faudra attendre le (possible?) second opus de la réalisatrice pour savoir si elle est vraiment si douée que ça pour la réalisation. Car ce premier essai est quelque peu décevant, pour le moins.
Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.
Sortie DVD : le 26 juillet 2017 Durée : 1h38 Réalisateur : Julia Ducournau Avec : Garance Marillier,Ella Rumpf,Rabah Naït Oufella Genre : Epouvante-horreur, Drame
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Un Fauve, très bel hommage rendu à Patrick Dewaere (Editions du Rocher)
Enguerrand Guépy a été vraiment bouleversé quand il a appris la mort de Patrick, le 16 juillet 1982. Il s’en souvient comme si c’était hier. Pourtant ce n’était pas son frère, ce n’était pas son ami, c’était juste Patrick Dewaere. Un Fauve a vu le jour grâce à Patrick Dewaere, 35 ans après sa mort, et à la grande admiration que lui porte Enguerrand Guépy.
Une vraie rencontre avec Patrick
Enguerrand Guépy ne va pas écrire un biopic sur Patrick Dewaere. Pas du tout. Il va raconter les derniers jours de cet acteur hors du commun. Ses tout derniers jours, même ses dernières heures, passés en compagnie de Claude Lelouch. Derniers jours avant le tournage du film sur Cerdan. Patrick Dewaere devait y avoir le premier rôle, celui de Cerdan, bien sûr. Car Patrick Dewaere est un très bon boxeur. Il a arrêté tout produits illicites, drogues, alcool, et consacre ses journées à son entraînement de boxe et au futur tournage du film. Celui-ci va faire de lui la star du siècle, assurément !
Un scénario original
L’originalité du livre de Enguerrand, Un Fauve, réside dans le fait qu’il imagine les relations entre Lelouch et Dewaere. Relations entre metteur en scène et acteur. C’est remarquablement écrit car à travers les mots, les ressentis, on retrouve et l’un et l’autre. L’exigence du premier et la fragilité du second. Tout le monde avait mis en garde Lelouch. Il ne devait pas se fier à Dewaere, trop imprévisible. Il peut le planter d’une seconde à l’autre. Mais non, Lelouch adore son acteur et croit en lui. C’est le meilleur, plus naturel que lui, ça n’existe pas. Un regard comme le sien, personne ne le possède. Dewaere est au mieux de sa forme. C’est vraiment la pépite qu’il a enfin découvert. Un fauve !
Tout au long du livre, la personnalité de Dewaere refait surface. Ses doutes sur lui-même, ses remises en question, ses difficultés à s’accepter… Et aussi son immense talent ! La tension monte au fil des pages. On ne le découvre pas, on le ressent, avec émotion.
Même si on connaît tous l’histoire tragique de ce grand acteur, cela ne nous empêche pas d’adhérer totalement au livre d’Enguerrand Guépy, Un Fauve. Cet auteur a ressenti de façon très profonde et très humaine les souffrances de ce grand acteur qu’a été Patrick Dewaere et que personne n’a oublié. Un très bel hommage rendu à un très grand acteur. Justice lui est rendue.
Quelques extraits : Quand on vit en enfer, la moindre perspective de lumière même minuscule prend des allures de miracle…[…] Etre un homme debout qui peut regarder en face ses démons et ne plus craindre de les affronter. P.64
[…] Tout d’un coup, votre frère vous révèle ce que tout le monde sait et que vous étiez le seul à ne pas savoir. Et vous êtes pire que le roi des cons sur son trône. P.84
[…] Il fait un bras d’honneur au sorcier. Mais sitôt calmé, il entend la petite gêne qu’il a depuis l’enfance ricaner derrière son dos. P.136 Tout à coup, il réalise qu’il a pris un très gros risque. Ne l’a-t-on pas mis en garde contre ce drôle de coco qui a failli étrangler une de ses partenaires, qui crache à la gueule d’un producteur incontournable, qui castagne sans vergogne les misérables folliculaires de la presse caniveau ? p.144
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Dix ans qu’il attend ce moment, des mois qu’il se prépare, s’impose un régime draconien, s’entraîne, ne boit plus une goutte d’alcool, ne se drogue plus. Il est à quelques heures d’entrer sur le plateau de tournage, d’incarner Marcel Cerdan sous la direction de Claude Lelouch. Dans le taxi qui le conduit aux Champs-Élysées, l’acteur pourtant à son firmament vacille, doute Il a peur de ne pas être à la hauteur. Des souvenirs refont surface, le spleen l’envahit. Hanté par ses frustrations, sa paranoïa, sa quête insatiable de reconnaissance, ce fauve en réalité si vulnérable, cet écorché vif, parviendra-t-il à faire taire ses démons ?
On a beau connaître la fin, et s’en rapprocher inexorablement comme dans toute tragédie, l’action ne dépasse pas « une révolution de soleil » , la fascination reste intacte et l’on continue d’espérer.
Un roman haletant qui nous plonge dans les états d’âme de l’indomptable Patrick Dewaere tout en cultivant sa légende et son mystère. Un très bel hommage.
Romancier et metteur en scène, Enguerrand Guépy est notamment l’auteur de L’Éclipse et d’un récit autobiographique L’Effervescence de la pitié. Un Fauve est son quatrième roman.
Date de parution : octobre 2016 Auteur : Enguerrand Guépy Editeur : Editions du Rocher Prix : 17,90 € (192 pages) Achetersur : Amazon
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Résultats concours : Le grand méchant renard, 10 places de ciné gagnées
Vous avez été 2278 participants au concoursLe grand méchant renard. Merci de votre excellente participation. Les 5 heureux gagnants sont les suivants :
Véronique Lecoq, Sarah Failleres, Fabienne Felsch, Olivier Martin et Daniel Fromageot
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Les mains au cinéma, Sandrine Marques, La septième obsession
Un livre pour les cinéphiles: Les mains au cinéma (La septième obsession)
La septième obsession publie un nouvel ouvrage comme une thèse sur un détail clé du cinéma: les mains. Des mains qui séparent, des mains qui rapprochent, des mains qui se battent, des mains qui caressent, les pognes figurent autant les sentiments que les intentions, ce que Sandrine Marques explique en détail dans son brévaire ultra documenté. La liste des opus cités est impressionnante et figure une impressionnante histoire du cinéma.
Une plongée encyclopédique
La septième obsession s’est fait une spécialité des ouvrages riches et fouillés pour retourner dans tous les sens une thématique ou un acteur marquant. Après Marcello Mastroianni, c’est au tour d’une partie hautement emblématique du corps humain d’être mise à l’honneur. Sandrine Marques démontre par l’exemple le rôle central tenu par les mains dans une multitude de films. Que ce soient celles du batteur interprété par Frank Sinatra dans L’homme au bras d’or, celles de Robert de Niro dans Casino ou encore celles de Sandrine Bonnaire dans La Cérémonie, l’auteur ne se prive pas de ressasser encore et encore les intentions de réalisateurs déterminés à multiplier les symboliques. Les textes fournis s’agrémentent de multiples photos pour un vrai plaisir de cinéphile.
Pour qui souhaitera creuser son appréhension du cinéma avec ses nombreuses significations, l’ouvrage Les mains au cinéma est un vrai plaisir de cinéphile.
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Essai sur les mains au cinéma. Plus qu’un motif iconographique, les mains s’accordent à la temporalité déroutante d’une existence. Le cinéma en a fait son motif de prédilection. Leur présence à l’écran cache le paradoxe de leur profond mystère et de leur incapacité à embrasser la totalité de l’autre. Temps, mouvement, mémoire, altérité se mêlent dans le battement harmonieux des mains. Faites de la même substance que le cinéma, elles l’obsèdent.
Date de parution : le 12 juillet 2017 Auteur : Sandrine Marques Editeur : La septième obsession Prix : 19 € (164 pages) Achetersur : Amazon
Le Dindon, mise en scène de Florence Le Corre et Philippe Person , Le Lucernaire
Un Feydeau explosif sur la scène du Lucernaire avec Le Dindon
Les vaudevilles de Georges Feydeau divisent habituellement tant les intrigues semblent cousues de fil blanc, ravissant beaucoup et ennuyant certains. Des hommes et des femmes soupçonnent tromperies et couchages, mettant en place des subterfuges abracadabrantesques pour confondre le ou la fautif/ve. Il faut du rythme et du dynamisme pour réjouir tous les publics. Ce que réussissent parfaitement Philippe Person et Florence Le Corre dans cette adaptation pétaradante du célébrissime Dindon. Aidés de la joyeuse troupe du Collectif Silencio Please, ils modernisent le texte et font mouche avec un humour omniprésent et corrosif.
Un Feydeau mis au gout du jour
Georges Feydeau créa la pièce Le Dindon en 1896 avec les codes propres à une époque déjà éloignée. Le mariage d’intérêt unissait souvent hommes et femmes, laissant à chacun l’opportunité de laisser vaquer son coeur par ailleurs. Le flagrant délit avec présence de la police était la règle quand l’une ou l’autre des parties souhaitait mettre fin à une union plus vraiment satisfaisante. Dans le Dindon, l’accumulation de dialogues est truffée de double sens et de piques savamment distillées. Plus vraiment d’actualité, ce sens des conventions fait merveille quand il est réactualisé à la sauce 21e siècle. Ce que réussissent parfaitement Philippe Person et Florence Le Corre avec l’aide d’une troupe de joyeux lurons adeptes de l’humour de situation et de l’outrance à tout prix. L’intrigue montre des femmes souhaitant prendre des amants si leurs maris les trompent. Véritables caricatures sur pattes, elles sont autant truculentes que maitresses femmes aux côtés de maris plus portés sur leur petite personne que sur le sauvetage de leurs unions. Acteurs et actrices prennent un malin plaisir à forcer le trait pour un résultat immédiat sur les spectateurs. Rires et sourires répondent immanquablement aux tentatives couronnées de succès.
Une troupe d’acteurs survitaminés
Chacun des 3 actes est introduit par un intermède musical qui donne le ton. Des musiques récentes concourent à la tonalité moderne de la pièce avec les airs entrainant, comme celui de Cindy Lauper ou de joyeuses mélodies italiennes. Pendant que les meubles changent de place, une atmosphère disco s’installe pour perpétuer l’animation des 12 comédiens. 6 femmes et 6 hommes incarnent celles et ceux qui s’attachent et se cherchent dans une farandole de scènettes désopilantes. 2 amis perdus de vue forment la colonne vertébrale d’une pièce partant dans tous les sens avec une éternelle bonne humeur. Amants et maitresses forcent à la pécadille, principes et honneur font long feu quand souffle le vent de la passion. Mais Georges Feydeau ne veut que du bien à ses personnages, préférant leur donner une bonne leçon plutôt que de les clouer au piloris. Ils seront quittes pour une bonne dose d’émotion et le prix du dindon de la pièce sera remis à…. il vous faudra le découvrir au Lucernaire!
L’humour du Dindon entraine l’audience dans un tourbillon d’émotions avec cette pièce très bien ficelée et suffisamment actualisée pour parler à tout le monde. Plus jeunes comme seniors sourient de bon coeur devant une grande réussite théâtrale!
Dates : du 10 juin au 9 juillet 2017, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h Lieu : Le Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Florence le Corre et Philippe Person Avec : Collectif Silencio Please
Entrez dans la danse pulsative d’Anne Teresa de Keersmaeker, à l’Opéra Bastille
A l’instar de Rainque nous avons adoré et chroniqué ici, entrée au répertoire du Ballet en 2011, Drumming Live compte parmi les œuvres les plus abstraites d’Anne Teresa De Keersmaeker, d’une grande sophistication formelle.
En créant en 1998 pour sa compagnie Rosas la pièce Drumming, sur la composition éponyme de Steve Reich, la chorégraphe flamande n’ambitionnait rien moins que l’alpha et l’omega de toute pièce de danse. A cette nuance près que la partition originale, ici, constituait déjà en elle-même un défi.
Spirale d’une danse virevoltante
Pionnier du courant minimaliste américain, Steve Reich avait, dès le début des années soixante, révolutionné son époque en inventant le phasing, c’est-à-dire la répétition en boucle d’un même motif musical par deux pistes de sons, au départ à l’unisson puis très progressivement en décalage. Suivant ce principe, il avait conçu en 1967 le fameux Piano Phase, pièce fondatrice du genre sur laquelle Anne Teresa De Keersmaeker allait à son tour à 22 ans, en 1982, bouleverser le monde de la danse en créant l’hypnotique Fase
L’écriture en 1970-71 de Drumming, pour percussions et voix, reprenait le même procédé mais dans une exigence de formes encore plus absolue, sans l’appui d’une ligne mélodique. Autant dire qu’à s’attaquer à ce monument de la musique répétitive américaine, la chorégraphe prenait le risque de se répéter, ou de décevoir.
Il n’en fut rien. Bien au contraire, la pièce constitue un sommet de virtuosité gestuelle et d’invention scénique.
Aux huit cellules musicales et rythmiques de la partition correspondent huit courtes phrases chorégraphiques en spirale, reprises et développées par les douze danseurs. Dans une utilisation magistrale de l’espace, Anne Teresa De Keersmaeker transpose la rigueur de la partition musicale sur la géométrie des déplacements. L’abstraction du mouvement dansé est tempérée par le jaillissement de vie de cette dynamique incessante. Tel un tourbillon, Drumming emporte interprètes et public dans une virevoltante traversée du son et du geste, au plus haut de la contrainte et de la liberté.
Une soeur, Dessin et scénario de Bastien Vivès, Casterman
Bastien Vivès revient avec une belle BD adolescente: Une Soeur (Casterman)
Devenu depuis plusieurs années un des grands noms de la bande-dessinée francophone, Bastien Vivès offre une nouvelle déclinaison de la fascination exercée par la gente féminine sur les faibles hommes avec Une Soeur. Dans le cadre intimiste de vacances estivales en famille, le jeune Antoine voit débouler la moins jeune Hélène pour une irruption de sentiments inédits et la découverte de la sexualité. La délicatesse le dispute à l’épure avec un dessin toujours aussi élégant et une histoire minuscule qui parlera à beaucoup.
Tout l’art de la syncope
Bastien Vivès publie des bandes dessinées depuis déjà plus de 10 ans mais a véritablement percé auprès du grand public avec la parution de la BD Polina en 2011. L’existence compliquée d’une jeune danseuse russe en marge du système magistral avait touché la critique et les lecteurs par le ton employé et surtout le dessin. Le mariage des courbes élégantes et de l’épure avait ouvert la voie à une carrière maintenant en pleine expansion. Le dessinateur scénariste revient avec toujours le même noir et blanc mâtiné de gris, plus évocateur que descriptif, avec ces regards enfouis dans un vide plein de sens. Ce n’est pas au dessinateur de montrer la duplicité des regards mais au lecteur de s’en faire sa propre perception. Le jeune Antoine, 13 ans, se prépare à passer un séjour estival sans plus de relief que les précédents, passé à dessiner sans cesse en compagnie de son petit frère encombrant mais adorable. Quand Hélène apparait, ses parents ne se doutent pas du choc tellurique à venir sur lui. Fille d’une amie de la famille marquée par une énième fausse couche, elle est envoyée au vert pour échapper à l’inévitable sinistrose. Et la cordialité initiale laisse bientôt place à une camaraderie bien plus qu’amicale… Dans le solfège rythmique, on appelle syncope une note attaquée sur une partie faible d’un temps et prolongée sur le temps suivant. C’est un peu le rythme de la BD, faussement nonchalante et vraiment touchante.
Entre fantaisie et ode adolescente
Bastien Vivès utilise un langage aussi épuré que son dessin. Rien de trop ne transparait et c’est au lecteur de faire le travail d’appropriation. Les non-dits laissent pourtant place à des attitudes bien trop explicites pour ne pas éclairer ce qui se trame. Les deux personnages sont à un âge de découvertes, bien loin du monde des adultes, qu’ils devront pourtant rejoindre, mais pas tout de suite. L’ainée Hélène aime dans son cadet Antoine cette retenue toute juvénile aux airs de mystère tandis que lui aime…. tout chez elle. Son air piquant, ses formes charmantes et cette pincée de maturité dont il lui semble cruellement manquer. De vrais opposés irrésistiblement attirés dans la moiteur de l’été provincial par cette envie d’inconnu qui donne le sel de la vie. Des personnages secondaires apparaissent subrepticement, ces parents si lointains, ces autres ados plus matures et seule la fin des vacances pourra séparer ce couple incongru destiné à ne pas durer mais à rester incrusté dans les psyché de chacun pour toujours.
Une soeur raconte bien plus qu’un amour de vacances, il démontre la persistance des sentiments par delà l’âge et les parcours personnels. Une belle lucarne que l’on peut fort bien imaginer autobiographique, ou fantasmatique, en tout cas charmante dans sa pudeur et la justesse de ses descriptions.
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Une soeur, Dessin et scénario de Bastien Vivès, Casterman
Après Polina, le nouveau roman graphique de Bastien Vivès !
« – Y a beau avoir plein de monde, j’ai toujours l’impression d’être toute seule. – Même quand t’es avec nous ? – Non, avec vous c’est chouette. »
Date de parution : le 3 mai 2017 Scénariste(s) : Bastien Vivès Dessinateur(s) : Bastien Vivès Genre : Apprentissage