[Livre jeunesse] « Mes p’tites questions Et Moi » – Les filles, les garçons et moi (Milan)
Encore un ouvrage très complet autour de vastes questions, toutes abordées avec bienveillance et sans tabou. Les filles, les garçons et moi est un album très complet qui propose de répondre à une multitude d’interrogations incontournables pour des enfants ayant atteint l’âge de raison. Est-ce qu’on a le choix d’être une fille ou un garçon ?, Pourquoi les filles ont les seins qui poussent ? Est-ce que les filles et les garçons sont égaux ? Est-ce que j’ai le droit de refuser un bisou ? Pourquoi on écrit ils quand on parle de garçons et de filles
Avec pas moins de 16 sujets différents, le panel est riche et ne manque pas d’audace, osant emprunter des sentiers souvent délicats mais toujours avec brio et délicatesse. Bref, un livre documentaire qui répondra à beaucoup de questions !
Résumé de l’éditeur :
Ce n’est que vers 2-3 ans que les enfants commencent à faire la différence entre fille et garçon. Pourtant, ils subissent déjà les stéréotypes de genre, ce qui conditionne leur comportement ou le choix des activités… Dans cet ouvrage, on apprend comment est fait le corps des filles et des garçons, quelle est la différence entre le sexe biologique et le genre, pourquoi le corps change quand on grandit, ou encore pourquoi on attribue certains traits de caractère aux filles et d’autres aux garçons. Les questionnements autour de l’identité étant des sujets émergents, ce livre permet aussi d’y voir plus clair sur ces termes compliqués (genre, sexe, transgenre…), apporte des connaissances sur le genre et combat ses stéréotypes.
16 questions d’enfants pour mieux connaître soi et les autres Est-ce qu’on a le choix d’être une fille ou un garçon ? Pourquoi les filles ont les seins qui poussent ? Est-ce qu’un garçon peut mettre une jupe ? Est-ce que les filles et les garçons jouent aux mêmes jeux ? C’est vrai que les filles sont moins bonnes en maths ? Pourquoi on dit que les filles aiment se faire belles ? On peut être un garçon sans se bagarrer ? Est-ce que les filles et les garçons sont égaux ? Que répondre si on me traite de garçon manqué ? Comment dire à quelqu’un qu’on l’aime ? Est-ce que j’ai le droit de refuser un bisou ? C’est les garçons ou les filles qui doivent faire le ménage ? Pourquoi on écrit « ils » quand on parle de garçons et de filles ? Comment les garçons et les filles peuvent être plus à égalité ? Est-ce que les garçons et les filles peuvent être amis ?
Chasser les stéréotypes de genre Les garçons ne devraient pas avoir les cheveux longs, les filles seraient nulles en maths… Ls enfants subissent les stéréotypes de genre dès le plus jeune âge, ce qui conditionne leurs goûts, leur comportement, le choix des activités, puis de leur métier. Ce livre explique les principaux stéréotypes de genre que vivent les filles et les garçons au quotidien, pour mieux lutter contre ces inégalités.
Date de parution : le 15 février 2023 Auteurs : Audrey Guiller (scénario) et Amélie Vidélo (dessin) Genre : documentaire
Editeur: Milan Prix : 8,90 € (32 pages) Age : 7 ans
L’éducation bienveillante, ça suffit, de Didier Pleux (Odile Jacob)
Didier Pleux émet un signal d’alarme quant à l’éducation positive qui règne en France depuis plusieurs années. Avec son livre, L’éducation bienveillante, ça suffit ! Tout est une question de bon sens ! Mais il faut croire qu’aujourd’hui, les parents ont perdu tout bon sens en rejetant en bloc l’éducation qu’ils ont eux-mêmes reçue et en adoptant l’éducation positive. La notion même d’autorité semble avoir totalement disparu.
Didier Pleux avait déjà alerté sur ce fléau qu’est l’éducation positive avec son livre : De l’enfant roi à l’enfant tyran.
Cette fois-ci, il analyse finement les travers de l’éducation positive, à l’aide de nombreux exemples. Il critique ouvertement l’éducation stricte d’autrefois, comme l’éducation permissive de Françoise Dolto, comme la parentalité positive d’Isabelle Filliozat ou les explications par les neurosciences de Catherine Gueguen.
Ce livre, L’éducation bienveillante, ça suffit, est à mettre entre toutes les mains parentales. L’auteur nous aide à comprendre notre enfant, notre ado, leurs réactions et leurs besoins. Leurs colères, leurs crises, leur mal-être… Et comment les gérer.
« Quand je parle éducation avec les parents, je parle « d’amour » et … de frustration, l’un ne va pas sans l’autre. L’éducation positive, elle, nous vend un faux bonheur. » P.78 L’éducation restera toujours bienveillante et s’adaptera à chaque enfant. Mais ce n’est en aucun cas à l’enfant de décider. Et l’enfant de devra pas être survalorisé au risque de le rendre égocentrique, narcissique et tout-puissant.
Tout est une question de dosage et surtout de bon sens ! L’enfant doit apprendre et accepter la frustration. Il ne peut pas obtenir ce qu’il veut. Et ne faire que ce qu’il a envie ! C’est l’adulte qui élève l’enfant et pas le contraire !
» Un enfant, « personne en devenir », n’est pas légal de ses parents ou de ses éducateurs mais celui qui deviendra humain et singulier avec la médiation de ces tutelles. » P.104 L’autorité parentale doit retrouver sa place avec justice, justesse et bienveillance.
Publik’art a beaucoup apprécié les analyses de Didier Pleux. Le lecteur comprendra mieux le côté indispensable de l’autorité et des barrières à mettre en place qui servent de tuteurs à notre enfant. Toujours avec respect, amour et bienveillance.
L’éducation bienveillante, ça suffit ! un livre incontournable, et une aide précieuse, pour nous, parents ! Notre coup de cœur !
Le Musée du Luxembourg présente une exposition inédite dédiée à Léon Monet (1836-1917). Chimiste en couleurs, industriel rouennais et collectionneur d’art, il fut surtout le frère aîné du célèbre peintre porte étendard de l’impressionnisme, Claude Monet. Beaucoup moins connu qu’Oscar Claude Monet (Oscar fut utilisé pour les premières signatures O. Monet), le frère oublié joua pourtant un rôle décisif dans la reconnaissance de son frère en achetant ses toiles et en veillant à ses affaires jusqu’à son irrésistible ascension. L’exposition offre un beau panorama de ses gouts sûr à travers ses achats et la collection qu’il réussit à réunir.
Un frère businessman et collectionneur
Lorsqu’en 1872, Claude Monet peint au Havre son œuvre maitresse Impression, soleil levant, Léon Monet fonde dans le même temps la Société industrielle de Rouen, jalon essentiel pour soutenir activement et financièrement son frère et ses collègues impressionnistes. Grâce à cela, le peintre doué mais point trop connu, Claude, va voir sa carrière décoller pour représenter à lui-même un mouvement majeur et décisif de la peinture moderne. Ce sont plus de 100 œuvres qui sont assemblées, avec des toiles peintes par des amis eux-aussi doués, Sisley, Pissarro et Renoir (pas de Manet, évidemment). Claude a commencé à dessiner des caricatures prisées dans sa ville natale du Havre, il ne se met pas tout de suite à la peinture, il le fait en 1858 sous l’impulsion d’Eugène Boudin. Il le dit lui-même, Si je suis devenu un peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois. Des caricatures sont présentes, ainsi que des dessins, reflets de l’art de Claude Monet pour le graphisme à la main. Livres de couleurs, échantillons de tissus, estampes japonaises, documents d’archives et photographies de famille agrémentent le parcours pour rendre compte de l’intérêt du maitre pour tout ce qui l’entoure. Une pièce rare est exceptionnellement présente, le portrait énergique de Léon par son frère réalisé en 1874, reflet de l’affection profonde qui unit les deux frères. Les anecdotes sur le peintre pullulent, comme celle concernant la cataracte le rendant de plus en plus aveugle et l’obligeant à toujours assembler dans le même ordre les couleurs sur sa palette.
L’exposition permet de relier définitivement les 2 frères Léon et Claude Monet pour ne jamais oublier que sans Léon, il n’y aurait peut être pas Claude. L’exposition est réalisée avec le soutien exceptionnel du Musée d’Orsay, du Musée Marmottan Monet et de l’Académie des beaux-artsde Paris.
Peu connu dans nos contrées, le réalisateur allemand Michael Roemer est à l’origine de 3 films marquants, faisant de lui un des plus grands réalisateurs indépendants américains du siècle dernier. Nothing but a man (film préféré de Malcolm X), Harry Plotnik seul contre tous et Vengeance is mine sont visibles au cinéma mercredi 15 mars en version restaurée pour des vraies expériences de cinéma engagé. Les Films du Camélia ont exhumé une œuvre marquante du cinéma américain contemporain.
Une trilogie américaine
Chacun des 3 films a sa tonalité propre. Vengeance is mine est un film en couleur très années 80 sur les conséquences du divorce sur les plus jeunes, Harry Plotnick seul contre tous est une comédie acide que Woody Allen n’aurait pas reniée avec une plongée truculente dans le monde de familles juives et Nothing but a man montre le monde étriqué des jeunes noirs obligés de se battre pour exister dans un univers ségrégationniste anxiogène. Michael Roemer a aujourd’hui 95 ans et tous ces films ont abordé au XXe siècle des problématiques toujours autant d’actualité aujourd’hui, alors que les films ne sont pas si récents. Il fait ressortir les mécanismes des jeux de domination dans plusieurs contextes avec une acuité bluffante. Les films du Camélia font mouche avec ces ressorties cinéma qui toucheront un public avide de films sociaux au plus près du réel. La société américaine a ses propres mystères, Michael Roemer nous aide à les déchiffrer.
Nothing but a man
Synopsis: Duff Anderson, un jeune Noir, gagne sa vie en travaillant dans les chemins de fer. Un jour, il rencontre Josie, la fille d’un prêtre Noir, passionnée par son métier d’institutrice. Duff et Josie s’éprennent l’un de l’autre et décident de se marier. Ils s’installent en ville mais Duff se rebelle rapidement contre le système imposé par les Blancs.
The plot against Harry
Les aventures d’Harry Plotnick, médiocre escroc qui retrouve, après un bref séjour en prison, son univers bouleversé. Il va vivre une série de situations cocasses dans cette satire du milieu juif new-yorkais jouée par des comédiens amateurs.
Vengeance is mine
Tentant sans succès de refermer d’anciennes blessures familiales lors d’un voyage vers Rhode Island, lieu de son enfance misérable, Jo (Brooke Adams), récemment divorcée, se lie d’amitié avec sa voisine Donna (Trish Van Devere), artiste psychologiquement fragile. Mais elle se retrouve bientôt mêlée à un autre drame familial.
Le Musée d’Orsay réunit plus de 100 œuvres pour mettre en évidence les maitres du pastel en résonance avec l’exposition Le Mystère et l’éclat qui remonte déjà à 2009 et déjà consacrée aux joyaux du pastel. Millet, Degas, Manet, Cassatt, Redon, Lévy-Dhurmer, ce sont des toiles de peintres universellement reconnus qui sont données à être admirées dans un parcours somptueux aussi intéressant que picturalement éblouissant.
Le pastel en majesté
Le musée d’Orsay compte environ 500 œuvres de pastel dans sa collection. Pas très difficile pour les commissaires d’exposition d’en retirer une centaine pour les arranger dans un parcours thématique plein de sens. La conservatrice des arts graphiques au musée d’Orsay, Caroline Corbeau-Parsons, a été à la baguette pour une exposition qui enjoint à la flânerie pour passer d’artistes à d’autres dans une belle harmonie générale. L’exposition rappelle que le XVIIIe siècle est un âge d’or du pastel, technique passée de mode à la Révolution française, pour revenir au premier plan à partir de la moitié du XIXe siècle jusqu’au début du XXe. Les nuances et les textures se multiplient pour des expérimentations exceptionnelles. Le rapport immédiat du pastel à la matière en fait une technique unique, constituée de pigments purs reposant en suspension sur le grain du papier ou sur la toile. La technique est fragile, un rien peut nuire à son harmonie. Couleurs et partis pris graphiques permettent de belles évolutions. Les nombreuses œuvres présentées d’Odilon Redon et d’Edgar Degas valident le choix de couleurs audacieuses et de compositions réjouissantes. 8 grands thèmes articulent le parcours, avec des surprises du côté des chimères et des symboles, autant que d’autres travaux orientés sur les préoccupations sociales.
L’exposition débute le 14 mars et lance véritablement la saison des expositions à Paris, avant une exposition Manet Degas à venir dès le 28 mars dans les mêmes murs pour un autre grand moment pictural au Musée d’Orsay!
Guillaume Léglise multiplie les casquettes. Producteur, réalisateur, mixeur, remixeur, musicien multi-instrumentiste, compositeur pour le théâtre ou la danse contemporaine, il donne envie de faire ce qui lui plait, se réinventant au gré des collaborations et des envies. Il dévoile aujourd’hui son premier album Auto Fictions sur le label La Tebwa. La pop est singulière et lumineuse, légère et bondissante, avec des mélodies entêtantes et une bonne humeur contagieuse.
Le soleil en musique
Auto Fictions est une heureuse surprise. Accompagné depuis 2 ans à la basse et aux chœurs par la charismatique Clémence Lasme, l’artiste s’est donné le temps de la réflexion. 4 ans très exactement se sont écoulés depuis son EP Riviera pour aboutir à un résultat fidèle à ses intentions. Influencé par une pop très eighties et porté par ses sonorités sous influence new wave, il échafaude une atmosphère très ouatée portée par une voix rappelant celle de Philippe Katerine, comme une voix de dessin animé faussement naïve et nasale. Le premier extrait Les Dunes, en duo avec Cléa Vincent, annonce la couleur. Les paroles sont dans les lignées de Serge Gainsbourg ou de Christophe, les mots sont recherchés avec application pour leurs double sens et leurs sonorités très musicales. Pour ceux qui avaient écouté l’EP Riviera, le morceau Coma Carole Anne préfigurait d’une belle inspiration sous l’égide des glorieux ainés. Connu dans le landernau hexagonal depuis de nombreuses années avec son travail à la réalisation, la production et au mixage, Guillaume Léglise pourrait bien devenir le nouveau dandy national. Sa pop se rapproche d’une variété élégante, inconséquente et frivole avec ses mélodies qui font mouche. Ses collaborations avec entre autres Vox Low ou Lisa Li-Lund préfiguraient ce bel aboutissement. Les 10 morceaux sont agrémentés d’une poésie très années 80 comme le montrent bien les titres Les Mots et Elle. Flashback et Monde Incandescent sont 2 autres titres à bien écouter pour prendre conscience du talent du bonhomme pour créer des atmosphères très personnelles capables de parler à beaucoup.
Guillaume Léglise prêche une belle parole avec un album qui pourra connaitre un large écho au sein de la production nationale. L’écoute est aisée, presque canaille, de quoi apporter des bonnes ondes à ne pas manquer.
Petit Dinosaure n’est pas d’accord est une pièce pour tous les petits fans des dinosaures à la Comédie Tour Eiffel. Une comédienne explique en compagnie d’une petite peluche animée par un autre comédien les détails les plus représentatifs des habitants du Crétacé. Le plus grand, le plus plus long, le plus protégé par sa carapace, le plus cruel, les enfants sont captivés et les adultes se concentrent pour pouvoir répondre aux questions inévitables de leurs progénitures après coup.
Dinosaures et compagnie
La peluche de dinosaure n’est pas contente. Elle se sent trop petite par rapport à ses glorieux ainés. Une gentille narratrice essaye de le consoler pendant toute la durée du spectacle en lui contant les désavantages de la grandeur et de la grosseur. Les explications sont savantes, le petit dinosaure fait répéter à chaque fois au public le nom du dinosaure évoqué pour bien faire mémoriser… les parents! La bienveillance est de mise, les plus jeunes n’hésitent pas à participer, déclenchant des rires dans toute la salle. Cerise sur le gâteau, des chansons sont entonnées et reprises par tous. Ca rigole, ça plaisante, c’est instructif, le petit dinosaure et son amie sont parfaits pour en savoir plus sur le monde merveilleux des dinosaures.
Des images sont projetées sur les murs pour bien montrer à quoi ressemblaient les dinosaures, un son et lumière aussi astucieux qu’évocateur. Une pièce à ne pas manquer, tous les dimanches à 16h à la Comédie Tour Eiffel.
Synopsis: Petit dinosaure en a assez d’être petit, il voudrait tellement être plus grand comme le Diplodocus, encore plus géant que le Giganotosaure. Petit dinosaure voudrait être autrement avoir des cornes comme le Tricéraptor ou encore une armure comme l’Ankylosaure, et être bien protégé comme le Stégosaure. Petit dinosaure n’est pas d’accord, il voudrait être différent il voudrait être le Tyrannosaure mais il voudrait aussi être le plus rapide. Ça tombe bien petit dinosaure ne le savait pas mais c’est un Vélociraptor, celui qui bat tous les records. Finalement il est trop fier d’être lui !
La cure, un roman de Cécile David-Weill (Odile Jacob)
Cécile David-Weill est romancière française et américaine. Elle a surtout beaucoup d’humour. Son dernier livre, La cure, peut paraître d’un premier abord léger alors qu’il n’en est rien !
C’est une sorte de comédie sociale où l’auteure pose son regard acéré. C’est l’histoire de deux femmes qui partent, ensemble, en cure d’amaigrissement. Christine fait des chroniques gastronomiques et veut perdre du poids. Elle s’inscrit donc à une cure de jeûne, dans une clinique au Sud de l’Espagne. Brigitte est ravie de l’accompagner, une bonne occasion de fuir ses obligations familiales.
Dès le départ, les dés sont faussés. Christine n’a pas envie que Brigitte l’accompagne mais comme c’est elle qui va faire l’avance de ses frais de la cure, elle ne peut plus rien dire. Et cette situation va perdurer… En plus, Brigitte est une femme, de 50 ans, très élégante et très belle. Brigitte n’a peur de rien ! Sans rien dire à personne, elle emmène avec elle son petit chien, alors qu’il est strictement interdit dans la clinique. Cela complique considérablement la situation. Mais Brigitte ne peut pas vivre sans son chien…
Une fois arrivée à la clinique, les évènements s’enchainent et on suit ces deux femmes durant leur cure.
Si vous n’avez jamais fait de cure, lisez ce livre ! Il vous ravira et vous donnera envie d’y aller… ou pas ! Une chose est sûre, on s’occupe de vous et on vous fait des choses pour le moins inattendue !
Et vous ferez des rencontres qui sortent de l’ordinaire, comme Christine et Brigitte.
Publik’Art a lu avec plaisir ce roman et a en même temps beaucoup appris sur le déroulement d’une prise en charge d’une cure de jeûne, sur les menus diététiques, mais aussi sur l’humain avec toute sa complexité.
Vous apprendrez que les massages ayurvédiques relèvent d’une technique originaire de l’Inde qui permet de réduire les tensions des épaules, cou, tête et visage. Qui n’en rêve pas ? Vous découvrirez aussi l’histoire des shungas, estampes érotiques produites au japon du XVI au XIX siècle. Tout un monde !
L’auteure a une fine analyse psychologique de chacun de ses personnages. Passionnant !
Croire ou non au paranormal ? On peut se poser la question après avoir lu La cure !
La cure, un très bon moment de lecture qui aborde de nombreux thèmes, avec beaucoup d’humour et de psychologie.
Pour ceux qui ont vu le film Soul Kitchen en 2010, l’acteur héros interprété par Adam Bousdoukos est de retour dans la comédie chypriote Where is Jimi Hendrix? Sous prétexte de retrouver un chien, prénommé Jimi Hendrix et perdu entre les 2 frontières grecques et turcs traversant la capitale Nicosie de l’île de Chypre, le réalisateur Marios Piperides souligne l’aberration de la situation politique. Le mur de Berlin est tombé mais pas celui coupant Chypre en 2. L’ONU est présent, les militaires sont à cran, la population est prise en otage, et Jimi court toujours.
Une comédie irrésistible
Marios Piperides est lui-même originaire de Chypre, il a grandi du côté grec et a connu l’invasion turque de 1974. Les on-dit quant à la supposée barbarie des envahisseurs a contaminé l’esprit des grecs et ce n’est qu’en 2003 grâce à l’instauration du premier checkpoint entre les deux côtés de Chypre, qu’il a pu visiter la partie turque. Il y a retrouvé… quelques différences mais surtout beaucoup de familiarités, il a compris que les rumeurs étaient infondées et que le vivre ensemble était possible. Une île, 2 pays, c’est ce contexte que sous tend le film. Le héros voit son chien lui échapper, il le retrouve dans la partie turque mais les lois d’hygiène en vigueur l’empêchent de revenir dans la partie grecque avec lui. C’est le début d’un imbroglio savamment orchestré. Beaucoup d’humour dans le film, avec des situations abracadabrantesques prises au premier degré et qui génèrent automatiquement un sourire sur le visage du spectateur. Le film aborde aussi en filigrane la question des inévitables trafics, de la mémoire et de l’avenir. Car beaucoup d’habitants ne rêvent que de partir. Et puis du point de vue du chien, la situation est un non sens. Lui travers les frontières sans se poser de questions sur les supposés territoires occupés du nord qui paralysent Chypre depuis plus de 40 ans. Comique et absurde cohabitent pendant toute la durée du film pour mettre à mal les préjugés tenaces entre les deux communautés.
La sortie de DVD et VOD le 8 mars de Where is Jimi Hendrix est l’opportunité de voir un film drôle comme tout. Sur la base d’une situation géopolitique pas comique du tout, le réalisateur aboutit à une comédie à ne pas manquer!
Synopsis: Yiannis, musicien raté, a décidé de quitter Chypre pour démarrer une nouvelle vie à l’étranger. Mais quand le chien de son ex, surnommé Jimi Hendrix, lui échappe et s’enfuit dans la partie turque de l’île, il doit mettre son projet de côté.
A la Folie Théâtre propose un saut dans le temps avec la description d’un futur proche dystopique pourtant si semblable aux pires fléaux de notre présent. La privatisation des services publics, l’effondrement écologique, la violence généralisée, e cadre de vie est dominé par les écrans et les rapports de puissance. 5 personnages sont constamment au bord du précipice et tentent de survivre à l’ombre de l’IA Minotaure en charge du système d’exploitation. Jusqu’au drame dans une agence de la CAN (Caisse d’allocation nationale). Les 5 comédiens (Karine Bocobza,Adeline Belloc, Xavier Kutalian, Amira Hadzic, Tom Bérenger, en alternance) font vivre la pièce de l’auteur et metteur en scène Luc Mouret rivalisent de talent et d’implication pour subjuguer les spectateurs dans une scénographie dense et fascinante.
Du non-sens entre Black Mirror et la 4e Dimension
Les références culturelles sont nombreuses dans cette pièce d’une belle densité. Des références culturelles qui parleront à tout le monde pour créer un cadre commun d’identification. Les noms empruntent à la mythologie grecque pour souligner l’omniprésence de dieux (technologiques) taquins et trompeurs. Les destins sont constamment contrariés par des volontés supérieures qui créent des conditions de vie proches de la torture permanente. L’employée de la CAN acculée par les objectifs de rentabilité inatteignables et des conditions de travail qui l’empêchent d’aider les allocataires démunis (Dédaleen pleine quadrature du cercle permanente), le livreur de repas aussi mal considéré qu’incapable d’empêcher les commandes manquantes (Hermès en quasis sosie de Freddie Mercury), la maman aux abois sous la crainte de perdre la garde de ses enfants mais que le système a sorti des bases de données l’empêchant ainsi de toucher ses allocations (Gaïa, proche de la Mother du film d’Aronofsky), le jeune homme en pleine crise existentielle à tendance psychanalytique (Morphée en saillant legging moulant dans une caricature de jeu télévisé), la militante écologiste catastrophiste que personne n’écoute (évidemment nommée Cassandre). L’auteur s’inspire du quotidien actuel pour imaginer un futur en tous points pires que les extrémités du présent. Les situations suscitent immanquablement l’empathie du public. Qui n’a pas eu maille à partir avec des services administratifs sourds aux demandes et incapables d’y répondre, ou à une commande Uber dans laquelle manquent des éléments de la commande? La narration non linéaire de la pièce intercale numéros de danse contemporaine, musique industrielle sous influence Nine Inch Nails, scénettes tragicomiques et constats accablants de la diminution des rapports humains. Les écrans ont pris toute la place, les personnages ont choisi de se laisser guider par l’IA, hélas à leurs dépens malgré l’espérance de simplification de l’existence. Le constat est sans retour, l’humain est devenu secondaire dans un monde où les rapports de puissance ont remplacé l’émulation collective.
Le théâtre gagne ici de belles lettres de noblesse, lanceur d’alertes, poétique, cathartique, il se place sous le haut patronage de BertoldBrecht en utilisant le rire pour dénoncer. Aussi moderne qu’accessible au plus grand nombre, Système d’exploitation est une terrifiante réussite qui mêle émotion et érudition avec la validation d’un public nombreux et enthousiaste, comme l’a prouvé la salve d’applaudissements finale.
Synopsis: Comment ne pas devenir fou quand les écrans sont partout ? L’intelligence artificielle « Minotaure » mène l’enquête. Dans un futur proche, alors que la crise écologique et économique s’accélère, les citoyens restent scotchés à leur smartphone. Deux coups de feu résonnent dans une « agence sociale » récemment privatisée. Cassandre une militante éco-anxieuse, Morphée un chômeur insomniaque, Hermès un livreur ubérisé, Gaïa une mère isolée et Dédale une cadre en burn-out, étaient sur place. Que s’est-il passé ? Leurs méta-données vont être croisées et analysées sous nos yeux. Système d’exploitation est une tragi-comédie dystopique entre Brecht et Black Mirror.
Détails:
Du jeudi 2 février au samedi 15 avril 2023. Du jeudi au samedi à 21h30
La Mélisande possédée de Richard Brunel aux Bouffes du Nord
Richard Brunel livre sa propre interprétation du destin de Mélisande lui évoquant des correspondances avec Barbe-Bleue. Celui d’une jeune femme blessée dont l’âme et le corps meurtris se refusent à l’Amour.
Mélisande, l’une des femmes de Barbe-Bleue donc, a fui son bourreau. En suivant Golaud, elle croit s’assurer une protection mais elle ne trouve que la prison d’une conjugalité oppressante.
L’intrigue originelle est celle d’un amour impossible qui s’inspire de la légende médiévale de Tristan et Iseult. Lors d’une partie de chasse, Golaud, prince au royaume imaginaire d’Allemonde, se perd dans la forêt et rencontre Mélisande en pleurs au bord d’une fontaine. Il décide de la prendre pour femme et rentre dans son château sans ne rien connaitre du passé de son épouse. Mélisande y rencontre Pelléas, le demi-frère de Golaud et très vite ils tombent amoureux.
Golaud, s’percevant du lien qui réunit les deux jeunes amants, se consume peu à peu dans la jalousie. Rongé par le désespoir et la rage, il tue son frère Pelléas tandis que Mélisande se laisse mourir, emportant avec elle ses lourds secrets, sans que Golaud ne parvienne à établir la vérité des sentiments qui l’unissaient à Pelléas.
Une musique théâtrale
Une femme dont on ne sait rien, aux prises entre deux hommes, mais une femme qui lutte contre ses démons, qui ne veut pas se résigner allant jusqu’à provoquer Golaud, aimer Pelléas et si mort il y a, c’est une mort choisie, envers et contre toute convention.
Quatre instrumentistes et quatre chanteurs-acteurs (Judith Chemla, le chanteur Benoît Rameau et les comédiens Jean-Yves Ruf et Antoine Besson) donnent corps à cette légende mélodramatique où la musique se charge de l’intériorité de la langue et des émotions qu’elle charrie. Une musique théâtrale qui embrasse la dramaturgie et offre une lecture puissante du chef-d’œuvre de Debussy.
Le compositeur et arrangeur Florent Hubert s’appuie sur une partition pour percussion, harpe, accordéon et violoncelle, qui capte la dimension allégorique, allusive et onirique de l’œuvre tout en préservant une part de parole jusque dans les moments ouvertement chantés.
Une troublante étrangeté
Pour faire entendre cette écriture entre ciel et terre, entre le visible et l’invisible, où le rapport amoureux se joue dans le silence et l’interdit, Richard Brunel installe une troublante étrangeté, qui saisit les personnages aux prises entre un appel intérieur plus fort qu’eux et la réalité contrariée de leur destin. Un univers flottant entre le conte métaphysique et le réalisme qui nous plonge aussi au coeur d’une psyché et d’un traumatisme lointain.
Richard Brunel signe une mise en scène au cordeau, tout en éclat poétique et mouvement chorégraphique, dont le ballet des corps imprime une fluidité et une permanence propice aux réminiscences intérieures et musicales.
Il orchestre une scénographie qui donne toute sa part à la dimension concrète mais aussi allusive et allégorique de l’œuvre, rappelant que le symbolisme de Maurice Maeterlinck a toujours cherché à voir le monde par-delà les apparences. Sur le plateau, le décor cristallise une ambiance crépusculaire et chaotique, dans un environnement et un monde intérieur au bord du gouffre.
De l’intérieur à l’extérieur, d’une pièce du château à l’autre, l’espace scénique plongé dans des lumières de Victor Egéa ouvre ou délimite la perspective et embrasse à merveille le conte métaphorique et sa noirceur. Où ses personnages font corps avec les éléments naturels, opaques du Royaume d’Allemonde dont leur inconscient en est le miroir trouble et réfléchissant.
D’une atmosphère de fin du monde, rappelant le film Melancholia de Lars von Trier ou le cinéma de Tarkovski, au personnage de Mélisande dont on ne sait rien si ce n’est qu’elle a connu des souffrances insondables, la mise en scène se charge du drame énigmatique empreint de mystères, de secrètes motivations et de passion inaccomplie.
Judith Chemla, entre l’ici et l’ailleurs, est une Mélisande femme-enfant à la fragilité de porcelaine tandis que Benoît Rameau (Pelléas) incarne un amoureux candide. Quant à Jean-Yves Ruf, habité dans le rôle de Golaud, il est cet homme à la mélancolie fiévreuse et brisé par la jalousie. Bravo !
Composé du cépage Altesse, le vin blanc de Savoie Chateau de Monterminod de la Maison Perrier est un vin parfait pour l’hiver qui n’en finit pas de durer. Avec une bonne raclette pour se réchauffer, le vin est parfait.
Un vin parfait pour l’hiver
Elevé sur un terroir local, coteaux sur moraine glacière avec un mélange argilo-calcaire, les Côteaux de Monterminod (8 hectares) sont des Vieilles Vignes très pentues, exposés en plein Sud, à la réputation presque millénaire. Les vendanges sont manuelles avec un pressurage des raisins. Le vin se caractérise par une grande souplesse, sa rondeur et sa stabilité. A l’œil, sa robe est jaune or brillant indiquant une altesse ramassée très mûre. En bouche, le vin est équilibré, très structuré à la fois vif et plein avec un très bel amer de l’écorce d’orange en fin de bouche, garant d’un grand potentiel. Le nez est subtil, frais par des notes fleuries et fruitées, puis touches épicées et balsamiques : Aubépine, poivre et rhubarbe. Le vin peut se garder plus de 5 ans et accompagne idéalement de la charcuterie, du poisson au fenouil ou à l’oseille et des plats épicés exotiques. Cette cuvée est aussi disponible en Magnum de 150cl sur demande.
Un peu d’histoire
Le vignoble de Monterminod a été créé suite à une charte du XI ème Siècle, à l’initiative de St Odilon, grand Abbé de l’Abbaye de Cluny, pour produire des vins destinés à réconforter les bons moines qui venaient de fonder une colonie sur les bords du Lac du Bourget.
Ce vignoble entourait le Château qui avait une position stratégique priviligiée dans le système défensif de la Savoie.
C’est la princesse Anne de Chypre surnommée « la plus belle princesse qui fût au monde », devenue par son mariage Duchesse de Savoie, qui à son arrivée en Savoie, introduisit le cépage des Templiers qu’elle amena dans ses bagages et qui est à l’origine du cépage « Altesse ».
Publireportage: Viticulteur depuis 1853, Jean Perrier et fils vous propose une sélection de vins d’appellation d’origine contrôlée (AOC), vins blancs, vins rouges et rosés. Propriétaire, producteur et éleveur, l’histoire de la Maison Perrier se confond avec celle des vins de Savoie et des Alpes (France). De l’Apremont au Pétillant de Savoie en passant par le Chignin, le Gamay ou encore la Mondeuse, ils représentent un art de vivre authentique et sauvage, internationalement reconnu. Nous nous attachons à élever cette qualité de vie comme une marque distincte d’exception. Le vin de Savoie reste une tradition unique dans le monde viticole français.
L’auteur Bruno Geneste n’y a pas été par le dos de la cuillère. Il entraine le lecteur dur la route de la poésie rock, de Bob Dylan à Brigitte Fontaine avec près de 60 artistes ou groupes revisités sous l’angle de l’alliance entre rock et poésie. Etats-Unis, Royaume-Uni, France, le chemin est balisé mais pas sans surprises tant les analyses ouvrent une lucarne surprenante sur des œuvres connues mais ravivées avec force. L’auteur pointe du doigt le profondeur des textes, leur portées évocatrice, les échos de l’adolescence, la sagesse de la vieillesse, tous ces aspects qui donnent envie de s’immerger dans la musique et les textes. This is the end…
Un ouvrage comme un évangile
Bruno Geneste évoque à plusieurs reprises des auteurs classiques, ou pas si classiques que ça, pour rallier les grands auteurs du rock à une mythologie quasi biblique, en toute cas au moins romantique et subversive. Blake, Shakespeare, Rimbaud, tous sont cités pour créer une mythologie remontant bien plus loin que le XXe siècle électrique (ou acoustique). L’ouvrage est autant nostalgique qu’érudit, il faut avoir été soi-même touché pare la grâce rock pour comprendre l’engouement de l’auteur et les implications de son analyse. La musique n’est pas qu’une énergie ou une cérémonie, c’est une ouverture sur d’autres mondes ouverts par tous ces chanteurs conscients de l’infinité des choses, hors des sentiers battus et de ce que l’école nous apprend. Le thème de la route est central, l’auteur cite de nombreuses paroles et y apportent son éclairage savant pour un propos à la densité clairvoyante. Les 328 pages sont à lire consciencieusement, pas trop vite, pour en saisir toutes les illuminations. Après une très belle préface de Patrick Lepetit et une introduction qui donne l’eau à la bouche, c’est parti très fort avec un texte sur le grand Bob Dylan. Le ton général de l’ouvrage y perce avec des citations, des paroles de chanson, des retours historiques et des analyses sous l’angle poétique. Utilisation de la langue, sens évidents ou cachés, références personnelles au chanteur ou à l’histoire, la lecture apprend une somme de choses.
Sur la route poétique du rock revisite des textes et des histoires avec subtilité et pertinence. La lecture est une merveille, le rock revit, il est éternel, encore un peu plus avec les mots de Bruno Geneste.
Synopsis: « Set the controls for the heart of the sun », pour reprendre l’injonction de Roger Waters dans A Saucerful of Secrets en cette année 1968 d’heureuse mémoire, « Réglez les commandes pour le coeur du soleil », c’est précisément ce qu’il nous faut faire au moment d’entreprendre le voyage auquel nous convie Bruno Geneste sur la « Route poétique du rock », « cette galaxie où se cristallisent une multitude d’univers, mettant à nu nos sens, les aiguisant à la lumière tranchante des confins », parce que « les confins nous parlent et les rockers de la poésie y puisent les plus fines intuitions, les plus subtiles convergences ». Dans ce livre, puissante analyse doublée d’une superbe anthologie, c’est l’auteur lui-même, Bruno Geneste, en fait, qui, à l’image des Maîtres dont il évoque les oeuvres, est « habité par la mythologie américaine du voyage initiatique », mais lui, c’est le long de la route poétique du rock qu’il nous entraîne, filant à toute vitesse vers l’inconnu sur les traces de tous ces géants dont les chansons auront souvent accompagné de l’adolescence à la tombe les gens de notre génération.
C’est peu de dire que le Théâtre Herbertot sublime la pièce de Jean Cocteau avec la reprise du spectacle créé au Théâtre de Nice et adapté par Christophe Perton dans son adaptation 2023. Le drame familial se noue dès la première scène avec Yvonne (Muriel Mavette-Holtz parfaite en mater familias grandiloquente) à la présence incroyablement théâtrale et haute en couleurs. Son amour inconditionnel pour son fils Michel (Emile Berling) tient de fil rouge pendant 2 heures de spectacle hypnotique. Georges (Charles Berling) est un mari et père rempli de duplicité, condition nécessaire à sa survie pour ne pas succomber à un amour maternel toxique qui le tourmente en le mettant à l’écart. Maria deMedeiros (Léo) est un juge de paix pas si empatique qu’il n’y parait, tirant les ficelles selon son bon vouloir. Lola Créton (Madeleine) est la femme qui bouleverse l’équilibre de la fragile famille. La pièce est véritablement portée par ses interprètes, tous plus investis les uns que les autres pour un résultat rien moins que magistral.
Une pièce totale
L’intrigue débute dans un appartement familial, et plus précisément dans la chambre d’Yvonne. Probablement diabétique sans que cela ne soit jamais mentionné, elle manque de faire une overdose d’insuline. Ce qui pourrait n’être qu’un incident prend des atours suicidaires quand la trame du drame ses met en place. Seule et oublieuse du monde, elle ne vit que pour son fils adoré, Michel, rejeton inconséquent qui vit comme ses parents aux crochets de Léo, parente seule décideuse d’avoir elle-même entretenu la ménagerie toxique. Maisonnée auto-surnommée la roulotte car sans attaches dans la société, son fonctionnement tient autant de la farce que de la psychiatrie. L’équilibre est forcément instable mais il tient malgré tout, jusqu’à la nouvelle qui va tout pervertir. Michel a une nouvelle femme dans sa vie en lieu et place de sa mère. La pièce fait voir un univers totalement atypique, de ceux qui ne semblent n’exister que dans les films ou sur une scène. Mère martyrisée par l’amour qu’elle porte à son fils, père mis de côté, fils qui ne se rend aucunement compte du tragique de la situation, le mélodrame emprunte visiblement à ses illustres devancières grecques. Tous les ingrédients sont réunis pour un véritable maelström d’émotions, involontaire pour les personnages, jouissif pour les spectateurs. Les réparties décalées font réagir le public au corps défendant des personnages, preuve que la pièce fonctionne brillamment. Chacun des comédiens et des comédiennes se fond complètement dans la peau d’un individu loin de toute normalité. La mère est dans l’excès de son amour pour son fils, le père cache une relation extraconjugale, le fils est un innocent uniquement concentré sur sa petite personne, la tante intériorise son amour interdit pour son beau-frère. Les machinations s’accumulent jusqu’à donner des airs de soap américain, en beaucoup plus recommandable bien entendu. La mise en scène se fait auront d’un lit, fait ou défait, transformé en canapé et témoin muet du drame, les personnages rentrent et sortent comme dans un ballet. la dynamique ne retombe jamais, entretenue par les esclandres qui s’enchainent. La musique souvent percussive rappelle le film Birdman avec son rôle à jour dans l’évolution du drame, porteur de sacrifices et sans jamais aucun vainqueur. Les dessins de Jean Cocteau s’étalent sur les murs au dénouement pour bien rappeler que tout cela n’est que du théâtre, ce que les protagonistes mentionnent à plusieurs moments dans des dialogues remplis de second degré, pour le plus grand plaisir du public. La salve d’applaudissements finale reflète parfaitement le ravissement collectif devant une pièce aux éclatantes qualités .
La pièce fonctionne par l’art des comédiens et des comédiennes pour donner à la situation ubuesque des airs d’universalité. La famille malade devient pendant 2 heures presque normale tant les personnages sont rendus puissants et attachants. La pièce est véritablement un must de la saison théâtrale, à découvrir au Théâtre Hebertot pour un moment de théâtre qui transporte.
Publireportage: Qu’y a t’il de plus beau et de plus émouvant que d’entrevoir le dessein d’un écrivain brouillant les pistes et disparaissant au travers d’une forme pour mieux apparaître dans le fond de son écriture ? Jean Cocteau, victime de l’échec de ses pièces précédentes, isolé et raillé par son propre milieu artistique, homosexuel assumé avant l’heure, drogué maladif et solitaire, prétend en 1938 renverser la table en écrivant une pièce de boulevard pour répondre aux attentes du public populaire et faire un succès digne de ce nom. « Les parents terribles » répondent à cette idée reprenant avec une maestria diabolique tous les codes du vaudeville pour produire par la forme une situation, un rythme, une mécanique et des dialogues, qui pulsent une énergie comique redoutable. La recette est magistrale et produit le succès attendu.
La pièce restera à l’affiche plus d’une année s’attirant les foudres de l’extrême droite, les éloges de la critique, et plus d’un million de spectateurs avant d’être ensuite immortalisée par le cinéma. Sauf qu’à y regarder de plus près il apparait clairement que le carburant de cette machine infernale se compose de tous les éléments qui fondent la tragédie universelle. Puisant chez les grecs, à la source du mythe originel de l’amour maternel pour le mâle nommé « fils », photographiant les vices et les aliénations qui fondent en forme de convention la famille française idéale, Cocteau dresse le terrible portrait des ravages que produit le sentiment universel de l’amour. Sans concession, sans compromis, il dissèque ces corps gangrénés, atrophiés par cette maladie qu’est l’amour. Mais plus profondément encore, cet amour impossible d’Yvonne, femme de 45 ans pour Michel, son fils de vingt ans, se reflète aussi, sans presque aucune déformation, dans l’amour de Cocteau pour Jean Marais, l’interprète historique du personnage de Michel.
Glissant tragiquement dans le costume d’Yvonne, Jean Cocteau substitue l’insuline dont le personnage est esclave, par l’opium qu’il fume lui-même sans relâche pour échapper à la solitude où l’enferme la sublime liberté avec laquelle il assume sa sexualité, ses désirs, son art et sa vie d’artiste. Cocteau dit en substance que nous vivons dans l’ère de l’actualité, alors que la poésie est la langue de l’intemporalité, d’une vérité accouchée de la nuit par un autre « moi » plus profond, plus dangereux que nous essayons de dominer à longueur de temps. C’est « cet autre » qui fait scandale et crée le malaise dans cette pièce abyssale qui pose l’équation du chaos incarné par le désordre d’Yvonne qui à l’instar des enfants et des fous ne dissimule pas ce moi profond et les désirs terribles qui en découlent.
Synopsis: Dans un grand appartement parisien, Yvonne 45 ans, ne peut se résoudre à voir son fils Michel la quitter. Elle et son mari Georges vivent aux crochets de Leo, la soeur d’Yvonne, 47 ans. Michel est l’enfant choyé de cette étrange « roulotte » qui semble rouler à l’écart du monde. Yvonne idolâtre son fils jusqu’à en oublier son mari. Elle s’oublierait elle-même si elle ne devait pas s’occuper de son traitement à l’insuline. Lorsque Michel découche pour la première fois, c’est pour avouer à sa mère (qu’il surnomme Sophie) qu’il aime Madeleine, une jeune femme qu’il souhaiterait lui présenter. Jalouse et exclusive, Yvonne finit par capituler devant le chagrin de son fils et l’insistance de sa soeur Léo. On découvre entre-temps que Madeleine a déjà un « vieil amant » avec lequel elle veut rompre et qui n’est autre que Georges, le père de Michel. Léo qui dissimule depuis toutes ces années son propre amour pour Georges va tenter d’ordonner cette tragique comédie de la vie.
Détails:
Durée : 1h50 Plein tarif : Cat. Or : 53 € / Cat. 1 : 47 € / Cat. 2 : 38 € / Cat. 3 : 25 € / Cat. 4 : 15 € Infos et réservation : au guichet du théâtre, 78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris (ouvert le mardi de 12h30 à 18h, du mercredi au samedi de 12h30 à 20h, le dimanche de 11h à 16h30, fermé le lundi. Fermeture estivale du 30 juillet au 5 septembre inclus), par téléphone au 01 43 87 23 23 et sur notre billetterie en ligne.
Ce documentaire est une adresse de la réalisatrice à sa mère, jeune femme des années 50 et réticente à la maternité et à la vie domestique. La réalisatrice dialogue également avec Michelle Perrot, historienne des femmes qui revient sur les principales étapes de l’émancipation des femmes tout au long du XXe siècle.
Un siècle d’émancipation
Devenue mère de famille, la réalisatrice a souhaité renouer avec le quotidien de sa grand-mère dans le contexte d’une France profondément agricole et catholique du début du XXe siècle. Le documentaire fait un parcours depuis le temps de la discipline et d’une vue bien rangée jusqu’à aujourd’hui, en passant par le portrait de la mère de la réalisatrice, rétive à la maternité et à la vie rangée dans le cocon domestique. La région vendéenne où la famille était localisée était particulièrement engoncée dans des principes stricts antédiluviens. Le passé est invoqué avec des témoignages de femmes qui ont connu leurs ainées et se souviennent de leurs propos. L’obéissance aux parents et aux bonnes sœurs a marqué des générations, avant la soumission au mari. Levées les premières, couchées les dernières, les femmes suivaient une vie complètement réglée. Sans machines à laver, lave-vaisselles ni aucune facilité de la vie moderne, le rôle de femme au foyer était un vrai sacerdoce. Puis vient le temps où les femmes peuvent travailler, gagner leur propre argent et accéder à la vérité. Le travail comme outil de libération de la femme, c’est une autre époque. Et plus la remontée dans le temps avance, plus les surprises se multiplient. Qui dit libération dit vies particulières avec amours cachées. Le film retisse le fil de vies qui demandent à être redécouvertes pour être mieux comprises et surtout pas oubliées. Certains passages sur les femmes modernes évoquant la maternité et le ménage mettent les choses en perspective, les temps ont changé, pour de vrai…
Le documentaire est surprenant et passionnant, comme une machine à remonter le temps pour redécouvrir l’histoire des femmes au cours d’un XIXe siècle ouvert à toutes les nouveautés.
Synopsis: Marie, Odile et Valérie, trois parcours de femmes et de mères se déroulent sur plus d’un siècle. Marie, née en 1902, a eu 10 enfants dans une France agricole et catholique. Odile, sa fille, ne voulait pas d’enfants, elle souhaitait se libérer des contingences domestiques. Elle est devenue dans les années 50 fonctionnaire et citadine. Installée en Ariège, Valérie, la 3ème génération, se sent piégée par sa vie de mère de famille. Elle convoque le passé et interroge ses proches sur ces rôles encore largement assignés aux femmes. Avec l’historienne Michelle Perrot, elles questionnent un siècle d’émancipation au sein de la sphère familiale.
La traversée poétique et organique de Nathalie Béasse
Nous revivrons est une partition libre autour du texte de L’Homme des bois de Tchekhov, où l’humanité et la nature entremêlent leurs destins.
De cette puissance évocatrice, Nathalie Béasse (également chorégraphe et plasticienne) s’en empare dans un geste fort et singulier où chaque élément − objet, lumière, son, espace, musique, imaginaire – devient un partenaire de jeu pour les acteurs·ice·s, démultipliant les chemins d’un possible et son appropriation sensorielle, poétique, terrestre et picturale. Une réussite.
En s’éloignant d’une forme narrative, la metteuse en scène retient l’esprit et le souffle de la pièce. L’histoire elle-même n’étant évoquée que par fragments textuels et sensations.
Dans « L’homme des bois », Tchekhov se montre un écologue visionnaire sur les problèmes de déforestation et de ressources en eau des territoires surexploités par l’homme. Des scènes de la vie ordinaire y sont évoquées et donnent à voir des joies simples, des gaités exubérantes, des combats vifs et le poids de la solitude.
Un recommencement
« L’homme a été doté de raison pour trouver des solutions pour multiplier les choses », lance Soriba Dabo, interprétant Voïnitski. Mais qu’en a-t-il fait ?, questionne en suspens « Nous revivrons ». La phrase lance le thème de cette pièce d’une actualité brûlante.
Il y est aussi question d’un entre-deux, entre l’arrivée et le départ, entre l’été et l’hiver, d’un entre soi entre un univers intime et amical, entre le dire et le silence, entre le rire et le drame, avant l’orage, après l’orage. C’est le chemin invisible qui mène de la joie à la mélancolie.
Chorégraphie des corps et de l’espace sont à l’œuvre pour fait vivre et respirer ce déferlement d’humanité où se mêlent et s’entrechoquent les passions contradictoires, les doutes et la conscience aiguë du renoncement et de l’emportement.
C’est tout cet embrasement à vif et cette poésie de la matière : eau, bois, terre, que convoque la metteuse en scène dans des jeux d’enfant et une course poursuite emmenée par trois acteurs formidables : Julie Grelet, Mehmet Bozkurt et Soriba Dabo qui chutent, se battent, se relèvent et repartent à l’assaut d’un monde à défendre à nouveau et d’une enfance mémorielle. Bravo !
Dates : 6 au 31 mars 2023 – Lieu : Théâtre de la Bastille (Paris) Mise en scène : Nathalie Béasse
Un bon début est tout bonnement un documentaire nécessaire. Certains jeunes ne sont pas faits pour le système scolaire lambda, ils nécessitent un suivi plus serré et surtout plus personnalisé avec des enseignants capables de droiture, de modestie et qui font vivre au quotidien ce qui est pour eux une véritable vocation. Un bon début suit 15 jeunes en totale rupture scolaire. Alcool, fugues, trafic, ils ne s’en sortent pas. Admis à Grenoble dans une classe unique en France du nom de Starter, ils réapprennent à avoir confiance en eux pour reprendre leur vie en main. Admirable.
Un bel exemple de résilience et de persévérance
La réalisatrice Agnès Molia a entendu Antoine, instituteur de formation, parler à l’enterrement d’un ami de Xabi Molia, Matthieu, tué au Bataclan. Spécialisé dans le soutien d’élèves en grande difficulté, Antoine l’a séduite par son parler vrai. Son expérience est un enchainement de rattrapages de profils ramassés à la petite cuillère à cause les coups de la vie et remis en selle au sein de Starter. Lors de sa visite dans l’établissement, gros choc pour la réalisatrice face à des élèves intenses et dont les vies sont remplis d’un degré d’urgence inattendue. Urgence de trouver des solutions, urgence de leurs vies personnelles cabossées, urgence des situations familiales difficiles. De quoi lui donner immédiatement de faire un film. Déjà à l’œuvre dans son premier opus Le Terrain, elle a ressenti cette même envie de parler de l’adolescence, ce temps de transition si difficile à relever pour certains jeunes pas encore adultes et plongés dans l’incertitude. Comme expliqué dans les prospectus du dispositif, Starter est implanté depuis 2012 dans le lycée professionnel Guynemer, à Grenoble. Le dispositif public accueille des élèves de 14-15 ans, qui habitent dans l’agglomération et sont en situation de décrochage scolaire. Ces élèves passent leur année de 3e sous la responsabilité d’un enseignant spécialisé, coordonnateur du dispositif, et de deux professeurs (français/anglais et mathématiques). Pendant cette année scolaire, les élèves effectuent 10 semaines de stage dans le monde du travail, ce qui les aide à ébaucher un projet d’orientation professionnelle. Xabi Molia et Agnès Molia ont réalisé de longs repérages initiaux pendant 1 an et demi. De quoi suivre 2 promotions avant de suivre la troisième avec 15 élèves plus spécifiquement mis sous les projecteurs du documentaire. Chaque histoire particulière est une somme de difficultés à surmonter. Des apparences frêles mais des volontés de fer, tel est le sentiment impossible à ne pas ressentir à la vue des images. Rien de facile pour Tamara la fugueuse à répétition ou Nels, mais ils vont tenir jusqu’au bout grâce à l’accompagnement sans faille du corps enseignant. Les parents ont également joué le jeu pour s’approcher encore plus du réel. Les images sont d’une proximité totale avec des jeunes qui se livrent et font tout leur possible pour réussir quelque chose dans la vie.
Un bon début fait vivre le quotidien de jeunes que la vie n’a pas aidé, mais qui ont l’envie de s’en sortir pour construire leur existence grâce à la patience et à l’investissement de quelques professeurs dévoués. Le documentaire alterne scène difficiles et moments d’espoir dans un déroulé passionnant. Le film est à découvrir absolument le 7 mars en DVD!
Synopsis: Ils ont l’âge d’entrer en troisième et déjà une réputation d’irrécupérables. Pendant des mois, ils ont vécu loin du collège, en rupture presque totale avec la vie scolaire. A Grenoble, une classe unique en France du nom de « Starter » leur ouvre ses portes. Pendant cette année particulière, Un bon début a filmé leur adolescence, difficile et malmenée – mais dont le cours peut encore changer.
Le réalisateur Albert Serra situe Pacifiction – Tourment sur les îles dans les tropiques, à Tahiti, loin de la métropole. Il imagine un haut fonctionnaire de l’état constamment en train de jouer aux funambules entre les intérêts des locaux et ceux de l’état français. Certains y verront de l’ennui, d’autres un cinéma proche de celui de Apichatpong Weerasethakul, le film divise, c’est certain.
Un tropical trip
Albert Serra s’est basé sur les mémoires de Tarita, femme de Marlon Brando originaire de Tahiti rencontrée pendant le tournage des Révoltés du Bounty en 1962. Elle y parle de sa rencontre avec l’acteur et de son enfance, insistant sur l’innocence de son jeune temps et l’influence nocive des occidentaux. La dichotomie entre paradis et corruption a inspiré le réalisateur pour Pacifiction (Pas si fiction?). Benoit Magimel y tient le rôle principal, celui d’un Haut-Commissaire de la République, plus haut représentant de l’Etat français en Polynésie. Homme mesuré et renfermé, il recèle des secrets pas toujours recommandables. Alors que des rumeurs de reprise des essais nucléaires se font de plus en plus pressante, le fonctionnaire essaye de temporiser, jusqu’à se créer de nouveaux ennemis. Le tournage a eu lieu en août 2021, pendant 25 jours de confinement total. Île vidée, plateau de cinéma réservé pour l’équipe, l’ambiance est pesante et nombreux sont ceux à avoir contracté le virus. L’impression de vide du film a été d’autant plus renforcée avec ce contexte réel anxiogène. Le réalisateur s’est grandement inspiré de films existants pour son opus, notamment À cause d’un assassinat d’Alan J. Pakula et Cutter’s way d’Ivan Passer. Le héros vit dans une constante paranoïa, s’imaginant perdre son poste sans s’y attendre, il s’éloigne de la réalité, creusant ainsi lui-même son précipice. Le film a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2022 et la presse a encensé son film, louant sa langueur et son ton de quasi documentaire.
Pacifiction est une expérience de cinéma, parfois un peu éreintante mais toujours passionnante. Le film est à découvrir en DVD et Blu-Ray le 7 mars. Benoit Magimel a reçu le prix du nouvel acteur à la récente cérémonie des César, raison de plus de se pencher sur ce film long et langoureux.
Synopsis: Sur l’île de Tahiti, en Polynésie française, le Haut-Commissaire de la République De Roller, représentant de l’État Français, est un homme de calcul aux manières parfaites. Dans les réceptions officielles comme les établissements interlopes, il prend constamment le pouls d’une population locale d’où la colère peut émerger à tout moment. D’autant plus qu’une rumeur se fait insistante : on aurait aperçu un sous-marin dont la présence fantomatique annoncerait une reprise des essais nucléaires français.
Si les médias ne parlent plus aujourd’hui de Daech, beaucoup se souviennent de la chape de plomb posée entre Irak et Syrie par ce régime dictatorial et liberticide. Vu de France, impossible d’imaginer un média libre localisé à proximité des frontières. C’est pourtant Radio Al-Salam qui émet depuis le Kurdistan irakien et qui fait entendre la voix des victimes de la guerre. 7 journalistes, musulmans, chrétiens et yézidis, s’entretiennent avec les civils et entretiennent l’esprit de paix dans un pays ravagé par la guerre.
La force de l’espoir, toujours
Après 9 jours à Raqqa, Xavier de Lauzanne poursuit sa trilogie avec ce second volet dans lequel il suit 7 journalistes de Radio Al-Salam. C’est la seule radio indépendante et multi confessionnelle à ce jour en Irak. Le film fait parler les journalistes et montrent les entretiens avec les habitants comme autant de témoignages. Les anonymes parlent sans crainte des morts, des ravages et des espoirs de lendemain. L’attente est longue avant la reconstruction et la remise en marche des infrastructures. Plan fixes et caméra portée alternent pour un documentaire très vivant et surtout passionnant, avec une proximité rendue très grande avec ces régions touchées de plein fouet par le conflit. L’immersion est rendue la plus totale possible dans un quotidien en construction et en devenir. 2 journalistes français participent au documentaire, Sophia Aram et Sylvain tesson. C’est d’ailleurs ce dernier qui a ouvert l’antenne de Radio Al-Salam en 2015, à Pâques, avec notamment la diffusion d’un message venant de Jean d’Ormesson. La radio a pu également bénéficier de l’aide des associations Radios Sans Frontières et L’Œuvre d’Orient et de l’appui financier de la Fondation Raoul Follereau. Sans cela, rien n’aurait pu être possible. La radio a tout de suite été destinée aux réfugiés et aux différentes victimes de la guerre en Irak pour créer un lien, mettre en lumière la reconstruction du pays, diffuser des contenus sans aucune discrimination envers les minorités ethniques et informer sur les actions menées par les différents acteurs internationaux en Irak. Certains entretiens remplis de larme suscitent une très vive émotion et font espérer une rapide amélioration de la situation des habitants. L’occupation américaine est évoquée avec beaucoup de rancœur car cet évènement est considéré comme le début des problèmes du fait que la désorganisation du pays a mené à l’émergences de milices et de Daech, point de vue intéressant que le documentaire met en avant.
Le réalisateur Xavier de Lauzanne cohabite avec les journalistes liés à la radio, tous dévoués à ces différentes missions, essentielles pour éviter le retour d’un nouveau Daech à l’avenir. En toute liberté peut être une pierre importante dans la construction d’une nation unie et libérée des oppresseurs religieux.
Synopsis: Le média qui donne de la voix à ceux qui n’en ont plus, c’est la radio. Au nord de l’Irak, sept jeunes journalistes, musulmans, chrétiens et yézidis, tendent leurs micros à ceux qui veulent la paix. Ils travaillent pour Radio Al-Salam, antenne affranchie d’influences politiques et religieuses. En toute liberté, des voix s’élèvent sur les ondes et font renaître le lien au sein d’une nation.
Le dernier film de la réalisatrice allemande avait fait le même effet. J’étais dans la maison mais envoutait déjà avec son absence quasi totale de narration et ses indices disséminés dans une mise en scène elliptique et minimaliste. Music est du même acabit, avec en plus une économie quasi totale de répliques qui laisse la primauté aux images et aux plans léchés. Le pitch évoque une adaptation libre du mythe d’Oedipe, il vaut mieux ne pas réfléchir trop longtemps sur ce principe abscons sous peine de noeuds aux cerveaux, préférez le lâcher prise pour intégrer lentement l’intention évocatrice de la réalisatrice.
Un cinéma de l’économie
La réalisatriceAngela Schanelec avait gagné l’Ours d’argent de la Meilleure réalisation il y a quatre ans avecJ’étais à la maison mais …. Déjà un film pas très facile d’accès, variation sur le Hamlet de Shakespeare, Music n’est pas beaucoup plus évident à appréhender, loin de toute considération commerciale et de toute facilité. Jon est recueilli bébé sur une île grecque. Il ne connait ni sa mère ni son père. Il est possible d’y voir un personnage sans attache, donc libre, libéré en tout cas de la contrainte de l’hérédité. Il tue un jeune (mâle) de son âge et s’éprend d’une jaune (femme) gardienne de prison, voilà peut-être le lien le plus proche avec le mythe grec. Pour le reste, Jon cherche son port d’attache, il part à Londres pour laisser libre cours à ses envies de musique. Le titre longtemps mystérieux, Music, prend sens alors que les mélodies commencent à retentir après la moitié du film. Et le spectateur peut alors comprendre que les regards fixes, les mouvements réduits à l’essentiel et les interactions réduites entre les personnages sont une volonté de la réalisatrice pour laisser toute sa place à la rêverie onirique. Le parti pris formel déroute mais n’en est pas moins évocateur. Membre de la nouvelle vague allemande, la réalisatrice ne se départit jamais de ses intentions sous-jacentes, faire réfléchir le spectateur et le confronter à un monde de l’introspection.
Music sort le mercredi 8 mars dans les salles pour un moment de profonde observation de l’être humain, en totale liberté, sans aucune convention cinématographique moderne, ni dans la narration ni dans le scénario.
Synopsis: Trouvé à sa naissance par une nuit de tempête dans les montagnes grecques, Jon est recueilli et adopté, sans avoir connu ni son père, ni sa mère. Adulte, il rencontre Iro, surveillante dans la prison où il est incarcéré à la suite d’un drame. Elle recherche sa présence, prend soin de lui tandis que la vue de Jon commence à décliner… Désormais, à chaque perte qu’il subira, le jeune homme gagnera quelque chose en contrepartie. Ainsi il deviendra aveugle, mais vivra sa vie plus que jamais.
Proust, du côté de chez Christophe Honoré, de retour à la Comédie-Française
« Le côté de Guermantes » d’après Marcel Proust est l’adaptation théâtrale de Christophe Honoré, créée le 30 septembre 2020 au Théâtre Marigny, et qui revient en alternance au Français. Le metteur en scène y livre sa vision personnelle de l’œuvre qui met à jour une aristocratie déliquescente où les accents contemporains renvoient à une illusion perdue.
On y retrouve les personnages du roman et leurs relations complexes ainsi que des éléments propres au contexte historique tel que l’antisémitisme à travers l’affaire Dreyfus ainsi que le nationalisme et les salons parisiens.
Se dévoile une société de monstres élégants qui s’adonnent à leurs jeux cruels lors de soirées mondaines. Christophe Honoré accompagne avec l’inspiration qu’on lui connaît et la playlist très seventies qui va avec (De My Lady D’Arbanville de Cat Stevens en passant par Nights in White Satin du groupe The Moody Blues entre autres), cette ménagerie de personnages aux prises avec ses désirs contrariés et un entre-soi outrecuidant.
Jeu de miroir saisissant entre un monde finissant et cette galerie humaine en pleine effervescence dont l’étourdissement vain s’apparente à ses faux semblants et à sa perdition.
L’esprit proustien
Le tout donnant lieu à des séquences clés – à l’abri d’un espace-temps dans le pur esprit proustien – d’une grande maîtrise formelle, puisées dans le roman mais aussi à l’abri de pastilles contemporaines qui s’accordent à merveille.
La traversée s’opère à partir d’un décor somptueux, signé Alban Ho Van et Ariane Bromberger, propice au découpage scénique de la représentation et à cet étirement du temps aussi mélancolique que chaotique.
Avec cette recherche, Honoré évoque donc Proust, l’âme humaine et sa complexité dont les ressorts, entre vacuité d’un jeu social et fêlures intimes, se télescopent.
Le tout emmené par une troupe du Français à l’unisson (20 comédiens sur le plateau), dont l’excellent Stéphane Varupenne à la candeur purement proustienne dans le rôle titre de Marcel mais aussi du narrateur, et un geste artistique aussi assuré qu’enlevé. Une mention également particulière à Elsa Lepoivre, éblouissante et habitée, dans l’incarnation de la Duchesse Oriane de Guermantes, qui compose un jeu intense et poignant. Bravo !
Dates : du 25 février au 14 mai 2023 – Lieu : Comédie-Française (Paris) Metteur en scène : Christophe Honoré
Pourquoi nous sommes las est une BD entre science fiction avant-gardiste et réalisme mystérieux. Un personnage rentre dans une zone interdite et fait des découvertes surprenantes. L’ouvrage s’organise en plusieurs sections. La première se déroule dans des paysages foisonnants, avec une végétation luxuriante, le parcours est une suite de tableaux colorés, avec un jaune, du marron, peu de dialogues et beaucoup d’expectatives. Puis la deuxième section commence dans un environnement urbain. Des indices dévoilent une société plus liberticide que la notre, sans savoir si elle est foncièrement dictatoriale. Les accès sont restreints, les règles sont strictes, les murs sont lépreux, l’ambiance est pesante. Il est question de dépistage, peut être aussi de virus et de pandémie. La société semble bloquée par un évènement sanitaire de grande ampleur. La santé est un bien précieux qui tourmente tout le monde, mais la sensation que quelque chose est caché empreint toutes les pages. La lecture est pesante mais intellectuellement revigorante.
Synopsis:
S’agit-il d’une paranoïaque et dévorante théorie du complot ? Du témoignage d’un rescapé d’expériences biologiques secrètes ? Que cherche notre héros avec son détecteur de métal dans cette forêt sans fin, que va-t-il advenir de lui après l’examen médical auquel il se rend ?
Dans la première Bd en français de l’allemand Michael Jordan, un personnage rassemble ses souvenirs confus : un rendez-vous médical l’a amené à rentrer dans une zone interdite sous haute garde, de terrains vagues en cavernes, jusqu’à des expériences douteuses qui semblent lui avoir laissé quelques séquelles…
Pourquoi nous sommes las est un puzzle, un labyrinthe grand ouvert sans murs ni cul-de-sacs. Y avancer signifie placer sa confiance voire son intégrité mentale entre les mains de spécialistes dont les expériences, si elles peuvent nous échapper, nous assureront plaisirs et intenses réflexions.
Après un premier article enthousiaste publié sur Publik’Art le 16 janvier, d’autres vins ont été reçus pour dégustation, de quoi prolonger l’émotion de la Saint-Valentin!
Cœur d’Apremont 2020, Savoie Apremont
Cette cuvée vin blanc du Domaine Jean Masson & Fils est proposée à la vente au prix à la cave de 24,00 euros. Fleuron du domaine, la cuvée Coeur d’Apremont est issue chaque année des mêmes parcelles, sélectionnées avec le même soin par Jean-Claude Masson. L’enherbement des sols et l’âge de ces vignes (80 ans de moyenne) provoquent une baisse des rendements spectaculaire et nous permet d’amener les raisins au niveau de maturité souhaité. Les vendanges se font en mode manuel pour une meilleure sélection des grappes et une parfaite capacité aromatique des raisins avec pour résultat un von puissant et droit. Le cépage Jacquère permet la mise en bouteille d’un Apremont AOP typique de l’appellation, avec des notes de fruits confits : abricot, mûre, figue & pêche. La longueur en bouche est remarquable. Grâce à sa droiture, il dispose d’une capacité de conservation d’au moins une décennie. Equilibré, il est doté d’une fraîcheur exceptionnelle et d’une bouche charnue et sapide. Le vin est capable d’accompagner tous les types de plats, mais il est quand même optimal avec une entrée épicée ou une viande, aussi bien blanche que rouge. Testé sur une raclette, l’alliance vin et plat a été exceptionnelle.
Cave des Vins Fins de Cruet, L’élégante de Cruet
La cave des vins fins de Cruet présente L’Elégante de Cruet, un vin mousseux issu d’une fermentation naturelle au prix TTC de vente à la cave de 7,90 euros. Composé de Cépage Gamay et produit sur un terroir sol argilo – calcaire, le vin a été vinifié avec une vendange éraflée et un pressurage après une légère macération. A la dégustation, le vin mousseux aromatique est issu d’une fermentation naturelle, ce qui explique sa grande douceur et son sucre naturel. A l’œil, la robe est fraiche. A la bouche, les arômes sont fruités. Le vin s’accorde se déguste parfaitement en apéritif ou en dessert. Son potentiel de garde est de 1 à 2 années. Un vin parfait pour un très bon moment de convivialité avec assez peu d’alcool.
Domaine Franck Chavy, Brouilly sans sulfite 2021
Les vins du domaine Franck Chavy sont bien connus sur Publik’Art avec déjà un article sur les vins sans sulfite. Ce Brouilly Sans sulfite 2021 est proposé au prix TTC départ cave de 14,30 euros. Le cépage Gamay produit un vin équilibré avec du caractère. Le nez est frais, fruité et complexe. La bouche est ronde puissante et très gourmande. Pour profiter pleinement de ce vin, il vaut mieux le servir sans carafage pour accompagner une volaille ou une blanquette.
La BD Pregnancy Comic Journal est un grand moment d’humour doux amer sur un sujet qui concerne pas mal de monde : la grossesse non attendue, non désirée, surprise, coup de massue. Un couple ne veut pas forcément avoir d’enfants mais un moment d’inattention suffit… Puis l’évidence, et les questions, inévitables. Mais comment est-ce possible ? Et comment tu t’en es rendu compte ?
Une BD cocasse et si réaliste
La nouvelle d’une grossesse est un choc, pour tout le monde, avec des réactions tout à fait personnelles. L’héroïne Sara n’y pensait pas, loin de là même, elle tombe donc de son arbre tranquille. Les signes avant coureurs diffèrent selon les femmes. Nausée pour certaines, poitrine qui grossit pour d’autres, ce ce côté-là, la BD est aussi humoristique que pédagogique avec toutes les étapes disséquées. La prise de conscience, l’angoisse, la communication. Avec des dessins très graphiques, l’auteur parvient à faire passer une masse de sentiments et d’informations. Sans éviter de parler de la question fatidique, le garder ou pas, avec son lot de questionnements et d’analyses décomplexées. L’héroïne et son compagnon réfléchissent, pèsent le pour et le contre… et quand le choix est fait, il faut encore l’accepter. Bref, la BD se lit au départ comme un thriller, le dessin de l’héroïne est tout bonnement délirant. Avec son visage en forme de poire et sa manie de pleurer pour un oui oui pour un non, elle emporte immédiatement l’empathie du lecteur. Tandis que le décompte des semaines rend la perspective de plus en plus tangible, les personnages se font à l’évidence qui se dessine. Le scénario multiplie les moments de stress et de tendresse et la lecture fait naitre moult sourires sur le visage.
Beaucoup se souviendront eux-aussi de leur expérience personnelle au fur et à mesure de la lecture pour un très bon moment de lecture, de ceux qui font sourire et réfléchir. Quant à ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la grossesse, ce livre est rempli de surprises à découvrir!
Synopsis: Sara et Dario n’avaient pas prévu d’avoir d’enfants. D’ailleurs, ils les trouvent plutôt bruyants… Un jour pourtant, Sara se rend compte qu’elle est enceinte. S’ensuivent de longues conversations, de longs silences, de longues balades en forêt, pour essayer de déterminer quoi faire. Garder l’enfant et voir sa vie chamboulée ? Ce n’était pas prévu, ce n’était pas voulu, mais cela se fera. Sans fard, elle raconte les étapes qui jalonne toute grossesse ainsi que les peurs et interrogations souvent tues. De la crainte de ne pas aimer l’enfant aux questions d’ordre pratique, comme tout futur parent, il faut désormais composer avec le doute. Ponctuant le récit des étapes psychologiques et physiques traversées d’anecdotes drôles ou mélancoliques, Sara Menneti nous entraîne avec elle dans cette aventure à la fois merveilleuse et terrifiante qu’est la vie.
Sur la vie de mon père est un vrai beau voyage dans le temps, 2e tome après Sur la vie de ma mère paru en 2020. L’auteur et dessinateur Gaston raconte l’histoire de son père Jean-Claude Rémy et de son grand-père René Rémy à travers des pérégrinations dans les anciens territoires des colonies. Indochine, Madagascar, Maroc, c’est un mini tour du monde qui empreint la BD d’un bel air de nostalgie familiale. C’est aussi le ballotement de la grande histoire qui se fait entendre à travers le pages, les guerres mondiales, la décolonisation, le retour à la métropole, le départ à nouveau. A travers des anecdotes croquignolettes, l’auteur croque aussi les mœurs familiales bien particulières dans les territoires lointains. La lecture est un concentré d’images fortes sur ce qui fait l’enfance, les odeurs, les clichés, le ressenti à hauteur de courtes pattes et les souvenirs qui durent à l’âge adulte. Un vrai beau moment de lecture. Didier Tronchet s’occupe de la préface pour rappeler le rôle qu’a joué Jean-Claude Rémy dans sa vie, touchant.
Synopsis: Avant de devenir un chanteur à l’éphémère succès dans les années 1970, Jean-Claude Rémy avait, à seulement 25 ans, déjà pas mal de kilomètres au compteur. Fils d’un Français parti faire carrière en Indochine et d’une nourrice indigène, il est l’un de ces « petits bâtards » issus de la colonisation, comme il aime le dire. Il passe quelques temps en métropole, sa mère restée au pays et son père à l’affection peu démonstrative s’éloignant. Puis vint l’âge adulte, la paternité au Maroc, le retour en France, la chanson sous le patronage de Pierre Perret, le succès entrevu qui finalement se refuse à lui, les amours, les emmerdes, mais toujours l’appel de l’aventure et ce goût pour l’ailleurs…
Après Sur la vie de ma mère, Gaston nous conte la destinée tout aussi passionnante de son père. Et même si cette figure paternelle n’aura finalement pas été très présente dans la vie de son fils, ce dernier brosse avec tendresse le portrait de cet homme singulier, doté d’un appétit gargantuesque pour la vie…
Du Vietnam à Madagascar, de la France au Maroc, Gaston rend un hommage drôle et touchant à son père, le fameux « Chanteur perdu » de Didier Tronchet.