La Fille du Train, film de Tate Taylor, Copyright Constantin Film Verleih GmbH
La Fille du Train, aux frontières de la folie
La Fille du Train mêle le destin de 3 héroïnes. Les profils sont bien définis dès le départ, l’alcoolique, la rivale et la jeunette. Pourtant les apparences sont trompeuses et la réalisatrice brouille les pistes jusqu’à perdre le spectateur pour son plus grand plaisir. Le thriller est rondement mené et le dénouement vous clouera au siège. Rien de moins.
Un trio d’actrices au top
Emily Blunt, Rebecca Ferguson (celle du dernier Mission Impossible: Rogue Nation) et Haley Besnett (sosie officiel de J-Law) sont les trois héroïnes de ce thriller haletant. La première est très tôt catégorisée alcoolique parano perdant les pédales. La second a épousé l’ex-mai de la première et élève l’enfant qu’elle a eu avec lui. La troisième est un électron libre volage. Les 3 destins se révèlent bien plus ardus qu’il n’y parait de prime abord. Et comme le film prend un malin plaisir à enchainer les flashbacks, il est difficile de ne pas se perdre un peu. Mais loin de générer de la frustration, ce mic-mac éveille l’attention jusqu’à révéler les vérités cachées. Et le spectateur suit les révélations avec rien de moins que de la jubilation.
Un thriller saisissant
[Un film] extrêmement bien ficelé.
Le thriller est si bien ficelé qu’il rappelle très vite leGone Girl de David Fincher, jusqu’à le dépasser par sa complexité assumée. Emily Blunt est confondante en alcoolique perdue dans le brouillard des alcools forts. Persuadée de perdre les pédales, elle parviendra finalement à remettre les choses à leur place. Et le gentil ex-mai interprété par Justin Théroux jouera moins les utilités qu’il n’y parait de prime abord. Le tour de force est de tour à tour perdre le spectateur pour inévitablement le saisir par le col et lui asséner un gros coup sur la tête. Plusieurs fois de suite. Juste un thriller, mais si bien ficelé qu’un assentiment final conclut la séance. Psychologies à tiroirs, liens complexes entre les personnages, quidams secondaires qui prennent leur importance sur la fin, tout cela est extrêmement bien ficelé.
Une Fille du Trainqui va bien plus loin que ce que la bande annonce laisse présager. Ce n’est pas juste une histoire de tunnel aperçu du train et de meurtre, c’est bien plus ardu. Et passionnant. Laissez vous tenter!
Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.
Sortie : le 26 octobre 2016 Durée : 1h53 Réalisateur : Tate Taylor Avec : Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Justin Théroux Genre : Thriller
Tu ne tueras point -Copyright Cross Creek Pictures Pty Ltd / Mark Rogers – Photo : Andrew Garfield
Tu ne tueras point : l’histoire du soldat qui refusait de toucher une arme
Nouveau film de Mel Gibson après dix ans d’absence en tant que réalisateur, Tu ne tueras pointfait le récit du parcours de Desmond Doss, un jeune homme pacifique devenu soldat pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est Andrew Garfield (Spiderman) qui campe ce personnage décoré de la Médaille d’honneur (la plus haute distinction de l’armée américaine) sans avoir touché une arme. Sur le front, il était celui qui prenait tous les risques pour sauver ses camarades.
La Bible comme seule arme
Le jeune soldat était armé de sa seule foi pour faire face aux atrocités de la guerre. Et comme souvent avec Mel Gibson, la dimension religieuse qui semble habiter le personnage paraît aussi avoir son importance dans le film. Au total, le soldat aura tout de même réussi à sauver pas moins de 75 vies ! Entre émotions et action, Tu ne tueras pointest un biopic taillé pour son réalisateur. Le public devrait suivre !
Interdit aux moins de 12 ans Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.
Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sureté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.
Sortie : le 9 novembre 2016 Durée : 2h11 Réalisateur : Mel Gibson Avec : Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer
Doctor Strange, film de Scott Derrickson, Copyright Jay Maidment / 2016 Marvel
Doctor Strange, la goutte qui fait déborder le vase ?
Doctor Strange est la énième adaptation d’une saga Marvel au cinéma. Un neurochirurgien perd l’usage de ses mains et se tourne vers un maitre ancien pour découvrir de nouvelles dimensions parallèles. Festival d’action et d’invraisemblances pour un Blockbuster qui ne le cache pas: on nage en plein n’importe quoi.
De bonnes bases…
Doctor Strange débute sur des rails qui laissent présager le meilleur. Le toujours pince sans rire et souvent parfait Benedict Cumberbatch (Sherlock Holmes, Imitation game, La Taupe…) prête ses séduisants traits à un Stephen Strange truculent et expert dans son domaine: la neurochirurgie. Rien ne lui résiste, il opère ses patients à la perfection, bénéficie de l’admiration générale, gagne des sommes folles. Un être surhumain très humain à l’ego surdimensionné. La meilleure scène du film se situe après un quart d’heure. Tandis que résonne le Interstellar Overdrive de Pink Floyd (future scène culte), le neurochirurgien perd le contrôle de sa voiture, badaboum et ses mains ne pourront plus jamais lui servir à accomplir des miracles. Désespéré, le chirurgien part à Katmandou pour trouver l’Ancien et récupérer ses mains.
… et puis patatras
Le film fait surtout apparaitre clairement les limites de l’adaptation de bandes dessinées.
Stephen Strange rencontre alors une Tilda Swinton chauve qui lui fait entrevoir la profondeur insoupçonnée des mondes parallèles. Outre que cette rencontre fait voir un Chiwetel Ejiofor bien embêté de se trouver là, le film s’embarque dans une science fiction abracadabrante qui multiplie certes les effets visuels flamboyants mais n’apporte aucune originalité. Les immeubles bougeaient déjà dans Inception, les univers parallèles et paradoxes temporels apparaissaient dans Interstellar, des combats dantesques ont lieu dans à peu près n’importe quel blockbuster. Alors le spectacle est au rendez-vous, les explosions se multiplient, Stan Lee fait sa petite apparition, mais franchement le film fait surtout apparaitre clairement les limites de l’adaptation de bandes dessinées. Le cahier des charges ne vole pas bien haut avec un méchant gratifié d’une très sale tronche, une héroïne belle comme un coeur et un héros vêtu d’une cape bouffonne qui n’en fait qu’à sa tête.
De grands enfants
A-t-on jamais vu film Marvel révéler plus clairement l’infantilisme de son univers? Ca se tatanne, ça saute d’univers en univers, ça fait un détour entre le Népal et l’hôpital de New York, tout semble tellement facile… Ce pourrait être parfait si les héros ne se prenaient pas autant au sérieux. Le décalage entre les scènes réalistes et la fantaisie cartoonesque est tellement ténue qu’il est impossible de ne pas rire. Le chèque de Benedict doit contenir un certain nombre de zéros pour qu’il accepte d’apparaître dans une future série Z du cinéma international. Nul doute que le film rencontrera un large succès public grâce à des effets spéciaux réussis et un humour omniprésent mais il n’y a pas de quoi se pâmer. Cette surenchère aboutira certainement à la décrédibilisation du genre.
Ce Doctor Strange laisse sur sa faim. En tentant de mélanger maladroitement univers réel et fantaisie fantastique, le film tire la sonnette d’alarme. Marvel peut mieux faire…
Doctor Strange suit l’histoire du Docteur Stephen Strange, talentueux neurochirurgien qui, après un tragique accident de voiture, doit mettre son égo de côté et apprendre les secrets d’un monde caché de mysticisme et de dimensions alternatives. Basé à New York, dans le quartier de Greenwich Village, Doctor Strange doit jouer les intermédiaires entre le monde réel et ce qui se trouve au-delà, en utlisant un vaste éventail d’aptitudes métaphysiques et d’artefacts pour protéger le Marvel Cinematic Universe.
Sortie : le 26 octobre 2016 Durée : 1h55 Réalisateur : Scott Derickson Avec : Benedict Cumberbatch, Tilda Swinton, Mads Mikkelsen Genre : Fantastique, Action
Sing Streetn film de John Carney, Photo Ben Carolan, Conor Hamilton, Ferdia Walsh-Peelo, Karl Rice, Mark McKenna
Sing street, le film qui vous fera chanter à pleins poumons
Grand vainqueur du récent Festival du Film Britannique de Dinard 2016, Sing Street est un feel good movie à qui rien ne peut résister. L’enthousiasme de ses personnages, les looks pas croyables de ses interprètes, la résurrection nostalgique de ces années 80 mythiques, le film comporte assez de qualités pour enthousiasmer à coup sûr tous les publics.
Dans le Dublin des années 80, le jeune Connor est un adolescent mal dégrossi et mal dans sa peau. Mais il veut faire de la musique et devenir une star. Pour cela, il va réunir d’autres garçons de son âge et fonder son groupe. Quand il rencontre la jeune Raphina, il ne pense qu’à l’impressionner pour mieux la conquérir malgré son jeune âge.
Un fell good movie caractérisé
Les anglos saxons savent les faire, ces films musicaux où des outsiders transforment l’essai en fondant leur groupe, menant des concerts tambour battant et conquérant leur dulcinée. Le conte de fée n’est pas loin mais ces films font un plaisir immense. Connor fait partie de cette majorité silencieuse d’élèves sans charisme mais devient le plus hype de son lycée en copiant ses idoles. Duran Duran,The Cure, Spandau Ballet, les références sont évidentes et utilisées avec délectation. Le réalisateur John Carney sait y faire, lui qui a déjà réalisé les deux films musicaux Once et surtout New York Melody avec Mark Ruffalo et Keira Knightley ( <3 ). Le tournage en milieu réel et la jeunesse des interprètes créent une immédiate connivence avec ces personnages décidés à réaliser leurs rêves.
Pour l’amour d’une fille
Comme souvent, ce sont les sentiments du héros pour une jeune fille qui lui donnent l’envie d’en découdre avec le monde du rock. Il l’invite à tourner dans leur premier clip pour un résultat impressionnant. Bouts de ficelle et débrouille suffisent à nos jeunes héros pour devenir des musiciens aguerris et livrer des morceaux plutôt très bien interprétés. L’arrière plan prolétaire de Dublin est montré de telle manière à souligner les problèmes sociaux vécus par une frange importante de la population. A noter qu’un des acteurs a une passion pour David Gilmour, le guitariste de Pink Floyd, d’où son envie de laisser pousser ses cheveux pour son rôle, ce que le réalisateur accepta. La musique est résolument eighties pour coller à l’époque et faire ressortir l’esprit d’une époque. Rio de Duran Duranb se fait entendre et de nombreux synthétiseurs accompagnent le film tout du long.
Bienvenue dans les années 80 pour un film qui donne la pêche et donne envie de poursuivre ses rêves. Car il est bon de rêver, parfois…
Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant « Top of the Pops » est incontournable.
Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter.
Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir, il lui propose de jouer dans son futur clip.
Sortie : le 26 octobre 2016 Durée : 1h46 Réalisateur : John Carney Avec : Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton,Jack Reynor Genre : Comédie dramatique, Musical
Moi, Daniel Blake, film de Ken Loach, Copyright 2016 PROKINO Filmverleih GmbH
Moi, Daniel Blake, le brulot social de Ken Loach retourne l’estomac
Ken Loach s’est vu décerner la Palme d’Or lors du dernier Festival de Cannes à la surprise générale pour Moi, Daniel Blake. Un visionnage a suffit à me convaincre de la pertinence de ce choix radical et humaniste. Si le film raconte le véritable quotidien de petites gens, il y a de quoi désespérer. Le résultat est glaçant, kafkaïen, d’une injustice totale. Impossible de rester hermétique face à tant d’émotion.
Un film triste comme la nuit
Daniel Blake passe tout le film a se débattre contre un système gouvernemental de gestion du chômage inepte et inhumain. Les émotions sont mises de côté par un personnel comme décerébré au profit d’une logique capitaliste privilégiant l’efficacité au désir d’aider son prochain, quitte à sortir les individus du système pour les laisser à la marge, sans revenus ni perspectives.
A 59 ans, le héros se relève d’une crise cardiaque l’empêchant de travailler. Il ne demande que ça mais personne parmi le personnel du Pôle Emploi local ne semble apte à comprendre ce cas particulier. Pas d’effets stylistiques impressionnants, Ken Loach suit un quotidien tout ce qu’il y’a de plus banal. Sauf que les enjeux renvoient à la situation sociale toute entière. Face à un système injuste, le traitement des cas particuliers est logiquement tout aussi injuste. Le film toucherait presque au documentaire si des péripéties n’égrenaient le déroulement d’un film à l’aridité réaliste et concrète.
L’empathie comme espoir de survie
Le héros prend soin d’une mère célibataire avec ses deux enfants comme une bouée de sauvetage pour continuer à croire en l’humanité. L’entraide devient un mode de survie, un espoir de croire en l’être humain quand personne dans le personnel étatique n’est capable de s’élever au-delà des contingences administratives. Car ceux qui y parviennent sont sévèrement rabroués…
Je me mets à la place de George Miller en mai dernier. Le président du jury réclamait du pragmatisme, il a été servi avec ce film radical. Comme Sean Penn à l’époque d’Entre les Murs, ce film a mis tous les membres du jury d’accord. En pointant les déficiences gouvernementales, le film semble donner un mode d’emploi. L’homme doit être considéré à sa juste valeur. Il n’est ni une statistique ni du menu fretin dont on peut se débarrasser.
La projection presse s’est déroulée dans un silence pesant. A l’instar de ses films précédents comme La part des anges ou My name is Joe, Ken Loach creuse le sillon d’un cinéma social qui parle de l’humain. Et de son besoin de respect malgré les avanies. Le film est quasiment obligatoire tant son message semble d’une brulante actualité.
Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…
Sortie : le 26 octobre 2016 Durée : 1h39 Réalisateur : Ken Loach Avec : Dave Johns,Hayley Squires,Dylan McKiernan Genre : Drame
Vous avez été 3103 participants au concoursNo Land’s Song. Merci de votre excellente participation. Les 3 heureux gagnants d’un DVD sont les suivants :
Clémence Humbert, Christian Boniface, Gabrielle Lapage
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Le Mystère Jérôme Bosch, film de José Luis Lopez-Linares
Le Mystère de Jérôme Bosch étudié au scalpel dans un documentaire passionnant
Jheronimus van Aken plus connu sous le nom de Jérôme Bosch a imprimé sa marque dans l’histoire de la peinture universelle. A la lisière du Moyen-âge et de la Renaissance, le peintre néerlandais a produit Le Jardin des Délices, triptyque foisonnant et onirique entreposé au Musée du Prado à Madrid depuis 1939. Ce documentaire propose à plusieurs personnalités de l’art, de la philosophie, de l’histoire ou de la musique de disserter sur le sens d’une peinture qui semble n’avoir pas encore livré tous ses secrets.
Une peinture énigmatique
L’ensemble du documentaire se concentre sur l’existence mal connue du maitre néerlandais et de sa peinture la plus connue. Tableau en 3 parties représentant le Paradis, l’Enfant d’Adam et Eve et l’Enfer, ses 220 x 389 cm fascinent par leur complexité foisonnante. Pas un centimètre carré du tableau n’attire pas le regard par un détail truculent ou une scénette perturbante. Chacun des spectateurs est attiré par une partie du tableau ou interprète les scènes à sa manière. L’absence d’explications données par le peintre entretient la subjectivité pour une peinture multipliant les significations et les thèses.
Un film thèse
Des personnages illustres sont interviewés et donnent leur interprétation du tableau. Le chef d’orchestre William Christie, le romancier Salman Rushdie, le philosophe Michel Onfray, tous semblent fasciné par un tableau qui dépasse l’entendement. Le film enchaine les focus sur des parties significatives du triptyque pour un résultat passionnant pour qui a un atome crochu avec l’art pictural. La modernité de Jérôme Bosch ne cesse d’interpeler quand on met en rapport l’époque de sa vie et le caractère atypique de son oeuvre. Tel un homme du 20e siècle télétransporté 5 siècles plus tôt, il a révolutionné la peinture et laissé une oeuvre immense dont Le Jardin des Délices est l’échantillon le plus connu.
Un documentaire passionnant sur un tableau qui fascine toujours autant. Ce documentaire est destiné à un public averti et ravira les fans de peinture.
500 ans après sa disparition, Jérôme Bosch, l’un des plus grands peintres flamands, continue à intriguer avec une œuvre aussi fascinante qu’énigmatique, aux interprétations multiples. À travers « Le Jardin des Délices », historiens de l’art, philosophes, psychanalystes en cherchent le sens et rendent un hommage vibrant à un artiste qui défie le temps.
Sortie : le 26 octobre 2016 Durée : 1h30 Réalisateur : José Luis Lopez-Linares Avec : Genre : Documentaire
L’invitation : bande annonce du film adapté de la BD de Jim & Mermoux
Adapté de la BD éponyme de Jim & Mermouxparue aux éditions Vents D’Ouest, L’invitation est un film qui s’intéresse aux liens d’amitié. Réalisé par Michaël Cohen que l’on retrouve dans l’un des rôles principaux, le film porte à l’écran Nicolas Bedos dans le rôle du meilleur ami. Un duo d’amis à la ville comme à l’écran !
Nicolas Bedos et les cousins Cohen à l’écriture
Le scénario a été écrit avec l’aide de Dan et Lena Coen, cousins des frères Coen qui ont participé à l’écriture de No Country for Old Men qui ont prodigué de bons conseils à Michaël Cohen : rester proche de l’oeuvre originelle. Ce qui paraît être un atout quand on sait la qualité du travail du scénariste BD Jim. Toutefois, Nicolas Bedos a retouché tous les personnages à sa sauce pour l’occasion. Espérons que cela ne dénature pas le film !
En plein milieu de la nuit, Léo réveille son meilleur pote, Raphaël. Sa voiture est en panne, à une heure de Paris. Hors de question pour Raphaël d’y aller… jusqu’à ce que la femme de sa vie le pousse hors du lit. Arrivé sur place, il découvre qu’il n’y a aucune panne mais du champagne, des amis et une fête improvisée… Léo a fait un test à l’amitié. Et si une amitié, une existence entière ne dépendait que de cette seule question : « Tu te serais levé, toi, pour aller dépanner un pote à 3h du matin ? »
Sortie : le 9 novembre 2016 Durée : 1h30 Réalisateur : Michaël Cohen Avec : Nicolas Bedos, Michaël Cohen, Camille Chamoux
La Pluie raconte une histoire toutes en allusion elliptiques. Une vieille dame autrefois jeune a recueilli les affaires de voyageurs partis en train et jamais revenus. Espérant leur retour, elle a compris l’usure du temps et de ses espérances. Alexandre Haslé manie ses marionnettes dans un silence pesant transpercé de monologues épurés et de musiques d’antan.
Un personnage de théâtre attend les spectateurs à leur arrivée. Vêtu d’un long manteau décrépit et d’un masque sans âge, il déambule lentement sur scène et créée le contact avec le public. Puis il disparait pour laisser place au marionnettiste conteur. Pendant une heure, il va évoquer la vie d’Hannah et lui donner vie.
Un théâtre entre naïveté et émotion
Alexandra Haslé donne vie à des marionnettes une heure durant, entre évocations elliptiques et sous-entendus poignants. Tous ces personnages sont des souvenirs du passé à jamais disparus. Les seules choses qui subsistent sont ces objets recueillis par Hannah et jamais réclamés par personne. Le ton du conteur est doux et gracile, comme s’il s’adressait à des enfants. Sans jamais trop en dire ni tenter de heurter. Il évoque des images plus que des évènements, suscite l’émotion plus que la dramaturgie. Pourtant les adultes comprennent vite de quoi il s’agit et ne sont pas dupes de la tragédie sous-jacente. Cette bande son et ces musiques yiddish, ces marionnettes reconnaissables, la pièce de Daniel Keene invoque le drame du XXe siècle, ce génocide que la pièce n’évoque qu’à demi-mot.
Un théâtre de l’économie
Le moment de théâtre se veut volontairement lent. Les gestes du marionnettiste, son timbre de voix, sa démarche, tout semble se dérouler au ralenti, comme pour capter l’instant et l’étirer le plus possible, conservant ainsi le souvenir des différents personnages. L’attention du public est attirée par le marionnettes dont se revêt le comédien avant d’être déposées respectueusement sur scène. Leurs faciès sont douloureux, leurs gestes sont mesurés. A la suite de la pièce, l’acteur invite le public sur scène pour prolonger le moment et partager autant l’émotion que le vin chaud.
Une pièce toute en symboles, loin de l’agitation de notre époque et privilégiant le poids des souvenirs.
Dates : du 12 octobre au 26 novembre Lieu : Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Alexandre Haslé Avec : Alexandre Haslé
A Cure For Life : le réalisateur de The Ring revient avec une BA anxiogène
A Cure For Life, tel est le titre du prochain film de Gore Verbinski, réalisateur de The Ring (remake de l’effroyable film de Hideo Nakata) mais aussi de Pirates des Caraïbes ou encore de Lone Ranger. Un titre énigmatique pour un film qui s’annonce hautement anxiogène à la lecture de cette première bande annonce.
Une cure… mais de quoi ?
Que se passe-t-il derrière les murs de ce centre de « bien-être » suisse où vient s’échouer le jeune Lockhart ? C’est la question que pose la vidéo avec un sens de la mise en scène diablement efficace, surtout accompagnée de cette sublime bande originale. Sans compter la photographie à l’esthétisme particulièrement léché de ces premières images.
A Cure For Life promet d’être l’un des thrillers horrifiques les plus attendus de l’année prochaine.
Lockhart, jeune cadre ambitieux, est lancé sur la trace de son patron disparu dans un mystérieux centre de bien-être en Suisse.Pris au piège de l’Institut et de son énigmatique corps médical, il découvre peu à peu la sinistre nature des soins proposés aux patients. Alors qu’on lui diagnostique le même mal qui habite l’ensemble des pensionnaires, Lockhart n’a plus d’autres choix que de se soumettre à l’étrange traitement délivré par le centre…la Cure.
Sortie : le 15 février 2017 Durée : inconnue Réalisateur : Gore Verbinski Avec : Dane DeHaan, Jason Isaacs et Mia Goth
Cinemed 2016 : de l’audace au Festival du film méditerranéen de Montpellier
Oubliez les doutes et les turpitudes de l’an dernier, le Festival du film méditerranéen de Montpellier, plus communément appelé Cinemed, tel un phénix, renaît de ses cendres. L’image est un peu forcée, convenons-en, mais je vous mets au défi de trouver une seule personne, dans l’intimité du festival ou pas, qui n’a pas été traversé par cette question de l’après Frêche-Bourgeot-Pitiot. Les mémoires courtes auraient-elles oublié que, malgré une édition 2015 convaincante, Cinemed avait passé sa toute première édition sans directeur de festival officiellement nommé ?
Qu’importe, l’édition 2016 sera celle du renouveau et de la certitude. L’homme fort de Montpellier, M. Philippe Saurel, Maire de la ville, mais aussi Président de Montpellier Méditerranée Métropole, pose les points sur les « i ». L’ancienne Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, succède à la figure locale Henri Talvat, à la Présidence du festival. Cette nomination montre un vrai désir de la part de M. Saurel de voir grandir sur l’échelle nationale le Cinemed. La titularisation de Christophe Leparc, déjà au four et au moulin l’an dernier, affirme cette volonté d’évolution dans la continuité et l’audace, qui caractérise le nouvel homme fort du festival. Il ne manquait plus qu’une marraine de charme pour lancer cette édition de la renaissance sur de bons rails, c’est chose faite avec la pétillante Laetitia Casta, nouvelle présidente du jury pour l’Antigone d’Or.
C’est avec ce désormais connu sourire gêné mais épanoui que l’on retrouve Christophe Leparc, avec à son bras la nouvelle Présidente du Cinemed, Aurélie Filippetti, ce vendredi 21 octobre 2016 au soir, dans un Opéra Berlioz bondé et surchauffé comme à ses plus beaux jours. On se souvient encore de l’ouverture irréelle qu’avait provoqué La graine et le mulet de Kechiche.
Pour Tour de France : Sadek représente
Ce soir, l’ambiance n’est pas loin d’y être parallèle. Nouveau générique vidéo, le flamenco des pays méditerranéens succède à celui des caméras le long de l’esplanade Charles de Gaulle. Pincement nostalgique. Heureusement que la musique reste la même, et surtout, provoque le même « Olé » ! Soudain, aux lumières éteintes, ne succèdent pas celle de l’écran, mais un faisceau braqué sur un jeune homme qui se met à rapper sous vocoder. Il s’agit de Sadek, artiste hip-hop qui partage l’affiche du soir avec l’éternel Gérard Depardieu. Ce dernier n’ayant pu faire le déplacement, c’est donc Sadek et le réalisateur, Rachid Djaïdani, qui inaugure ce tour de Méditerranée par Tour de France.
Sadek et Gérard Depardieu dans Tour de France
Étonnante entrée en matière pour ce 38e Cinemed, le public est partagé entre stupéfaction et envie d’en voir plus. Après une heure et demi de déambulation entre portes ouvertes, bons sentiments, colères et amitiés improbables mais fraternelles, Sadek vient de fendre l’armure de sa casquette vissée jusqu’à son flow enflammé. Il en fallait pour pouvoir tenir la dragée à notre Gégé national, Rachid Djaïdani ne s’est pas trompé. Le duo est la grande force du film, et l’on s’amusera à retenir la Marseillaise rappée par Depardieu, une nouvelle scène inoubliable de son immense carrière.
Le Samedi c’est Adjani… ou pas… ou si !
Le lendemain, samedi, il flotte comme une drôle d’atmosphère. Le temps a changé comme il aime le faire depuis des décennies au milieu de Cinemed. Pleuvra, pleuvra pas. Viendra, viendra pas. La pluie joue à Isabelle Adjani. En effet, après maintes tentatives, l’actrice française, au regard le plus bleu d’entre toutes, est annoncée par les médias du coin. Il faut dire que la belle est devenue aussi rare dans l’espace public que ses films. Preuve en est avec la conférence de presse de sa dernière fiction Carole Matthieu, où jusqu’à la dernière minute, la possibilité qu’elle puisse se montrer exista. Loupé.
Isabelle Adjani dans le film Carole Matthieu
Heureusement, le truculent Louis-Julien Petit, du haut de ses 33 ans, n’est pas du genre à s’en laisser compter. Discount, la comédie surprise de l’an passé, c’est lui. Et c’est avec les convictions chevillées au corps qu’il continue à creuser son sillon de « résistants » comme il aime lui-même se définir. Voilà, le mot est lancé. Résistant. Comme une évidence. Et si c’était simplement, le fil conducteur du Cinemed depuis sa création ?
Finalement, Isabelle Adjani apportera l’éclaircie de la journée quelques instants sur la scène de Berlioz pour présenter Carole Matthieu. Toujours est-il qu’autant culotté et talentueux qu’il soit, L-J.P livre un deuxième film pas exempt de défauts, à commencer par son manque de nuance qui limite fortement son propos. Certes sa maîtrise formelle est intéressante, et le sujet fort (la pression au travail), mais la présence d’Adjani ne suffit pas à emporter l’adhésion à l’ensemble.
Un peu plus tard, Marion Hansel, réalisatrice du délicieux et combatif Si le vent soulève les sables, emmène Sergi Lopez, invité d’honneur de ce Cinemed, et Olivier Gourmet dans une ballade fluviale un peu plate et redondante en Croatie. De belles images et de bons acteurs ne suffisent à sortir le spectateur de sa torpeur. A l’image de l’événement people du jour, on est resté souvent à quai.
Un dimanche avec Sergi Lopez
Dimanche, c’est Sergi Lopez day ! Une rencontre sitôt levée qui confirme la gentillesse et la bonhommie du bel ibérique. Il se sait chanceux de pouvoir exercer ce métier et verse dans l’humilité à chaque réponse. Un peu l’opposé de ce qu’on a vécu hier lancera un journaliste avisé. Ma curiosité me pousse à découvrir Mauro Bolognini, l’Italien qui a droit à sa rétrospective cette année. Et c’est encore une très bonne pioche de M. Talvat !
L’Héritagese vit comme un Maupassant post-réunification italienne autour d’une sombre histoire de famille mêlant joyeusement inceste, manipulation, séduction, pouvoir et évidemment argent. On se méfiera de la prochaine Irène qu’on croisera, je vous le dis.
Vivre et autres fictions : favori à la course à l’Antigone d’Or
Prenons enfin la direction de la salle Pasteur, lieu dédié à la compétition du festival, pour mon premier coup d’œil à un long métrage engagé dans la course à l’Antigone d’Or. Et c’est un premier coup de cœur pour Vivre et autres fictions, de l’espagnol Jo Sol. Sur le sujet tabou de la sexualité des handicapés, il y avait déjà eu le très réussi The Sessions, il y aura désormais ce film-là. Traité avec intelligence, poésie, humour, délicatesse, cette œuvre est un foisonnement de bonheur pour tout cinéphile. La fameuse nuance qu’il manquait hier. Ici, c’est une palette entière de nuance digne d’un arc-en-ciel que nous avons sous les yeux. Un vrai favori de l’Antigone d’Or pour ma part.
Sergi Lopez dans 30/40 livingstone
Quand le théâtre s’invite au Cinemed
On avait dit Sergi Lopez day. Pas son interview, ni sa rétrospective gourmande. Plutôt pour le coup de poker de ce 38e Cinemed : la pièce de théâtre 30/40 livingstone qu’il interpréta à 18h dans l’Opéra Berlioz ! Encore une fois, à l’image des afters créés à la Panacée, Christophe Leparc a le culot de faire bouger les lignes. Et quelle ligne ! Je manque encore de mots pour exprimer ce spectacle total, pour tant si intime et minimaliste, que nous a proposé Sergi Lopez pendant 1h20.
Dans une salle loin d’être remplie, le catalan va nous arracher rire sur rire, mêlé à des moments de réflexions intenses sur notre monde contemporain, notre condition humaine, voire nos désirs enfouis. Presque comme un One-Man Show, Sergi Lopez envahit littéralement la scène par sa prestance physique et vocale. J’ai rarement pris une telle claque face à un artiste capable de tout jouer, et en direct.
L’audace et la résistance sont décidément les maîtres mots de ce premier week end au Cinemed.
Michel Bouquet et Francis Lombrail : un face à face sous haute tension
Après Le roi se meurt de Ionesco qu’il a joué pendant 5 ans, réinventant sans cesse sa partition en grand ordonnateur de son art, Michel Bouquet (90 ans) remonte sur les planches. Il reprend le rôle du chef d’orchestre allemand de renom, Wilhelm Furtwängler, accusé de collusion avec le régime nazi, dont l’acteur avait déjà prêté ses traits en 2001, dans une mise en scène de Marcel Bluwal.
Aujourd’hui, dirigé par Georges Werler, Il s’oppose à son accusateur (Francis Lombrail) dans un affrontement tendu qui questionne sans relâche la place de l’art et la forme de son engagement face à la barbarie. Percutant.
Date : jusqu’au 2 janvier 2017 Lieu : Théâtre Hébertot Metteur en scène : Georges Werler
Nous sommes en 1946 : le commandant américain Steve Arnold est chargé d’instruire le dossier pour la comparution de Furtwängler devant le tribunal de dénazification organisé par les alliés.
[…] La mécanique de l’intrigue est construite comme un triller […]
La pièce qui s’inspire de faits réels, imagine la façon dont ont été conduits à charge par le commandant les interrogatoires afin de constituer le dossier de renvoi.
Entre les deux hommes une frontière insurmontable : le traumatisme de la guerre, de ses horreurs et de ses morts ainsi qu’une conception très marquée du bien et du mal qui s’opposent à toute contradiction.
Le soldat reproche en effet au musicien de ne pas avoir pris position contre le régime nazi, d’avoir continué à diriger la Philharmonie durant le régime hitlérien, cautionnant ainsi de son aura la propagande du IIIème Reich en dépit de l’arrestation des juifs.
Quant au chef d’orchestre, il avance ses arguments. Mais tous ses efforts sont vains tant pour démontrer ses actions en faveur de musiciens juifs que pour plaider la nécessaire autonomie et continuité de son art dans un acte de résistance en faveur de la culture et de son peuple. Furtwängler finira cependant par être disculpé lors de la tenue de son procès de toutes les accusations retenues contre lui.
La mécanique très efficace de l’intrigue est construite comme un triller où la conviction du spectateur n’apparait pas aussi tranchée que le voudrait l’accusation zélée et appartient donc au jugement de chacun. Elle instaure habillement un contradictoire grâce aux personnages secondaires où l’américain dans les débats est assisté d’une jeune allemande et d’un autre militaire, juif, qui n’hésitent pas à discuter et réprouver ses méthodes musclées et parfois orientées.
Stature naturellement imposante à la voix pénétrante, MichelBouquet est saisissant d’humanité, d’ambiguïté et d’intériorité aux prises avec sa vérité tourmentée dont l’interprétation aux multiples résonances traduit toute l’emprise et le trouble émotionnel. Face à lui, FrancisLombrail (Steve Arnold) excelle en officier primaire aussi pugnace qu’inflexible. Mention spéciale également à Juliette Carré, parfaite en témoin affûté venue défendre la cause de l’artiste tandis que les jeunes comédiens Damien Zanoly (Lieutenant David Wills) et Margaux Van denPlas (Emmi Straube) font preuve d’un jeu aussi assuré qu’investi.
La Peur, Théâtre Michel, Mise en scène Elodie Menant
La Peur subjugue tout du long au Théâtre Michel
La Peur bouscule les certitudes du couple. Et si les habitudes quotidiennes et la bienveillance de façade ne cachaient que d’irréductibles réflexes de défiance et de protection? Cette adaptation d’une nouvelle de Stefan Zweig manipule habilement les certitudes et fait monter doucement la pression jusqu’au drame… La pièce finit par s’assimiler à un thriller psychologique et prenant.
Irène et Fritz Wagner forment un couple heureux de la classe moyenne. La femme au foyer et son avocat de mari vont pourtant traverser une tempête force 5 qui pourrait bien mettre leur couple en péril.
Les codes du couple mis à mal
La pièce débute comme un tableau idyllique. Le mari et sa femme prennent un petit déjeuner qui ressemble à tant d’autres. Les sourires semblent pourtant plus entendus que franchement sincères. La pièce révélera patiemment les psychoses enfouies du couple trop modèle pour être honnête. Les grandes promesses sont d’autant plus bancales qu’elles contreviennent aux aspirations de chacun. Les concessions acceptées par la femme éprise de culture et le mari tout dévoué à la justice ne tiennent pourtant pas face à la réalité quotidienne. Chassez le naturel…
Une mise en scène astucieuse
Les murs de l’appartement sont aussi mobiles que les sentiments se tendent. Les acteurs meuvent les côtés de leur foyer dans des configurations de moins en moins droites, reflet de troubles intérieurs grandissants. Les faciès perdent leur jovialité et un second personnage féminin vient troubler Irène jusqu’à lui faire perdre tout sens commun. Les 3 comédiens troublent jusqu’à se demander si leurs interventions sont rêvées ou réelles. Le mari pragmatique conserve les pieds sur terre mais son épouse plus fantasque perd pied. La Peur la fait sombrer, peur de voir sa duplicité découverte et de devoir se confesser à son mari.
La pièce fascine jusqu’à son dénouement. Les affinités de Zweig avec les thèse de ses compatriotes psychiatres viennois mènent la pièce dans une atmosphère pesante qui fait mouche. On ne perd pas une miette de cette pièce claustrophobique et passionnelle.
Dates : à partir du 7 octobre 2016, jeudi, vendredi et dimanche à 19h, samedi à 19h15 Lieu : Théâtre Michel (Paris) Metteur en scène : Elodie Menant Avec : Hélène Degy, Ophélie Marsaud, Aliocha Itovich
Rimendo joue Boris Vian avec entrain au Théâtre Trévise
Rimendo est un groupe de jazz à l’évidente truculence. Les 5 musiciens prennent d’assaut le Théâtre Trévise dans le cadre des soirées Musical’in pour un vrai moment de poésie et interprètent les classiques de Boris Vian. Les ritournelles de l’écrivain, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz n’ont pas pris une ride.
Boris Vian a beau nous avoir quittés en 1959, il semble toujours d’une actualité brulante. Ses chroniques satiriques imposent un humour qui fait du bien par les temps qui courent.
Un quintet péchu
Les 5 musiciens allient dextérité et truculence dans une éternelle bonne humeur. La chanteuse Sarah Olivier multiplie les oeillades et les numéros pour attiser le public enthousiaste. La pianiste Virginie Peyral, le trompettiste Malo Mazurié, le contrebassiste Sylvain Dubrez et le batteur Nicolas Grupp cassent la croute et boivent du vin sur scène en toute décontraction. Les solos de chaque instrument démontrent l’habilité des musiciens pour jouer le jazz comme il se jouait dans les caves de Saint Germain pendant les années 50. Avec entrain et passion, comme un torrent tempétueux que rien n’arrête.
Eternel Boris Vian
Sans vraiment le savoir, les gens connaissent les classiques de Boris Vian tout droit rentrés dans l’imaginaire collectif. Je suis snob, Je bois, Complainte du progrès, On n’est pas là pour se faire engueuler, tous ces airs parlent au public qui les reprend avec allégresse. Et quand le contrebassiste égrène les paroles du Déserteur, toute la salle se tait avec émotion. Cet air interdit pendant le sinistre épisode de la guerre d’Algérie ne laisse pas d’émouvoir par ses paroles sincères et sans concessions. Si la chanson se termine par un « que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer », d’aucuns se souviendront que Mouloudji avait proposé « que j’emporte des armes et que je sais tirer ». Boris Vian privilégiait un pacifisme total, grand bien lui en a pris. La chanteuse multiplie les numéros de charme et le spectacle se conclut dans un tonnerre d’applaudissements.
Les mercredis soirs sont musicaux et élégiaques au Théâtre Trévise. Rimendo reprend des airs qui font plaisir et donnent envie d’écouter du Vian en rentrant chez soi. Une autre date est prévue en novembre, courrez y vite!
Dates : Les 19 octobre et 16 novembre 2016Lieu : Théâtre Trévise (Paris) Avec : Rimendo
Brice de Nice est de retour dans un 2e épisode qui est numéroté comme le numéro 3. Ca commence mal…
En 2004 débarquait Brice de Nice. Ce surfeur involontairement crétin et bas de plafond faisait mourir de rire la France entière. Jean Dujardin multipliait les outrances sans jamais freiner le rythme. Les vannes étaient destinées à devenir cultes. Le film était frais et assumé, de quoi débrancher le cerveau en toute quiétude. Et voilà que le duo Dujardin/Huth décide de remettre le couvert. Même personnage, mêmes vannes, 12 ans sont passés et les adolescents dans la salle sont restés bien calmes. Pas de grosse marade, quelques rires épars, ça fait bien peu…
Brice est toujours à Nice, il n’a pas changé. Quand il reçoit un message de secours de son vieux pote Mariusse, il décide de le rejoindre pour des aventures désopilantes.
Une superbe envolée
La caricature est triste.
Beaucoup se demanderont s’il est bien utile d’aller aux devants d’un plantage annoncé. Pleins de bonne volonté, d’autres accorderont le bénéfice du doute à l’escogriffe blond et autocentré. Mais Brice n’a pas changé. Sauf qu’il ne sait plus vraiment faire rire de lui. Il était entouré de fans dans le premier volet, une cour toujours prête à rire à ses blagues. Il est maintenant seul. Perdu, comme désarçonné, il se débat dans son bocal. Bocal étroit et qui sonne vide. Les blagues n’ont plus de résonance, la caricature est triste. Le surferwinner ascendant snowboarder est comme une relique du passé. Sans dévoiler ses pérégrinations, il va voguer de plages en plages jusqu’à rencontrer un double. Presqu’aussi perdu que lui. La foule de fans autour d’eux ne fait pas frémir, le décor est comme jauni par le temps.
Une intrigue trop facile
Ce Brice sent soit la facilité soit l’abattement. A l’instar d’un Don Quichotte, il repense à ses heures illustres mais le vent du temps l’a soufflé au loin. Cette suite ne fera pas honneur au concept. L’allégresse du premier volet n’est qu’un lointain souvenir que cette suite peine à invoquer. Pour une comédie, c’est bien dommage. Car les rires sont rares, l’ennui pointe bien souvent. Les acteurs sont en pilotage automatique, l’entrain n’existe plus. Sans extravagance, Brice se transforme en un benêt dont il est difficile de rire sans une pointe de culpabilité.
Brice est de retour mais personne n’a pensé à lui donner un cadre adapté à ses aventures. Trop souvent premier degré et presque trop sage, ce 3e… euh 2e…. je sais plus…. bref, ce volet déçoit par son manque de renouvellement et de folie.
Brice est de retour. Le monde a changé, mais pas lui. Quand son meilleur ami, Marius, l’appelle à l’aide, il part dans une grande aventure à l’autre bout du monde… Les voyages forment la « jaunesse » mais restera-t-il le roi de la casse ?
Sortie : le 19 octobre 2016 Durée : 1h35 Réalisateur : James Huth Avec : Jean Dujardin, Clovis Cornillac, Bruno Salomone Genre : Comédie
La Valse des arbres et du ciel de Jean-Michel Guenassia : et si Van Gogh ne s’était pas tué… (Albin Michel)
Jean-Michel Guenassia aime s’attaquer à des pans de l’histoire européenne. Dans un premier roman sublime, Le Club des incorrigibles optimistes, il retraçait le parcours d’une génération égarée entre la fin d’une guerre sanglante et la montée du communisme. « Le club des incorrigibles optimistesest, pour moi en tout cas, mon premier vrai roman » expliquait-t-il alors car, en vérité, il avait déjà publié un polar en 1986. Une renaissance littéraire dirons-nous et depuis, si ces nouvelles œuvres n’ont pas la saveur de son « premier vrai roman », elles se laissent lire avec plaisir. La Valse des arbres et du ciel, petit dernier, est paru en août, s’ajoutant à la liste des 362 romans de la rentrée littéraire 2016.
Les deux derniers mois de la vie de Van Gogh, la condition féminine au XIXème siècle et une passion fulgurante sont les trois fils rouges enchevêtrés du roman. Marguerite, jeune protagoniste, permet à ces thèmes de se mêler. Fille du Docteur Gachet, elle vit presque cloîtrée à Auvers-sur-Oise, bourgade champêtre qui a charmé Van Gogh et où il aura inlassablement promené son chevalet pendant soixante-dix jours au hasard des points de vue, des toits de chaume et des couleurs environnants. Marguerite, rebelle et rêveuse, tombe amoureuse de ses tableaux. Puis de l’homme. Alors, au lieu de se libérer du joug de son père en fuyant en Amérique – son projet initial – elle s’en libère en devenant l’amante du peintre. Mais encore mineure et déjà promise à un autre par son géniteur, sa passion pour cet impressionniste va-nu-pieds et sans renom va les mener à leur perte…
C’est ainsi que Jean-Michel Guenassia s’est plu à inventer l’Histoire. La mort de Van Gogh, à propos de laquelle l’hypothèse du suicide a longtemps prévalu, est très controversée. Un mystère, donc un terreau idéal pour l’imagination. Celle de l’écrivain s’en est emparée.
La naissance d’une passion, son intensité et son extinction… De son écriture fluide et accessible, l’auteur fait de Marguerite une amoureuse transie à tel point que s’en est parfois horripilant. Tandis que Van Gogh, sous sa plume, perd un peu de sa superbe. L’artiste se normalise, tombe du piédestal où sa peinture et sa légende l’y avait installé. C’est normal sans doute puisqu’il s’agit de l’homme « ordinaire » sous le chapeau de l’artiste et que souvent les génies ne sont pas des héros, au contraire, ils sont pétris de défauts. La Valse des arbres et du ciel est une jolie plainte féminine mais pas un chef-d’œuvre. C’est gentil mais cela n’affole pas l’esprit. Cela divertit sans nous faire quitter la terre ferme. Le livre est moins inspiré, moins lumineux que Le club des incorrigibles optimistes. Pour autant, les descriptions de Van Gogh sur le point de peindre, sa vision du monde qu’il jette sur ses toiles, l’admiration de Marguerite sont autant de pages à lire pour leur poésie, l’enthousiasme qu’elles provoquent et la vérité qu’elles dégagent.
Si ce livre est une légère déception, c’est bien car ce grand auteur nous a déjà donné nourriture littéraire de meilleure qualité.
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Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies.
Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.
Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ?…
Autant de questions passionnantes que Jean-Michel Guenassia aborde au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste. Il trouve des réponses insoupçonnées, qu’il nous transmet avec la puissance romanesque et la vérité documentaire qu’on lui connaît depuis Le Club des incorrigibles optimistes.
Date de parution : le 17 août 2016 Auteur : Jean-Michel Guenassia Editeur : Albin Michel Prix : 19,50 € (304 pages) Achetersur : Amazon
Logan : premier teaser de l’ultime volet de Wolverine avec Hugh Jackman
Dernier volet de la saga Wolverine, Logan sonne le glas de la superstar de la planète mutants (ou pas). Cette première bande annonce dévoile un Wolverine devenu un vieux loup solitaire. Alors que les mutants semblent avoir définitivement été éliminés de la surface de la terre – c’est ce qu’il dit en substance dans la vidéo en s’adressant à Charles – un nouvel être aux capacités hors du commun se dévoile. Il s’agit d’une jeune fille dont on ne sait rien pour le moment.
Des images sanglantes embrumées de nostalgies
C’est une voix de country accompagnée d’une guitare sèche qui chantent un air nostalgique qui sent la retraite pour le plus sauvage des X-Men. Même s’il semble fatigué avec un Hugh Jackman à la barbe bien fournie, le mutant immortel est le plus souvent filmé avec beaucoup de sang sur lui… Des images assez violentes ne manqueront d’ailleurs pas d’exciter les plus impatients.
Le film de James Mangold est attendu le 1er mars 2017.
[BD] Brice, le grand livre jaune disponible en librairie (Jungle)
Communiqué de presse :
Il s’appelle Brice, il vient de Nice, surfeur à ses heures, ascendant snowboarder.
Brice de Nice, le personnage loufoque inventé et interprété par Jean Dujardin est de retour au cinéma aujourd’hui. Nous l’avons vu troller YouTube avec son film complet, il a trollé la météo de France 2, il s’attaque aujourd’hui aux librairies !
Ta vie est terne, molle, tristourne ? Ton quotidien est aussi gris que le bitume qui t’entoure ? Tu en as plein le dos du métro-boulot-dodo sans libido ?
STOP !!!
Il est plus que temps de changer de cap ! Grâce à la Brice-Attitude, pimpe ta life et mets du yellow dans ton cœur ! Le surfeur le plus nice de la Méditerranée a compilé pour toi une foultitude de conseils, exercices et autres pauses détentes pour bouger ta carkasse. Imprègne-toi de sa philosophie et surfe sur ton existence plus aisément que dans tes rêves les plus fous. Cette bible de la positivitay saura te guider pour passer de ton niveau actuel de bulot de la drague à celui de dieu de la love. Elle te révèlera tous les secrets d’un style qui farte et d’une déco qui dépote. Tu y découvriras les meilleures répliques pour kasser tous les loosers qui osent pomper ton énergie.
Et comme si les conseils pratiques ne suffisaient pas, tu pourras grâce à elle effectuer une introspection psychologique complète et dresser un bilan de ta personnalitude. Kasstrologie, QI-ologie, cocktailologie et colorologie, rien ne manque pour savoir quel winner se kache en toi.
Voici enfin un livre qui va changer ta life, et te rendre heureux comme un poisson dans l’eau mouillée de l’océan sur fond de soleil couchant. Ne nous remercie pas, ça nous fait plaisir de te voir happy.
[vc_text_separator title= »NFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
Date de sortie : le 19 octobre 2016 Auteurs : Sabine Duhamel et Pauline Roland Genre : Humour Prix unitaire : 13,95 € (128 pages) Acheter sur Amazon
ROCCO, c’est le titre du film documentaire qui s’intéresse à l’incroyable parcours de vie de la star du porno interplanétaire : Rocco Siffredi. Comme le dit une actrice dans cette première bande annonce, « Rocco est infiniment plus qu’une bite« . Une vidéo qui nous ouvre les portes de l’univers de ce mythe contemporain à l’aune de sa retraite. A 50 ans, l’acteur est filmé juste avant de se retirer du monde du X en tant qu’acteur. Le documentaire s’intéresse également à sa vie de famille en compagnie de sa femme, interviewée, et ses deux fils.
Thierry Demaizière et Alban Teurlai aux manettes
Thierry Demaizière – connu pour ses interviews « Portraits » réalisées pour l’émission Sept à Huit sur TF1 – et Alban Teurlai se sont d’abord penchés sur l’industrie du X américain avant de se focaliser sur LE hardeur par excellence et de décider finalement d’en faire le sujet principal de leur documentaire.
Rocco Siffredi est à la pornographie ce que Mike Tyson est à la boxe : une légende vivante. Sa mère aurait voulu qu’il soit curé, il est devenu acteur porno avec sa bénédiction, consacrant sa vie à un seul dieu : le Désir.
En trente ans de métier, Rocco Siffredi aura visité tous les fantasmes de l’âme humaine et se sera prêté à toutes les transgressions. Hardeur au destin exceptionnel, Rocco plonge dans les abîmes de son addiction au sexe et affronte ses démons dans ce documentaire en forme d’introspection. Le moment est aussi venu, pour le monstre sacré du sexe, de raccrocher les gants.
Pour tourner la dernière scène de sa carrière, Rocco a choisi ce documentaire. Une galerie de personnages – famille, amis, partenaires et professionnels du porno – l’accompagne jusqu’à cette sortie de scène spectaculaire.
Des repas de famille à Budapest aux tournages de films pornographiques à Los Angeles, des ruelles italiennes d’Ortona aux villas américaines de la Porn Valley, le film déroule l’histoire d’une vie hantée par le désir et révèle en filigrane les coulisses du X, derrière le scandale et l’apparente obscénité.
À l’heure où la pornographie sort de la clandestinité, envahit le cinéma traditionnel, la mode et l’art contemporain, c’est un univers à part entière, filmé au plus près, qui se dévoile à travers le parcours de Rocco Siffredi.
Sortie : le 30 novembre 2016 Durée : 1h43 Réalisateur : Thierry Demaizière, Alban Teurlai Avec : Rocco Siffredi, Rozsa Tano, Gabriele Galetta
Mal de Pierres, film de Nicole Garcia, Copyright StudioCanal
Mal de Pierres offre un beau portrait de femme
Nicole Garcia donne à Marion Cotillard un de ses rôles les plus troublants avec une histoire de souffrance intériorisée et d’amour impossible. La réalisatrice adapte l’ouvrage de Milena Angus pour un film à acteurs, sans effets superflus mais avec toute l’intensité nécessaire. Le rythme langoureux raconte l’angoisse d’une héroïne perdue en elle-même et prisonnière des conventions de son milieu. Elle aspire à la passion et refuse le chemin balisé proposé par sa famille. Rangé dans une case, elle fera tout pour en sortir.
Gabrielle est issue d’une bourgeoisie agricole qui l’oppresse. Elle rêve de passion mais son milieu ne lui propose qu’une vie rangée et balisée. Son mariage de raison ne l’apaise en rien de ce que ses proches assimilent à une folie douce. Quand elle croise le chemin d’André, son univers bascule…
Des aspirations féminines mises sous l’entonnoir
Mal de Pierres raconte le sort destiné aux aspirations féminines par trop ardentes quand personne ne peut rien y entendre. L’exaltation du personnage interprété par Marion Cotillard est rentrée comme pour se protéger des coups de boutoir incessants de ses proches. Une mère aveugle à ses tourments ne lui offre que la possibilité d’un apaisement stérile via un mariage forcé arrangé. Alex Brendemühl interprète José avec force pour un maçon espagnol choisi par la famille et plein de bonnes intentions. Mais incapable de comprendre son épouse, il s’enferme dans un mutisme taiseux. Marion Cotillard aurait pu jouer une Gala accompagnant son Salvador Dali dans une exubérance constante et passionnée mais son personnage, si elle en partage les ambitions, ne peut se dépêtrer des limites ténues de son existence.
Une histoire d’amour comme un rêve éveillé
Le titre explique cette pathologie empêchant l’héroïne d’enfanter. Son entourage l’envoie en cure pour se remettre. Gabrielle y rencontrera un amour désespéré à qui elle prête tout son souffle vital. Mais André Sauvage (étonnant Louis Garrel loin de sa cape habituelle de parisien détaché de tout) est un éclopé de la guerre d’Indochine qui ne peut lui offrir qu’une potentialité inachevée. L’héroïne rêvera pour deux dans une histoire d’amour pleine de joie et de souffrance mêlées. Le film jongle adroitement entre différentes phases temporelles pour un récit découpé jusqu’au dénouement final inattendu. L’attente, le désespoir, l’assouvissement, tous les sentiments se mélangent dans une farandole ininterrompue.
Un film qui prend son temps
Les lieux magiques s’enchainent sans que l’héroïne ne semble y prête vraiment attention. La beauté des images tranche avec son aphasie émotionnelle. Quand le robinet de la passion s’ouvre, c’est un déferlement impétueux qui la fera supporter son existence pendant longtemps. Un rythme constamment posé accompagne un film plus psychologique qu’animé malgré les fulgurances exubérantes de l’héroïne. Le film rappelle le récent Augustine de 2012 par son travail chirurgical sur les frustrations féminines et la manière inadaptée qu’avait la société de les diagnostiquer et de les traiter. L’après seconde guerre mondiale était encore plein de l’urgence de la reconstruction, pas de place pour ce qui passait pour de la minauderie. L’héroïne est une romantique tombée au mauvais endroit. La barcarole de Tchaikovsky se fait entendre de manière récurrente comme pour signifier l’insondable mélancolie de l’héroïne.
A la frontière de l’exercice de style, ce Mal de Pierres dresse un beau portait de femme résolue à ne pas abandonne ses idéaux. Quitte à céder du terrain, tout en conservant son jardin intérieur.
Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle une femme respectable. Gabrielle dit ne pas l’aimer, se voit enterrée vivante.
Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, et il semble répondre à son désir. Cette fois on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve.
Sortie : le 19 octobre 2016 Durée : 1h56 Réalisateur : Nicole Garcia Avec : Marion Cotillard, Louis Garrel,Alex Brendemühl Genre : Drame
Rodin amoureux ou Rose, Camille, et tant d’autres (Editions Rabelais)
On découvre Rodin de façon intime avec Frédéric Ferney qui nous avait déjà dévoilé les amours de Picasso.
D’abord Rose et ensuite Camille
En effet, si l’art de Rodin reste au premier plan, il est indissociable des rencontres de femmes qui l’ont marqué à jamais, Rodin le génie de la sculpture. Bien sûr, la première fut Rose. Rose Beuret. Elle a gardé sa place auprès du grand maître, toute sa vie, puisqu’il l’épousa à sa toute fin de vie. Rose n’a pas été l’unique, loin de là ! Elle en a vu des conquêtes de son homme.
Et la plus marquante fut Camille Claudel, bien sûr. Une sorte de passion à travers leur don mutuel pour la sculpture. Camille était son élève, mais Rodin sait qu’elle lui en apprend tous les jours même s’il ne le lui dit pas. Deux génies ensemble. Jusqu’au jour où Camille n’existe plus pour Rodin. Camille, enfermée durant plus de trente ans par les siens, dans un asile psychiatrique. Abandonnée de tous. Plus jamais elle ne sculptera.
Si Frédéric Ferney raconte les amours de Rodin, il laisse une grande part au génie de Camille Claudel, comme s’il la réhabilitait aux yeux de tous. Difficile de parler de la vie de Rodin sans décrire la vie terrible de Camille.
Puis toutes les autres
Mais Rodin ne vit qu’à travers son art, ses modèles, ses femmes qu’il sculpte dans les moindres détails, même les plus intimes et de différentes façons : Rodin ne se contente pas toujours du plaisir des yeux, il aime malaxer la glaise et pétrir la chair ; sa sensibilité exige d’y mettre les doigts et le reste, même s’il ne parvient pas toujours à ses fins. p.133
Rodin était un passionné. Un vrai. Passionné de la Nature. Rien ne devait lui résister. Inutile de compter ses conquêtes. Autant de conquêtes que de modèles ! ou presque ! Au nom de la nature. Au nom de l’Art ! Au nom de la femme. Frédéric Ferney nous dresse un portrait d’un homme étonnant et qui a eu une vie créée autour de la femme qu’il a adulée comme personne même s’il ne les a pas rendues heureuses…
Encore un très joli petit livre illustré des Editions Rabelais à lire et à contempler sans fin.
[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
ll y a un paradoxe Rodin : c’est à la fois un coeur célibataire, et un amoureux des femmes – ou plutôt de LA femme –, dont il a cherché le secret toute sa vie. Ni séducteur, ni libertin, ni dépravé, c’est d’abord un adorateur. Rose, Camille, Claire, Gwendolen, Isadora, Hilda, Nuala, Jeanne…, lui ont prêté leur corps autant que leur âme. Il les a aimées pour les comprendre, et les comprendre pour les recréer à partir de la matière inerte. Les pétrissant, les modelant, les révélant, les redressant: Rodin est un redresseur de corps. Et quoi de plus fécond que le désir pour tendre un miroir à la Nature ? Les voici donc, ces modèles, ces maîtresses, ces amantes, ces passantes, ces muses, sans lesquelles le petit Auguste ne serait jamais devenu le grand Rodin.
Date de parution : le 18 octobre 2016 Auteur : Frédéric Ferney Editeur : Editions Rabelais Prix : 14,80 € (140 pages) Achetersur : Amazon
[BD] Couleur de peau miel, tome 4 : l’aventure continue
Après avoir signé une émouvante trilogie autobiographique sous le titre Couleur de peau miel, on pensait que Jung avait fait le tour de la question de son adoption et du monde qui l’entourait. C’était sans compter un petit détail que l’on omet parfois lorsqu’on se plonge dans ces récits passionnants : la vie continue.
Et Jung a continué à vivre ses expériences métissées aux quatre coins du globe, toujours en quête d’identité(s), de racines sud-coréennes et d’une histoire personnelle. Adapté au cinéma, Couleur de peau miela rencontré son succès. L’auteur revient tout naturellement sur cette expérience qui lui fit faire le tour du monde (il a notamment présenté son film devant les Nations Unies à New York).
Déraciné ? Des ailes !
Dans ce quatrième tome, Jung se livre toujours plus intimement sur la façon dont il a vécu le succès de son film, sur ses retrouvailles avec sa mère adoptive en Belgique après trois ans d’absence et sur ses voyages en Corée du Sud. A la manière d’un carnet de voyage, il nous emmène dans son pays d’origine et nous ouvre un regard neuf sur ce qui aurait pu faire sa culture. On y découvre quelques anecdotes, dont quelques préférences culinaires associées aux us et coutumes locaux.
Jung semble déraciné. Il cherche d’où il vient, tente de comprendre pourquoi des mères célibataires peuvent abandonner leur enfant aux agences d’adoptions. Il s’interroge, cherche des réponses et n’en obtient qu’au fond de lui-même. Il n’est pas dans le renoncement. Il est dans l’acceptation et commence à comprendre qui est. De quoi lui donner des ailes.
Un métissage décomplexé
Il est Couleur de peau miel. Mais il parle belge bien mieux qu’il ne parlera sans doute jamais Coréen. Et pourtant, il raffole autant des spécialités belges que des alcools traditionnels Coréens. Jung nous offre une nouvelle fois un témoignage profond dans lequel il parvient à tisser de solides racines au métissage décomplexé.
L’aventure de l’homme continue, rattrapé par son histoire : un homme coréen l’a contacté se disant être son grand frère. Jung serait un enfant disparu accidentellement il y a 40 ans. La réponse se trouve dans un test ADN. Jung se réserve la possibilité d’en faire un… ou pas.
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Depuis sa redécouverte de la Corée en 2008, de nombreuses surprises n’ont cessées de se révéler à Jung-Sik Jun, l’interrogeant toujours plus profondément sur ses origines culturelles. Le dernier voyage que Jung a effectué en Corée le confronte à une famille qui voit en lui leur fils perdu depuis 40 ans. Faut-il faire un test ADN ? Et si la réponse était positive ? Comment ont-ils perdu cet enfant ? Quid de sa famille en Belgique, qui l’a chéri et élevé ?! Partagé entre Europe et Asie, entre le souvenir de ce qui a été et tout ce qui aurait pu être, Jung tente de définir son métissage.
Date de parution : le 12 octobre 2016 Scénariste(s) : Jung Dessinateur(s) : Jung Genre : Autobiographie Editeur : Soleil / Quadrants Prix : 17,95 € (144 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue
Dialogues, le nouvel album de Motorama : cold wave ardente
Un blizzard soufflant sur des braises, c’est ce que produit souvent la musique de Motorama. La mélodie gelée sortant tout droit de leur synthétiseur sur le thème de « Hard Times », premier titre du nouvel album du groupe intitulé Dialogues (que nous avons déjà eu la chance d’écouter) qui sortira très prochainement sur le label indépendant français Talitres, ne déroge pas à cette sensation habituelle. Le groupe russe, basé à Rostov-sur-le-Don, grande ville portuaire au climat pourtant doux pour le pays, excelle dans une cold wave romantique qu’il distribue sans fioriture à un public fidèle et conquis, qui l’avait pour la plupart découvert à la sortie de son second opus Calendar, en 2012 (son premier album Alps, autoproduit, était passé somme toute inaperçu l’année de sa sortie).
Les morceaux de Motorama sur Dialogues sont, comme à l’accoutumée, précieux, des joyaux modernes post-punk dont la pureté réside dans la finesse des arrangements et les paroles amoureuses énigmatiques. L’influence de Joy Division et New Order est évidente, comme l’avoue Vladislav Parshin, leader et chanteur du groupe, également imprégné lors de ses jeunes années par les claviers électro de Kraftwerk, le storytelling de Leonard Cohen, le psychédélisme de Pink Floyd ou encore le rock gothique de The Cure.
Ceci dit, Motorama s’attache également à tracer sa propre esthétique mystérieuse, notamment à coup de vidéoclips tout aussi rêveurs et vaporeux les uns que les autres, ou même d’albums photos accessibles à partir de leur site web (wearemotorama.com). Et l’aspect spontané de sa création est une des clés permettant de comprendre le souffle lyrique se dégageant de sa musique. « J’essaie d’enregistrer le tout dans un seul élan pour conserver l’ossature dans sa fragilité » précisait Vladislav Parshin au regretté magazine Magic en 2015. Le groupe est également un adepte du « Do It Yourself » et enregistre habituellement ses albums en autarcie, sans passer par la case studio (l’appartement de Parshin faisant alors l’affaire).
Motorama photo
Dialogues s’inscrit dans la continuité romantique du travail du groupe, et y adjoint une ambiance finalement encore plus noire, dont les prémices étaient déjà apparues lors de Poverty, leur ultime opus jusqu’alors. Les basses sont plus sèches, moins vibrantes. La voix grave de Parshin se trouve parfois éraillée mais se laisse oxygénée par les mélodies enjouées (comme sur le superbe Sign) qui perforent pour un temps les nuages noirs menaçants, métaphores éventuelles d’un risque ou d’une angoisse imminente. Les rythmes dansants nous invitent toutefois à les mettre de côté. Et, en attendant, à faire brûler ce qu’il reste en nous de combustible.
Dialogues, quatrième album de Motorama, sortie le 21 octobre 2016 sur le label Talitres
joséphine Baker, BD de Catel & Bocquet, CastermanJ
L’existence folle de Joséphine Baker en BD
Joséphine Baker sonne très ancien temps, poussière des débuts du XXe siècle, daté. Il suffit de lire cette BD pour se rendre compte de l’incroyable modernité de la chanteuse, danseuse, actrice, meneuse de revue et résistante française. Elle a conquis le monde en partant du fin fond des Etats-Unis pour prendre d’assaut le Paris des années folles. Cette BD revisite son existence avec acuité et honnêteté pour une odyssée renversante.
Originaire du Missouri, Joséphine Baker a très tôt fait la preuve de son originalité en multipliant les poses extravagantes et les mimiques enjouées sur les scènes des cabarets. Si les Etats-Unis racistes des années 20 et 30 ont tout fait pour la cantonner dans son rôle de quantité négligeable , la jeune femme ambitieuse n’en a eu que faire et traversa l’atlantique pour un triomphe qui allait inaugurer une carrière fabuleuse.
Un récit enlevé
José-Louis Bocquet multiplie les anecdotes sur les hommes de la vie de Joséphine Baker. Mariée très tôt, puis remariée, puis reremariée, l’américaine parut insatiable. Les hommes se sont succédés mais le vrai amour de la vie de la Baker furent ces enfants de toutes origines dont elle s’entoura, la tribu arc-en-ciel. Le dessin de Catel fait merveille pour retranscrire la furie que fut cette héroïne française. Déjà aperçue dans les BD Olympe de Gouges et Kiki de Montparnasse chez le même éditeur Casterman, l’association fait merveille pour ressusciter un passé malheureusement en voie d’oubli. Et pourtant! Quel tempérament! Quel caractère! Rien ne semblait pouvoir arrêter l’extravagance de celle qui a conquis l’occident tout entier.
Une histoire à peine croyable
En rêvant d’une fraternité universelle, l’héroïne a joint les actes aux idées. Son rôle dans la résistance française pendant la seconde guerre mondiale remplit d’admiration tandis que les coups du sort remplissent d’émotion. Sa vie fut un roman, aux épisodes riches, enjoués ou tragiques, la BD le retranscrit avec éclat, rendant la lecture proche de celle d’un roman d’aventure. Comment croire à une existence si délirante… et pourtant.
Une BD phare de la rentrée 2016 avec son récit truculent d’une héroïne unique. Un bel hommage à une grande femme du XXe siècle!
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Joséphine Baker a 20 ans quand elle débarque à Paris en 1925. En une seule nuit, la petite danseuse américaine devient l’idole des Années Folles, fascinant Picasso, Cocteau, Le Corbusier ou Simenon. Dans le parfum de liberté des années 1930, Joséphine s’impose comme la première star noire à l’échelle mondiale, de Buenos Aires à Vienne, d’Alexandrie à Londres. Après la guerre et son engagement dans le camp de la résistance française, Joséphine décide de se vouer à la lutte contre la ségrégation raciale. La preuve par l’exemple : au cours des années 1950, dans son Château des Milandes, elle adopte douze orphelins d’origines différentes, la tribu arc-en-ciel. Elle chantera l’amour et la liberté jusqu’à son dernier souffle.
Date de parution : le 7 septembre 2016 Scénariste(s) : José-Louis Bocquet Dessinateur(s) : Catel Genre : Biographie, Historique Editeur : Casterman Prix : 26,95 € (564 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue
Pigments, Comédie dramatique de Nicolas Taffin, Théâtre de la Contrescarpe
Pigments touche au coeur au Théâtre de la Contrescarpe
Le Théâtre de la Contrescarpe propose Pigments, une comédie romantique et dramatique qui voit un couple que tout oppose s’aimer pour irrémédiablement se séparer. Jusqu’à un évènement qui va remettre les compteurs à zéro et offrir une nouvelle chance aux deux êtres de se retrouver. L’humour très série américaine fait mouche et distille une ambiance fort plaisante tout du long.
Chloé est artiste peintre et sa vision de la vie enthousiaste ainsi que sa folie douce ont fait fondre son neurologue de boyfriend. Nicolas est autant fou amoureux que pragmatique. La séparation est inévitable… l’amour sera-t-il le plus fort?
Un conte de fée moderne
Nicolas Taffin interprète cette moitié aussi pragmatique que sa campagne est fantasque. Le comédien est à l’origine de l’écriture de la pièce et imprime un rythme tambour battant à ce beau moment de théâtre. Des musiques se font entendre tout du long pour accompagner et approfondir les sentiments. Un Smells like teen spirit énergisant se fait notamment entendre au détour d’une belle scène d’euphorie. Mais l’amour n’est pas toujours un sentiment constant et des péripéties animeront cette relation trop belle pour être vraie. La réalité rattrape les deux tourtereaux et leurs sentiments seront mis à rude épreuve.
L’oubli et la mémoire
Les sentimentspeuvent-ils être si éternels qu’ils impriment inéluctablement leur marque dans l’esprit par delà les drames de la vie? Pigments tente d’y répondre dans un déroulé tour à tour émouvant et truculent. La pièce rappelle l’ambiance de ces multiples com’rom’ américaines où le sort s’acharne sur deux êtres que toute le public souhaite voir réunir à jamais. Mais comme pour un film hollywoodien, tout n’est pas si simple et il faudra surmonter les obstacles pour atteindre le dénouement. Avec une alternance de moments de joie ou de découragements. L’entente parfaite du duo d’acteur porte la pièce et touche les spectateurs au coeur. Le texte se veut aussi réaliste que possible et la poésie apparait par petites touches pour attiser l’émotion.
Un moment de théâtre tendre et divertissant qui touche au coeur. Difficile de quitter des yeux ces deux acteurs qui se mettent à nu pour entrainer le public dans une comédie romantique qui fait plaisir.
Dates : à partir du 16 septembre 2016 Lieu : Théâtre de la Contrescarpe (Paris) Metteur en scène : Nicolas Taffin Avec : Nicolas Taffin, Mathilde Moulinat