Accueil Blog Page 188

Un spectacle espiègle et musical avec Carnet de Notes au Lucernaire

Carnet de notes
Carnet de notes, mise en scène de Mariline Goudron Devaud et Isabelle Turschwell, Lucernaire

Un spectacle espiègle et musical avec Carnet de Notes au Lucernaire

Tous les spectateurs présents dans la salle du Lucernaire pour le spectacle Carnet de Notes ont des souvenirs d’école, bons et mauvais. C’est à eux qu’ont pensé les comédiens-chanteurs de la Compagnie du Sans Souci dans ce spectacle musical et truculent où les saynettes se succèdent 1h30 durant dans une joyeuse pagaille. Le répertoire invoque volontiers les riches heures de la variété française avec 18 chansons mises en scène dans une énergie communicative pour faire revivre le temps ancien des bancs de l’école. Le ton est au retour en enfance vivifiant et à la farce potache.

Une bande de joyeux lurons

Carnet de Notes imagine le parcours de 7 élèves dissipés depuis la classe préparatoire jusqu’au baccalauréat dans une école qui ressemble à tant d’autres. Pour les figurer, 3 comédiens et 4 comédiennes aux talents multiples rivalisent d’imagination pour rythmer un spectacle tout en musique et en pantalonnades. L’ingéniosité est à l’honneur dans cet enchainement de tableaux pittoresques émaillés de plaisanteries bidonnantes et finalement si réalistes. Ces grands enfants dynamiques empoignent guitares et instruments pour interpréter avec allégresse des chansons de Renaud ou Pierre Perret, Michel Fugain ou (évidemment) Sheila. Le ton est à la nostalgie bienveillante avec ces culottes courtes et ces uniformes typiques de temps surannés à la limite de l’archaïsme. Les personnages caricaturaux interprétés sur scène font sourire par leurs mimiques burlesques, de celles qui rappelleront beaucoup de souvenirs aux anciens élèves. La prof immanquablement passionnée par son travail; le premier baiser, les professeurs dictatoriaux, les profs un peu dépassés par leur classe turbulente, les élèves surchargés de travail, c’est tout un petit monde qui défile sur scène dans une euphorie quasi permanente. Et tant pis si les chansons sont parfois un peu trop confidentielles et issues d’un autre temps, leurs interprètes donnent envie de les chantonner pour rentrer aussi dans la danse.

Carnet de Notes surprend par l’investissement constant de ses interprètes pour égayer l’audience. Le courant passe très vite avec le public pour faire passer un bon moment d’effervescence collective.

Dates :  jusqu’au 21 janvier 2018, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 16h
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Mariline Goudron Devaud et Isabelle Turschwell
Avec : Stéphanie Cavaillès ou Emilie Hedou, Virginie Bracq, Laurent Labruyère ou François Santucci, Vincent Hedou ou Christophe Charrier, Anaïs Ancel, Nessim Vidal ou Tristan Robin, Camille Voitellier ou Anne Louise Olivry

Battle of the sexes, aux origines du féminisme

Battle of the sexes
Battle of the sexes

Battle of the sexes, aux origines du féminisme

Battle of the sexes est moins un film sur le tennis que sur une femme se découvrant  une inclinaison inattendue pour la gente féminine. La championne Billie Jean King (surprenante Emma Stone) ignorait-elle ses penchants ou refusait-elle de voir la réalité en face de peur de se mettre en porte-à-faux avec une époque encore très conservatrice, le doute persistait pour une femme mariée arrivée au top du classement des tenniswomen. Sa confrontation avec Bobby Riggs (truculent Steve Carrel) n’est qu’un prétexte pour une histoire d’acceptation de soi aux résonances particulières dans l’Amérique réactionnaire contemporaine.

Un temps pas si éloigné

1972, cette date semble à la fois si loin et si proche. La vague libertaire hippie avait beau être passée par là, les blocages sociétaux persistaient encore pour ce qui était de l’égalité hommes / femmes. Salaires moindres, considération toute relative, Billie Jean King s’est élevée contre l’ostracisme pour faire reconnaître la valeur des femmes à travers le médium tennis. Prenant fait et cause pour l’acceptation par les autorités tennistiques du besoin de reconnaissance des joueuses féminines, elle a claqué la porte de la fédération américaine de tennis pour contribuer à la création de la WTA. Il fallait qu’elle soit une grande championne pour réussir à rallier les principales joueuses derrière elle avec la promesse de rémunérations substantielles et d’une reconnaissance plus globale. Cette première histoire se mélange ensuite à deux autres intrigues: la découverte par Billie Jean King de son homosexualité et l’affrontement par médias interposés avec un Bobby Riggs hautement misogyne. Les réalisateurs Jonathan Dayton et Valerie Farris refont le coup de Little Miss Sunshine en insérant une bonne dose d’empathie dans ce qui n’aurait pu être qu’un combat manichéen. Ils ont le bon gout de montrer l’ambiguité du comportement de l’ancien numéro 1 mondial plus clown fanfaron que véritablement malfaisant. Face à lui, Billie Jean King mène le combat d’une vie pour s’accepter dans une époque encore très conservatrice, au risque de perdre autant son statut de star que son revenu et son estime de soi.

Le prétexte du tennis

Si le fameux match du tennis opposant l’homme Goliath à la femme David a bien lieu, le sport n’est qu’un prétexte à une étude de caractères, voire à une plongée dans la société américaine des années 70. Les tables sont oranges, les rideaux sont vert pommes et les rouflaquettes sont de sortie. Une Emma Stone brunette tout sauf sexy revêt d’affreuses lunettes métalliques dorées pour figurer la femme moins fragile qu’il n’y parait comme le montrera l’issue du fameux match. Face à elle, le joueur à la retraite interprété par Steve Carrel est addict au jeu et a beau faire le fanfaron, la sobriété l’emporte sur la clownerie, confirmant l’ampleur prise par l’acteur depuis quelques années. Il crevait littéralement l’écran dans Little Miss Sunshine, il irradiait dans Crazy Stupid Love, il joue ici sur tous les tableaux, aussi sensible que truculent selon les scènes. Au final, le film n’a rien de spécial dans son scénario et son volume, l’esprit prévaut, porté en cela par ses interprètes. Les plans sont serrés, les regards sont lointains, un idéal d’égalité porte la championne tiraillée entre son mari et ses rêves de bonheur. Si le film n’invente en soi pas grand chose, il rayonne avant tout avec cette histoire de victoire sur le destin et les blocages sociétaux.

Battle of the sexes contient quelques scènes inoubliables mais compte surtout sur l’art de ses réalisateurs pour échafauder une histoire pleine d’humanité et de fêlures à vif. Quant aux deux interprètes, ils sont LA raison d’aller voir ce film très dans l’air du temps, comme un pied de nez à ceux qui veulent mettre des bâtons dans les roues aux chercheurs de liberté.

[vc_text_separator title= »SYNOPSIS ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]


Battle of the sexes
Battle of the sexes

1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

Sortie : le 22 novembre 2017
Durée : 2h02
Réalisateur : Jonathan Dayton, Valerie Faris
Avec : Emma StoneSteve CarellAndrea Riseborough
Genre : Biopic, Drame, Comédie

[vc_text_separator title= »BANDE ANNONCE » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Bakhita, un roman bouleversant de Véronique Olmi (Albin Michel)

Véronique Olmi

Bakhita, un roman bouleversant de Véronique Olmi (Albin Michel)

Après avoir lu Bakhita, le lecteur ne sera jamais plus le même. Même si vous n’avez aucune croyance, Bakhita va vous bouleverser. Vous bouleverser en profondeur.

Une rencontre pas comme les autres
Véronique Olmi dit avoir découvert Bakhita par hasard. Mais existe-t-il vraiment, le hasard ? Elle serait entrée dans une église, en Touraine et aurait juste vu son portrait. Depuis, Bakhita ne l’a plus quittée. L’auteur a retrouvé un livre officiel en Italie qui parlait d’elle et durant deux ans, elle a consacré tout son temps à ses recherches pour son dernier livre qui n’est pas une biographie, mais la vie romancée de Bakhita. On y découvre Bakhita de 1876, année de son enlèvement au 1er octobre 2000 où Jean-Paul II la déclare sainte.

Une vie cauchemardesque
Bakhita a tout juste 7 ans quand elle est enlevée dans son village du Darfour. Elle fait partie d’une famille nombreuse, et a une jumelle. Son père est chef de tribu. Elle oubliera tout de ses sept premières années d’enfance, sauf l’amour des siens, surtout l’amour de sa mère. Elle connaît la forme d’esclavage la plus terrible, des sévices totalement inhumains. Et malgré tout, elle tient le coup. Elle s’attache à une petite fille esclave comme elle, qui lui sera arrachée, puis à une autre… Jamais elle ne pourra garder ses amitiés longtemps, et ce, durant toute sa vie. Elle est très noire de peau, très belle, et subira des violences extrêmes qui la marqueront à jamais, dans son corps et dans son esprit. Mais toujours, elle trouve la force de se relever. Elle est vendue un nombre de fois terrifiant et à chaque fois, ce sont des supplices terribles pour elle. Elle ne dit rien, reste toujours debout. Cassée en deux, boitant, scarifiée, mais vivante.

Une force intérieure inexpliquée
Bakhita ne se souvient plus de son prénom. Bakhita est son nom d’esclave qui signifie la chanceuse. Elle ne connaît pas non plus le nom de son village. Elle a tout oublié ou presque de sa petite enfance heureuse avec les siens. Elle essaie de se souvenir le plus longtemps possible du visage de sa mère.
Elle va être sauvée grâce au Consul d’Italie qui quitte le Soudan pour retourner en Italie. Bakhita les accompagne. Elle sera « donnée » aux amis du Consul ainsi continuera-t-elle à s’occuper de leur bébé, Minnima. Elle devient nourrice de cette petite fille, mais reste esclave.

Une foi discrète mais profonde
Puis sa vie va peu à peu se transformer. Avec des rencontres merveilleuses. Mais jamais la vie ne la laissera en profiter bien longtemps. Comme s’il lui était interdit d’aimer. Jusqu’au jour où elle décide de se faire baptiser…
Impossible de vous en dire davantage. Ce livre est à lire absolument. C’est le récit d’une vie inimaginable et qui a pourtant existé. Un livre qui nous ouvre des chemins de la réflexion, toujours valables aujourd’hui, au XXI siècle. Un coup de cœur pour Publik’Art, un coup de cœur bouleversant. Un livre que l’on n’oubliera jamais, comme si Bakhita entrait dans nos vies. Comme un signe d’espoir.

Voilà tous les prix remportés par Véronique Olmi pour Bakhita :
• Prix du roman Fnac 20177 pour Bakhita
• Prix Patrimoines BPE 20178 pour Bakhita
• Choix Goncourt de l’Orient 201713 pour Bakhita
• Finaliste Prix Goncourt 20179 pour Bakhita
• Finaliste Prix Goncourt des lycéens 201710 pour Bakhita
• Finaliste Prix Femina 201711 pour Bakhita
• Finaliste Prix Landerneau des lecteurs 201714 pour Bakhita

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion.
Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.

Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte.
Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

Date de parution : le 23 août 2017
Auteur : Véronique Olmi
Editeur : Albin Michel
Prix : 22,90 € (456 pages)
Acheter sur : Amazon

Test : Dr Groov, une box musicale à découvrir absolument!

 

Dr Groov
Dr Groov

Dr Groov, une box musicale à découvrir absolument!

Dr Groov débarque en fanfare dans le paysage culturel hexagonal. Le concept? Un choix de formules pour recevoir chez soi ou dans un point relais Pickup la box dr.groov’ tous les mois avec dedans 3 à 5 produits dédiés à la musique! Et comme les formules d’abonnements donnent accès à une montagne d’avantages exclusifs, le concept novateur n’est en rien usurpé!

Deux types de formules

Pour vous abonner à Dr Groov, la simplicité est à l’honneur avec deux formules:

Mensuel à 25 euros / mois, sans engagement avec une livraison mensuelle.

12 mois à 21 euros / mois avec livraison mensuelle.

Les abonnements et cartes cadeaux sont disponibles en France, à Monaco ainsi qu’en Allemagne, AutricheBelgique, Espagne, Irlande, Italie, Luxembourg, PaysBas, Bustle Music, RoyaumeUni!

Des box pleines de surprises

Le contenu de chaque box réserve une montagne de surprises! Jugez plutôt! Vous pourrez y trouver 3 à 5 surprises dans chacune parmi lesquelles:

– des vinyles d’artistes à la pointe de la musique actuelle, loin des programmations radios habituelles et rabâchées sur les ondes. La sélection Dr Groov pioche parmi les pépites des principaux genres musicaux actuels comme la pop, le rock, l’électro, l’urbain, la soul, la world pour des découvertes inédites!

– la bio des artistes proposés en viniye pour approfondir l’univers proposé et le track by track incluant l’explication de chaque chanson

– des livres ou des BD incontournables sur la musique

– des accès, des réductions à des services privilégiés

– des tote bags incontournables

– du merchandising de qualité

– plein d’autres surprises que Dr Groov n’a pas encore en tête !

Le club des abonnés réserve également plein de belles surprises exclusives :

– des rencontres avec les artistes lors d’apéros conviviaux auxquels vous serrez conviés

– des invitations à des concerts private

– des offres de partenaires tendances

– des réductions à l’e-shop Dr Groov

Dr Groov
Dr Groov

Un exemple

Publik’Art a pu tester la Box du mois d’octobre 2017 dont le contenu était le suivant:

– le dernier vinyle de Girls in Hawaii Nocturne, dédicacé par les membres du groupe!

– Le livre de l’exposition Jamaica Jamaica tenue récemment à la Philharmonie de Paris, un futur collecter!

– 1 mois de streaming offert à la plateforme Bustle Music.

 

Dr Groov est un concept à découvrir au plus vite. D’ailleurs, un concours va bientôt arriver sur Publik’Art pour vous faire gagner un abonnement, restez en alerte, ça ne devrait pas tarder…

La Reine du bal, le dernier policier de Mary Higgins Clark (Albin Michel)

Mary Higgins Clark

La Reine du bal, le dernier policier de Mary Higgins Clark (Albin Michel)

 

Encore une fois, Mary Higgins Clark nous régale avec son dernier roman coécrit avec Alafair Burke : La Reine du bal.

L’histoire se passe au célèbre Musée de New York : Le MET. C’était la soirée de gala du Musée, avec une exposition des plus belles robes de collections des premières dames du Monde. Leurs tenues lors du bal de l’investiture de leur époux sont toutes exposées. Lors de ce gala, Virginia Wakeling, généreuse donatrice, a été retrouvée morte en bas de la magnifique terrasse du MET. Et c’est trois ans plus tard que notre Laurie Moran va s’intéresser à cette enquête non encore élucidée par la police.
Qui a donc tué Virginia Wakeling, multi millionnaire ? Un de ses enfants, son jeune amant à qui elle a déjà donné beaucoup d’argent ? Son neveu ? Ou est-ce tout simplement un accident ? Ou un suicide ?
Laurie Moran décide de faire intervenir chaque « témoin » à son émission télévisée : Suspicion. Elle mène donc son enquête avec ferveur de façon à bien préparer son émission. Et non sans risque.
Comme toujours, Mary Higgins Clark sait nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page et en même temps, nous régaler avec des détails pétillants ! On découvre la société huppée de New-York ! Aussi bien le monde des affaires, que celui de l’Art !
Un très bon roman que vous lirez d’une seule traite, assurément !

Alafair Burke
[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Ce soir-là, elle était la reine du bal… pour la dernière fois : la riche et mondaine Virginia Wakeling a été tuée lors du gala du Metropolitan Museum dont elle était l’une des plus généreuses donatrices, vraisemblablement précipitée du toit. Par qui ? L’affaire n’a jamais été élucidée.
Trois ans plus tard, Laurie Moran, l’enquêtrice phare de l’émission Suspicion, s’empare du cold case. Elle découvre vite que Virginia était une femme très courtisée : un petit ami nettement plus jeune qu’elle, désigné à l’époque comme le principal suspect, mais également nombreuses de personnalités en vue – collectionneurs, promoteurs immobiliers, entrepreneurs… – avaient noué avec elle d’étroites relations.
Tous étaient présents lors de la célèbre soirée caritative. Mais qui aurait eu intérêt à se débarrasser de Virginia ?

Après Le Piège de la Belle au bois dormant, la nouvelle enquête à haut risque de Laurie Moran, aux prises avec l’univers à la fois frivole et impitoyable de la jet-set new-yorkaise.

Date de parution : le 15 novembre 2017
Auteur : Mary Higgins Clark et Alafair Burke
Editeur : Albin Michel
Prix : 20,90 € (394 pages)
Acheter sur : Amazon

La pétillante Laura Domenge fait fondre le public du Lucernaire

Laura Domenge
Laura Domenge, Passages, Le Lucernairepétillante Laura Domenge fait fondre le public du Lucernaire

La pétillante Laura Domenge fait fondre le public du Lucernaire

Le one-woman show de Laura Domenge s’adresse à tous les publics, si possible avertis, et à tous les âges. La jeune femme remporte tous les suffrages grâce à sa petite dizaine de sketchs qui multiplient les personnages drolatiques et les situations cocasses. Elle jette un regard gentiment acide sur ses contemporains adeptes du yoga ou perdus dans la jungle de la modernité. En n’hésitant pas à s’adresser directement au public, elle brise continuellement le quatrième mur et devient une vraie copine truculente qui n’hésite pas à se mettre elle-même en boite pour mieux faire rire ses potes. Et comme son langage gentiment grivois fait naitre des sourires voire des rires francs, la partie est gagnée et Laura Domenge fait passer un très bon moment au Lucernaire.

Un spectacle tout en recul

Loin de vouloir brocarder à tout prix et critiquer cruellement ses contemporains comme trop de comiques en ont pris hélas l’habitude, Laura Domenge préfère employer le burlesque pour chercher en chacun de nous la part de ridicule qui fait rire de manière inoffensive. Elle fait appel au second degré pour déclencher des sourires sans jamais faire inutilement mal. Et c’est tout l’art d’une comédienne qui a étudié le mime pour se glisser sans difficultés dans la peau de divers personnages. La caricature fait rire mais sans jamais moquer cruellement, la tendresse n’est jamais loin dans le jeu de la pétillante comédienne fan de Céline Dion. En jouant la pré-trentenaire post-adolescente, elle clame elle-même son gros problème pour se situer et trouver l’amour dans un monde contemporain si exigeant avec les femmes. Femme au foyer, femme active, mère modèle, femme sexy, les dames doivent multiplier les casquettes pour rester toujours au top. Laura Domenge en rigole avec bonne humeur tout en appuyant sur une vraie réalité sociale. Il y a de la lucidité dans tous ces sketchs pour interpréter des contemporains d’apparence si radieux mais qui cachent sous cape de vraies fêlures inavouables.

La comédienne s’adresse à tous et toutes et le spectacle fonctionne parfaitement. Pas un membre du public pour quitter la salle avec une mine déconfite. Les sourires sont francs et sincères pour un vrai succès public à découvrir dès que possible au Lucernaire.

Dates :  à partir du 29 septembre 2017, vendredi et samedi à 21h30, dimanche à 19h
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Laura Domenge
Avec : Laura Domenge

Une plongée anthropologique chez les Himbas avec la BD Rouge Himba (La Boîte à Bulles)

Rouge Himba
Rouge Himba, dessin de Simon Hureau, scénario de Solenn Bardet, Editions La Boîte à Bulles

Une plongée anthropologique chez les Himbas avec la BD Rouge Himba (La Boîte à Bulles)

Solenn Bardet invite le dessinateur Simon Hureau à la suivre pour découvrir une culture primitive aux multiples subtilités en plein coeur de la Namibie. Les Himbas ne sont pas qu’un peuple aux femmes se peinturlurant la peau d’ocre et de graisse, leur donnant cette couleur rouge si caractéristique. C’est aussi un peuple de pasteurs nomades à l’organisation complexe qui a conquis la jeune femme dès son plus jeune âge. Si la BD n’oublie aucun détail tout au long de 312 pages riches en apartés techniques pleins de sens, la masse d’information transforme peu à peu la simple BD en pensum anthropologique parfois compact.

A l’origine du monde

Les Himbas sont un peuple situés à cheval entre l’Angola et la Namibie dont les 10 000 individus vivent principalement sur les 30 000 km carrés du Kaokoland. Rien n’aurait du pousser le dessinateur Simon Hureau à venir scruter de plus près les us et coutumes de ce peuple d’éleveurs au mode de vie ancestral. Mais la proposition de Solenn Bardet de la suivre en Afrique va le convaincre de tenter l’aventure. Née en 1975, la jeune femme n’a que 18 ans en 1993 quand elle débarque chez les Himbas. Adoptée selon les rites de la peuplade, Solenn Bardet séjourne auprès de sa famille d’adoption six mois par an pendant quatre ans et en fait le récit passionné dans Pieds nus sur la terre rouge aux éditions Robert Laffont en 1998. Elle participe à la création de l’association Kovahimba en 2006 pour aider les Himbas à protéger et valoriser leur culture. Elle réalise enfin le documentaire Les Himbas font leur cinéma ! en 2012 pour souligner la spécificité de la culture Himba dans un monde moderne qui brûle la terre par les deux bouts. Les 312 pages débutent avec un vrai choc des cultures pour s’enfoncer au fil des pages dans le bréviaire exhaustif. Certaines pages creusent si profondément dans les détails que le lecteur peut se demander à l’occasion si l’auteure n’en fait pas un peu trop. La BD d’abord divertissante se change en récit encyclopédique avant tout omniscient, aux micro intrigues à l’ampleur  certes limitée mais toute tournée vers les enjeux d’une petite communauté aux confins du monde.

La lecture de Rouge Himba fait découvrir une culture et des individus si loin des critères occidentaux. Parfois indigeste, elle révèle surtout que les valeurs occidentales ne sont peut être pas les plus indiquées pour montrer le chemin de l’avenir. Et rien que pour ça, Rouge Himba vaut le coup d’une lecture approfondie!

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR, INFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Les Himbas constituent un peuple premier qui, bien qu’en contact avec la civilisation occidentale, a décidé de conserver son mode de vie. Solenn Bardet les connaît très bien, puisqu’à peine majeure, il y a 20 ans, elle est allée vivre avec eux, se faisant même adopter par une famille himba. En 2015, elle convainc Simon Hureau de la suivre dans son prochain périple en Namibie. Pour Solenn, les objectifs de ce voyage sont multiples : se rendre sur la tombe de son défunt père, présenter sa fille Zélie à sa famille himba et à ses amies et résoudre des conflits entre clans qui paralysent l’avancement des projets de l’association Kovahimba… Sur cette terre aride où rien n’est simple, organiser une simple réunion demande patience et persévérance. Aux côtés de Solenn, Simon Hureau et le lecteur découvrent la beauté, l’étrangeté de ce pays et de ses habitants. Dépaysant, instructif, magique…

Date de parution : le 15 novembre 2017
Scénariste(s) : Solenn Bardet
Dessinateur(s) : Simon Hureau
Genre : Humour
Editeur : La Boite à Bulle
Prix : 34 € (312 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

Justice League, que d’espoirs déçus…

Justice League
Justice League, film de Zack Snyder

Justice League, que d’espoirs déçus…

Batman Vs Superman: l’aube de la justice se clôturait sur la mort de l’homme en tenue de lycra bleue venu d’ailleurs. Justice League reprend le cours de l’histoire avec un Batman qui culpabilise mais qui espère aussi le soutien de nouveaux super héros si besoin. Justice League tente de creuser les rapports épineux entre des personnages complexes mais se perd dans une lutte sans ampleur contre un super méchant de pacotille. Steppenwolf a autant de charismes qu’un Casimir avec des cornes et plombe littéralement un opus qui partait pourtant sur de bonnes bases…

Des enseignements mal retenus 

Depuis The Dark Knight, tout le monde sait qu’un bon film de super héros tient surtout à la qualité du super méchant. Le Joker interprété par Heath Ledger a écrit les tables de la loi et Zack Snyder a tenté de s’en souvenir dans L’aube de la justice en introduisant Jesse Eisenberg dans le rôle du némesis Lex Luthor. Le super monstre est ici interprété par un méchant en images de synthèse totalement sans relief, soulignant bien que l’intérêt du film n’est pas là. Les dizaines de minutes passées par les super héros à l’affronter ne sont qu’une perte de temps, l’important est ailleurs. Car dès le début du film, le monde pleure la perte de Superman. Ce qui donne lieu à une séquence d’introduction exemplaire sur l’air du Everybody knows de Leonard Cohen réinterprété avec sobriété et cette image irrésistible de une de journaux montrant le titre Did they return to their planet? Aux côtés de Superman, David Bowie et Prince apparaissent pour la meilleure séquence du film, montrant bien que Zack Snyder avait toutes les cartes en main pour réaliser un film d’action inoubliable grâce à des petites subtilités épaississant l’intrigue. Au lieu de cela, il préfère la facilité de scènes d’action lourdaudes et répétitives tout juste matinées d’humour. Qu’il est loin le temps où Ezra Miller choisissait ses films avec soin, lui devenu un Flash immature et juvénile tout juste bon à amuser la galerie. Jason Momoa réapparait enfin après son rôle jackpot de Khal Drogo dans Game of Thrones sans apporter beaucoup plus d’intensité. Les piques échangées entre Aquaman et Batman sont tout juste dignes d’une cour d’école. Cyborg a un micro rôle et Wonder Woman est tout juste là pour attiser les assiduités masculines… ce qui est un petit peu juste.

Increvable Superman

L’intéret essentiel du film tient finalement dans le personnage le plus lisse de l’histoire des Comics américains. L’invincible Superman au sourire bright fait une résurrection lourde de sens interrogeant sur le bien fondé du procédé et la pérennité du Moi à travers la mort. Même si la retouche numérique partielle d’Henry Cavill pour faire disparaitre une moustache saugrenue donne à l’acteur des airs de Chippendale en plastique, sa présence rehausse le niveau d’un film au scénario raté. Entre les personnages rapidement oubliés (qui est le méchant qu’affronte Batman au début du film? Que devient Mera?) et les incohérences (Bruce Wayne a l’air pour une fois bien pressé de dévoiler son identité aux nouveaux venus…), Justice League semble une fois de plus préparer la suite. A force d’enchainer les films qui préparent la suite, la suite va finir par se faire attendre et DC Comics va lasser des spectateurs mis à rude épreuve. La séquence de fin donne des indices sur les prochains épisodes mais si eux aussi préparent la suite, beaucoup de spectateurs risquent de passer leur tour…

Justice League pourrait être beaucoup plus qu’un divertissement lambda. Le nombre de super héros présents dans le film devrait motiver les producteurs à muscler le scénario. Au lieu de cela, le film ne décolle que trop rarement et se vautre trop souvent dans de l’action médiocre. C’est peu.

[vc_text_separator title= »SYNOPSIS ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
Justice League
Justice League

Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Sortie : le 16 novembre 2017
Durée : 2h00
Réalisateur : Zack Snyder
Avec : Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot
Genre : Action, Science Fiction

[vc_text_separator title= »BANDE ANNONCE » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Robert Hirsch, grande figure du théâtre français, est mort à l’âge de 92 ans

Robert Hirsch magnifique dans la nouvelle de Florian Zeller

Robert Hirsch et Isabelle Sadoyan dans « Avant de s’envoler » © PhotoLot

Robert Hirsch, grande figure du théâtre français, est mort à l’âge de 92 ans

Robert Hirsch, un des derniers monstres sacrés du théâtre français, est décédé jeudi à 92 ans à Paris, a annoncé à l’AFP le producteur de ses pièces Francis Nani, directeur du théâtre du Palais-Royal. Le comédien, qui disait ne jamais vouloir prendre sa retraite et avoir le théâtre pour “religion”, était encore à l’affiche ces dernières années de pièces à succès comme “Le Père” ou encore “Avant de s’envoler” de Florian Zeller, après 65 ans de carrière dont un quart à la Comédie-Française.

Robert Hirsch était hospitalisé depuis 48 heures après une chute à son domicile et son coeur “fragile, a probablement lâché”, a indiqué à l’AFP Jeoffrey Bourdenet, comédien et metteur en scène, qui était à ses côtés.

Le comédien devait à sa formation de danseur une exceptionnelle présence sur scène et une agilité qui ne l’aura quitté que dans les toutes dernières années. Il souhaitait continuer de travailler et “était à la recherche d’un rôle”, a témoigné M. Bourdenet.

Robert Hirsch a été distingué par de nombreux prix, dont un Molière d’honneur en 1992 et un Molière du meilleur comédien d’un spectacle de théâtre privé pour “Le Père” en 2014.

On se souvient de sa dernière apparition au théâtre de l’Oeuvre à Paris en 2016, dans la pièce du toujours Florian Zeller, et dont nous republions notre critique du spectacle.

« Avant de s’envoler » est une immersion sensible dans ce qui a été, ce qui est, et ce qui n’est plus face au temps qui passe et au départ d’un des membres du couple, uni depuis plus de 50 ans. Poignant.

Florian Zeller avec cette nouvelle création, retrouve Robert Hirsch (91 ans) et Ladislas Chollat à la mise en scène après la pièce « Le Père » récompensée par trois Molières dont celui du meilleur spectacle de l’année 2014 dans le théâtre privé et poursuit son exploration de la vieillesse confrontée à la peur de la perte, à la fragilité mais aussi à la vie envers et contre tout.

Robert Hirsch est André, vieil écrivain marié à Madeleine (Isabelle Sadoyan 88 ans) que l’on découvre au lever de rideau prostré devant la fenêtre ensoleillée de sa cuisine, tandis que sa fille Anne tente de le persuader qu’il est temps de « modifier l’organisation » face à « la situation ». Des fleurs sont livrées et ravivent le trouble causé par une absence à jamais pesante.

[…] la distribution est emmenée par l’incarnation surréaliste de Robert Hirsch […]

Puis arrivent des courses Madeleine et Elise, leur seconde fille. « Tu parles toute seule maintenant ? » interroge la mère. André reste muet.

De cette frontière entre le visible et l’invisible, l’ici et l’après, l’auteur, à l’abri d’un climat énigmatique à souhait mâtiné de fantastique, en explore avec force la perte des repères qui en résulte à l’instar des personnages confrontés à un réel perturbé et une mémoire réappropriée.

Le dramaturge nous fait ressentir avec beaucoup de profondeur la déstabilisation du clan familial face à l’inéluctable et la méfiance entre les membres qu’il fait naître où les certitudes de chacun sont mises à mal. Le patriarche s’arc-boutant à sa maison et à ses souvenirs intranquilles tandis que ses filles n’ont d’autres solutions que de préparer son placement en maison de retraite.

La mise en scène de Ladislas Chollat instaure un trouble et une tension où chaque personnage se déjoue à sa manière du réel et de sa vérité première.

La distribution – au plus près de cette traversée singulière : Isabelle Sadoyan, Anne Loiret, Claire Nadeau, François Feroleto et Léna Bréban – est à l’unisson emmenée par l’incarnation surréaliste de Robert Hirsch, convoquant à la fois dans son jeu Ionesco et Pinter.

[vc_text_separator title= »INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Dates : du 5 octobre 2016 au 15 janvier 2017 l Lieu Au Théâtre de l’Oeuvre (Paris)
Metteur en scène : Ladislas Chollat

Les fantômes de Ermo, Volume 2 (La Boîte à Bulles)

Les fantômes de Ermo Volume 2
Les fantômes de Ermo Volume 2, dessine t scénario de Bruno Loth , éditions La Boîte à Bulles)

Les fantômes de Ermo, Volume 2 (La Boîte à Bulles)

Le dessinateur et scénariste Bruno Loth reprend le fil de la guerre d’Espagne sous le prisme d’un petit garçon aux dons particuliers. Le jeune Ermo n’est plus totalement au coeur de l’intrigue et le lecteur suit surtout la passionnante évocation d’un conflit majeur du XXe siècle avec un foisonnement de détails et des héros plus adultes qui se confrontent à des manoeuvres politiciennes bien éloignées de leurs idéaux de justice et d’égalité. Quand le papillon du rêve communautaire se retrouve face au parpaing inexorable du fascisme, le dénouement est forcément tragique…

Une fiction très réaliste

Ermo est maintenant accompagné d’une foule de personnages, en tout cas ceux rescapés du premier volume, car la machine fasciste allonge la liste des disparus autant que des victimes collatérales. Sidi le magicien, la belle Luz et le costaud Lécha se trouvent au centre d’un moment décisif de la guerre d’Espagne en 1936. L’espoir prévaut, les mouvements du côté de la République s’unissent pour faire front aux forces fascistes. Mais les premiers craquements dans l’alliance entre communistes, anarchistes et républicains désunissent la belle machine utopiste. Si les Brigades internationales fournissent des troupes, l’allié soviétique joue de son ambiguité et rechigne à les approvisionner en armes, cartouches et matériel. Le volume 2 des Fantômes d’Ermo est une belle leçon de réalisme politique qui démontre dans une ambiance belle et généreuse la trahison des idéaux d’un peuple résolu à ne pas subir le joug fasciste. Ermo voit moins apparaître le fantôme de ses parents, il grandit inexorablement… Il côtoie surtout d’autres jeunes enfants qui veulent jouer à la guerre pour imiter les adultes. De quoi perdre son âme d’enfant et grandir bien trop vite, comme dans beaucoup d’autres pays où la guerre a eu, a ou aura lieu, hélas. Le dessin de Bruno Loth donne des accents autant réalistes que picaresques à un scénario collé à la grande histoire, forcément dramatique.

Une BD qui se lit comme un roman d’aventures, destiné autant aux enfants qu’aux plus grands qui donneront chacun une signification différente à cette histoire de combat et d’espoir.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR, INFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

De retour du front d’Aragon, Sidi, Luz et Ermo découvrent Barcelone dévastée par la Guerre. Les réfugiés affluent, la solidarité s’organise pour faire face à la montée toujours plus forte du fascisme. Confronté à la mort, et à la trahison, Ermo perd peu à peu son innocence, d’autant que la présence rassurante de ses – défunts – parents semble s’estomper progressivement. Entre Barcelone et Madrid, femmes et enfants se joignent à la résistance républicaine. Malgré les bombardements et les incendies, l’insurrection madrilène est telle, que les forces nationalistes ne suffisent pas, mais la guerre est longue et n’épargne personne. Madrid a résisté, le fascisme n’est pas passé, mais malheureusement la guerre ne fait que commencer…

Date de parution : le 15 novembre 2017
Scénariste(s) : Bruno Loth
Dessinateur(s) : Bruno Loth
Genre : Historique
Editeur : La Boîte à Bulles
Prix : 14,95 € (96 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

Une seconde d’éternité, un très beau premier roman (Denoël)

Fioly Bocca

Une seconde d’éternité, un très beau premier roman (Denoël)

Fioly Bocca tente avec succès l’expérience de l’écrivain. Une seconde d’éternité est son premier roman. Une première fois qui éblouit ! Une première fois magnifique !

La vie, tout simplement
Ce roman se lit tout seul. Un roman qui ressemble à la vie : avec ses joies, ses peines, ses souffrances, ses surprises… Anita est une jeune femme italienne qui semble plutôt heureuse. Elle a un travail, un amant depuis déjà quelques années, et des parents qu’elle chérit. Mais sa maman est malade, même très malade. Mais Anita n’y croit pas. Elle est la seule à être sûre qu’elle va guérir. Ils se trompent tous… Anita habite Turin et ses parents dans la région des Dolomites. Sa maman est sage-femme. Enfin, était sage-femme… Anita lui écrit très régulièrement et lui raconte toute sa vie à Turin, dans les moindres détails. Enfin sa vie, pas celle qu’elle vit. Car elle enjolive tout, son travail, ses amours, et va même lui parler de son futur mariage… Il faut que sa mère éprouve un peu de joie en la lisant, se dit-elle…

La réalité ou la fiction ?
Plus elle lui écrit, plus elle se rend compte que ce ne sont que des mensonges : son travail, elle le déteste, son amant, Tancredi, il ne s’occupe guère d’elle, plus passionné par son travail… Et sa vie est plutôt morose… Jusqu’au jour où, elle fait une rencontre pour le moins inattendue.
Si Une seconde d’éternité ressemble à un conte, il est rondement bien écrit ! Et nous, lecteurs, nous y adhérons avec curiosité… Jusqu’où nous mènera Fioly Bocca ? Là où se mélangent la fiction et la réalité… Le tout bercé d’une écriture tout à la fois captivante et douce.
Sur un ton qui se veut léger, l’auteur aborde des thèmes fondamentaux, comme le deuil, la douleur post-deuil, l’amour, les difficiles relations amoureuses et surtout la vie tout simplement. La difficulté de vivre sans l’être aimé. Anita va écrire des lettres bouleversantes à sa mère. Des lettres qui ressemblent à des examens de conscience (ça existe encore ça ?), à des remises à plat de sa propre vie…
Une seconde d’éternité est un roman très original car l’auteur fait parler le Futur :

« S’il pouvait me téléphoner, le Futur me dirait qu’une partie de moi sait exactement ce qui se passera. C’est cette partie que je fais toujours taire, parce qu’il y a un temps pour tout. Même la vérité doit attendre son tour. P.61

Une seconde d’éternité, un vrai coup de cœur pour Publik’Art ! Un livre à découvrir sans plus attendre ! Un livre qui sera bientôt traduit dans une dizaine de pays ! On attend déjà avec impatience le prochain roman de Fioly Bocca !

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Une seconde d'éternité Trad. de l’italien par Anaïs Bouteille-Bokobza

Turin, de nos jours. Tous les soirs, dans son petit appartement, Anita s’installe devant son ordinateur pour envoyer un mail à sa mère restée dans sa région natale des Dolomites. Anita lui raconte son quotidien merveilleux, les préparatifs pour son futur mariage, lui parle de son travail dans lequel elle s’épanouit quotidiennement.
Et pourtant… La réalité est tout autre, car Anita raconte mensonge sur mensonge pour épargner sa mère gravement malade : elle lui cache que son travail dans une agence littéraire ne lui plaît pas du tout, et que son fiancé Tancredi est peu attentif, absent et refuse de s’engager. Ce fragile château de cartes s’effondre lorsqu’elle croise le regard d’Arun, un inconnu dont les yeux profonds percent la façade qu’Anita avait construite.
Qui est cet homme doux et rêveur qui aime la mer en hiver ? Anita, qui voudrait le tenir à distance, se sent irrésistiblement attirée vers lui…

Date de parution : le 12 octobre 2017
Auteur : Fioly Bocca
Editeur : Denoël
Prix : 17,50 € (176 pages)

L’histoire du Hip Hop continue avec le volume 3 de Hip Hop Family Tree d’Ed Piskor (Papa Guede)

Hip Hop Family Tree Vol3
Hip Hop Family Tree Vol3, dessin et scénario d’Ed Piskor, éditions Papa Guede

L’histoire du Hip Hop continue avec le volume 3 de Hip Hop Family Tree d’Ed Piskor (Papa Guede)

Après les deux premiers tomes de la saga Hip Hop Family Tree chroniqués sur Publik’Art, Ed Piskor ne prend pas de pause et son troisième volet est traduit en français aux éditions Papa Guede. Les 112 pages richement dessinées et documentées rejouent l’histoire du Hip Hop avec les évènements les plus marquants de son ascension musicale et culturelle aux Etats-Unis dans les années 1983 et 1984. Le volume en français parait dans les librairies dès aujourd’hui, le moment parfait pour continuer la lecture de cette passionnante saga qui donnerait l’amour du Hip Hop au fan le plus extrémiste de musique classique!

Une masse documentaire monstrueuse

Après les prémices de la culture hip hop illustrés dans le volume un et le volume deux d’Hip Hop Family Tree, le vaisseau est sur le point de décoller auprès du grand public et quelques grands noms commencent à émerger. Les Beastie Boys, Run DMC et LL Cool J font le buzz et leurs ventes dépassent parfois les 100 000 galettes. Combien même une frilosité encore tenace chez les grands producteurs, des lucarnes s’ouvrent via des évènements qui ont marqué les années 1983  et 1984. Grandes avancées et avanies s’accumulent dans un temps où un nouveau mouvement culturel est en tram de prendre une place de plus en plus centrale dans le paysage musical américain. Le dessin toujours exubérant d’Ed Piskor se met au diapason d’une évocation riche en détails qui scrute chaque personnage significatif de la période. Les briques se mettent en place, la vague va bientôt déferler sur les teenagers américains avec des millions de disques vendus à la clé et l’établissement d’une culture nouvelle.

Le 3e volume d’Hip Hop Family Tree creuse un peu plus le sillon initié par ses deux prédécesseurs. Les faciès outrancièrement expressifs agrémentent une BD qui se lit avec plaisir pour acquérir une connaissance quasi encyclopédique du mouvement hip hop!

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR, INFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Véritable bande dessinée encyclopédique, Hip Hop Family Tree retrace les années de formation du Hip Hop et son l’évolution dynamique du genre, au travers des témoignages des personnalités et performances des pionniers de ce courant et des premières étoiles de la scène hip hop tels que DJ Kool Herc, Grandmaster Flash et les Furious Five, mais aussi des acteurs charismatiques au-delà de la sphère musicale comme Russell Simmons, Debbie Harry, Keith Haring …

Date de parution : le 15 novembre 2017
Scénariste(s) : Ed Piskor
Dessinateur(s) : Ed Piskor
Genre : Histoire du Hip Hop
Editeur : Papa Guede
Prix : 14,95 € (112 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

Chavela Vargas, le parcours d’une femme libre

Chavela Vargas
Chavela Vargas, film de Catherine Gund et Daresha Kyi Copyright Ysunza

Chavela Vargas, le parcours d’une femme libre

Si le nom de Chavela Vargas n’évoque que peu de choses dans nos contrées, ce documentaire propose d’y remédier en retraçant la vie de chansons et de combats d’une femme qui a marqué l’histoire du Mexique contemporain. Via des images d’archives et des nombreuses interviews, les deux réalisatrices Dareha Kyi et Catherine Gund  brossent le portrait dune femme de caractère, hantée par ses démons mais décidée à devenir une grande star dans son pays. Les 1h30 du documentaire sont menées tambour battant et la font rencontrer Frida Kahlo, Pedro Almodovar et surtout l’amour d’un large public, même tardif, avec la reconnaissance qui va avec.

L’histoire d’une vie

La vie de Chevela Vargas défile sous les yeux des spectateurs depuis sa naissance en 1919 au Costa Rica et jusqu’à sa mort en 2012 au Mexique. A son arrivée au Mexique, elle n’est encore qu’une adolescente aux rapports familiaux conflictuels. Il faut dire que la jeune Isabel Vargas Lizan possède un caractère bien trempé. Son ascension débute à partir des années 40 jusqu’à des années 60 qui lui font notamment rencontrer Diego Rivera et Frida Kahlo ainsi que toute l’intelligentsia intellectuelle de Mexico. La rencontre décisive avec le compositeur et célèbre chanteur de ranchersJosé Alfredo Jimenez, marque le début de son succès national et international. Les vidéos d’archives font ressortir l’intensité de ses interprétations et le coeur mis à mener la vie qu’elle souhaite, envers et contre tout. Car la chanteuse ne cache pas son amour des femmes et elle porte ses manières comme un étendard. S’habillant très tôt comme un homme avec son poncho et un pantalon, coupant ses longs cheveux noirs, fumant le cigare et enquillant les verres de Téquila, elle détonne dans le paysage encore conservateur du Mexique de la moitié du vingtième siècle. Le documentaire suit un récit chronologique en confrontant les images d’archives et les commentaires a posteriori de certains des principaux protagonistes pour une réflexion sur les paradoxes de la vie.

L’histoire d’une résurrection

Car le caractère sans concessions de la chanteuse l’a très longtemps fait plonger dans l’alcoolisme et l’oubli. L’éclosion en fanfares a précédé une longue période où son nom n’évoquait plus rien à une nouvelle génération passée à autre chose. Il aura fallu la redécouverte de son talent par Pedro Almodovar pour susciter une nouvelle vague d’enthousiasme autour de son nom et la transformer en vibrant symbole de la communauté homosexuelle. Les images d’une Chavela Vargas vieillie mais rayonnante soulignent la résolution d’une femme décidée à ne jamais se laisser abattre et à porter bien haut l’étendard de sa singularité. Femme libre et passionnée, Chavela Vargas fut avant tout une rebelle contre tout ce qui l’empêchait de vivre sa vie comme elle l’entendait. Les deux réalisatrices ont pu mener avec elle ainsi qu’avec ses proches des entretiens au long cours qui lèvent le voile sur une intimité tourmentée mais passionnée. La voir discourir sur l’évolution de sa vie et de son oeuvre donne à réfléchir sur la force du destin individuel et l’importance de toujours suivre sa voie.

Les images de son dernier concert à Madrid en 2012 concluent avec émotion un documentaire qui donne envie de mieux découvrir l’oeuvre d’une chanteuse engagée, mi-ange mi-démon mais toujours droite dans ses bottes.

[vc_text_separator title= »SYNOPSIS ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
Chavela Vargas
Chavela Vargas

De Frida Kahlo à Pedro Almodovar, artiste inspirante et inspirée, ce récit composé d’images rares révèle une femme à la vie iconoclaste et d’une modernité saisissante.
Figure de proue de la musique mexicaine Ranchera, CHAVELA VARGAS, restera à jamais empreinte de récits et de légendes. Chavela s’est elle vraiment glissée tard dans la nuit dans les chambres des maris pour leur voler leur femme?
S’est elle vraiment enfuie avec Ava Gardner au mariage de Elisabeth Taylor? Avant son retour triomphant en Espagne grâce au soutien et à l’admiration de Pedro Almodovar, elle avait arrêté de chanter pendant si longtemps que les gens avaient cru qu’elle était morte. Vêtue comme un homme, fumant et buvant comme un homme, portant un pistolet, CHAVELA n’a cessé d’affirmer sa liberté, sa singularité, son identité et sa passion pour la musique et les textes engagés.

Sortie : le 15 novembre 2017
Durée : 1h30
Réalisateur : Vincent Garenq
Avec : Chavela Vargas, Frida Kahlo, Pedro Alodovar
Genre : Drame

[vc_text_separator title= »BANDE ANNONCE » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

https://www.youtube.com/watch?v=XKyj5Tzrumo&t=3s

Mise à mort du cerf sacré, le deuxième choc du festival de Cannes

Mise à mort du cerf sacré, film de Yórgos Lánthimos, Copyright Haut et Court

Mise à mort du cerf sacré, le deuxième choc du festival de Cannes

Après l’éblouissement du récent A Beautiful Day de Lynne Ramsay avec Joaquin Phoenix  le film de Yorgos Lanthimos se révèle une nouvelle très belle surprise. Les deux films ont obtenu ex-aequo le prix du scénario au dernier Festival de Cannes, signe distinctif des films de qualité de la compétition de cette année, à se demander ce qu’il manquait à ces deux films pour décider le jury à leur décerner la Palme suprême à la place d’un The Square pas dénué de qualités mais néanmoins significativement moins marquant. Car Mise à mort du cerf sacré est une perle formelle ainsi qu’un film tellement dérangeant qu’il en devient parfaitement fascinant. De l’iconoclasme du plus bel effet!

Un orage dans une vie trop ordinaire

Dès les premières images, le film débute dans une ambiance de réalisme extrême. Un ventre ouvert montre des organes palpitants, le spectateur est immédiatement mis dans l’ambiance. Puis le film prend un cours tranquille en montrant une famille parfaite avec des parents médecins et un niveau de vie amplement suffisant pour se sentir heureux. Pourtant quelque chose cloche dans ce cadre idyllique, les apparences ne sont peut être pas ce qu’elles semblent être. Insidieusement le naturel prend une teinte artificielle, presque factice. Steven Murphy (Colin Farrell) est un médecin réputé dans une clinique privée. Sans qu’on sache d’abord pourquoi, il ne cesse de côtoyer Martin, un jeune adolescent (Barry Keoghan) d’une telle cordialité que le doute s’installe. Serait-ce son fils caché ou un membre de la famille proche? Les raisons de leurs rencontres récurrentes sont suffisamment floues pour mettre la puce à l’oreille. Puis le médecin le présente à sa femme Anna (Nicole Kidman) et à ses deux enfants Bob et Kim, le verre est dans le fruit. Car Martin va devenir pour la famille un instrument entre la sorcellerie et le surnaturel. En mélangeant savamment les codes, le réalisateur Yorgos Lanthimos se permet l’impensable dans le cinéma contemporain hors fantastique ou heroic fantasy, le sérieux et l’ésotérique se fondent dans une alliance parfaite et iconoclaste.

Une l’originalité qui détonne dans le cinéma contemporain

The Lobster montrait déjà tout l’art du réalisateur pour imaginer des éléments impossibles dans un contexte ordinaire. Yorgos Lanthimos récidive avec dextérité pour interroger le rapport entre notre réalité et l’impossible. En donnant à un adolescent le moyen de châtier un médecin coupable selon lui de la mort de son père, il le transforme en deus ex machina, en instrument de la vengeance divine, il transforme notre réalité en univers onirique où plus rien n’est impossible. Colin Farrell revient chez le fantasmatique réalisateur grec avec le ferme intention de paraitre le plus sobre possible. A ses côtés, Nicole Kidman se prête au jeu et retrouve un partenaire côtoyé récemment dans Les Proies de Sofia Coppola. A leurs côtés, le jeune Barry Keoghan fait preuve d’un charisme stupéfiant pour son jeune âge, on devrait le revoir très prochainement à l’écran. Cette histoire de famille apparemment normale qui voit un fléau s’abattre sur elle interroge autant sur le poids de la culpabilité que sur l’insignifiance de la vie humaine. Mise à mort du cerf sacré se change finalement en un grand film philosophique aux nombreux niveaux de lecture et au rythme si langoureux qu’il pourrait en paraitre banal. Ce qu’il n’est pas, il s’agit au contraire d’un des films les plus marquants de la saison.

Mise à mort du cerf sacré est un film qui ne s’appréhende pas facilement mais qui offre une telle originalité qu’il comblera sans mal les tenants d’un cinéma exigeant et de qualité. Une vraie oeuvre philosophique qui bousculera par son apport extravagant à un contexte juché dans le réel.

[vc_text_separator title= »SYNOPSIS ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
Mise à mort du cerf sacré
Mise à mort du cerf sacré

Steven, brillant chirurgien, est marié à Anna, ophtalmologue respectée. Ils vivent heureux avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis quelques temps, Steven a pris sous son aile Martin, un jeune garçon qui a perdu son père. Mais ce dernier s’immisce progressivement au sein de la famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.

Sortie : le 1er novembre 2017
Durée : 2h01
Réalisateur : Yórgos Lánthimos
Avec : Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan
Genre : Drame, Fantastique

[vc_text_separator title= »BANDE ANNONCE » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

https://www.youtube.com/watch?v=DK-KDKefQcc

Le délire glauque de Madame Marguerite adapté sur les planches du Lucernaire

Madame Marguerite
Madame Marguerite, Mise en scène d’Anne Bouvier, Théâtre le Lucernaire

Le délire glauque de Madame Marguerite adapté sur les planches du Lucernaire

Créée par l’auteur brésilien Roberto Athayde dans les années 70, la pièce Madame Marguerite est adaptée au Lucernaire avec une comédienne aussi jusque boutiste que l’était avant elle Annie Girardot en 1974 en faisant connaitre ce texte. Stéphanie Bataille interprète seule en scène une maitresse de CM2 déversant sa bile psychotique et autoritaire dans un soliloque qui invoquait initialement les  dictatures autoritaires d’Amérique du Sud. De l’eau a coulé sous les ponts depuis cette époque et c’est maintenant le mal être de l’invididu contemporain au coeur d’une société malade qui est ciblé. Le temps passe mais les maux restent, même cachés sous différents aspects.

Un malaise persistant

Dès son arrivée sur scène, la comédienne apostrophe l’audience avec un mépris hautain qui interroge sur les intentions de l’auteur. Plus souvent vulgaire que philosophe, la maitresse d’école abuse de sa position dominante pour invectiver ses élèves à outrance, donc le public, et s’épancher ad nauseam sur ses principes personnels d’éducation. Tout y passe, de l’exigence de servilité jusqu’à ses frustrations intimes lubriquement dévoilées, la comédienne manie fausse douceur et vraie intimidation pour contraindre sa classe à la servilité et à l’obéissance. L’écriture du texte dans des années 70 où les pays d’Amérique du Sud étaient sous le joug de dictatures violentes rappelle les intentions initiales de l’auteur comme un avertissement à ne pas se laisser voler sa liberté. En 2017, le texte a quelque peu vieilli s’il est considéré dans son acceptation première. Néanmoins, un malaise apparait bien vite parmi une audience médusée par les procédés utilisés. Dans une époque  héritée de mai 68 où les principes d’autorité ont été battus en brèche avec succès, Madame Marguerite rappelle que la soumission s’obtient non seulement par la force mais également par toute une nuée de techniques perverses. L’auteur évoque la nécessité de se dresser devant toutes les Madame Marguerite du monde pour sauvegarder son libre arbitre et sa liberté individuelle. La comédienne Stéphanie Bataille suscite l’exact degré de répulsion dans le public pour souligner la force d’un texte qui détonne dans le paysage actuel légèrement aseptisé. En maniant la fausse flatterie aussi bien que l’insulte crasse, elle devient un reflet exact de tous ces individus aux intentions voilées qui ne nous veulent pas que du bien…

De la dictature à la psychose

S’il est dorénavant difficile de se projeter dans le système liberticide des dictatures, il est permis de s’interroger sur les nouvelles formes prises par les méthodes de soumission. Et cette maitresse uniquement munie d’une craie et d’un tableau devant un bureau posé sur la scène fait une despote tout à fait crédible, métaphore des bien (mal?) pensants de tous bords qui s’arrogent le droit de dicter la marche à suivre. Dans des propos souvent à la limite du politiquement correct, Madame Marguerite tire tout azimut sur ceux qui ne veulent pas respecter les règles, même fallacieuses. Le premier degré vachard de l’institutrice psychotique revêt de nombreux niveaux secondaires qui donnent à réfléchir, mais l’absence de références à destination du capitalisme ravageur qui sépare de plus en plus les individus et érige des barrières entre les peuples monte le côté un peu daté d’un texte plus totalement pertinent.

Madame Marguerite fait tressaillir sur les sièges du Lucernaire avec son ton sec, ses répliques sans concessions et un humour qui fait rire jaune. Un moment de théâtre iconoclaste à découvrir jusqu’au 27 janvier 2018.

Dates :  du 8 novembre 2017 au 27 janvier 2018, du mardi au samedi à 19h
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Anne Bouvier
Avec : Stéphanie Bataille

Mistral perdu ou les évènements, de 1970 à nos jours (JC Lattès)

Isabelle Monnin
Isabelle Monnin

Mistral perdu ou les évènements, de 1970 à nos jours (JC Lattès)

Isabelle Monnin écrit un livre très poignant avec Mistral perdu. Elle relate l’histoire de deux sœurs qui s’entendent merveilleusement bien. Elles sont nées dans les années 70. L’auteur raconte aussi bien la vie de ces deux sœurs que les évènements marquants qui ont eu lieu dans le Monde depuis 1970. Des faits qui constituent notre Histoire.

Une amitié, fraternité sans faille
Tout au long du livre, elles sont deux. Deux filles. Deux sœurs, presque des jumelles. Elles partagent tout. Sont complémentaires dans beaucoup de domaines… Jusqu’au jour où… Le roman est écrit à la première personne. L’héroïne subit les évènements au temps présent et ensuite, avec le temps, elle y réagit. Comme si les vivre en direct paralysait le cerveau…
Puis, les évènements s’enchaînent. Des évènements cruels qui transforment une vie en cauchemar. Après, plus rien ne sera comme avant… Mais il faut continuer à vivre.

Les évènements s’imposent
Les mots sont choisis avec une telle exactitude qu’on se met à la place de cette jeune femme, dont on ne connaît même pas le prénom. Elle souffre. Elle se souvient de tout : les faits historiques du Monde, les élections de différents Présidents de la France, les déceptions de sa sœur et d’elle-même. Des chanteurs qui ont marqué leur jeunesse… A travers Mistral perdu, on revit toute une période reliée à ces années 70 et les suivantes…
La vie nous réserve bien des surprises qu’on ne pouvait pas imaginer enfant, ni ado… Et il faut faire avec… Qui décide de notre trajectoire de Vie ? Nous-mêmes ou les évènements qui surgissent à nous sans notre volonté ?
Mistral perdu nous renvoie une page d’histoire très récente qu’on ne peut oublier… Un livre marquant de cette rentrée littéraire…

Quelques extraits :

Nous sommes deux, le monde est hérissé de rêves et de tessons mais depuis que le 33 tours est entré dans nos vies, quelque chose a changé. C’est imperceptible et personne ne s’en rend compte, pourtant je le sais. P.42

Nous sommes deux, l’adolescence est notre sérieux, et le monde est colère. P.68

Nous sommes deux, nous sommes provisoires et le monde ne nous attendait pas. P.109
Je suis deux, je porte son bracelet à mon poignet et un jour, on ne sait pas pourquoi, le rire revient. P.139

Je suis nous, nous est seule et une chanson est passée à la radio. Une chanson est passée, j’ai pleuré et j’ai commencé à écrire ce texte. P.179

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

C’est une histoire intime, deux sœurs grandissent ensemble dans la France provinciale des années 1980 ; et puis l’une meurt.
C’est une histoire politique, on croit qu’on appartient à un tout ; et puis on ne comprend plus rien.
C’est l’histoire du je et du nous, ces deux-là s’intimident, ils se cherchent, parfois ils se trouvent ; et puis ils se déchirent.
C’est l’histoire de valeurs, elles disent qui on est ; et puis elles se laissent bâillonner.
C’est l’histoire d’un chanteur préféré, tendre et rebelle ; et puis il finit par embrasser les flics.
C’est l’histoire d’un hier, où ne comptait que le futur ; et puis des aujourd’hui, malades du passé.
C’est l’histoire d’un monde qui se croyait fort et paisible ; et puis il réapprend la haine.
C’est l’histoire qui nous arrive ; et puis l’impression de ne plus y arriver.
C’est une nostalgie, sans doute, mais pas seulement : dans la mémoire de ce qui fut, demeurent peut-être les graines de ce qui renaîtra, après la catastrophe.

Date de parution : le 6 septembre 2017
Auteur : Isabelle Monnin
Editeur : JC Lattès
Prix : 17 € (320 pages)
Acheter sur : Amazon

D’après une histoire vraie, un Polanski mineur

D'après une histoire vraie
D’après une histoire vraie, film de Roman Polanski, Copyright Carole Bethuel

D’après une histoire vraie, un Polanski mineur

Un Roman Polanski en pleine tourmente médiatique présente un nouveau film troublant porté par un duo d’actrices toutes en regards croisés. Emmanuelle Seigner et Eva Green   jouent au chat et à la souris sans qu’on sache vraiment qui manipule qui. La première est une auteure en panne d’inspiration qui cherche à produire un nouvel ouvrage que la seconde l’aide à accoucher, non sans arrières pensées. Mais les rapports deviennent de plus en plus conflictuels au fur et à mesure que les doutes surgissent et que la confiance laisse place au soupçon. Si le pitch est a priori fascinant, le thriller s’enfonce dans un faux rythme qui vient à lasser faute de coups de théâtre et d’ampleur dans l’action. Le twist final n’apporte pas grand chose à une intrigue qui n’atteint pas des sommets.

L’éternelle histoire du manque d’inspiration

 

Emmanuelle Seigner interprète Delphine, auteure à succès à court d’inspiration. Adapté du roman de Delphine de Vigan, le film trouble volontairement le spectateur qui se demande jusqu’à quel point l’histoire est autobiographique. Quand l’héroïne croise une jeune femme prénommée Elle (Eva Green) lors d’une séance de dédicaces, le courant passe immédiatement entre les deux femmes. Elles travaillent toutes deux dans l’écriture, font à peu près la même taille et se ressemblent suffisamment pour instaurer une connivence immédiate. Mais là où Delphine est pondérée et mesurée, Elle est sujette à de brusques sautes d’humeur. Jusqu’à se demander si elle ne représente pas un danger, telle une face obscure de l’écrivaine. Le ton du film est au suspense entre deux femmes qui s’affrontent dans plusieurs intérieurs successifs filmés comme des huis-clos. La caméra colle aux personnages pour saisir l’expression et l’évolution de leurs visages au fur et à mesure des dialogues. Ces plans très serrés rapprochent certes le spectateur des personnages mais limitent sérieusement l’ampleur de l’intrigue. Les conversations sont théâtralisées à outrance, coupant l’histoire pourtant très réaliste de toute réalité. Roman Polanski avait déjà théâtralisé son film Carnage avec ses passes d’armes flamboyantes entre deux couples qui s’affrontaient pendant un film tout en outrance, via des débats sans fin et un affrontement à la limite de la bouffonnerie assumée. Une tension sourde prend ici le pas sur la truculence, l’ombre du coup de poignard plane sur les deux personnages féminins. Qui aura raison de qui? Le suspens absorbera ou divisera selon l’intérêt porté à l’intrigue. Certains y verront un procédé déjà maintes fois utilisé et vidé de toute substance. Un personnage hanté par son côté obscur et qui tente de s’en défaire, c’est du déjà vu au cinéma.

D’après une histoire vraie promettait beaucoup mais le réalisateur livre un opus mineur dans sa filmographie. Son égérie Emmanuelle Seigner se livre à un mano a mano qui n’emporte que trop peu dans sa folie, et c’est bien dommage.

[vc_text_separator title= »SYNOPSIS ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
D'après une histoire vraie
D’après une histoire vraie

Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller.
Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture au public.
La romancière est en panne, tétanisée à l’idée de devoir se remettre à écrire.
Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s’attache à Elle, se confie, s’abandonne.
Alors qu’Elle s’installe à demeure chez la romancière, leur amitié prend une tournure inquiétante. Est-elle venue combler un vide ou lui voler sa vie ?

Sortie : le 1er novembre 2017
Durée : 1h40
Réalisateur : Roman Polanski
Avec : Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez
Genre : Thriller, Drame

[vc_text_separator title= »BANDE ANNONCE » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Folie douce au Théâtre de Poche Montparnasse avec Cabaret Liberté – reprise à partir du 17 novembre 2017

Cabaret Liberté
Cabaret Liberté, mise en scène de Charlotte Rondelez, Théâtre de Poche Montparnasse

Folie douce au Théâtre de Poche Montparnasse avec Cabaret Liberté – reprise à partir du 17 novembre 2017

4 comédiens et 1 pianiste prennent possession de la scène du Théâtre de Poche Montparnasse pour un Cabaret Liberté en totale liberté. Chansons truculentes et scénettes décomplexées s’enchainent dans un rythme effréné. A la fois hommage aux grands noms de la satire et moment d’évasion loin de l’actualité grisâtre, Cabaret Liberté surprend et enchante une audience pas du tout préparée à autant de folie douce. Et si le programme tend à rassembler un tourbillon de références disparates, l’investissement de la petite troupe fait plaisir à voir et il est impossible de résister à un emballement si farfelu.

Un spectacle tout azimut 

Loin des trames conventionnelles du théâtre classique ou des intrigues existentielles du théâtre contemporain, Cabaret Liberté privilégie l’extravagance en 24 étapes pour un traitement de choc. Les comédiens interprètent une multitude de personnages gentiment barrés avec toujours une même constante, cet élan de liberté destiné à abroger les barrières avec les spectateurs à l’aide d’une bonne dose d’absurdité. Les auditeurs adeptes du lâcher prise en profiteront au maximum tant les protagonistes aiment à multiplier les moments de connivence pour un résultat proche de l’irrésistible. Le chemin emprunté fait des pauses chez Octave Mirbeau, Jacques Prévert, Raymond Devos et Voltaire histoire d’insuffler un brin de non-sens philosophique et désopilant, sans oublier une bonne dose de poésie. Le Cabaret Liberté multiplie les références tandis que les personnages investissent la scène avec leurs costumes tour à tour bigarrés ou fantaisistes. La logique est totalement absente dans cette accumulation de numéros fantasques destinés à actionner les zygomatiques autant que les neurones.

Un tourbillon irrévérencieux

La mise en scène de Charlotte Rondelez fait la part belle aux qualités comiques des comédiens pour s’écarter de leur texte et rebondir sur les réactions des spectateurs, augmentant d’autant la complicité et la collusion. Et quand les ritournelles sont reprises par le public lors de l’interprétation des Bourgeois de Jacques Brel ou Mourir pour des idées de Brassens, l’ambiance monte d’un cran dans la salle. Ce Cabaret Liberté invoque autant le divertissement que la satire sociale pour un vrai moment hors du temps. Les limites semblent abrogées entre réalité et imagination, la troupe s’amuse autant qu’elle parvient à bousculer le public dans une folle sarabande. Le mot Liberté invoqué à tout bout de champ trouve ici sa plus parfaite acceptation. Les spectateurs sont invités à griffonner quelques mots sur une sorte de mur du souvenir et participent à un quizz désopilant sous l’égide d’une Margaret Thatcher d’opérette, tout est fait pour se prendre au jeu et s’envoler dans ce doux moment d’évasion.

Cabaret Liberté réussit la performance d’emporter dans sa loufoquerie toute l’assemblée attablée dans une ambiance de music-hall désopilant. Le but est atteint et les applaudissement finaux confirment le succès de cette folle entreprise.

Mise à jour du 9 novembre 2017

Cabaret Liberté revient au Théâtre de Poche Montparnasse à partir du 17 novembre 2017 pour de nouveaux spectacles chantants et désopilants. Le lien est mis à jour pour avoir plus d’informations sur le site du théâtre!

Dates :  du 18 mai au 13 juillet, Mercredi et jeudi à 20h30
Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris)
Metteur en scène : Charlotte Rondelez
Avec : Céline Espérin, Charlotte Rondelez, Sylvain Katan, Vadim Sher, Pierre Val

A beautiful day, le film constat d’une Amérique malade

A beautiful day
A beautiful day, film de Lynne Ramsay, Copyright SND

A beautiful day, le film constat d’une Amérique malade

La réalisatrice de We need to talk about Kevin revient avec un film doublement primé au dernier Festival de Cannes avec le prix de la meilleure interprétation masculine pour Joaquin Phoenix et le prix du meilleur scénario. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux récompenses sont amplement méritées tant l’acteur remplit intégralement l’espace tandis que le film multiplie les niveaux de lecture et les révélations. Court (1h30) mais intense, A beautiful day est rien de moins qu’un des films majeurs de l’année 2017.

Un personnage tourmenté

Impossible de débuter l’article sans souligner deux erreurs monumentales liées à la promotion de A beautiful day. D’abord le titre français. You were never really here correspond bien mieux à l’esprit du film qu’un A beautiful day sans ampleur ni signification. Quant au pitch de l’affiche Le taxi driver du 21e siècle repris d’un article de The Times, il ne veut tout simplement rien dire. Ceci étant clarifié, A beautiful day dresse surtout le portrait d’une Amérique malade, et sévèrement. Le héros Joe est rentré traumatisé de la guerre d’Irak et survit chez sa mère en réalisant des missions de récupération d’adolescentes rentrées dans des réseaux de prostitution. Un Joaquin Phoenix alourdi, chevelu et mastoc comme aux plus belles heures de I’m still here (d’où l’intérêt du titre original tel un clin d’oeil à cet opus déjanté) campe un personnage torturé et à la marge d’une société américaine où il n’a plus sa place. Comme pour les vétérans rentrés du Vietnam pendant les années 70, les soldats revenus d’Irak avec un stress post traumatique sont abandonnés à leur sort sans soutien ni aide. La vie de Joe découle directement de cette expérience choquante, ce que démontrent avec subtilité des courts flashbacks qui ravivent des souvenirs de guerre mélangés à des images d’enfance qui suggèrent le souvenir vivace d’un père violent. Les agissements de Joe s’expliquent par ce terreau fertile le faisant agir avec une violence totale si les circonstances le requièrent.

Un film à tiroirs 

Le scénario du film fait déambuler le héros entre deux missions et son cocon familial protégé où évolue une mère elle-même détachée du réel. Le rythme du film volontairement lent mélange avec brio images et musique industrielle collée à l’état d’esprit du héros. Des rythmes brutaux ou au contraire plus doux soulignent les émotions d’un personnage plus vraiment présent dans ce monde. Livré à lui-même et extrêmement efficace pour mener à bien ses missions, il ne s’ouvre à personne et semble devenu un autiste renfermé sur lui-même. A contrario, la décadence d’une société américaine ouverte aux pires tabous met en relief une déliquescence sociétale généralisée. Les gens de pouvoir semblent n’avoir aucune limite pour abuser du système, comme le démontrent les comportements iniques des sénateurs et leurs somptueuses demeures. Des scènes de violence voilée transforment Joe en ange exterminateur et surtout sans pitié pour tous ceux qui ont perdu tout sens moral. Le film n’utilise aucun effet spécial et se concentre sur une psychés abimée. En cela, Joaquin Phoenix est fascinant avec son jeu à l’économie et son regard perpétuellement habité. A ses côtés, les autres acteurs apparaissent peu à l’écran et ne marquent pas le spectateur.

Exercice de style scénarisé au cordeau, A beautiful day marque les spectateurs par l’austérité de son intrigue et la profondeur de ses enjeux. Joe est le héros d’une Amérique du XXIe siècle malade où le seul moyen de survivre semble être la marginalisation. Un dim à découvrir absolument actuellement au cinéma.

[vc_text_separator title= »SYNOPSIS ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
A beautiful day
A beautiful day

La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

Sortie : le 8 novembre 2017
Durée : 1h30
Réalisateur :  Lynne Ramsay
Avec : Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola
Genre : Thriller, Drame

[vc_text_separator title= »BANDE ANNONCE » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Formidable numéro d’acteur dans la pièce Jamais plus

Jamais plus
Jamais plus, mise en scène de Geoffrey Lopez, Studio Hebertot

Formidable numéro d’acteur dans la pièce Jamais plus

Un showcase exceptionnel a permis à une salle comble d’assister à la représentation de Jamais plus, écrit et mis en scène par Geoffrey Lopez. Cette histoire d’un opposant au régime nazi retraçce l’histoire de sa fascination jusqu’à son rejet des idéologies d’Hitler. Le comédien Antoine Fichaux captive l’audience avec une interprétation tout en subtilité, alternant savamment entre l’intensité et la délicatesse. Il anime 70 minutes de représentation qui interpelle sur l’importance du libre arbitre individuel au milieu de la masse corrompue.

Le monologue du repentir

Le cadre étriqué d’une cellule de prison sert de cadre intimiste à l’introspection d’un homme trahi par le système. Frantz Weissenrabe y a cru si fort, de toute son âme, accordant sa confiance juvénile à un leader charismatique vitupérant qu’il était seul capable de redonner sa grandeur au peuple allemand. Embrigadé dans un système éducatif tout entier dévolu à l’inculcation des valeurs nazies, il n’a pas su faire la différence entre patriotisme et complicité de crimes contre l »humanité. Avant la prise de conscience et la résistance passive. Jamais plus s’inspire d’une histoire vraie pour une réflexion sur la liberté individuelle et le droit au choix. Le comédien Antoine Fichaux interprète un personnage d’abord candide puis décidé aux différents stades de sa vie. Avec une puissance communicative et des postures plus que convaincantes. Il revêt son uniforme de soldat allemand pour figurer l’adhésion à la doctrine nazie avant de le cacher dans une boite pour symboliser le rejet et l’entrée en résistance. La rencontre avec un petit groupe d’opposants appelés La rose blanche finit de le convaincre de la nécessité d’éveiller les consciences.

Une réflexion très actuelle

Jamais plus est une pièce plus qu’essentielle par les temps qui courent. A l’heure où pullulent les thèses prônant la peur de l’autre et l’enfermement sur soi, voire l’ostracisme et la défiance envers des populations différentes, le retour sur une période particulièrement sombre de l’histoire contemporaine sert de piqure de rappel salutaire. Dans une mise en scène sobre et dépouillée, l’obscurité prévaut au milieu de quelques rais de lumière qui dépeignent l’état d’esprit du personnage. Quelques habits et très peu d’artifices densifient certains propos que l’implication totale du comédien fait ressortir brillamment. La propagande entraine les dénonciations et la négation de l’être humain, autant chez les bourreaux transformés en chaire à canon que chez les victimes pourchassées inlassablement. Pas de gagnants dans un régime totalitaire, de quoi donner du grain à moudre…

Jamais plus sera certainement joué dans une salle parisienne très prochainement, plus d’informations seront communiquées le moment venu pour découvrir une pièce puissante portée par un comédien plus que pertinent!

Dates :  7 novembre à 19h
Lieu : Studio Hebertot (Paris)
Metteur en scène : Geoffrey Lopez
Avec : Antoine Fichaux

Les huit montagnes, un livre magnifique de Paolo Cognetti (Stock)

Paolo Cognetti

Les huit montagnes, un livre magnifique de Paolo Cognetti (Stock)

Paolo Cognetti, jeune auteur italien, raconte à la fois une relation entre son père et son fils et une amitié entre deux garçons que tout oppose. Et c’est surtout un très bel hommage rendu aux montagnes, à Dame Nature.
Si la relation paternelle est loin d’être évidente, la relation entre les deux enfants de onze ans est toute naturelle. Pourtant Pietro est un enfant de la ville et Bruno, de la montagne. Ils se retrouvent en vacances, à Grana, au cœur du Val d’Aoste. Là où habite Bruno. Et c’est Bruno qui va initier Pietro à tous les secrets de la montagne. Ils vont faire, à chaque fois que Pietro est en vacances, des randonnées, plus belles les unes que les autres. Souvent silencieuses, Bruno n’est pas bavard. Et leurs vies sont tellement différentes. Mais au cœur des montagnes, la communion se passe de mots.
Vingt ans plus tard, Pietro découvrira que Bruno connaissait peut-être mieux son père que lui. Et cela va lui faire un choc. Lui, il a quitté ses parents pour vivre sa vie… Et Bruno n’a pas bougé de ses montagnes et durant toutes ses années, il a gardé le contact avec les parents de Pietro quand ils venaient en vacances à Grana…
Les huit montagnes est un livre qui a reçu le prix Strega (grand prix littéraire italien) et l’on comprend pourquoi. C’est à la fois un livre poétique, et un livre philosophique sur le sens à donner à sa vie.
Les huit montagnes de Paolo Cognetti, un très beau livre où il fait bon respirer l’air des montagnes. Un livre riche sur la beauté de la vie, la beauté des montagnes, la beauté des sentiments.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

« Quel que soit notre destin, il habite les montagnes au-dessus de nos têtes. »

Pietro est un garçon de la ville, Bruno un enfant des montagnes. Ils ont 11 ans et tout les sépare. Dès leur rencontre à Grana, au coeur du val d’Aoste, Bruno initie Pietro aux secrets de la montagne. Ensemble, ils parcourent alpages, forêts et glaciers, puisant dans cette nature sauvage les prémices de leur amitié.
Vingt ans plus tard, c’est dans ces mêmes montagnes et auprès de ce même ami que Pietro tentera de se réconcilier avec son passé – et son avenir.
Dans une langue pure et poétique, Paolo Cognetti mêle l’intime à l’universel et signe un grand roman d’apprentissage et de filiation.

Traduit de l’italien par Anita Rochedy

Date de parution : le 23 août 2017
Auteur : Paolo Cognetti
Editeur : Stock
Prix : 21,50 € (304 pages)
Acheter sur : Amazon

Festival Cinemed 2017, premier de cordée en Méditerranée.

 

La joie des deux néophytes italiens, le réalisateur Dario Albertini dans les bras de son acteur Andrea Lattanzi, immortalisée par © Jérémy Aliot.

Le 39e Cinemed de Montpellier s’est achevé après une semaine de succès populaire et critique.

 

Manuel, de Dario Albertini, Antigone d’or 2017.

Douceur, clémence et tempérance, voici quelques uns des ingrédients qui ont fait de cette nouvelle édition du Festival International de Cinéma de Montpellier, le Cinemed, une réussite globale tant sur le plan du climat, que j’ai décrit plus haut avec ces trois mots, que dans son organisation et sa sélection officielle. Les cieux nous étaient-ils favorables ? Toujours est-il qu’il y a longtemps que je n’avais pas connu d’édition sans écharpe, ni manteau pour les fins de soirées. Dérèglement climatique ou promesse méditerranéenne, que sais-je si ce n’est que l’unanimité ne fut pas qu’au niveau des températures, mais aussi, et surtout, pour le palmarès de cette édition 2017. (Em)Manuel, élu à la majorité écrasante prénom de l’année 2017, et Antigone d’or du Cinemed du Jury présidée par la gracieuse Aure Atika, méditerranéenne par excellence. Sans oublié de rafler le prix de la critique, ni même celui de la Radio Nova. Ça s’appelle un grand chelem en langage sportif. Fortissimo, pourrait se dire au fond de lui Dario Albertini, regista italien de cet uppercut à la sensibilité rare. Premier film pour lui, passé par le documentaire. Premier film également pour Andrea Lattanzi, acteur principal, le fameux Manuel du rôle-titre, présent pendant toutes les secondes de toutes les images de ce long métrage qui faisait l’ouverture de la sélection officielle. Dans un film à forte inspiration du cinéma d’Europe de l’Est venu de Roumanie, entre autres, on y suit l’itinéraire d’un plus vraiment enfant pas trop gâté par la vie. De ces derniers instants en foyer autogéré, à la reprise de sa vie d’avant dans un appartement vide et dévitalisé, le parcours initiatique sous forme de road-trip de Manuel ne sera pas de tout repos.

Une étoile est née au Cinemed de Montpellier, Andrea Lattanzi dans Manuel.

On est loin de l’Italie en couleur et en grandeur de FelliniAlbertini, comme la plupart de ses récents compatriotes, scrute dans le blanc des yeux ce rêve envolé d’une Europe riche et prospère. Le cadre est d’une rigueur et d’une beauté formelle absolue. Pas moins que le jeu tout en émotion contenu, en fêlures dissimulées, et en responsabilités imposées, composé par Andrea Lattanzi. Le contexte est difficile, le rythme est lent, mais le duo composé par les caméras d’Albertini et la présence carnassière de Lattanzi, offre une valse d’émotion jamais à la limite du pathos, toujours à la recherche de la symphonie parfaite dans un monde qui ne semble plus l’être. Que reste t-il, hormis l’amour maternel, familial, à part les éphémères néons de devantures qui ne brillent que la nuit ? Des instants de grâce comme ces rencontres impromptues remplies d’humanité et de légèreté, celle de Manuel et de Frankino, le littéralement sans-dent et son triporteur en panne, qui débouchera sur une scène de danse matinée de poésie et de candeur. Tellement chaleureuse. La vie, la vraie, pas celle qui se joue en chiffre binaire un peu partout dans le monde. Celle qui remet les Hommes au centre du jeu.

Tout commença par une Razzia populaire.

Razzia de Nabil Ayouch, une ouverture forte du 39e Cinemed.

Heureusement que je m’étais mis en jambe avec la générale du ciné-concert des Lumières de la ville, de ce cher Charlie Chaplin, en ce vendredi 20 octobre 2017, date d’ouverture de la 39e édition du Festival Cinemed, car ce qui allait suivre allait être costaud. Des rires aquilins du jeune public scolaire à la symphonie sans fausse note délivrée par l’Orchestre national de Montpellier Occitanie, en passant par la folie burlesque ultra-chorégraphiée de la scène de boxe de Chaplin, l’art comme vecteur essentiel de la culture n’aurait pas choisi meilleur avocat pour plaider sa cause. Une nouvelle audace du Cinemed à classer à côté de la mémorable prestation de Sergi Lopez l’an dernier. Le pluriculturel, une marque imposée en 3 ans par son directeur Christophe Leparc.

Maryam Touzani, symbole de la résilience féminine.

Un crochet au festival de films lycéens en salle Pasteur pour prendre la température des aspirations et inspirations des générations futures (deux court métrages dystopiques tout de même), puis nous revoilà à Berlioz, salle magique, amphithéâtre moderne où la carrière de Manuel sera lancée et adoubée par la plèbe cinéphile de Montpellier une semaine plus tard. Pour l’instant, c’est Razzia, et le phénomène marocain, Nabil Ayouch, qui aura droit à son moment de gloire, une ouverture de Cinemed. Certains de mes confrères semblaient dubitatif devant ce bel homme, bel esprit, lui reprochant un manque de glamour pour lancer cette 39e édition. Deux heures plus tard, la standing-ovation de plus de cinq minutes parle pour tout le monde. Ayouch et sa muse, actrice dans le film, Maryam Touzani, ont fait une razzia sur les cœurs des festivaliers montpelliérains. Personne ne s’attendait à ce tsunami d’émotions provoquées par des situations propres à l’histoire du Maroc, mais aux résonances tellement contemporaines et surtout universelles. Nabil Ayouch fait montre d’une intelligence rare quand il dessine trait par trait ce crescendo révolutionnaire inéluctable en partant du sujet le plus évident pour l’Homme, la communication, pour enfin déchainer les passions face à l’humiliation subit par les plus vulnérables quotidiennement. Amine Ennaji incarne avec retenu et dignité cet enseignant berbère écrasé par l’arabisation forcée de ses élèves. Maryam Touzani est le porte parole de ces marocaines contemporaines qui vivent sous le joug d’un machisme latent et récurrent légalisé et encouragé par un islamisme rampant. Abdelilah Rachid se rêve en Freddie Mercury de Casablanca, métropole moderne et cannibale qui dévore la passion de ses jeunes en les laissant livrés à eux-même. Il est la touche de légèreté de Razzia, il en sera le détonateur plus symbolique que jamais. Un film choral où la maitrise formelle s’adjoint à un propos dense et corrosif. Une vraie mèche artistique. La plus forte pour illustrer le Printemps Arabe du Maghreb. Après avoir traiter de la radicalisation avec Les chevaux de Dieu, puis créer la polémique avec Much loved, Nabil Ayouch se fait plus que jamais porte parole d’une génération qui refuse d’être ramené en arrière, tout en dénonçant les imperfections de la modernité capitaliste et individualiste. I want to break free !, comme dirait Freddie. Une des plus belles soirées d’ouverture depuis des années à Cinemed.

Une compétition très relevée et hétéroclite

Christophe Leparc et son équipe dirige de main de maître ce festival qui ne cesse de gagner en intensité et en densité au fur et à mesure de ses éditions.

Vivement la 40e rugissante !

Rarement compétition officielle à Cinemed n’aura été aussi relevée. C’est dire la performance de Manuel au niveau du palmarès. Je passerai discrètement (shame on me) sur Dede, de la géorgienne Mariam Khatchvani, Prix du Public Midi Libre, et sur Wajib, de la Palestinienne Annemarie Jacir, Prix du Jury Jeune Public, que je n’ai pu rattraper à temps, mais précédés de flatteuses réputations populaires et critiques. Dede a un mérite supplémentaire, ici à Montpellier, car sa réalisatrice a décroché la Bourse d’aide au Développement du Cinemed en 2014, faisant d’elle un véritable enfant du cru. Ce film souligne le rôle prépondérant que joue le Festival de Montpellier dans la chaine culturelle autour de la mer Méditerranée en y soutenant chaque année des jeunes (ou moins jeunes) artistes plein d’abnégation sur la longue route de la production audiovisuelle. Un acte fort et nécessaire pour que le son de cloche de toutes les régions puissent résonner de concert, qu’importe les vérités qu’elles auront à dire. En cela, on peut souligner le travail fort depuis des décennies de Géraldine Laporte, Michèle Driguez ou encore Aliénor Pinta, dans les principales catégories du Cinemed, respectivement, long métrages, court métrages et documentaires. Garantissant homogénéité, continuité et qualité.

Lyna Khoudri, un des visages marquants de ce Cinemed, vue dans les Bienheureux.

Suivie est également la trajectoire de Walid Mattar au Festival Cinemed après y avoir présenté 3 court métrages. Cette année, c’est le grand saut avec son premier long, Vent du Nord, sélectionné en compétition et doté d’un casting assez savoureux avec le truculent Philippe Rebbot, qui nous a gratifié d’un look mi-hipster, mi-US Farmer, lors de la présentation du film, la toujours renfrognée mais néanmoins délicieuse Corinne Masiero, ou encore le jeune et prometteur Kacey Mottet Klein. Une confrontation pleine d’à propos entre le Nord et le Sud, entre la France industrialisée en perte sèche de vitesse et la Tunisie jeune et pleine d’illusion devant le grand autel du Capital. Une délocalisation sauvage qui fait des laisser-pour-comptes des deux côtés de la Méditerranée. Mais, des misérables en France toujours moins misérables que les misérables en Tunisie à travers cette scène brillante formellement et discursivement où le personnage de Philippe Rebbot croise son homologue tunisien qui lui a pris sa place à l’usine délocalisée, ce dernier dans un train au bord du désespoir sentimental et financier, l’autre dans un bus le ramenant de vacances dorée vers sa France. Dur et éloquent.

Deux autres films de la compétition mettent en lumière les braises sur lesquelles reposent actuellement le Maghreb : l’algérien Les Bienheureux, de Sofia Djama, et le marocain Volubilis, de Fouazi Bensaïdi.

Les Bienheureux, très bien nommés, ce sont Amal et Samir, couple aisé d’Alger interprété par Nadia Kaci et Sami Bouajila, mais aussi leur fils Fahim. A travers une simple nuit d’errance et de volupté dans la nuit algéroise, cette famille, en apparence exemplaire, va voir des années de rancœurs et de colères transparaître dans leurs actes. Et qui mieux que la jeune et explosive Fériel, amie d’enfance de Fahim au destin flirtant directement avec la Décennie Noire algérienne, pour étaler sa vérité crue sur grand écran. Fériel, c’est Lyna Khoudri, véritable révélation à l’émotion vive et à fleur de peau. Si un prix d’interprétation devait surgir à Cinemed, nul doute qu’elle serait le pendant du nouveau De Niro, Andrea Lattanzi. Sofia Djama dresse une portrait à chaud de l’Algérie moderne prise entre désir de lendemain heureux, échappée occidentale et corruption, tout en appuyant férocement sur l’humour noir anti-islamiste. Un de mes coups de cœur.

Volubilis noircit également ce trait désespoir au Maghreb à travers une lutte des classes sans espoir. Soit l’histoire d’amour vénéneuse entre Abdelkader et Malika, jouée avec retenue et force par la prometteuse Nadia Kounda, qui se heurtera aux castes les plus aisées et corruptrices de la haute société marocaine. Un film qui dresse un constat implacable, mais qui manque de nuance dans son interprétation et dans son écriture.

Le dilemme de Luna, mis en exergue par la performance de Laetitia Clément.

Tout le contraire de Holy Air, du palestinien Shady Srour, le bol d’air (saint) de la compétition. Un véritable acte de légèreté assumé et assuré de main de maitre par son réalisateur, mais également acteur principal. Le pitch : à Jérusalem, Adam décide de changer de boulot pour vendre des bouteilles remplies d' »air saint », soit le pendant de l’eau bénite de Lourdes, et ce pendant que sa femme tombe enceinte. Humour absurde et pince sans rire à gogo, rythme lent et burlesque, on pense à Blake Edwards ou à la poésie comique de Buster Keaton. On aime. On adore aussi la sensualité dégagée par Laëtitia Eïdo, qui donne parfaitement le change à la bonhommie d’Adam.

De sensualité, il y est fortement question dans le premier long métrage de la française Elsa Diringer, Luna, incarnée littéralement par la débutante Laetitia Clément. Il est peu dire qu’elle irradie l’écran de sa beauté solaire et insolente. Mais, il fallait bien ça pour faire face à Rod Paradot, la révélation à fleur de peau de La tête haute. Le film traite d’un sujet assez confidentiel et tabou, le viol masculin, et ses conséquences sur la vie d’une bande de jeunes qui voulaient « simplement s’amuser ». Tourné en grande partie dans la région, Luna propose une intéressante étude de cas de l’effet de groupe face aux décisions individuelles. On y retrouve la piquante Lyna Khoudri, qui avec Les Bienheureux, possède donc deux films en compétition. Pas mal pour une débutante.

Premières : La Villa de Guédiguian, Marvin, Anne et les autres.

Le Cinemed, côté avant premières, avait commencé fort avec sa soirée d’ouverture. Il est assez facile (et peu dire) que Tout nous sépare, entre le film du vendredi et celui-du samedi au casting ô combien plus clinquant. Jugez-en vous même : un couple tout feu, tout flamme (sic) incarné par les biens nés Nicolas Duvauchelle et Diane Kruger, un débutant aux rimes acérés, le rappeur Nekfeu, le tout chaperonné par la marâtre du cinéma français, j’ai nommé la sérénnissime Catherine Deneuve. Scénario de Cédric Anger, réalisé par auteur du remarquable Les yeux de sa mère. Et pourtant, rien ou presque à sauver tant le film n’a ni queue, ni tête, souffrant ici et là de nombreuses incohérences aussi bien formelle que narrative. Et si Klifa avait inventé le Giallo miévreux ?

La barre se redresse assez aisément avec Le brio, efficace école de la vie en accéléré où une banlieusarde dotée d’une sacrée gouaille, la formidable Camélia Jordana, doit faire équipe avec la caricature du professeur omniscient, pédant, et raciste sur les bords, Daniel Auteuil sur pilote automatique. Trop manichéen et assez facile dans le genre les opposés s’attirent, le nouveau film de Yvan Attal n’en demeure pas moins une œuvre humaniste à mettre devant pas mal d’yeux de la nouvelle génération.

Mercredi, direction le Diagonal pour ma première séance hors les murs cette année, Le semeur, premier film de sa réalisatrice Marine Francen, qui aura murit son œuvre pendant 5 ans. Le temps de se faire doubler par la fille Coppola avec qui elle partage un pitch assez similaire aux Proies de Don Siegel. Dans l’arrière pays, un village de femme se retrouve livré à lui-même avec l’arrestation de tous les hommes suite à l’avènement de Napoléon III. Elles se font alors la promesse de se partager le prochain homme qui passera au village. Alban Lenoir sera l’heureux chanceux surtout avec la sémillante Pauline Burlet à la tête de ses futures conquêtes. Violences verbales, psychologiques et physiques sont au programme de cette reconstitution réussie.

Grégory coupe du bois, Marvin s’égaie.

Puis survient un des véritable coup de cœur de ces 8 jours de Cinemed, Marvin ou la belle éducation, d’Anne Fontaine, réalisatrice au ton souvent juste et à la peinture brut. Le traitement de l’homosexualité est au centre de ce film où il est question de Marvin, élevé par une famille de déclassé bourrue et addict au pastis. Marvin, c’est d’abord le jeune débutant Jules Porier, victime d’un père simple reproduction d’un héritage paysan qui semble cumuler toutes les tares possibles. A l’école, c’est pas mieux. Puis, si quand même, lorsqu’il tombe sur un cour de théâtre qui lui ouvre la perspective de se découvrir lui-même et sa sexualité. Le gamin est formidable d’énergie rentré, éclipsant même la partition de sa version adulte incarné par le pourtant très doué Finnegan Oldfield. Ce nouvel itinéraire d’un enfant pas gâté par la vie après Manuel est une réussite totale et sensible, jusque dans ses seconds rôles, les impeccables Gregory Gadebois et Vincent Macaigne. De la belle ouvrage.

Le trio magique de Guédiguian : Meylan, Ascaride & Darroussin.

La magie du cinéma, c’est d’oublier un film génial par un autre succulent dès le lendemainà 9h30, en projo presse, soit La Villa de l’inoxydable Robert Guédiguian. Tel un Woody Allen, on attend imperceptiblement la nouvelle fiction du marseillais, lui qui a su aménager son propre bestiaire composé d’Ariana Ascaride, de Jean-Pierre Darroussin, de Gérard Meylan ou plus récemment d’Anaïs Demoustier. Humour sans filtre, réflexions philosophiques sur le temps qui passe, la famille, l’ouverture aux autres, le respect des traditions la modernité, le monde entier est fait, refait et défait dans une calanque marseillaise. Guédiguian sait viser juste, ni trop haut, ni trop bas. Avec d’autres cela pourrait paraitre kitsch voir obsolète, avec lui et ses gouailleurs impayables parmi lesquels en tête trône l’excellent Darroussin, on ne fait que se régaler. Vivement la prochaine réunion de famille avé l’accent !

Malgré la multitude de sujet plombant survolé par Marvin et La Villa, la bonne tenue des deux, alliés par quelques répliques chaleureuses de comédiens en or, j’étais en plutôt bonne condition pour Plonger vers la conclusion de ce 39e Cinemed avec Mélanie Laurent. Tout commence plutôt bien (et fait surtout suite au délicieux palmarès donné en introduction), inspirée, l’actrice réalisatrice à la blondeur remarquable puise son introduction du côté de Malick. Maria Valverde y est pénétrante de sensualité, généreuse et vénéneuse, face à un Gilles Lellouche contenant sa bestialité virile. Le sujet également est prenant, soit l’impossibilité pour un artiste de rentrer dans le cadre métro-boulot-dodo, encore plus quand surviennent les responsabilités. Le traitement du reste sera plus nébuleux et opaque sentimentalement parlant. Lellouche possèdait-il la palette suffisante pour jouer tout cela et porter un film entier sur ses larges épaules, j’en doute.

Cela n’enlèvera rien à mon ressenti général concernant l’excellence atteinte par le management et la programmation de cette 39e édition du Festival Cinemed, événement plus que majeur par sa densité intellectuelle, politique, sentimentale dans le paysage audiovisuel français. Et ce malgré le fait que je n’ai pu qu’effleurer le focus sur la jeune garde Algérienne, la carte blanche au duo TolédanoNakache, ainsi qu’à la si solaire Dominique Cabrera, les rétrospectives de Trueba, de Lattuada et de Allouache, l’hommage postume à l’enfant du Cinemed, Manuel Pradal, sans oublier la succulente Nuit en Enfer, de retour. L’équipe du festival, réunie autour de son directeur Christophe Leparc, aura réussi à nous trouver de nouvelles perles tout autour de la Méditerranée, dont de nombreux premiers films de très haute volée, avec pour point commun d’être des premiers de cordée pour la génération actuelle, et bien sûr, aussi de celles à venir. Résilient, passionné, discursif, féministe, contemplatif, populaire. Envers et contre tout, direction la 40e rugissante.

 

Les légendes Borg et McEnroe ravivées avec classe sur grand écran

Borg McEnroe
Borg McEnroe, film de Janus Metz Pedersen, Copyright Universum Film

Les légendes Borg et McEnroe ravivées avec classe sur grand écran

La finale de Wimbledon 1980 avec l’homérique affrontement Borg/McEnroe est devenu un saint graal pour les amateurs de tennis que les combats Federer/Nadal assouvissent dorénavant pour une postérité similaire sans doute prévisible à l’avenir. L’affrontement de deux styles et de deux tempéraments est devenu le match de tennis le plus légendaire de l’histoire avec cette image finale d’un Borg à genoux que les adolescents du monde entier ont accroché dans leurs chambres dans les années 80. Les téléviseurs ont largement relayé ce duel mémorable entre l’américain gueulard mais talentueux et l’invincible suédois froid comme un iceberg. Mais la légende contient sa part d’ombres et de secrets que l’excellent film de Janus Metz Pedersen expose brillamment dans une évocation toute en sensibilité et surtout à l’opposé des images habituelles qu’en ont le grand public.

Un film avant tout psychologique

A la sortie du film, le sentiment profond que l’opposition Borg/McEnroe n’est qu’une création de toutes pièces par des médias amateurs de sensationnel ne cesse d’interloquer le spectateur. Plus qu’un combat titanesque qui clôture tout de même 1h48 de flashbacks et de matchs savamment chorégraphiés, le film revient surtout sur deux parcours de vie si ressemblants qu’un trouble s’installe fatalement dans l’esprit de ceux qui voyaient surtout le combat du gentil contre le méchant. Des laborieuses années d’entrainement à l’envie d’épater leurs parents respectifs, les parallèles sont nombreux et émaillent les 2/3 du film avec l’évidence que le blond suédois et le brun américain ne sont que les deux faces d’une même réalité. La différence principale réside dans l’utilisation d’une rage intérieure que le premier apprivoise soigneusement pour devenir qui il est tandis que le second s’en sert comme d’un levier de motivation certes agaçant mais redoutablement efficace. Et comme le mimétisme entre les acteurs et les légendes du tennis donne l’impression de s’introduire dans l’intimité des deux tennismen, le film parvient sans mal à faire découvrir une face cachée du mythe. Shia Lebeouf et Sverrir Gudnason privilégient une ressemblance exacerbée pour approcher au plus près les deux personnages sans exagération. Le premier est d’une sobriété surprenante tandis que le second se transforme presque physiquement en glaçon.

Le tennis comme art de vivre

Les matchs de tennis à proprement parler ressemblent à des ballets soulignant la grâce des deux combattants. Pas de ralentis stratosphériques ni de boules de feux, juste deux sportifs à la pointe de leur art devenus les meilleurs de leur discipline à force de sacrifices. En cela, l’aspect tennistique est peut être un peu décevant pour les amateurs éclairés bien que l’approche psychologique puisse combler fortement le manque. La supervedette Borg traine son mal être de devoir forcément un jour tomber de son piédestal tandis que le caricatural McEnroe attend son heure de gloire toute proche. C’est presque une leçon de vie qu’offre un film au rythme très lent et presque contemplatif. On se plait à suivre deux récits introspectifs qui feraient presque ressembler le film à une adaptation d’un ouvrage de Jane Austen. Le spectaculaire est remisé au placard et l’authenticité est privilégiée avec deux tableaux forcément touchants. Le dieu Borg acclamé par les fans (féminines) et pourchassé par des sponsors (avides) fait peine à voir et l’outsider McEnroe n’a que faire des règlements de compte publics, lui qui sait au fond de lui-même qu’il battra un jour le numéro 1 mondial. L’histoire lui a donné raison et l’épilogue du film interpelle sur la finesse du réalisateur pour aborder deux personnages plus complexes qu’il n’y parait.

Borg/McEnroe est un grand film psychologique avant d’être un grand film de sport. Il se suit avec plaisir et il n’est nul besoin d’être fan de tennis pour y trouver de la satisfaction. Un film à découvrir sur les écrans le 8 novembre!

[vc_text_separator title= »SYNOPSIS ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
Borg McEnroe
Borg McEnroe

BORG/McENROE est un film sur une des plus grandes icônes du monde, Björn Borg, et son principal rival, le jeune et talentueux John McEnroe, ainsi que sur leur duel légendaire durant le tournoi de Wimbledon de 1980. C’est l’histoire de deux hommes qui ont changé la face du tennis et sont entrés dans la légende, mais aussi du prix qu’ils ont eu à payer.

Sortie : le 8 novembre 2017
Durée : 1h48
Réalisateur : Janus Metz Pedersen
Avec : Shia LaBeouf, Sverrir Gudnason, Stellan Skarsgård
Genre : Biopic, Drame

[vc_text_separator title= »BANDE ANNONCE » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

[/vc_row

Le merveilleux L’ange et l’enfant au Théâtre de l’Atelier

L'ange et l'enfant
L’ange et l’enfant, mise en scène de Séverine Vincent, Théâtre de l’Atelier

Le merveilleux L’ange et l’enfant au Théâtre de l’Atelier

Un spectacle tout en délicatesse va prochainement débuter au Théâtre de l’Atelier à 14h30 du mardi au jeudi. L’ange et l’enfant n’est pas uniquement destiné aux enfants mais également aux adultes désireux de retrouver leur âme d’enfant et l’innocence de leurs 10 ans. La tonalité des textes et des chansons est autant à l’empathie qu’au merveilleux dans un spectacle tout en musique et en poésie.

Un conte pour les 5 sens

Un vieil ange dépérit au paradis sans plus ressentir les émotions qui ont fait le sel de sa vie terrestre. Une rencontre inattendue avec un jeune enfant seul capable de le voir et de lui parler va lui insuffler une renaissance d’émotions. Sur la scène, le narrateur tout en truculence suit le fil d’une histoire de candeur et de simplicité. certains cyniques crieront peut être à la naïveté feinte mais il faut voir L’ange et l’enfant avec des yeux d’enfants. Pour accompagner le vieil ange, 3 musiciens égrènent leurs notes tout au long de 50 minutes qui voient les sourires fleurir sur le visage des spectateurs. Piano, contrebasse et percussions accompagnent une chanteuse qui illustre les 5 sens en chanson. Le ton des mélodies est à l’allégresse ingénue et au sourire communicatif. Le vieil ange redécouvre la joie des sensations au contact de son cadet dans une intrigue qui privilégie l’évidence de la simplicité aux concepts étriqués. Le décor se suffit d’une étoile illuminée par une farandole de couleurs bariolées autour de laquelle la chanteuse ne cesse de tourbillonner.

Le conte L’ange et l’enfant se clôture avec de jeunes enfants ravis dans le public et des adultes enjoués par un spectacle qui trouve le ton juste entre joliesse et délicatesse.

Dates :  Du 7/11 au 29/11, du mardi au jeudi à 14h30
Lieu : Théâtre de l’Atelier (Paris)
Metteur en scène : Séverine Vincent
Avec : Jean-Philippe Viret, Bruno Angelini, Luc Isenman

u

Projection Privée ou l’amour dans tous ses états au Lucernaire

Projection Privée
Projection Privée, Mise en scène de Michel Burstin, Le Lucernaire

Projection Privée ou l’amour dans tous ses états au Lucernaire

Le drame de l’incommunicabilité est mis en scène dans une pièce qui flirte entre le vaudeville et le soap opéra. Le ton est au burlesque avec un ménage à 3 qui tente de trouver un équilibre que la relation à 2 n’a pas su installer. A 3 plus l’éternelle télévision cathartique qui obnubile une femme perdue entre déception de la réalité et fantaisie imaginaire. La farce est branchée sur courant alternatif avec de vrais moments savoureux succédant avec des passage plus transparents.

Une mise en abime de la société moderne

Une femme seule sur son canapé accueille le public. Son regard semble perdu au loin vers une télévision imaginaire. Le rythme de paroles syncopées si caractéristiques de Brigitte Bardot se fait entendre. Elle regarde Le Mépris, présage annonciateur des tourments à venir entre elle et son compagnon. Quand celui-ci débarque au domicile conjugal, il n’est pas seul. Beaucoup y verront de l’outrance assumée pour symboliser la fin du couple tel qu’on le conçoit, c’est aussi une des recettes récurrentes d’une pièce qui met en abime l’amour et les sentiments. Le mariage est une catastrophe selon les mots de l’épouse délaissée, son adolescent attardé de mari n’étant qu’une déception à chaque fois renouvelée. Elle trouve alors un échappatoire dans le monde imaginaire de la série télévisée. Le rythme de la pièce se veut enlevé, le comédien entouré des 2 comédiennes veulent emporter le public dans la folie douce d’une impasse existentielle jouée avec énergie. Un simple canapé fait office de décor, enrichi de quelques artifices elliptiques. Il manque peut être de l’interactivité dans l’intrigue pour faire décoller l’audience, une utilisation plus marquée du son et de l’image pour figurer la ronde funeste d’un trio destiné à finir dans le drame.

Projection Privée fait rire et sourire grâce à l’implication totale de ses 3 comédiens. La farce du couple augmentée d’une télévision et d’une prétendante aurait cependant mérité un dispositif scénique plus interactif.

Dates :  Jusqu’au 9 décembre 2017
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Michel Burstin
Avec : Bruno Rochette, Sylvie Rolland, Elsa Tauveron

A LIRE