
Rafales de rires et d’émotion au Lucernaire avec Quand souffle le vent du nord
Quand Emmy adresse par erreur un mail à Léo en croyant se désabonner d’un magazine, la réponse polie mais agacée du célibataire la titille suffisamment pour lui donner envie d’avoir le dernier mot. L’incident marque le début de confessions internet de plus en plus intimes et croustillantes, jusqu’à la naissance inopinée de sentiments. Tel une déclinaison moderne de Marivaux, Quand souffle le vent du nord montre la faculté de chacun à se prendre au jeu de l’amour et du hasard, même et surtout derrière un écran d’ordinateur. Les deux comédiens portent sur leurs épaules la narration et les effets comiques de la pièce pour un moment de théâtre attendrissant tant l’empathie le dispute à la sensibilité.
Une love story par inadvertance
L’auteur autrichien Daniel Glattauer s’est fait une spécialité des historiettes douces amères aux personnages ordinaires confrontés à des situations insolites. Léo (Stéphane Duclot) a une tête de prof de maths tandis qu’Emmy (Caroline Rochefort) pétille de spontanéité. Leurs existences réglées comme du papier à musique voient une lucarne s’ouvrir quand chacun répond encore et encore aux mails de l’autre. Jusqu’à installer une intimité virtuelle avec son correspondant sans pouvoir s’arrêter d’échanger. Ce qui débute par accident devient une addiction jusqu’à la tentation de la rencontre, avec toutes les ambiguïtés liées. La scène du Lucernaire voit les deux comédiens déambuler dans des intérieurs sommairement représentés par des simili meubles IKEA malléables à l’envie. Leurs dispositions changent entre chaque scène en même temps que des morceaux équivoques se font entendre. Sunny, It’s not unusual, Ce n’est rien, l’évolution des tempéraments intérieurs se se fait en musique tandis que la perspective d’une première rencontre se rapproche dangereusement…
Une comédie d’actualité
Le sérieux délicatement compassé de l’un tranche avec l’accent chantant de la seconde dans des échanges qui en disent long sur notre époque. Traduit en français en 2010, Gut gegen Nordwind évoque autant la solitude contemporaine que le désir inexpugnable de liberté individuelle. Cachés derrière leurs écrans, les protagonistes communiquent dans un anonymat de plus en plus battu en brèche par l’envie très humaine de se dévoiler. L’humour et les différentes tonalités de conversation n’ont pas toujours la même signification à l’écrit, générant les équivoques et une séduction de plus en plus explicite. La pièce interroge sur les nouveaux médias et leur place dans nos existences. Les spectateurs suivent ces échanges jusqu’à se demander comment Roméo et Juliette auraient agi à la place de Léo et Emmy. Se seraient-ils rencontrés? Est-ce vraiment souhaitable quand chacun doit arranger son existence réelle avec des rencontres virtuelles jusqu’à mettre en danger ses proches? L’existence virtuelle peut-elle se substituer à la réalité, est-ce seulement possible?
Le ton léger de Quand souffle le vent du nord tranche avec les questionnements bien sérieux que la pièce fait naitre. L’alliance des deux comédiens fait merveille pour un moment de théâtre qui fait mouche et ravit un public conquis.
Dates : du 12 avril au 28 mai 2017, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Judith Wille
Avec : Caroline Rochefort, Stéphane Duclot



Et les mouettes… étaient indifférentes ! une histoire d’amour inconditionnelle (Editions Assyelle)
L’action de ce récit sentimental se situe, à la fin des années 60, en grande partie sur un paquebot qui reliait à cette époque les îles du sud-ouest de l’océan Indien à l’Europe.











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