
High-Rise, un film perturbant et passionnant de Ben Wheatley
High-Rise est un véritable OVNI cinématographique en même temps qu’un passionnant catalogue des pulsions humaines en environnement clos. Ce film de science fiction adapté d’un roman du souvent très trash JG Ballard transforme une tour d’habitation en laboratoire social. Lâcher prise, humiliations et rivalités égrènent ce long métrage fascinant et iconoclaste. Un véritable cauchemar éveillé.
L’auteur britannique JG Ballard a déjà été porté à l’écran dans des registres très différents. Si Crash réalisé par David Cronenberg suivait un groupe reproduisant des accidents de la route célèbres, L’empire du soleil porté par rien de moins que Steven Spielberg suivait les aventures d’un jeune prisonnier anglais dans un camp de prisonniers japonais pendant la seconde guerre mondiale. Auteur multi-facettes passionnant, JG Ballard livre une satire sociale enthousiasmante dans High-Rise, IGH pour Immeubles de Grande Hauteur en français. Un jeune médecin aménage dans un complexe d’habitation révolutionnaire. Une tour de 40 étages organise la vie sociale de ses habitants en leur fournissant toutes les commodités usuelles telles que supermarché, piscine, salle de sport et lieux de rencontre. La répartition des habitants de l’immeuble suit un schéma social censé créer l’harmonie, les moins fortunés habitant les étages inférieurs tandis que les nantis occupent les étages les plus élevés.
Principes de népotisme, droit de cuissage et meurtres s’enchainent dans un déferlement frénétique de comportements abusifs
Application d’une utopie architecturale véridique, l’immeuble reprend les principes de Le Corbusier appliqués notamment dans la fameuse Cité Radieuse sise à Marseille. Censés simplifier et harmoniser les relations humaines, ces principes se délitent complètement à l’occasion d’une panne de courant aux étages inférieurs. Convoitise et émulation se mettent à jour et dérèglent l’agencement ordonné du lieu de vie, libérant les plus basses pulsions humaines. Paru en 1975, High-Rise peut paraitre aujourd’hui un peu daté. Fruit d’une époque où totalitarisme et communisme occupaient tous les fantasmes, High-Rise se base sur des principes archaïques. Les habitants semblent prisonniers de leur tour, attachés à organiser leur vie recluse. La Tour devient une métaphore de la société humaine où l’anarchie règne d’abord avant qu’un semblant d’organisation ne réapparaisse.
Si le film s’attache initialement à suivre les destinées du Dr Robert Laing (Tom Hiddleston), le scope s’élargit bien vite aux autres membres de la communauté. Et le casting est au diapason de ce cauchemar éveillé. Jeremy Irons, Sienna Miller, Luke Evans et Elizabeth Moss hantent cette tour cauchemardesque. Principes de népotisme, droit de cuissage et meurtres s’enchainent dans un déferlement frénétique de comportements abusifs. L’arrière plan psychanalytique est angoissant et chaque habitant peut à chaque instant se transformer en esclave, victime ou complice des exactions collectives et des orgies. L’agencement ordonné de l’immeuble se délite jusqu’à une accumulation de déchets, reflet du laisser aller anarchique qui s’installe. Le scénario accumule les scènes humiliantes limites.
Révélé pour son Kill List resté célèbre pour ses scènes de tortures insoutenables, Ben Wheatley enchaine depuis comédies et films ambitieux. Un vrai touche à tout qui a convaincu le Loki de Thor, Ben Hiddleston, d’interpréter un personnage mystérieux et complexe, longtemps à la limite et qui finit par se lâcher complètement. Smart et élégant, le Dr Robert Laing hante cette tour avec une ambivalence jouissive.
Le film irritera certains, exaspérera beaucoup d’autres, nombreux quitteront la salle mais ne nous y trompons pas. Ce film est une pépite perturbante.

1975. Le Dr Robert Laing, en quête d’anonymat, emménage près de Londres dans un nouvel appartement d’une tour à peine achevée; mais il va vite découvrir que ses voisins, obsédés par une étrange rivalité, n’ont pas l’intention de le laisser en paix… Bientôt, il se prend à leur jeu. Et alors qu’il se démène pour faire respecter sa position sociale; ses bonnes manières et sa santé mentale commencent à se détériorer en même temps que l’immeuble : les éclairages et l’ascenseur ne fonctionnent plus mais la fête continue! L’alcool est devenu la première monnaie d’échange et le sexe la panacée. Ce n’est que bien plus tard que le Dr Laing, assis sur son balcon en train de faire rôtir le chien de l’architecte du 40ème étage, se sent enfin chez lui.
Sortie : le 6 avril 2016
Durée : 1h59
Réalisateur : Ben Wheatley
Avec : Tom Hiddleston, Jeremy Irons, Sienna Miller, Elizabeth Moss
Genre : Drame, Science Fiction

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