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La magnifique ode à Victor Hugo de Pyrénées ou le voyage de l’été 1843 au Lucernaire

Pyrénées ou le voyage de l'été 1843
Pyrénées ou le voyage de l’été 1843, Théâtre Lucernaire

La magnifique ode à Victor Hugo de Pyrénées ou le voyage de l’été 1843 au Lucernaire

Toute la verve de Victor Hugo rejaillit sur la scène du Lucernaire dans une évocation tragicomique de cet été 1843, central dans la vie féconde de l’auteur.

Julien Rochefort n’a besoin que d’une scène et de quelques jeux de lumière pour personnifier Victor Hugo 1h10 durant. Armé d’une diction sirupeuse et délicieusement piquante, il retranscrit le truculent récit de voyage d’un des plus grands auteurs français de l’histoire dans un festival d’anecdotes croustillantes et drolatiques. Loin de lasser le public, le langage suranné et châtié à l’extrême évoque autant qu’il sous-entend. Les descriptions sont tout autant précises qu’allusives, mélangeant allègrement les niveaux de lecture dans un patchwork élégiaque.

L’égo surdimensionné de l’auteur éclabousse l’auditoire par la magie d’un acteur qui manie les nuances de la langue avec dextérité. Semblant continuellement s’écouter parler, il monologue au fil des écrits de Victor Hugo. Goûts et couleurs s’enchainent dans un défilé perpétuellement, volontairement ou prétendument surprenant. La langue est douce, le rythme est soutenu, la mélopée est ininterrompue. A l’instar d’une pièce de Shakespeare ou de Racine, il est doux de se laisser porter par la musique des mots et de leur délicieux agencement.

Ce livre mal connu de l’auteur des Misérables contient en arrière plan le drame de sa vie. Tout occupé à la distraction d’un voyage qui va bien au-delà des Pyrénées, il se fait foudroyer par la mort de sa fille ainée dont il apprend la nouvelle par hasard dans la presse cinq jours plus tard. Le récit drolatique est à considérer à l’aune de cette tragédie. Le récit de voyage ne sera publié qu’à titre posthume, signe de la blessure vivace dans le coeur de Victor Hugo toute sa vie durant.

La pièce est un moment de magie théâtrale, enlevé et prétexte à des badinages gourmands. Le lyrisme le dispute à l’envie de clôturer le moment par le célèbre poème de l’auteur. Demain dès l’aube….

Dates :  du 24 aout au 8 octobre 2016
Lieu : Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Sylvie Blotnikas
Avec : Julien Rochefort

Frantz, un film d’époque surprenant de François Ozon

Frantz
Frantz, film de François Ozon, Copyright Mars Films

Frantz, un film d’époque surprenant de François Ozon

Frantz débute en 1919 avec la visite d’un jeune français à la famille d’un ami allemand disparu. Du postulat d’une amitié franco-allemande fantasmée par delà les conflits, le film se complexifie jusqu’à quitter rapidement sa trame linéaire et bousculer le spectateur. François Ozon ne déroge pas à sa règle habituelle, brouiller les apparences et creuser des sillons inattendus. Porté par un duo d’acteurs intense et captivant, ce Frantz ne peut pas laisser indifférent.

Frantz interpelle tout du long avec ses partis pris inattendus. Mélanger l’allemand et le français, passer du Noir et Blanc à la couleur, les surprises formelles appuient et démultiplient l’effet du scénario tortueux sur l’audience. Car l’effet de surprise ne cesse de se manifester, plusieurs fois, jusqu’à faire douter de l’existence même des personnages. Ne parvenant pas à le cerner, le spectateur joue à deviner les intentions du réalisateur tout du long pour une gymnastique mentale finalement habituelle avec lui.

Si François Ozon fait une fois de plus du Ozon tout en ne se privant pas de surprendre, le film revêt un classicisme, lui, inhabituel, et donc complètement habituel. Le film historique perd ses atours communs, se rapprochant parfois du Ruban Blanc d’Haneke par ses partis pris innovants et inattendus. Entre romance, récit historique et tragédie, le film surfe sur les catégories sans jamais choisir sur quel pied danser. Perdant souvent le spectateur devant un film multiple mais sans jamais l’ennuyer. Car le réalisateur a le sens du rythme et du coup de théâtre.

Pierre Niney fait des merveilles en visiteur plus insondable qu’il n’y parait et Paula Beer fait une fiancée éplorée tout à fait émouvante. Une des prouesses du film tient dans l’art de se faire exprimer chaque personnage dans sa langue natale tout en multipliant les passerelles entre les langages. Le français parle allemand, l’allemande parle français, les efforts contribuent au rapprochement des peuples.

Ne rien dévoiler de l’intrigue est une nécessité pour laisser à chaque spectateur le soin de se faire bousculer. Comme souvent chez les réalisateur, la complexité des intentions surpasse la réalisation somme toute classique portée par de convaincants interprètes.

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Frantz
Frantz


Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.

Sortie : le 7 septembre 2016
Durée : 1h54
Réalisateur : François Ozon
Avec : Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner
Genre : Drame

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Un dernier baiser de Mozart enlevé et machiavélique

Le dernier baiser de Mozart
Le dernier baiser de Mozart, Petit Montparnasse

Un dernier baiser de Mozart enlevé et machiavélique

Le baiser de Mozart prend place aux lendemains de la disparition du génial compositeur autrichien. Une avalanche de dettes accable sa veuve Constance bien démunie pour faire vivre dignement leur enfant. La gloire n’a pas rendu le couple riche et il reste ce Requiem inachevé que le commanditaire exige sous peine de remboursement des sommes déjà versées. Quand le disciple Franz-Xaver Süssmayer vient prendre des nouvelles, un échange à bâtons rompus s’installe entre passion et récriminations pour un passionnant moment de théâtre.

Wolfgang Amadeus Mozart disparait en 1791 à l’âge de 35 ans. Si son oeuvre s’est inscrite pour l’éternité dans le patrimoine musical universel, Constance Mozart n’a que 200 florins pour subsister chichement. Dépensier, volage, extravagant, Mozart attendait la maturité pour faire fortune. Parti trop tôt, il n’a pas eu le temps de faire fructifier ses compositions. Mais sa veuve compte bien grappiller chaque sou possible. La pièce se joue en huit clos dans l’appartement des Mozart entre Constance et Franz. Un clavecin trône au milieu de partitions éparpillées sur le modeste mobilier. La déférence de l’élève pour la femme du maitre laisse place à des révélations et la surprise le dispute à l’incompréhension. Le besoin d’argent de la survivante rivalise avec le besoin de reconnaissance du compositeur amateur, conscient de ses limites par rapport à l’illustre disparu.

La pièce fait alterner douceurs sucrées et ton plus belliqueux entre les deux survivants éplorés. Dans l’ombre du génie, ils n’ont jamais pu se réaliser pleinement et leurs limites s’imposent à eux comme une évidence. L’air du Concerto 23 se fait entendre tandis qu’un débat sur la pertinence de finaliser le Requiem les oppose. Il clame avoir reçu des directives de Mozart, elle hésite à lui confier le travail. Le Requiem devient un enjeu de chantage, d’autant plus douloureux que la pièce atteint des sommets d’émotion et de complexité. La tristesse laisse place à des révélations fracassantes qui transforment les 1h30 de la pièce en moment d’histoire secrète. La pièce fait perdurer la magie du film Amadeus tant l’ombre du génie semble planer sur la scène. Mozart fut-il le plus grand ? Il n’eut en tout cas pas la vie la moins intéressante.

Delphine Depardieu et Guillaume Marquet incarnent avec conviction les personnages historiques. La badine de la première tranche avec le maladresse du second et il faut bien des palabres pour voir apparaitre l’assurance du disciple et la duplicité de la veuve. Loin d’être figés dans une seule et même posture tout du long, ils alternent avec conviction pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. La mise en scène de Raphaëlle Cambray fait honneur au texte d’Alain Teulié pour une pièce qui tient en haleine comme un thriller historique. Si quelques réflexions assez loin du XVIIIe siècle font quelque peu douter de la valeur historique des échanges, les faciès sont suffisamment convaincus pour ne pas en prêter ombrage.

L’enthousiasme est bel et bien présent dans cet hommage à la postérité du compositeur autrichien. Toute occasion d’évoquer son oeuvre est immanquablement un plaisir, la preuve en est faite une fois de plus. Et quand en plus on peut écouter ses oeuvres en assistant à une belle pièce de théâtre, c’est Byzance!

Dates :  à partir du 7 septembre 2016
Lieu : Théâtre Petit Montparnasse (Paris)
Metteur en scène : Raphaëlle CAMBRAY
Avec : Delphine Depardieu, Guillaume Marquet

Le Camp ou les dessous d’une grande école française (CreateSpace)

Nathan Comons © Nathan Comons

Le Camp ou les dessous d’une grande école française (CreateSpace)

Publik’Art est heureux d’avoir eu un contact direct avec Nathan Comons, jeune rédacteur du livre : Le Camp. Ce livre reste un peu particulier car il dissèque une grande école de commerce parisienne, qu’il nomme HIC. Pas besoin de traduction pour comprendre de quelle école il s’agit. Bien sûr, tout a déjà été dit sur cette école sauf ce que dit Nathan ! Il va loin, très loin dans son analyse. Beaucoup de faits perturbants voire dérangeants, de drogue, de sexe surtout, font de ce livre une satire de notre société intellectuelle capitaliste poussée à l’extrême et surtout centrée sur le sexe, sous toutes ses formes. Pour mieux appréhender le contenu du livre, nous avons choisi d’interviewer l’auteur : Nathan Comons.

Publik’Art : Pourquoi as-tu eu besoin d’écrire ce livre ?
Nathan Comons : J’ai écrit l’essentiel du livre pendant que j’étais sur les bancs de l’école, le soir, surtout la nuit en fait, parce que mes jours étaient devenus trop durs à supporter. Comme d’autres étudiants, j’ai littéralement pété un câble, me sentant comme étouffé, dans un environnement glacial et confiné. Il me fallait renouer avec du sens, à la fois pour comprendre ce qu’il m’arrivait, mais surtout pour exprimer un cri. Pas une lamentation, juste un cri, une sorte d’appel à l’aide destiné à interrompre le mal. On peut trouver ça exagéré, et considérer que ce n’était qu’un état d’âme de bobo – j’ai déjà entendu la réflexion. Mais non. C’est quelque chose de profond. Une sorte de désespoir métaphysique absolu provoqué par ma plongée dans ce que j’appelle la « piscine de la finitude » ; un monde sans relief, où seuls les bas instincts persistent. Pendant quelques jours, c’est acceptable, même amusant, à vrai dire ; mais très vite, l’angoisse du vide se répand.

P’A – Il semble que ton héros soit plutôt doué pour les études alors, pourquoi d’un seul coup, il est devenu rebelle face au « système » ?
N C : Le personnage principal, Ethan, est un littéraire, quelqu’un d’assez naïf qui croit pouvoir vivre sa vie en poète, détaché des considérations matérielles et viles. Il a lu trop de livres, vu trop de films, dirait-on. Comme son univers est reconstruit par son imaginaire, le quotidien lui apparaît d’abord comme agréable. Jusqu’au moment où, après son intégration, cet imaginaire vole en éclats, pour laisser apparaître le réel, dans sa version la moins ragoûtante : celle de l’appétit égoïste, du cynisme et de l’ignorance. La répugnance que cet environnement inspire au héros n’est autre que celle des comportements intéressés en général, de l’opportunisme comme mode de vie. C’est un peu le parcours initiatique d’un idéaliste qui découvre progressivement la laideur d’un certain monde. Et sa déception va s’avérer d’autant plus grande qu’il réalise petit à petit qu’on ne peut être en dehors du système : on est forcément dedans, interne à lui.

P’A – Même si tu critiques ouvertement les enseignements donnés à HEC, tout en le nommant HIC, tu parles surtout d’aventures sexuelles multiples et étonnantes. Est-ce une façon pour toi de ridiculiser un peu plus cette Haute Ecole ? On en apprend plus sur les relations entre jeunes hommes que sur ce qui se passe réellement à HEC.
N C : Je n’ai pas voulu faire un livre sur HEC, ce serait lui faire trop d’honneur… J’ai plutôt voulu expliquer ce qu’un garçon de ma génération pouvait ressentir en se retrouvant sur un campus isolé tel que celui que je décris. Le ressenti d’Ethan apparaît d’emblée violent, j’ai voulu montrer quelle était sa façon de résister. Le sexe constitue pour lui le dernier point d’ancrage à la vie, la seule méthode, bien qu’appliquée avec exagération, pour résoudre un trauma existentiel. Ce n’est pas en soi une façon de ridiculiser l’école, puisqu’il s’agit d’un instrument effectif de survie. En revanche, cette résistance hystérisée, trashisée, est volontaire : c’est une contre-violence à la hauteur de la violence originelle. D’abord anecdotique – les allusions libidinales émergeant dès les premières pages du livre –, ce comportement lubrique s’intègre ensuite à la critique du capitalisme que j’essaye de faire. En effet, le personnage va créer une véritable junior entreprise, sur le campus, destinée à proposer des services sexuels, puis sera rapidement « corrompu » par l’école qui y verra une source juteuse de profit. Ou l’hommage du vice à la vertu.

P’A – Le héros de ton roman est très intelligent et en même temps complètement piégé par ses pulsions sexuelles. Tu penses réellement que tous les étudiants sont « bouffés » par leurs pulsions ?
N C : Bien sûr que non ! C’est une manière de réagir ; il y en a d’autres, et c’est aussi un acte désespéré à certains égards. Mais l’idée est de réfléchir plus globalement sur les instincts, et sur leurs extrémités connues : la barbarie. Je crois que la souffrance métaphysique, c’est-à-dire la quête existentielle non résolue, fait disparaître la raison pour ne laisser s’exprimer que les passions tristes, dont les pulsions sont une des catégories. Et en creux, je soutiens la thèse selon laquelle la société de marché laisse de moins en moins de place à la légèreté, à la rêverie, à la méditation. Tout doit s’intégrer à une démarche d’efficacité, de maximisation du profit, de minimisation des pertes, c’est usant ! Tellement usant qu’à force, on ne sait plus trop pourquoi on se lève le matin, ni pourquoi on fait des études. La quête de sens n’est pas une question secondaire, c’est celle qui engendre tout le reste. Si elle est prohibée, ou simplement mise de côté, alors l’empire des passions, des affects, ensevelit notre raison d’être. Beaucoup de gens vivants sont déjà morts, métaphysiquement. La fin physique ne sera pour eux qu’une formalité. A moins, bien sûr – et c’est ce que j’appelle de mes vœux – qu’il y ait un sursaut de lucidité. Sortir du camp, c’est la métaphore de ce mouvement, de cette transformation subjective.

P’A – Outre les scènes proprement sexuelles, l’ambiance du roman est assez sombre, pourquoi cette tonalité ?
N C : D’abord parce que j’ai voulu construire une satire, dès lors, il fallait aussi exagérer, grossir certains points pour les faire ressortir encore plus ridicules qu’ils ne le sont – même si plusieurs lecteurs m’ont confié que je n’étais pas allé assez loin ! Au-delà, l’atmosphère que j’ai essayé de créer, en particulier pour les scènes d’orgies, se veut teintée de sadisme. C’était un choix. Il me semble qu’un livre, de la même manière qu’un film, se doit d’être dérangeant. Peut-être même gênant, parfois. Quand j’ai fini un bouquin, je ne veux pas seulement m’être diverti, je veux sentir quelqu’un chose d’obsédant, y compris si cette obsession n’est pas agréable. Il ne s’agit pas de faire l’éloge du mal, ou de la souffrance, mais simplement de dire que certaines questions – comme celle de l’émancipation – supposent un passage par le négatif. Je lisais récemment des critiques qui avaient été faites au moment de la sortie de Fight Club ; certaines étaient terribles. Et pourtant, c’est aujourd’hui un film culte. Même chose pour Sade : presque tout le monde s’accorde aujourd’hui à dire que son œuvre est immense.

P’A – Le héros du livre, dont l’on devine la judéité, se lie d’affection, et même davantage, avec un jeune musulman : est-ce un message de tolérance ?
N C : Je n’aime pas les livres à « message », la littérature offre une interprétation du monde qui se suffit à elle-même, sans qu’il soit nécessaire de la recouvrir d’autre chose. C’est d’ailleurs sa force : au début, je voulais faire un essai, qui aurait repris mes lectures – Badiou, Zizek, Lordon. Mais c’est souvent assez chiant à faire et à lire. Ecrire un roman, c’est enthousiasmant. Je me trompe peut-être, mais j’ai le sentiment que la fiction fournit un matériau à la fois plus souple et plus intense. Dans Le Camp, il y a effectivement un trio qui se forme entre trois garçons, et il se trouve que l’un d’eux est protestant, un autre juif et un dernier musulman. Le thème de la religion n’est qu’effleuré, et c’est bien ainsi. Je préfère celui de la différence culturelle, une différence qui s’offre à l’autre et qui l’accueille. La société mourrait si elle était uniforme. Les apologistes de l’identité m’effraient, tant ils se fabriquent un méta-monde qui n’existe pas, ou plus. La société est comme elle est, c’est-à-dire diverse. Ce qui uniformise, ce qui tribalise, ce qui homogénéise, c’est le marché, pas les communautés. On a tous fait l’expérience de l’altérité, c’est parfois un exercice difficile, mais si chacun surmonte sa méfiance, le résultat peut être étincelant.

P’A – L’histoire telle qu’elle est racontée suggère que l’injustice triomphe toujours : est-ce vraiment le cas ?
N C : Je ne suis ni rousseauiste ni hobbesien, l’homme n’est ni fondamentalement « bon » ni fondamentalement « mauvais ». Il est les deux, à chaque instant. Médiocre et généreux. Généreux et médiocre. Jamais l’un sans l’autre. Il faut prendre l’homme tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il fût, comme le rappelle Frédéric Lordon. A partir de là, on peut parfaitement envisager une trajectoire d’émancipation, personnelle et politique, qui soit pertinente. Je note d’ailleurs que toutes les révolutions, individuelles ou collectives, rencontrent un obstacle exactement à ce moment : soit lorsqu’on oublie les valeurs, les principes qui président à l’action, soit au contraire lorsqu’on maintient les idées à un niveau tellement haut que l’humain n’est plus capable de les servir. L’horizon d’une société franchement différente de la nôtre est donc possible, mais l’un des problèmes, aujourd’hui, c’est qu’on ne sait plus qui est l’ennemi. Le personnage d’Ethan se heurte à ce mur. La partie négative d’une lutte, d’un cheminement existentiel doit passer par une forme de destruction, réelle ou symbolique. Certaines figures nous écrasent et doivent être renversées. Mais encore faut-il savoir contre qui se battre… C’est la grande victoire du capitalisme contemporain, ou de ce qu’on appelle un peu bêtement le « système » : il est omniprésent, et pourtant, on a l’impression qu’il n’existe pas. Il faut ajuster nos lunettes.

Merci Nathan de nous avoir révélé les « dessous  » de ton livre ! Bonne route pour la suite ! Publik’Art laisse le soin à ses lecteurs d’en découvrir plus en lisant Le Camp !

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Le CampDans la meilleure école de commerce de France, un étudiant s’ennuie. Redoublant sa deuxième année, il déplore le conformisme de ses camarades et s’isole du reste du monde. La drogue et la pornographie consument petit à petit ce jeune homme en quête de sens. Mais une rencontre fortuite va bouleverser son quotidien terne. L’enjeu n’est pas seulement d’exister : il faut essayer de vivre, par-delà le bien et le mal. L’acidité de l’auteur, son style percutant nous entraînent sur un terrain dérangeant et magnétique ; son regard sur l’hypocrisie de notre société fait coexister dans ce texte les critiques cyniques, les scènes érotiques et la puissance de l’auto-fiction. Ce livre est une enivrante satire estudiantine et morale.

Date de parution : mai 2016
Auteur : Nathan Comons
Editeur : CreateSpace
Prix : 14,90 € (304 pages)
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Watership Down, une odyssée de Richard Adams (Monsieur Toussaint Louverture)

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Richard Adams

Watership Down, une odyssée de Richard Adams (Monsieur Toussaint Louverture)

Peu connu en France malgré un succès retentissant dans les pays anglo-saxons, Watership Down de Richard Adams ressort aujourd’hui dans une édition entièrement remaniée par les précieuses éditions Monsieur Toussaint Louverture. Le roman, qui mêle aventures épiques et rêveries lyriques, raconte la fuite d’un groupe de jeunes lapins vers Watership Down, la terre promise. Un voyage loin d’être de tout repos pour un roman immersif qui se lit les sens en éveil et les oreilles dressées.

Rien ne va plus dans la garenne de Sandleford. Fyvver, jeune frère du valeureux Hazel, a le pressentiment qu’une catastrophe menaçant la quiétude des lapins est sur le point de se produire. N’écoutant que son courage, Hazel rassemble une poignée de braves afin de fuir le danger et trouver une terre accueillante où les lapins pourront s’ébattre joyeusement. Hazel et ses compagnons devront braver bien des épreuves et affronter de nombreux ennemis avant d’espérer pouvoir jouir de la quiétude de Watership Down.

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Culte, extraordinaire, magistral : les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cette œuvre hors du commun. Si les raisons qui expliquent le succès d’un livre sont bien souvent insaisissables, comme une potion magique dans laquelle on ne distinguerait pas les ingrédients, le secret d’Adams est à chercher dans la prose qu’il met en œuvre. Résultat d’un cocktail entre une narration soutenue qui fait s’enchainer les péripéties et de longs passages purement contemplatifs, son écriture est aussi envoutante qu’addictive.

Formant un récit d’aventures dans la lignée des voyages extraordinaires de Jules Verne ou de Jonathan Swift, Adams construit une intrigue parfaitement ficelée en la saupoudrant d’un suspense savamment dosé. Le parallélisme proposé en quatrième de couverture entre le roman et la série The Walking Dead est loin d’être aussi incongru qu’il y paraît. Dans la pure tradition du roman-feuilleton, chaque fin de chapitre se termine par un cliffhanger ou un retournement de situation qui attise le désir du lecteur de savoir comment l’aventure va se poursuivre

« A cet instant précis, un violent coup sur le côté le cloua au sol. Quelque chose effleura sa fourrure et le piqua dans le dos jusqu’au sang. Il agita ses pattes de derrière, mais ne rencontra que le vide. » p.458.

On vous prévient, Watership Down n’est pas de ces romans que l’on quitte facilement, mais plutôt de ceux dont on aimerait que le monde qu’ils contiennent s’étende encore et encore.

Car à l’instar d’un Tolkien ou d’une Rowling, Adams est un créateur de mondes : en quelques phrases, le romancier nous plonge dans un milieu à la fois proche de nous, mais qui possède toutefois le parfum d’un exotisme merveilleux : « La saison des primevères était passée. Seules quelques taches d’un jaune décoloré subsistaient encore parmi les mercuriales vénéneuses et les racines de chêne à l’orée du bois, là où les arbres laissaient place à une clairière en pente douce. » (p.9). En dépit de cette large place accordée à la nature, tantôt jungle menaçante et tantôt asile rassurant, Watership Down « fait » monde grâce à la société de lapins qui le constitue. L’humanité de ces boules de poils n’est pas seulement décrite par la profondeur de leurs sentiments, mais aussi et surtout à travers leurs croyances.

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À l’aide de récits ou de fables racontés le soir au coin du feu, les lapins tissent un univers de croyance mettant en scène des héros mythologiques, véritables sources d’inspiration pour Hazel et ses compagnons (« Tu veux raconter une histoire ? demanda-t-il à Dandelion. – Oui, oui, cria-t-on. Allez ! Une histoire, et une bonne, s’il te plaît. » p.287). Reprenant à son compte les fameuses théories de Joseph Campbell (les histoires que nous aimons ne seraient que la constante reprise d’un même schéma), Adams fait de son épopée une véritable réflexion sur les mythes et la manière dont ils nous constituent.

La boucle est ainsi magistralement bouclée : Hazel, porté par ces récits, finira à son tour par devenir un héros mythologique dont nous nous sommes appropriés les histoires. On comprend donc mieux la nécessaire réédition de ce grand texte : faire partager au plus grand nombre une histoire que l’on croit connaître, mais que l’on redécouvre pourtant chaque fois avec le même plaisir. Et c’est peut-être ça, au fond, le secret de la recette magique de Watership Down.

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Watership-Down_1000px« Avant Harry Potter, il y avait Watership Down de Richard Adams, l’un des plus grands classiques et best-sellers de tous les temps.» — BBC

C’est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie.

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

Aimé et partagé par des millions de lecteurs à travers le monde, l’envoûtant roman de Richard Adams fait partie de ces récits mythiques et hors du temps, une épopée sombre et violente, néanmoins parcourue d’espoir et de poésie. Vous sentirez le sang versé. Vous tremblerez face aux dangers. Vous craindrez la mort. Et, par dessus tout, vous ressentirez l’irrépressible désir de savoir ce qui va se passer.

Date de parution : septembre 2016
Auteur : Richard Adams
Editeur : Monsieur Toussaint Louverture
Prix : 21,90 € (544 pages)
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Vous n’aurez pas ma haine, un livre universel à mettre entre toutes les mains (Fayard)

Antoine Leiris
Antoine Leiris Photo © C à vous 17/11/2015

Vous n’aurez pas ma haine, un livre universel à mettre entre toutes les mains (Fayard)

Antoine Leiris a eu dans sa vie : un avant et un après. Avant le 13 novembre 2015. Après l’attentat du Bataclan où il a perdu sa femme, Hélène, mère de son fils, Melvil, alors âgé de 17 mois.

Antoine Leiris n’avait jamais écrit de livre. Mais il sait écrire puisqu’il est journaliste. Et son livre, Vous n’aurez pas ma haine, se présente comme un journal de bord. Il commence le 13 novembre, 22h37 et se termine le 25 novembre, 7h45.
Juste quelques jours, juste quelques pages. Mais ce que nous confie Antoine Leiris nous marquera à jamais. Aucun pathos, aucun détail choquant. Pas de voyeurisme. Antoine nous livre ses pensées depuis que sa vie a basculé. Son combat de chaque jour, de chaque heure.

Il doit faire face au quotidien, et continuer à vivre, lui qui a été amputé de sa moitié. Il doit s’occuper de son fils, Melvil, qui a besoin de soins quasi en permanence. Pas droit au désespoir. Le biberon, les changes, la crèche, les promenades, le bain, le diner, le rituel du coucher, tout ça sans maman… Faut tenir, encore et encore…
Ce livre est un cri d’amour. Un cri d’amour étouffé, étouffé par la douleur. Etouffé pour ne pas effrayer Melvil, trop petit pour entendre cette souffrance. Mais un énorme cri d’amour que nous entendons tous résonner au loin.

Rien n’est dit sur les assassins de sa femme. Ils n’ont pas droit à la parole. Ils n’auront aucune place dans ce livre, de même qu’ils n’auront jamais sa haine. Ce serait leur donner de l’importance. Or, ils n’en n’ont pas. Ils sont anonymes, et ne pas leur donner de nom les réduisent au néant. Car ils ne sont rien.

« La mort attendait sa mère ce soir-là, eux n’étaient que des ambassadeurs ». p.40

« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. » p.63

Antoine Leiris écrit un livre à valeur universelle. Sur la haine, la colère, la mort, le chagrin mais surtout sur l’Amour et sa force. Hélène, son amour, restera à jamais dans son cœur et dans celui de leur fils et son amour sera éternel. Un livre magnifique, d’une humanité bouleversante. Comme un hommage à toutes les nombreuses victimes du terrorisme dans le Monde entier.

Un livre que nous n’oublierons pas.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Vous n’aurez pas ma haineAntoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume.
À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment,
malgré tout, la vie doit continuer.
C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre. Un témoignage bouleversant.

Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Vous n’aurez pas ma haine est son premier livre.

Date de parution : le 30 mars 2016
Auteur : Antoine Leiris
Editeur : Fayard
Prix : 12,90 € (144 pages)
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L’Arche de Noé racontée par Van Cleef & Arpels et Bob Wilson : un coup de maître

L’Arche de Noé racontée par Van Cleef & Arpels et Bob Wilson : un coup de maître
L’Arche de Noé racontée par Van Cleef & Arpels, Paris, 2016 Clips lapins photo DR

L’Arche de Noé racontée par Van Cleef & Arpels et Bob Wilson : un coup de maître

Pour présenter sa nouvelle collection de Haute Joaillerie, la Maison a confié la scénographie au grand Bob Wilson, dont on connait les mises en scène d’opéra et de théâtre qui associent lumière, espace, aplat de couleur infini et ambiance sonore, le tout dans une épure et inspiration totales.

Il est à noter que Bob Wilson sera au Théâtre du Châtelet avec le Berliner Ensemble dans le cadre de la programmation du Théâtre de la Ville pour « Faust I & II » du 23 au 29 septembre 2016 et « L’Opéra des quat’sous », donné au Théâtre des Champs-Elysées du 25 au 31 octobre. Il retrouvera également Mikhail Baryshnikov dans « Letter to a Man » du 15 décembre au 21 janvier 2017, présenté à l’Espace Cardin.

Composition parfaite que cet espace temps proposé par Bob Wilson pour évoquer la mer et son mystère qui à l’abri d’un cube bleuté et sensoriel, zébré de points translucides, nous entraine dans les mystères de la création et son voyage sensible.

Sur fond d’un ciel obscurci et d’éclairs tonitruants qui précèdent l’orage, le départ de l’Arche s’opère sous les éléments déchaînés puis retour à l’accalmie où la musique introspective nous invite à la découverte d’un paradis retrouvé.

Ecrin magique donc offert à des pièces de joaillerie exceptionnelles évocatrices de la faune animale et de ses richesses.

Où l’emprise intemporelle et épurée de la mise en scène empreinte de l’expérience sensitive et théâtrale de Bob Wilson imprime entre terre et ciel, une odyssée incomparable. Une pure merveille à découvrir absolument.

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Dates : du 3 au 26 septembre 2016 l Lieu : Hôtel d’Evreux, 19, place Vendôme, 75001 Paris

Entrée libre de 12h à 20h

Fin de la parenthèse, une bande dessinée voluptueuse et ensorcelante de Joann Sfar (Rue de Sèvres)

fin de la parenthese joann sfar bdFin de la parenthèse, une bande dessinée voluptueuse et ensorcelante de Joann Sfar (Rue de Sèvres)

Avec cet album, Joann Sfar met définitivement à mal la barrière symbolique qui sépare la peinture de la bande dessinée, en proposant un prolongement de l’œuvre de Salvador Dali sous la forme d’une réflexion sur les affres de la création artistique.

Seabearstien, peintre maudit, n’en peut plus de cette vague d’obscurantisme religieux qui s’étend sur la France. Déterminé à prouver que l’art peut lutter contre toute forme d’oppression intellectuelle, Seabearstien décide de mettre en place une expérience artistique hors du commun. Il convoque ainsi quatre modèles de haute couture pour s’enfermer nues avec lui dans un château perdu quelque part dans Paris. En recréant plusieurs des tableaux du maître du surréalisme, il espère pouvoir faire renaître son esprit…

Dés la préface de l’album, Joann Sfar en annonce la couleur : « Le livre dessiné que vous tenez en mains n’est que la transcription d’une expérience réelle, vécue à Paris l’an dernier par quatre modèles et un dessinateur.» Au-delà de la simple retranscription d’une expérience (dont on se moque bien de savoir si elle s’est véritablement déroulée, tant son caractère fantasmagorique l’emporte sur tout le reste), l’album devient une sorte de point central, un terrain de jeux que se partagent Dali et Sfar. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette rencontre s’avère des plus fructueuses : les deux univers, malgré leurs différences formelles respectives, finissent par s’imbriquer naturellement, au point que l’on finit par avoir l’impression de trouver du Sfar chez Dali.

Joann Sfar espace dali.png
Joann Sfar, Espace Dali

En dépit de son sujet qui semble être situé hors du temps (les cinq personnages vivent reclus dans un château coupé du monde extérieur), le nouvel album de Joann Sfar est en réalité parfaitement ancré dans son époque. À l’origine de son concept se trouve en effet une interrogation qui fait tristement écho aux tragiques évènements actuels : l’art a-t-il encore la force de lutter contre l’obscurantisme religieux ? La complexité de ce thème est abordée à travers le prisme de plusieurs personnages qui se confient chacun leur tour et voient dans l’art un moyen de faire reculer la barbarie. Le mot « Daech » n’est jamais prononcé par les personnages, Joann Sfar préférant écrire par non-dits afin de laisser le lecteur maître de son propre jugement.

Dans cet album qui met la féminité au cœur de son esthétique, les formes semblent fragiles, tout en courbes et en postures lascives. À mesure que l’album se déroule, les cases s’agrandissent de plus en plus, comme pour se libérer de la contrainte du gaufrier classique et laisser plus de place à ces corps de femmes qui s’étendent. Ces corps au désir à fleur de peau font pourtant rimer érotisme et morbidité, comme les deux faces d’une même fesse, croquée avec malice par Joann Sfar (« Tu crois qu’il va réussir à faire bosser quatre filles à poil en vase clos pendant quatre jours et quatre nuits sans retirer ses vêtements ? » p. 37). Le repli de ces personnages sur eux-mêmes finit par avoir des accents de fin du monde, comme si l’érotisme devenait un refuge contre la menace qui gronde. Dans sa manière de mêler érotisme et mise en scène suffocante, l’album de Sfar peut être rapproché de The Dreamers de Bernardo Bertolucci, qui fait lui aussi de la sexualité un objet politique.

Album surréaliste et envoutant, Fin de la parenthèse agit comme un sortilège qui donne envie de se replonger dans les œuvres du grand maître Dali. Comme pour mieux souder les liens entre la peinture et le neuvième art, la parution de l’album sera accompagnée d’une exposition à l’Espace Dalí, dans le 18e arrondissement de Paris du 9 septembre 2016 au 31 mars 2017, intitulée « Une seconde avant l’éveil », dans laquelle les dessins originaux de l’album seront exposés.

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Seabearstein met fin à son exil d’artiste maudit pour participer à une expérience artistique hors normes. L’art étant à ses yeux la seule issue possible pour une société en prise avec un obscurantisme croissant, le peintre est chargé de réveiller le seul prophète non-religieux possible, qui n’est autre que Salvador Dali, maintenu cryogénisé à Paris. Il devra pour cela invoquer son esprit grâce aux mises en scènes de quatre modèles de haute couture qui recomposent des tableaux de Dali. Coupés de toute communication avec le monde extérieur, ils embarquent pour un trip mystique et philosophique totalement inédit.

Sauront-ils faire renaître l’esprit du peintre surréaliste ? Et s’ils y parviennent, que pourront la culture, la connaissance et l’amour dans un monde chahuté ? Questions d’autant plus fondamentales que notre héros sera, à l’issue de cette parenthèse, confronté à une réalité violente.

Date de parution : le 14 septembre 2016
Scénariste(s) : Joann Sfar
Dessinateur(s) : Joann Sfar
Editeur : Rue de Sèvres
Prix : 20 € (112 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

Vidéo : ils font du surf canapé et d’autres choses complètement folles

Surf canapéVidéo : ils font du surf canapé et d’autres choses complètement folles

Accrochez vous, ces gars là sont totalement cramés jusqu’à la moelle ! Ils surfent des grosses vagues avec à peu près tout et n’importe quoi : des bouées, des skis, un surf pour deux, deux surfs pour un et même…. un surf canapé (qui n’est autre qu’un canapé gonflable). Vous vous demandez sûrement comment c’est possible. Eux ne se sont visiblement pas posés la question.

Montez le son, attitude rock de circonstance pour se mettre en condition avant de regarder cette vidéo complètement folle !

Max Perkins, un éditeur de génie, de nouveau d’actualité (Michel Lafon)

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Max Perkins, un éditeur de génie, de nouveau d’actualité (Michel Lafon)

A .Scott Berg a écrit et publié cette biographie fabuleuse de Max Perkins en 1978. Son livre vient d’être publié aux Editions Michel Lafon, et traduit en français, en même temps que sortait sur nos écrans, Genius, le film de Michael Grandage.

Max Perkins, un éditeur de génie, va être LE livre de cet été. A. Scott Berg nous fait voyager à travers l’Amérique des années 1920 à 1940. De très belles années mais aussi la très grave dépression de 1929. L’auteur nous dévoile la vie professionnelle d’un éditeur, un des plus grands de son époque : Max Perkins. Il est devenu éditeur chez Scribner, un peu par hasard. Mais ce fut un grand génie qui travaillait dans l’ombre…

A.Scott Berg nous dévoile un grand pan de sa vie professionnelle mais également celui de sa vie privée. Bien sûr, ses auteurs vont devenir ses meilleurs amis. Si Max Perkins a découvert de nombreux auteurs, il en a fait des écrivains connus du monde entier, tels que Francis Scott Fitzgerald et sa femme Zelda, Ernest Hemingway et Thomas Wolfe. Rien ne fut facile, ni pour lui, ni pour eux, ni pour leurs amours.

Max Perkins, coach sportif

A la manière d’un coach sportif, Max Perkins était sans cesse sur eux, avec eux. Il ne fallait pas relâcher la pression, tout en leur donnant envie d’écrire. Il fallait apporter de très nombreuses corrections, pour Wolfe, de très nombreuses coupures et ce fut un travail de longue haleine, parfois, jusqu’à deux ans de corrections, avant d’arriver à imprimer le livre. Et encore, si les critiques étaient dithyrambiques, le succès commercial l’était toujours moins.

Problèmes financiers, problèmes de concentration, problèmes de dépression et d’alcool, problèmes personnels, Max Perkins était au courant de toutes les souffrances de ses écrivains et de leurs addictions. Et à cela s’ajoutait ses propres problèmes personnels. Néanmoins, il était là pour leur assurer son soutien, aussi bien financier que littéraire ou tout simplement humain. Il a en quelque sorte sacrifié sa vie de famille, et ses cinq filles qu’il adorait pour se consacrer à son métier.

« Tom avait de plus en plus besoin d’impliquer Maxwell Perkins dans sa vie et dans son travail. Les deux hommes ne pouvaient plus se séparer, et ils ne le souhaitaient pas. Wolfe devenait chaque jour davantage le fils que Perkins n’avait pas eu. » p.221

Le livre de Scott Berg est fabuleux dans les nombreux détails qu’ils nous révèlent. Si le livre est long et dense, plus de 600 pages, jamais l’on ne s’ennuie. A travers lui on découvre la réalité de vivre au quotidien, surtout chez le génial éditeur qu’a été Max Perkins mais aussi chez les auteurs. La folie n’est jamais très loin des génies.
Une nouvelle édition à découvrir avec passion !

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Max_Perkins_un_editeur_de_genie_hdLes talents qu’il a découverts en tant qu’éditeur sont admirés mondialement : Francis Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway qui lui a dédié son chef-d’œuvre, Le Vieil Homme et la Mer, ou encore Thomas Wolfe. Maxwell Perkins (1884-1947) fut à la fois, pour ses auteurs, leur premier critique, le manager de leurs carrières, leur soutien financier, leur psychanalyste et leur ami. Mais cet homme n’en restait pas moins, jusqu’ici, un mystère.
Max Perkins, un éditeur de génie est la toute première biographie à explorer la vie professionnelle et privée du plus grand éditeur américain. A. Scott Berg nous entraîne dans les coulisses de la création littéraire et des relations intimes entre Perkins et les plus éminents auteurs, lumières littéraires du xxe siècle. Mais on découvre aussi sa vie privée, son mariage orageux, ses excentricités si attachantes, sa liaison secrète avec une mondaine qui fut sa confidente pendant vingt-cinq ans, au fil d’une passionnante correspondance… Une plongée inédite dans l’âge d’or de l’édition.

Date de parution : juillet 2016
Auteur : A .Scott Berg
Editeur : Michel Lafon
Prix : 21,95 € (574 pages)
Acheter sur : Amazon

Eye in the sky ou l’impossible dilemme de la guerre moderne

Eye in the sky Alan Rickman
Eye in the sky Alan Rickman copyright Bleecker street

Eye in the sky ou l’impossible dilemme de la guerre moderne

C’est un sujet brûlant et difficile à manier que Gavin Hood (X—Men Origins : Wolverine, La Stratégie Ender) porte sur nos petits écrans dans son nouveau film, Eye in the sky. Aujourd’hui, nos guerres se mènent à distance. Déshumanisées, elles posent de multiples questions morales et stratégiques que le réalisateur met habilement en images.

En sélection officielle au Festival du film américain de Deauville, il n’y a que là-bas que les plus chanceux pourront voir le film sur grand écran. Pour les autres, sa sortie e-cinéma (sur toutes vos plates-formes VOD) est prévue pour le 9 septembre.

Un scénario élaboré assez réaliste

Une opération militaire top secrète est conduite par l’Angleterre pour capturer des terroristes réfugiés à Nairobi (Somalie). Mais leur filature est source d’une découverte qui change tout : ils préparent un attentat suicide. Le risque est imminent, il faut les empêcher de tuer… En les frappant les premiers. Dans le ciel de Nairobi, trop loin pour les yeux de ses habitants, un drone de combat attend les ordres du colonel Katherine Powell, aux commandes de la mission. L’autorisation de frappe est donnée lorsqu’une petite fille entre dans la zone de tir… Que faire ? La mort d’une enfant est-elle un dommage collatéral acceptable ?

Pendant 1h42, tous les partis impliqués dans cette opération (et il y en a une valise) vont tergiverser ou camper sur des positions contradictoires. Reculant une prise de décision de plus en plus pressante. Le colonel K. Powell veut neutraliser les kamikazes au plus vite. Son supérieur, le lieutenant général Frank Benson, la soutient mais doit convaincre des politiciens indécis. Dans une cabine sombre du Nevada, Steve Watts pilote le drone qui doit lancer le missile décisif. Mais sur son écran de contrôle, la présence de cette petite fille qui risque de mourir retient son geste…

Eye in the sky Gavin Hood
Eye int he sky copyright UGC

 

Impossible dilemme 

L’attente s’étire au cœur de l’urgence. Grâce à une dynamique de film bien maitrisée, le suspens nous prend et nous garde jusqu’au bout. « Il faudrait se presser ! » a-t-on envie de leur crier ! Une décision vite. Mais elle ne vient pas…La force d’Eye in the Sky, c’est son dilemme. Stopper un attentat suicide ou tuer une innocente ? Il n’y a pas de bonne réponse.

Au cœur de ce processus de décision à retardement, Gavin Hood a glissé plusieurs critiques. Par combien d’hommes aux opinions divergentes faut-il passer pour mener à bien cette mission ? Trop. Avocat de la Couronne, ministre des Affaires étrangères, secrétaire d’Etat américain, même le Premier ministre est évoqué… C’est un défilé de politiciens. La décision finale leur appartient. Mais s’ils travaillent pour le bien de leur pays, ils ont une conscience aigüe du jugement que leur peuple aura de leurs actions. La guerre des armes ne doit pas faire oublier la guerre de propagande.

Quel camp rejoindre ? Tout l’art de Gavin Hood est de nous perdre et de retourner sa veste. Un instant dans la peau d’un militaire et celui d’après dans celle d’un politicien, il adopte les intérêts et les points de vue de chacun. Un militaire doit sauver le plus de vies possible oui mais un politicien lui, doit sauver son pays d’une mauvaise presse et d’une propagande néfaste. Alors qui a raison ? Impossible dilemme.

Eye in the sky Helen Mirren
Eye in the sky copyright UGC

Casting étoilé

Pour donner vie à cette situation complexe, Gavin Hood a réuni un casting excellent. En colonel inflexible, Helen Mirren délivre une belle performance qui confirme son talent déjà récompensé par un Oscar en 2007 (The Queen). Et que dire de feu Alan Rickman qui s’approprie et transcende son rôle de général en chef. Eye in the sky marque son ultime apparition au cinéma. Mort en janvier 2016, ce grand comédien manquera au 7ème art pour son charisme, son hypnotisme même et sa singularité. On ne peut pas tous les citer. Un dernier : Aaron Paul (Breaking Bad), émouvant en pilote de drone écartelé.

Parti pris ?

Etonnamment, cette guerre est parsemée de situations comiques. L’humour ici se fait surtout sur le dos des politiciens. Un ministre transpirant, un autre qui à la diarrhée et un secrétaire d’Etat qui décide d’une attaque aérienne entre deux balles de ping-pong. Le sérieux des politiques est sérieusement mis en doute ! Ce sont des hommes comme nous, nous souffle le réalisateur, des hommes qui n’aiment pas décider et qui sont atteints de maux communs. Cette petite note comique est la bienvenue pour faire baisser la tension.

Mais Gavin Hood a-t-il une dent contre les politiciens ? Car malgré une tentative d’impartialité, il prend parti. Les militaires sont mieux traités, mieux considérés dans ce film. Il influence subtilement notre jugement. Ou peut-être adopte-il l’opinion dominante.

Il n’y a qu’une solution pour se faire un avis : aller voir le film.

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Eye in the sky afficheLe colonel Katherine Powell (Helen Mirren), officier du service d’espionnage, est placé aux commandes d’une opération top-secrète impliquant plusieurs nations. Un groupe de terroristes réfugié à Nairobi doit être capturé ; les services secrets découvrent que le groupe prépare une attaque suicide. Le risque est imminent, il faut agir très vite pour stopper les terroristes coûte que coûte. Dans une base du Nevada, Steve Watts (Aaron Paul), pilote de drones, est prêt à intervenir pour éliminer la menace. Une petite fille entre dans la zone de tir… Entre dommages collatéraux et pressions politiques, sauront-ils prendre la bonne décision ?

Sortie : le 9 septembre 2016 en e-cinema
Durée : 1h42
Réalisateur : Gavin Hood
Avec : Helen Mirren, Alan Rickman, Aaron Paul
Genre : Thriller

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Wax Tailor et Ghostface Killah dans « Worldwide », le clip en stop-motion

Wax tailorWax Tailor et Ghostface Killah dans « Worldwide », le clip en stop motion

Après I Had A Woman, Wax Tailor revient dans un nouveau clip extrait de son cinquième album prévu dans les bacs le 14 octobre prochain. Dans Worlwide, ce n’est autre que l’immense Ghostface Killah (du Wu Tang Clan) qui vient poser en featuring pour un clip qui fleure bon la conquête du monde ou la rencontre de deux artistes au-delà de l’océan qui les sépare.

Un clip en papier

Le clip réalisé par Mathieu Le Proux en stop-motion, a demandé 2 mois de travail. Et pour cause, un seul matériau compose la scène : c’est le papier qui a été choisi pour mettre en relief ce clip bien trouvé.

Sword Art Online : reflet fantasy d’une génération ?

Sword Art Online
Couverture de Sword Art Online light novel volume 1 (Ofelbe)

Sword Art Online :  reflet fantasy d’une génération ?

Oeuvre transmédia incontournable dans le paysage pop-culturel depuis ces dernières années, Sword Art Online cristallise à lui seul l’essence même du genre littéraire du light novel et s’en est fait le porte-drapeau au-delà des frontières nippones. Alors que la saison 3 de l’anime est fébrilement attendue, qu’un film intitulé Ordinal Scale est prévu pour 2017 que son éditeur français Ofelbe a annoncé l’arrivée du premier tome de l’arc “Alicization” également pour le début de la même année, il est temps de revenir sur le succès de la franchise… dont les clés de la réussite ne sont pas si évidentes qu’elles n’en ont l’air.

S’il y avait un seul et unique light novel dont il faudrait recommander la lecture, tous publics confondus, ce serait celui-ci. Pour de bien multiples raisons qui vont au-delà de sa popularité flagrante. C’est le light novel de tous les records mais aussi de tous les paradoxes : lancé en 2009 par son éditeur japonais Kadokawa, Sword Art Online a réussi le pari d’inonder littéralement le marché littéraire et audiovisuel international. Décliné en anime, manga, jeux vidéos, film, goodies, il s’agit d’un succès qui ne doit rien au hasard tant celui-ci a été étudié et orchestré par son éditeur et tant le fond même du light novel était novateur lors de sa parution. Il surfait – et surfe toujours mais d’une façon nettement moindre – sur la popularité que connaît les jeux massivement multijoueurs en ligne, les MMORPG, aussi bien auprès d’un public jeune que plus âgé.

Un light novel ne s’aventure pas sur les voies de la transmédialité par hasard : les ventes doivent être au rendez-vous, et l’anime lancé ne peut connaître de suite si ces dernières ne sont toujours pas au rendez-vous par la suite.

Chronique d’une déception…

Succès paradoxal également car il suffit de jeter un oeil à la blogosphère occidentale, de lire quelques critiques ça et là pour comprendre que Sword Art Online a fait l’objet de nombreuses déceptions. Des pistes non explorées, un univers envoûtant mais pas assez exploité, des personnages secondaires lisses et parfois sans saveurs, des “japoniaiseries” qui n’ont pas plu auprès de l’audimat, des projections fantasmées de l’auteur bien évidentes et parfois farfelues, des facilités scénaristiques usées jusqu’à la moelle, un monde bien trop civilisé alors que le synopsis de base s’annonce cauchemardesque… Sword Art Online semble avoir fauté sur bien des tableaux, sans que jamais son succès ne soit réellement décrié.

Sur le papier, le pitch de base est pourtant audacieux et prometteur : dans un futur proche, en 2022, il est dorénavant possible, grâce au NerveGear, un casque de réalité virtuelle qui stimule les cinq sens, de se connecter et de s’immerger littéralement dans les MMORPG, en contrôlant son avatar virtuel avec son esprit : ce sont les VRRMORPG.

On suit tout particulièrement les aventures de Kirito, Kazuto Kirigaya de son vrai nom, qui fait parti des beta-testeurs du nouveau VRROMRPG Sword Art Online. Celui-ci prend place dans l’immense donjon volant Aincrad… Jusque-là, le rêve idyllique de tout joueur de MMORPG se dessine au fur et à mesure des premières pages du light novel. Mais le tout prend une dimension cauchemardesque lorsque les 10 000 joueurs se retrouvent piégés dans l’Aincrad par le créateur du jeu : nul ne peut en sortir tant que le jeu n’est pas terminé et toute mort virtuelle équivaut à sa mort dans le monde réel…

Un tel synopsis ne pouvait laisser présager autant de déceptions tant il offrait un champ de possibilités littéraires et scénaristiques importants. Pourtant, Sword Art Online a beaucoup déçu, restant dans une sorte de bulle civilisée où “chacun est beau et gentil”, à l’exception des “méchants” qui n’ont rien pour attirer l’empathie et qui restent cantonnés dans leur vilénie sans nuances.

Mais alors, pourquoi lire (et regarder) Sword Art Online si tant de défauts jalonnent la saga ?

Il est tout d’abord nécessaire de tempérer les critiques et de ne pas se focaliser seulement sur le négatif, les détracteurs de la franchise s’étant déjà suffisamment épanché sur la question. Sword Art Online a de nombreuses ressources et qualités à offrir autre que ses défauts souvent pardonnables (qui répondent notamment à certaines valeurs de bienséance issues de la culture japonaise et à la volonté de ne pas choquer le jeune public). Ses principaux intérêts qui font sa force auprès du public sont incontestablement le couple assez mature de Kirito et Asuna et les différents VRROMRPG mis à l’honneur dans les différents arcs de la saga.

Et bien au-delà de son ton épique, de ses univers mirifiques aux cultures différentes et de ses aventures corsées, la saga littéraire a pour mérite de mettre en exergue, à travers les différents arcs narratifs et la palette de personnages secondaires, un sentiment partagé par de nombreux adolescents et jeunes adultes auquel il est aisé de s’identifier : le confort ressenti lorsque l’on se retrouve plongé dans les mondes virtuels.

Ces mondes virtuels qui sont bien plus faciles à s’approprier que le monde réel, toujours en pleine mutation, plein de paradoxes, violent et dans lequel il est bien plus difficile de trouver sa place. La violence rencontrée dans ces MMORPG est plus facile à appréhender puisque contrôlable et attendue par ces jeunes (à l’exception du premier arc Aincrad qui n’hésite pas à appuyer sur les mauvais aspects quant à l’immersion totale dans un jeu virtuel)…

En somme, la raison d’être de Sword Art Online surfe tout entier sur ce décalage entre monde réel et monde virtuel, dans lequel les jeunes qui s’y aventurent semblent y être bien plus à l’aise et parviennent surtout à devenir adultes. Un joli paradoxe qu’il est nécessaire de souligner et de saluer et que l’auteur Reki Kawahara met un point d’honneur à retranscrire.

Comme l’on se plonge dans la lecture d’un livre pour échapper à la réalité, apprendre, rêver et grandir, les personnages de Sword Art Online voguent de monde en monde pour les mêmes raisons. Kirito, solitaire dans la vraie vie et quelque peu passif face à son existence, se retrouve tout d’un coup, dans les différents arcs narratifs de la franchise, maître de sa vie et dévoile toutes ses qualités.

On découvre un personnage solitaire mais solidaire, toujours prêt à aider son prochain et ne faisant jamais passer son bonheur avant le sien. D’autres personnages qui l’accompagnent ont aussi l’occasion de se dévoiler dans les mondes virtuels : par exemple Lisbeth se découvre une passion pour la forgerie, Yuki dévoilera toute sa force physique et mentale face à la vie par le biais du jeu, Asuna prend confiance en elle-même et n’hésitera pas à appliquer au fur et à mesure l’aisance qu’elle ressent dans les mondes virtuels dans le monde réel, ce qui lui permet de réellement avancer et se construire comme une adulte responsable…

Ainsi, les VRROMRPG sont des prétextes pour les personnages afin de se découvrir, de s’assumer et de se transcender une fois de retour dans la “vraie vie” : la vie en communauté dans les jeux virtuels leur permet de mieux appréhender le monde réel. Ces sentiments ressentis par les personnages de Sword Art Online font alors écho à son lectorat, d’autant plus que sous la plume de Reki Kawahara, il est amené à voyager à travers les différents univers et à ressentir les émotions vécues par la farandole des personnages de la franchise.

Somme toute : une très belle saga à recommander, autant pour voyager et faire travailler son imaginaire que pour les valeurs positives sur l’amitié et sur la confiance en soi qu’elle véhicule. Un beau light novel très shônen en passe de devenir culte pour une génération, afin de rêver, s’évader et grandir…

En France, Sword Art Online est disponible aux éditions Ofelbe en double-tome au prix de 19,90 €. 4 tomes ont été publiés à ce jour.

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Sword Art OnlineUn « game over » entraînera une mort réelle. Kirito a accepté cette certitude depuis qu’il a décidé de combattre en « solo » à l’intérieur de l’Aincrad, cette gigantesque forteresse volante qui sert d’univers au plus redoutable jeu en ligne connu sous le nom de Sword Art Online. Comme lui, des milliers de joueurs connectés, pris au piège dans ce monde virtuel où le moindre faux pas peut être fatal, luttent pour regagner leur liberté. Kirito veut conquérir seul les cent étages qui le mèneront au combat final, mais c’est sans compter sur l’obstination d’Asuna une habile épéiste avec qui il va devoir s’allier. Démarre alors une course effrénée pour survivre dans un monde où l’art de l’épée fait loi.

Date de parution : 2015
Auteur : Reki KAWAHARA Editeur : Ofelbe
Prix : 19,90 € (512 pages)
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Un Nocturama paradoxal et lumineux

Nocturama
Nocturama, film de Bertrand Bonello, Copyright Wild Bunch Distribution

Un Nocturama paradoxal et lumineux

La date de sortie de Nocturama est tellement proche des évènements tragiques récents qu’il sera difficile d’échapper à la polémique, voire au piloris. Mais pourtant, loin d’exploiter gratuitement et complaisamment la menace islamiste actuelle et ses inévitables répercussions sociales, le film invoque plutôt l’anarchisme du XIXe siècle et des douloureuses années 70. Cette réaction brutale d’une jeunesse acculée à la violence pour se faire entendre et faire bouger les choses.

Un magnifique brulot contestataire

Les douleurs du 13 novembre et du 14 juillet sont encore tellement à vif qu’il est délicat de les ignorer. Mais faisons cet effort et considérons ce film pour ce qu’il est, un magnifique brulot contestataire qui pose la question de la portée et des limites de telles actions impétueuses. Parfois maladroitement mais souvent intelligemment, avec talent et subtilité.

Bertrand Bonello eut l’idée de Nocturama en amont des évènements qui endeuillèrent la France récemment et pèsent encore sur les esprits. Il n’imaginait certainement pas l’impact d’images d’explosions en plein Paris à une époque où un tel scénario pouvait simplement interpeller plutôt que choquer. Il met en scène 10 jeunes individus déterminés à faire du bruit pour faire bouger les choses. Le film débute sur l’acheminement minutieux et millimétré du groupe éparpillé vers des lieux stratégiques.

Nocturama
Nocturama – Photo © Wild Bunch Distribution

Le plan d’action

Anonymat complet, absence quasi totale de contacts hormis cet inévitable contact entre le jeune homme et sa dulcinée à la faveur d’un transport en métro enténébré. Le plan d’action semble avoir été préparé de longue date, interrogeant sur l’origine de leurs liens. Le réalisateur distille quelques indices en évoquant cursivement quelques indices. Entre étudiants à sciences po et banlieusards, le mélange est détonnant mais harmonieux.

La volonté commune dépasse les intérêts particuliers, soudant le groupe par delà les différences sociales. Et justement, la grande faucheuse apparait bientôt. Plusieurs membres se retrouvent piégés sur les lieux des déflagrations. 2 explosions visent des symboles du capitalisme, une prend pour cible la statue de Jeanne d’Arc à proximité du Louvre et un meurtre crapuleux finit de tacher cette vaine tentative d’insurrection.

Frapper fort

Mêmes elliptiques, les flashbacks de l’origine de cette action éclairent sur les caractères. C’est un grand groupe bancaire qui licencie impunément 50 000 collaborateurs, c’est cette année de chômage impossible à résorber, c’est l’enseignement de la pensée révolutionnaire intimement liée aux milieux de gauche. L’esprit des 3 glorieuses de 1830 est évoqué, plaçant ces explosions dans une longue lignée historique. Ce sont ces tentatives d’assassinats contre les empereurs ou les présidents, toutes ces actions coup de poing qui ont laissé une marque dans l’histoire. Sans affiliation idéologique clairement marquée, la généalogie se veut pourtant limpide. A une époque où l’action révolutionnaire est depuis longtemps réduite à néant, le groupe des 10 veut secouer le cocotier. Et frapper fort.

Le but avoué n’est pas de frapper des innocents au hasard ou de châtier la population. Si le sang coule, le meurtre doit être justifié. Et la question se pose, comment justifier le meurtre ? Des décennies de révolutionnaires ont montré que l’intérêt collectif semble être une justification suffisante, à laisser à la libre appréciation de chacun. Le plan de repli est aussi savamment organisé que celui des actions. Et comble de l’ironie, c’est un grand magasin symbole de la société de consommation qui accueille les 8 fugitifs survivants.

Nocturama
Nocturama – Photo ©Wild Bunch Distribution

Le recours aux symboles

Bertrand Bonello n’hésite jamais à densifier le propos par un recours récurrent et assez puissant aux symboles. Il fait se poser les bonnes questions pour méditer sur le film. Ce sont ce chat et ce lézard aperçus au détour de scènes, évocations d’une nature imperturbable et éloignée des préoccupations humaines. Ce sont ces musiques rap et techno si actuelles qui en disent plus long que de longs discours sur la psyché des héros. Les rythmes répétitifs et saccadés parlent avant tout au corps plus qu’à l’esprit, répondant au besoin d’exultation plus qu’à la conscience. Les morceaux les moins abrutissants sont ceux qui apportent le plus d’émotion et de sens.

C’est l’urgence du Call Me de Blondie pour préfigurer l’inévitable assaut final. C’est ce My Way chanté en playback par un héros grimé en drag queen pour évoquer à demi-mot sa probable homosexualité. C’est cette chanson de générique de la série Amicalement votre qui accompagne le dénouement tragique de révolutionnaires trop jeunes pour comprendre la portée exacte de leurs actes. Qualifiés d’ennemis de l’état, ils finissent sacrifiés sur l’autel de la raison d’état. Car pour consommer tranquillement, il ne faut pas de perturbateurs, leur présence n’est pas indispensable, l’idéologie consumériste n’a aucun scrupule à les faire sacrifier.

Anonymat universel

L’anonymat de ses jeunes individus revêt une universalité troublante. Ce sont chacun d’entre nous, tous ceux qui ne supportent plus la supposée impasse idéologique actuelle. Ce sont les derniers mots du film qui soulignent le réel adage du film. Ce « aidez moi » hurlé à pleins poumons par le dernier survivant pour éviter le peloton d’exécution représenté par des agents du GIGN décidés à l’abattre. Plus paradoxal encore, les jeunes gens s’éclatent au coeur du grand magasin.

Certains de ne pouvoir être identifiés ni découverts, ils consomment allègrement sans travail ni argent, profitant gratuitement des rayons habillement, nourriture ou bijouterie. Deux protagonistes aperçoivent d’ailleurs deux mannequins vêtus exactement comme eux. Preuve qu’eux mêmes font partie de cette société qu’ils rejettent si fort. C’est ce t-shirt de sport à la virgule horizontale ou cette chemise de costume que le tout à chacun peut acquérir contre paiement par CB. Le paradoxe est total. 10 jeunes gens combattent un système auquel ils appartiennent et qui leur feront payer leur audace. Sans sommation et impitoyablement.

Nocturama
Nocturama photo ©Wild Bunch Distribution

Nocturama ou obscurantisme

Le titre Nocturama semble renvoyer à un obscurantisme à courte vue. Outre qu’il emprunte à un album de Nick Cave, il suit 10 personnages aux caractères différents. 2 d’entre eux semblent être les meneurs. Interprétés par Vincent Rottiers et Robin Goldbronn, leur détermination trace le sillon où s’écoule le besoin de vengeance de leurs camarades. Car le doute subsiste sur leur réelle compréhension de leurs actes. A force de regarder des clips violents et de jouer aux jeux vidéos, font-ils réellement la part des choses ? Les 2 supposés leaders sont absents du grand magasin et André le futur énarque prend le lead mais les personnages sont désorganisés. Leur appétence latente pour les symboles capitalistes les rattrape.

Les téléviseurs du magasin les informe de l’évolution de la situation. Avec une timide contamination auprès de leurs semblables. C’est un début d’incendie près du Louvre, c’est une voiture qui brule, les germes de l’insurrection n’ont pas encore fait tache d’huile. Bertrand Bonello fait apparaître Adèle Haenel pour un message clair. Ca devait arriver, comme un écho à la réalité. Les autres acteurs participent à cette impression de révolte immature. Finnegan OldfieldHamza Meziani ou Manal Issa prêtent leurs traits juvéniles à ces ennemis de l’intérieur mal dégrossis.

Le film devait initialement s’intituler Paris est une fête, titre abandonné bien vite par le réalisateur. Paris reste cependant un personnage central du film dont le début ressemblerait presqu’à une balade touristique. On reconnait les stations et les lignes de métro. La Fourche sur la 13, Rue du bac sur la 12, Concorde également sur la 12 et sur la 1, Champs Elysées Clémenceau sur la 1 et la 13.

Le réalisateur évoque également un arrière plan social avec ce SDF joué par Louis Rego invité à venir profiter du Grand Magasin avec sa compagne. Il s’appelle Jean-Claude, vit dans la rue et symbolise cette population en plein déclassement social. Le réalisateur invoque aussi des forces spirituelles inconnues. Ce sont ses rêves et apparitions expliquant l’absence des 2 compères disparus. Et surtout cette référence au paradis des djihadistes lorsque l’un d’eux explique ne pas craindre la mort car le paradis l’attend. Enfin, le film n’évite pas les références cinématographiques comme celle au film Le Jouet lorsqu’un d’eux fonce dans les couloirs du magasin dans son kart.

Nocturama
Nocturama Photo ©Wild Bunch Distribution

Un film formellement éblouissant et abouti

Tant à dire sur ce film formellement éblouissant et si abouti qu’un seul visionnage peine à le révéler totalement. Les symboles pullulent, les cellules grises seront mises à rude épreuve. Le propos se veut avant tout social, le réalisateur évoque cette cocotte minute prête à exploser pour décrire la France de 2016. Cette jeunesse porteuse d’espoir serait laminée par un pouvoir assimilé à une dictature.

Médias, forces publiques, surveillance continue, tout concourrait au sentiment d’inéluctabilité. La preuve, les héros sont rattrapés, eux qui se croyaient à l’abri, masqués, inconnus. Mais même invisibles au coeur de la population, les jeunes gens sont retrouvés. On ne voit plus qu’eux. Le frère et sa soeur, le petit ami de celle ci, les 3 personnages qui se rencontrent à Pole Emploi, leurs amis. Une question demeure : est-ce que le fait de rechercher un emploi depuis 1 an ou qu’une banque puisse licencier 50 000 personnes peuvent justifier l’action violente et le meurtre ? A défaut de réponse claire, il reste cette empathie pour des personnages perdus, victimes sacrificielles d’un système à qui rien ne doit s’opposer. Pas de considérations religieuses dans le film, juste une manifestation de l’insupportable scandale d’un capitalisme en bout de course.

Nocturama pose des questions, échafaude des pistes de réflexion. Le voir au premier degré n’a pas de sens, il demande du recul et de l’analyse. Signe des films éternels qui dérangent, interpellent et servent de laboratoire des possibles.

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Nocturama
Nocturama

Paris, un matin. Une poignée de jeunes, de milieux différents.  Chacun de leur côté, ils entament un ballet étrange dans les dédales du métro et les rues de la capitale.  Ils semblent suivre un plan. Leurs gestes sont précis, presque dangereux.  Ils convergent vers un même point, un Grand Magasin, au moment où il ferme ses portes.  La nuit commence.

Sortie : le 31 aout 2016
Durée : 2h10
Réalisateur : Bertrand Bonello
Avec : Finnegan Oldfield, Vincent Rottiers, Hamza Meziani 
Genre : Drame, Thriller

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Résultats concours : Un petit boulot, 20 places de ciné gagnées

Un petit boulot
Résultats concours : Un petit boulot, 20 places de ciné gagnées !

Vous avez été 3742 participants au concours Un petit boulot. Merci de votre excellente participation. Les 10 heureux gagnants de 2 places de ciné sont les suivants :

Aurélie Bock, Paulette Regazzoni, Catherine Morville, Christian Jacob, Jean Talbot, Lucienne Tommasini, Cinthya Labrot, Elghriba Bendjedda, Salima Blanche et Gérard Machy

Bravo à tous ! N’oubliez pas de jouer à nos autres concours du moment !

N.B. : Les lots vous seront envoyés directement par notre partenaire sponsor du concours. La procédure est automatique dès lors que vous avez été tiré au sort. Il n’est donc pas nécessaire de nous contacter. Vous pouvez également nous laisser un commentaire qui nous fera toujours plaisir !

L’homme qui voyait à travers les visages, le petit dernier d’Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel)

Eric-Emmanuel Schmitt
Eric-Emmanuel Schmitt

L’homme qui voyait à travers les visages, le petit dernier d’Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel)

Cette fois-ci, le dernier livre de Eric-Emmanuel Schmitt, L’homme qui voyait à travers les visages, ne commence pas vraiment bien. Dès les premières pages, on a la chair de poule. Ce qu’il nous raconte est trop proche de notre réalité d’aujourd’hui et une réalité que l’on déteste et qu’on aimerait n’avoir jamais vécu. Un livre qui nous concerne tous, chrétiens, musulmans ou non croyants.

Bien sûr, quand Eric-Emmanuel Schmitt a écrit son livre, on peut penser que c’était peut-être même avant les attentats du Bataclan. Depuis, les attentats se succèdent et s’aggravent dans l’horreur et dans l’inimaginable.
Alors forcément quand on ouvre un livre on veut s’évader et ne pas revivre LE cauchemar, pour ne pas dire LES cauchemars.

L’homme qui voyait à travers les visages raconte l’histoire d’un stagiaire, Augustin, qui travaille, bénévolement, car non payé par son patron, dans un journal « Demain », le quotidien de Charleroi. Comme il ne gagne pas un sou, Augustin est pauvre, très pauvre, mal nourri et dort où il peut. Mal traité, son patron, Philibert Pégard, finit par l’envoyer dans la rue pour faire une enquête sur des personnalités, avoir leur avis sur ce qui se passe dans le monde… Une façon de se débarrasser de lui.
Le pauvre Augustin se retrouve dans la rue, tout penaud et dégoûté.

« Tu es nul partout. Ouste sur le trottoir ! Ramène-nous ce que tu auras déniché au fond du caniveau. Ramasser des ordures, ça, tu y arrives, non ? » p13

Augustin, témoin et victime d’un attentat

Augustin est donc dehors, sur la place Charles II, au mauvais endroit, au mauvais moment. Et là, il est témoin et victime… d’un attentat. Oui, vous avez, hélas, bien lu ! Dès la 25ème page, on assiste à un attentat d’un kamikaze. En plein cœur de ville, devant une église. Oh, non, encore des victimes, encore cette horrible violence ! Encore un cauchemar… Et devant une église qui se prépare à un enterrement.

On a presque envie d’arrêter de lire. Et puis, l’histoire prend une tout autre dimension. Ouf. On s’accroche. On s’accroche à Augustin, qui pourtant ne paye pas de mine. Il est victime et en même temps, il a des réactions bizarres… Bref, il n’est pas comme tout le monde. Il décèle et communique avec les morts qui continuent à entourer les vivants… Une sorte de don. Il peut même communiquer avec les morts. Bien sûr, il n’ose pas le dire, ou à très peu de personnes, car on le prendrait pour un fou…

Eric-Emmanuel Schmitt, le personnage

L’histoire est un peu surréaliste mais attachante. Jusqu’où veut nous emmener Eric-Emmanuel Schmitt ? Sur son terrain de prédilection : la religion, bien sûr ! Et cette fois-ci, le scénario est vraiment original. Augustin va rencontrer un spécialiste des religions. Qui ? vous ne devinez pas ? Eh bien : Eric-Emmanuel Schmitt, lui-même !
Et ce grand auteur va révéler à Augustin ce qu’il pense de Dieu et des hommes et surtout de leurs rapports. Qui est Dieu ? Existe-t-il vraiment ? Et ses écrits, ils révèlent quoi au juste ?

A travers ce livre, toujours aussi bien écrit, Eric-Emmanuel Schmitt veut nous amener à une réelle réflexion sur l’Homme, sur ses actes barbares… Et aussi sur les différentes religions et leurs points communs.

« Tu postules que les guerres se font au nom de Dieu parce que les hommes instrumentalisent Dieu, usurpent sa parole et lui empruntent une légitimité. Selon toi, ils l’utilisent en écran, une nuée qui dissimule leur cruauté, une excuse à leur cynisme. Et si c’était… l’inverse ?  » p. 158

Le scénario est très original puisque l’auteur s’introduit lui-même dans son propre livre et va inciter le jeune Augustin à découvrir Dieu, le Grand Œil, et même à le rencontrer pour lui poser toutes les questions possibles… La fin du livre est aussi dérangeante que le début du livre, mais dans le fond, la morale prend le dessus… Le livre incite à la réflexion, pour tous : Dieu, le bien, le mal, la religion, la liberté de l’homme…
Une sorte de compréhension de l’incompréhensible.

Peut-être que Eric-Emmanuel Schmitt veut nous faire prendre conscience de la complexité de notre situation actuelle face aux attentats terroristes et le pourquoi du comment…

Un livre surprenant mais un livre riche en réflexions, comme souvent chez Eric-Emmanuel Schmitt qui réussit toujours à placer ses nombreuses références et croyances religieuses.

« Choisir entre les propos de Dieu ? De quel droit ? Par quelle autorité ? Nos caprices l’emporteraient sur votre toute-puissance ? Absurde ! Selon ce que je picore dans le Coran, je tiens dans mes mains un livre de paix ou un livre de guerre. Pour ma part, j’apprécie le musulman qui adopte les paroles douces, je réprouve celui qui sélectionne les paroles agressives, mais je demeure incapable de déterminer lequel se conduit en vrai musulman. Qu’est-ce que l’islam chimiquement pur ? Le Coran renferme au moins deux Coran. » p. 325

Aujourd’hui alors que je viens de terminer de rédiger cette chronique, un prêtre vient d’être égorgé dans son église. On monte dans l’échelle de l’insoutenable. « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » a dit Jésus sur sa croix…

Que dirait Eric-Emmanuel Schmitt devant tant de barbarie, lui qui avait imaginé possible un attentat devant une église ?

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

l-homme-qui-voyait-a-travers-les-visages-9782226328830_0Une vague d’attentats ensanglante Charleroi. Morts et blessés s’accumulent. On soupçonne des mobiles religieux sous ces actes radicaux.
Augustin, jeune stagiaire au journal local, se trouve pris, malgré lui, au cœur des événements. Pour prouver qu’il n’est pas l’idiot que tout le monde croit, il mène son enquête. Pour cela, il possède un don unique : il voit à travers les visages, percevant autour de chaque personne les êtres minuscules — souvenirs, anges ou démons — qui la motivent ou la hantent.
Est-il un fou ? Ou le sage qui déchiffre la folie des autres ? Son investigation sur la violence et le sacré va l’amener à la rencontre dont nous rêvons tous…
Éric-Emmanuel Schmitt poursuit de manière originale son exploration des mystères spirituels.

Date de parution : le 1er septembre 2016
Auteur : Éric-Emmanuel Schmitt
Editeur : Albin Michel
Prix : 22 € (420 pages)
Acheter sur : Amazon

Agnes Obel sort Golden Green, très bel extrait de Citizen Of Glass

Agnes Obel

Agnes Obel sort Golden Green, très bel extrait de Citizen Of Glass

Agnes Obel vient de sortir Golden Green, titre extrait de son prochain album Citizen Of Glass à paraître le 21 octobre 2016 chez PIAS. Un titre mélodieux qui dégage toute la grace de la danoise. Après Philharmonics et Aventine, le troisième album de la chanteuse à la voix de cristal s’annonce comme l’un des plus attendus de cette fin d’année.

Citizen Of Glass ou la transparence du verre

« Depuis le début, j’ai voulu me mettre dans un mode personnel et conceptuel. Ce thème de la transparence intervient dans les paroles, dans les arrangements. Un choix dicté par une volonté de faire les choses autrement« , nous livre Agnes Obel. Quand on écoute Golden Green, on s’aperçoit que l’artiste est parvenu à ses fins, pour notre plus grand bonheur.

Go Rogue Chapitre 1 : l’incroyable série qui refait le film avec des jouets

go rogue
Quand on se lance dans la construction de l’étoile noire façon Go Rogue

Go Rogue Chapitre 1 : l’incroyable série qui refait le film avec des jouets

Une équipe de rebelles qui ne recule devant rien, c’est sans doute ce qui se cache derrière le projet Go Rogue (ou #GoRogue pour les intimes). Cette première vidéo sent la promotion à plein nez pour les produits dérivés du prochain A Rogue One : A Star Wars Story, mais on s’en moque un peu. L’important, c’est la beauté du geste.

Dans ce Chapitre 1 de Go Rogue, quelques superbes plans nous sont proposés, mêlants figurines articulées classiques, LEGO et figurines POP. Franchement, c’est assez bien fait et ça marche plutôt bien. Certes, la pseudo course-poursuite de la fin de ce premier épisode n’est pas vraiment à la hauteur des premiers plans mais bon… cela reste une bonne mise en jambes !

Voyez plutôt :

La BD de la rentrée : Coquelicots d’Irak (L’Association)

Coquelicots d'IrakLa BD de la rentrée : Coquelicots d’Irak (L’Association)

A l’heure où l’Irak est devenu synonyme d’islamisme et de djihad, Brigitte Findakly et Lewis Trondheim rappellent qu’il n’en a pas toujours été ainsi dans une BD touchante et édifiante.

Coquelicots d’Irak invoque les souvenirs d’une jeune fille innocente devenue une femme effondrée par ce qu’est devenu son pays. Souvenirs d’enfance touchants et réflexions acides émaillent un récit intelligent et troublant. Si l’histoire de l’Irak semble n’avoir jamais été un long fleuve tranquille, le mouvement s’accélère au détriment de populations prises en otage par un pouvoir despotique.

L’auteure a quitté son pays à l’orée des années 70 pour fuir les tourments mais n’a jamais oublié son pays. Ce livre rend un bel hommage à tous ceux victimes aujourd’hui du joug oppressant des djihadistes. La BD se lit avec un plaisir immense et qui voudra aller au delà des apparences renvoyées par des médias binaires pourront découvrir la réalité d’un pays à l’histoire riche et au destin tragique. Coquelicots d’Irak est un puissant moment d’émotion et de joie, par delà les malheurs. Une BD comme on les aime, intense et poétique à la fois.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR, INFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Lewis Trondheim et Brigitte Findakly forment en bande dessinée comme à la ville un duo depuis de nombreuses années. Si la bibliographie pléthorique de Lewis Trondheim n’a plus de secret pour personne, celle de Brigitte Findakly, son épouse et coloriste, quoique toute aussi importante, reste moins connue. De Pif Gadget, à ses débuts, au Chat du Rabbin, des Formidables aventures de Lapinot au Retour à la terre, en passant par Ralph Azham, on lui doit la mise en couleurs d’une centaine d’albums dont certains ont été les plus marquants de ces dernières années.

Avec ce livre à quatre mains, Lewis Trondheim délaisse ses animaux anthropomorphisés et dessine de véritables êtres humains pour raconter l’histoire de celle qui partage sa vie. Née en Irak, d’un père irakien et d’une mère française à l’orée des années 1960, le livre retrace son enfance passée à Mossoul, ville du nord de l’Irak, à une époque où, bien avant l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein, se succèdent coups d’État et dictatures militaires. Déroulant le fil de ses souvenirs, on découvre alors une vie de famille affectée par les aberrations de la dictature et leurs répercussions sur la vie quotidienne, jusqu’à l’inéluctable exil vers la France au début des années 1970. Une arrivée en France elle aussi difficile, une expérience migratoire faite de difficultés administratives, sociales et culturelles.

Dans ce récit qui prend pour toile de fond une triste actualité, Lewis Trondheim et Brigitte Findakly brossent en saynètes percutantes et sans ambages, mais pas moins sensibles, la trajectoire singulière de la coloriste qui, pour la première fois, occupe le premier rôle dans un livre. Ponctué de photos et de parenthèses sur les coutumes, la culture irakienne et les souvenirs de Brigitte Findakly, on partage avec elle, la nostalgie de ceux qui ont laissé derrière eux leur pays d’origine, et les liens fugaces qui subsistent. À l’image des coquelicots qui fanent si vite.

Date de parution : Aout 2016
Auteur(s) : Brigitte Findaky – Lewis Trondheim
Genre : Biographie, historique, humour, drame
Editeur : L’association
Prix : 19 € (112 pages)
Acheter sur : Amazon

Intense moment de théâtre avec Racine ou la leçon de Phèdre au Théâtre de Poche Montparnasse

Racine ou la leçon de Phèdre
Racine ou la leçon de Phèdre, Théâtre de Poche Montparnasse

Intense moment de théâtre avec Racine ou la leçon de Phèdre au Théâtre de Poche Montparnasse

Racine ou la leçon de Phèdre vous plonge dans ce XVIIe siècle central pour le théâtre français avec quelques uns de ses plus illustres représentants. C’est un tsunami avec Corneille, Molière… et surtout Jean Racine. Anne Delbée mêle éléments biographiques et extraits d’oeuvres dans une farandole d’anecdotes et de tirades enchanteresses, pour une prestation enivrante.

Orfèvre de la langue française, tragédien de génie, cauchemar des collégiens en goguette, Jean Racine est tout ça à la fois et bien plus. Anne Delbée lui rend hommage dans un seul en scène éblouissant de maestria. Après une première étape récente et pleine de promesses au Théâtre de la Contrescarpe, la metteur en scène et tragédienne transforme l’essai avec une transcription qui marquera la saison théâtrale au Théâtre de Poche Montparnasse. La scène, plus grande et plus aérée, est nettement plus adaptée à son déploiement d’énergie. La proximité avec le public est immédiate et créée une connivence enthousiasmante 1h30 durant.

Racine, figure tutélaire d’Anne Delbée

Anne Delbée retrace l’existence homérique de cet enfant de la balle devenu un symbole flamboyant du théâtre français. Ce contemporain de Louis XIV a livré quelques uns des moments les plus marquants du livret national, avec Britannicus, Bérénice, Andromaque… et surtout Phèdre. Son maniement éblouissant des alexandrins n’a cessé de fasciner autant les amoureux de la langue française que les aficionados de théâtre.

Encore faut-il savoir jouer du Racine, ce que la comédienne exprime parfaitement, armée de son impeccable diction, riche de force et de nuances. Sa carrière entière a toujours été placée sous la figure tutélaire de Racine, ne cessant jamais de l’adapter sur les plus grandes scènes. Phèdre à la Comédie Française, trilogie Racine (Andromaque, Bérénice, Phèdre) au Festival d’Avignon, Anne Delbée n’a jamais cessé de clamer son amour pour l’auteur de théâtre.

Le triomphe de Racine ou la leçon de Phèdre

La truculence de la comédienne le dispute à l’émerveillement d’entendre quelques unes des plus célèbres tirades de la langue française. Anne Delbée respire le théâtre comme d’autres l’encens et Racine est son oxygène. Sa passion est communicative et nombreux seront ceux qui se replongeront dans l’oeuvre du tragédien pour prolonger le plaisir. Elle ne se ménage pas, enchainant numéros de danse et mises en situations élégiaques.

La sobre scénographie met en avant les jeux de lumière avec des musiques emblématiques du XVIIe, Bach et Lulli en tête. Des vidéos elliptiques illustrent la démonstration pour en souligner les moments les plus emblématiques. Amours, trahisons, triomphes, Anne Delbée ravive une existence mal connue mais si évocatrice que l’audience fait un triomphe final à une pièce qui transporte et fascine.

Le Théâtre de Poche Montparnasse débute sa saison 2016/2017 avec une pièce appelée à faire un triomphe. La beauté du sujet et la force déployée par la comédienne séduisent et donnent envie d’y retourner. Rien de moins.

Dates :  à partir du 27 aout 2016
Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris)
Metteur en scène : Anne Delbée
Avec : Anne Delbée

Séduire Isabelle A., un livre distrayant de Sophie Bassignac (JC Lattès)

Sophie Bassignac
Sophie Bassignac Photo © Babelio.com

Séduire Isabelle A., un livre distrayant de Sophie Bassignac (JC Lattès)

Dans son dernier roman, Séduire Isabelle A., Sophie Bassignac nous plonge au cœur de la famille Pettigrew, celle d’Isabelle. Pierre est amoureux fou d’elle. Mais cette dernière veut qu’il passe une semaine de vacances au milieu des siens avant de l’épouser.

Sophie Bassignac rend son livre léger tout en abordant des thèmes sérieux comme celui du mariage. Tout oppose les deux familles. Celle de Pierre est très conventionnelle, rangée, et sans surprise. Son éducation est plutôt stricte et exigeante. Par contre, Isabelle fait partie d’une famille plus qu’originale, les Pettigrew. Déjà, ils sont très nombreux. On se perd un peu au milieu de toutes ces générations qui se retrouvent durant l’été, dans leur belle maison familiale. Si leur rencontre est haute en couleurs, on ne se souvient plus très bien qui est qui ! Mais en fait, cela n’a guère d’importance.

La seule chose intéressante est de découvrir comment Pierre va s’adapter à cette famille parfaitement loufoque. Si étonnamment burlesque qu’au début on est épaté mais à la fin du livre, on est un peu déçu car on s’habitue à leurs situations invraisemblables. Et on aime leur « folie douce » ! Au fil des pages, il nous semble qu’elle devient de plus en plus douce, cette folie, de plus en plus « normale ». Et c’est un peu dommage.

L’écriture de Sophie Bassignac est légère et agréable et vous enverra loin de votre quotidien. Découvrir une nouvelle famille, une nouvelle façon de vivre, et surtout partager tout son temps avec des personnes excentriques, représentaient pour Pierre le plus grand de ses challenges !
« Il y avait des limites à l’excentricité Pettigrew. Pas d’importuns ni de pisse-froid, répétait Suzanne, et surtout pas de souffrances inutiles. » P.132

Que l’on ait l’intention de se marier ou pas, Séduire Isabelle A. est un livre que l’on dévore, à toute vitesse, impatient de savoir comment va s’en sortir le futur mari d’Isabelle.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Séduire Isabelle A.Isabelle a été très claire. Elle n’épousera Pierre que s’il est accepté par tous les membres de sa famille, les Pettigrew. Lors d’une semaine caniculaire sur les bords de Loire, les présentations vont tourner au cauchemar. Car tout sépare le jeune journaliste un peu coincé de cette joyeuse clique de libres penseurs passablement allumés. Pour être adopté, le nouveau venu sera soumis à un baptême du feu décoiffant…
Drôle et déluré, Séduire Isabelle A. évoque avec finesse la folie du microcosme familial et l’art de vivre ensemble.

Date de parution : le 31 août 2016
Auteur : Sophie Bassignac
Editeur : JC Lattès
Prix : 18,50 € (234 pages)
Acheter sur : Amazon

Economie du bien commun de Jean Tirole : comprendre aujourd’hui pour changer demain (éd. PUF)

Jean Tirole prix Nobel Economie du bien commun
Jean Tirole copyright L’Express

Economie du bien commun de Jean Tirole, comprendre aujourd’hui pour changer demain (éd. PUF)

Entendons-nous, ce livre est un pavé.  Plus de six cents pages de descriptions et d’explications de notre système économique. Aucun thème majeur n’est épargné : chômage, finance, climat, Union européenne, révolution numérique… A la seule lumière de son travail, de celui de ses collègues et de ses connaissances, Jean Tirole éclaire notre système et ces défaillances. Et des défaillances, il n’en manque pas. Pourtant peu porté au pessimisme, il y a « de fortes raisons de s’inquiéter » avoue l’économiste émérite. Sans fatalité, il sonne le tocsin.

Un livre dense à la hauteur de l’urgence

Jean Tirole a le souci de demain et veut nous le transmettre. Un sacré défi au vu de la taille de l’ouvrage et de la difficulté des sujets abordés. Les politiques et les médias ont tendance à nous faire oublier la complexité du réel. Economie du bien commun nous y confronte directement, et si tant est qu’on arrive au bout, c’est une claque qu’on se prend. Oui mais justement, tourner les pages jusqu’à la dernière n’est pas une mince affaire. Ce livre est comme un repas de Noël : tout semble appétissant et pourtant, vient un moment où on saute des plats. Il y en a trop, il faut choisir pour ne pas souffrir l’indigestion.

Ici, il s’agit bien sûr d’indigestion intellectuelle car passer de l’avenir de l’Union Européenne à la fin de notre planète si la température ne baisse pas… C’est exténuant ! Mais notre prix Nobel d’économie 2014 s’en doutait. Ainsi, chaque chapitre (au nombre de dix-sept) est autonome et il vous suffit de vous rendre à celui qui vous attirera en fonction de vos préoccupations. Alors, la prochaine fois qu’une réforme du chômage se dessine, allez donc au chapitre neuf et voyez ce qu’en dit le président de la Toulouse School of Economics (TSE) car ses paroles sont censées et argumentées.

Climat, chômage et avenir européen… rien que ça

Après avoir réhabilité le rôle et le travail des économistes, il s’attaque à la partie dure, à des thèmes pressants qui nous concernent tous même si nous préférons souvent faire l’autruche. Pour préserver la terre, il appelle à un accord unique et global capable de restreindre les hausses de température. Seule solution, selon lui, à la hauteur de l’enjeu.

Son diagnostic européen n’est pas beaucoup plus reluisant. En panne, l’UE nécessiterait plus de fédéralisme alors que les temps sont aux populismes. A l’échelle nationale enfin, il dresse un portrait alarmant de notre marché du travail. Ses mots heurtent. Demain s’annonce mal. L’espoir se situe dans de futures réformes qu’il souhaite, que nous souhaitons, que toute la France souhaite et que pourtant, nous ne mettons pas en œuvre. Nous sommes un vieux pays qui vit sur les restes de sa puissance d’antan mais qui ne mise pas assez sur l’avenir semble-t-il nous dire en filigrane.

Chômage en France Chaunu
Dessin de Chaunu

 

Demain, c’est aujourd’hui

Jean Tirole détecte, analyse, aiguille

Dans les derniers chapitres, Jean Tirole nous prépare à demain. Celui de la révolution numérique, du bouleversement de nos modes de travail et d’échanges. Les défis sociétaux à venir sont immenses et il nous les expose pour mieux nous armer. L’information est notre arme. Car l’information, dans cette économie de la connaissance, est une nécessité pour ne pas se tromper de chemin. Surtout ne pas refuser de savoir, ne pas se voiler la face.

Jean Tirole détecte, analyse et aiguille. Ce cerveau brillant a tenté de rendre accessible à tous le sort de la France et du monde. De sa belle écriture, il nous déroule le fil de sa pensée et de ses inquiétudes. Beaucoup de passages resteront obscurs et mériteraient une deuxième relecture. Plus tard, peut-être. C’est trop. Plus tard, sûrement car une fois le livre rangé, ne risquons-nous pas d’en oublier les enseignements ?

Motif d’indignation et d’une volonté de changement, Economie du bien commun est une lecture nécessaire pour gagner en acuité et en compréhension du monde économique.  Un ouvrage à garder en mémoire pour ne plus se laisser berner par des discours trop simplistes. Mais pour l’entamer, il faut un esprit alerte et motivé car il requiert toute notre attention. Et il n’est pas exclu que vous en sortiez avec quelques mots de tête !

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Economie du bien commun Jean TiroleAvec ce premier livre en français destiné à un large public, le prix Nobel d’économie 2014 nous invite à partager sa passion pour cette discipline. Il défend une certaine vision de l’économie, science qui croise la théorie et les faits au service du bien commun, et de l’économiste, chercheur et homme de terrain. C’est dire que le lecteur pénètre dans l’atelier d’un économiste et voyage à travers les sujets affectant notre quotidien : économie numérique, innovation, chômage, changement climatique, Europe, État, finance, marché… En dressant un panorama des grandes problématiques de l’économie d’aujourd’hui, Jean Tirole nous fait entrer au cœur des théories dont il est le père.

Date de parution : le 11 mai 2016
Auteur :
Editeur : Presses Universitaires de France (PUF)
Prix : 18 € (640 pages)
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Rodéo ouvre les perspectives sur le Brésil moderne

Rodéo
Rodéo, film de Gabriel Mascaro

Rodéo ouvre les perspectives sur le Brésil moderne

Rodéo suit les pérégrinations d’une famille brésilienne travaillant dans le milieu des vaquejadas, ces rodéos traditionnels et ritualisés du nord du Brésil. Le réalisateur Gabriel Mascaro suit le quotidien de personnages dévoués à leur métier et finalement attachants.

Les spectacles ruraux de rodéo au nord du Brésil consistent à lâcher des taureaux pour laisser des cavaliers aguerris les attraper par la queue et les faire se retourner. Loin des rituels européens souvent critiqués, cette manière de se faire affronter l’homme et la bête se fait sans effusion de sang tout en montrant bien la bravoure de cavaliers confrontés au symbole de la nature sauvage. Des troupes itinérantes portent les spectacles de villages en villages, préparant les taureaux avant chaque spectacle pour parfaire les prestations. Le quotidien banal et ritualisé des 5 personnages est bousculé par le rêve d’Iremar de devenir styliste. Au sein d’un univers rude et machiste, sa sensibilité détonne et interpelle.

La campagne brésilienne

Gabriel Mascaro choisit de trancher avec les représentations habituelles du Brésil moderne. Loin de l’univers urbanisé de villes faisant cohabiter favelas défraichies et building ultra-modernes, il évoque la campagne d’un pays multiple et foisonnant. La peinture sociale n’est pas loin dans cette évocation de forains déracinés de toute terre à l’existence cyclique et routinière. La langueur des images contraste avec la violence inopinée de chaque session de rodéo. Iremar prépare la queue de chaque taureau en la badigeonnant de talc pour faciliter l’accroche par les cavaliers, transformant la tâche en chorégraphie pleine de sens.

Les acteurs semblent parfaitement amateurs, plongés dans un monde de dénuement volontaire avec des attitudes décontractées soulignant le complet choix de vie. Le milieu des vaquejadas ressemble à une aventure quotidienne, faite de répétitions sans fin et d’évènements inattendus. Le rythme emprunté par le réalisateur hypnotise, suscitant la fascination face à ces paysages désertiques. La caméra toujours en mouvement ajoute au lien avec des personnages plus complexes qu’il n’y parait.

Rodéo est une belle plongée dans un Brésil mal connu de nous, aux couleurs multiples et aux touches surprenantes pour qui n’a que l’image de Copacabana en tête.

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Rodéo
Iremar et sa famille de substitution vivent sur les routes, travaillant dans le milieu des vaquejadas, rodéos traditionnels du Nord du Brésil pour lesquels ils préparent les taureaux. Rêvant de devenir styliste, Iremar accumule étoffes et paillettes, coupant et assemblant ses créations et les derniers modèles à la mode…

Sortie : le 7 septembre 2016
Durée : 1h41
Réalisateur : Gabriel Mascaro
Avec : Juliano Cazarré, Maeve Jinkings, Alyne Santana
Genre : Drame

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Stefan Zweig, adieu l’Europe rend un bel hommage au célèbre écrivain autrichien

Stefan Zweig, adieu l'Europe
Stefan Zweig, adieu l’Europe, film de Maria Schrader, Copyright X Verleih

Stefan Zweig, adieu l’Europe rend un bel hommage au célèbre écrivain autrichien

Stefan Zweig, adieu l’Europe évoque les 6 dernières années de la vie du célébrissime auteur du Joueur d’échecs ou de Amok. Mondialement connu et reconnu, il vit mal sa fuite d’une Europe en plein marasme. La sensibilité le dispute à la mélancolie dans ce biopic quasi onirique.

Européen convaincu et humaniste à fleur de peau, Stefan Zweig est obligé de fuir le péril nazi en 1936. Son ascendance juive le met en grand danger face aux rafles qui se multiplient en Allemagne dès 1933. Précédant l’invasion de l’Autriche en 1938, son entourage l’enjoint à quitter cette Europe qu’il aime tant pour se réfugier sur le continent américain. Le Brésil, l’Argentine et les Etats-Unis accueillent à bras ouvert l’auteur mondialement acclamé de chefs d’oeuvres de la littérature. Mais Zweig vit mal son exil forcé, se torturant dans un auto apitoiement incessant.

De 1936 au tragique dénouement du 22 février 1942, le film suit les différents épisodes du périple américain de Stefan Zweig. Tandis que ses hôtes fêtent l’écrivain partout où il passe, son esprit semble ailleurs, à quelques milliers de kilomètres, dans ces pays qu’il ne verra plus jamais. Loin de le réjouir, les multiples hommages le mettent mal à l’aise, l’éclairant sur l’aveuglement humain face à la tragédie européenne. Plus ses hôtes le fêtent, plus il s’enfonce dans un insondable malaise.

Joseph Hader personnifie physiquement le malaise d’un auteur à la sensibilité exacerbée. Sa fine perception de l’esprit humain le rend d’autant plus vulnérable à la tragédie européenne qu’il la ressent de tout son être. Celui que son entourage loue pour sa sagacité ne supporte pas le déferlement de violence qui s’installe sur son continent. L’acteur prête ses traits perpétuellement mélancoliques et son sourire contrit pour évoquer le trouble d’un homme accablé par les insupportables preuves de la barbarie humaine.

Le film accumule les scènes comme autant de tableaux merveilleusement mis en scène. La scène d’ouverture et le tableau final impressionnent et émeuvent par leur chorégraphie millimétrée. La perfection formelle renvoie à l’art de l’auteur pour décrire la psyché humaine, suscitant autant l’humour que la perplexité face aux imprévisibles réflexes de personnages souvent perdus et abattus. Les nombreux admirateurs de son oeuvre se réjouiront de le voir comme déambuler à l’écran, passant du français à l’allemand en passant par le portugais avec une aisance naturelle, reflet de son inimitable agilité intellectuelle.

Cette évocation de Stefan Zweig fascine et interpelle. La souffrance intérieure de l’écrivain autrichien affleure dans chaque plan, révélant sa profonde honnêteté et son éternelle sincérité.

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Stefan Zweig, adieu l'Europe
Stefan Zweig, adieu l’Europe

En 1936, Stefan Zweig décide de quitter définitivement l’Europe. Le film raconte son exil, de Rio de Janeiro à Buenos Aires, de New York à Petrópolis.

Sortie : le 10 août 2016
Durée : 1h46
Réalisateur : Maria Schrader
Avec : Josef HaderBarbara Sukowa, Aenne Schwarz
Genre : Drame, Biopic

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Ariana Grande et Nicki Minaj dévoilent le clip sexy Side to Side

Ariana grande
Ariana Grande et Nicki Minaj viennent de dévoiler leur clip de « Side to Side »

Ariana Grande et Nicki Minaj dévoilent le clip sexy Side to Side

Ariana Grande & Nicki Minaj viennent de dévoiler cette nuit le clip de leur titre Side to Side, extrait de l’album de la première, Dangerous woman. Si la vidéo du live qu’elles ont donné aux MTV Video Music Awards laissait un peu sceptique, ce clip rassurera les fans des deux stars.

Nicki Minaj se retrouve une fois de plus en tenue sexy tandis que sa copine est légèrement plus vêtue. Le clip est plutôt bien réalisé, assez propre malgré quelques placements de produits un peu énormes pour la marque GUESS (qui a eu l’exclusivité de la diffusion du clip ces dernières 24 heures). Un contrat qui a certainement dû être juteux pour les deux femmes puisqu’il s’agit de la seule marque présente dans Side to Side.

Assez parlé, place à un peu de détente :

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