Rage, un film russe ultra violent en DVD, BluRay et VOD le 4 juillet prochain
La série Games of Thrones ne cesse d’inspirer des films à l’ambiance médiévale avec des chevaliers, des sorciers, des luttes de pouvoir et des combats sanglants. Rage fait partie de cette tendance à l’hémoglobine facile et aux combats hyper chorégraphiés. Le ton n’est pas à la poésie mais à la lutte de pouvoirs entre factions adorant des dieux différents et protégeant les leurs avec pugnacité. Le Struggle for life vient de trouver un nouveau et illustre représentant qui ne dénote pas dans le paysage des films violents.
Un film qui dépote
Pour tous ceux qui adorent les combats à la grosse épée et les geysers de sang, Rage devrait apporter toute satisfaction. Le héros Lutobor garde un lourd secret, lui qui peut se changer en bête sauvage en cas de grosse contrariété. Accompagné de Weasel, il doit s’engager dans une quête périlleuse pour sauver les siens. Mais les discussions sont plus courtes que les combats dans une civilisation eurasienne encore peu avancée au fin fond des steppes orientales. Le héros semble invincible et les avanies se succèdent tout au long d’un film très bien réalisé, montrant bien l’ascension d’un cinéma russe de plus en plus ambitieux et ne reculant devant aucune extrémité. Les coupes de cheveux se situent entre le punk et le moyen-âge avec des accents psychédéliques à l’occasion. Pour un film du soir entre amis avec quelques pizzas arrosées de chips, le film fait très bien l’affaire.
La sortie le 4 juillet en DVD, BluRay et VOD de Rage devrait ravir les fans de film violent et chorégraphié. Les combats sont impressionnants et convaincra jusqu’aux fans les plus extrémistes de free fight.
Alors qu’une civilisation est en train d’en remplacer une autre, l’Eurasie centrale se trouve à l’aube d’une nouvelle ère. Les quelques descendants restants sont devenus des assassins mercenaires impitoyables, surnommés « Les Loups ». Lutobor, un soldat, porte un lourd fardeau. Il est impliqué dans un conflit fratricide et doit s’engager dans un périlleux périple pour sauver sa famille. Son guide est un prisonnier Loup nommé Weasel. Lutobor et Weasel sont ennemis : ils prient des dieux différents mais doivent pourtant prendre part à cette aventure ensemble. Bravant les terres sauvages, ils se dirigent vers le dernier bastion des scythes, et ce qui semble être leur perte inévitable.
SortieDVD : le 4 juillet 2018 Durée : 01h45 Réalisateur : Rustam Mosafir Avec : Vitaly Kravchenko, Aleksey Faddeev Genre : voir fiche allociné Prix : 19,99 € (DVD) Acheter : sur Amazon
My Bloody Valentine, ou les pulsions de l’adolescence (Denoël)
Christine Détrez écrit son premier roman, mais My Bloody Valentine est son 4ème livre publié. Professeur de sociologie, Christine Détrez est passionnée par les rapports humains.
Famille recomposée
Delphine est le professeur de théâtre d’Emilie. C’est comme cela qu’elle fera la connaissance de Paul, le papa d’Emilie. Et au fil des semaines, des mois, Paul et Delphine tombent amoureux. Mais vraiment amoureux. Paul se sépare de la mère d’Emilie pour vivre son amour avec Delphine. Et à partir de ce moment-là, ses relations avec la petite vont se détériorer. « Famille recomposée » lui donne le nouveau statut de belle-mère.
Vacances d’été
Au mois, d’août, comme chaque année, Paul part avec ses meilleurs amis en Corse, qui sont aussi les meilleurs amis de son ex-femme. Et cette année, il emmène Delphine et ses deux fils ados. Ses amis ont également deux fils ados. Quentin, l’ainé est venu avec sa petite amie, Valentine. Valentine est non seulement belle, mais hyper sexy. Elle adore attirer le regard des hommes. De tous les hommes. L’innocence de l’adolescence ? Ou plutôt le jeu sexuel un peu pervers de l’ado ?
Toujours est-il que Delphine sent que son fils est attiré par elle. Elle remarque quelques petits gestes déplacés. Mais, rien de grave. Apparemment… Il est si jeune, c’est encore un peu son bébé.
Analyse des sentiments
Si Delphine est contente d’être à côté de Paul, son bonheur est gâché par les attitudes de la petite Emilie. Elle n’arrive pas à profiter pleinement de la beauté de la Corse et de cet endroit paradisiaque. Après tout, elle n’est qu’une belle-mère, et qui plus est, celle qui lui a volé son papa et qui rend sa mère si malheureuse. Donc, tous les coups sont permis… ou presque… La petite est sournoise. Delphine doit faire attention à chaque phrase prononcée, chacun de ses gestes. Au fil des jours, Delphine va devoir se montrer patiente et confiante. Sinon, même Paul ne la soutiendra pas. Les enfants ont toujours raison… Et si c’était à cause de la petite que le drame est arrivé ?
Suspense et tension
Tout au long du livre, le lecteur sent qu’il va se passer quelque chose. Delphine se sent de plus en plus mal et ne peut rien dire à personne. Ses enfants ne la regardent plus, hypnotisés par Valentine. Et puis, à l’adolescence, les parents, si on pouvait les jeter, on le ferait… Du coup, Delphine ne dit rien à ses fils, tout rentrera dans l’ordre quand ils rentreront chez eux. La petite est très futée et arrive à dépasser son professeur de théâtre…
Un peu dommage que l’auteur ait choisi cette fin. A nous de la deviner, en quelque sorte. Même si elle est évidente. Néanmoins, My Bloody Valentine reste un bon livre à retenir pour les vacances de cet été, à condition pour vous ne partiez pas avec une Valentine dans vos bagages !!!
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Paul n’a pas dérogé à la tradition : passer le mois d’août en Corse, retrouver la villa louée chaque année avec un couple d’amis de longue date, leurs deux fils et Valentine, la petite amie de l’aîné. Mais, cette année, il est venu avec Delphine, sa nouvelle compagne, et ses deux fils adolescents. Joyeuse tribu en apparence qui s’adonne au farniente dans la touffeur de l’été. En apparence seulement, car le terrain est miné pour Delphine. Différence de revenus, de centres d’intérêt, animosité de la toute petite fille de Paul, les souvenirs des étés d’avant avec l’ex planent, et Delphine ne sait pas où poser le pied sans faire de gaffes. Pourtant c’est d’ailleurs que viendra le vrai danger. Valentine a la beauté explosive des adolescentes en fleur. Sexy en diable, elle aimante les regards des garçons et des hommes, bouleversant le fragile équilibre de la maisonnée, jusqu’au drame…
Date de parution : le 3 mai 2018 Auteur : Christine Détrez Editeur : Denoël Prix : 18,50 € (190 pages) Achetersur : Amazon
L’opéra comique Carmen sera mis en scène tout l’été dans des sites majeurs de notre patrimoine architectural et historique. La nouvelle version du chef d’œuvre lyrique de Georges Bizet se jouera donc en plein air et dans une forme revisitée par le réalisateur de films Radu Mihaileanu, à qui l’on doit notamment le succès public et critique “Va, vis et deviens”.
La direction musicale sera quant à elle assurée par Vincent Renaud avec au premier violon, Anne Gravoin.
A l’initiative du festival « Opéra en plein air », un artiste n’appartenant pas à l’art lyrique est convié à la mise en scène d’un grand opéra. Après la Traviata revue par Arielle Dombasle en 2015, les Noces de Figaro confiées l’année dernière à l’actrice et productrice Julie Gayet, c’est au cinéaste Radu Mihaileanu qu’il revient aujourd’hui de s’emparer du destin de feu de Carmen.
La première représentation de cet opéra, le plus joué au monde, a eu lieu le 3 mars 1875. Lorsque Georges Bizet présente son oeuvre à l’Opéra comique de Paris, c’est un véritable fiasco. Ce jour-là, le compositeur de 37 ans reçoit la Légion d’honneur. Son opéra, joué le soir-même, doit être la consécration mais tout tourne à la catastrophe : l’orchestre n’est pas à la hauteur, les décors mettent du temps à être changés et le public n’est pas prêt à entendre l’histoire de Carmen. La sulfureuse bohémienne de Mérimée choque la bourgeoisie parisienne de l’époque
Dès le premier acte, les spectateurs quittent progressivement la salle. Les critiques jugent l’opéra indécent, un échec qui mine profondément Georges Bizet, qui part se réfugier dans sa maison de Bougival. Trois mois plus tard, il meurt d’une crise cardiaque après avoir pris un bain dans les eaux glacées de la Seine. Il ne saura jamais que son opéra Carmen le fera à jamais rentrer dans l’histoire opératique.
L’Opéra en plein air sera donné dans lieux suivants :
•le Domaine départemental de Sceaux les 15 et 16 juin 2018,
•le château du Champ de Bataille les 22 et 23 juin 2018,
•le château de Vincennes les 29 et 30 juin 2018,
•la Cité de Carcassonne le 3 juillet 2018,
•le Domaine national de Saint-Germain-en-Laye, les 6 et 7 juillet 2018,
•le château de Haroué les 31 août et 1er septembre 2018,
•la Cour d’honneur des Invalides du 5 au 8 septembre 2018.
Âmes sauvages, le symbolisme dans les pays baltes, Musée d’Orsay
Une exposition inédite avec Âmes sauvages, le symbolisme dans les pays baltes au Musée d’Orsay
Cela fera bientôt 100 ans que les pays baltes ont gagné leur indépendance à la sortie de la première guerre mondiale. L’occasion pour le Musée d’Orsay de fêter ce bel anniversaire en invoquant le symbolisme balte qui s’est déployé entre les années 1890 et les années 1920-1930. La parcours de l’exposition fait découvrir des oeuvres assez peu connues du public occidental mais qui ont été créées dans un contexte de résistance à l’état russe impérial. L’exposition Âmes Sauvages montre la naissance de sentiments nationaux à travers un symbolisme tout empreint de thématiques à la frontière du mysticisme et de la nature.
Des sentiments nationaux exacerbés
L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie existaient bien avant que ces états retrouvent leur indépendance en 1918, au moins dans l’esprit de populations qui pliaient mais ne rompaient pas. Le mouvement artistique du symbolisme balte reste le vivant témoignage d’une époque où les sentiments importaient plus que la réalité. Le symbolisme balte en est la manifestation picturale forte et s’inscrit dans le mouvement plus général d’un symbolismeeuropéen où l’émancipation de la conscience était véhiculée de manière picturale. L’exposition fait découvrir des artistes qui sont pour beaucoup visibles pour la première fois hors de leur pays, excepté le lituanien Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, peintre et compositeur mondialement célèbre. Il faut se laisser bercer par des toiles exprimant des visions du monde particulières à ces pays avec des références nombreuses à leurs cultures ancestrales, avec un folklore et des légendes locales qui s’imprègnent de paysages singuliers. L’attachement à la patrie et à la terre natale s’imprègne des mythologies baltes via d’immenses étendues vierges. Un des thèmes majeurs reste l’âme tourmentée qui se révèle via des visages pâles et des corps torturés, soulignant une angoisse représentative de l’époque.
L’exposition Âmes sauvages a été également l’occasion d’en savoir plus sur les pays baltes via un festival baltique qui a été organisé du 22 au 29 mai au Musée d’Orsay. Des concerts ont réuni plus de deux cent soixante musiciens et chanteurs dont les choeurs baltes. L’exposition donne le coup d’envoi des festivités du centenaire et ce festival baltique a été une véritable lucarne ouverte sur les cultures baltes et leurs histoires ancestrales. Le jeudi 21 juin a lieu la Curieuse Nocturne pour célébrer la fête du solstice d’été avec plusieurs évènements où le musée d’Orsay vous invite à dévoiler votre âme sauvage pour une nuit hors du temps à la découverte de l’exposition. Concert de la nouvelle scène estonienne, atelier de parures païennes, rencontres, la nuit sera festive au Musée d’Orsay pour la modique somme de 9 euros à partir de 18 heures!
L’exposition est à découvrir jusqu’au 15 juillet au Musée d’Orsay.
Dates : du 10 avril au 15 juillet 2018 Lieu : Musée d’Orsay (Paris) Entrée : 12 €
Âmes sauvages, le symbolisme dans les pays baltes Âmes sauvages, le symbolisme dans les pays baltes Âmes sauvages, le symbolisme dans les pays baltes Âmes sauvages, le symbolisme dans les pays baltes
La tête qui tourne et la parole qui s’en va, des confidences de Béatrice Gurrey (Robert Laffont)
Béatrice Gurrey nous livre un récit personnel et très émouvant avec : La tête qui tourne et la parole qui s’en va. Ceci n’est pas un roman, mais un témoignage. Il s’agit en effet de la propre histoire de l’auteur.
Incroyable destin
Quasiment simultanément les parents de Béatrice Gurrey tombent malades. Le diagnostic tombe comme un couperet : l’Alzheimer s’est installé dans leur vie. Bien sûr pas du jour au lendemain, mais presque. Et comme souvent, personne ne veut voir la réalité. On repousse les examens médicaux, on a toujours une bonne raison pour ne pas s’y rendre. Jusqu’au jour où… Et puis, un jour, les enfants se rendent compte qu’il n’est plus possible de laisser leurs parents seuls chez eux. Ca devient tout simplement impossible à gérer.
Le placement en maison
Béatrice et ses frère et sœur partent à la recherche d’une maison médicalisée idéale. Et ils vont aller de déception en déception. Si ce témoignage est bouleversant c’est sans doute qu’il sonne très vrai. On se rend compte qu’en France, on ne respecte pas vraiment nos aînés. Ils ne sont pas au centre de nos préoccupations, dans nos sociétés occidentales.
A chacun ses réactions
Il est vrai que c’est insupportable de voir ses propres parents changer presque du tout au tout. Les parents de Béatrice Gurrey formaient un très bon couple, sans problème. Et puis, avec la maladie, le père de Béatrice va devenir violent et même agressif. Alors que sa mère va garder son humour, arrivant même à se moquer d’elle-même et de ses problèmes de mémoire ! Après la mort de son mari, elle va même retrouver une certaine joie de vivre, comme libérée d’un poids.
Un soutien pour les aidants
La tête qui tourne et la parole qui s’en va, va sans doute devenir le livre qui va faire du bien à toutes les familles qui subissent cet enfer. Non seulement il faut combattre la maladie, l’accepter, mais il faut aussi se battre au quotidien avec le personnel des maisons de retraite. Il faut faire face aux très mauvaises conditions de vie dans certaines maisons. Et hélas, elles ont l’air nombreuses.
Quand l’Occident aura compris que nos seniors sont nos trésors, et doivent rester au centre de nos vies, on aura tout compris ! La tête qui tourne et la parole qui s’en va met l’accent où ça fait mal. Ce livre nous pousse à la réflexion sur le chemin à suivre pour aider nos personnes âgées à finir leur vie dans la dignité et non dans la maltraitance et la solitude. Un très beau livre. A lire absolument !
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Béatrice Gurrey dévoile ici un drame personnel : la maladie d’Alzheimer dont ont été victimes son père et sa mère. Il est rare qu’un couple soit frappé en même temps et cette concordance a redoublé les épreuves auxquelles sa famille a été confrontée. Ce récit est l’histoire d’un long cheminement, des premiers soupçons jusqu’au bouleversement progressif d’une vie à deux, sous le regard désarmé des proches.
Comme des centaines de milliers de familles contraintes de faire face à la même maladie, celle de l’auteur doit se mettre en quête d’un établissement adapté, accompagner ses parents, Pierre et Liliane, dans de nouvelles conditions d’existence et tenter de s’adapter à la progression inéluctable d’une pathologie aux eff ets déroutants.
Béatrice Gurrey montre combien les troubles de la mémoire, de la pensée et du comportement exacerbent aussi le caractère et la personnalité de ceux qui en sont aff ectés. Du fond de ce grand oubli, des secrets intimes resurgissent, une transfiguration du réel s’opère au profit d’un nouvel imaginaire – sombre, tragique, chez Pierre ; léger, fantaisiste, et même merveilleux de drôlerie, chez Lili.
Ce témoignage est avant tout une lumineuse histoire d’amour. La force et la beauté de son écriture lui donnent des accents de vérité poignants.
Date de parution : le 23 août 2017 Auteur : Olivia Elkaim Editeur : Stock Prix : 19 € (248 pages) Achetersur : Amazon
Montand Le French Lover, mise en scène de Valéry Rodriguez, Le Lucernaire
Montand Le French Lover, un spectacle tout en émotion à découvrir au Lucernaire
Hélène Arden remet en selle son spectacle dédié à Yves Montand et que Publik’Art a pu déjà découvrir une première fois au Théâtre Trévise en novembre 2016. Si le coeur de la pièce reste centré autour du célèbre chanteur et acteur, le traitement a évolué avec quelques nouveautés croustillantes et toujours le plein de chansons. La comédienne et chanteuse raconte la vie de l’illustre Ivo Livi devenu un des chanteurs de cabaret les plus connus de Paris avant de percer dans le cinéma avec le succès que l’on sait. La pièce suit le fil de ses conquêtes féminines dans un numéro musical à l’accent chantant en compagnie de musiciens experts. La foule se fait transporter avec plaisir dans une farandole d’anecdotes et d’intermèdes musicaux qui ravissent la salle entière.
Un spectacle tout en nostalgie et en anecdotes
Hélène Arden se glisse dans les habits de Lydia, soeur d’Yves Montand restée à Marseille pour tenir son célèbre salon de coiffure. L’accent du sud est chantant et accompagne avec légèreté le fil d’une vie passée à enchainer les morceaux de bravoure. Car le petit Ivo a 2 ans quand ses parents quittent la Toscane pour rallier les Etats-Unis. Mais leur chemin s’est arrêté à Marseille et c’est à Paris et non à New York que le fraichement renommé Yves Montand va subjuguer Edith Piaf et commencer son ascension dans le music-hall. L’évocation est émouvante car Hélène Arden donne sincèrement l’impression d’avoir vécu elle-même cette histoire, elle le confesse à la toute fin, elle n’est pas la soeur d’Yves Montand, histoire de clarifier les choses et de ne tromper personne! La séparation d’avec la môme Piaf ne freine en rien l’ascension du chanteur qui rencontre Simone Signoret pour une relation déterminante. Celle qui triomphe sur les écrans français et internationaux va accompagner le passage du chanteur à l’acteur, avec des rôles éternels et une idylle avec Marilyn Monroe qu’Hélène Arden évoque non sans humour. Le spectacle semble durer un instant tant son déroulé marie truculence et fluidité. Les deux instrumentistes accompagnent la chanteuse pour une atmosphère festive qui emporte avec elle l’audience toute entière. Surtout que le public est lui-même interrogé à l’occasion pour faciliter le contact et la connivence. La pièce bénéficie d’un écran traduisant en direct les commentaires français et les paroles de chanson de la chanteuse dans la langue de Shakespeare pour un public étranger ravi de partager ce petit moment de bonheur francophile.
Tout le monde apprend une masse d’informations en compagnie d’une chanteuse au sourire radieux et à la bonne humeur communicative. L’instant est dédié à la chanson dans un spectacle à découvrir tout l’été au Lucernaire pour profiter des cigales et du Mistral jusque sur les avenues parisiennes.
Dates : du 17 juin au 19 août, à 18h le dimanche plus les mardis 19 juin, 26 juin et 3 juillet à 21h Lieu : Le Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Valéry Rodriguez Avec : Hélène Arden, Mathieu Meyer ou Jean-Charles Acquaviva en alternance au piano, Clément Garcin ou Christophe Dandin en alternance à la guitare
Tout ce que je ne t’ai pas dit, un récit poignant sur le mutisme sélectif (Fleurus)
Kylie Fornasier écrit pour les enfants et adolescents. Amoureuse des livres depuis sa plus tendre enfance, c’est tout naturellement qu’elle est passée de l’autre côté de la bibliothèque, en devenant auteure à son tour. Elle partage son temps entre ses différents métiers : enseignante, bibliothécaire, auteure.
Un nouveau départ
Après avoir perdu sa meilleure et unique amie à cause de sa maladie, le mutisme sélectif, Piper Rhodes décide de changer de lycée. Elle y voit l’occasion de prendre un nouveau départ. Tous les jours, Piper lutte contre son mutisme, mais en plus de cette maladie sur laquelle elle n’a aucun contrôle, elle doit se battre pour être plus que simplement l’adolescente « qui ne parle pas ». Piper cherche à être définie au-delà de sa maladie, chose qui se révèle beaucoup plus compliquée en pratique qu’en théorie.
Une maladie incomprise
Kylie Fornasier a pour but d’ouvrir les yeux sur cette maladie si peu connue. Le principal défi de Piper dans sa vie de tous les jours, c’est de faire comprendre que parler ou pas n’est pas de son ressort. Que même si elle veut parler de toutes ses forces, parfois, elle en est incapable. Ce n’est pas comme si elle choisissait de rester silencieuse et ça, beaucoup ont du mal à le comprendre.
Le poids des mots
Tout au long du roman, Piper rappelle l’importance des mots, leur pouvoir, qu’il soit positif ou négatif. À l’aide de son personnage principal, Kylie Fornasier veut que ses lecteurs sachent que les mots ont la capacité de détruire comme de réparer. Courageuse, Piper gagne tout le respect de son lecteur au fil des pages et de sa bataille contre ce mutisme sélectif qui lui a déjà tant coûté.
La plume de l’auteure est percutante, ses mots touchent en plein cœur. À travers le personnage de Piper, elle parvient à parler directement au lecteur. La maladie de Piper est expliquée avec des termes simples, pour un public adolescent qui n’aura aucun mal à la comprendre.
Page de l’éditeur :
« Je déteste cette étiquette de Mutisme Sélectif : comme si je choisissais de ne pas parler, comme un enfant qui refuse de manger ses épinards ! J’ai utilisé tous les trèfles à quatre feuilles que j’ai trouvés depuis que j’ai dix ans pour faire ce voeu : réussir à parler quand je le veux. Je suis en train de me demander s’il y aura assez de trèfles sur terre. »
Après avoir perdu sa meilleure amie, Piper Rhodes décide de changer de lycée, déterminée à ce que sa dernière année soit différente. Elle rencontre bientôt West, le joueur star de l’équipe de foot, le garçon dont tout le monde parle. Malgré la peur de Piper de perdre à nouveau un être cher et malgré tout ce qui les sépare, Piper se lie à West, sans que jamais elle ne réussisse à lui dire un seul mot… Une histoire de confiance, d’amitié et d’amour, où se révèle le pouvoir des mots qu’on dit, et de ceux qu’on ne dit pas.
Date de parution : le 9 février 2018 Auteur : Kylie Fornasier Editeur : Fleurus Prix : 12,50 € (192 pages) Acheter : Amazon
Felix Moati, Christa Theret & Guillaume Gouix vont au mariage.
Gaspard va au mariage, la comédie qui met en scène la jeune garde du cinéma français, sort en DVD.
Dès les premières minutes de Gaspard va au mariage, on se retrouve vite happé dans un tourbillon de scènes et de dialogues qui nous rappelle les plus belles heures de la Nouvelle Vague tendance Godard. Sans trop vous dévoiler de strates, on suit l’inimitable et déjà si indispensable au paysage audiovisuel français, Laetitia Dosch, sorte d’indicible ingénue à la propension au hasard assez fabuleuse, qui finira par atterrir dans un zoo familial en plein préparatif pour un mariage alors qu’elle était sur la route de Biarritz pour faire la saison. Ce remariage plutôt, c’est celui du père de Gaspard, un jeune homme au sourire communicatif incarné par Felix Moati, que Laura/Dosch, vient de rencontrer en prenant un train après s’être évanouie sur les rails avec des alter-mondialistes. Sitôt germe l’idée incongrue de lui proposer d’être sa fausse fiancée pour l’y accompagner. Vous avez tout suivi ? Non, ça ne fait rien, embarquez, vous ne regretterez pas la virée dans ce zoo si particulier.
Gaspard va au mariage possède une tonalité unique, propre à nous rappeler la fameuse exception culturelle française.
Tout du long de Gaspard va au mariage, on navigue sans cesse entre les genres, avec en fil rouge, un humour caustique et universel autour des valeurs de la famille, de la fratrie, de la nature et bien évidemment, de l’amour. Pour illustrer cette jolie fable, Antony Cordier, a qui l’on doit le remarquable Happy few, a eu le choix du roi niveau casting. Passé le faux-couple principal, aux atomes plus crochus qu’il n’y parait, on retrouve la jeune garde du cinéma hexagonal, soit Christa Théret et Guillaume Gouix, qui incarnent la soeur et le frère de Gaspard, l’une se prenant comme un ours, l’autre étant finalement plus ursin qu’il n’y parait dans son fort intérieur. Johan Hendelbergh et Marina Foïs se retrouvent dans la peau des futurs mariés. Ou pas. On aime l’incertitude qui règne au quotidien dans cette famille qui se veut « normale ». Mais comment l’être quand on vit jour et nuit avec des animaux sauvages ? C’est ce son de cloche si particulier qui fait de Gaspard va au mariage un rendez-vous unique pour les cinéphiles.
Gaspard va au mariage sort le 12 juin en DVD. Un film comme nul autre pareil, où la crème du jeune cinéma d’auteur se retrouve autour d’un zoo familial fissuré de toute part.
Après s’être tenu prudemment à l’écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l’annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l’ont vu grandir… Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n’a pas conscience qu’il s’apprête à vivre les derniers jours de son enfance.
SortieDVD : le 12 juin 2018 Durée : 1h43 Réalisateur : Antony Cordier Avec : Felix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix, Johan Heldenbergh, Marina Foïs, Noémie Alazard Genre : Comédie Distributeur : Pyramide Vidéo Prix : à partir de 19,99 € (DVD) Acheter : sur fnac.com
Les critiques du spectacle vivant décernent leurs prix 2018
Comme tous les ans, les 145 journalistes/chroniqueurs, membres de l’Association professionnelle de la critique ont décerné ce lundi 18 juin, au théâtre Paris-Villette, leurs prix 2018, distinguant les spectacles et les artistes qui ont marqué la saison écoulée.
Au palmarès notamment, “Tous des oiseaux”, la pièce de Wajdi Mouawad sur le conflit israélo-palestinien, la puissante et singulière fable noire nordique « Tristesses » de la Belge Anne-Cécile Vandalem qui raconte la montée du nationalisme au Danemark, récompensée aussi pour sa musique de scène signée Vincent Cahay et Pierre Kissling, dont l’empreinte est indissociable du spectacle. « Saigon » et sa fresque sociale à partir de récits d’exilés vietnamiens des première et deuxième générations ainsi qu’Anouk Grinberg pour son interprétation de Natalia Petrovna dans « Un mois à la campagne », où elle irradiait de cette vérité humaine à la fois flamboyante et mélancolique, lumineuse et complexe, cette femme amoureuse à la fêlure romanesque.
Le Palmarès complet :
Palmarès Théâtre
Grand prix : Tous des Oiseaux de Wajdi Mouawad
Prix Laurent-Terzieff du théâtre privé : Seasonal Affective Disorder mise en scène par Lélio Ploton au Lucernaire
Prix Georges-Lerminier (du meilleur spectacle créé en province) : Saïgon de Caroline Guiela Nguyen
Meilleur Comédien : Benjamin Laverhne dans Scapin
Meilleure Comédienne : Anouk Grinberg dans Un mois à la Campagne de Tourgueniev mis en scène par Alain Françon
Prix Jean-Jacques-Lerrant de la révélation : Pauline Bayle pour Iliade-Odyssée
Meilleur spectacle étranger : Tristesses d’Anne-Cécile Vandalem
Meilleure création d’éléments scéniques : Emmanuel Clolus pour Tous des Oiseaux
Meilleur musique : Vincent Cahay et Pierre Kissling pour Tristesses
Meilleure création d’une pièce en langue française : Les Ondes magnétiques de David Lescot au Vieux-Colombier
Meilleur livre sur le théâtre : Qu’ils crèvent les critiques ! de Jean-Pierre Léonardini
Palmarès Danse
Grand Prix : Find Now d’Andrew Skeels (Théâtre de Suresnes) et Crowd de Gisèle Vienne
Meilleur interprète : Hofesh Shechter
Personnalité chorégraphique de l’année : Bruno Bouché, directeur du CNN/ballet de l’opéra du Rhin
Meilleure compagnie : le Ballet du Canada pour Nijinsky de John Neumeier
Palmarès Musique
Grand prix : Le Domino noir d’Auber (direction Patrick Davin/Mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq) créé à l’Opéra-comique
Prix Claude Rostand (Création en province) : Werther de Massenet (direction : Jean-Marie Zeitouni/Mise en scène : Bruno Ravella) à l’Opéra National de Lorraine
Meilleure création musicale : Pinocchio (Boesmans/Pommerat), création au Festival d’Art Lyrique d’Aix en Provence
Personnalité musicale de l’année : le baryton, Stéphane Degout
Révélation : le chef d’orchestre Julien Masmondet
Paul Apôtre du Christ, film de Andrew Hyatt, Copyright Sony Pictures Home Entertainment
Une belle remontée aux premiers temps du christianisme avec le film Paul Apôtre du Christ
Un film entier qui s’intéresse à la figure de Paul de Tarse prend le double risque du prosélytisme béat et de l’hagiographie militante. Mais Paul Apôtre du Christ évite ces deux écueils par son déroulé simple et sincère en présentant l’apôtre Paul, figure fondatrice du christianisme, dans toute sa complexité, ancien persécuteur des premiers chrétiens devenu une figure sage et mesurée d’un temps où les martyrs se comptaient par milliers. Pas encore de Vatican ni d’église surpuissante, les temps étaient au dénuement et au sacrifice de soi. Et le résultat est juste confondant de beauté. L’esthétique ressemble certes fort à celle de la série Rome, mais le message prend au coeur.
Des temps de souffrance et de résolution
Le film Paul Apôtre du Christ débute alors que la grande figure des temps premiers du christianisme est retenue prisonnière à Rome. Après avoir traversé la Méditerranée en tous sens pendant plus de 30 ans, un des grands guides spirituels, fondateur de multiples églises et exemple vivant d’humilité, doit finir son voyage au centre du monde, Rome. L’accent est mis sur le message transmis par le Christ comme réponse aux persécutions romaines. Les images de sévices font mal et évoquent sans détour ce qu’ont subi ceux qui ne se soumettaient pas corps et âme à la loi romaine. Les années 60 après JC sous Néron n’étaient pas tendres pour ceux qui s’aventuraient vers l’exotisme christique venu du lointain Moyen Orient. Il faut s’imaginer le conservatisme romain d’une nation qui a conquis le monde antique à coups de lances et d’invasions. Pour l’envahir en retour, il fallait bien une doctrine prônant le contre pied total, le partage à la place du conflit, l’amour au lieu du mépris. Néron n’apparaît pas mais le général déchu Mauritius figure l’intransigeance romaine, celui qui n’hésite pas à transformer les chrétiens en torches humaines vivantes pour éclairer les rues de la cité la nuit et à jeter femmes et enfants dans la gueule des lions dans l’arène. Face au bloc de béton romain, la pensée chrétienne offre un contrepoint que Paul personnifie en silence dans une humilité qui détonne. A ses côtés, son acolyte Luc immortalisera par écrit cette pensée qui perdure jusqu’à aujourd’hui encore. Le film alterne entre tortures horribles et pensées idylliques, personnages persécutés et romains conquérants pour offrir un contrepoint permanent qui impressionne. L’esthétique de série US laisse vite place à la profondeur de la pensée pour un impact maximum sur une salle plongée dans un silence contemplatif. Le film a beau être sorti début mai, il passe encore et continue d’attirer des spectateurs. Car le film parvient à dépasser les fractures religieuses pour offrir un beau message universel. Et ça, sans effets spéciaux ni grandes scènes d’action, le cinéma US n’y parvient presque plus, presque, la preuve.
Paul apôtre du Christ scotche au siège par sa tentative réussie de raviver une époque de lutte pour faire s’effondrer une pensée antédiluvienne. Le film fascine par son message à la portée universelle à découvrir dans les rares cinémas qui le projettent encore.
Deux hommes de bien, un roman historique de Pérez-Reverte, en livre audio (Audible)
Arturo Pérez-Reverte, auteur espagnol, nous livre un roman passionnant, Deux hommes de bien, qui vient de sortir en livre audio, chez Audible. Il y mêle intrigue, suspense, littérature, philosophie, sous fond historique. Il est sans doute important de préciser que Arturo Pérez-Reverte est lui-même membre de l’Académie royale espagnole depuis 2003. C’est ce qui donne un tel éclat à ce roman.
La situation historique
L’histoire se situe à la fin du XVIII siècle. Deux hommes de l’Académie royale d’Espagne sont choisis par leurs collègues académiciens pour ramener à Madrid les 28 tomes de l’Encyclopédie, alors interdite dans leur pays. Il s’agit de l’édition originale de Diderot, d’Alembert, et Breton, constituée de 28 volumes, l’Encyclopédie ou le Dictionnaire raisonné des Arts et des Sciences. Ouvrage condamné par l’Eglise catholique.
Le bibliothécaire don Hermógenes Molina et l’Amiral don Pedro Zárate sont chargés de cette délicate mission. Ils doivent se rendre à Paris, acheter l’édition originale et la ramener en Espagne. Le voyage sera long et non sans danger. L’Encyclopédie est également interdite en France, mais on peut néanmoins la trouver. Les 28 volumes font une belle histoire. Mais les idées de Diderot, d’Alembert et de Breton, ne sont-elles pas trop dangereuses pour le grand public ? Dangereuses, voire même absurdes ?
L’Encyclopédie pour qui ?
Tous, à l’Académie, ne sont pas d’accord sur le fait de ramener cette fameuse Encyclopédie. L’esprit des Lumières peut représenter un danger pour le pays. Certains décident donc d’empêcher, coûte que coûte, ce rapatriement. Et ce sera Pascual Raposo, malin et sans scrupule, qui devra empêcher les Deux hommes de bien à ramener cette fameuse Encyclopédie.
Nous allons donc suivre don Hermès et l’Amiral tout au long de leur long périple, de Madrid à Bayonne, puis de Bayonne à Paris.
L’épopée
L’auteur décrit merveilleusement les conditions de l’époque bien éloignées des nôtres ! Ce voyage à lui tout seul représente une véritable aventure avec beaucoup de paramètres inconnus. Ils font de nombreuses haltes dans des endroits pas toujours sains et propres ! La météo non prévisible leur complique souvent la tâche. Mais cela n’a pas empêché les deux académiciens de faire plus ample connaissance tout au long de leur voyage. Tous les sujets sont abordés, le plus souvent avec sérieux. N’oublions pas qu’ils sont deux grands intellectuels de l’époque. L’un est très croyant et l’autre libre-penseur. Ils aiment discuter de religion, sujet sur lequel ils ne sont pas en accord. L’Amiral pense que « la religion est la plus grande tromperie qu’ait inventée l’homme » ! Mais il leur arrive néanmoins d’aborder des thèmes plus légers, comme celui de la guerre des braguettes, les dernières culottes à la mode ! Quelle idée, des braguettes !
Epoque difficile pour le peuple
« Laissez lire et laissez danser, demande Voltaire ».
A cette époque, le peuple espagnol est triste. Les concerts, les veillées, les bals sont interdits dans de nombreux endroits. Alors qu’à Paris, la vie est bien différente. Nos deux hommes vont vite découvrir cette vie parisienne et en profiter, tout en cherchant leur Encyclopédie. A l’époque, la France a la réputation d’être le pays du vin et de la philosophie, mais aussi celui de la syphilis ! Indéniablement, ils découvrent Paris, la ville des philosophes ! Nous sommes à la fin du XVIII siècle, le siècle des Lumières !
Les deux académiciens espagnols sont reçus par le comte d’Aranda, Ambassadeur de l’Espagne en France. Mais comme l’Encyclopédie est interdite en France, ils ne recevront aucune aide officielle. Ils ont droit à l’aide de l’abbé Bringas, à la fois « poète, libelliste et révolutionnaire » ! L’abbé est là pour les aider dans leurs recherches et leur faire découvrir Paris.
Paris, la belle
Les lecteurs découvrent alors non seulement la ville de Paris, mais aussi et surtout ses coutumes ! Les prostituées, très nombreuses, d’après Bringas environ 30 000, peuplent les rues de Paris. Les gens payent beaucoup d’impôts en France et Bringas parle alors de « révolution nécessaire et sanglante » …
Mais nos deux hommes ne sont pas là pour jouir d’une certaine vie française, mais en quête de leur Encyclopédie. Pas facile d’en trouver la trace, surtout en édition originale. Ils vont vivre de nombreuses mondanités et rencontrer de grands intellectuels, de nombreuses personnes avant de tomber sur la bonne. Ils vont découvrir des femmes libertines qui vont leur faire découvrir un tout autre monde ! Mais rien ne sera facile pour eux. Car, n’oublions pas le vilain Raposo qui va tout faire pour faire capoter la mission.
Avalanche de catastrophes
Les Deux hommes de bien vont presque tout connaître, les honneurs, le déshonneur, le duel et même la prison, à croire que la France n’est pas un pays où il fait bon vivre au siècle des Lumières. Une période prérévolutionnaire. Du suspense, des émotions, à travers une Histoire passionnante lue par Lazare Herson-Macarel. Voix grave en accord avec une histoire qui a réellement existé, même si elle est quelque peu romancée. Cette histoire nous rappelle fortement Cervantès avec son Don quichotte. Sans doute un très bel hommage à ce grand homme !
Ce qui est aussi passionnant dans ce livre, c’est le fait de suivre l’auteur, Arturo Pérez-Reverte. Il nous raconte tout au long du roman, comment il en est arrivé à rédiger tel ou tel passage. Comment il a fait lui-même des recherches pour retrouver les lieux, pouvoir les situer sur les cartes et coller ainsi au plus près de la réalité du XVIII, dans ses différentes descriptions.
Quand on écoute la dernière page, on a du mal à sortir de cette époque et en même temps, on se remémore les passages brillants, philosophiques, de nos deux académiciens. Une très belle aventure intellectuelle, littéraire et philosophique du XVIII siècle, à écouter avec plaisir !
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Deux hommes de bien
À la fin du XVIIIe siècle, deux membres de l’Académie royale d’Espagne sont mandatés par leurs collègues pour se rendre à Paris et en rapporter les 28 tomes de l’Encyclopédie, alors interdite dans leur pays. Le bibliothécaire don Hermógenes Molina et l’amiral don Pedro Zárate, hommes de bien intègres et courageux, entreprennent alors de Madrid à Paris un long voyage semé de difficultés et de dangers.
Par des routes infestées de brigands, faisant halte dans des auberges inconfortables, les deux académiciens arrivent à Paris, où ils découvrent avec étonnement les rues de la capitale française, ses salons, ses cafés, ses librairies, ses mœurs libertines et ses agitations politiques. Mais très vite, leur quête de l’Encyclopédie se révèle d’autant plus difficile que l’édition originale est épuisée et qu’une partie de l’Académie espagnole, opposée à l’esprit des Lumières, a lancé à leurs trousses un espion chargé de faire échouer l’entreprise.
Nourri de réalité et de fiction, habité par des personnages ayant existé ou nés de l’imagination de l’auteur, Deux hommes de bien est un merveilleux roman d’aventures et un éloge de ce qui fut la plus grande entreprise intellectuelle du XVIIIe siècle. Mais c’est aussi, dans la reconstitution minutieuse et passionnante d’un Paris prérévolutionnaire plus vivant que jamais, un hymne à l’amitié et un bel hommage à Don Quichotte d’un écrivain profondément épris de la France.
Memories of Murder, film de Joon-Ho Bong, Copyright CTV International
Une ressortie fastueuse pour le polar coréen Memories of Murder le 11 juillet 2018
Lors de sa sortie au cinéma en 2004, le film Memories of Murder a provoqué un torrent de louanges. Le faux rythme initial du film avec son équipe de policiers bras cassés qui prennent peu à peu la mesure des enjeux aboutit à une enquête retorse tandis qu’un flic de Séoul les rejoint. L’enquête est menée entre doutes et fausses pistes pour une impression vertigineuse sur le spectateur. A l’occasion de la ressortie du film en coffret DVD avec un mediabook et un documentaire inédit, il est temps de voir ou revoir ce polar coréen majestueux.
Un classique à découvrir
La Rabbia proposera à partir du 11 juillet un double DVD consacré au film Memories of Murder avec un Mediabook et un coffret ultime collector pour fêter comme il se doit le 15e anniversaire du chef d’oeuvre de Bong Joon Hoo. Le film sera évidemment disponible mais tout l’intérêt porte surtout sur ce documentaire passionnant et totalement inédit intitulé Memories: retour sur les lieux du crime. Réalisé par Jésus Castro-Ortega, ce documentaire apporte quelques éléments de plus pour apprécier le polar inspiré de faits réels Le réalisme du film le dispute à la tension croissante au coeur d’une campagne coréenne où des policiers sous-équipés et sous-formés devaient retrouver un serial killer qui attirait de plus en plus l’attention des médias et de la population. Le réalisateur brosse un portrait implacable d’une police démunie face à un tueur invisible qui brouille les pistes et ne laisse pas d’indices derrière lui. Le film attire implacablement le spectateur dans sa toile avec son art du montage et ses plans sur des visages de plus en plus déconfits.
Le 11 juillet seront disponibles:
1 Digipack avec : Film et Complément 19,99 euros)
1 Médiabook avec : 1 Blu-ray, 2 DVD, Les compléments, Un livret de 40 pages sur l’histoire du tournage (24,99 euros)
1 Coffret collector avec : le Mediabook, la reproduction du storyboard intégral traduit en français (366 pages) (34,99 euros)
La sortie de ce double DVD constituera l’évènement du début du mois de juillet pour une nouvelle plongée en eaux troubles en compagnie de policiers coréens dont les images restent longtemps gravées dans l’esprit. Jusqu’à se rendre compte de l’évidence, oui ce film mérite bien son statut de classique du cinéma sud-coréen!
Memories of Murder, film de Joon-Ho Bong, Copyright CTV International
En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d’une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d’autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n’a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d’actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d’un policier local et d’un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l’absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute..
SortieDVD : le 11 juillet 2018 Durée : 02h10 Réalisateur : Joon-Ho Bong Avec : Song Kang-Ho, Kim Sang-kyung, Hie-bong Byeon Genre : voir fiche allociné Prix : XX € (DVD) Acheter : sur Amazon
A cœurs ouverts, un roman jeunesse qui bouleverse (Bayard)
Jessi Kirby est une auteure américaine spécialisée dans le Young Adult, ses romans visent un public adolescent. Elle a publié six romans et partage son temps entre l’écriture, l’enseignement, et son travail de bibliothécaire.
Le refus d’avancer
Dévastée par la mort de son petit ami, Emily n’arrive pas à faire son deuil. Quatre cent jours après l’accident tragique qui a coûté la vie de celui qu’elle aimait, elle continue à voir Matt partout. Elle décide alors de transgresser toutes les règles possibles et imaginables et de retrouver celui a qui on a transplanté le cœur de Matt, Tom. Si elle pensait l’observer de loin, elle ne peut pourtant pas s’empêcher de vouloir en savoir plus sur lui. Elle se raccroche à cet organe, le cœur, comme si elle pouvait, d’une certaine façon, retrouver Matt en Tom. Emily est incapable de « tourner la page », comme diraient ses parents.
Un deuil difficile
Aussi ironique que cela puisse paraître, c’est Tom qui sort Emily de sa catatonie. Il l’entraîne dans de nombreuses activités et la pousse à se définir autrement que par l’adolescente qui a perdu son petit-ami. Emily retrouve une connexion qu’elle avait perdu à la mort de Matt, grâce à Tom. Plus le temps passe, plus Emily avance, allant jusqu’à faire le deuil de celui qu’elle a tant aimé. Jessi Kirby évoque également la culpabilité d’avancer, de ne plus penser tous les jours à celui qu’on a perdu.
L’évolution du personnage
La plume de Jessi Kirby est entraînante et, pour un sujet aussi difficile, très fluide et facile à lire. Certes, À cœurs ouverts est une romance, mais pas seulement. L’évolution d’Emily est une partie très importante du roman, pour ne pas dire essentielle, qui peut avoir lieu grâce à sa rencontre avec Tom. Leur relation avance pas à pas, pas trop rapidement, laissant le temps à Emily – et au lecteur – d’évoluer. On découvre une adolescente qui vit dans le souvenir de ce qu’elle a perdu, et on referme le roman avec une jeune femme prête à affronter tous les défis de la vie.
Une seconde chance
Jessi Kirby évoque le droit à la deuxième chance. Emily est persuadée que Matt était le bon, celui avec qui elle ferait sa vie. En continuant à vivre sa vie, après sa mort, elle a l’impression de le trahir. Elle apprend au fil du roman, avec beaucoup de délicatesse de la part de l’auteure, qu’elle a le droit d’avancer, le droit d’avoir une deuxième chance.
Jessi Kirby a su trouver pour son héroïne, et donc pour ses lecteurs, le parfait équilibre entre passé et futur. Emily apprend au fil des pages à quel point il est important de se souvenir, sans pour autant laisser le passé l’empêcher de vivre.
Page de l’éditeur :
Voilà 400 jours qu’Emily a perdu l’amour de sa vie, Matt, dans un accident de voiture.
Transgressant les règles, elle a enquêté et retrouvé l’identité de celui qui a reçu le cœur de Matt : Tom Colton. Ce 400eme jour, elle se résout à prendre sa voiture pour « le voir », rien de plus, elle se l’est promis. Mais ils se parlent. Et c’est comme si Tom et Emily se connaissaient depuis toujours…
A partir de 12 ans
Date de parution : le 11 avril 2018 Auteur : JESSI KIRBY Editeur : Bayard Prix : 14,90 € (192 pages) Acheter : Amazon
Une belle ode à la vie dans la bande dessinée Revivre aux éditions La Boîte à Bulles
4 personnages qui ne se connaissent pas, 4 destins qui se révèlent devant les yeux du lecteur, Revivre offre une plongée passionnante dans une histoire aux forts accents de réalité. Une migrante syrienne est victime d’un accident aux conséquences dramatiques pendant la traversée de la Méditerranée vers l’Europe et 3 malades en attente de greffe sont enfin contactés pour recevoir les organes tant désirés. Les principaux protagonistes ont accepté de partager leurs témoignages à l’auteur Ugo Bertotti pour un bouleversant surplus d’authenticité. Les 4 histoires personnelles sont contées avec pudeur et délicatesse pour un moment de lecture puissant et émouvant. Une BD à découvrir dès le 27 juin.
Mourir et survivre
La BD Revivre se déroule dans un noir et blanc qui rajoute à la pudeur et n’empêche pas l’explosion des sentiments. L’histoire réelle racontée par Ugo Bertotti rappelle le livre et le film dont est adapté Réparer les vivants. Quand la vie cesse brutalement par la faute d’un destin cruel, elle peut en même temps repartir pour d’autres grâce à la décision des proches survivants d’accepter de partager les organes tant espérés. Les existences de Don Vito, Mimmo et Maria sont abordées sous l’angle anthropologique, les soucis de santé foudroient les personnages et les mettent en stand by. Le jour où un coup de téléphone salvateur peut changer leurs vies, ils ne savent pas d’où provient cet organe, ni qui est celui ou celle qui a du mourir pour leur permettre de continuer à vivre. Le lecteur découvre tous ces détails avec sensibilité en même temps que les détails du drame de la guerre en Syrie avec cette population nombreuse de palestiniens parquée dans des camps devenus permanents dans un pays qui n’hésite pas à les prendre pour cibles durant le conflit actuel. La nostalgie des temps de paix anciens, l’espoir de revenir chez eux et l’existence qui continue malgré les errements rajoutent à la densité du récit. Le ton choisi par Ugo Bertotti privilégie l’intimité et la description du quotidien contrarié des personnages stigmatisés par la vie. Mais l’accent est surtout mis sur l’espoir et la volonté de vivre malgré tout. Une belle maxime de vie!
Revivre est une BD qui ne peut pas laisser indifférent tant le sujet touche à l’universel, de quoi donner envie de signer tout de suite le papier de consentement pour le don d’organes en prévision de la journée mondiale du don d’organes et de la greffe du 22 juin prochain. Car un organe peut sauver une vie, voire plusieurs, ce qu’illustre magnifiquement cette bande dessinée à découvrir aux éditions La Boîte à Bulles!
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Septembre 2013, Selma, réfugiée palestinienne de 49 ans, quitte la Syrie avec son mari et ses deux enfants à la recherche d’une vie meilleure, loin de la guerre qui frappe le pays.
Avec 70 autres migrants, elle embarque sur un bateau direction l’Italie. Durant la traversée, elle subit un grave traumatisme à la tête. À son arrivée au port de Syracuse, elle est encore vivante, mais plus pour très longtemps. Sa famille, avec le soutien du docteur Hassan, néphrologue palestinien, décide de faire don de ses organes. Trois Italiens en attente de greffe en bénéficieront.
Pour raconter cette histoire, Ugo Bertotti a recueilli les témoignages des membres de la famille de Selma, de ceux qui l’ont connue et surtout des trois personnes qui, grâce à Selma, sont toujours en vie.
Une histoire racontée avec pudeur et sensibilité.
Date de parution : le 27 juin 2016 Scénariste(s) : Ugo Bertotti Dessinateur(s) : Ugo Bertotti Genre : Humour Editeur : La Boîte à Bulles Prix : 15 € (160 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue
C’est un spectacle plein de virtuosités. Du 5 au 17 juin, dans l’impressionnant vaisseau de l’île Seguin, la Seine Musicale le collectif des 7 doigts de la main présente Réversible, un spectacle à la fois poétique et puissant. Poétique par ses mouvements de corps harmonieux et ce doux mélange entre la danse et le théâtre. Puissant par la dextérité des acrobates-danseurs, à couper le souffle. Ils paraissent tout droit sortis d’une autre planète, manient le skate-board, le cerceau et le jonglage à la perfection.
Créée en 2002, le collectif des 7 doigts de la main veut offrir un nouveau type de spectacle de cirque : un «cirque à échelle humaine», plus intime et familier, où l’extraordinaire surgit du quotidien, où des hommes et des femmes expriment avec leurs mots, leurs danses et leurs acrobaties, une part de leur humanité. En brouillant sans cesse les frontières entre la danse contemporaine et l’acrobatie, entre le théâtre et la performance physique, entre le multimédia interactif et l’expérience immersive, ils cherchent à atteindre l’indéfinissable, le viscéral, l’extraordinaire, l’intime et l’universel en chaque être humain.
« Juste la fin du monde » ou l’impossible parole incarné avec brio au Studio Hébertot
La notoriété de Jean-Luc Lagarce, metteur en scène et dramaturge, mort prématurément du SIDA à l’âge de 38 ans en 1995, n’a cessé d’augmenter depuis sa disparition. S’il n’a pas été reconnu de son vivant comme un auteur important, c’est que son langage théâtral était trop en avance, trop en décalage sur son époque.
Aujourd’hui, c’est l’un des auteurs contemporains le plus joué et traduit dans le monde dont la langue singulière qui creuse en profondeur (originalité de la syntaxe, phrase musicale, à tiroirs, incises), en un mot éblouissante, qui mêle l’intime et la comédie sociale, l’identifie immédiatement.
Une forme stylistique faite de variations et de répétitions où la parole qui bute, trébuche, se reprend, questionne la dramaturgie à travers un dialogue ressassant, qui porte à son paroxysme la difficulté à dire et à être.
Avec sa pièce chorale « Juste la fin du monde » dans une mise en scène de Michel Raskine, il fait son entrée en 2008 au répertoire de la Comédie-Française.
Douze ans après l’avoir déjà créé, Jean-Charles Mouveaux revient à ce spectacle et fait entendre avec justesse et naturel, cette intranquillité du monde, si propre au dramaturge, et que focalise à travers le prisme familial, toutes ses incompréhensions, ses tensions, ses conflits, ses douleurs, ses replis, mais aussi sa force vitale et impulsive.
Une parole impossible
Après une longue absence, Louis, un jeune écrivain de 33 ans, revient en province auprès de sa famille pour annoncer sa mort prochaine. Mais le retour inespéré du fils ainé ne se passe pas comme prévu, plombé par une incommunicabilité trop lourdement ancrée et propice désormais aux rancœurs et aux rivalités non résolues.
Et Louis repartira donc sans avoir pu se livrer, « sans jamais avoir osé faire tout ce mal« , emportant avec lui son lourd secret.
Car très vite, les mots s’aiguisent et les malentendus s’accumulent. Entre confidences, remémoration et non-dits qui touchent au plus profond de l’être, l’écriture ténue de Lagarce toujours précise, ardente, violente, décortique les blessures et les frustrations de chacun qui tente maladroitement, vainement, de rattraper le temps perdu, cristallisant à jamais l’impossible rapprochement.
Des sentiments empêchés
Le verbe court de Lagarce qui procède par incises – les personnages reprenant sans cesse ce qu’ils viennent de dire en le modifiant – ce qui lui imprime une cadence fragmentée, nous suspend à ces échappées verbales révélatrices chez les personnages de leur fragilité et de leur mal-être, où dans un aller-retour émotionnel constant entre les protagonistes se répondent les grandes obsessions du dramaturge : l’abandon, le retour, la mémoire, la solitude, et la mort.
Dans un espace noir constitué de tables empilées dans un angle, dont certaines renversées, se déploie ce retour sur soi (celui de Louis) et les autres où les siens qui ne le comprennent pas, ne l’écoutent pas, nous renvoie à sa différence et à sa solitude extrême.
C’est cette errance et cette réminiscence observées du seul du point de vue du narrateur (Louis) que rend compte avec intensité cette proposition du metteur en scène.
Dans le rôle de Louis, Jean-Charles Mouveaux est magnifique. Il fait pleinement corps avec la langue de Lagarce et son urgence sensible aux infinies résonances, tandis que PhilippeCalvario porte toute la colère du monde dans le rôle du frère en mal de reconnaissance. Quant à Chantal Trichet (la mère), Jil Caplan, en alternance avec Esther Ebbo (Catherine, la belle soeur) et Vanessa Cailhol (Suzanne, la petite soeur), elles sont tout aussi convaincantes aux prises avec cette famille et ses sentiments empêchés.
Dates : du 26 avril au 30 juin 2018 l Lieu : Au Studio Hébertot (Paris) Metteur en scène : Jean-Charles Mouveaux
Nelson Mandela, une vie au service de la liberté, BD de Sankha Banerjee et Lewis Helfand, Editions 21g
Un destin hors du commun raconté dans la BD Nelson Mandela, une vie au service de la liberté aux éditions 21g
La figure de Nelson Mandela s’impose aux côtés de celles de Gandhi ou Martin Luther King dans l’imaginaire collectif. Emprisonné pendant 27 ans dans les prisons sud-africaines, Nelson Mandela en est sorti en survivant et en vainqueur pour devenir le président d’un pays divisé qu’il a porté à bout de bras pour éviter un bain de sang et privilégier l’unité par delà les cultures et les couleurs. La bande dessinée parue aux éditions 21g revient sur son existence pour une quantité invraisemblable d’éclaircissements et d’anecdotes qui révèlent le caractère unique et entier d’un homme hors du commun.
Une BD sans tambour ni trompettes
Tout l’intérêt de cette bande dessinée est de ne jamais en rajouter dans l’excès et le panégyrique. Aucun effet trompeur n’accompagne les bulles délicatement dessinées par Sankhar Banerjee qui se contentent de suivre le cours d’une existence depuis un petit village d’Afrique du Sud jusqu’à l’accession à la présidence d’un pays divisé. Le scénariste Lewis Helfand fait avant tout ressortir la volonté et la détermination d’un homme décidé à faire le bien et à combattre l’injustice d’un système ségrégationniste profondément injuste. Les bulles ont une portée documentaire pour ressasser les différents épisodes d’une vie dense et surtout unique. Lire chacune des pages permet de prendre conscience du combat que fut la vie de cet homme pour défier l’injustice par la voie de la non-violence et de la légalité. Beaucoup apprendront que le bon sens et l’intelligence permettent d’abattre des murailles, bien plus que la haine et le conflit. Le noir et blanc du dessin accentue les traits et les expressions des personnages pour une émotion décuplée. L’histoire se lit comme une odyssée du XXe siècle à découvrir aux éditions 21g dans une version restaurée à partir du 15 juin.
Nelson Mandela, une vie au service de la liberté est un incontournable de l’actualité de la bande dessinée pour mieux connaitre la vie d’un homme qui changea le cours de l’histoire et obtint le prix Nobel de la paix en 1993. Une BD à lire absolument.
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Né dans un village d’Afrique du Sud, Nelson Mandela grandit avec un rêve apparemment ordinaire: être libre de choisir son propre destin. Noir dans un pays contrôlé par les blancs et leurs lois racistes, ce simple rêve lui était refusé. Pendant des années, la minorité blanche d’Afrique du Sud imposa à la majorité noire un ensemble de lois et de règles injustes connues sous le nom d’Apartheid. Des millions d’hommes et de femmes se virent interdire certaines professions, certains services publics et des quartiers entiers uniquement en raison de la couleur de leur peau. Un homme se leva parmi les opprimés pour exiger la justice et la liberté pour tous, son nom: Nelson Mandela ! Découvrez la vie extraordinaire du dernier géant du XXe siècle, de sa naissance dans une famille de paysans pauvres en 1918 à sa mort en 2013 comme père de la nation Sud-Africaine en passant par ses années de lutte armée et sa reconnaissance mondiale comme prisonnier politique le plus connu de la planète.
Date de parution : le 14 juin 2018 Scénariste(s) : Lewis Helfand Dessinateur(s) : Sankha Banerjee Genre : Biopic Editeur : 21g Prix : 18 € (144 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue
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Zao Wou-Ki au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Une exposition à ne pas manquer avec Zao Wou-Ki, l’espace est silence au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Décédé en 2013, le peintre chinois Zao Wou-Ki a les honneurs du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris dans une exposition aussi évocatrice que lumineuse regroupant des toiles étalant sur toute la durée de sa longue carrière. De ses toiles colorées aux fortes résonances abstraites jusqu’à son noir et blanc final en passant par ces Natures aux dimensions gigantesques, tout l’art de Zao Wou-Ki s’étale à travers quarante oeuvres qui ne lassent pas de se regarder pendant de longues minutes. Un vrai moment d’éblouissement à découvrir jusqu’à janvier 2019.
Un peintre universel
Né en Chine en 1920 à Pékin dans une famille cultivée et ouverte sur le monde, Zao Wou-Ki n’a cessé de chercher l’inspiration hors de ses frontières, s’éloignant peu à peu de la culture chinoise avant d’y revenir. Naturalisé français en 1964, il marque par là son attachement à sa patrie d’adoption, lui qui a rencontré Henri Michaux et Varèse au cours de ses nombreuses pérégrinations entre l’Europe et les Etats-Unis. C’est d’ailleurs au premier que l’on doit la phrase phare de l’exposition, L’espace est silence. Car d’abord réduites à des proportions raisonnables, les toiles du peintre ont gagné en taille au fur et à mesure de sa carrière pour émettre un silence de plus en plus assourdissant. Il invite au voyage au coeur de toiles où le spectateur peut s’ébaudir à sa guise au gré des couleurs et des formes qu’il croit y percevoir. Une exposition consacrée à Zao Wou-Ki devient littéralement passionnante au fur et à mesure que les inspirations et les courants artistiques s’accumulent. Claude Monet est une inspiration qui se ressent profondément dans une oeuvre extrêmement vaste ainsi que Paul Klee ou Pierre Soulages. Si les premiers tableaux comprennent une facture très réaliste avec des portraits, des paysages et des natures mortes entre 1935 et 1949, l’abstraction prend une place de plus en plus grande à partir des années 1950, pour fluctuer vers l’abstraction lyrique dans les années 1960 avec également des encres de Chine et des calligraphies. Le parcours du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris s’enrichit également de vidéos pour admirer l’artiste à l’oeuvre avec des commentaires éclairants de proches sur son oeuvre. Des passages musicaux de Varèse s’écoutent en contemplant certains tableaux pour une expérience esthétique totale.
L’exposition L’espace est silence est un ravissement esthétique à découvrir au plus vite pour s’ouvrir à une oeuvre plurielle représentative des courants picturaux du XXe siècle. L’atiste chinois n’a cessé de creuser son oeuvre pour un résultat qui se contemple avec les yeux et les oreilles grands ouverts au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris.
Zao Wou-Ki au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris Zao Wou-Ki au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris Zao Wou-Ki au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris Zao Wou-Ki au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
La vieillesse intranquille selon Lars Norén à la Comédie-Française
Lars Norén est un des dramaturges suédois les plus radicaux de la seconde moitié du XXè siècle. Considéré comme le digne successeur de Strindberg ou Bergman, il ne cesse de creuser au cœur des angoisses existentielles et relationnelles pour en décortiquer les ressorts psychologiques et intimes.
Avec Poussière, c’est donc un écrivain contemporain majeur qui entre au répertoire de la Comédie-Française, s’inscrivant dans la tradition des auteurs écrivant pour la troupe.
Il s’agit d’un texte sans concession sur la vieillesse. Composé de brides de conversation dont la parole compulsive, impulsive, fragmentée, de chacun des personnages, permet de se soustraire à la fuite du temps et à une mort prochaine où à l’instar du corps épuisé, l’esprit divaguant échappe à toute morale, à tout principe, pour accepter tout simplement l’état présent et faire advenir une vérité.
Un chœur en roue libre
La pièce met en scène 11 personnes âgées, six hommes et cinq femmes, qui partent en vacances depuis plus de 30 ans au même hôtel, pendant une semaine, au soleil. Où face à la mer, donc face au public, et à la décrépitude des corps, la perte de mémoire, la sénilité ambiante, chacun assis sur des chaises de fortune, scrute l’instant présent au sein du groupe.
Et à l’abri d’obsessions récurrentes, de souvenirs enfouis, aux prises avec des vagues d’agressivité, de sursauts de lucidité, d’ironie ravageuse, de sentiments confus entre solitude, résignation ou révolte, ils se jaugent, s’affrontent et se provoquent.
Les mots se font alors les catalyseurs des humeurs, des peurs, des frustrations, des angoisses, des transgressions, du jeu de soumission et de domination des personnages.
L’écriture féroce et incisive de Lars Norén dévoile autant qu’elle ne dissimule. Elle cristallise par delà la perdition, les rapports tyranniques entre les protagonistes et leur intanquillité, propices à une introspection plurielle, rebelle, intime et en roue libre.
Pièce très noire mais non sans humour car si le texte révèle des parcours de vie avec son lot d’échecs, de chagrins, de destins et de désirs inaccomplis, il imprime aussi à travers cette dernière échappée, un acte de résistance à la fois décomplexé et transgressif face à la mort.
Dans sa mise en scène et un décor gris-bleu, berceau déjà d’une autre dimension, Lars Norén creuse cet embrasement méditatif et sensitif avec ses turbulences, ses débordements et ses ruptures qui lui permettent de fragmenter des espaces de perdition, d’introspection, où se créent alors un autre rapport au monde : sensible et onirique.
Dans une traversée aussi chorale que sensorielle, le jeu s’imprègne de la progression dramatique et déconstruite de la langue du dramaturge servi par des comédiens du Français aussi investis qu’habités, avec une mention particulière à Dominique Blanc, Anne Kessler, Didier Sandre et Hervé Pierre.
Alberto Giacometti The Final Portrait, film de Stanley Tucci, Copyright Bodega Films
La dure vie d’artiste dans Alberto Giacometti, The Final Portrait
Du visage d’Alberto Giacometti, le grand public ne connait que ces photos montrant un visage buriné surmonté de cette épaisse et sombre touffe de cheveux noirs. Si ses oeuvres ont fini depuis longtemps de s’imposer tout en haut sur le marché de l’art, peu connaissent son existence et son caractère de cochon mal luné. Le film Alberto Giacometti, the Final Portrait offre une plongée fascinante dans le quotidien haut en couleurs d’un artiste totalement dévoué à son art, sans compromis dans le déroulement de sa vie tant il lui semblait voir de l’inspiration partout. Geoffrey Rush campe magnifiquement l’artiste pour un film comme une plongée dans le monde artistique dans une belle mise en abime artistique.
Un artiste total
Dans un Paris fantasmé en 1964, Alberto Giacometti invite l’écrivain américain James Lord à se faire tirer le portrait. Si certaines rues du film ressemblent plus à celles de Londres qu’à celles de Paris, l’esprit bohème de la ville lumière est parfaitement restitué. La demeure du peintre et sculpteur italien ressemble à un fourre tout où les oeuvres en cours, terminées ou abandonnées prennent toute la place. La crasse côtoie les pinceaux et les tubes de peinture dans un dénuement trompeur. Car la côté de l’artiste est déjà au plus haut, l’argent afflue mais lui ne voit pas le confort ou le désordre de son intérieur, sa vision est celle d’un artiste placé bien au delà des contingences matérielles. Geoffrey Rush mélange italien, anglais et français pour s’adresser à son frère Diego, son épouse Annette et au pauvre modèle James Lord. Armie Hammer prête ses traits à celui qui doit indéfiniment reporter son retour à New York par la faute de l’artiste qui reprend incessamment son portrait, raturant et recouvrant de peinture le visage du modèle jour après jour. Le réalisateur Stanley Tucci habituellement surtout acteur se met en quatre pour faire ressentir l’exigence de Giacometti pour son oeuvre et pour lui-même, n’hésitant pas à détruire ses oeuvres par pure et souvent inexplicable insatisfaction. Le film donne l’impression d’être joué en live tant les expressions et l’agitation paraissent réelles et improvisées. Pourtant, et c’est tout l’intérêt du film, c’est surtout l’art des acteurs et du réalisateur qui concourent à ce captivant film qui s’offre comme une plongée sans filet dans l’esprit tourmenté de l’artiste. En perpétuelle quête de splendeur picturale, Giacometti essaye, sent qu’il se trompe, recommence, inlassablement et surtout bruyamment. Les interjections abondent comme des reflets déformants d’un esprit qui va trop vite pour le monde réel. Et face à lui Armie Hammer incarne le personnage qui doit se plier aux exigences du peintre, jusqu’à ressentir somatiquement les stigmates physiques de la tempête sous son crâne. Le film se vit comme un trip artistique plein d’exultation et de fureur, c’est proprement stupéfiant.
Alberto Giacometti, The Final Portrait est passé quelque peu inaperçu dans le paysage des critiques cinématographiques, et c’est bien dommage tant le film enivre le spectateur par ce voyage fantastique dans l’art du XXe siècle. Un film à découvrir au plus vite, s’il passe encore près de chez vous.
Paris, 1964, Alberto Giacometti, un des plus grands maîtres de l’art du XXème siècle, invite son ami, l’écrivain américain James Lord, à poser pour un portrait. Flatté et intrigué, James accepte. Cela ne devait prendre que quelques jours mais c’était sans compter sur le perfectionnisme et l’exigence du processus artistique de Giacometti…
Sortie : le 6 juin 2018 Durée : 1h34 Réalisateur : Stanley Tucci Avec : Geoffrey Rush, Armie Hammer, Tony Shalhoub Genre : Comédie dramatique, Biopic
Surf Sisters, un roman estival pour les ados (Albin Michel)
Michelle Dalton est une amoureuse de la lecture qui, depuis sa plus tendre enfance, rêve de devenir auteure. C’est chose faite pour l’ancienne reporter, qui publie son troisième roman en français sous ce pseudo. Après 15 ans et L’été de mes seize ans, les lecteurs de Michelle Dalton peuvent la retrouver avec Surf sisters.
Le premier amour
Surf sisters traite le sujet du premier amour sans le rendre surfait. Dès les premières pages, Michelle Dalton présente à ses lecteurs Izzy, une vraie passionnée de surf animée des meilleures intentions possibles. Attachante, un peu maladroite, dotée de beaucoup d’humour, Izzy est ce qui rend ce roman si léger. Quand elle rencontre Ben, elle découvre aussi les joies du premier amour. Sans chichis, l’auteure a su présenter une romance tout ce qu’il y a de plus agréable à lire, où Izzy et Ben apparaissent comme une évidence tant ils se complètent.
L’amour du surf
Ce qui rend Izzy si différente, c’est sa passion, qui rythme ses journées et sans laquelle elle ne se verrait pas vivre : le surf. Figures, compétitions… L’auteure ne perd pas son lecteur, au contraire, elle lui donne les clés pour comprendre les subtilités du surf et entrer complètement dans l’univers d’Izzy. La compétition de surf qui se joue sous les yeux du lecteur amène un suspense qu’il n’est pas courant de retrouver dans une romance de ce genre.
Girl power
L’aspect du roman qui prend le dessus sur tous les autres et le rend si unique est la relation qui unit Izzy et ses amies. Trois jeunes femmes amies aux caractères diamétralement opposées mais toujours présentes les unes pour les autres. Elles incarnent la définition même de l’amitié et chacune apporte au roman ses particularités ainsi qu’une bonne dose d’humour à chacun de leurs dialogues.
La fluidité de la plume de l’auteure permet au lecteur de se plonger entièrement dans l’histoire d’Izzy, d’être embarqué dans les intrigues du roman, des rêves plein la tête. Michelle Dalton offre à ses lecteurs une romance à lire les pieds dans le sable, mais pas seulement. Surf sisters est une histoire d’amitié, de famille, de sport, de passion fraîche et entraînante.
Page de l’éditeur :
Passionnée de surf, grande amoureuse de la mer, Izzy est heureuse à Pearl Beach, sur les côtes de Floride. De nature plutôt timide et solitaire, elle évite les fêtes qui animent la ville l’été et préfère se lever à l’aube pour affronter les vagues. Bien entourée par ses amis, qui travaillent avec elle dans un magasin de surf pendant l’été, Izzy est heureuse et ne manque de rien.
Tout bascule le jour où Ben entre dans la boutique. Il est en ville pour les vacances, et cherche à prendre quelques cours de surf… qu’Izzy se fera une joie de lui donner !
À partir de 13 ans.
Date de parution : le 30 mai 2018 Auteur : Michelle Dalton Editeur : Albin Michel Prix : 15 €
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Légende d’une vie, mise en scène de Caroline Rainette et Lennie Coindeaux, Lucernaire
Un grand numéro de comédiens dans Légende d’une vie au Lucernaire
Caroline Rainette et Lennie Coindeaux sont tous les deux sur scène pour multiplier de longues et fascinantes tirades qui tournent subtilement autour de la psychologie humaine, comme souvent chez Stefan Zweig. Cette adaptation d’un de ses nombreux ouvrages privilégie l’art des comédiens à l’esbroufe de la mise en scène combien même les interventions vocales de Patrick Poivre d’Arvor et d’Anne Detuyter ainsi que la projection d’un film ne manquent pas d’ajouter une profondeur supplémentaire à la prestation impressionnante des comédiens.
L’ombre omniprésente du père
Friedrich Franck (Lennie Coindeaux) est un jeune poète qui doit présenter en grandes pompes son premier poème lors d’une manifestation publique qui va réunir la fine fleur de la bourgeoisie viennoise. Organisé par la fidèle secrétaire Clarissa (Caroline Rainette), l’évènement doit permettre d’adouber publiquement un nouveau jeune talent plein de promesses. Mais Friedrich est tiraillé. Fils de l’immense poète et écrivain Karl Amadeus Franck, il doit tuer le père pour se réaliser et enfin exister par lui-même. La pièce au Lucernaire laisse une place immense aux comédiens pour des monologues représentatifs de l’art de Stefan Zweig pour scruter et révéler l’esprit humain. Entre admiration et répulsion, respect et hostilité, le jeune homme étale face au public attentif tout le spectre des émotions humaines que peut avoir un garçon pour son père décédé. Devenu un jeune adulte, il doit pourtant s’imposer pour ne pas se laisser écraser par l’image d’un homme tant vanté dans la biographie écrite par Clarissa sous les directives de la mère de Friedrich. Celui-ci est d’abord visiblement tourmenté, possédé par la passion de la jeunesse et perdu dans une équation où il lui semble manquer de certaines pièces importantes. Clarissa est complètement maitresse d’elle-même, assise derrière son bureau. La discussion initiale reprend une fois la présentation publique terminée. La jeune femme placide se laisser aller aux confessions, sous les effets de l’alcool conjugué au poids d’une culpabilité qu’elle ne parvient plus à réfréner. Friedrich écoute et prend conscience de la duplicité des choses et des mensonges soigneusement distillés dans la biographie de son père. Tout l’art de Stefan Zweig se révèle dans ce renversement final, le blanc est noir et le noir est blanc, les repères se brouillent et la réalité acceptée par tous devient une autre. Tel Oedipe, le jeune homme peut tuer le père et orienter sa vie comme bon lui semble.
L’adaptation théâtrale de Légende d’une vie rend justice au génie littéraire de Stefan Zweig avec une intrigue lourde de sens grâce à ses révélations inattendues et l’art des comédiens pour donner une épaisseur à leurs personnages. La pièce est à découvrir au Lucernaire jusqu’au 26 aout pour un vrai beau moment de psychologie humaine.
Dates : du 23 mai au 26 aout 2018, du mardi au samedi à 18h30, le dimanche à 15h Lieu : Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Caroline Rainette Avec : Patrick Poivre d’Arvor, Anne Deruyter, Caroline Rainette et Lennie Coindeaux
L’Entrée des Artistes fait son numéro au Théâtre des Mathurins
L’école de théâtre l’Entrée des Artistes dirigée par Olivier Belmondo a pignon sur rue, preuve en est avec l’audition annuelle proposée à un public nombreux le lundi 11 juin au Théâtre des Mathurins. 11 scènes glanées dans un large panorama de pièces de outes époques ont permis aux 8 élèves de la promos 2017 de montrer leurs capacités théâtrales dans des registres divers, de la comédie au drame, dans le répertoire classique comme dans un champ plus moderne.
Un spectacle comme un jalon
Les élèves de troisième année Myra Bitout, Lila Guennas, Charlotte Landoy, Medhi Léger, Michael Mahjoubi, Elisa Noyez, Julie Tatukila, Garance Teillet épaulés par le diplôme 2014 Thomas Khawam, le diplômé 2015 Maxime Martigane et l’élève de 2e année Gio Bernardin ont bravé le trac et la foule pour se glisser dans des rôles divers. Ross et Rachel dans la série Friends, la jeune héroïne énervée du film Divines de Houda Benyamina, Juliette sur le point de s’empoisonner volontairement dans la pièce de Shakespeare ou les héros quarantenaires de la pièce comique Le Prénom, les facettes ont été nombreuses et ont permis d’explorer des territoires disparates pour bien souligner bien le potentiel énorme de jeunes comédiennes et comédiens qui misent beaucoup sur les compétences de leur professeur Olivier Belmondo pour progresser et s’épanouir. Depuis 10 ans, la réputation de cette école de théâtre ne cesse de grandir et sa place dans les palmarès annuels gravit quelques marches chaque année pour valider sa stratégie pédagogique. Dans la salle, l’illustre Jean-Paul Belmondo vient gratifier la petite troupe de son rôle de parrain de l’école pour encourager des élèves jeunes, parfois empruntés mais toujours volontaires. Il faut du courage pour se lancer devant une salle scrutatrice, ils n’en manquent pas et tous savent déclamer leurs répliques sans erreur. Si quelques inévitables défauts de clarté soulignent le chemin qu’il reste à parcourir, le public n’a pas manqué de saluer leurs efforts et leur entrain. D’autres têtes bien connues se faisaient voir dans la salle, notamment Daniel Russo et Robert Hossein, montrant bien l’aura grandissante d’un cours de théâtre qui accouchera certainement de quelques têtes bien connues du petit et du grand écran à l’avenir. A noter la performance désopilante d’un Benjamin Guicheteau comique à souhait en Monsieur Loyal introduisant chaque prestation avec un humour qui le disputait parfaitement à un art consommé de l’auto dérision. Malgré la chaleur de la salle, le public a pu constater que la jeunesse a un potentiel énorme pour prendre sa place sur les scènes et les écrans de l’avenir!
La bonne humeur était de mise parmi la petite troupe enfin libérée du poids d’une terrible audition. L’Entrée des Artistes a validé la qualité de son enseignement quand les élèves des promotions antérieures ont bien montré le niveau final atteint. Si vous aussi vous souhaitez devenir comédien, n’hésitez pas à vous renseigner!
Dates : le 12 juin 2018 Lieu : Théâtre des Mathurins, L’Entrée des Artistes (Paris) Metteur en scène : Olivier Belmondo Avec : Myra Bitout, Lila Guennas, Charlotte Landoy, Mehdi Leger, Michael Mahjoubi, Elisa Noyez, Julie Tatukila, Garance Teillet, Thomas Khawam, Maxime Martigane, Gio Bernardin
Tout homme est une nuit, est sorti en livre audio (Audible)
Depuis 2014, tout le monde connaît Lydie Salvayre qui avait reçu cette année-là le Prix Goncourt avec Pas pleurer. Avec Tout homme est une nuit, l’auteur s’attaque à des thèmes très forts, universels : le français et l’étranger, l’amour et la haine, la banlieue oubliée, la campagne et la ville, la liberté, la peur et la suspicion, les rumeurs…
Annonce de la maladie
Anas est trentenaire. Suite à l’annonce de son cancer, il se sépare de sa compagne. D’après son psychiatre, la maladie lui a provoqué un tel choc qu’elle va lui permettre de se recentrer. Anas a le cœur lourd. Avec la maladie il a peur de devenir méchant. Grâce à elle, il réalise un de ses rêves : partir en Provence. Il décide de tout quitter pour aller se soigner dans le Sud.
L’étranger face au village
Il débarque dans un petit village de Provence, laissant tout derrière lui. Il loue une chambre et part à la découverte des environs. Il pense qu’il va finir sa vie ici. Car il est sûr que ce fichu cancer va l’emporter. Il fait le deuil de lui-même.
Alors qu’il pensait se ressourcer, il va découvrir un tout autre monde. Etant professeur de français, il décide d’écrire son journal. Mais il se retrouve dans une extrême solitude. Dans ce village, il existe un seul endroit où tous se retrouvent : Le Café des Sports. Mais très vite, Anas sent qu’il n’est pas le bienvenu.
Deux mondes opposés
Tout au long du livre, on suit parallèlement la vie du Café et celle d’Anas. Il est d’origine espagnole et on le traite d’arabe, de sale étranger. Au café, Dédé, Gérard, Emile et Marcellin parlent très vulgairement, souvent de sexe, et répandent de fausses rumeurs sur Anas. Ils sont pauvres de paroles, de concepts, une terrible pauvreté intellectuelle à l’opposé d’Anas. La voix du narrateur, l’étranger, alterne avec les habitués du Café des Sports. La tension monte tout au long du roman. Anas ne comprend pas mais il commence à avoir peur. Il se sent en insécurité. Et surtout il ne comprend pas cette hostilité à son égard. Une agressivité qui se transforme en haine.
La vie, un combat
Anas pensait trouver un réconfort dans le Sud. Il n’en est rien. Les villageois lui renvoient ses origines sociales et familiales. Celles qu’il voulait tant oublier. Du coup, son cancer passe au second plan. Il a peur. Il vit reclu, enfermé, pour se faire oublier. Mais quel est son délit ?
Avec Tout homme est une nuit, Lydie Salvayre nous livre une très bonne analyse des rapports humains et sociaux. Ce roman est d’autant plus touchant quand on sait qu’elle-même a souffert d’un cancer. Elle aborde ce sentiment de se découvrir mortel et l’envie de vivre mieux, le mieux possible. Le fait d’écouter ce livre, avec les différentes voix, interprétées par Lazare Herson-Macarel et Alain Granier, rend l’histoire encore plus vivante. Les différents accents du Midi ajoutent la touche de piment au livre !
Vraiment un bon livre à écouter et à méditer.
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[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR et INFOS »]
Tout homme est une nuit
Des hommes retournent sur d’autres la brutalité d’un ordre dont ils souffrent. Ils s’inventent à peu de frais de commodes ennemis. Certaines frayeurs en eux les agissent. Des questions vieilles comme le monde mais d’une brûlante actualité, auxquelles Lydie Salvayre donne ici forme littéraire.
Un roman, donc, et d’une causticité jubilatoire, où vont se faire face, d’une part : un solitaire, un lettré, un pas-tout-à-fait-pareil, un pas-tout-à-fait-conforme, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l’autre : les habitants d’un paisible village que l’arrivée de ce nouveau, de cet intrus, bouscule et profondément déconcerte. Très vite surgiront, entre l’un et les autres, l’incompréhension et la méfiance, puis les malentendus et les soupçons mauvais, puis les grandes peurs infondées et les violences que sourdement elles sécrètent. Puisque tout homme est une nuit.
La vie parfaite, notre gros coup de cœur (Liana Lévi)
Si Silvia Avallone est un auteur italien, son roman s’adresse à toutes les femmes du monde. La vie parfaite, des portraits poignants de femmes, écrit par une femme. Silvia est toute jeune (34 ans) et déjà d’une très grande maturité. Dès son premier livre, D’acier, elle remporte un succès incroyable. Cette fois-ci, elle reste toujours dans son registre avec La vie parfaite, où elle s’attache plus particulièrement à deux portraits de jeunes femmes, de milieux sociaux totalement différents.
Adèle, 17 ans, enceinte
Adèle est une jeune fille, amoureuse de Manu. Elle habite dans la banlieue pauvre de Bologne. Elle vit seule, modestement, voire très pauvrement, avec sa mère et sa jeune sœur. Très vite, elle se rend compte qu’elle est enceinte. Elle aime Manu. Elle veut le garder son enfant. Mais Manu s’enfuit. Incapable d’assumer ses responsabilités. Un faible, Manu. D’ailleurs tout dans sa vie prouve que c’est un loser. Mais un loser qui gagne beaucoup d’argent, quasiment du jour au lendemain. Argent facile.
Dans la vie lycéenne d’Adèle ; il y aussi Zeno. Aussi et surtout. C’est son voisin et c’est aussi le meilleur ami de Manu. Elle ne le connaît pas mais lui, oui. Cela fait des mois, des années, qu’il l’espionne par la fenêtre. Zeno est brillant au lycée. Mais sombre. Sa vie est triste, terriblement triste. Il a son secret.
Adèle, tout au long du livre, se pose des questions. Elle ne sait pas ce qu’elle doit faire. Quelle décision prendre et jusqu’à la fin du livre, elle nous tient en haleine. C’est terriblement stressant de la voir évoluer, seule, avec son « colocataire », au fil des jours, des semaines de grossesse.
Dora, 30 ans, mariée, sans enfant
Dora est mariée à Fabio. Dora n’est pas comme tout le monde. Elle est née avec une infirmité. Ils vivent dans un tout autre monde qu’Angèle. Ils ont un chouette appartement, dans un quartier chic de Bologne. Aucun problème matériel. Ils s’aiment. Leur gros problème est le suivant : Dora n’arrive pas à être enceinte. Elle a fait plusieurs FIV, mais sans résultat. Sa vie devient un enfer. Donc, celle de Fabio aussi. Jusqu’au jour où ils prennent la décision d’adopter. Pas facile à prendre cette décision. Fabio se sent mal, de plus en plus mal. Sera-t-il capable d’adopter un enfant de 8 ans, malade ou informe peut-être ou séropositif ? Dora veut être mère, c’est le sens de sa vie. Peu importe comment il sera, elle le veut.
Angèle et Dora
Ces jeunes femmes n’ont apparemment aucun point commun. Tout les sépare. L’auteur nous dévoile les secrets intimes de chacune ainsi que de leur entourage très proche, leurs forces et leurs faiblesses. Le centre de leur vie : la maternité, présente ou absente. Mais même absente, elle est tellement envahissante dans la vie de Dora, qu’elle lui pourrit la vie. De la même façon qu’Angèle se sent obsédée par sa maternité. Ca l’empêche de vivre.
Silvia Avallone aborde de deux façons différentes la maternité. Deux points de vue qui font mal. Qui font souffrir. Dans les entrailles. Et chaque femme rêve d’une vie parfaite. Elles vivent un présent dur, imparfait, inhumain et espèrent un futur meilleur, une vie parfaite.
Maternité et paternité
Publik’Art a été sous le charme de l’écriture de Silvia Avallone. Une écriture tranchante, vraie, sans détour. Le fait d’aborder ainsi la maternité sous deux angles opposés le rend encore plus proche de nous. La paternité n’a pas le bon rôle. Père absent, en prison, ou en cavale. Ou pas de père du tout. Heureusement Fabio relève le défi en acceptant d’être un père adoptif même s’il doute de ses capacités. Jusqu’à la fin, on ne sait pas ce que la vie va réserver à nos jeunes héros. A travers leur vie quotidienne qui est vraiment difficile, on s’attache à Angèle, et à Dora. Et à ceux qui gravitent autour d’elles. La vie parfaite est un livre qui se lit d’une traite, le souffle court. Une écriture poignante qui va nous marquer longtemps. Un vrai coup de cœur pour Publik’Art !
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Le matin de Pâques, Adele quitte le quartier Labriola et part accoucher, seule. Parce que l’avenir n’existe pas pour les jeunes nés comme elle du mauvais côté de la ville, parce qu’elle n’a que dix-huit ans et que le père est en prison, elle envisage d’abandonner son bébé. À une poignée de kilomètres, dans le centre de Bologne, le désir inassouvi d’enfant torture Dora jusqu’à l’obsession. Autour de ces deux femmes au seuil de choix cruciaux, gravitent les témoins de leur histoire. Et tous ces géants fragiles, ces losers magnifiques, cherchent un ailleurs, un lieu sûr, où l’on pourrait entrevoir la vie parfaite.
Avec un souffle prodigieux et une écriture incandescente, Silvia Avallone compose un roman poignant sur la maternité et la jeunesse italienne écartelée entre précarité et espoir.
Date de parution : le 5 avril 2018 Auteur : Silvia Avallone Editeur : Liana Levi Prix : 22 € (400 pages) Achetersur : Amazon