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Sortie du DVD/Blu Ray de Le Grand Jeu le 3 mai

Le Grand Jeu
Le Grand Jeu, film de Aaron Sorkin, Copyright SND

Sortie du DVD/Blu Ray de Le Grand Jeu le 3 mai

Après avoir été à l’origine des scénarios de films aussi réussis que The Social Network ou Steve JobsAaron Sorkin passe derrière la caméra pour une première réalisation qui reprend ses codes bien connus. Le style reste le même avec des longs palabres enflammés, des flash-backs nombreux et des disputes incessantes. L’intrigue est séduisante avec une Jessica Chastain dans la peau de Molly Bloom, athlète précoce et surdouée mais fauchée en plein vol pour devenir une organisatrice de parties de poker entre riches dilettantes, et flirter dangereusement avec la ligne rouge de l’illégalité. Si le pitch au cinéma annonçait bizarrement un nouveau Loup de Wall Street en version féminine, on est plus proche d’un manifeste féministe sur la résilience et la force de la volonté dans un monde d’hommes cruels et dévoyés.

Une biographie séduisante

Aaron Sorkin se base sur l’autobiographie de Molly Bloom pour en faire un film aux débits mitraillettes et aux rebondissements incessants. Jessica Chastain est quasiment dans chaque plan pour une course effrénée jusqu’à sa perte. Depuis une enfance passée auprès d’un père exigeant interprété par l’inoxydable Kevin Costner jusqu’à son procès retentissant en compagnie d’un avocat futé et retors campé par Idriss Elba en passant par l’évocation d’une vie orientée vers l’organisation de parties de poker nocturnes et palpitantes, le film n’arrête pas. Le réalisateur insiste bien sur le contexte familial et le génotype de winneuse invétérée de l’héroïne, jamais abattue par les difficultés et toujours revancharde. Si toutes les étapes de cette existence tumultueuse font monter en épingles les dangers encourus jusqu’à un passage à tabac en règle, rien n’arrête une héroïne jamais à court d’idées. Le film prend même le risque de perdre en route ceux qui ne se concentreront pas assez pour suivre les subtilités des joutes verbales. Ceux qui sauront au contraire s’accrocher se délecteront des passes d’armes entre Molly et son avocat pour un bel exemple de résilience tout azimut. La relation client/avocat fournit son lot de phrases truculentes et la relation fille/père se concentre sur un examen de conscience bien américain.

Le Grand Jeu offre de bons moments de spectacles avec ses scènes de poker grandiloquentes et des rebondissements hollywoodiens. Le film est à découvrir en DVD/Blu Ray le 3 mai prochain.

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Le Grand Jeu
Le Grand Jeu

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Sortie DVD : le 3 mai 2018
Durée : 01h39
Réalisateur : Aaron Sorkin
Avec :  Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner
Genre : voir fiche allociné
Prix : 19,99 € (DVD)
Acheter : sur Amazon

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C’est tout pour moi, ou le film qui révèle Nawell Madani, sort en DVD/BluRay

Un film à l’image de son interprète, Nawell Madani : électrique, généreux & drôle.

C’est tout pour moi, la comédie pimpante de Nawell Madani. Disponible en Blu-Ray, DVD & VOD.

A l’image de Kheiron, ancien trublion du format court culte Bref, qui est passé avec succès par la case ciné avec le très bon feel-good movie autobiographique, Nous trois ou rien, Nawell Madani, véritable pile électrique venue tout droit de Bruxelles, décide de s’inspirer de son destin afin de pouvoir tracer son chemin sur grand écran. Si, comme Kheiron, le thème de l’émancipation en sortant de la banlieue est partagé, cela s’arrête là pour Nawell. Point de défi géopolitique et transhumance orientale. Ici, elle est Lila, et comme souvent dans ce milieu, elle devra se faire son trou par elle-même. Premier obstacle et véritable fil rouge du récit : le machisme. En Air Max ou gominé dans les couloirs du stand où elle tente de faire son trou, il est partout, même sous les traits paternels, mêlé à de la bienveillance. Mais, Lila veut la lumière, et elle l’aura !

Une bouffée d’air frais et d’humour pétillant.

Lila est un bonbon acidulé, et ce depuis son enfance modeste. Rutilante et roulant des mécaniques mêlant déhanchés foudroyants lors de cours de hip-hop défendus, et art de la répartie pour défendre son espace de liberté et d’expression. Très vite, sa banlieue belge devient trop étroite pour sa personnalité hors-norme. Direction Paris et ses lumières. De péripéties rocambolesques hilarantes au maniement d’une autodérision bienvenue, Lila va tenter de faire son trou dans le monde corseté du spectacle via le très à la mode stand up.

Nawell Madani ne veut surtout pas faire de C’est tout pour moi un film simplet, ersatz de Cendrillon du ghetto. Bien au contraire, le message de la lutte et de la positivité y apparait régulièrement, le tout éloigné de toute sensiblerie par l’utilisation d’un humour souvent très corrosif. Dans ce contexte, impossible de ne pas fondre devant son interprète principale à qui on prédit un long avenir dans la comédie française actuelle.

La sortie de C’est tout pour moi en Blu-Ray, DVD et VOD vous propose de découvrir une personnalité attachante et particulièrement drôle, l’une des reines du stand up français qui à fait son trou au Jamel Comedy club, j’ai nommé Nawell Madani. Un feel good movie à l’humour décomplexé et résolument positif.

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Depuis toute petite, Lila veut devenir danseuse, n’en déplaise à son père.
Elle débarque à Paris pour réaliser son rêve…
Mais de galères en désillusions, elle découvre la réalité d’un monde qui n’est pas prêt à lui ouvrir ses portes.
A force d’y croire, Lila se lance dans une carrière d’humoriste.
Elle n’a plus qu’une idée en tête : voir son nom en haut de l’affiche, et surtout retrouver la fierté de son père.

Sortie DVD : le 4 avril 2018
Durée : 1h43
Réalisateur : Nawell Madani & Ludovic Colbeau
Avec : Nawell Madani, François Berléand, Leyla Doriane, Olivier Barthélémy, Mimoun Benabderrahmane
Genre : Comédie
Prix : à partir de 14,99 € (DVD)
Acheter : sur fnac.com

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https://www.youtube.com/watch?v=kOnpvZtFUew

Nous, les intranquilles, un documentaire original sur un monde trop souvent ignoré

Nous, les intranquilles
Nous, les intranquilles, documentaire de Nicolas Contant

Nous, les intranquilles, un documentaire original sur un monde trop souvent ignoré

Le documentaire Nous, les intranquilles met le focus sur le centre d’accueil psychothérapeutique Artaud situé à Reims et ceux qui y vivent. L’institution a mis en place une groupe cinéma où ses participants peuvent mettre en scène leur vision de leurs pathologies. Là où beaucoup y mettent des étiquettes, eux racontent leur quotidien et surtout leur propre représentation d’eux mêmes pour illustrer une existence hors des sentiers habituels et du monde normé qui est le notre. Car loin de se considérer simplement comme malades, ils habitent un univers différent, tentant et divergent, mais loin d’être dénué d’intérêt.

Un documentaire pragmatique

Le réalisateur Nicolas Contant commence à brosser un cadre, une intention, c’est ensuite aux différents participants de créer la suite. Le documentaire montre le Centre, ses patients pour ensuite s’évader dans des visions individuelles. Le collectif prend la suite et chaque protagoniste met en scène une image humaine de la folie, celle qu’ils connaissent si intimement que son évocation laisse rêveur, donnant des pistes pour ceux qui ne la vivent pas. Chaque participant met en abime les idées reçues de ceux qui se font une idée fausse de leurs existences. Ni exotiques ni dangereux, ils donnent une dimension artistique à leur univers. La souffrance existe, l’incapacité à supporter une vie qui pèse également si lourd qu’un traitement et un suivi semblent nécessaires. Mais le réalisateur offre une libellé totale pour abroger les barrières et les hiérarchies. Les intranquilles peuvent exprimer leur force intérieure et ouvrir une lucarne sur des réalités que beaucoup ignorent, que d’autres refusent mais qui existent, avec une vraie originalité et un potentiel d’apprentissage énorme pour tous ceux qui les méconnaissent.

Nous, les intranquilles est un vrai concept cinématographique plein de charme pour mieux connaitre ceux qui ne s’insèrent pas dans notre société si normée et peut être bien trop limitée pour des personnalités différentes.

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Nous, les intranquilles
Nous, les intranquilles

Nous, les intranquilles commence au centre d’accueil psychothérapeutique Artaud. Le groupe cinéma du centre raconte la maladie, la thérapie, leur rapport au monde. Après un premier geste documentaire, le film devient participatif et met en scène son élaboration en collectif. Les personnages cherchent à donner une image humaine de la folie. Ils s’amusent des idées reçues pour mieux les subvertir. En s’emparant ensemble du projet artistique, ils montrent qu’un autre monde est possible.

Sortie : le 2 mai 2018
Durée : 1h2
Réalisateur : Nicolas Contant
Avec : NA
Genre : Documentaire

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Nous sommes l’humanité, un documentaire vivifiant à découvrir le 2 mai au cinéma

Nous sommes l’humanité, documentaire de Alexandre Dereims, Copyright Première Nouvelle

Nous sommes l’humanité, un documentaire vivifiant à découvrir le 2 mai au cinéma

Alexandrea Dereims propose un documentaire en immersion totale chez les Jarawas, peuple sédentaire aux pratiques ancestrales et totalement extérieures à notre société moderne. Refusant depuis toujours d’être filmés, ils s’ouvrent enfin pour un témoignage qui laisse pantois. S’ils vivent en autarcie depuis toujours avec des rites et des pratiques qui n’ont presque pas évolué, leur sérénité est mise en danger par le monde extérieur qui tend à favoriser de plus en plus le contact au risque de les faire disparaitre.

Une plongée en terre inconnue

Les Jarawas sont un des derniers peuples afro-asiatiques des îles Andamans en Inde. Le réalisateur les a suivis à doses comptées, une équipe de 3 personnes les a rencontrés une fois par an pendant 4 ans. Ces îles se situent dans l’océan Indien et sont rattachées au territoire des îles Andaman-et-Nicobar. L’archipel compte 204 îles (dont 38 sont habitées), situées entre le golfe du Bengale et la mer d’Andaman, à environ 200 km au sud de la Birmanie. 314 239 habitants indiens y vivent, parmi lesquels se trouvent les derniers peuples afro-asiatiques du monde dont 400 Jarawas seulement. Adultes et enfants sont filmés avec une absence totale d’interventions extérieures. La parole leur est donné pour des réponses pleines d’innocence et de candeur. Les hommes pêchent, chassent et s’occupent des enfants. Le regard posé par l’équipe de tournage est pleine de tendresse. L’objectif est tout autant de se confronter à l’existence de peuplades restées à l’état primitif que d’alerter sur les risques qu’ils encourent, dont l’empoisonnement par l’alcool et finalement leur disparition. Leurs territoires font l’objet de convoitises qui poussent des individus peu scrupuleux à les éliminer. Le documentaire est également une mise en garde qui se contemple comme une odyssée aux premiers temps de l’humanité.

Nous sommes l’humanité pose la question de notre mode de vie et de l’individualisme forcené qui sépare les êtres. Les Jarawas n’ont pas ce genre de problèmes et cette incursion dans leur microcosme nous renvoie à notre propre image.

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Nous sommes l'humanité
Nous sommes l’humanité

Quelque part sur notre planète, il existence un endroit caché qui est resté isolé du reste du monde jusqu’à aujourd’hui. Le dernier paradis encore intact où les premiers humains vivent toujours au commencement de l’humanité. Ils s’appellent les Jarawas. Ils vivent sur les îles Andamans, en Inde. Ils ne sont plus que 400. Aujourd’hui, notre monde est sur le point de les faire disparaître.
Les Jarawas n’ont jamais accepté d’être filmés, il nous ont ouvert les portes de leur monde oublié.
NOUS SOMMES L’HUMANITÉ est leur unique témoignage.

Sortie : le 2 mai 2018
Durée : 1h30
Réalisateur : Alexandre Dereims
Avec : NA
Genre : Document

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Madame Einstein, une femme d’exception sortie de l’ombre (Presses de la Cité)

Marie Benedict

Madame Einstein, une femme d’exception sortie de l’ombre (Presses de la Cité)

Marie Benedict nous révèle la vie de Mileva Marić qui devint Madame Einstein.

Histoire peu commune

Cette jeune fille a été très poussée par son père, et ce dès son plus jeune âge. Il a su déceler en elle des qualités scientifiques hors du commun. Mileva est née avec une malformation congénitale de la hanche, du coup, son père a développé ses remarquables qualités intellectuelles. A 7 ans, elle était capable d’expliquer la multiplication aux élèves, sous les yeux ébahis de ses professeurs. Mais du coup, elle a été malmenée par les enfants. Et sa jeunesse se passa dans sa famille, toujours en train d’étudier.

Brillantes études

En 1896, elle quitta sa Serbie, admise à l’Institut Polytechnique de Zurich. Une des rares jeunes filles à pouvoir suivre ces cours scientifiques de haut vol ! Elle habita dans une pension où elle fit la connaissance de jeunes filles avec qui elle resta très liée. C’est à l’Institut qu’elle rencontra Albert Einstein qui était un élève complètement bohême. Très vite Albert tomba amoureux de Mileva. Ils travaillèrent ensemble. Mileva suivait les cours de l’Institut pendant qu’Albert faisait ses recherches de son côté. Et ensuite, ils travaillaient ensemble sur leurs recherches respectives. La famille Einstein, surtout la mère, rejeta Mileva, très violemment. Quant à celle de Mileva, ils avaient peur qu’Albert ne soit pas en mesure de se marier, n’ayant pas de situation. Rien n’est donc facile pour Mileva. Elle hésite longuement avant de rejoindre Albert à Côme pour quelques jours. Quelques jours qui vont complètement déterminer son avenir…

Vie personnelle cauchemardesque

A travers ce livre qui est un roman, et non une biographie, l’auteur nous fait découvrir cette femme qui est restée dans l’ombre toute sa vie. Il semblerait qu’elle ait très largement contribué aux découvertes d’Einstein qui ne l’a jamais dévoilée. Il aurait « utilisé » sa femme à des fins scientifiques mais sans jamais la citer. C’était une excellente mathématicienne. Avec Madame Einstein, le lecteur découvre une face cachée du génie, et surtout une face malhonnête et méchante. Dans sa vie privée, Albert Einstein s’est comporté comme un monstre. Et sa pauvre femme a dû subir des situations intolérables, à cause de lui. Et ce, durant toute sa vie.

Le livre est très bien écrit et se dévore à toute vitesse. Il nous plonge au tout début du XX siècle, dans une Europe mouvementée. A une époque où il ne faisait pas bon naître femme. Et encore moins intellectuelle. Marie Benedict s’est largement documentée pour écrire ce roman et nous dévoiler un maximum de détails vrais sur la vie de Mileva Marić. C’est en quelque sorte un très bel hommage rendu à cette jeune femme brillante et jamais reconnue officiellement.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

L’autre génie Zurich, 1886. Mileva Marić quitte sa Serbie natale et décide de braver la misogynie de l’époque pour vivre sa passion de la science. À l’Institut polytechnique, cette étrangère affublée d’une jambe boiteuse, seule femme de sa promotion, est méprisée par tous ses camarades. Tous, sauf un étudiant juif farfelu, aux cheveux ébouriffés, stigmatisé par sa religion. C’est Albert Einstein. Les deux parias tombent aussitôt amoureux. Et élaborent ensemble leur pensée scientifique. Mais y a-t-il de la place pour deux génies dans un même couple ? De drames domestiques en humiliations conjugales, Mileva apprend la dure réalité du mariage, passé les premières ferveurs de l’amour. Dans un récit à la première personne aux poignants accents de vérité, Marie Benedict rend hommage à l’une des femmes les plus bafouées de l’histoire du xxe siècle, dont la contribution à la théorie de la relativité a donné lieu à un virulent débat, et brosse un portrait nuancé – mais toujours documenté – de celui qui reçut à lui seul tous les honneurs.

Date de parution : le 8 février 2018
Auteur : Marie Benedict
Editeur : Presses de la Cité
Prix : 20,50€ € (336 pages)

Humour belge pour deux duos english dans Le Monte-Plats au Lucernaire

Le Monte-Plats
Le Monte-Plats, mise en scène de Etienne Launay, Le Lucernaire

Humour belge pour deux duos english dans Le Monte-Plats au Lucernaire

Le Lucernaire fait fort en ne proposant pas un duo mais deux duos sur une scène coupée en deux. A ma gauche se trouvent Ben et Gus, deux truands à la petite semaine. A ma droite se trouvent Ben et Gus, deux truands à la petite semaine. Chaque duo se connait sans vraiment se connaitre, se supporte plus qu’il ne s’apprécie. Le bruit incessant d’un monte-plats les sort de leur torpeur mais fait également monter la pression. Quand arrivera enfin leur ordre de mission? Les échanges autant que leur job se rapprochent d’un théâtre de l’absurde à la lisière de l’humour belge pour des rires jaunes et des situations grotesques.

Des duos en miroir

Ben et Gus sont interprétés deux fois par des comédiens disposés de chaque côté de la scène. Chaque duo se compose de Ben, malfrat mauvais et atrabilaire et de Gus, personnage ahuri, presque simplet. Les échanges se font sur le mode non-sense à la sauce belge. Aucun sujet sérieux n’est vraiment abordé, l’objectif est d’occuper le temps entre un lit de camp et un tabouret. Situés dans un sous-sol lugubre, Ben et Gus attendent, le premier est fataliste, le second impatient. Entre eux deux s’intercale le bruit mécanique d’un monte-plats. Croyant y trouver à chaque fois un descriptif de leur objectif, ils n’y décèlent finalement qu’un liste de plats à préparer. Ils sont cloitrés, sans vivres ni ingrédients mais ils doivent préparer des plats. C’est toute l’absurdité de notre société qui est exposée dans une pièce en totale incohérence. L’intérêt principal de la mise en scène d’Etienne Launay au Lucernaire consiste en ce dédoublement de la réalité. Quand le Gus de gauche sort de scène, le Gus de droite peut y entrer dans un miroir non déformant. Pas de nuances entre les deux couples, juste d’inévitables différences physiques. Avec toujours ce bruit strident du monte-plats qui commence à les rendre dingues. Le public craint une esclandre, une altercation entre les deux personnages prisonniers de leur sous-sol et sans aucune visibilité sur leur avenir. Jusqu’à l’ordre final, tragique, finalement prévisible.

Un humour presque belge 

Pendant la majeure partie de la pièce, les échanges entre les protagonistes ressemblent à ceux d’une comédie belge. Le premier pose une question, le second n’y répond qu’à contre-coeur et la conversation dévie sur des considérations qui en disent plus sur les caractères que sur les opinions. La pièce a beau se dérouler en Angleterre, patrie d’un Harold Pinter habitué du Lucernaire après le récent Trahisons, tout laisse penser à une intrigue située dans les sous-sols de Bruxelles. Le jeu de miroirs densifie une intrigue quelque peu simpliste et directe qui aurait pu s’épaissir avec des différences plus notables entre les duos, aussi bien pour leurs rapports que leurs caractères. L’heure de spectacle se déroule dans une ambiance de fin du monde, sans joie ni surprises, un peu comme chez un Beckett sous Prozac. L’image renvoyée de notre monde n’est que pessimisme et léthargie, difficile de trouver la lumière dans un sous sol sombre et obscur.

Le Monte-Plats au Lucernaire se joue jusqu’au 20 mai pour un moment d’humour noir mâtiné de rivalité cruelle.

Dates :  du 28 mars au 20 mai 2018, à 18h30 du mardi au samedi, 15h le dimanche
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Etienne Launay
Avec : Benjamin Kühn, Simon Larvaron,Bob Levasseur, Mathias Minne

3 frères à la croisée des chemins dans Dépendances au Studio Hébertot

Dépendances
Dépendances, mise en scène de Charif Ghattas, Studio Hébertot

3 frères à la croisée des chemins dans Dépendances au Studio Hébertot

Dépendances voit deux comédiens occuper la scène du Studio Hébertot une heure et demie durant avec une tension croissante. Ils sont Henri et Tobias et l’amabilité n’est pas leur fort. Une malle entière de discordes semble les séparer tandis qu’ils attendent leur 3e frère Carl dans l’appartement familial délabré pour discuter d’une affaire de succession. Tout les oppose et ils vont mettre à profit l’attente pour discuter et sortir chacun de leurs coquilles, presque involontairement mais inévitablement.

L’accouchement des sentiments 

Charif Gattas est un auteur libanais à la cote montante dans le landerneau parisien. Ses pièces sont de plus en plus adaptées au théâtre pour des moments de psychologie mêlés de silences lourds de sens et de révélations inattendues. Dépendances ne coupe pas à la règle. Dès leurs retrouvailles, aucun des deux frères ne semble heureux de se retrouver là. Henri (Thibault de Montalembert) doit repartir en avion le soir même et Tobias (Francis Lombrail) doit rapidement retourner sur un chantier. Le rendez-vous a été fixé à 14h avec leur frère Carl et aucun d’eux ne semble vouloir s’éterniser. La scène ne contient qu’une table formée de tréteaux et accompagnée de chaises, ils se sont retrouvés dans  l’appartement familial déserté et en sérieux besoin de rafraichissement. L’heure passe, leur frère se fait attendre et alors que les deux personnages occupent le temps et l’espace, les discussions cessent d’être générales pour se focaliser sur leurs caractères respectifs, leurs tempéraments différents et leurs souvenirs communs. L’auteur a bien appris son Samuel Beckett en brouillant les pistes pour mieux dévoiler la vérité de cette famille dysfonctionnelle blessée par la vie. La sensibilité de l’un et la force de l’autre finissent par se confondre en abolissant les différences. L’atmosphère irrespirable de ce huit clos étouffant prend les spectateurs aux tripes en révélant une tendance bien humaine, faite de timidité, de peur et de pudeur, de se protéger contre autrui de peur d’être blessé alors que le retrait lui-même blesse l’autre. Comment se positionner pour éviter les malentendus et les désaccords? Les deux comédiens jouent de leur naturel pour faire presque oublier qu’ils sont sur une scène, rappelant à chacun de possibles tourments familiaux qui ne laissent personne indifférents et ne guérissent jamais vraiment.

Dépendances se joue jusqu’au 29 avril au Studio Hébertot pour une courte période de représentations. Il faut vite réserver une place pour ne pas laisser passer le train de la fêlure familiale, habilement jouée par deux comédiens au diapason.

Dates :  du 18 au 29 avril 2018, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 17h

Lieu : Studio Hébertot (Paris)
Metteur en scène : Charif Ghattas
Avec : Francis Lombrail et ‎Thibault de Montalembert

La dernière photo, ou auto-portrait de Franck Courtès (JC Lattès)

Franck Courtés

La dernière photo, ou auto-portrait de Franck Courtès (JC Lattès)

Franck Courtès est un photographe connu et reconnu. Enfin, était. Car depuis peu, il a arrêté ce métier de photographe qu’il a adoré. Autant qu’on peut aimer une femme, dit-il.

Une véritable passion

Franck Courtès n’est pas un photographe comme les autres. Déjà son parcours atypique. A l’école, ses deux ans d’avance ne lui servent à rien. Toujours en décalage avec les autres et surtout l’école n’arrive pas à l’intéresser un tant soit peu. Il décroche vite. Avec juste un CAP en poche, le voilà déjà engagé à Libération pour ses premières photos. Avec son appareil en bandoulière, il se sent un autre homme. Enfin une personne à part entière. Et en plus, il a un don, très vite reconnu. Il travaille également pour les Inrockuptibles, puis Télérama… Il est aussi envoyé au Festival de Cannes. (P.94)

Des portraits, encore et toujours…

Mais là encore toutes ces paillettes, ce n’est pas son truc… Un jour, il doit faire le portrait de Jean-Pierre Jeunet. Ce dernier lui a demandé de l’attendre deux heures. Sans un mot d’excuse… depuis, c’est le réalisateur qui attend toujours son photographe !

Une autre fois, c’est la ministre de la Culture de l’époque, Catherine Tasca, qui doit être photographiée pour le magazine Libération. Franck Courtès lui demande gentiment de se mettre à côté de la fenêtre pour obtenir la plus belle lumière, elle refuse et le traite avec un tel mépris qu’il refuse de la photographier et s’en va en claquant la porte… (P.100)

Il a tellement bien photographié JM Le Pen qu’il avait l’air trop sympa !

Franck Courtès n’a pas la langue dans sa poche. Il fait son métier par passion et oublie que c’est aussi son gagne-pain… Pour lui, l’important est de se sentir libre. Libre de réaliser ce qu’il veut quand il veut. Et de travailler ensemble avec les personnes, plus ou moins célèbres, dont il doit faire le portrait. Sans cette connivence, pas de photo !

Le globe trotter

Il a photographié sur tous les continents, des personnalités du monde entier, et de tous les milieux. Et puis, un beau jour, une goutte a fait déborder le vase…. Son amour de la photographie s’est transformée en une boule au ventre, en une peur de non-recevoir…

Publik’Art ne vous racontera pas tout, mais cette fameuse goutte l’a dégoûté de son métier de photographe. Et c’est ainsi que, après une Dernière photoFranck Courtès s’est tourné vers la littérature. Il a réussi à développer ce don qui lui correspond totalement, et en profondeur ! Une belle philosophie de vie !

Extraits

Je n’avais pas toujours besoin de lire un auteur pour savoir de lui l’essentiel. Souvent l’œuvre venait après coup confirmer ce que j’avais ressenti dans l’instant partagé de la prise de vue. P.111

J’excellais à ne pas déranger, à me faire oublier. On me complimenta une fois : « Tu sais te rendre invisible . « Triste qualité que celle de ne pas exister ». P.221

Les Joey Starr étaient légion, la société en produisait par escadrilles entières à chaque nouvelle émission de télé. P.254

[…] je réponds que je suis aussi riche que lui, mais que je dépense tout pour une liberté que je ne troquerais contre rien au monde. Je ne subis pas mes heures de travail, je me les paye. P.284

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

« La photographie était ma raison d’être. J’étais photographe. J’ai été extrêmement photographe, passionnément photographe, hanté par la photographie.

Mon amour immodéré s’est mué en une haine qui n’a d’égale que celle d’un amant trahi. »

Franck Courtès fut photographe pendant vingt-six ans. Vingt-six années de passion, de voyages autour du monde et de rencontres, qui ont permis à celui qui fut un élève timide et rétif à l’autorité de tutoyer les plus grands. Arletty, Jean-Pierre Léaud, Jacques Demy, Iggy Pop, Michel Polnareff, Joey Starr, Karim Benzema, Jacques Derrida, Pierre Bérégovoy, Patrick Modiano : telles sont quelques-unes des personnalités que l’on croise au gré de ce récit foisonnant d’anecdotes, où Franck Courtès relate ces années au cours desquelles il s’est fait un nom.

En 2011, pourtant, il a remisé ses appareils, ses pellicules et ses archives, et renoncé définitivement à être photographe. Le dégoût du star-system, les exigences de plus en plus délirantes des célébrités comme des patrons de presse, les fins mercantiles des portraits de presse et l’avènement du tout-numérique ont eu raison de sa foi. Dans ce métier, il a bien failli se perdre lui-même ; en choisissant la voie de l’écriture, il s’est retrouvé.

La dernière photo est le récit de cette passion, de ce désamour et de cette renaissance.

Date de parution : le 11 avril 2018
Auteur : Franck Courtés
Editeur : JC Lattès
Prix : 19 € (352 pages)
Acheter sur : ICI

Escobar, la démesure folle d’un magnat de la drogue

Escobar
Escobar, film de Fernando León de Aranoa, Copyright Filmax

Escobar, la démesure folle d’un magnat de la drogue

Pablo Emilio Escobar Gaviria ne cesse d’inspirer les scénaristes et les réalisateurs depuis quelques années. En devenant l’homme le plus riche du monde grâce aux revenus de la drogue au début des années 80 avant de basculer dans la folie meurtrière jusqu’à ensanglanter la Colombie toute entière, il a tout simplement accédé au statut de mythe contemporain. Plus riche que les fortunes héréditaires, plus puissant que le gouvernement colombien, plus implacable que les tueurs les plus cruels, il a tout gagné avant de tout perdre. Tel Icare, il a touché le soleil du doigt avant de disparaitre dans le sang. Fernando León de Aranoa en livre une version ultra violente portée par des acteurs au diapason, Javier Bardem en tête. Le film détrône-t-elle pour autant la série Narcos? Pas certain.

Une version plus qu’honnête sans être la meilleure

Wagner Moura dans Narcos et Benicio del Toro dans Paradise Lost ont mis la barre très haute, jusqu’à questionner sur la légitimité d’une version de plus. Sauf que Javier Bardem a le côté charmeur du premier et animal du second, avec son regard de bel hidalgo à la fois séducteur et dangereux. Il est le point fort d’un film moins détaillé que la série et moins sauvage que le second, au milieu des deux, avec pourtant quelques scènes à la limite du supportable tant le réalisateur choisit d’appuyer sur la bestialité d’un criminel sans pitié. Son ascension est ici assez rapide, surtout comparé au temps que se donne la série pour développer son histoire. Et la chute est elle aussi rapide. Son idylle avec la présentatrice télé interprétée par l’épouse de l’acteur à la ville Pénélope Cruz apporte une touche de sensibilité sans pour autant représenter le noeud du film. Elle se questionne, s’extasie puis se liquéfie de crainte. Elle est surtout la narratrice de l’histoire, la témoin privilégiée, le trophée remporté par le matador pour imposer sa stature. Les agents de la DEA ont ici un rôle presque anecdotique, Peter Sarsgaard apporte son flegme habituel mais n’intervient presque jamais sur le terrain, car le terrain est marqué par la lutte entre les trafiquants rivaux et les militaires.

Un problème principal: la langue

La série Narcos avait le bon gout de faire parler chaque protagoniste avec sa langue natale. Voir ici Escobar parler avec ses enfants en anglais, même avec un accent espagnol à couper au couteau, fait presque sortir du film. Pourquoi ne pas conserver le très bon principe instauré par la série et que d’autres films comme Silence auraient gagné à adopter? Escobar est colombien, en Colombie on parle espagnol, c’est simple, basique, crédible. Le film élude également quelques morceaux de bravoure de la carrière du narcotrafiquant, tel la prise du palais de justice de Bogota en 1985 ou l’expression autant célébrissime que véridique Plata o Plomo qui a fait les beaux jours de la série. Le film est efficace est retrace une histoire rentrée dans la légende collective. Même amoindri par le malencontreux choix de l’anglais, le film reste efficace et se regarde grâce à la prestation habitée de Javier Bardem au diapason et habitué du réalisateur avec cette 3e collaboration. Le film est tourné en milieu naturel, dans les lieux historiques notamment à Medellin pour un réalisme exacerbé.

Escobar n’apprendra rien de plus aux fans de Narcos mais offre une interprétation totale à Javier Bardem en baron de la drogue cruel et sans limites. Pas vraiment un film promu par l’Office du tourisme colombien à voir la tonne de chaire humaine fraiche distribuée tout au long de l’action.

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Escobar
Escobar

Impitoyable et cruel chef du cartel de Medellin, Pablo Escobar est le criminel le plus riche de l’Histoire avec une fortune de plus de 30 milliards de dollars. « L’empereur de la cocaïne » met la Colombie à feu et à sang dans les années 80 en introduisant un niveau de violence sans précédent dans le commerce de la drogue.
Fascinée par son charisme et son pouvoir, la très célèbre journaliste Virginia Vallejo, va s’apercevoir qu’on ne s’approche pas de l’homme le plus dangereux du monde impunément…

Sortie : le 18 avril 2018
Durée : 2h03
Réalisateur : Fernando León de Aranoa
Avec : Javier Bardem, Penélope Cruz, Peter Sarsgaard
Genre : Drame, Biopic, Policier

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Les joies d’en bas, tout sur le sexe féminin (Actes Sud)

Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl

Les joies d’en bas, tout sur le sexe féminin (Actes Sud)

Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl ont écrit un livre entièrement focalisé sur le sexe de la femme, Les joies d’en bas. Plus de 400 pages uniquement sur le sexe de Madame ! De la même façon que Giulia Enders avait écrit : Le charme discret de l’intestin, ces deux jeunes femmes, encore étudiantes en médecine, nous révèlent tout sur le sexe de la femme, sa sexualité, et tout ce qui en découle. Sans tabou, sans vulgarité, tous les sujets y sont abordés.

Une mine de renseignements

Ce livre, Les joies d’en bas, est à mettre en toutes les mains. Si les auteurs s’adressent plus particulièrement aux femmes, c’est pour qu’elles puissent entièrement s’identifier aux descriptions qui y sont faites. Mais il est indispensable qu’il soit lu par les hommes ! Quel que soit votre âge, vous y trouverez une foule de renseignements sur des sujets très variés, tous en rapport avec le sexe féminin. Vous avez l’impression de déjà tout savoir ? Eh, bien, je vous garantis que vous allez découvrir autrement l’intimité de la femme, vue de l’intérieur, avec tous ses secrets.

Sans tabou, la sexualité abordée

Les auteurs abordent tous les domaines de la sexualité : la découverte physiologique du sexe, l’identité sexuelle, pas si évidente que ça, la vie intime du sexe de la femme, la première relation sexuelle, la sexualité normale ou pas, le désir, l’orgasme, le fameux point G ou plutôt l’importance capital du clitoris (lisez le chapitre Messieurs !), le sexe anal, mais aussi la contraception, les différentes maladies liées au sexe, et elles sont nombreuses ! Les auteurs ont même abordé la maladie de l’endométriose. Maladie hyper douloureuse et invalidante, très à la mode aujourd’hui (il y a à peine 30 ans, elle était totalement ignorée), car enfin, diagnostiquée. Elles n’ont pas assez insisté sur les terribles douleurs qu’elle engendrait et sur la difficulté de se faire diagnostiquer et soigner. Une maladie dont on ne guérit jamais (même à la ménopause, cette maladie peut refaire surface !) mais dont on peut soulager les douleurs tellement invalidantes au quotidien. En même temps, il est difficile, pour les auteurs, de traiter, en profondeur, toutes les maladies possibles ! Les maladies sexuellement transmissibles sont bien abordées, ainsi que tous les moyens de contraception. Les auteurs pèsent le pour et le contre de chaque méthode contraceptive. Et si vous voulez avoir un enfant, vous trouverez le meilleur moyen d’y arriver sereinement.

Une éducation sexuelle pour tous

Pour les jeunes adolescents découvrant leur sexualité, ce livre est un véritable guide, très complet et sans jugement. Totalement scientifique et biologique. On croit tout savoir sur le sexe d’une femme souvent réduit au vagin. Les hommes ont tout à apprendre sur le sexe de leur partenaire pour mieux les faire jouir ! On est loin des images véhiculées par les films pornos. Quant aux femmes, elles n’auront plus aucun préjugé sur leur propre sexe. Rien n’est sale concernant le sexe de la femme. Bien au contraire, tout est beau, magique et orgasmique ! Tout est permis, disent les auteurs, à condition que les deux personnes, ou plusieurs (!), soient consentantes. Que la femme arrête de se « laisser faire » sous prétexte de faire plaisir à son homme ! Le clitoris a, enfin, trouvé sa place d’honneur !

Si Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl sont deux jeunes médecins, connaissant leur corps parfaitement. Elles nous transmettent cet amour de soi qui conduit à l’épanouissement personnel. Et pour cela, il faut déjà connaître parfaitement son corps, le respecter et le soigner. Ensuite pour l’amour à deux, elles nous donnent des conseils judicieux afin d’aider l’autre dans l’exploration du corps complètement magique !

Les joies d’en bas, un livre à découvrir soi-même et aussi à offrir à nos jeunes adultes pour les aider à avoir une vie sexuelle épanouie. Un coup de cœur pour Publik’Art !

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On s’imagine tout savoir sur l’organe sexuel féminin, car il en est souvent question dans les magazines et sur Internet. Mais voilà que Les Joies d’en bas, écrit par deux futures praticiennes norvégiennes et traduit dans une trentaine de langues, dissipe enfin un ensemble de mythes ou de fausses vérités entourant le sexe. Non, on ne peut pas constater médicalement si une fille est en­core vierge. Non, l’orgasme purement “vaginal” n’existe pas. Et le clitoris n’est pas un bouton magique sur le­quel il suffit d’appuyer…
En faisant état des tout derniers résultats de la re­cherche, ce livre révèle la face cachée du clitoris, retrace la ronde des hormones qui orchestrent les menstrua­tions, fait le tour des différents types de contraception… et met enfin le doigt sur le fameux point G.
Voici un guide réjouissant et utile du “continent noir” qui rappelle une chose essentielle : pour être fière de son sexe, il faut le connaître.

Date de parution : 3 janvier 2018
Auteur : Nina Brochmann et Ellen Stokken Dahl
Editeur : Actes Sud
Prix : 22,50 € (448 pages)

La lassitude guette avec une île aux chiens sans vraiment d’originalité

L'île aux chiens
L’île aux chiens, film de Wes Anderson

La lassitude guette avec une île aux chiens sans vraiment d’originalité

Les chiens sont atteints d’une affection apparemment incurable et sont déportés en masse sur une île voisine de la mégalopole de Mégasaki pour finir leurs jours loin de la population japonaise. Le pitch de L’île aux chiens détonne comme souvent chez Wes Anderson et le traitement par stop motion déjà utilisé dans Fantastic Mr Fox donne au film des faux airs de série Z assumée, un peu comme un nouvel épisode de Godzilla. Pas d’animation parfaite à la Pixar, les cabots ressemblent à des balais brosses usagés et les humains ont des airs de poupée de cire. L’esthétique est léchée comme toujours chez le réalisateur et il faut une bonne dose de candeur pour accrocher à un film imparfait et drôle qu’à l’occasion. Car la farce cocasse manque d’ampleur et d’humour pour véritablement convaincre.

Un exercice de style vain

Wes Anderson s’est imposé depuis plus d’une décennie comme un réalisateur marquant de notre époque. Sa manie du cadrage géométrique, ses historiettes douces amères faussement désuètes et vraiment kitch ainsi que son humour furieusement féroce ont d’abord dérouté le public avant de coller au réalisateur une énorme cote d’amour que le véritable plébiscite pour le récent Grand Budapest Hotel n’a pas démenti. Seulement le maniérisme de Wes Anderson est clivant, apportant l’adhésion ou suscitant le rejet, et ce n’est pas l’île aux chiens qui va changer la donne. Car le réalisateur s’enferme dans son système et creuse le sillon de son style si particulier, rejetant apparemment toute évolution. Se répète-t-il incessamment avec le risque de lasser? Peut être bien. Car tous les codes habituels sont bel et bien présents dans le film, autant visuellement que scénaristiquement. A la différence que les chiens parlent et se comportent comme des humains. L’aventure du jeune Atari, 12 ans, aidé par une bande de chiens dans la quête de son toutou perdu suscite d’abord une attente qui s’étiole face à l’imparable constat que rien ne remplace les expressions du visage humain pour susciter l’émotion. Voir les marionnettes le plus souvent presque figées dans une volonté de créer un décalage entre les propos et l’image ne tient pas tout le film durant. Et les voix languides d’acteurs illustres autant en VF qu’en VO ne suffisent pas non plus. L’affiche résume bien le contenu du film. Le spectateur est fixé tout du long avec la désagréable sensation d’être pourtant exclu, le coupant de toute empathie.

Des chiens sans chien

Là où les films joués par des acteurs demandent de vraies performances pour justement ne pas trop appuyer la caricature, les marionnettes sont confrontées à leurs limites. Les poils bougent à l’occasion, les yeux semblent converger ou diverger sans cesse, les visages rougissent pour exprimer la colère, les procédés son répétitifs et quasi robotiques. Au bout de 30 minutes, le spectateur a compris la magie des effets et le scénario n’aide en rien à se rattacher à une bouée de sauvetage. Le constat est là, les chiens apparemment détachés de leur quête ne suscitent pas l’émotion et les tentatives d’humour sont elles aussi trop répétitives quand elles ont lieu. Le film n’est en fait pas une comédie mais un conte à l’ancienne avec une maxime comme celles destinées aux petits enfants. L’innocence doit vaincre la méchanceté du monde et les chiens sont nos amis, c’est un peu juste pour un film d’1h41. Alors certes le film est charmant et les intentions du réalisateur sont louables, mais le résultat pourra hélas ennuyer ceux qui en attendaient un peu plus.

L’île aux chiens est une sorte de rendez-vous manqué avec un réalisateur peut être arrivé aux limites de son système. Evoluer ou lasser, le choix lui appartient pour passer à une autre étape de sa carrière et continuer d’innover.

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L'île aux chiens
L’île aux chiens

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Sortie : le 11 avril 2018
Durée : 1h41
Réalisateur : Wes Anderson
Avec : Vincent Lindon, Isabelle Huppert, Romain Duris
Genre : Animation, Aventure

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« Au Monde » : la fable trouble et puissante de Joël Pommerat à voir chez vous !

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Depuis plus de quinze ans, Joël Pommerat qui se revendique “écrivain de plateau”, écrit et met en scène. Reconnaissables dès les premières secondes pour l’univers poétique dont elles sont tissées, mêlant intimement le clair-obscur de l’imaginaire (l’inconscient) à la réalité mais aussi les rapports sociaux entre individus, les histoires scéniques de Joël Pommerat s’apparentent à des comtes moraux et immoraux. Où comment le bien et le mal se masquent, se mélangent l’un derrière l’autre, l’un avec l’autre. Et à partir d’un sujet qui semble tout à fait réaliste donc concret, le dramaturge nous entraîne de par son écriture dans une autre réalité, celle de personnages enfermés en eux-mêmes qui rêvent et parlent seuls à travers de longs discours émouvants ou encore entre eux, déterminés par le rôle familial/social dans lequel ils sont enfermés.

L’utilisation du micro comme vecteur de la voix contribue aussi à créer un climat à part entière.

On y devine le mystère, la solitude et le possible inaccompli de chacun des personnages.

Avec Au monde (créé en 2004), tout l’art de la mise en scène de Joël Pommerat se trouve là et annonciateur de son histoire de théâtre qui n’est pas seulement de raconter la société ou le politique mais aussi de concrétiser un univers sensible : Plateau dépouillé, utilisation de la lumière (d’où vient-elle et comment éclaire-t-elle ?), quasi- absence de couleurs (des contrastes), mise en valeur du corps du comédien dans l’espace scénique mais solitude de ces corps, utilisation du fonds de scène comme unique décor stylisé. On y devine le mystère, la solitude et le possible inaccompli de chacun des personnages.

On est ici introduit dans une famille de la grande bourgeoisie industrielle. Un patriarche vieillissant est désireux de passer la main à son fils cadet introverti, soudainement revenu d’une guerre lointaine. Trois soeurs – la similitude avec « Les trois soeurs » de Tchekhov est intentionnelle – se débattent avec leurs traumatismes. L’aînée, enceinte d’on ne sait qui, comme absente, la seconde rêvant d’un « monde qui fera de l’homme la seule valeur« , mais animatrice d’une émission de télévision et enfin la plus jeune, adoptée pour remplacer une enfant mystérieusement disparue.

Les hommes, puissants, en costume-cravate vaquent à leurs affaires et tentent de composer avec les femmes de la famille, entièrement vouées, elles, aux affres de la séduction et de l’amour. Ambitions et jeux de pouvoir, omnipotence de l’aisance, de l’argent, de la sphère masculine, épaississent les ténèbres de ce microcosme glaçant que percent peu à peu une quête obstinée de la vérité chez ces êtres aux personnalités troubles flouées par leurs secrets interdits.

les actions s’enchaînent parfaitement découpée en brèves séquences entre un clair obscur sidérant et une sophistication éblouissante qui constituent la sensibilité esthétique de l’auteur metteur en scène.

Dans ce huis-clos en forme de labyrinthe intime où s’aborde des préoccupations du quotidien : comme le travail et la famille, le décor anxiogène cristallise vertigineusement un ballet d’ombres où une barre verticale de lumière blanche presque éblouissante dans la pénombre, constitue la seule ouverture vers le dehors et face à laquelle une des soeurs souvent se cogne et se raccroche.

Les échanges sont ponctués d’angoisses et d’attentes obscures. Les incertitudes de la mémoire, du désir, de l’identité, troublent la limite entre jour et nuit, tandis que çà et là éclatent des faits à demi énigmatiques et nous renvoie à des considérations philosophiques et existentielles.  » Le frère cadet ne cherche-t-il pas à « faire quelque chose de vrai, quelque chose de profond »? Un peu comme chacun de nous cherche sa place Au monde.

Mais de même qu’on ne peut, sans doute, se trouver simultanément dans plusieurs pièces de cet appartement aux recoins pour le moins fantastiques, de même on ne saurait fixer de point de vue unique d’où embrasser l’ensemble des positions et des histoires de tous ses occupants. Comme si, où que l’on cherche à se placer, il subsistait toujours un point aveugle. Telle est bien la complexité de cet espace familial et des personnages qui le hantent avec cette part aussi de trivialité, là comme à la surface du monde, à la surface du réel.

Sur le plateau, les actions s’enchaînent parfaitement découpée en brèves séquences entre un clair obscur sidérant et une sophistication éblouissante qui constituent la sensibilité esthétique de l’auteur metteur en scène.

Une expérience visuelle et sensorielle unique qui fait surgir du noir le plus profond les éléments du décor et les protagonistes, comme sortis d’une autre dimension, où la l’étrangeté opéré pleinement. Les comédiens au diapason sont au plus près de leur personnage de conte initiatique et dans un jeu subtil de va-et-vient entre gravité, drôlerie et radicalité. Bravo !

Mai 68 La Belle Ouvrage, un documentaire qui remet les pendules à l’heure

Mai 68 La Belle Ouvrage
Mai 68 La Belle Ouvrage, documentaire de Jean-Luc Magneron

Mai 68 La Belle Ouvrage, un documentaire qui remet les pendules à l’heure

Le temps passant, Mai 68 a gagné en romantisme, s’installant dans l’inconscient collectif comme une lucarne révolutionnaire salutaire pour faire avancer la société. Il y aura eu un avant et un après, et ce documentaire se focalise sur des témoignages édifiants faisant état des sévices subis par les manifestants pendant des nuits de terreur. Pendant près de deux heures, une dizaine de témoignages revient sur les comportements criminels de la police et des CRS vis à vis des manifestants, des passants et de tous ceux qui se dressaient sur leur chemin. Le documentaire produit un drôle d’effet, amenant à se poser la question, est-ce que tout ce que racontent les témoins interrogés s’est bien passé en France, au coeur du quartier Saint Michel?

Les points sur les i

Le premier constat que le documentaire amène est le suivant: le pouvoir de l’époque a eu peur, lâchant implacablement les chiens sur les manifestants de peur que la rébellion ne se propage partout dans le pays et gagne une ampleur susceptible de le reverser. Mai 68 était l’expression d’une jeunesse fatiguée de devoir vivre sous l’entonnoir et exprimant sa frustration dans des journées restées dans toutes les mémoires. Mais ce documentaire n’évoque ni Cohn-Bendit ni les heures glorieuses ni un quelconque héritage. Pas de lendemains qui chantent dans ces témoignages qui montrent des individus brutalisés, soumis à la torture morale et physique ainsi qu’à des sévices innommables. Le comité d’accueil dans les commissariats, les coups dans les parties génitales, les exactions contre les femmes, les insultes racistes, tout est raconté avec force détails jusqu’à la nausée chez les spectateur. Si les témoignages sont authentiques, et rien ne permet de penser qu’ils ne le soient pas, la question se pose de la complicité de l’état pour cacher des comportement iniques et indignes d’une démocratie. La manière dont les comportements policiers ont été passés sous silence interroge sur les liens entre état et médias.

Ne reste de Mai 68 qu’une vision romantique que le documentaire récuse brutalement.Les coupables n’ont jamais été inquiétés et l’histoire n’a retenu qu’un face à face entre étudiants et forces de l’ordre dans la joie et la bonne humeur. La réalité semble avoir été quelque peu différente. Un documentaire à découvrir le 25 avril pour un grand coup de réel dans la figure.

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Mai 68 La Belle Ouvrage
Mai 68 La Belle Ouvrage

En dépit des assurances du gouvernement et des consignes d’extrême modération que le préfet de police de Paris Maurice Grimaud avait personnellement, par courrier, adressées à chacun des vingt mille hommes qui servaient sous ses ordres, les événements de mai 68 comportèrent leur lot de brutalités. Jean-Luc Magneron enquêta à chaud sur cet aspect d’un mois printanier qui ne fut pas si joyeux pour tout le monde, réunissant les expériences de victimes ou de témoins oculaires, qui évoquent, les uns, la violence des coups de matraques, les autres, l’usage abusif des grenades lacrymogènes ou encore le blocage des secours et les insultes à caractère raciste.

Sortie : le 25 avril 2018
Durée : 1h57
Réalisateur : Jean-Luc Magneron
Avec : N/A
Genre : Documentaire

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Nobody’s watching ou jusqu’où persévérer pour se réaliser sans se déclasser socialement

Nobody's Watching
Nobody’s Watching, Film de Julia Solomonoff

Nobody’s watching ou jusqu’où persévérer pour se réaliser sans se déclasser socialement

La réalisatrice Julia Solomonoff fait un focus touchant sur Nico, un acteur parti d’Argentine pour trouver sa voie à New York. Vivant de petits boulots le temps d’attirer l’attention des directeurs de casting, il s’exerce surtout au baby-sitting avec un certain talent. Sa sensibilité fait merveille et la caméra le suit à travers ses expériences tandis qu’il tenter de s’expliquer les raisons sa fuite. Car Nico (Guillermo Pfening) a surtout cherché à s’éloigner d’un amour toxique qui justement vient lui rendre visite. Nico se retrouve à la croisée des chemins. Persévérer en vivant chichement ou tenter un retour au pays dans des conditions plus confortables?

Un film plongé dans le réel

Nico vivote dans le maelström new yorkais, acceptant ces vicissitudes entre un boulot de serveur et la prise en charge continuelle du bébé d’une amie. L’acteur Guillermo Pfening aux faux airs de Nikolaj Coster-Waldau dans Game of Thrones respire l’empathie et la volonté de bien faire. Il ne se plaint pas de son sort mais préfère ne pas l’ébruiter auprès de sa famille et de ses amis restés au pays. Et quand il reçoit des visites, il travestit la réalité, démontrant ainsi une gêne viscérale à paraitre en dessous du niveau social qui était le sien au pays. Ancien acteur d’une série à succès, Nico est parti pour des raisons personnelles, abandonnant un rôle certes lucratif mais non satisfaisant. Nobody’s Watching confronte le regard sur soi au regard des autres avec une délicatesse rafraichissante. Le personnage s’en sort très bien dans sa vie faite de compromis et de sacrifices mais sa duplicité démontre bien un embarras qui fait douter de sa réelle détermination. Ses pérégrinations le mènent dans la vie nocturne ou diurne avec un perpétuel regard empli de doutes sur la voie à suivre. La réalisatrice s’attache à décrire un réel qui, s’il est loin de lui faire honte, ne satisfait ni son ego ni son idéal de réalisation professionnelle.

Nobody’s Watching est un film rempli de bons sentiments et chaque spectateur aura envie que Nico réussisse à concilier ambition professionnelle et accomplissement amoureux. Le film se regarde comme une belle lucarne ouverte sur notre époque complexe pour qui n’a pas un diplôme XXL.

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Nobody's Watching
Nobody’s Watching

Nico est un comédien argentin tout juste installé à New York. Dans l’attente de trouver un rôle, il enchaîne les petits boulots pour s’en sortir… Sa vie affective et sociale s’en trouve bouleversée. Quand un ancien amant lui rend visite, tout vacille, l’obligeant à se confronter aux raisons de son exil.

Sortie : le 25 avril 2018
Durée : 1h41
Réalisateur : Julia Solomonoff
Avec : Guillermo PfeningElena RogerRafael Ferro
Genre : Drame

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Elans de poésie et de passion amoureuse au Lucernaire avec la pièce Mon Lou

Mon Lou
Mon Lou, mise en scène de Christian Pageault, Lucernaire

Elans de poésie et de passion amoureuse au Lucernaire avec la pièce Mon Lou

Mon Lou se développe dans un seul en scène enflammé où Moana Ferré lit fiévreusement les missives adressées par un Guillaume Apollinaire engagé volontaire à son aimée Louise de Coligny-Châtillon qu’il surnomme affectueusement Lou. Les échanges épistolaires que le poète adresse quotidiennement incluent des poèmes rassemblés plus tard sous le titre de Ombre de mon amour puis de Poèmes à Lou. La pièce fait sommairement état du contexte  au-delà du réconfort que cette idyle apporte au poète par temps de guerre, insistant sur les pureté des sentiments et les élans lyriques gracieusement agencés dans le froid des tranchées.

De la poésie avant toute chose

Moana Ferré parcourt d’abord les lettres de Guillaume Apollinaire, assise sur un banc, jetant chaque lettre autour d’elle jusqu’à s’entourer d’un tas de papiers tel une protection contre la solitude. Les mots d’amour essaiment jusqu’à plonger le public dans une atmosphère quasi onirique. Mais qui est cette Lou si fougueusement adorée? Une recherche rapide permet de reconstituer le fil de l’histoire et de mieux comprendre le contexte. Apollinaire tente de s’engager dans l’armée française une première fois en aout 1914 mais il n’a pas la nationalité française et est donc recalé. Il décide de formuler sa deuxième demande à Nice en décembre 1914 où un ami lui présente Louise de Coligny-Châtillon. Il s’éprend aussitôt d’elle mais ses sentiments ne sont d’abord pas partagés. Lou a un autre homme dans son coeur qu’elle surnomme Toutou. Apollinaire part faire ses classes avant d’être envoyé sur le front. D’une lettre par jour, le  rythme baisse graduellement. L’acmé de la correspondance se trouve dans une lettre datée datée du Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d’hier soir, j’éprouve maintenant moins de gêne à vous l’écrire. Je l’avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m’avaient tant troublé que je m’en étais allé aussi tôt que possible afin d’éviter le vertige qu’ils me donnaient. 

La guerre en toile de fond

Moana Ferré multiplie les élans lyriques pour figurer la force des sentiments. La pièce ne fait qu’effleurer le fait que Lou refuse de quitter Toutou pour Apollinaire et tous deux se quittent à la veille de son départ pour le front en mars 1915, se promettant de rester amis. L’histoire retient qu’il est blessé à la tempe par un obus le 17 mars 1916 alors qu’il lisait le Mercure de France dans sa tranchée. Une seconde partie dans la pièce voit la comédienne se revêtir d’une tenue noire pour apposer des couleurs sur une grande toile blanche. Le marron des tranchées, le noir de la boue et le rouge de sang se confondent dans une composition qui figure la violence de la guerre et la solitude du soldat. La mise en scène de Christian Pageault donne toute la place à la comédienne dont la voix hypnotise le public une heure durant. Les mots du poète ensorcellent et apportent une dose d’évasion dans le printemps parisien. Des musiques diverses soulignent les sentiments à intervalles réguliers et la sobriété des couleurs fait plonger dans les ténèbres de la guerre.

Mon Lou est un grand moment de poésie entre un homme passionné et une femme délicatement courtisée. La pièce se joue au Lucernaire jusqu’au 23 juin pour redécouvrir l’esprit d’Apollinaire et sa détermination légendaire.

Dates :  du 18 avril au 23 juin 2018 à 19h du mardi au samedi
Lieu : Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Christian Pageault
Avec : Moana Ferré

Les jeunes femmes de 50 ans, une réalité pas surprenante (JC Lattès)

Mylène Desclaux © JC Lattès

Les jeunes femmes de 50 ans, une réalité pas surprenante (JC Lattès)

Mylène Desclaux est sans doute une jeune femme de 50 ans et a voulu écrire son premier livre. Les jeunes femmes de 50 ans parlent, bien sûr, des femmes, mais surtout de l’auteure !

La chasse à l’homme

Une grande partie du livre est réservée à la chasse à l’homme. Comment rencontrer un homme alors qu’on a 50 ans ? Ce n’est pas si facile que ça. Tous les plans sont expliqués, tous les portraits d’hommes sont passés au crible. Et puis, d’un seul coup, elle laisse tomber la chasse… Et devinez ce qu’il se passe ? Comme l’avait prédit la voyante, elle rencontre l’homme parfait !!! Le Doux… Bon, on est content pour elle, ok, mais franchement, ça nous apporte quoi ?

Toujours jeune

Et la course à la jeunesse nous paraît complètement ridicule. Pour être heureux dans sa vie, ne vaut-il pas mieux s’accepter tel que l’on est au lieu de courir après le temps et les différents cosmétiques ou pire, opérations esthétiques ? Bon, il est vrai que Mylène Desclaux pense aussi qu’il ne faut pas trop en faire. Mais quand même. Il ne faut pas se laisser aller et quelques retouches sont plutôt les bienvenues, d’après elle… Une teinture serait bien plus profitable que vos cheveux blancs ! L’auteur passe également en revue la garde-robe des femmes de 50 ans, y compris les sous-vêtements… Vous allez pouvoir vous relooker ! Ne pas paraître ni trop jeune, ni trop vieille…

Pas de scoop

Ce qui est décevant dans ce livre c’est que franchement, vous n’apprendrez rien. Rien sur ces femmes de 50 ans. Car il n’y a rien à apprendre ! Quelle est la différence entre celle de 40, de 50, de 60 ? Juste une question d’âge ! Sinon, elles peuvent mener exactement la même vie, si elles en ont envie ! L’important n’est-il pas de s’aimer et de prendre soin de soi-même ?

Le côté positif de ce livre est que l’auteur est optimiste : elle nous enseigne la bonne humeur, la gentillesse, la joie, ce qui n’est déjà pas si mal ! Et l’ultime conseil : allez chercher votre futur amour sur Internet ! Mais ne cherchez rien de précis dans ce roman sinon, vous seriez aigri devant cette vie de femme, plutôt parisienne, plutôt très gâtée, qui ne ressemble peut-être pas forcément à votre vie !
On reste éternellement jeune dans son cœur ! Voilà ce que Publik’Art a envie de transmettre à tous ses lecteurs ! Hommes et femmes ! Mais si le cœur vous en dit, lisez Les jeunes femmes de 50 ans et vous vous sentirez forcément jeune !

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A priori, la cinquantaine chez une femme n’est pas une partie de pique-nique : les enfants partent, parfois aussi les maris, professionnellement, les jeux sont faits, les parents sont moins en forme, et on ne rentre plus dans un 38.
Mais la vérité est ailleurs : dans ce livre enlevé, Mylène Desclaux porte un regard honnête et tendre sur elle-même et sur les cinquantenaires qui l’entourent. Depuis son petit laboratoire personnel, elle fait le point sur le mode de vie d’une nouvelle génération de quinquas, de la répartition des tâches ménagères au choix du compagnon idéal, en passant par la sexualité ou l’usage des réseaux sociaux…
Les jeunes femmes de cinquante ans propose la liste de ce qui fait du bien quand la tristesse, la colère ou le découragement s’en mêlent : pour notre plus grande joie, on accompagnera l’auteur se faire tirer les cartes, on s’allongera avec elle sur le divan d’une psy trop émotive, on affrontera de jeunes rivales, on partagera ses secrets de famille et on réfléchira sur la façon de gérer au mieux ces bouleversements inévitables, qui génèrent un peu de chaos, mais derrière lesquels se cache beaucoup de bonheur.

Date de parution : le 11 avril 2018
Auteur : Mylène Desclaux
Editeur : JC Lattès
Prix : 19 € (300 pages)
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« Nouvelles pièces courtes » pour un patchwork très accompli de Philippe Decouflé

« Nouvelles pièces courtes » de Philippe Decouflé © Charles Fréger

« Nouvelles pièces courtes » pour un patchwork très accompli de Philippe Decouflé

L’attraction visuelle et la danse dans tous ses états sont au rendez-vous de la nouvelle création de Philippe Decouflé. Le chorégraphe/metteur en scène convoque dans un format court des instantanés scéniques et esthétiques aussi différents que singuliers.

Un imaginaire en ébullition

On assiste à un cabaret burlesque interprété sur un ton décalé par Julien Ferranti, Aurélien Oudot et Violette Wanty (excellents) et propice à une performance chorégraphique et acro­batique où les artistes jouent leur propre musique en live.

Puis, on observe un trou pour un soliste qui se joue du vide et de son remplissage tout droit sortie d’une pièce de Beckett, avant de disparaitre à son tour dans la trappe.

On écoute « Vivaldis » pour un tableau de danse pure qui offre une série de variations chorégraphiques sur un ensemble de musiques de Vivaldi dont un exercice à la barre épatant avec ses six paires de jambes en noir et blanc, et où les contrastes jouent avec les couleurs vives et les costumes tribaux.

On poursuit avec un numéro de haut vol qui fait voltiger la théorie de l’évolution avec un looping vidéo aux images décoiffantes, avant de terminer par un voyage à Tokyo qui prend la forme d’un instantané de comédie musicale loufoque où il est question de Kabuki, d’Hokusaï, de piétons, de tremblements de terre et de malentendus.

Le tout dans un cocktail ludique et bigarré de vidéos-kaléidoscopes d’Olivier Simola, de musique, de cirque, de procédés technologiques, sans oublier la danse toujours souveraine, qui sait se faire fluide, aérienne, acrobatique, organique et même végétale.

Où les séquences et l’enchaînement cadencé des duos, solos et danses de groupes sont exécutés avec brio, servis par des artistes magnifiques, à la fois danseurs, chanteurs, acrobates et musiciens pour un spectacle pluriel.

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Dates : du 20 avril au 10 mai 2018 l Lieu Théâtre National de Chaillot (Paris)
Chorégraphe : Philippe Decouflé

Un fascinant voyage musical avec Patrick et ses Fantômes au Casino de Paris

Patrick et ses Fantômes
Patrick et ses Fantômes, mise en scène de Normand Chouinard, Casino de Paris

Un fascinant voyage musical avec Patrick et ses Fantômes au Casino de Pari

Patrick Poivre d’Arvor se mue en Monsieur Loyal pour partager un truculent moment de partage musical en compagnie des plus grands compositeurs de tous les temps. Lorsque Papageno lui apparait à l’occasion d’un petit somme, celui-ci lui remet une flute à bec magique aux pouvoirs insoupçonnés. Apparaissent tour à tour des compositeurs issus de leurs époques respectives et tout étonnés de se retrouver à Montréal en 2018. Les joutes verbales entre l’ancien présentateur télé et ses illustres invités se font dans une truculence continuelle tandis que raisonnent les airs les plus connus de la musique universelle. Ce sont en effet pas moins de 24 musiciens dirigés par un Jean-Pascal Hamelin  de gala qui ravissent l’audience de leur art musical. Le spectacle est un vrai enchantement à découvrir au Casino de Paris jusqu’au 13 mai.

Une rencontre surprenante entre théâtre et musique 

Dès les premières minutes de la pièce, il est évident que Patrick et ses Fantômes est placé sous la double égide de la connivence et de la bonne humeur. Un soupçon de magie et un zest d’innocence ne cessent d’accompagner les personnages avec des rivalités sous jacentes tartuffesques mêlées d’admiration réciproque. Car comment départager Bach, Mozart ou Beethoven sans froisser les egos? Chacun a sa part de compositions dantesques, notamment Jésus que ma Joie demeure pour le premier, La Marche Turque pour le second et la 5e symphonie pour le troisième avec l’évidence que chacun a marqué son temps et imprimé sa marque dans l’esprit de ses successeurs. PPDA ménage les caractères enflammés en révélant le génie de chacun. Son art de la diplomatie fait merveille au milieu d’un Bach (Vincent Bilodeau) aussi sévère que le décrit sa légende, ses pointes d’ironie n’en ressortant que de manière plus drolatique. André Robitaille campe un Mozart à l’impétuosité juvénile en train de finaliser son introduction de Don Giovanni. Sylvain Masse interprète un Beethoven sombre et lunatique. Gilbert Lachance amène une touche de gaieté en Erik Satie détaché des contingences de ce monde.

 

De la musique avant toute chose

Tout l’intérêt de la pièce réside dans ces bisbilles et invectives qui opposent les illustres compositeurs. Quand Mozart défend La Traviata de Verdi contre Bach qui vante les mérites de La Chauve Souris de Johann Strauss Fils, la salle est subjuguée et finit par applaudir quand chacun des compositeurs demande à l’orchestre d’interpréter son morceau préféré et que les deux airs de croisent dans une joyeuse cacophonie. Ce genre de moments savoureux abonde dans une pièce placée sous le signe de la bonne humeur et de l’émerveillement musical. Lorsque retentit le célèbrissime air de la 5e de Beethoven, la salle se fige littéralement tant le morceau fait l’effet d’un coup de massue comme le ressent lui-même un Mozart sous le choc. Les discussions se croisent avec la musique divinement interprétée par l’orchestre placé sous la baguette de Jean-Pascal Hamelin. Erik Satie vient souligner l’originalité d’un XXe siècle placé sous le signe de l’aventure de et la disharmonie, intéressant au plus haut point les compositeurs classiques plutôt rétifs. Et la musique continue, encore et toujours pour ponctuer un spectacle qui remplit sa mission, ravir autant les oreilles que les zygomatiques.

Nul besoin d’aller à la Salle Pleyel, au Théâtre des Champs Elysées ou à la Philharmonie pour entendre de la grande musique, avec les rires en plus et une salve d’applaudissements finale qui souligne le succès de cette expérience à la fois musicale et théâtrale. Courez vite au Casino de Paris, avec l’assurance de faire de très beaux rêves par la suite!

Dates :  du 17 avril au 13 mai 2018, mardi au samedi à 20h30, Dimanche à 15h
Lieu : Casino de Paris (Paris)
Metteur en scène : Normand Chouinard
Avec : Patrick Poivre d’Arvor, Vincent Bilodeau en Bach, André Robitaille en Mozart, Sylvain Massé en Beethoven, Gilbert Lachance en Érik Satie

Dis, t’en souviendras-tu ? le dernier polar de Janine Boissard (Plon)

Janine Boissard
Janine Boissard

Dis, t’en souviendras-tu ? le dernier polar de Janine Boissard (Plon)

Cette fois-ci, Janine Boissard nous raconte l’histoire folle d’Aude. Comme toujours avec l’auteur, une histoire d’amour se cache derrière le thriller ! (voir La lanterne des morts)

Aude a épousé un parfumeur riche et très connu, Emerick Saint Georges. Un jour, elle est victime d’un accident et perd la mémoire. Elle ne se souvient de rien. Mais le scanner étant rassurant, on sait qu’un jour, elle retrouvera tous ses souvenirs.
Un psychiatre va l’aider à retrouver son passé… mais en fait, rien n’est simple. Sa belle histoire d’amour avec Emerick semble plutôt vacillante…

Pour mieux comprendre sa situation, Aude va se transformer elle-même en détective privé et faire une enquête sur la première femme d’Emerick, disparue subitement alors qu’elle était toute jeune… Son frère va lui être d’un grand secours… Grâce à lui, elle va découvrir qui elle était vraiment.

Bien sûr, Publik’Art ne vous dévoilera rien des suites de cette histoire qui se lit avec plaisir et très facilement ! L’auteur a toujours un peu peur que le lecteur se perde dans ses explications, donc elle revient souvent sur les situations de chacun ! On finit par connaître par cœur l’histoire de chaque personnage !
Dis, t’en souviendras-tu ? , un livre à emporter en vacances ! Sans prise de tête !

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Que se passe-t-il lorsque le poids des secrets est trop lourd à porter ? Au coeur de la Provence, Aude tente de dénouer les fils de sa vie : qu’est-il arrivé à son mari ? Pourquoi ses souvenirs lui échappent-ils ? Drames, mystères et affaires familiales se déploient dans le nouveau roman de Janine Boissard.

L’histoire se déroule à Grasse, ville des parfums, en Provence. Aude, 23 ans, est l’épouse d’un parfumeur connu : Emerick Saint Georges. Un matin elle se réveille à l’hôpital, privée d’une partie de sa mémoire. On lui apprend qu’on l’a retrouvée, inanimée, dans un lieu désert, donnant sur un ravin, non loin de la Mercedes de son mari, vide, portières ouvertes. Accident ? Enlèvement ? Une IRM révèle qu’Aude est victime d’un « ictus amnésique » : une perte de mémoire dûe à un important choc psychologique. À sa sortie d’hôpital, elle est suivie par un psychiatre et, tandis qu’avec son aide elle tente de retrouver ses souvenirs, la vérité apparait : c’est elle-même qui cadenasse sa mémoire de peur de ce qu’elle pourrait y découvrir.

Et le danger est bien réel. Saura-t-elle l’affronter ?

Date de parution : le 8 mars 2018
Auteur : Janine Boissard
Editeur : Plon
Prix : 18,90 € (272 pages)

Kings, un coup de poing dans la face de l’Amérique raciste

Kings
Kings, Film de Deniz Gamze Ergüven

Kings, un coup de poing dans la face de l’Amérique raciste

Les images du procès retentissant des 4 policiers blancs qui ont rué de coups un homme noir prénommé Rodney King et affalé au sol ont fait le tour du monde en 1992, démontrant un problème criant dans la société américaine. Comment peut-on acquitter des hommes sadiques et cruels qui au vu et au su de tous ont pété les plombs pour finalement exprimer toute leur haine dans leur violence arbitraire? La réalisatrice Deniz Gamze Ergüven franchit l’Atlantique et s’éloigne de sa Turquie natale pour un nouveau tour de force visuel et scénaristique après le déjà puissant Mustang sorti en 2015. L’impunité des policiers blancs, la violence de la révolte dans le ghetto de LA, l’aveuglement des foules ivres de rage, Kings navigue entre documentaire et fiction avec grâce pour un résultat impressionnant.

Un film total

Le film commence avec deux histoires en parallèle qui soulignent le malaise dans le pays de l’oncle Sam. Un focus sur l’affaire Rodney King accompagne le drame d’une adolescente noire américaine abattue dans le dos par une commerçante. Puis s’installent les images d’une vie quotidienne remplie de tension d’autant plus palpable que plus personne ne parvient à communiquer sans hausser le ton de la voix. Au milieu de ce brouhaha ambiant apparait Millie (magnifique Halle Berry), femme dévouée à une large marmaille recueillie pour le compte de l’assistance sociale. Entre son fils ainé Jesse (Lamar Johnson) en pleine crise d’adolescence et son voisin Ollie (Daniel Craig) ulcéré par le vacarme du quartier, elle démontre une résilience à toutes épreuves pour élever sa tribu du mieux possible. La réalisatrice la filme avec une énorme tendresse pour en faire un phare dans la tempête à venir. Car les images d’archives ne cessent de s’intercaler, préfigurant l’inéluctable, l’impensable, le drame. Les avocats parviennent à démontrer que la tête de Rodney King a tapé la matraque (et non l’inverse) et qu’un policier l’a frappé avec le pied gauche et non le droit, soit le pied le plus faible. Le monde marche sur la tête et la patience de tout un quartier ne peut qu’exploser avec des rapines de masse dans les supermarchés, des incendies et des règlements de comptes sanglants.

Un rythme endiablé

La réalisatrice parvient à imprimer un rythme trépidant au film avec des intrigues en parallèle qui se télescopent les unes les autres. Les personnages sont emportés dans un torrent incontrôlable, la police tire sur les manifestants, les manifestants attaquent les ambulances, les ambulances n’interviennent plus pour venir en aide aux blessés. Les allergiques à la violence crue et sans concession en seront pour leurs frais, le rythme ne descend qu’à la toute fin pour un constat amer de l’inutilité du déchainement de violence. Les êtres se rapprochent à la faveur de l’accalmie mais les disparus ne réapparaitront pas. L’émotion est constante dans un film qui ne s’encombre pas de subtilité inutile dans un tel contexte d’ulcération généralisée. Deniz Gamze Ergüven passe haut la main son test d’entrée dans l’univers hollywoodien, n’oubliant pas ses racines pour une sensibilité omniprésente dans le vacarme ambiant.

Comme Detroit il y a peu de temps, Kings montre la violence de la société américaine sans oublier les motifs d’espoir. Le film est un vrai moment d’émotion à découvrir au cinéma pour un effet démultiplié.

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Kings
Kings

1992, dans un quartier populaire de Los Angeles.
Millie s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption.
Avec amour, elle s’efforce de leur apporter des valeurs et un minimum de confort dans un quotidien parfois difficile.
A la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes éclatent, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille.

Sortie : le 11 avril 2018
Durée : 1h27
Réalisateur :  Deniz Gamze Ergüven
Avec : Halle erryDaniel CraigKaalan Walker
Genre : Drame

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Allons enfants, un beau film à hauteur de marmots

Allons enfants, film de Stéphane Demoustier
Allons enfants

Allons enfants, un beau film à hauteur de marmots

Dans les parcs parisiens à proximité de la Villette, une nounou garde deux enfants bien turbulents, Cléo 3 and et demi et Paul, son frère jumeau. Quand tous deux échappent tour à tour à sa vigilance commence pour eux des aventures extraordinaires. Le réalisateur Stéphane Demoustier parvient à faire revivre l’innocence des premiers temps quand des choses parfaitement habituelles pour n’importe quel adulte semblent démesurées pour les plus jeunes. Par les rencontres réalisées et leurs parcours à travers les rues de Paris, le réalisateur fait également un état des lieux de la société française où le vivre ensemble semble n’avoir jamais été une valeur plus vitale et fondamentale.

Un petit film plus que charmant

Les fans de Terrence Malick s’en souviennent depuis The Tree of Life, filmer les enfants demande de se mettre à leur niveau à 1m du sol maximum pour mieux capter leurs expressions et leur mine résolue. Cléo et Paul Demoustier ravissent le spectateur par leur indécision permanente en même temps que leur jugeote enfantine. Autour d’eux, une galerie d’acteurs tente de leur faire retrouver leur chemin, Vimala Pons en tête dans un rôle à contre-emploi où elle démontre que la sobriété lui va aussi bien que la folie douce. Entre les policiers, les anonymes, les gardiens et les autres enfants, Cléo et Paul vont de surprises en surprises, sans s’affoler, sûrs de s’en sortir et de retrouver le cocon familial, car ils sont trop petits pour imaginer l’inimaginable. En moins d’une heure, Stéphane Demoustier offre un conte moderne rafraichissant, sans armes à feu ni courses poursuites, démontrant un bel élan vital peut faire surmonter les épreuves les plus diverses en joignant les volontés individuelles dans une belle quête collective.

Allons enfants est une expérience cinématographique fraiche et réconfortante, de quoi quitter pendant une heure les affres du quotidien pour se plonger dans une historiette à l’innocence tendre et printanière.

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Allons enfants
Allons enfants

Dans les jardins de la Villette, Cléo (3 ans et demi) joue avec son frère jumeau Paul. Cléo s’éloigne et se perd. Puis c’est au tour de Paul de se retrouver seul.  Perdus dans Paris, Cléo cherche Paul et Paul cherche Cléo. Comment les enfants vont-ils vivre ces quelques heures buissonnières ?

Sortie : le 18 avril 2018 mars
Durée : 0h59
Réalisateur : Stéphane Demoustier
Avec : Cléo DemoustierPaul DemoustierVimala Pons
Genre : Comédie dramatique

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Sensibilité et fraicheur avec Fragments de femmes au Théâtre de la Contrescarpe

Fragments de femmes
Fragments de femmes, mise en scène de François Rimbau assisté de Fabien Le Mouël, Le Feux de la Rampe

Sensibilité et fraicheur avec Fragments de femmes au Théâtre de la Contrescarpe

La scène parisienne des Feux de la Rampe a vécu un dernier moment d’émotion avant sa clôture définitive. La salle était largement remplie pour assister à Fragments de femmes et rendre un dernier hommage à un lieu emblématique de la vie parisienne, à la fois lieu de vie et de représentations qui a vu défiler tant de jeunes talents et de futurs espoirs de la scène. Les 3 comédiennes ont livré une prestation largement saluée pour figurer la diversité du statut de femme, avec ses joies, ses doutes, ses peines, ses hauts et ses bas. La pièce est dorénavant visible au Théâtre de la Contrescarpe.

Un tableau complexe

Chacune des trois comédiennes évolue en solo ou en groupe pour des mini-séquences toutes différentes les unes des autres. 25 tableaux se suivent pour un panorama large et non exhaustif des aspirations de la femme moderne. Entre élans amoureux et peines de coeur, grands espoirs coups de blues, Solène Gentric, Alix Schmidt et Cécile Théodore ne se ménagent pas pour capter l’attention d’un public conquis. Des instantanés du quotidien défilent sur une scène transformée en placard à chaussures, chacune enlevant ses souliers à la fin de chaque numéro pour les disposer en bordure de scène. L’ambiance est surtout à la mélancolie dans un spectacle qui rend hommage à toutes ces femmes fortes et déterminées qui connaissent des pics de moins bien au détour d’une déception amoureuse ou d’un coup de pompe. La sensibilité est à l’honneur car derrière les grandes déclarations d’intention et les résolutions enflammées se trouvent des coeurs d’artichaut qui ne demandent qu’à connaitre l’harmonie avec une moitié sincère et authentique. Quelques échanges avec le public renforcent la proximité, l’atmosphère est au réalisme et aux quasi témoignages avec des comédiennes qui se veulent le reflet de toutes celles qui vivent leur vie le plus simplement du monde, en restant avant tout elles-mêmes, fraiches et naturelles.

3 représentations de Fragments de Femmes aux Feux de la Rampe ont pu démontrer le potentiel de comédiennes tour à tour truculentes et impétueuses mais toujours honnêtes dans un numéro touchant à découvrir dorénavant au Théâtre de la Contrescarpe.

Lieu :  Théâtre de la Contrescarpe (Paris)
Dates  : tous les lundis à 21h30 du 30 avril au 25 juin 2018 (Relâche le 7 mai)
Metteur en scène : François Rimbau assisté de Fabien Le Mouël
Avec : Solène Gentric, Alix Schmidt, Cécile Théodore

La mort de Staline, dans l’intimité de l’horreur d’état

La mort de Staline
La mort de Staline

La mort de Staline, dans l’intimité de l’horreur d’état

La Mort de Staline débute alors que le dictateur tout-puissant vient de trépasser et que les survivants se battent autour de sa dépouille pour récupérer le pouvoir à coup d’intrigues louches et de traquenards pendables. Une galerie de personnages plus vraie que nature s’agite dans une outrance finement calculée, laissant percevoir une intense hypocrisie derrière les sourires de façade. Un vernis historique n’est pas de trop pour mieux cerner les enjeux d’un film qui oscille entre la caricature risible et l’humour noir. Les noms de Nikita Khrouchtchev, Gueorgui Malenkov et Lavrenti Beria rappelleront de doux souvenirs aux nostalgiques de l’Union Soviétique, bien avant le rideau de fer mais déjà en pleine paranoïa. Le réalisateur Armando Iannucci réussit un nouveau coup de force après le déjà mémorable In the Loop en 2009. Il est permis de rire jaune et de s’extasier devant une reconstitution à la fois minutieuse et bouffonne d’un temps que les moins de 20 ans ne connaitront jamais.

Un soviet suprême d’opérette

Le 2 mars 1953 disparaissait le petit Père des peuples, signataire d’un pacte avec le diable en 1939 avant de s’en mordre les doigts en 1941 et de sonner la charge après Stalingrad en 1943 et de finalement sauver la patrie pour devenir le héros de tout un pays. Mais derrière le grand homme de façade se cachait surtout un boucher paranoïaque à l’origine d’exactions diverses, de massacres variés, de famines calculées et de millions de morts. Le film débute alors que Staline exige de recevoir l’enregistrement d’un concert que le directeur de la salle a oublié d’enregistrer. Son empressement à faire rejouer l’oeuvre de Mozart en bloquant les interprètes, convoquant un nouveau chef d’orchestre en robe de chambre et amassant une foule cueillie dans la rue démontre bien l’effroi suscité par un Staline certes vieillissant mais à la tête d’un état qui n’hésitait pas à déporter, violer et assassiner pour juguler toute tentative d’opposition. Beria était le maitre d’oeuvre d’un état policier et liberticide dont la NKVD était le bras armé, harcelant et terrorisant sans cesse la population. Le film montre d’abord le ballet des courtisans pour rester dans les bonnes grâces du tyran avant de manoeuvrer pour récupérer non pas une grosse part du gâteau mais le gâteau tout entier. Les férus d’histoire savent comment la partie s’achève. Beria veut devenir calife à la place du calife mais un procès expéditif entraine sa suppression arbitraire avant que son corps ne soit réduit en cendres pour effacer toute trace. 3 hypothèses courent pour expliquer la marche des évènements, le réalisateur Armando Iannucci en choisit une, pas la moins rocambolesque.

De l’humour noir en stock

La Mort de Staline se déroule dans une perpétuelle sarabande de réflexions macabres ou sexuelles. Les personnages principaux ont beau être à la tête des principaux organes du pays, ils savent pertinemment que leur existence ne tient qu’à un fil ténu et que le chef suprême a droit de vie ou de mort sur chacun d’eux. Libérés du joug despotique, ils ne pensent qu’à récupérer les rênes du pouvoir pour perpétuer son fonctionnement autocratique à leur avantage. Ce qui s’apparente parfois à une bande de bras cassés aux faciès à la limite du ridicule cache en fait une troupe de psychopathes sanguinaires à la liste de méfaits longue comme le bras. La brutalité des réflexions tranche avec une ambiance tantôt florentine et tantôt violente. Steve Buscemi fait un Khrouchtchev aussi peu ressemblant que crédible et Simon Russell Beale figure un Beria au sourire aussi glaçant qu’effrayant. Pour ceux qui s’imaginent vivre actuellement dans une caricature de démocratie, il est bon de rappeler ce qu’est son exact inverse, car de tels fonctionnements existent encore de par le monde et si le film fait rire, il alerte surtout sur le peu de scrupules de dirigeants avides de pouvoir. La Mort de Staline accumule les scènes cultes à travers des discussions révélant la duplicité de personnages loin d’être aussi bouffons qu’ils le paraissent.

La Mort de Staline est une sorte de chef d’oeuvre dans son genre. En convoquant la mémoire d’une URSS écartelée entre l’oppression et la paranoïa, le film fait certes rire mais également trembler. La frontière peut paraitre si fine entre dictature et liberté…

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La mort de Staline

Dans la nuit du 2 mars 1953, un homme se meurt, anéanti par une terrible attaque. Cet homme, dictateur, tyran, tortionnaire, c’est Joseph Staline. Et si chaque membre de sa garde rapprochée – comme Beria, Khrouchtchev ou encore Malenkov – la joue fine, le poste suprême de Secrétaire Général de l’URSS est à portée de main. (Inspiré de faits réels…)

Sortie : le 4 avril 2018
Durée : 1h48
Réalisateur : Armando Iannucci
Avec : Steve BuscemiSimon Russell BealeJeffrey Tambor
Genre : Drame

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Boom, ou la lettre d’un ado à son ami assassiné (Actes Sud)

Julien Dufresne-Lamy
Julien Dufresne-Lamy © twitter.com

Boom, ou la lettre d’un ado à son ami assassiné (Actes Sud)

 

Publik’art connaît bien Julien Dufresne-Lamy et le lit avec plaisir depuis plusieurs années. Son dernier roman, Les Indifférents ne nous avait surtout pas laissé indifférents puisqu’il avait été notre coup de cœur. L’auteur connaît bien le monde de l’adolescence. Peut-être une partie de lui-même se sent-il encore très fortement adolescent ? D’ailleurs, n’est-ce pas un peu le cas de chacun d’entre nous ?

Boom, un bruit meurtrier

Mais avec Boom, on entre dans le monde de l’adolescent traumatisé. Etienne écrit à son ami, Thimothée. Ils ont 17 ans, sont dans le même lycée et depuis trois ans, ils ne se quittent plus. Les meilleurs amis du monde. Ils ont fait les 400 coups ensemble, à la fois très différents et complémentaires. Bref, une amitié fusionnelle, entière. Chacun avec ses qualités, mais aussi ses défauts. Ce que décrit Etienne, nous l’avons tous vécu. Une très forte amitié à un moment clé de notre vie, à l’adolescence. Un âge où on est prêt à donner sa vie pour son meilleur ami.

Mort subite insupportable

Le ton est donné. Thimothée s’est fait faucher par un terroriste, sur le pont de Westminster alors qu’il était en voyage à Londres avec son lycée et son meilleur ami, Etienne. L’histoire est terrible et surtout terriblement vraie. Les mots sonnent très justes, et nous percutent là où ça fait mal. Et pourtant pas de mélo dans l’écriture de Julien Dufresne-Lamy, bien au contraire. L’auteur nous dévoile déjà l’amitié de ces deux ados et ensuite le monde dans lequel est plongé Etienne, juste après la mort de son ami. Tout est entremêlé. Plus rien n’a de sens avec « Ta mort ressemble à ça. Le minimum. Juste une bagnole pourrie ». P 74

Survivre sans

Aucune haine mais un immense sentiment de culpabilité. Etienne survivant et Thimothée décédant. Comment survivre après une telle douleur ? Boom est un livre qui ne peut que nous interpeller. C’est à la fois un bel hommage rendu aux victimes des attentats et aussi un beau message à tous les survivants qui n’arrivent plus à vivre, envahis par un immense sentiment de solitude et surtout de culpabilité. Mais c’est aussi un très bel hymne à la vie.

L’écriture de Julien Dufresne-Lamy est concise. Chaque mot est pesé, voire soupesé. Pas besoin d’écrire des pages et des pages. Tout est essentiel dans ce petit livre Boom. Boom est édité chez Actes Sud Junior, pour les adolescents à partir de 15 ans. Il doit surtout être lu par nous tous, sans limite d’âge ! Absolument. Un coup de coeur pour Publik’Art !

Extraits

Je ne te demande jamais pourquoi tu dis boom tout le temps. C’est sûrement un tic. Une façon de te dérober. Comme les caissières qui disent hop, hop, voilà ! gentiment assises derrière leur console. P.25

La voiture continue sa trajectoire. Elle monte sur le trottoir. Elle vient foncer sur toi. C’est une mise à mort. Elle dure exactement 82 secondes. C’est le temps d’un couplet. Quelques mots. Même pas une chanson en entier. P.59

Le soir à Londres, on a la voie libre. On se sent adultes parmi les touristes italiens et les nymphettes russes. On s’enfuit par le métro et on saccage la ville. On se déleste de nos quelques pounds pour boire des coups dans des pubs qui sentent le bois. On regarde les décolletés plongeants, les bijoux en toc et les robes à sequins des Anglaises peroxydées, les coupes mulet et les t-shirts blancs des Anglais. P.98

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Un jeune homme s’adresse à son meilleur ami mort dans un attentat. Un monologue pudique et fort sur la culpabilité du survivant.

Étienne était l’ami fêtard, l’incorrigible. Timothée, le garçon bien éduqué aux drôles de tics – il disait boom tout le temps. Une belle aventure de trois ans jusqu’à ce voyage scolaire à Londres. Jusqu’à ce que Timothée soit fauché par un fou de Dieu sur le pont de Westminster. Depuis la tragédie, Étienne cherche les mots. Ceux du vide, de l’absence. Étienne parle à son ami disparu en ressassant les souvenirs, les éclats de rire.

Date de parution : avril 2018
Auteur : Julien Dufresne-Lamy
Editeur : Actes Sud Junior
Prix : 10,20 € (112 pages)

Le Roméo et Juliette abstrait de Sasha Waltz à l’Opéra Bastille

Le Roméo et Juliette abstrait de Sasha Waltz à l’Opéra Bastille
Roméo et Juliette – Sasha Waltz © Ann Ray Opéra national de Paris, 2018

Le Roméo et Juliette abstrait de Sasha Waltz à l’Opéra Bastille

La chorégraphe allemande Sasha Waltz, installée à Berlin, revient à l’Opéra Bastille avec sa version de Roméo et Juliette, créée en 2007, sur la partition d’Hector Berlioz. À la lecture politique qu’en fit Shakespeare, la chorégraphe préfère une œuvre plus abstraite et intemporelle du mythe des amants de Vérone où s’explore dans une grâce suspendue, la relation entre l’amour et la mort, la jeunesse et l’innocence.

Structurée par deux plateaux mouvants, la danse se déploie en un jeu de forces et de tensions porteur de la fureur et du danger d’aimer.

L’amour à mort

Elle y incarne – à l’abri d’une scénographie abstraite et fluctuante avec ses différents niveaux, ses angles, et ses ruptures – cette passion maudite immergée dans un environnement hostile marqué par les clivages de la société et l’autoritarisme d’un pouvoir patriarcal qui dressent des clans les uns contre les autres et annihilent toute volonté d’émancipation.

Images saisissantes que celles de Roméo grimpant désespérément la paroi avant d’y être rejeté à chaque reprise (émouvant Hugo Marchand) ou de Juliette recouverte de galets (Amandine Albisson incandescente).

La danse ample et aérienne non dépourvue d’humour, s’imprègne de toute la dimension ardente, et jusqu’au-boutiste du texte du dramaturge, qui voit les corps électriser le plateau en des groupes qui se forment, s’immobilisent et se dispersent, se rejoignent ou s’opposent et des danseuses se contorsionner de manière parodique ou grotesque avant de constituer de nouveau des duos à l’allure classique.

Les mouvements organiques et déliés empruntent à la formation classique des interprètes ainsi qu’à la danse-contact, vocabulaire de la chorégraphe tandis que la sobriété des costumes et l’amplitude des décors, en noir et blanc, qui font corps avec le langage corporel, accentuent encore l’intensité dramatique de l’œuvre et le paroxysme des émotions des jeunes héros.

La distribution est au diapason où le final, dans un dernier élan d’intensité, parachève son homogénéité et consacre la mort des deux amants, à jamais réunis pour l’éternité.

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Dates : du 6 avril au 4 mai 2018 l Lieu Opéra Bastille (Paris)
Chorégraphe : Sasha Waltz

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