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Les éditions 6 pieds sous terre publient une BD furieusement désopilante, Et si l’amour c’était aimer?

Et si l'amour c'était aimer?
Et si l’amour c’était aimer?, BD de Fabcaro, éditions 6 pieds sous terre

Les éditions 6 pieds sous terre publient une BD furieusement désopilante, Et si l’amour c’était aimer?

Dans un monde où le cynisme a remplacé l’humour, il existe fort heureusement des raisons de se réjouir. La bande dessinée Et si l’amour c’était aimer? en est une, petit bijou d’humour hilarant qui se dévore aussi vite que se regarde un DVD des Inconnus. Pas une page sans son dialogue complètement alambiqué et l’éclat de rire qui va avec. Si vous ne pouvez pas vous endormir avant une bonne dose d’humour, cette BD est faite pour vous.

Santa Barbara chez les bronzés

Le principe de la bande dessinée Et si l’amour c’était aimer? est simple. Des personnages fantasques sont sortis de leur contexte initial, certainement des séries américaines cheap, avec des expressions compassées qui fleurent bon l’intrigue à l’eau de rose, et des dialogues complètement fantaisistes y sont apposés. Ainsi le couple complètement pas crédible Sandrine et Henri ressemblent à deux personnages de Santa Barbara avec le vieux requin des affaires à qui on ne la fait pas et la jeune jouvencelle trop belle pour être intelligente. Sauf que l’arrivée du livreur de macédoine (?) Michel a plonger Sandrine dans des abimes de circonspection, jusqu’à remettre en cause son couple parfait avec Henri. L’intrigue sert de prétexte à une avalanche de blagues tout droit sorties d’un épisode des Bronzés, le sérieux est remisé au placard et le ton est à la légèreté la plus distrayante. Le parti pris du dessinateur scénariste Fabcaro est au lâcher prise avec des bulles qui feront même se tordre de rire les bonnes soeurs les plus exigeantes. Tomber sur une BD si ouvertement drôle et surtout non cynique est un plaisir rare de nos jours. Pas de règlements de compte, pas de grandes leçons philosophiques, les personnages adorent la macédoine (?) et n’en ratent pas une pour paraitre aussi crétins qu’ils n’en ont pas l’air. Le noir et blanc donne aux personnages des allures aussi sérieuses et ténébreuses que les dialogues sont impayables. En bref, Et si l’amour c’était aimer? offre un bon moment de rigolage garanti, et ça, ça ne se refuse pas, surtout vu le prix modique de l’ouvrage.

Et si l’amour c’était aimer? est rien de moins qu’un bijou d’humour surfant habilement sur les codes des soap opéras pour mieux les détourner et les ridiculiser habilement. Et comme le rire est forcément au rendez-vous, il ne faut pas bouder son plaisir, même si vous n’êtes pas forcément fan de macédoine.

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Sandrine et Henri coulent des jours paisibles dans leur villa luxueuse. Henri est un patron de startup épanoui et dynamique et Sandrine l’admire. Mais hélas la vie n’est pas un long fleuve tranquille… Un beau jour, Sandrine tombe sous le charme de Michel, un brun ténébreux livreur à domicile et chanteur de rock à ses heures perdues. Une idylle merveilleuse va alors se nouer entre eux. Mais la vie est-elle toujours du côté de l’amour ? Les sentiments purs et absolus ne sont-ils pas qu’une feuille morte emportée par le vent ? Un arc-en-ciel ne finit-il pas toujours par disparaître derrière les nuages ? Un hommage appuyé aux romans-photos et à tout ce que l’amour a pu inspirer pour vendre du papier aux amateurs et amatrices de roman à l’eau de rose. Si vous pensiez avoir fait le tour de la question sur ce genre de littérature, laissez-nous vous soumettre l’idée qu’on peut aller encore un peu plus loin, grâce à Fabcaro.

Date de parution : le 8 novembre 2017` Scénariste(s) : Fabcaro
Dessinateur(s) : Fabcaro
Genre : Humour
Editeur : 6 pieds sous terre
Prix : 12 € (56 pages)
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Algériennes 1954-1962 aux éditions Marabout, une BD forte en émotions

Algériennes 1954-1962
Algériennes 1954-1962, dessin de Deloupy, scénario de Swan Meralli, Editions Marabout

Algériennes 1954-1962 aux éditions Marabout, une BD forte en émotions

Si la guerre d’Algérie est un souvenir douloureux des deux côtés de la Méditerranée, l’autocritique n’a jamais été l’apanage d’aucun des belligérants. La BD Algériennes 1954-1962 rouvre le lourd volume des griefs respectifs pour donner la parole à celles que l’histoire a mises de côté, toutes ces femmes françaises d’Algérie ou algériennes qui ont souffert du conflit ou au contraire participé aux combats avec toutes les mesures de rétorsion venant de tous côté et qui ne les ont pas épargnées. Pas une page  d’Algériennes 1954-1962 n’ouvre des vérités tues et proprement étonnantes. Bien sûr ce ne sont que des points de vue subjectifs, mais ils offrent un éclairage saisissant sur un épisode sensible de l’histoire contemporaine qui n’a pas fini de se dévoiler, avec finalement la nécessité finale du pardon et du vivre ensemble pour refermer définitivement ce chapitre.

Une guerre sale

Quand les populations indigènes et celles provenant de l’immigration se disputent une même terre, les possibilités de conflit sont nombreuses et les souvenirs sont trop intolérables pour être facilement racontés. L’héroïne Béatrice refuse le silence de son père appelé en Algérie au temps du conflit et elle se met elle-même en quête de témoignages pour en savoir plus et recoller les morceaux entre mensonges éhontés et vérités cachées sous le tapis. Elle part en Algérie et rencontre un large panel de femmes. D’anciennes combattantes, des victimes marquées à vie par les attentats ou les exactions, des femmes pied noir restées sur place, tous les témoignages offrent un éclairage nouveau sur une guerre finalement mal connue. Où l’on apprend que les deux camps ont multiplié les exactions, usage de la torture par les soldats français, vendettas sanglantes entre les groupes résistants algériens, la souffrance était la seule chose vraiment partagée par toutes les populations que le désir de liberté pour les uns et l’envie de ne pas partir pour les autres faisaient s’opposer. Le dessin très BD belge de Deloupy met sobrement à distance les souvenirs effroyables relatés par les femmes interrogées, car dans le même temps le scénario de Swann Meralli n’est pas avare de détails et d’éclaircissements, parfois vraiment pénibles. Lorsque les hommes s’arrogeaient la palme de la barbarie et de l’impunité, les femmes étaient aux premières loges des victimes.

Algériennes 1954-1962 est une BD tout bonnement nécessaires pour comprendre et permettre la réconciliation. Car les souffrances ne sont jamais aussi fortes que lorsqu’elles sont oubliées et niées. La situation était complexe en diable, cette bande dessinée est une bonne occasion pour mettre les points sur les i et faire un constat final.

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La guerre d’Algérie, cette guerre qui  n’était pas nommée comme telle, est un  événement traumatisant des deux côtés  de la Méditerranée. Ce récit raconte la guerre des femmes dans la grande  guerre des hommes… Béatrice 50 ans, découvre qu’elle est  une « enfant d’appelé » et comprend qu’elle a hérité d’un tabou inconsciemment enfoui : elle interroge  sa mère et son père, ancien soldat  français en Algérie, brisant un silence de  cinquante ans. Elle se met alors en quête  de ce passé au travers d’histoires de  femmes pendant la guerre d’Algérie :  Moudjahidates résistantes, Algériennes victimes d’attentat, Françaises pieds noirs ou à la métropole… Ces histoires, toutes issues de  témoignages avérés, s’entrecroisent et  se répondent. Elles nous présentent des  femmes de tout horizon, portées par des  sentiments variés : perte d’un proche,  entraide, exil, amour…

Date de parution : le 31 janvier 2018
Scénariste(s) : Swann Meralli
Dessinateur(s) : Deloupy
Genre : Historique
Editeur : Marabout
Prix : 17,95 € (128 pages)
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Shades of magic, tome 2 : Shades of shadows, un vrai coup de coeur (Lumen)

Shades of magic, tome 2 : Shades of shadows, un vrai coup de coeur (Lumen)

Shades of Shadows est le deuxième tome de la trilogie de V. E. Schwab. Quatre mois après la fin du premier roman que Publik’Art avait chroniqué, on retrouve Lila et Kell dans le Londres Rouge. Lila s’en est allée sur le premier bateau de pirate qu’elle a pu intégrer pour satisfaire son besoin d’aventure, laissant Kell seul et malheureux. Alors qu’une guerre se prépare, risquant de mettre le Londres Rouge à feu et à sang, Lila et Kell sont le visage de ce récit hors norme. Lila se découvre alors des talents pour la magie. Elle qui ne devrait pas en être dotée, venant du Londres Gris, apprend mois après mois à maîtriser cette force nouvelle, à l’aide de son capitaine, Alucard.

Une nouvelle arène

Le point culminant, le centre de rotation de ce deuxième tome est la préparation des Jeux des éléments. L’équivalent des Jeux Olympiques du Londres Gris, le nôtre, ils réunissent les dirigeants du monde Rouge, chacun présentant ses magiciens les plus doués. C’est un nouveau terrain de jeu pour ces personnages prêts à tout pour repousser leurs limites.

En quête de nouvelles aventures

La vie de Kell est liée à celle de Rhy, son frère et futur Roi d’Arnes, depuis maintenant quatre mois. Le prince ne supporte plus qu’on le sur-protège et envoie Kell participer aux Jeux. Seulement, impossible pour Kell de révéler son identité. Il se voit contraint de prendre une nouvelle identité, créée pour l’occasion.

De son côté, Lila est déterminée à se lancer un nouveau défi : participer aux Jeux, seulement quatre mois après avoir découvert la magie. Si son capitaine la pense folle, ou simplement suicidaire, c’est surtout un challenge extrêmement dangereux. Les participants ont été sélectionnés et la seule façon pour Lila de participer, c’est de prendre l’identité de quelqu’un d’autre.

Un jeu d’apparences

Un jeu d’apparence se met alors en place, tant pour Kell que pour Lila. Le temps de ces jeux, ils peuvent être quelqu’un d’autre, échapper à leurs contraintes respectives pour endosser une toute nouvelle personnalité. Mais alors, pour le lecteur, c’est un tout nouveau jeu auquel il faut participer : il faut suivre cette épreuve où les personnages se confondent, révèlent leurs identités sans connaître celle de leur interlocuteur. L’auteure réussit le pari de faire participer le lecteur à ce roman.

Des personnages forts

Lila est forte, indépendante, un modèle pour toutes celles qui pourraient lire Shades of Shadows. Elle est le cœur et l’âme de ce roman, l’articulation de tous les chapitres. Son personnage est complexe, aussi imperméable qu’elle peut être douce, aussi intransigeante qu’elle peut être patiente.

Rhy, personnage secondaire du premier tome, est ici au premier plan. Il a une place extrêmement importante, surtout depuis que sa vie est liée à celle de Kell. On découvre une nouvelle facette de sa personnalité, plus complexe, qui ne laisse présager que de bonnes surprises pour la conclusion de cette trilogie.

Alucard est le capitaine du bateau où embarque Lila. Son personnage apparaît dans ce tome et promet de très bons rebondissements. Il apporte avec lui des intrigues secondaires dont nous n’avons toujours pas le dernier mot. Avec tous ses personnages, V. E. Schwab fait parler toutes les minorités, toutes les catégories sociales. Elle provoque, frappe avec justesse.

Une plume hors-norme

V.E. Schwab réussit l’exploit de nous servir un deuxième tome aussi excellent – si ce n’est même meilleur! – que le premier. L’écriture est élégante, fluide. Chaque mot semble avoir été choisi avec soin pour retranscrire l’émotion parfaite. On retrouve la plume presque magique de V. E. Schwab dès les premières lignes. Shades of Shadows reprend tout ce que l’on recherche dans un roman Young Adult, l’action en plus. L’auteure prend le temps de poser le décor et d’approfondir ses personnages jusqu’à ce qu’ils prennent vie dans l’esprit des lecteurs. Le pari est réussi avec ce deuxième tome, qui ouvre la voie pour une conclusion très attendue.

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Kell est le dernier des magiciens de sang, des sorciers capables de voyager d’un monde à l’autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est, à chaque fois, le cœur et l’âme. Le premier, gris, est le nôtre. Le second, rouge, déborde de magie. Dans le troisième, blanc, elle s’est faite rare, et dans le dernier, noir, elle a tout dévoré. Quatre mois ont passé depuis qu’un talisman maléfique est tombé entre les mains de Kell, depuis que le corps de son ennemi a été expédié dans le Londres noir en compagnie du joyau.

Lila s’en est allée. Sans mot dire, au bout de trois jours d’épreuves inimaginables, elle a abandonné là Kell, sur un quai du Londres rouge, pour partir explorer le monde. Depuis, le jeune homme est assailli de rêves menaçants, dont il ne se réveille que pour penser à elle. La capitale bouillonne de fièvre car dans quelques jours commencent les Jeux des éléments, une compétition qui réunit les meilleurs magiciens de trois royaumes voisins, souvent en guerre par le passé. En prévision de l’événement, un navire à la réputation légendaire se rapproche d’ailleurs de la cité, ramenant de vieux amis à terre. Mais pendant ce temps, un autre Londres se réveille et revient petit à petit à la vie. Or rien ne peut venir bouleverser l’équilibre de la magie : pour qu’une ville prospère, une autre doit forcément décliner…

Date de parution : le 22 février 2018
Auteur : V.E. Schwab
Editeur : Lumen
Prix : 16 € (638 pages)
Acheter sur : Amazon

Fashion Drunk, l’album furieusement soul d’Otis Stacks à écouter !

Otis Stacks
Otis Stacks, Fashion Drunk, Underdog Records

Fashion Drunk, l’album furieusement soul d’Otis Stacks à écouter !

Fin 2016 sortait Fashion Drunk, album du duo Otis Stacks porté par le clip du premier single éponyme avec son panda manga rappelant autant Miyazaki que le personnage de Russel dans les clips de Gorillaz. Né de la rencontre entre le chanteur auteur-compositeur californien Elias Wallace et le producteur danois Just Mike également leader du groupe hip-hop punk Dafunikssur, Otis Stacks est né suite à la rencontre des deux acolytes lors  d’un Festival de musique à Nice pour mêler harmonieusement la voix furieusement soul du premier et les boucles musicales du second. L’hommage à Otis Redding et au label soul Stax Records saute aux oreilles dès la première écoute, Elias n’hésite pas à pousser sa voix chaude et profonde pour invoquer Try a little tenderness ou Sitting on the dock of the bay à la manière du grand Otis. Les sonorités hip/hop s’invitent à l’occasion avec notamment l’adjonction du rappeur Gift Of Gab de Blackalicious sur le morceau Fashion Drunk évoquant la frénésie hédoniste d’un milieu musical addict aux excès jusqu’à l’oubli et l’engourdissement intellectuel. The game est l’autre morceau phare de l’album, moins léger qu’il n’y parait puisqu’il évoque la maladie de la femme d’Elias en clamant L’amour, c’est un engagement. Ce n’est pas un jeu. La voix d’Elias y évoque clairement les plus belles heures du label Stax.

L’album multiplie les morceaux Soul, de Sorry à Every Felt en passant par 9th Street. Le passage du chanteur par le rap ne fait pas de doutes, il a envie de revenir parfois à ses premiers amours au détour d’une ritournelle. L’ambiance musicale est assurée à la platine et au clavier par un Just Mike toujours prompt à multiplier les boucles.

Fashion Drunk est un titre produit par Underdog Records et co-écrit par Tobias Jesso Jr.

Dryades, un conte moderne à découvrir aux éditions La Boîte à Bulles

Dryades
Dryades, dessin et scénario de Tiffanie Vande Ghinste, La Boîte à Bulles

Dryades, un conte moderne à découvrir aux éditions La Boîte à Bulles

La BD Dryades raconte la rencontre entre une jeune libraire un peu fantasque et une nymphe qui lui annonce avoir échappé à l’ogre qui la retenait prisonnière. Elles vont tous deux redécorer les rues de Bruxelles et proposer aux habitants de leur quartier des moyens d’améliorer leur existence. Là où elles veulent implanter les graines du bonheur s’immiscent jalousie et rancoeur dans les coeurs des habitants. Ne serait-ce pas l’oeuvre de l’ogre? Une bande dessinée poétique et légère comme une fleur éclos dans la rosée du matin.

Une BD légère et guillerette

Le nom de Dryades remonte à la mythologie grecque, évoquant des nymphes douces et bienveillantes, habitantes et protectrices des forêts. Quand l’une d’elles prénommée Rudica arrive dans le milieu urbain de Bruxelles, elle rencontre Yacha et ne vise qu’à apporter le bonheur. Pourtant un danger la guette, cet ogre auquel elle dit avoir échappé est peut être arrivé dans la ville moderne pour la tourmenter et la récupérer. La scénariste et dessinatrice Tiffanie Vande Ghinste insère des éléments de bande dessinée pour enfant en les destinant au public adulte pour rappeler la légèreté et la poésie du monde de l’enfance. Le dessin tout en délicatesse rappelle aussi bien les mangas que les estampes japonaises pour évoquer l’innocence de la nature peuplée d’animaux fantastiques et de végétation luxuriante. Quand les deux personnages tentent de modifier le paysage urbain à coup de dessins exubérants, elles pensent apporter de l’émotion et de la beauté au sein de la cité grise mais le monde adulte n’est pas toujours prêt à revenir en enfance.

La fable de Tiffanie Vande Ghinste appelle à l’envoutement et au lâcher prise avec son déroulé tout en délicatesse. Une BD à découvrir aux éditions La Boite à Bulles les 7 mars prochain!

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Retenue prisonnière par un ogre dans un chêne, Rudica réussit enfin à s’échapper après trois tentatives infructueuses, grâce à une infusion magique. C’est du moins ce qu’elle raconte… Fraîchement débarquée à Bruxelles, le hasard mettra sur son chemin Yacha, une jeune libraire à la vie un peu morne, délaissée par son colocataire Igor. Ensemble, elle se rendent compte de leur force créatrice hors du commun et décident de l’exploiter pour décorer les rues de Bruxelles, et soigner les gens qui les entourent. Mais l’ogre n’est pas loin, et surtout la ville est semée d’embûches et leurs bonnes intentions pas forcement du goût de tout le monde… Une ballade sensible et poétique au fil des rues colorées de Bruxelles.

Date de parution : le 7 mars 2018
Scénariste(s) : Tiffanie Vande Ghinste
Dessinateur(s) : Tiffanie Vande Ghinste
Genre : Humour
Editeur : La Boîte à Bulles
Prix : 16 € (88 pages)
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L’envers du rêve américain froidement dévoilé dans Moi, Tonya

Moi Tonya
Moi Tonya, film de Craig Gillespie

L’envers du rêve américain froidement dévoilé dans Moi, Tonya

Moi, Tonya offre à Margot Robbie la possibilité de briller dans un premier rôle inspiré de l’histoire réelle de Tonya Harding mêlée au scandale de 1994 avec l’agression retentissante de Nancy Kerrigan. Tous ceux qui ont connu l’histoire à l’époque ont subi de plein fouet la vindicte populaire et l’opprobre des médias contre la patineuse américaine blonde jetée en pâture et condamnée de facto. Le film propose une vision contradictoire pleine d’humour et d’outrance portée par un montage ultra dynamique et des personnages white trash volontairement têtes à claques. Le résultat est évidemment excessif, peut être trop, aboutissant à une histoire ultra subjective et à prendre avec des pincettes. Ce n’est pas demain que l’on connaitra le fin mot de l’histoire…

Une histoire de résilience

Bien malin celui qui dira connaitre le parcours personnel de Tonya Harding. Le film offre un tableau sans concessions d’une jeune fille pauvre passionnée de patinage et décidée à devenir une grande championne. Entre un père qui lui apprend à manier le fusil, une mère au langage de charretière et un milieu furieusement redneck, la future championne s’habitue à la violence de son milieu, ne s’offusquant plus de prendre des claques, reproduisant même le schéma avec son futur boyfriend. Le film verse-t-il dans la farce ou dans la reproduction de la réalité véritable, la question taraude le spectateur qui passe tout de même un excellent moment devant des réparties injurieuses sorties de nulle part et des scènes bigger than life. Insultes, réparties scabreuses et comportements outranciers sont le pain quotidien d’une jeune femme non diplômée pour qui la réussite sur la glace sert d’unique exutoire pour monter l’échelle sociale. Le film insiste sur le mépris d’une aristocratie de la glace qui n’accepte pas son caractère bien trempé et ses tenues cousues à la main, tout à l’inverse des midinettes toutes coulées dans le même moule. Le film insiste tout du long sur sa spécificité, jeune fille élevée par une mère tyrannique (troublante Allison Janney) et prisonnière de son milieu. Mais elle sera la première américaine à réaliser un triple axel dans une année 1991 qui lui verra connaitre la consécration et la reconnaissance.

Une affaire Nancy Kerrigan marquée au fer rouge

Le souvenir de l’affaire Nancy Kerrigan hante les mémoires de médias américains monocentriques. Si le film prend le parti de plutôt disculper Tonya Harding placée au coeur d’une tourmente sans fin, il appartient au spectateur de prendre le recul nécessaire pour ne pas gober tout cru le parti pris du film. Car l’important est ailleurs, dans ce parcours d’une outsider à qui la médaille d’or olympique était promise mais que d’innombrables bâtons dans les roues ont laissé sur le bord de la route de l’American Dream. Là où Hollywood adore montrer des ascensions réalisées à la force du poignet par delà l’adversité, le film choisit au contraire de respecter la réalité et de montrer une jeune fille qui n’a jamais réussi à percer le plafond de verre d’une société profondément injuste et inégalitaire. Mais là où le film réussit à captiver, c’est avec toutes ces scènes surréalistes à coup de Suck my dick et injures diverses. Le film est naturaliste, ce n’est pas la moindre de ses qualités.

Moi, Tonya mérite amplement le coup d’oeil sans néanmoins atteindre le niveau de film inoubliable, la faute à une histoire traitée de manière binaire et à un parti pris avant tout subjectif. Reste Margot Robbie saisissante en jeune femme white trash brut de décoffrage, de quoi bien rire devant son comportement de garçon manqué.

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Moi Tonya
Moi Tonya

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Sortie : le 21 février 2018
Durée : 2h00
Réalisateur : Craig Gillespie
Avec : Margot RobbieAllison JanneySebastian Stan
Genre : Drame, Biopic, Comédie

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Reprise en fanfare du Trahisons d’Harold Pinter au Lucernaire

Trahisons
Trahisons, mise en scène de Christophe Gand, Lucernaire

Reprise en fanfare du Trahisons d’Harold Pinter au Lucernaire

Depuis la fin janvier, les spectateurs peuvent venir admirer à nouveau l’adaptation de Trahisons déjà jouée durant l’été 2017 au Lucernaire. Le même excellent trio de comédiens interprète ces notables des années 70 bousculés dans une confusion de sentiments. Robert, Jemmy et Emma ressortent leurs chemises col pelle à tarte, pantalons pattes d’eph et robes chamarrées pour un jeu de dupes présenté dans un ordre chronologique inversé donnant au public l’avantage sur les personnages de savoir comment tout va se finir sans savoir comment tout a commencé. La petite langue d’Harold Pinter captive toujours autant avec une sarabande de dialogues tout en expressions alternativement outrées ou au contraire dissimulées sous la patine de personnages tellement ambivalents qu’ils en deviennent fascinants.

Un jeu de dupes en clair obscur

Trahisons débute en 1977 pour se clôturer en 1968 avec trois personnages officiellement intimes. Robert (François Feroleto) et Jemmy (Yannick Laurent) sont éditeurs et amis depuis toujours. Le rythme de leur vie sociale s’échafaude autour de parties de squash et de déjeuners fortement arrosés où les discussions portent sur les auteurs et les ouvrages à succès repérés par chacun. Plus le temps recule, plus leurs échanges sont empreints d’une rancune qui s’efface, leurs relations de la fin des années 70 sont plus distendues mais plus apaisées que celles du début des années 70. Le temps fait son ouvrage et l’objet caché de leurs griefs fait maintenant partie des meubles. Car l’épouse de Robert et maitresse de Jemmy, cette Emma (Gaëlle Billaud-Danno) toute en sensualité, a traversé les interdits et sa passion avec l’ami de son ami s’est émoussée. L’intrigue à rebours fascine par le jeu ouvertement excessif des deux interprètes masculins. Tout à tour disert ou plus rentré, les deux amis se livrent à un mano à mano feutré mais éloquent. Harold Pinter décrit en filigrane l’hypocrisie sociale d’une époque où le poids des conventions permet encore de cacher sous le tapis les écarts et les trahisons. Car si les années 70 voient la multiplication des divorces, il n’en est encore que peu question dans les faits, il y aurait fort à parier que la question se serait posée autrement dans une pièce située à notre époque. Les trahisons sont ici des secrets de polichinelles ressemblant à des bagatelles dont les blessures s’amusent avec le temps.

Un décor aussi mouvant que les sentiments

La pièce montée au Lucernaire impose des décors sans cesse renouvelés au fur et à mesure des scènes. Un quidam aux gestes élégamment compassés déboule à la fin de chaque échange pour remuer ou enlever les meubles et transformer le plateau en un nouvel intérieur, figurant la valse des sentiments intérieurs soigneusement renfermés. Le public rit souvent à sa gestuelle soigneusement chorégraphiée pour transformer une étagère en lit ou changer la disposition des chaises. Tout en faisant évoluer un calendrier en sens chronologique inverse, cet homologue clandestin du temps qui remonte ajoute une touche de comédie à un propos plus sérieux que bouffon. Car le triangle amoureux semble se noyer dans les mensonges et les faux semblants, jusqu’à cesser de vivre leur vie pour transformer leur vie réelle en une scène de théâtre mise en abime sur la scène du Lucernaire. Et tout l’art d’Harold Pinter pour les dialogues à double sens prend ici toute son ampleur avec des comédiens qui font étalage d’expressions diverses au fur et à mesure. Légèreté et sévérité se mélangent sans discontinuer pour une impression étrange sur le public. Quand le jeu social prend le pas sur l’authenticité et la sincérité des sentiments, qui peut-on croire et comment peut-on vivre sa vie?

Trahisons laisse un sentiment assez puissant sur l’audience. Les 3 comédiens font honneur à l’esprit de l’auteur avec un jeu séduisant d’ombres et de lumières qui fascine. Une pièce à découvrir absolument au Lucernaire jusqu’au 18 mars!

Dates :  du 24 janvier au 18 mars, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 16h
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Christophe Gand
Avec : Gaëlle Billaud-Danno, François Feroleto, Yannick Laurent, Lionel Pascal

L’égoïsme partagé, la vraie façon de vivre heureux en couple (Eyrolles)

L’égoïsme partagé, la vraie façon de vivre heureux en couple (Eyrolles)

L’égoïsme partagé est le dernier livre écrit par le Docteur Sylvain Mimoun et François Ducroux. Le Docteur Sylvain Mimoun est un spécialiste de la sexologie, à la fois gynécologue, andrologue et psychosomaticien. Quant à François Ducroux, il est journaliste et réalisateur de nombreux documentaires scientifiques.

Des recettes simples et efficaces

Vous avez rencontré l’homme ou la femme de votre vie et vous aimeriez que cela dure le plus longtemps possible ? Alors lisez L’égoïsme partagé. Ce livre est fait pour vous ! Pas de recettes miracles, mais juste des conseils pleins de bon sens. Le plus important : rester souple et  bannir la loi du  » tout ou rien « , si fréquente dans les couples. Ce livre ne fait pas que donner des pistes à suivre, il est aussi empli d’exemples de couples ayant vécu telle ou telle difficulté. Bon nombre d’entre nous s’y reconnaitront !
Même si cela peut vous paraître étonnant, ce livre rejoint le Manuel de la parfaite petite jouisseuse. C’est à dire qu’il est essentiel de se sentir bien dans son corps et dans sa tête pour aimer l’Autre. Il est donc capital de prendre soin de soi, de son corps et ce, quel que soit son âge. La médecine est là pour vous aider si votre corps est un peu défaillant.

Des questions directes et essentielles

Les auteurs posent les bonnes questions :
Que faire face à l’infidélité de son conjoint ?
Notre éducation est-elle un véritable piège à l’amour ?
Faut-il vraiment tout dire à son conjoint ?
Faut-il parler de ses fantasmes ?
Doit-on déclarer son amour au quotidien ?
Comment vivre l’instant présent ?
Comment bien vivre en famille recomposée, avec les enfants de l’autre ?  » Accepter qu’on ne peut être, au début du moins, qu’une marâtre ou un intrus illégitime. «  p.140

Une aide et un guide pour chaque couple

Tout au long du livre, chaque situation analysée va nous permettre de nous projeter. Car nous avons tous déjà vécu plus ou moins ces situations, sans toujours avoir bien su les gérer. Ce livre est là pour nous aider à prendre du recul, à se recentrer sur soi-même et à vivre au mieux les crises qui peuvent exister au quotidien dans un couple. Et attention aux enfants :  » Car l’égoïsme, c’est le mode de fonctionnement de l’enfant. Il est au centre du monde, peu lui importe la satisfaction des parents. «  P.135

L’égoïsme partagé, un livre, plein de bon sens, à lire seul ou en couple. Un livre pour vivre plus heureux et toujours amoureux !

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Le docteur Mimoun, gynécologue et thérapeute de couple depuis plus de 25 ans, a aidé de nombreux couples en crise à retrouver le chemin de l’harmonie. Accompagné de François Ducroux, il expose six grands principes pour être heureux en couple et traverser les inévitables disputes qui surgissent tout au long de la vie à deux.
Bannir la loi du « tout ou rien »
Agir d’abord, penser ensuite
Comment réagir en cas d’infidélité ?
Réajuster l’éducation qui nous rend malheureux
Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire !
Vivre l’instant présent
Riche en témoignages forts de patients, cet ouvrage vous fait pénétrer sans tabou dans l’alcôve du cabinet du docteur Mimoun.
Le docteur Sylvain Mimoun est gynécologue, andrologue et psychosomaticien. Il est directeur du Centre d’Andrologie à l’hôpital Cochin et responsable de l’Unité de gynécologie psychosomatique à l’hôpital Robert Debré. Il est également président de la Société française de gynécologie psychosomatique. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, il participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision.
François Ducroux est journaliste et réalisateur de documentaires scientifiques. Il a été rédacteur en chef d’émissions d’investigation.
« Soyez heureux, votre conjoint vous dira merci ! »
Michel Cymès

Date de parution : le 8 février 2018
Auteur : Sylvain Mimoun, François Ducroux
Editeur : Eyrolles
Prix : 14,90 € (144 pages)
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Un fascinant cinéma de la réalité avec le film palestinien Wajib, l’invitation au mariage

Wajib, l'invitation au mariage
Wajib, l’invitation au mariage

Un fascinant cinéma de la réalité avec le film palestinien Wajib, l’invitation au mariage

La vigueur du cinéma palestinien ne se dément toujours pas à juger par le rythme des films dévoilés chaque année. Wajib l’invitation au mariage imagine une histoire de mariage au sein d’une famille décomposée, avec des parents séparés et un fils parti en Italie. La fiction renvoie constamment à la réalité d’un pays divisé entre religions et origines. Le rythme très réaliste du film invite à la découverte et au questionnement sur un pays qui se construit par delà les rancoeurs historiques et les apparences trompeuses.

Un road movie surprenant au coeur d’Israël 

La majeure partie du film se déroule dans la voiture de Abu Shadi, vieux professeur de 65 ans qui va à la rencontre de ses amis et de ses voisins pour donner en main propre les invitations pour le mariage prochain de sa fille. Aidé par son fils revenu exprès de son exil italien, il tient à respecter la tradition du Wajib. Mais leur parcours va surtout révéler leurs divergences sur la vie et les choix que chacun peut être amené à faire. Si le père reste ancré dans la tradition et le respect des apparences, le fils lui a quitté son pays pour privilégier la liberté et trouver son épanouissement au delà de la chape de plomb gouvernementale. Les tensions se révèlent finement, chacun tentant pendant longtemps de faire bonne figure et de laisser les sujets de discorde sous le tapis. Le film suit un fil du temps réaliste doux amer et se regarde comme une chronique contemporaine sur la situation du pays. Sapins de Noel et statues de la vierge s’accumulent dans une communauté arabe non musulmane parfaitement intégrée dans une classe moyenne cultivée et politisée. Cette politisation a d’ailleurs causé le départ de Shadi pour échapper aux poursuites et vivre sa vie d’architecte en Europe. Chacun de leurs arrêts dévoile une nouvelle pierre dan l’édifice de l’opposition générationnelle et culturelle entre le père et le fils dans un déroulé finement mélancolique et attachant. Le fils pointe du doigt les déchets non ramassés et l’incurie d’une municipalité dépassée, le père rappelle la force du noyau familial et la nécessité de fonder une famille. Chacun ne regarde pas dans la même direction, c’est adroitement amené et le film devient un vrai reportage sur l’état d’un pays certes divisé mais qui tient debout!

Wajib l’invitation au mariage est une vraie pépite de cinéma qui rappelle le naturalisme des débuts de la Nouvelle Vague. Un cinéma de la réalité qui fait plaisir à voir et subjugue par sa parfaite sincérité.

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Wajib, l'invitation au mariage
Wajib, l’invitation au mariage

Abu Shadi, 65 ans, divorcé, professeur à Nazareth, prépare le mariage de sa fille. Dans un mois, il vivra seul. Shadi, son fils, architecte à Rome depuis des années, rentre quelques jours pour l’aider à distribuer les invitations au mariage, de la main à la main, comme le veut la coutume palestinienne du « wajib ». Tandis qu’ils enchaînent les visites chez les amis et les proches, les tensions entre le père et le fils remontent à la surface et mettent à l’épreuve leurs regards divergents sur la vie.

Sortie : le 14 février 2018
Durée : 1h36
Réalisateur :  Annemarie Jacir
Avec : Mohammad BakriSaleh BakriMaria Zreik
Genre : Drame

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Le retour de Guérisseur sur la scène du Lucernaire 32 ans après sa création

Guérisseur
Guérisseur, mise en scène de Benoit Lavigne, Le Lucernaire

Le retour de Guérisseur sur la scène du Lucernaire 32 ans après sa création

En 1986, Laurent Terzieff adaptait au Lucernaire la pièce Guérisseur de Brian Friel. 32 ans plus tard, Benoît Lavigne s’intéresse de nouveau à ce texte central dans l’oeuvre du Tchekhov irlandais pour confronter les visions de 3 personnages sur des faits similaires sur la route de leur éternelle tournée en camionnette. Le guérisseur Francis Hardy, Grace sa femme – ou sa maitresse – et Teddy l’imprésario défilent tour à tour sur scène pour évoquer la vie en mouvement avec ses méandres et donner chacun leur vision particulière d’évènements tragiques. Les 3 monologues précèdent une conclusion glaçante du Guérisseur lui-même et interrogent sur la part du faux et du vrai, d’espoir et de réalité, et de souffrance dans cette histoire d’escroquerie pathétique.

Une pièce lunaire

La scène est jonchée de sièges en métal figurant les spectateur assistant au spectacle donné par le Fantastique Francis Hardy dans les villages les plus reculés du Royaume Uni. Accompagné de ses deux acolytes, il parcourt le Pays de Galles et l‘Ecosse, évitant soigneusement l’Irlande pour des raisons longtemps obscures. Et c’est toute la sève de la pièce, des informations apparemment sans ampleur deviennent significatives au fur et à mesure des monologues successifs, dévoilant des vérités cachées et différemment perçues par chacun. Le prestidigitateur aime à se faire mousser, conscient des limites de son art et de la dureté de la vie en tournée. Il évite soigneusement les sujets qui fâchent, se contentant de jeter de la poudre aux yeux. Puis son amie Grace dévoile de nouvelles informations plus intimes et surtout moins glorieuses sur le truqueur alcoolique et lunatique. Enfin l’imprésario Teddy donne une troisième vision que le magicien de pacotille vient finalement conclure avec un retour sur scène final toujours plus mélancolique. Ce sont les comédiens qui portent le texte dans une pièce piégeuse à tiroirs. Xavier Gallais ou Thomas Durand figurent la grande solitude du Guérisseur perpétuellement en proie au doute. Derrière lui s’enroule et se déroule une grand bannière pour annoncer sa venue aux badauds, miteuse et vieillie mais toujours fièrement dévoilée. Car le personnage de Franck Hardy tient sa petite fierté chevillée au corps, évitant soigneusement les sujets polémiques pour se charger de son auto célébration. Suite à lui, Grace (Bérengère Gallot) et Teddy (Hervé Jouval) sont beaucoup moins péremptoires, alternant avec art entre des propose évoquant des rêves de grandeur et la platitude de leurs réalités. La scène seulement peuplée de chaises figurent deux autres solitudes pas moins vacillantes que celle du Guérisseur.

Faux semblants et contre vérités

Tout l’intérêt de la pièce consiste dans ce voyage à travers les apparences et les points de vue. Car aucune certitude n’a cours dans l’heure et demie de monologues confinant à la divagation. L’humour le dispute à la mélancolie et les regrets affleurent constamment dans les paroles de personnages en marge du monde, presqu’à l’écart de leurs semblables. Ce Guérisseur pourrait apporter la joie aux foules et la richesse à ses acolytes, mais sa douleur de vivre l’empêche de prendre son envol. Et quand il parvient à l’occasion à guérir un quidam, il en est le premier surpris, remettant en cause son don pour bien montrer que non, il n’est peut être pas qu’un charlatan opportuniste, peut être. Brian Friel accumule les détails truculents ou accablants pour donner à ses personnages une épaisseur d’existence et les sauver de l’exil intérieur. Le spectacle évite soigneusement les effets spéciaux pour laisser le fil des mots se déployer dans une langue tantôt authentique tantôt fantaisiste. Et quand se finit la pièce, le doute submerge le public. Qui a donc survécu à cette folle équipée sans lendemain parmi les 3 personnages?

Guérisseur interroge sur l’omniprésence du voile sur les yeux, modifiant à l’envie la réalité des choses pour les enjoliver ou ne plus les voir si elles sont vraiment trop déprimantes. La pièce invite à l’introspection pour un moment de méditation acérée au Lucernaire.

Dates :  du 31 janvier au 14 avril 2018, 19h du mardi au samedi
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Benoit Lavigne
Avec : Xavier Gallais ou Thomas Durand, Bérangère Gallot, Hervé Jouval

Antoine Armedan sort son nouvel album : Sous la Lune et répond à Christine Angot

Antoine Armedan

Antoine Armedan sort son nouvel album : Sous la Lune

Publik’Art est heureux de vous faire découvrir un nouveau talent : Antoine Armedan. Il est à la fois un excellent musicien, un guitariste expert, et un poète. Antoine a commencé la guitare à l’âge de 8 ans et il a composé dès ses 15 ans ! Ce qui explique le duo qu’il forme avec sa guitare !

Toutes les chansons de son nouvel album : Sous la lune, nous enchantent. C’est à la fois très gai, très jeune, et très vrai. Avec un petit côté énergique et humaniste qu’on aime bien ! Plus on l’écoute, plus on l’aime ! A la fois de la pop, du folk et de la poésie ! Un très chouette mélange plein de vie !

Le single  » Si je te disais  » a tourné tout l’été sur Sud Radio et sur Must FM et remporte un franc succès sur ces deux radios (il est aussi diffusé régulièrement sur Antipode, DH Radio et Nostalgie). Le disque est sorti en version digitale le vendredi 22 décembre 2017, et en version physique en février 2018.

« Plan A » : toute nouvelle chanson créée par Antoine en réponse à Christine Angot. Dans l’émission « On n’est pas couché » du 17 février dernier, la chroniqueuse Christine Angot a tenu des propos (d)étonnants : « être artiste, c’est toujours un plan B, le résultat d’un échec« . La réaction a été créatrice ; Antoine Armedan en a fait une chanson. Peut-être parce que l’Art est son plan A. Le résultat assez époustouflant est visible dans la vidéo suivante :

Publik’Art ne peut que vous encourager à le découvrir sans plus tarder :

Cliquez ici pour écouter son nouvel album !

Son clip Si je te disais : 58000 vues sur Facebook

www.facebook.com/antoinearmedan

Une BD qui décrit les doutes et les aspiration de la Génération Y aux éditions la Boîte à Bulles

Génération Y
Génération Y, dessin et scénario de Mauryn Parent, La Boîte à Bulles

Une BD qui décrit les doutes et les aspiration de la Génération Y aux éditions la Boîte à Bulles

4 personnages dans le monde contemporain, âgés entre 20 et 30 ans. 2 couples qui se font et se défont dans une histoire douce amère qui souligne les doutes et les contradictions de ce qu’on appelle habituellement la Génération Y. La bande dessinée mélancolique de Mauryn Parent s’inscrit dans la plus parfaite réalité, entre petits boulots, réseaux sociaux et rêves de lendemains qui chantent au coeur de la ville de Liège. En s’adressant quasiment directement à chaque lecteur au détour d’une bulle ou d’une réflexion, Génération Y parvient à tisser les liens d’une histoire simple et touchante à découvrir aux éditions La Boîte à Bulles.

Un parti pris ultra réaliste 

La dessinatrice et scénariste Mauryn Parent ressemble à une anthropologue plongée dans un monde de déboires quotidiens quand elle décrit l’existence de ses 4 personnages en quête d’avenir. Dans un noir et blanc ultra détaillé seulement parsemé des codes couleurs permettant d’identifier à l’économie chacun des protagonistes, les paysages ressemblent à des décors de théâtre où évoluent 2 jeunes hommes et 2 jeunes femmes pas vraiment certains des chemins à suivre dans leurs vies respectives. Les questions de boulot, de coeur et d’amitié parcourent les 160 pages à la touchante délicatesse psychologique. Pas de super héros ni d’aventures intergalactiques, juste un ton tout en nuances plongeant le lecteur dans un monde de questionnements incessants. Entre un personnage qui imagine faire sa vie en Australie, un autre qui s’ennuie fermement dans son travail et deux amies légèrement rivales, le lecteur entrevoit 4 destins confrontés aux choix auxquels chacun est confronté au moins une fois dans sa vie. Avec les doutes et les appréhensions qui vont avec et ce sentiment trop récurrent d’avoir fait les mauvais choix, jusqu’à une fin qui n’en est pas une, ouverte sur une vie à réaliser, jour après jour, sans plan préconçu ni savoir de quoi demain sera fait.

La lecture Génération Y montre 4 parcours de vie qui rebondissent sur les parcours de chacun des lecteurs, créant une intimité avec des personnages anonymes et pourtant touchants. La BD sera disponible dès le 7 mars 2018 pour une lecture introspective.et touchante.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR, INFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Mauryn Parent raconte au travers d’une année, le quotidien de Lise, Jérémy, Thomas, et Mathilde. Quatre personnages, aux caractères, aux parcours et aux aspirations bien différentes les unes des autres. Ils ont entre 20 et 30 ans et font partie de la génération Y. Hyper connectés, rêveurs et dans le questionnement permanent, d’où la dénomination “Y”, “Why” en anglais qui signifie pourquoi. Ils vivent à Liège, se connaissent tous, de près ou de loin et se rencontrent parfois au gré de ses rues ou de ses événements. L’auteur retranscris leurs interactions, leurs pensées, la vie telle qu’elle est. Par le biais de ces histoires, de ces destins croisés, chaque lecteur pourra peut-être retrouver une pensée, un moment vécu ou encore un lieu connu.

Date de parution : le 7 mars 2018
Scénariste(s) : Mauryn Parent
Dessinateur(s) : Mauryn Parent
Genre : Réaliste
Editeur : La Boîte à Bulles
Prix : 16 € (160 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

Une belle histoire de femme à découvrir dans Choisir de vivre au Studio Hébertot

Choisir de vivre
Choisir de vivre, mise en scène de Franck Berthier, Studio Hebertot

Une belle histoire de femme à découvrir dans Choisir de vivre au Studio Hébertot

L’autobiographie de Mathilde Daudet est adaptée sur scène au Studio Hébertot par Franck Berthier dans un seul en scène tout en émotion. L’histoire de cet homme qui a fait le choix de devenir femme dans sa chair pour être en accord avec son moi profond ne peut pas laisser indiffèrent tant le propos est constamment empreint d’une profonde sincérité. La comédienne Nathalie Mann rend parfaitement justice à un ouvrage qui témoigne d’un parcours de vie longtemps passé à se cacher sous le masque de l’homme viril et respectable pour ne pas se dévoiler et faillir aux yeux des autres. Totalement habitée par son rôle et au bord des larmes lors des remerciements finaux, Nathalie Mann réalise une prestation exceptionnelle et transmet une émotion qui touche au coeur.

Une pièce sous le signe du dépouillement

Dès l’arrivée dans la salle, les spectateurs contemplent une scène jonchée de sacs plastiques vides pouvant figurer métaphoriquement le poids de la dissimulation autant que tous les obstacles à surmonter pour parvenir à devenir enfin soi-même. Car Choisir de vivre débute dans un hôpital où Thierry Daudet doit subir une opération chirurgicale définitive visant à le doter des attributs féminins. De manière compréhensible, l’homme appréhende la souffrance et le risque de ne pas se réveiller. Mais sa décision est prise, il vit depuis 50 ans aux côtés de Mathilde, son double intime, son moi profond et sa véritable identité, qu’il cache à tout le monde parce qu’aux yeux de tous, il est avant tout un homme. La pièce évolue rapidement vers des souvenirs d’enfance qui montrent un adolescent déjà tiraillé par l’envie de revêtir des habits de femme. Les parents se doutant de quelque chose, il doit s’évertuer à cacher ses aspirations profondes et donner le change, jusqu’à devenir un photographe de guerre présent dans les zones les plus chaudes de la planète, à la réputation de dur à cuire chevillée au corps. La comédienne Mathilde Mann se meut dans un espace réduit jonché de sacs et accompagnée d’une musique récurrente soulignant la teneur de ses propos tandis qu’elle figure physiquement l’incessant déchirement du personnage, se débattant sur scène et multipliant les regards intenses. Car l’homme mûrit, se marie, fonde une famille mais son obsession intime ne le quitte jamais, jusqu’à s’imposer à lui, Mathilde doit prendre vie. Ce constat fait basculer le personnage dans une évidence qui changera profondément son existence.

Un témoignage poignant

Raconter une histoire aussi intime a autant valeur de délivrance que d’apaisement. Mathilde Daudet a osé choisir sa vie en allant au bout d’elle même. L’adaptation de Franck Berthier ne travestit jamais cette intention en mettant au centre de la pièce ce tiraillement entre l’esprit et le corps, cette imprécation à fusionner les deux pour aboutir à une identité totale, sans compromis ni arrangements. L’émotion ressentie à la lecture de l’ouvrage de Mathilde Daudet est la même que celle ressentie au Studio Hébertot avec une démonstration in vivo d’un parcours intime singulier et impérieux. Loin de viser au prosélytisme, ce récit expose une vie passée à chercher l’authenticité de soi même la plus complète. Et la pièce retranscrit parfaitement cette volonté de ne pas se trahir et de cesser d’être un autre. Le spectateur imagine l’épuisement ressenti par le personnage à vivre une vie à l’opposé de ses aspirations, la comédienne le fait d’ailleurs parfaitement ressentir tout au long du spectacle. Jusqu’à la délivrance finale et la réunion du corps et de l’esprit dans une fusion libératrice.

Choisir de vivre au Studio Hébertot adapte parfaitement l’ouvrage de Mathilde Daudet  et offre un moment de théâtre bouleversant sur une vie enfin complète après des décennies de turpitudes. Les applaudissement finaux pour Nathalie Mann et Mathilde Daudet présente dans la salle n’en ont été que plus étincelants!

Dates :  Actuellement, mardi et mercredi à 19h, dimanche à 19h30
Lieu : Studio Hebertot (Paris)
Metteur en scène : Franck Berthier
Avec : Nathalie Mann

L’apparition, au delà des doutes et des certitudes

L'apparition
L’apparition, film de Xavier Giannoli, Copyright Shanna Besson

L’apparition, au delà des doutes et des certitudes

Xavier Giannoli imagine une enquête canonique visant à authentifier les dires d’Anna, jeune femme affirmant avoir vu la Vierge Marie dans le sud-est de la France. En plein coeur d’un XXIe siècle soumis à l’omniprésence des technologies, le réalisateur évoque la possibilité d’un appel de la foi, toujours vivace chez des populations toujours enclines à croire sans voir. Vincent Lindon interprète un journaliste partie prenante de l’enquête et désireux de creuser le sujet par la voie de la rationalité, mais comment faire quand la spiritualité prend souvent toute la place de l’esprit jusqu’à brouiller la réflexion? Le film ne vise pas à aboutir à une réponse polémique dans un sens ou dans un autre mais se concentre sur un contexte troublant, avec ses arcanes cachées et ses intérêts secrets. Les 2h de film demandent tout de même une sacrée dose d’endurance…

Loin des polémiques habituelles

L’apparition a beau être un film relativement retors, il évite les écueils habituels des films abordant actuellement la question de la foi chrétienne. Pas de polémique sur la probité morale du personnel pastoral au delà des questions d’intérêt médiatique, pas de scandale caché sous le tapis, Xavier Giannoli évoque la question de la foi sous un angle avant tout spirituel. Le personnage de Jacques (Vincent Lindon), grand reporter revenu traumatisé de son dernier périple journalistique, est le premier surpris d’être sollicité pour participer à une enquête canonique. Aux côtés de prêtres, psychologues et autres laïcs comme lui, il doit creuser la personnalité et l’histoire d’Anna (Galatea Bellugi) pour identifier d’éventuelles zones d’ombres pouvant jeter le doute sur ses propos. Car si la sincérité de la jeune femme semble réelle, il n’est pas impossible que son parcours de vie, ses rencontres ou ses expériences aient pu interférer dans son jugement lorsqu’elle stipule avoir vu la Vierge Marie. Et c’est tout l’intérêt de L’apparition, le réalisateur pose la question de la possibilité d’une apparition sous l’angle avant tout spirituel et non pas sensationnaliste ou polémique. Le personnage de Jacques ne vise pas à révéler un secret nauséabond ou à se faire mousser dans les médias, il visa une vérité, sa vérité, et si son enquête dévoile un contexte caché, ce n’est que pour appuyer la complexité d’un contexte plus que pour jeter le discrédit.

Un film sincère

De nombreux aspects de la foi sont abordés dans un film long et lent qui se donne le temps et multiplie les plages contemplatives tout en réduisant les dialogues au minimum. Le film aborde la question de la fascination des foules pour un phénomène non encore reconnu par l’église mais suffisamment puissant pour toucher l’esprit. Des foules venues de tous horizons se pressent dans le village de la jeune femme, soulignant l’attraction toujours persistante d’un phénomène tel que l’apparition supposée de la Sainte Vierge. Et comme le film ne vise pas à répondre à la question de la véracité sur l’apparition, il se développe dans un mystère grandissant, évoquant la jeunesse de l’héroïne et son contexte de vie. Le film a beau être sincère et intéressant, il a le défaut de ses qualités. Sans rebondissement cinématographique, il reste d’une platitude certes honnête mais jamais vraiment prenante. Et opus s’intéresser à un film sur la foi chrétienne, dans un tel contexte, il faut parfois s’accrocher.

L’apparition est ce que l’on appelle un beau film, honnête et droit mais par trop léthargique. Vincent Lindon fait le job, comme toujours dans ses rôles, mais on aurait aimé voir son personnage creusé un peu plus, jusqu’à devenir plus actif dans l’intrigue.

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L'apparition
L’apparition

Jacques, grand reporter pour un quotidien français reçoit un jour un mystérieux coup de téléphone du Vatican. Dans une petite ville du sud-est de la France une jeune fille de 18 ans a affirmé avoir eu une apparition de la Vierge Marie. La rumeur s’est vite répandue et le phénomène a pris une telle ampleur que des milliers de pèlerins viennent désormais se recueillir sur le lieu des apparitions présumées. Jacques qui n’a rien à voir avec ce monde-là accepte de faire partie d’une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ces événements.

Sortie : le 14 février 2018
Durée : 2h17
Réalisateur :  Xavier Giannoli
Avec : Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao
Genre : Drame

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3 personnages ordinaires au destin extraordinaire dans Le 15h17 pour Paris

Le 15h17 pour Paris
Le 15h17 pour Paris, film de Clint Eastwood, Copyright 2016 Warner Bros. Ent. Alle Rechte vorbehalten. / Keith Bernstein

3 personnages ordinaires au destin extraordinaire dans Le 15h17 pour Paris

Plutôt mal accueilli par la critique, le dernier film de Clint Eastwood mérite pourtant le visionnage pour se rendre compte de l’intéressant parti pris du réalisateur. Le 15h17 pour Paris s’intéresse au destin d’américains moyens, mal partis dans la vie et légèrement déclassés au sein d’une communauté religieuse, aux existences sans relief mais qui, le jour J, font preuve d’une bravoure inespérée, sauvant tous les passagers du train. Le récit est simple mais après tout, c’est la volonté du réalisateur, pas de Rambo surmusclé ni de grands sentiments superfétatoires mais juste des individus ordinaires qui ont su agir au bon moment. Qui peut en dire autant?

Un film à la simplicité effarante

Admettons le facilement, Le 15h17 pour Paris a longtemps des atours de série télé filmée de manière si conventionnelle et si peu originale que le spectateur s’interroge. Mais au fur et à mesure du déroulement du film, Clint Eastwood choisit de mêler des images (fictionnelles) du Thalys et de la vie des protagonistes, de leur enfance jusqu’à la remise de la Légion d’Honneur (réelle) par François Hollande himself. Car les trois héros américains jouent leurs propres rôles, choisis par le réalisateur pour apporter un regain de réalisme à une histoire qui a défrayé la chronique en aout 2015. Un terroriste lourdement armé avec plus de 300 cartouches était tout décidé à faire un massacre dans le Thalys et si un des voyageurs ne l’avait pas intercepté avec sa carcasse de militaire surentraîné, le bilan aurait pu être effroyable. Le fil du film déroule l’existence de quidams sans ampleur qui, le moment donné, font le choix de s’interposer, au risque de perdre la vie. Le film montre bien l’intervention bienvenue de la chance quand les armes du terroriste se sont enrayées mais combien même, Clint Eastwood rend un hommage mérité à ceux qui n’ont pas fui. Car le film reconstitue les images de foule paniquée déboulant dans les wagons pour fuir le terroriste dans un réflexe évident d’instinct de survie. Fuir ou agir, le film pose la bonne question. L’extrême pragmatisme du film n’évite pas à l’occasion les excès d’américanisme que certains jugeront primaire et pose la question de la fascination des armes auprès d’une population confrontée régulièrement à des tueries en milieu scolaire. Mais ne peut on pas applaudir ces personnages anonymes qui ont su faire le bon choix au bon moment? A noter la vision très particulière de Paris et des parisiens considérés comme des gens pas faciles, pour le moins. Les spectateurs apprécieront cette vision si particulière et finalement assez comique de leur condition.

Le 15h17 pour Paris a tout du téléfilm conventionnel mais parvient à toucher les spectateurs par sa démonstration d’une action héroïque véridique. Rien que pour ça, le film vaut le coup d’oeil.

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Le 15h17 pour Paris
Le 15h17 pour Paris

Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers …

Sortie : le 7 février 2018
Durée : 1h34
Réalisateur : Clint Eastwood
Avec : Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Spencer Stone
Genre : Drame, Thriller

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https://www.youtube.com/watch?v=LuIhfw_0-oA

Un mari idéal, ou le divorce vu sous un jour nouveau (Albin Michel)

Leah McLaren

Un mari idéal, ou le divorce vu sous un jour nouveau (Albin Michel)

Leah McLaren est une jeune journaliste et auteure canadienne. Avec Un mari idéal, Leah McLaren s’attaque à la fois au mariage et à la parentalité.

Dès le début du livre, on envisage très vite le scénario. Maya et Nick sont mariés et ont des jumeaux qui ont déjà trois ans. Maya est avocat spécialisée en droit de la famille. Mais depuis la naissance des jumeaux elle se consacre entièrement à eux. Tout a changé entre Nick et sa femme depuis l’arrivée des jumeaux. Maya ne regarde qu’eux. Nick fuit le plus possible le domicile familial où il ne trouve pas sa place. Ce sont les enfants qui dorment avec leur mère dans le lit conjugal… Difficile de se sentir père pour Nick.
Du coup, Nick prend la décision de retrouver sa liberté et de divorcer. Il demande conseil à son meilleur ami avocat. C’est alors que Gray fait rapidement le calcul de ce que va lui coûter un divorce. Comme Maya ne travaille plus, qu’elle est entièrement à sa charge, cela va lui faire perdre toute sa fortune. Il lui propose alors un plan de façon à ce que ça réduise ces fameuses pertes financières.

Nick va suivre à la lettre les conseils de Gray. Il va se transformer en mari idéal. Publik’Art ne vous racontera rien de plus sur la suite de Nick et Maya. Même si on devine le scénario, on se prend au jeu de Nick et du coup, on ne peut que lire le livre de Leah McLaren d’une seule traite !
Un mari idéal, est un livre que tout homme, ayant envie de divorcer devrait lire ! Une belle leçon de vie !

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Depuis la naissance de leurs jumeaux il y a trois ans, Maya et Nick ne sont plus sur la même longueur d’onde : Maya ne se pardonne pas d’avoir renoncé à sa carrière d’avocate pour s’occuper des enfants ; Nick, qui a vu la battante qu’il aimait se transformer en mère au foyer, fuit leur quotidien routinier en se noyant dans le boulot.
Si Maya espère voir Nick s’investir dans leur vie de famille, Nick, lui, n’a qu’un souhait : divorcer. Le seul hic, son salaire de nabab dans la pub. Sur les conseils d’un ami avocat, il élabore un plan d’attaque : jouer au mari idéal, histoire d’inciter sa femme à reprendre le travail et réduire ainsi la pension à lui verser. Parviendra-t-il à convaincre Maya ?
Avec un humour ravageur, Leah McLaren signe une comédie de mœurs très perspicace et un portait ironique du mariage et de la parentalité aujourd’hui.

Date de parution : le 1er février 2018
Auteur : Leah McLaren
Editeur : Albin Michel
Prix : 20,90 € (365 pages)
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Le groupe parisien Niki Niki dévoile son premier album electro pop Absence

Niki Niki Absence
Niki Niki Absence

Le groupe parisien Niki Niki dévoile son premier album electro pop Absence

Niki Niki propose un album résolument électro pop aux sonorités surtout rythmées et synthétiques même si parfois plus guitares. Absence compte 11 titres portés par un trio qui aime à se situer dans une ambiance futuriste aux influences 80’s et 90’s. Le groupe se plait à créer son propre univers combien même des références sauteront aux oreilles des fans de Depeche Mode période Violator. L’ambiance souvent planante appelle au rêve et à l’évasion avec la voix féminine de Mélodie Orru tantôt troublante tantôt obsédante. Les 38 secondes d’ouverture de Prélude plongent tout de suite dans le bain, l’album cherche à faire décoller l’auditeur dans un univers unique et différent, rempli de violons électroniques. Pink Sorrows laisse libre cours à l’omniprésente chanteuse dans un exercice plutôt direct et accessible avec ses variations pop. Absence est le premier morceau de l’album bénéficiant d’un clip et d’une sortie auprès du grand public. Le rythme répétitif se marie avec une voix enivrante qui fait accéder à un univers electro qui ravira les fans. La chanson donne l’impression d’avoir déjà été entendue, devenant instantanément familière pour une écoute en boucle qui ne lasse pas, notamment grâce aux gracieuses vocalises de la chanteuse. Ungenderness baisse de rythme avec sa rythmique tout en claquements de doigts et sa mélodie pop. Pretty sunny funny walk regagne en originalité avec son ambiance trip hop qui évoque Archive à ses débuts quand les voix féminines tenaient le haut du pavé. Glorious days baisse sciemment de rythme pour une première pause langoureuse qui s’incruste dans l’esprit avec toujours cette belle voix féminine suave et captivante. Nothing never dies débute avec un air de guitare qui détonne et ravit en même temps pour un retour aux bases rock lancinantes. Where is the beauty accélère pour une expérience pop à la guitare légèrement saturée qui mériterait un remix techno qui serait du plus bel effet. Statues se veut obsédant et rappelle particulièrement l’ambiance quasi religieuse de certains titres de Depeche ModeDownstairs brouille les voix pour une expérience sonore quasi claustrophobique. Til sunday conclut l’album tout en douceur avec un duo guitare voix pour un bel au revoir.

Absence mérite l’écoute pour découvrir un album qui pourrait bien créer la surprise au printemps 2018.

Les prochaines dates de concert de Niki Niki dans l’hexagone: 
15/03 : Le Chabada à Angers
16/03 : La Nouvelle Vague à St Malo
17/03 : L’Étage à Rennes
03/04 : La Maroquinerie à Paris

Absence est un album produit par Yotanka / PIAS prévu pour le 16 mars prochain.

Cas de conscience, d’un fait divers un drame dans l’Iran contemporain

Cas de conscience, d’un fait divers un drame dans l’Iran contemporain

Cas de Conscience
Cas de Conscience, film de Vahid Jalilvand, Copyright Damned Distribution

Cas de conscience part d’un fait divers regrettable aux conséquences tragiques. En voulant éviter une voiture au conducteur revêche, le Docteur Nariman (Amir Aghaei) accroche malencontreusement un scooter transportant une famille, père, mère et petit garçon inclus. Un incident de la vie qui ne cesse de tourmenter le médecin, sentiment exacerbé par l’arrivée du corps du petit garçon de la-dite famille à la morgue de son hôpital le lendemain. Le médecin est-il coupable de sa mort? Le film s’enfonce dans des sentiments tortueux et contradictoires qui révèlent les magouilles d’un système économique à 2 vitesses dont les nécessiteux sont les premières victimes. Cas de conscience pose une chape de plomb dans l’esprit du spectateur captivé par ce drame de la vie courante dans l’Iran contemporain.

Une histoire à tiroirs

Cas de conscience confronte des individus issus de classes sociales vivant dans le même pays mais dans des conditions quasiment opposées. Le Docteur Nariman bénéficie de conditions de vie confortables mais il ne reste pas enfermé pour autant dans sa bulle. Il a du mal à se remettre de l’accident qu’il provoque involontairement et ne cesse de solliciter le père de famille Moosa (excellent Navid Mohammadzadeh récompensé à juste titre au Festival de Venise du Prix Orizzonti de la meilleure interprétation masculine) pour lui venir en aide. Les refus répétés de ce dernier soulignent sa fierté malgré ses conditions de vie difficiles. L’enjeu du film tourne autour des causes de la mort du jeune garçon, est-il mort suite à l’accident ou pour d’autres raisons? Les deux interprètes masculins vivent chacun un marasme intérieur, tous deux dévorés par leur propre culpabilité et par des visions personnelles de la vérité. La performance de Navid Mohammadzadeh est assez exceptionnelle, tant le spectateur n’a aucun mal à imaginer la rage intérieure de celui contre qui la vie s’acharne malgré son évidente bonne volonté. Le drame a parfois des allures de thriller avec un inaltérable réalisme qui privilégie le jeu des acteurs et des décors naturels.

Le cinéma iranien aime proposer des pépites scénaristiques à intervalles réguliers, Cas de conscience ne déroge pas à la règle. Les performances d’acteur et le scénario à tiroirs ouvrent une lucarne sur une société inégalitaire qui interpelle. Pas de mollahs ici, juste un drame de la vie quotidienne, puissant et prenant.

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Cas de Conscience
Cas de Conscience

Un soir, seul au volant, le docteur Nariman tente d’éviter un chauffard et renverse une famille en scooter. Il les dédommage pour les dégâts matériels et insiste pour qu’Amir, leur enfant de 8 ans légèrement blessé, soit conduit à l’hôpital. Deux jours plus tard, à l’institut médico-légal où il travaille, Nariman s’étonne de revoir la famille, venue veiller le corps sans vie d’Amir. Le rapport d’autopsie conclut à une intoxication alimentaire. Mais Nariman a du mal à accepter cette version officielle qui pourtant l’innocente.

Sortie : le 21 février 2018
Durée : 1h44
Réalisateur : Vahid Jalilvand
Avec : Navid Mohammadzadeh, Amir Aghaei, Zakieh Behbahani
Genre : Drame

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Résultats concours : 2 livres de Sarah Bakewell gagnés : Au café existentialiste (Albin Michel)

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Résultats concours : 2 livres de Sarah Bakewell gagnés : Au café existentialiste (Albin Michel)

Vous avez été 4321 participants au concours. Merci de votre excellente participation. Les heureux gagnants d’un livre de Sarah Bakewell, Au café existentialiste (valorisation unique :  24,90€) avec un tote bag sont les suivants :

Marie Marpeau et Catherine Vial

Bravo à tous ! N’oubliez pas de jouer à nos autres concours du moment !

N.B. : Les lots vous seront envoyés directement par notre partenaire sponsor du concours. La procédure est automatique dès lors que vous avez été tiré au sort. Il n’est donc pas nécessaire de nous contacter. Vous pouvez également nous laisser un commentaire qui nous fera toujours plaisir !

Un témoignage réaliste sur la vie dans les prisons pour femmes avec la Ballade des Dangereuses (La Boîte à Bulles)

La ballade des dangereuses
La ballade des dangereuses, scénario de Anaële Hermans et dessin de Delphine Hermans, Editions La Boîte à Bulles

Un témoignage réaliste sur la vie dans les prisons pour femmes avec la Ballade des Dangereuses (La Boîte à Bulles)

Les éditions La Boîte à Bulles publient La Ballade des Dangereuses, témoignage d’une détenue multirécidiviste dans les prisons belges. L’héroïne Valérie Zézé raconte son expérience des incarcérations successives engendrées par son addiction à la drogue et tous les larcins qu’elle commet pour se procurer ses doses. La BD raconte l’engrenage robotique de l’institution judiciaire, la vie quotidienne déshumanisante dans les cellules et les rapports de force forcément conflictuels qui s’instaurent entre détenues. Quand les perspectives d’avenir s’amenuisent et qu’une reprise en main ferme et définitive est nécessaire pour se reprendre en main, la difficultés s’amoncellent pour sortir la tête de l’eau.

Une vie sans perspectives

La première chose qui frappe à la lecture de la Ballade des Dangereuses, c’est la modification du fil du temps. Le temps trop court de la satisfaction fugace de la dose prise pour combler le manque, le temps immobile de la vie chaque jour répétitive passée en prison entre les 4 murs de la cellule et les balades dans la cour, le temps trop long de la machine judiciaire confrontée aux mêmes solutions d’incarcération sans perspectives de réinsertion. L’héroïne Valérie Zézé ne cache pas son impasse existentielle et l’incapacité de reprendre le fil d’une vie d’enseignante devenue bien lointaine. Les larcins dans un grand magasin conduisent à chaque fois à la case prison avec ses détenues, ses surveillants et ses règles pour survivre. La majorité des pages de la BD expliquent par le détail les codes de l’institution judiciaire et de la vie dans la prison. L’héroïne essaye d’organiser son existence carcérale entre des activités libératrices, lectures, activités rémunérées, sport et rencontres. L’héroïne tente de prendre sous son aile de jeunes codétenues pour leur faire prendre conscience des possibilités offertes par la vie. Le dessin de Delphine Hermans instille une énergie visible via ses traits rapides. Les visages sont aussi finement dessinés que les décors semblent mouvants. Les couleurs au pinceau contribuent également au dynamisme des bulles pour une lecture toute en tension. Le scénario d’Anaële Hermans suit l’existence d’une héroïne ballottée entre ses faiblesses et les tentations néfastes d’une vie sans ampleur.

La BD se finit sur une note d’espoir avec une héroïne qui sait ce la femme qu’elle ne veut plus être et ne sait pas encore la femme qu’elle veut être. La Ballades des Dangereuses se veut une peinture sans concessions d’une société qui n’est pas très tendre avec ses éléments les plus fragiles. Reste cette sensation d’humanité qui transparait à travers les bulles d’une BD prenante et émouvante.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR, INFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Incarcérée pour vol pour la neuvième fois, Valérie Zézé, tente de se réadapter à la vie en prison, entre amitié, solitude, et espoir.
Portée par l’amour de son fils, la foi et ses codétenues, elle va devoir faire face à ses vieux démons et accepter d’affronter la réalité. Sa réalité : décrocher de la drogue, et reprendre sa vie, son existence, et s’appartenir à nouveau.
Comprendre pourquoi et comment elle en est arrivée là, panser ses plaies, et laisser derrière elle la femme qu’elle ne veut plus être.
L’histoire vraie de Valérie Zézé, véritable hymne à l’espoir, poignant, drôle et terriblement humain.

Date de parution : le 7 mars 2018
Scénariste(s) : Anaële Hermans
Dessinateur(s) : Delphine Hermans
Genre : Drame
Editeur : La Boîte à Bulles
Prix : 20 € (122 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

 

La Ballade des Dangereuses
La Ballade des Dangereuses

La Ballade des Dangereuses
La Ballade des Dangereuses

 

 

 

 

 

Le mystère Phantom Thread

Phantom Thread
Phantom Thread, film de Paul Thomas Anderson, Copyright Universal Pictures International France

Le mystère Phantom Thread

Paul Thomas Anderson aime créer des univers de toutes pièces avec ses profils psychologiques compliqués et ses situations sinueuses. Pas de facilité ni de raccourcis, les pièces du puzzle doivent être remises en place et le spectateur n’a que quelques pistes pour s’y retrouver. Phantom Thread ne déroge pas à la règle avec son personnage de couturier en plein noeud oedipien, écartelé entre une mère morte mais omniprésente, une soeur surprotectrice et une petite amie qui tente de trouver sa place. Le film sent légèrement la naphtaline des année 50 avec son ambiance vaporeuse et ses mines compassées. Le voyage dans le temps tient ses promesses pour peu que l’on accepte la poussière et les us d’un autre temps. Pour les autres, le temps semblera légèrement long…

Une plongée dans le temps

Daniel Day Lewis se fond une fois de plus dans la peau d’un personnage tout droit sorti de son imagination et jamais vu auparavant. Vieilli, rachitique et robotique, Reynolds Woodcock répète toutes ses journées sur le même rythme avec ses rituels immuables et son incessante exigence. Le Londres des années 50 sent bon l’Angleterre victorienne de la fin des années 1900 avec ses règles strictes et ses évidences que les années 60 n’ont pas encore remises en cause. Le personnage n’accepte la compagnie féminine qu’à dose comptée, idéalisant sa mère et se reposant sur sa soeur dénommée du sobriquet affectueux My Old So and So. Mais quand il s’éprend de la jeune et belle Alma (Vicky Krieps), Reynolds s’attend à ce qu’elle se fonde dans son univers, celui institué par sa mère et maintenu par sa soeur. L’époque change, les moeurs évoluent et le personnage d’Alma représente une vague qui va tout submerger sur son passage. Paul Thomas Anderson empreint tout son film d’une fine couche de vernis surannée. Poussière et naphtaline ressortent à l’écran jusqu’à piquer les narines et indisposer certain. La musique concourt à cette atmosphère de Rome Antique avec ses statues immobiles figées dans un temps infini. Le résultat est visuellement éblouissant mais le scénario très linéaire et la mise en scène pointilleuse à l’excès rend le film un peu lointain, se coupant des spectateurs pour s’installer dans une bulle de cendres pas encore retombées. Daniel Day Lewis s’évertue à créer son personnage mais sans l’intensité troublante de son personnage oscarisé dans There will be blood. Trop de raideur, trop de conventions et pas assez de bigger than life. L’exercice de style finit par ennuyer par sa sinueuse récurrence et la triplette de personnages ne parvient pas à captiver totalement, faute de variations.

Phantom Thread est aussi compassé que son affiche est stylisée. Richesse et opulence semblent un tombeau dans lequel sont irrémédiablement enfermés des personnages qui s’inventent des rituels pour exister. Sadomasochisme et relations de servitude évoluent tout au long du film mais sans vraiment toucher.

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Phantom Thread
Phantom Thread

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

Sortie : le 14 février 2018
Durée : 2h11
Réalisateur : Paul Thomas Anderson
Avec : Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville
Genre : Drame

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Les Indifférents ou le sentiment de toute-puissance des ados (Belfond)

Julien Dufresne-Lamy

Les Indifférents ou le sentiment de toute-puissance des ados (Belfond)

Julien Dufresne-Lamy nous régale encore une fois avec son dernier roman : Les Indifférents. Publik’Art avait déjà particulièrement apprécié Deux cigarettes dans le noir. Cette fois-ci, dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une histoire dramatique. L’auteur ne le cache pas. Il y a eu un drame. On le sait dès la première page. Mais avant d’arriver au drame, l’auteur s’attache à ces quatre ados et en fait une analyse psychologique très fine.

Scénario très étudié

Justine arrive dans la région d’Arcachon. Sa mère vient de se séparer de son mari, et du coup, elles quittent l’Alsace, et partent toutes les deux à Arcachon où elle a trouvé un poste de comptable. Son patron, un grand notable de la région, lui propose de la loger sur place. Justine va vite faire la connaissance du fils du patron, Théo et se lier d’amitié avec lui. Et ce dernier va lui présenter ses amis de toujours : Léonard et Daisy. Et eux, ce sont des inséparables, les Indifférents. Même si Justine n’est pas du tout du même milieu que ses amis, elle arrive à s’intégrer au groupe.

Avec Justine, on découvre la si belle région du Cap Ferret, puis Arcachon. Les Indifférents sont les rois du monde. Ils en profitent, font des fêtes sur la plage, se retrouvent au lycée… Ils ont le sentiment de toute-puissance de l’adolescence. Rien ne peut leur arriver, rien ne peut leur résister. Ils sont capables de tout.

Période trouble de l’adolescence

Et puis on n’oublie jamais au fil des pages : un jour, un drame a eu lieu à la plage. L’auteur nous tient en haleine. Il revient régulièrement sur ce drame, mais en ne dévoilant quasiment rien. Un petit détail entre les chapitres… C’est Justine qui parle. C’est elle qui dévoile un peu tous les petits secrets des Indifférents. Tout au long du livre, on essaie de deviner ce qu’il s’est passé. Qui a provoqué ce drame ? Qui est responsable ? Et surtout qui est la victime ? On sait qu’il y a eu un mort mais on ne sait pas qui. L’auteur fait en sorte que le lecteur se sente complètement impliqué dans ce drame et tente de deviner le motif de cette bagarre qui a dégénéré et le dénouement de ce drame.

Les codes sociologiques de l’ado

Chaque ado est minutieusement analysé, son contexte familial aussi, ses potes aussi. On s’aperçoit que chacun a ses secrets, ses douleurs, ses non-dits. Le vécu de chaque adolescent nous est dévoilé avec parcimonie. Comme si, nous, lecteurs, devions nous remémorer tous ces détails si importants pour comprendre le drame. Non seulement l’auteur implique les Indifférents, mais également leurs parents. Il s’en est passé aussi des choses inavouables à leur génération. Des secrets plus ou moins enterrés. Des secrets qui font encore mal.

Julien Dufresne-Lamy fait à la fois une analyse sociologique et psychologique de cette période cruciale qu’est l’adolescence. Il a une plume d’une telle précision, que le lecteur se laisse complètement emporté par cette bande de jeunes de dix-sept ans. La seule solution : lire le livre d’une traite ! Mais surtout ne pas le terminer le soir, sinon, votre nuit sera horriblement agitée. Un vrai coup de cœur pour Publik’Art !

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Ils sont les enfants bénis. Les élus. Ils se surnomment les Indifférents.

Ils sont les enfants bénis. Les élus. Ils se surnomment les Indifférents.

Une bande d’adolescents bourgeois mène une existence paisible sur le bassin d’Arcachon. Justine arrive d’Alsace avec sa mère, recrutée par un notable du coin. Elle rencontre Théo, le plus jeune fils de la famille, et, très vite, intègre son clan.

De ces belles années, Justine raconte tout. Les rituels, le gang, l’océan. Cette vie d’insouciance parmi les aulnes et les fêtes clandestines, sous le regard des parents mondains.

Mais un matin sur la plage, un drame survient. Les Indifférents sont certainement coupables.
La bande est devenue bestiale.

Dans un style haletant et incisif, le nouveau roman de Julien Dufresne-Lamy dessine le portrait d’une jeunesse aussi cruelle que prodigieuse.

Date de parution : le 1er février 2018
Auteur : Julien Dufresne-Lamy
Editeur : Belfond
Prix : 19 € (346 pages)
Acheter surBelfond

Une enquête piquante et enlevée au Lucernaire avec Le cercle de Whitechapel

Le Cercle de Whitechapel
Le Cercle de Whitechapel, mise en scène de Jean-Laurent Silvi, Le Lucernaire

Une enquête piquante et enlevée au Lucernaire avec Le cercle de Whitechapel

1888, Londres, en plein coeur de l’Angleterre victorienne, l’assassin court les rues. Le célébrissime Jack l’éventreur sévit dans le quartier de Whitechapel et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Sir Herbert Greville décide de réunir les esprits les plus affutés de son temps pour mettre fin à ses sinistres agissements. L’auteur de la pièce Julien Lefevbre se la joue Ligue des Gentlemen extraordinaires en réunissant certains des cerveaux les plus réputés de l’histoire. Arthur Conan Doyle, Bram Stocker, Georges Bernard Shaw et Mary Lawson turbinent dans une enquête haute en couleur où les rivalités le disputent à l’intelligence dans une mise en scène dynamique et truculente. La pièce a beau duré 1h45, elle passe dans un souffle tant l’ambiance de thriller victorien réussir parfaitement à tenir le public en haleine.

Une enquête fantasmagorique

En 2018, les supputations les plus fantaisistes courent toujours autour de l’identité de Jack L’éventreur. Qui était-il et surtout pourquoi agissait-il de la sorte, ces questions sont encore aujourd’hui sans réponses. Le serial killer le plus connu de tous les temps a inspiré Julien Lefebvre pour échafauder une enquête policière toute en déductions logiques, fausses pistes et découverte finale abracadabrantesque. Tous les ingrédients du thriller policier sont réunis avec 5 personnages hauts en couleur réunis pour résoudre un mystère qui tiraille tout Londres. Et l’auteur réunit l’équipage le plus inattendu qui soit. L’auteur de Sherlock Holmes côtoie l’auteur de Dracula, un tragédien de génie et la première femme médecin de l’époque. Sir Herbert Greville (Pierre-Arnaud Juin) n’y va pas par 4 chemins pour mettre toutes les chances de son côté. Le quintette de comédiens s’amuse follement sur scène au gré des découvertes et des rebondissements. Le vrai héros de la pièce semble être Ludovic Laroche en Arthur Conan Doyle à qui rien n’échappe et qui aura finalement le fin mot de l’histoire. Ses interventions savantes alternent brillamment avec celles d’un Jérôme Paquatte impayable en Bram Stocker excentrique tandis que Nicolas Saint Georges interprète un George Bernard Shaw plus ténébreux qu’impétueux. Stéphanie Bassibey apporte la touche féminine piquante pour dérider tous ces mâles droits dans leurs bottes et aussi fiers que des coqs dans une basse cour. La mise en scène de Jean-Laurent Silvi fait évoluer les personnages dans un taudis insalubre de Whitechapel pour figurer l’indigence d’une époque tragique faite de pauvres très pauvres et de riches très riches.

Une pièce trépidante et pleine de rebondissements

Le Lucernaire a plus habitué son public à des pièces contemporaines ou à des adaptations classiques. Cette trépidante enquête réussit pourtant à remplir soir après soir la salle du Théâtre Rouge avec son plateau de personnages prestigieux et son enquête sans temps morts. L’ambition est ici au divertissement intelligent, sans cadavres sur scène mais avec des passes d’armes intellectuelles qui fascinent un public subjugué. Tous les personnages auraient pu se rencontrer, peut être même se connaissaient-ils, les voir en découdre sur scène dans une ambiance de duels feutrés touche parfaitement sa cible, le moment de théâtre est aussi truculent qu’inventif. Et comme le coupable est démasqué à la fin, le public s’en va avec la sensation d’avoir assisté à un spectacle total. Des comédiens convaincants, une mise en scène évocatrice et une intrigue rondement menée, il ne manque rien pour réserver sa soirée au Lucernaire.

Le Cercle de Whitechapel sera joué jusqu’au 15 avril au Lucernaire pour découvrir les rouages les plus experts d’esprits humains aiguisés et perspicaces. C’est toujours mieux qu’une série américaine sans saveur à la télévision…

Dates :  Du 31 janvier au 15 avril 2018, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 18h
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Jean-Laurent Silvi
Avec : Stéphanie Bassibey, Pierre-Arnaud Juin, Ludovic Laroche, Jérôme Pasquatte, Nicolas Saint-Georges

Say Something, à la recherche de la vérité (Albin Michel Jeunesse)

Say Something, à la recherche de la vérité (Albin Michel Jeunesse)

Say Something, signé Jennifer Brown, vient de sortir aux éditions Albin Michel Jeunesse. Après Hate list, Jennifer Brown signe là un second roman tout aussi poignant que le premier.

Un complément de Hate list

Paru six ans après le phénomène Hate list, Say Something vient le compléter. Le point central reste le même dans les deux romans : Nick Levil ouvre le feu dans le foyer de son lycée, visant toutes les personnes de sa  » Liste de la haine  » et se suicide. Pour Valérie, sa petite amie et personnage principal du premier roman, son rêve d’avoir une vie normale part en fumée : les médias, la police, les lycéens et même ses amis sont persuadés qu’elle était au courant, alors qu’il n’en est rien. Dans ce nouvel opus, centré sur David, meilleur ami de Nick, la question de la culpabilité resurgit. Parce que quelqu’un était forcément au courant.

Un sentiment d’impuissance

Le roman est découpé en deux parties. Un chapitre sur deux, on suit David actuellement, plusieurs mois après la fusillade. Et pendant les autres chapitres, on découvre l’histoire que l’on connaît depuis Hate List, du point de vue de David. Chaque chapitre sur son année de première nous rapproche un peu plus du moment fatidique. Le lecteur le sait mais ne peut rien y faire, on sait que la fusillade va avoir lieu. On est impuissant, exactement comme l’ont été David et Valérie devant la descente aux enfers de Nick. Ce sentiment d’impuissance est exacerbé dans cet opus.

Le poids de la culpabilité

Say something est un texte extrêmement court, qui traite de la culpabilité et des dangers du silence. Juste avant la fusillade, David remarque que quelque chose ne va pas, il aurait même pu avoir l’occasion de stopper Nick – ou pas, mais il ne le saura jamais – avant qu’il ne soit trop tard. Et un an après, personne ne comprend le mal-être de David, rongé par ce silence jour après jour.

Et si…

Tout comme pour David, une terrifiante question s’impose au lecteur, une question qu’on refuse de se poser, parce qu’on en connaît déjà la réponse : Et s’il avait parlé ? En plus de la culpabilité, l’incertitude, les  » et si…  » . En plus de ça, rien n’a vraiment changé au lycée. Si David avait pensé que la fusillade les aurait rapprochés, aurait mis fin au harcèlement dont il était victime tous les jours, il n’en est rien. Tous se disent incapables d’oublier la fusillade et pourtant, à part des vitres pare-balles à l’entrée du lycée, c’est comme si celle-ci n’avait jamais eu lieu.

Un roman à lire, en complément de Hate list

Say something est un roman douloureux de réalisme, poignant et touchant, sur des thèmes compliqués à aborder en littérature Young Adult.

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David Judy sait ce que c’est que le harcèlement. Depuis longtemps. Avec un nom féminin, une voix douce et une apparence timide, il est la proie idéale pour les caïds du lycée. Heureusement, il a une amie, Valérie. Grâce à elle, il fait la connaissance de Nick, et a – enfin- l’impression d’être à sa place.
Alors qu’il soupçonne Nick de préparer sa vengeance contre ceux qui les ont fait souffrir, David n’ose rien dire. Crainte de rompre cet équilibre enfin trouvé, ou habitude de taire ses doutes et ses peurs ?
Quand il trouve enfin la force de parler, il est trop tard…

À partir de 13 ans.

Date de parution : le 3 janvier 2018
Auteur : Jennifer Brown
Editeur : Albin Michel
Prix : 9,90 €
Acheter sur : Amazon

« Trois Soeurs » ici et maintenant

Les Trois Soeurs © Thierry Depagne

« Trois Soeurs » ici et maintenant

Le jeune metteur en scène australien Simon Stone propose une version contemporaine des Trois Sœurs d’Anton Tchekhov dont il fait entendre au présent les résonances générationnelles. Une relecture vibrante.

Les trois sœurs au destin empêché sur lesquelles se focalisent les enjeux de cette adaptation s’apprêtent à fêter l’anniversaire d’Irina, la plus jeune. Le deuil du père, mort il y a un an tout juste, s’est achevé.

La pièce écrite en 1900 cristallise l’existence quasi sans horizon de trois jeunes femmes : Olga, Irina et Macha arrivées là dans les bagages de leur père et qui rêvent de retourner là où elles ont passé leur enfance.

Mais l’élan vers l’avenir paraît définitivement enlisé, et le rêve du retour est marqué du sceau de l’illusion pour une jeunesse qui se perçoit sans avenir et échouée dans un monde trop vieux.

Le metteur en scène qui conserve la structure de l’œuvre et les relations entre les trois protagonistes dont les liens étroits tantôt les mobilisent dans leurs actes, leurs désirs ou au contraire les paralysent dans leurs rêves inaccomplis, n’a aucun mal à les confronter à la vacuité et à la dureté de notre époque ainsi qu’à ses paradis artificiels (drogue, alcool, sexe, jeux vidéo).

On parle du Brexit, des réfugiés, de Donald Trump et on boit des mojitos en chantant Britney Spears ou David Bowie.

Et si les personnages de Tchekhov rêvaient de rentrer à Moscou, le paradis perdu, ceux de Simon Stone rêvent de Berlin ou de New-York.

S’orchestre alors sur fond d’actualité saisissante, le désenchantement d’une génération aux prises avec sa quête de sens, sa place à prendre, son errance, ses histoires d’amour qui finissent mal en général sabotées par les angoisses et les illusions perdues.

Un vertige d’ailleurs phagocyté entre illusions et frustations

Dans cette temporalité propre à Tchekhov et que recrée le dramaturge où s’intercale le temps qui passe entre un futur en pointillé, un présent suspendu, un passé mortifère, les personnages sont à la fois forts et fragiles, ridicules et poignants.

Ils se consument à la brûlure de cette urgence de vivre où des couples se cherchent, se font et se défont, s’abandonnent et se perdent à travers des envies d’ailleurs, des idéaux malmenés, des fêlures existentielles, des trahisons intimes, des manques et des drames.

Univers grossissant où tous les rêves naissent, piétinent, se figent et sur lequel s’ouvre et se referme symboliquement la maison aux deux étages bâtis sur un plateau tournant dont la scénographie permet de multiplier les angles et de scruter au plus près des personnages, une tension ambiante.

La distribution emmenée d’une main de maître, habite d’une humanité ardente, ce vertige d’ailleurs phagocyté entre illusions et frustrations.

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Dates : du 16 au 17 février 2018 l Lieu : Le Quai – CDN Angers Pays de la Loire
Metteur en scène : Simon Stone

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