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Festival Cinemed 2017, premier de cordée en Méditerranée.

 

La joie des deux néophytes italiens, le réalisateur Dario Albertini dans les bras de son acteur Andrea Lattanzi, immortalisée par © Jérémy Aliot.

Le 39e Cinemed de Montpellier s’est achevé après une semaine de succès populaire et critique.

 

Manuel, de Dario Albertini, Antigone d’or 2017.

Douceur, clémence et tempérance, voici quelques uns des ingrédients qui ont fait de cette nouvelle édition du Festival International de Cinéma de Montpellier, le Cinemed, une réussite globale tant sur le plan du climat, que j’ai décrit plus haut avec ces trois mots, que dans son organisation et sa sélection officielle. Les cieux nous étaient-ils favorables ? Toujours est-il qu’il y a longtemps que je n’avais pas connu d’édition sans écharpe, ni manteau pour les fins de soirées. Dérèglement climatique ou promesse méditerranéenne, que sais-je si ce n’est que l’unanimité ne fut pas qu’au niveau des températures, mais aussi, et surtout, pour le palmarès de cette édition 2017. (Em)Manuel, élu à la majorité écrasante prénom de l’année 2017, et Antigone d’or du Cinemed du Jury présidée par la gracieuse Aure Atika, méditerranéenne par excellence. Sans oublié de rafler le prix de la critique, ni même celui de la Radio Nova. Ça s’appelle un grand chelem en langage sportif. Fortissimo, pourrait se dire au fond de lui Dario Albertini, regista italien de cet uppercut à la sensibilité rare. Premier film pour lui, passé par le documentaire. Premier film également pour Andrea Lattanzi, acteur principal, le fameux Manuel du rôle-titre, présent pendant toutes les secondes de toutes les images de ce long métrage qui faisait l’ouverture de la sélection officielle. Dans un film à forte inspiration du cinéma d’Europe de l’Est venu de Roumanie, entre autres, on y suit l’itinéraire d’un plus vraiment enfant pas trop gâté par la vie. De ces derniers instants en foyer autogéré, à la reprise de sa vie d’avant dans un appartement vide et dévitalisé, le parcours initiatique sous forme de road-trip de Manuel ne sera pas de tout repos.

Une étoile est née au Cinemed de Montpellier, Andrea Lattanzi dans Manuel.

On est loin de l’Italie en couleur et en grandeur de FelliniAlbertini, comme la plupart de ses récents compatriotes, scrute dans le blanc des yeux ce rêve envolé d’une Europe riche et prospère. Le cadre est d’une rigueur et d’une beauté formelle absolue. Pas moins que le jeu tout en émotion contenu, en fêlures dissimulées, et en responsabilités imposées, composé par Andrea Lattanzi. Le contexte est difficile, le rythme est lent, mais le duo composé par les caméras d’Albertini et la présence carnassière de Lattanzi, offre une valse d’émotion jamais à la limite du pathos, toujours à la recherche de la symphonie parfaite dans un monde qui ne semble plus l’être. Que reste t-il, hormis l’amour maternel, familial, à part les éphémères néons de devantures qui ne brillent que la nuit ? Des instants de grâce comme ces rencontres impromptues remplies d’humanité et de légèreté, celle de Manuel et de Frankino, le littéralement sans-dent et son triporteur en panne, qui débouchera sur une scène de danse matinée de poésie et de candeur. Tellement chaleureuse. La vie, la vraie, pas celle qui se joue en chiffre binaire un peu partout dans le monde. Celle qui remet les Hommes au centre du jeu.

Tout commença par une Razzia populaire.

Razzia de Nabil Ayouch, une ouverture forte du 39e Cinemed.

Heureusement que je m’étais mis en jambe avec la générale du ciné-concert des Lumières de la ville, de ce cher Charlie Chaplin, en ce vendredi 20 octobre 2017, date d’ouverture de la 39e édition du Festival Cinemed, car ce qui allait suivre allait être costaud. Des rires aquilins du jeune public scolaire à la symphonie sans fausse note délivrée par l’Orchestre national de Montpellier Occitanie, en passant par la folie burlesque ultra-chorégraphiée de la scène de boxe de Chaplin, l’art comme vecteur essentiel de la culture n’aurait pas choisi meilleur avocat pour plaider sa cause. Une nouvelle audace du Cinemed à classer à côté de la mémorable prestation de Sergi Lopez l’an dernier. Le pluriculturel, une marque imposée en 3 ans par son directeur Christophe Leparc.

Maryam Touzani, symbole de la résilience féminine.

Un crochet au festival de films lycéens en salle Pasteur pour prendre la température des aspirations et inspirations des générations futures (deux court métrages dystopiques tout de même), puis nous revoilà à Berlioz, salle magique, amphithéâtre moderne où la carrière de Manuel sera lancée et adoubée par la plèbe cinéphile de Montpellier une semaine plus tard. Pour l’instant, c’est Razzia, et le phénomène marocain, Nabil Ayouch, qui aura droit à son moment de gloire, une ouverture de Cinemed. Certains de mes confrères semblaient dubitatif devant ce bel homme, bel esprit, lui reprochant un manque de glamour pour lancer cette 39e édition. Deux heures plus tard, la standing-ovation de plus de cinq minutes parle pour tout le monde. Ayouch et sa muse, actrice dans le film, Maryam Touzani, ont fait une razzia sur les cœurs des festivaliers montpelliérains. Personne ne s’attendait à ce tsunami d’émotions provoquées par des situations propres à l’histoire du Maroc, mais aux résonances tellement contemporaines et surtout universelles. Nabil Ayouch fait montre d’une intelligence rare quand il dessine trait par trait ce crescendo révolutionnaire inéluctable en partant du sujet le plus évident pour l’Homme, la communication, pour enfin déchainer les passions face à l’humiliation subit par les plus vulnérables quotidiennement. Amine Ennaji incarne avec retenu et dignité cet enseignant berbère écrasé par l’arabisation forcée de ses élèves. Maryam Touzani est le porte parole de ces marocaines contemporaines qui vivent sous le joug d’un machisme latent et récurrent légalisé et encouragé par un islamisme rampant. Abdelilah Rachid se rêve en Freddie Mercury de Casablanca, métropole moderne et cannibale qui dévore la passion de ses jeunes en les laissant livrés à eux-même. Il est la touche de légèreté de Razzia, il en sera le détonateur plus symbolique que jamais. Un film choral où la maitrise formelle s’adjoint à un propos dense et corrosif. Une vraie mèche artistique. La plus forte pour illustrer le Printemps Arabe du Maghreb. Après avoir traiter de la radicalisation avec Les chevaux de Dieu, puis créer la polémique avec Much loved, Nabil Ayouch se fait plus que jamais porte parole d’une génération qui refuse d’être ramené en arrière, tout en dénonçant les imperfections de la modernité capitaliste et individualiste. I want to break free !, comme dirait Freddie. Une des plus belles soirées d’ouverture depuis des années à Cinemed.

Une compétition très relevée et hétéroclite

Christophe Leparc et son équipe dirige de main de maître ce festival qui ne cesse de gagner en intensité et en densité au fur et à mesure de ses éditions.

Vivement la 40e rugissante !

Rarement compétition officielle à Cinemed n’aura été aussi relevée. C’est dire la performance de Manuel au niveau du palmarès. Je passerai discrètement (shame on me) sur Dede, de la géorgienne Mariam Khatchvani, Prix du Public Midi Libre, et sur Wajib, de la Palestinienne Annemarie Jacir, Prix du Jury Jeune Public, que je n’ai pu rattraper à temps, mais précédés de flatteuses réputations populaires et critiques. Dede a un mérite supplémentaire, ici à Montpellier, car sa réalisatrice a décroché la Bourse d’aide au Développement du Cinemed en 2014, faisant d’elle un véritable enfant du cru. Ce film souligne le rôle prépondérant que joue le Festival de Montpellier dans la chaine culturelle autour de la mer Méditerranée en y soutenant chaque année des jeunes (ou moins jeunes) artistes plein d’abnégation sur la longue route de la production audiovisuelle. Un acte fort et nécessaire pour que le son de cloche de toutes les régions puissent résonner de concert, qu’importe les vérités qu’elles auront à dire. En cela, on peut souligner le travail fort depuis des décennies de Géraldine Laporte, Michèle Driguez ou encore Aliénor Pinta, dans les principales catégories du Cinemed, respectivement, long métrages, court métrages et documentaires. Garantissant homogénéité, continuité et qualité.

Lyna Khoudri, un des visages marquants de ce Cinemed, vue dans les Bienheureux.

Suivie est également la trajectoire de Walid Mattar au Festival Cinemed après y avoir présenté 3 court métrages. Cette année, c’est le grand saut avec son premier long, Vent du Nord, sélectionné en compétition et doté d’un casting assez savoureux avec le truculent Philippe Rebbot, qui nous a gratifié d’un look mi-hipster, mi-US Farmer, lors de la présentation du film, la toujours renfrognée mais néanmoins délicieuse Corinne Masiero, ou encore le jeune et prometteur Kacey Mottet Klein. Une confrontation pleine d’à propos entre le Nord et le Sud, entre la France industrialisée en perte sèche de vitesse et la Tunisie jeune et pleine d’illusion devant le grand autel du Capital. Une délocalisation sauvage qui fait des laisser-pour-comptes des deux côtés de la Méditerranée. Mais, des misérables en France toujours moins misérables que les misérables en Tunisie à travers cette scène brillante formellement et discursivement où le personnage de Philippe Rebbot croise son homologue tunisien qui lui a pris sa place à l’usine délocalisée, ce dernier dans un train au bord du désespoir sentimental et financier, l’autre dans un bus le ramenant de vacances dorée vers sa France. Dur et éloquent.

Deux autres films de la compétition mettent en lumière les braises sur lesquelles reposent actuellement le Maghreb : l’algérien Les Bienheureux, de Sofia Djama, et le marocain Volubilis, de Fouazi Bensaïdi.

Les Bienheureux, très bien nommés, ce sont Amal et Samir, couple aisé d’Alger interprété par Nadia Kaci et Sami Bouajila, mais aussi leur fils Fahim. A travers une simple nuit d’errance et de volupté dans la nuit algéroise, cette famille, en apparence exemplaire, va voir des années de rancœurs et de colères transparaître dans leurs actes. Et qui mieux que la jeune et explosive Fériel, amie d’enfance de Fahim au destin flirtant directement avec la Décennie Noire algérienne, pour étaler sa vérité crue sur grand écran. Fériel, c’est Lyna Khoudri, véritable révélation à l’émotion vive et à fleur de peau. Si un prix d’interprétation devait surgir à Cinemed, nul doute qu’elle serait le pendant du nouveau De Niro, Andrea Lattanzi. Sofia Djama dresse une portrait à chaud de l’Algérie moderne prise entre désir de lendemain heureux, échappée occidentale et corruption, tout en appuyant férocement sur l’humour noir anti-islamiste. Un de mes coups de cœur.

Volubilis noircit également ce trait désespoir au Maghreb à travers une lutte des classes sans espoir. Soit l’histoire d’amour vénéneuse entre Abdelkader et Malika, jouée avec retenue et force par la prometteuse Nadia Kounda, qui se heurtera aux castes les plus aisées et corruptrices de la haute société marocaine. Un film qui dresse un constat implacable, mais qui manque de nuance dans son interprétation et dans son écriture.

Le dilemme de Luna, mis en exergue par la performance de Laetitia Clément.

Tout le contraire de Holy Air, du palestinien Shady Srour, le bol d’air (saint) de la compétition. Un véritable acte de légèreté assumé et assuré de main de maitre par son réalisateur, mais également acteur principal. Le pitch : à Jérusalem, Adam décide de changer de boulot pour vendre des bouteilles remplies d' »air saint », soit le pendant de l’eau bénite de Lourdes, et ce pendant que sa femme tombe enceinte. Humour absurde et pince sans rire à gogo, rythme lent et burlesque, on pense à Blake Edwards ou à la poésie comique de Buster Keaton. On aime. On adore aussi la sensualité dégagée par Laëtitia Eïdo, qui donne parfaitement le change à la bonhommie d’Adam.

De sensualité, il y est fortement question dans le premier long métrage de la française Elsa Diringer, Luna, incarnée littéralement par la débutante Laetitia Clément. Il est peu dire qu’elle irradie l’écran de sa beauté solaire et insolente. Mais, il fallait bien ça pour faire face à Rod Paradot, la révélation à fleur de peau de La tête haute. Le film traite d’un sujet assez confidentiel et tabou, le viol masculin, et ses conséquences sur la vie d’une bande de jeunes qui voulaient « simplement s’amuser ». Tourné en grande partie dans la région, Luna propose une intéressante étude de cas de l’effet de groupe face aux décisions individuelles. On y retrouve la piquante Lyna Khoudri, qui avec Les Bienheureux, possède donc deux films en compétition. Pas mal pour une débutante.

Premières : La Villa de Guédiguian, Marvin, Anne et les autres.

Le Cinemed, côté avant premières, avait commencé fort avec sa soirée d’ouverture. Il est assez facile (et peu dire) que Tout nous sépare, entre le film du vendredi et celui-du samedi au casting ô combien plus clinquant. Jugez-en vous même : un couple tout feu, tout flamme (sic) incarné par les biens nés Nicolas Duvauchelle et Diane Kruger, un débutant aux rimes acérés, le rappeur Nekfeu, le tout chaperonné par la marâtre du cinéma français, j’ai nommé la sérénnissime Catherine Deneuve. Scénario de Cédric Anger, réalisé par auteur du remarquable Les yeux de sa mère. Et pourtant, rien ou presque à sauver tant le film n’a ni queue, ni tête, souffrant ici et là de nombreuses incohérences aussi bien formelle que narrative. Et si Klifa avait inventé le Giallo miévreux ?

La barre se redresse assez aisément avec Le brio, efficace école de la vie en accéléré où une banlieusarde dotée d’une sacrée gouaille, la formidable Camélia Jordana, doit faire équipe avec la caricature du professeur omniscient, pédant, et raciste sur les bords, Daniel Auteuil sur pilote automatique. Trop manichéen et assez facile dans le genre les opposés s’attirent, le nouveau film de Yvan Attal n’en demeure pas moins une œuvre humaniste à mettre devant pas mal d’yeux de la nouvelle génération.

Mercredi, direction le Diagonal pour ma première séance hors les murs cette année, Le semeur, premier film de sa réalisatrice Marine Francen, qui aura murit son œuvre pendant 5 ans. Le temps de se faire doubler par la fille Coppola avec qui elle partage un pitch assez similaire aux Proies de Don Siegel. Dans l’arrière pays, un village de femme se retrouve livré à lui-même avec l’arrestation de tous les hommes suite à l’avènement de Napoléon III. Elles se font alors la promesse de se partager le prochain homme qui passera au village. Alban Lenoir sera l’heureux chanceux surtout avec la sémillante Pauline Burlet à la tête de ses futures conquêtes. Violences verbales, psychologiques et physiques sont au programme de cette reconstitution réussie.

Grégory coupe du bois, Marvin s’égaie.

Puis survient un des véritable coup de cœur de ces 8 jours de Cinemed, Marvin ou la belle éducation, d’Anne Fontaine, réalisatrice au ton souvent juste et à la peinture brut. Le traitement de l’homosexualité est au centre de ce film où il est question de Marvin, élevé par une famille de déclassé bourrue et addict au pastis. Marvin, c’est d’abord le jeune débutant Jules Porier, victime d’un père simple reproduction d’un héritage paysan qui semble cumuler toutes les tares possibles. A l’école, c’est pas mieux. Puis, si quand même, lorsqu’il tombe sur un cour de théâtre qui lui ouvre la perspective de se découvrir lui-même et sa sexualité. Le gamin est formidable d’énergie rentré, éclipsant même la partition de sa version adulte incarné par le pourtant très doué Finnegan Oldfield. Ce nouvel itinéraire d’un enfant pas gâté par la vie après Manuel est une réussite totale et sensible, jusque dans ses seconds rôles, les impeccables Gregory Gadebois et Vincent Macaigne. De la belle ouvrage.

Le trio magique de Guédiguian : Meylan, Ascaride & Darroussin.

La magie du cinéma, c’est d’oublier un film génial par un autre succulent dès le lendemainà 9h30, en projo presse, soit La Villa de l’inoxydable Robert Guédiguian. Tel un Woody Allen, on attend imperceptiblement la nouvelle fiction du marseillais, lui qui a su aménager son propre bestiaire composé d’Ariana Ascaride, de Jean-Pierre Darroussin, de Gérard Meylan ou plus récemment d’Anaïs Demoustier. Humour sans filtre, réflexions philosophiques sur le temps qui passe, la famille, l’ouverture aux autres, le respect des traditions la modernité, le monde entier est fait, refait et défait dans une calanque marseillaise. Guédiguian sait viser juste, ni trop haut, ni trop bas. Avec d’autres cela pourrait paraitre kitsch voir obsolète, avec lui et ses gouailleurs impayables parmi lesquels en tête trône l’excellent Darroussin, on ne fait que se régaler. Vivement la prochaine réunion de famille avé l’accent !

Malgré la multitude de sujet plombant survolé par Marvin et La Villa, la bonne tenue des deux, alliés par quelques répliques chaleureuses de comédiens en or, j’étais en plutôt bonne condition pour Plonger vers la conclusion de ce 39e Cinemed avec Mélanie Laurent. Tout commence plutôt bien (et fait surtout suite au délicieux palmarès donné en introduction), inspirée, l’actrice réalisatrice à la blondeur remarquable puise son introduction du côté de Malick. Maria Valverde y est pénétrante de sensualité, généreuse et vénéneuse, face à un Gilles Lellouche contenant sa bestialité virile. Le sujet également est prenant, soit l’impossibilité pour un artiste de rentrer dans le cadre métro-boulot-dodo, encore plus quand surviennent les responsabilités. Le traitement du reste sera plus nébuleux et opaque sentimentalement parlant. Lellouche possèdait-il la palette suffisante pour jouer tout cela et porter un film entier sur ses larges épaules, j’en doute.

Cela n’enlèvera rien à mon ressenti général concernant l’excellence atteinte par le management et la programmation de cette 39e édition du Festival Cinemed, événement plus que majeur par sa densité intellectuelle, politique, sentimentale dans le paysage audiovisuel français. Et ce malgré le fait que je n’ai pu qu’effleurer le focus sur la jeune garde Algérienne, la carte blanche au duo TolédanoNakache, ainsi qu’à la si solaire Dominique Cabrera, les rétrospectives de Trueba, de Lattuada et de Allouache, l’hommage postume à l’enfant du Cinemed, Manuel Pradal, sans oublier la succulente Nuit en Enfer, de retour. L’équipe du festival, réunie autour de son directeur Christophe Leparc, aura réussi à nous trouver de nouvelles perles tout autour de la Méditerranée, dont de nombreux premiers films de très haute volée, avec pour point commun d’être des premiers de cordée pour la génération actuelle, et bien sûr, aussi de celles à venir. Résilient, passionné, discursif, féministe, contemplatif, populaire. Envers et contre tout, direction la 40e rugissante.

 

Les légendes Borg et McEnroe ravivées avec classe sur grand écran

Borg McEnroe
Borg McEnroe, film de Janus Metz Pedersen, Copyright Universum Film

Les légendes Borg et McEnroe ravivées avec classe sur grand écran

La finale de Wimbledon 1980 avec l’homérique affrontement Borg/McEnroe est devenu un saint graal pour les amateurs de tennis que les combats Federer/Nadal assouvissent dorénavant pour une postérité similaire sans doute prévisible à l’avenir. L’affrontement de deux styles et de deux tempéraments est devenu le match de tennis le plus légendaire de l’histoire avec cette image finale d’un Borg à genoux que les adolescents du monde entier ont accroché dans leurs chambres dans les années 80. Les téléviseurs ont largement relayé ce duel mémorable entre l’américain gueulard mais talentueux et l’invincible suédois froid comme un iceberg. Mais la légende contient sa part d’ombres et de secrets que l’excellent film de Janus Metz Pedersen expose brillamment dans une évocation toute en sensibilité et surtout à l’opposé des images habituelles qu’en ont le grand public.

Un film avant tout psychologique

A la sortie du film, le sentiment profond que l’opposition Borg/McEnroe n’est qu’une création de toutes pièces par des médias amateurs de sensationnel ne cesse d’interloquer le spectateur. Plus qu’un combat titanesque qui clôture tout de même 1h48 de flashbacks et de matchs savamment chorégraphiés, le film revient surtout sur deux parcours de vie si ressemblants qu’un trouble s’installe fatalement dans l’esprit de ceux qui voyaient surtout le combat du gentil contre le méchant. Des laborieuses années d’entrainement à l’envie d’épater leurs parents respectifs, les parallèles sont nombreux et émaillent les 2/3 du film avec l’évidence que le blond suédois et le brun américain ne sont que les deux faces d’une même réalité. La différence principale réside dans l’utilisation d’une rage intérieure que le premier apprivoise soigneusement pour devenir qui il est tandis que le second s’en sert comme d’un levier de motivation certes agaçant mais redoutablement efficace. Et comme le mimétisme entre les acteurs et les légendes du tennis donne l’impression de s’introduire dans l’intimité des deux tennismen, le film parvient sans mal à faire découvrir une face cachée du mythe. Shia Lebeouf et Sverrir Gudnason privilégient une ressemblance exacerbée pour approcher au plus près les deux personnages sans exagération. Le premier est d’une sobriété surprenante tandis que le second se transforme presque physiquement en glaçon.

Le tennis comme art de vivre

Les matchs de tennis à proprement parler ressemblent à des ballets soulignant la grâce des deux combattants. Pas de ralentis stratosphériques ni de boules de feux, juste deux sportifs à la pointe de leur art devenus les meilleurs de leur discipline à force de sacrifices. En cela, l’aspect tennistique est peut être un peu décevant pour les amateurs éclairés bien que l’approche psychologique puisse combler fortement le manque. La supervedette Borg traine son mal être de devoir forcément un jour tomber de son piédestal tandis que le caricatural McEnroe attend son heure de gloire toute proche. C’est presque une leçon de vie qu’offre un film au rythme très lent et presque contemplatif. On se plait à suivre deux récits introspectifs qui feraient presque ressembler le film à une adaptation d’un ouvrage de Jane Austen. Le spectaculaire est remisé au placard et l’authenticité est privilégiée avec deux tableaux forcément touchants. Le dieu Borg acclamé par les fans (féminines) et pourchassé par des sponsors (avides) fait peine à voir et l’outsider McEnroe n’a que faire des règlements de compte publics, lui qui sait au fond de lui-même qu’il battra un jour le numéro 1 mondial. L’histoire lui a donné raison et l’épilogue du film interpelle sur la finesse du réalisateur pour aborder deux personnages plus complexes qu’il n’y parait.

Borg/McEnroe est un grand film psychologique avant d’être un grand film de sport. Il se suit avec plaisir et il n’est nul besoin d’être fan de tennis pour y trouver de la satisfaction. Un film à découvrir sur les écrans le 8 novembre!

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Borg McEnroe
Borg McEnroe

BORG/McENROE est un film sur une des plus grandes icônes du monde, Björn Borg, et son principal rival, le jeune et talentueux John McEnroe, ainsi que sur leur duel légendaire durant le tournoi de Wimbledon de 1980. C’est l’histoire de deux hommes qui ont changé la face du tennis et sont entrés dans la légende, mais aussi du prix qu’ils ont eu à payer.

Sortie : le 8 novembre 2017
Durée : 1h48
Réalisateur : Janus Metz Pedersen
Avec : Shia LaBeouf, Sverrir Gudnason, Stellan Skarsgård
Genre : Biopic, Drame

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Le merveilleux L’ange et l’enfant au Théâtre de l’Atelier

L'ange et l'enfant
L’ange et l’enfant, mise en scène de Séverine Vincent, Théâtre de l’Atelier

Le merveilleux L’ange et l’enfant au Théâtre de l’Atelier

Un spectacle tout en délicatesse va prochainement débuter au Théâtre de l’Atelier à 14h30 du mardi au jeudi. L’ange et l’enfant n’est pas uniquement destiné aux enfants mais également aux adultes désireux de retrouver leur âme d’enfant et l’innocence de leurs 10 ans. La tonalité des textes et des chansons est autant à l’empathie qu’au merveilleux dans un spectacle tout en musique et en poésie.

Un conte pour les 5 sens

Un vieil ange dépérit au paradis sans plus ressentir les émotions qui ont fait le sel de sa vie terrestre. Une rencontre inattendue avec un jeune enfant seul capable de le voir et de lui parler va lui insuffler une renaissance d’émotions. Sur la scène, le narrateur tout en truculence suit le fil d’une histoire de candeur et de simplicité. certains cyniques crieront peut être à la naïveté feinte mais il faut voir L’ange et l’enfant avec des yeux d’enfants. Pour accompagner le vieil ange, 3 musiciens égrènent leurs notes tout au long de 50 minutes qui voient les sourires fleurir sur le visage des spectateurs. Piano, contrebasse et percussions accompagnent une chanteuse qui illustre les 5 sens en chanson. Le ton des mélodies est à l’allégresse ingénue et au sourire communicatif. Le vieil ange redécouvre la joie des sensations au contact de son cadet dans une intrigue qui privilégie l’évidence de la simplicité aux concepts étriqués. Le décor se suffit d’une étoile illuminée par une farandole de couleurs bariolées autour de laquelle la chanteuse ne cesse de tourbillonner.

Le conte L’ange et l’enfant se clôture avec de jeunes enfants ravis dans le public et des adultes enjoués par un spectacle qui trouve le ton juste entre joliesse et délicatesse.

Dates :  Du 7/11 au 29/11, du mardi au jeudi à 14h30
Lieu : Théâtre de l’Atelier (Paris)
Metteur en scène : Séverine Vincent
Avec : Jean-Philippe Viret, Bruno Angelini, Luc Isenman

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Projection Privée ou l’amour dans tous ses états au Lucernaire

Projection Privée
Projection Privée, Mise en scène de Michel Burstin, Le Lucernaire

Projection Privée ou l’amour dans tous ses états au Lucernaire

Le drame de l’incommunicabilité est mis en scène dans une pièce qui flirte entre le vaudeville et le soap opéra. Le ton est au burlesque avec un ménage à 3 qui tente de trouver un équilibre que la relation à 2 n’a pas su installer. A 3 plus l’éternelle télévision cathartique qui obnubile une femme perdue entre déception de la réalité et fantaisie imaginaire. La farce est branchée sur courant alternatif avec de vrais moments savoureux succédant avec des passage plus transparents.

Une mise en abime de la société moderne

Une femme seule sur son canapé accueille le public. Son regard semble perdu au loin vers une télévision imaginaire. Le rythme de paroles syncopées si caractéristiques de Brigitte Bardot se fait entendre. Elle regarde Le Mépris, présage annonciateur des tourments à venir entre elle et son compagnon. Quand celui-ci débarque au domicile conjugal, il n’est pas seul. Beaucoup y verront de l’outrance assumée pour symboliser la fin du couple tel qu’on le conçoit, c’est aussi une des recettes récurrentes d’une pièce qui met en abime l’amour et les sentiments. Le mariage est une catastrophe selon les mots de l’épouse délaissée, son adolescent attardé de mari n’étant qu’une déception à chaque fois renouvelée. Elle trouve alors un échappatoire dans le monde imaginaire de la série télévisée. Le rythme de la pièce se veut enlevé, le comédien entouré des 2 comédiennes veulent emporter le public dans la folie douce d’une impasse existentielle jouée avec énergie. Un simple canapé fait office de décor, enrichi de quelques artifices elliptiques. Il manque peut être de l’interactivité dans l’intrigue pour faire décoller l’audience, une utilisation plus marquée du son et de l’image pour figurer la ronde funeste d’un trio destiné à finir dans le drame.

Projection Privée fait rire et sourire grâce à l’implication totale de ses 3 comédiens. La farce du couple augmentée d’une télévision et d’une prétendante aurait cependant mérité un dispositif scénique plus interactif.

Dates :  Jusqu’au 9 décembre 2017
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Michel Burstin
Avec : Bruno Rochette, Sylvie Rolland, Elsa Tauveron

Un an à vélo, d’Amsterdam à Singapour, le défi de Martijn Doolaard (Hachette)

 

 

Martijn Doolaard
Martijn Doolaard

Un an à vélo, d’Amsterdam à Singapour, le défi de Martijn Doolaard (Hachette)

Martijn Doolaard eut un jour une envie irrésistible : partir en vélo en toute liberté, et direction la Chine ! D’Amsterdam à Singapour, Martijn Doolaard a parcouru plus de 16000km à vélo. Même s’il a dû prendre l’avion pour rejoindre l’Inde du Kirghizistan, il a quasiment tout fait tout seul à vélo. Son livre, Un an à vélo, raconte toutes ses aventures, ses rencontres, ses découvertes, ses joies, ses peurs, ses douleurs, Martijn Doolaard nous raconte tout, très simplement.
Il n’a jamais eu peur de la solitude, même si certaines nuits, dans sa petite tente, entouré de bêtes sauvages, il n’était pas vraiment en sécurité. Martijn a souffert des conditions extrêmes de météo, que ce soit le grand froid ou les grosses chaleurs. A peine rencontrait-il des gens fabuleux qu’il devait les laisser derrière lui et continuer sa route. Pas évident à gérer !
Heureusement ses photos vont l’aider pour ne pas oublier les rencontres merveilleuses qui’l va faire tout au long de son périple. Photos sublimes, de paysages sauvages et inouïs, de personnes rencontrées, de villes qui ne ressemblent en rien aux nôtres ! Martijn prend le temps d’écrire ce qu’il voit et surtout ce qu’il ressent à chaque étape.
Le très beau livre, Un an à vélo, nous permet de réaliser un très beau voyage, d’admirer les multiples secrets de la nature, la diversité humaine et biologique, tout ça depuis notre canapé sans se fatiguer ! Un grand merci et un grand bravo à Martijn Doolaard à qui l’on souhaite un grand succès avec son très beau livre réalisé avec toute la sueur de son front et de ses jambes !

Un an à Vélo Quelques extraits :

Plus je prends mon temps, plus je profite et plus mon expérience devient enrichissante. P.68

Mes journées sont rythmées par l’émerveillement et la souffrance, qui se succèdent sans transition. J’ai l’impression d’être au volant d’un camion dont les freins auraient lâché. P.107

L’hospitalité est une valeur importante de l’islam, notamment envers les voyageurs solitaires : accueillir un hôte s’apparente à accueillir Dieu. P.128

Dépasser mes limites était l’une des motivations de ce périple. En quittant le Kighizistan, j’ai le sentiment d’avoir pleinement atteint cet objectif. P.233

Calcutta ressemble à un album photo noir et blanc du New York des années 1960. La ville vous transporte dans un autre monde, comme si elle appartenait à un autre univers spatio-temporel. P.266

[…] toutes les cultures sont adossées à une religion. Elle constitue un socle et aide les gens à donner du sens à leur vie, elle ajoute au monde une touche de couleur. […] Un maître bouddhiste m’a dit : Nous ne devons pas oublier que nous sommes liés les uns aux autres. Nous sommes responsables de tout ce qui vit. P.353

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Un an à vélo Est-il possible d’abandonner son quotidien pour partir à vélo, sans d’autre plan que rouler vers l’Orient ?Cette aventure, Martjin Doolaard s’y est lancée, et a parcouru 17 000 km, d’Amsterdam à Singapour. Un an à vélo raconte son périple : les longues traversées des plaines sauvages d’Europe de l’est, l’ascension des montagnes du Kyrgyzstan, la découverte des temples de Bagan en Birmanie… Il relate ses rencontres, le camping près d’un lac de sel, sur des plages désertes, l’hospitalité iranienne.
Le livre est illustré de ses splendides photos : des paysages à couper le souffle, ses amis rencontrés sur la route, la frénésie des villes d’Asie. Il partage aussi ses découvertes, ses émotions, les difficultés du voyage et ses incroyables journées à pédaler sans fin.
Martjin Doolard est designer et réalisateur de film. Il est aussi l’auteur du blog Espiritu Libre, sur lequel vous pourrez retrouver des vidéos de son voyage : http://www.espiritu-libre.com/video
Ce livre est une traduction du titre « One year on a bike » publié par les éditions Gestalten.

Date de parution : le 4 octobre 2017
Auteur : Martijn Doolaard
Editeur : Hachette Tourisme
Prix : 35 € (368 pages)
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Anne Roumanoff tape là où ça fait mal et égratigne : un régal !

Anne Roumanoff frappe là où ça fait mal, un régalAnne Roumanoff tape là où ça fait mal et égratigne : un régal !

Après un succès public et critique ainsi qu’une une tournée américaine avec son spectacle « Aimons nous les uns les autres », Anne Roumanoff, mise en scène par Gil Galliot, s’invite à l’Olympia pour une date unique.

Fine observatrice du microcosme politique, Anne Roumanoff est aussi une vraie comédienne de one-woman-show qui, à travers une galerie de personnages se débattant sans merci avec les choses de la vie, dresse le tableau d’une époque. Irrésistiblement drôle et pertinent.

Au fil des sketchs, l’artiste nous entraîne, entre autres, dans une église pour chanter « Ave, ave, ave pôle emploi, on continue à croire en toi », s’attarde sur Jean-Claude et sa femme confrontés à l’usure de leur relation, convoque sur la scène une coach destructeur de toxines ou encore une élue d’extrême droite tombée amoureuse d’un Tunisien, en passant par la crise grecque et le AAA des agences de notation commentés par un couple de commerçants…

[…] une vraie comédienne de one-woman-show […]

Qu’elle incarne également une productrice de téléréalité prête à toutes les manipulations pour arriver à ses fins, une touriste américaine qui ne parvient pas à attirer l’attention du serveur ou qu’elle dresse un portrait au vitriol de parents d’élèves aux prises avec leurs névroses, Anne Roumanoff campe à merveille leurs travers et cet environnement sociétal qui les assaille. Le tout avec une profonde tendresse et une ironie mordante où l’angle des situations se révèle un catalyseur hilarant des faiblesses qu’elle parodie.

[…] une ironie mordante […]

C’est là toute sa force où avec beaucoup de justesse et un goût pour la théâtralité, elle nous embarque dans son univers soutenu par une écriture d’une rare efficacité, au service d’instants de vie ordinaires qui livrent une réflexion sur la société, ses modes et ses dérives.

On est littéralement happé par son jeu à la fois ludique et perfectionniste qui offre une caractérisation bien sentie des personnages à l’abri d’un ton, d’une attitude et de maximes qui font mouches.

Le spectacle s’achève sur une fable très corrosive et enlevée où les hommes politiques français sont transformés en animaux…

Anne Roumanoff frappe où ça fait mal, tentant d’éveiller les consciences et de bousculer les préjugés.

Une chronique sociale et humaine à la fois pleine de légèreté et de profondeur pour en rire, of course, mais pas que !.

Modernité et révolution dans l’exposition Etre moderne, le MoMA à Paris à la Fondation Louis Vuitton

Le MoMA à Paris
Le MoMA à Paris, Fondation Louis Vuitton

Modernité et révolution dans l’exposition Etre moderne, le MoMA à Paris à la Fondation Louis Vuitton

Pour qui n’a jamais eu la chance d’aller à New York et de visiter le MoMA, la Fondation Louis Vuitton propose un rattrapage en règle avec une exposition mettant à l’honneur certaines des oeuvres les plus iconiques du prestigieux musée d’art moderne new yorkais. Un tour d’horizon de l’art du XXe siècle jusqu’à nos jours s’organise sur 4 étages denses et aérés à la fois avec un parcours enchainant les illustres noms. Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Henri Matisse et Paul Cézanne sont quelques uns des artistes présentés pour une des expositions majeures de la saison parisienne.

Le MoMA dans tous ses états 

Pas moins de 200 oeuvres du Museum of Modern Art ont traversé l’atlantique pour occuper chacun des 4 étages de la Fondation Louis Vuitton et offrir un voyage dans le temps de la création artistique moderne et contemporaine. Peintures, sculptures, dessins, estampes, photographies, films, oeuvres numériques, performances, objets d’architecture et de design proviennent de chacun des 6 départements du MoMA pour un tour d’horizon aussi ambitieux que représentatif. Le Pop Art tient bien évidemment une place centrale dans une exposition qui s’arpente comme un voyage depuis les précurseurs jusqu’aux artistes les plus actuels. Les Campbell Soup Cans d’Andy Warhol côtoient certaines de ses vidéos Screen Test et son Elvis Presley dédoublé, la Drowning Girl de Roy Lichtenstein refuse toujours d’appeler Brad à l’aide et Jasper Johns continue de mettre en abime le rêve américain. La première salle de l’exposition se penche sur la première décennie d’un MoMA inauguré en 1929 en plein coeur de la crise financière, comme un symbole et un rappel de l’éternité de l’art face à la vanité des possessions matérielles. Des objets utilitaires industriels côtoient les artistes de l’après WWII comme Jackson Pollock, Mark Rothko ou Willem de Kooning. Puis le Minimalisme et le Pop Art se découvrent avec des peintures, des sculptures et des films, soulignant bien l’évolution de la représentation artistique avec l’utilisation croissante des nouveaux médias. La salle suivante montre des oeuvres postérieures à 1960 avec notamment des oeuvres des mouvements Fluxus ou de la Pictures Generation. La dernière section dévoile des oeuvres plus contemporaines qui interrogent sur la place de l’art dans la société et la place prédominante du digital.

Un parcours plein de sens

L’exposition passe des chocs esthétiques du début du XXe siècle avec le Baigneur de Cézanne et les Poissons rouges de Matisse à des expériences plus interactives qui mettent les visiteurs au défi de s’immerger dans les oeuvres. Une salle entière est dédiée à l’installation sonore de Janett Cardiff avec 40 hauts-parleurs qui jouent chacun des 40 chanteurs du choeur de Salisbury interprétant un motet du XVIe siècle. Si on peut regretter que certaines des oeuvres majeures du MoMA ne soient pas présentées, la raison de leurs absences est bien compréhensible. Quelle compagnie d’assurance aurait accepté de couvrir le transport de La Danse de Matisse, la Nuit étoilée de Van Gogh ou des Demoiselles d’Avignon de Picasso toutes ensemble? L’exposition s’attache à démontrer l’urgence du lien entre l’art et le monde réel pour briser les barrières entre représentation artistique et actualité. Des artistes noirs américains stars actuels comme Mark Bradford et Kerry James Marshall côtoient un mur rempli du mot Aids à la place de Love par Robert Indiana, rappelant que le MoMA avait récemment exposé des artistes venus de pays musulmans bannis du territoire américain par le président actuel.

Depuis son ouverture, l’exposition Etre moderne, le MoMA à Paris rencontre un succès populaire majeur avec une Fondation Louis Vuitton ne désemplissant quasiment jamais. Les places sont chères pour pouvoir admirer des oeuvres devant lesquelles une foule nombreuse ne cesse de s’émerveiller. C’est le moment de réserver vos billets pour vous joindre à la cohorte des chanceux.

Dates : du 11 octobre 2017 au 5 mars 2018
Lieu : Fondation Louis Vuitton (Neuilly sur Seine)
Entrée : 16 €

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Le MoMA à Paris
Le MoMA à Paris

Le MoMA à Paris
Le MoMA à Paris

Le MoMA à Paris
Le MoMA à Paris

Le MoMA à Paris
Le MoMA à Paris

Un ouvrage éclairant sur un genre cinématographique sous-estimé, Le Thriller Erotique (La Septième Obsession)

Le Thriller Erotique
Le Thriller Erotique, livre de Linda Belhadj, La Septième Obsession

Un ouvrage éclairant sur un genre cinématographique sous-estimé, Le Thriller Erotique (La Septième Obsession)

Spécialiste de Paul Verhoeven et déjà auteure d’un ouvrage  de référence aux éditions Playlist Society, Linda Belhadj récidive aux éditions La Septième Obsession avec un pensum ultra documenté sur le Thriller Erotique des années 80 et 90 et une réflexion autant sur leur existence que sur leur importance au creux des années Reagan, Bush (père) et Clinton. Basic Instinct et son actrice iconique Sharon Stone servent de référence à un genre cinématographique qui en dit long autant sur l’évolution des rapports homme/femme sulfureux que sur son époque.

De la séduction à la vampirisation

Le thriller érotique mélange très explicitement deux genres de cinéma habituellement opposés. Le thriller met aux prises un gentil (flic, détective, personnage empathique) et un nemesis futé et diabolique, habituellement et très souvent une histoire d’hommes. L’érotisme insiste sur des rapports de concupiscence sans entrave, l’intrigue y tient une place somme toute secondaire avec un homme et une femme qui se séduisent et se livrent à la passion. La rencontre des deux génère des films sulfureux dont Basic Instinct est l’emblème. il se mue en un combat sexuel dans les années 80 avec un héros affrontant une mante religieuse ambivalente, visiblement dangereuse et pourtant fascinante. Le bien et le mal, le chaud et le froid, la justice et le crime, les notions deviennent floues et se heurtent dans un jeu du chat et de la souris. Liaison Fatale, Jade, Sliver et tant d’autres en disent long sur le pouvoir de domination de la créature fantasmée pour se faire une place dans l’échelle sociale. Reflet presque déshumanisé d’un capitalisme sans vergogne, le thriller érotique insinue dans les rapports humains la même frénésie de succès que dans les rapports financiers. Linda Belhadj tourne les pages d’une époque cinématographique dure et cruelle, avec une visée quasi sociologique et des codes forcément charnels, voire plus. Finies les allusions et les périphrases, l’érotisme se veut frontal et sans ambiguïté. Peut être était ce également ce qu’attendaient les spectateurs…

Une plongée sans complexe dans l »univers du Thriller Erotique des années 80 et 90 par une auteure qui ajoute aux explications cinématographiques lumineuses des tentatives d’éclaircissement qui font sens!

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Le Thriller Erotique
Le Thriller Erotique, livre de Linda Belhadj, La Septième Obsession

Incroyablement populaire dans les années 80 et 90, le ­thriller érotique américain demeure pourtant mésestimé. Amalgamé aux films néo-noirs et mélodramatiques, il se voit souvent nier son historicité et son impact socio-culturel par une critique qui ne s’est principalement intéressée qu’à Basic Instinct, de Paul Verhoeven, et à sa femme fatale, interprétée par Sharon Stone.

Date de parution : le 10 novembre 2017
Auteur : Linda Belhadj
Editeur : La Septième Obsession
Prix : 19,90 € (164 pages)
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Retrouvez Gatane, avec son nouveau spectacle Live Therapy, à Paris

Embarquez pour votre thérapie musicale !

Live Therapy c’est le premier one man musical : piano-voix… bientôt remboursé par la sécu ! Au fil d’un voyage musical drôle et décalé, Gatane vous dévoile sa recette du bonheur.
Chanteur, humoriste et pianiste, Gatane mêle chansons et sketches dans une énergie débordante et communicative. Guérison spectaculaire garantie !

« Le remède Idéal ! » La Provence
« Une vitamine, un coup de punch ! » Publik’Art

Tous les mercredis à 20H au Théâtre du Gymnase, Paris.

Réservations: 01 42 46 79 79

Billetreduc.com http://www.billetreduc.com/198267/evt…

Après Richard Bellia, Moustic mène Lille en ballon

jules-edouard-moustic
jules-edouard-moustic

 

Artistes associés à l’Aéronef : ça plane pour Lille

Né en 1989, parrainé par Alain Bashung, l’Aéronef (Spectacles sans gravité) est aujourd’hui, avec plus de 70 concerts par an, une des plus importantes salles de concerts consacrées aux musiques actuelles dans les Hauts de France. Pour autant, la mission des équipes qui la constituent ne se borne pas à une activité de diffusion. Structure indépendante bénéficiant du soutien de partenaires institutionnels, la salle est en effet dotée de missions de service public à travers une large palette d’actions culturelles et une politique active d’aide aux artistes. Parmi ses multiples initiatives, la mise en place de partenariats réguliers avec des artistes associés a permis, depuis quelques années, de valoriser la transversalité et d’explorer différentes sensibilités artistiques à travers des projets culturels pluridisciplinaires. Le principe de ces collaborations est simple : chaque acteur de la scène culturelle acceptant d’endosser, pour une saison, la casquette d’artiste associé de l’Aéronef, participe à l’élaboration de rendez-vous ponctuels – prenant ainsi une part active à la programmation qu’il contribue à élargir.
Sous la houlette de Benoît Olla (directeur) et de Jean-Michel Bronsin (programmateur), la structure met à disposition de ses partenaires, dans le cadre de cette association, les différents espaces qui la composent. Ce qui représente, en plus de la grande salle d’une capacité de 2000 personnes, le Club pouvant accueillir jusqu’à 300 personnes, un « Aérobar », ainsi qu’un espace d’exposition et de restauration.
Clémence Bruggeman, directrice de projets incluant ces partenariats, souligne que la collaboration ainsi définie diffère d’une résidence : afin de conserver son principe de souplesse et d’ouverture, l’enjeu de l’échange est précisément qu’il ne soit pas contraint. Les artistes associés disposent donc de la plus grande liberté pour développer leurs propositions, qu’il s’agisse de la fréquence ou de la forme que peut prendre leur participation. Il est ainsi courant que soient mis à l’honneur d’autres acteurs du monde culturel, suivant les affinités, la curiosité et la complémentarité des artistes. De même, loin du systématisme de propositions exclusivement musicales, différentes disciplines artistiques sont amenées à se croiser et s’enrichir mutuellement à l’occasion de ces rendez-vous, en accord avec le projet de décloisonnement porté par la salle.
Le principe de compagnonnage initié en 2012 avec le dj, musicien et producteur Yvan Serrano, alias Healer Selecta, poursuivi en 2013-2014 avec David Szantke, meneur du groupe de rock électronique français Tahiti Boy & the Palmtree family, a ainsi vu se succéder concerts, expositions, soirées thématiques mettant à l’honneur des artistes invités et autres rendez-vous ludiques et conviviaux…
Après une année de pause, la salle lilloise s’est associée pour la saison 2016-2017 à Richard Bellia, photographe de renommée internationale qui a fait sa spécialité du monde musical rock, rap et électro depuis ses débuts, à l’aube des années 1980. L’auteur d’une remarquable œuvre photographique (« historique » selon Le Monde, « légendaire » pour le NME), qui a donné le jour à un impressionnant ouvrage rétrospectif – Un œil sur la musique 1980-2016, véritable bible de 5,6 kilos – avait ainsi proposé, outre une exposition de ses travaux sur la mezzanine de la grande salle et les soirées « Carte Blanche ! » composées de concerts et dj-sets, deux conférences – respectivement consacrées à Manchester et à la photographie argentique -, ainsi qu’une série de workshops permettant au public de s’initier ou se perfectionner dans le domaine de la photographie. Un laboratoire, installé au sein même de l’Aéronef, a ainsi été mis à disposition des participants, leur permettant de suivre toutes les étapes de la technique argentique, de la prise de vue en situation de concert jusqu’au tirage en passant par le développement en chambre noire.
Preuve du succès de la démarche pour l’Aéronef : les artistes associés ont coutume de garder contact avec le lieu une fois leur collaboration achevée. Ainsi, si l’actualité de Richard se déroule désormais loin de Lille (plusieurs expositions sont en préparation à Bordeaux, Lyon et Dublin), il n’en a pas moins veillé à assurer sa succession. C’est donc en partie par son truchement que le sceptre d’artiste associé a été transmis à son camarade de longue date, Christian Borde, aka Jules-Edouard Moustic.

L’année du Moustic

Le 27 septembre dernier, le public lillois était donc témoin d’une alliance aussi inattendue que savoureuse : une même soirée musicale réunissait la chanteuse jazz pop et citoyenne engagée Sandra Nkaké, et le présentateur de Groland. Après une première partie de soirée menée par la magnétique et solaire franco-camerounaise, dont la voix profonde et la présence altière ont empli le Club de l’Aéronef, nous découvrions Moustic en dj – forcément décalé – à l’occasion d’un set pêchu, récréatif et stimulant. Cet événement marquait le lancement du partenariat entre l’un des plus populaires ambassadeurs de la Présipauté du Groland et le lieu incontournable des musiques actuelles à Lille.
La seconde occurrence de cette collaboration, le 7 octobre dernier, plongeait le public dans la galaxie éclectique des Producteurs de Porcs, groupe punk folklorique et potache, promu à la dignité d’Orchestre National Grolandais depuis l’enregistrement en 2003 du générique de l’émission « 7 jours au Goland », God save the President. Ainsi étaient proposés, en plus d’un concert punk-rock, des focus sur les travaux individuels de plusieurs membres du groupe : l’exposition « Tokyo » du guitariste Marc Allen Upson (photographe-tireur qui tient à Paris l’un des derniers laboratoires de tirage couleur traditionnel indépendant) et une projection de L’Elan (2016), comédie fantaisiste, loufoque et poétique du bassiste-réalisateur Etienne Labroue.

La prochaine Carte Blanche à Moustic, fixée le 8 novembre prochain, se concentrera sur les cultures et identités Africaine et Afro-américaine. La grande salle de l’Aéronef accueillera ainsi l’exposition d’Edouard Caupeil dont le travail prend fréquemment pour sujet les questions identitaires. Ce sont trois séries consacrées à l’identité noire-américaine qui feront l’objet d’un vernissage :
Chocolate City – une approche de la ville américaine de Mound Bayou (Mississipi), utopie noire fondée en 1887 par d’anciens esclaves dans un Etat ségrégationniste, dont la population d’origine africaine atteint aujourd’hui encore un des pourcentages les plus élevés des Etats-Unis ;
Chassés de la lumière – cette série consacrée à James Baldwin, reprenant le titre du texte qui professait en 1972 un engagement politique radical et un militantisme révolutionnaire, part sur les traces du romancier, poète, dramaturge et essayiste américain investi dans les luttes pour les droits civiques ;
Route 61 – exploration de la Highway 61 ou  « route du blues » qui mène de la Nouvelle Orléans à Chicago et correspond à la migration de la population noire, fuyant misère et ségrégation des Etats ruraux, vers les grandes villes industrielles Nord-Américaines.
Autre artiste mis à l’honneur au cours de cette soirée : le producteur et rappeur Spoek Mathambo, ambassadeur et activiste des nouvelles musiques urbaines sud-africaines réputé pour la diversité de ses influences, réalisateur du documentaire Future Sounds of Mzansi. Le film, qui explore la très fertile et foisonnante scène électro sud-africaine et sa multitude de sous-genres liés à une région, une ville ou un township, sera suivi d’un concert mené par Spoek Mathambo lui-même (programme complet accessible via ce lien : http://aeronef.fr/agenda/vernissage-de-lexposition-dedouard-caupeil/ ).

Richard_Bellia
Richard Bellia

L’interview sans gravité :

En ce début de saison, la passation entre Richard Bellia et Moustic fut pour nous l’occasion d’une rencontre avec les deux acolytes – et l’opportunité de discuter, pêle-mêle, de l’émergence des nouvelles scènes sud-africaines, de la photographie, de la punk attitude, des omissions de Claudel sur l’art radiophonique et des secrets du bon vin… En toute légèreté !
P’A : Cette rencontre avec vous deux ici, à l’Aéronef, c’est parce que tous les deux êtes ou avez été liés à cette salle en qualité d’artistes associés : Richard, c’était ton cas au cours de la saison 2016-2017, tes photos ont fait l’objet d’une exposition et tu as proposé des ateliers de photos de concert au public. Moustic, tu prends le relais pour la saison qui s’ouvre, le coup d’envoi de ce partenariat a été donné le 27 septembre avec le concert de Sandra Nkaké suivi d’un dj set mené par toi-même. Cette passation est liée, je crois, au fait que vous vous connaissez bien. A quand remonte votre amitié et qu’est-ce qui vous a convaincu, l’un et l’autre, d’accepter cette collaboration avec l’Aéronef ?
J.-E.M. : On s’est connus aux Nuits sonores.
R.B. : Oui c’est vrai. Et après on s’est vus au Festival Yeah.
J.-E.M. : Je mixais, on faisait un Bal 2 Vieux et c’est là que j’ai connu cet asticot. Et comme j’aime bien la photo, j’étais content de le rencontrer. Je ne connaissais pas ses photos…
R.B. : C’est-à-dire qu’ils étaient en train de mixer, moi j’étais en train de faire des photos et lui faisait : « Regarde, putain, le mec il a un Hasselblad ! » Genre, t’es en train de mixer mec ! Je tire normalement, tu parles pas de moi pendant ton set ! (rires) T’es en train de faire des photos et tu vois les mecs sur scène qui parlent de toi… (rires) Et après, j’avais une exposition au Festival Yeah, il est rentré dans l’expo, il a regardé les photos et à ce moment-là j’ai entendu sa voix en train de faire : « La vache ! ». Point d’exclamation ! C’est la première fois que j’ai vraiment entendu sa voix de manière un peu proche. Et puis, Nuits sonores est un festival organisé par un mec qui s’appelle Vincent Carry, qui a écrit la préface de mon bouquin, qui est également manager de Laurent Garnier. Le Festival Yeah est un festival organisé par Garnier, qui se passe à côté de chez lui et auquel les gens de Nuits sonores participent – ils ne sont jamais très loin. C’est un peu dans cet univers-là. C’est pas un univers de télé, tu vois : on ne s’est pas rencontrés aux fêtes Canal, quoi. Parce qu’il n’y va pas et moi non plus.
J.-E.M. : Et donc, c’est Richard qui m’a proposé de le remplacer. Je connaissais l’Aéronef, j’en avais entendu parler, mais je ne connaissais pas les gens qui y travaillaient. Je lui fais quand même un peu confiance : si on s’aime bien, c’est qu’on doit avoir des goûts communs. Et je suis venu à Lille, j’ai découvert ces personnages, je les ai bien aimés et j’ai bien aimé leur mentalité. C’est ce qui nous correspond. Donc j’ai accepté, tout simplement.
R.B. : Benoît m’a demandé: « T’aurais pas une idée de quelqu’un qui pourrait prendre la suite ? »
[Benoît Olla, le directeur de l’Aéronef, précise : Le truc, c’est qu’aux artistes associés qui quittent – mais pas vraiment – l’Aéronef, on a l’habitude de poser la question et j’ai demandé à Richard: « A qui tu aimerais passer le flambeau ? »]
R.B. : J’ai vraiment commencé à réfléchir à deux-trois trucs, en me disant : « J’ai des potes photographes qui sont super bons, c’est complètement incroyable qu’à moi on propose ça… » – parce que je pense que je suis une fraude, c’est juste ça mon souci… Et au bout d’un moment j’ai fait: Moustic ! Le truc multi-cartes, cool, la télé fait qu’on sait qui tu es et même temps tu arrives immédiatement en disant : non non, c’est pas estampillé Canal ou je sais pas quoi. C’est autre chose et dans cette autre chose, justement, il y a une vraie richesse, il y a des envies de faire – et [à Benoît] c’est ce que vous faites aussi, vous, à l’année, dans vos endroits. Littéralement, quand on ouvre une salle comme l’Aéronef, on dit que c’est un outil. Et là littéralement, tiens, regarde, voilà un outil pour toi… Moustic, ça a fait tilt : mais oui, bien sûr ! Tu vois, s’il y avait une radio installée au cinquième étage, il pourrait aussi y avoir de la radio. Typiquement, Moustic est capable de dire : j’ai des idées de ça, de ça, de ça… Du coup, je me sens à l’aise de le proposer à l’Aéronef parce que je pense que c’est pile ce qu’il faut.

P’A : Justement, pour toi Richard, qui es photographe musical, le rapport avec une salle de concert semblait très évident. Moustic, ton lien à la musique est peut-être un petit peu moins connu du public. Ici, on a eu le plaisir de te découvrir dj lors d’une prestation que j’ai trouvée très fun et tonique. Les soirées d’ores et déjà programmées dans le cadre de ton association sont très hétérogènes. Ce sont des propositions non seulement éclectiques et pleines de fantaisie, mais aussi ouvertes et cosmopolites. Quels sont tes objectifs et comment se font tes choix de programmation ?
J.-E.M. : En ce qui concerne les Producteurs de Porc, ça tombe très bien parce que je les connais depuis longtemps. Ils jouaient souvent dans les soirées Groland. Il y a Marc qui est guitariste mais aussi photographe, et Etienne qui joue de la basse et qui est réalisateur de sketches à Groland, mais aussi réalisateur d’un film récemment, qui s’appelle L’Elan. Moi, ce que je voudrais pendant cette période-là, c’est ouvrir et dire : voilà, ce n’est pas qu’un groupe punk-rock. Il y a aussi des individualités. Pour Spoek, c’est la même chose : dire qu’il réalise des docs. C’est dans cet esprit-là. Après, on va aller dans d’autres univers… Je voudrais revenir à Richard. Moi j’adore la photo – j’en fais beaucoup. Et j’ai une chance, c’est que je n’ai pas d’idoles. J’ai des gens que je respecte, mais je n’ai pas d’idoles. Ce qui fait que quand je regarde Joe Strummer, je vois pas Strummer – je m’en fous. Mais je vois son travail et la connivence qu’il y a eu entre le groupe et lui, ce qui est un travail énorme pour un photographe. Il y a des mecs qui font des photos et peuvent en faire six mille, ils n’auront jamais la petite étincelle. Richard, il a ça. C’est un vrai travail de photographe. D’ailleurs, c’est bien la différence entre l’argentique et le numérique : l’argentique c’est « être » et le numérique c’est « avoir ». Donc il y a un vrai travail en amont, de rencontrer les gens et d’avoir cette connivence. On sent qu’il est vraiment avec eux, qu’ils sont tranquilles, qu’il y a eu une approche, des discussions, etc. C’est pas qu’un guitariste qui saute sur scène avec un coup de flash, quoi.
R.B. : Après, ça marche pas à tous les coups, tu vois… J’en rate plein, des photos, aussi.
J.-E.M. : Bien sûr. Il n’y a pas de photographe qui ne le dise pas! Parce que Sieff par exemple – j’ai connu le tireur de Sieff – il y avait des négatifs qui étaient absolument dégueulasses et on n’en parle pas. On parle toujours de la star, mais on parle pas des tireurs, t’es d’accord ?
R.B. : Oui oui !
J.-E.M. : On est d’accord… Voilà, c’est pour ça que j’adore son travail. Je ne suis pas attiré par la personne qui est photographiée, je suis attiré par ce que ça me renvoie.

P’A : Vos identités artistiques respectives qui se sont, sinon construites, en tout cas affirmées beaucoup dans les années 80-90 me semblent avoir en commun ce que, personnellement, je définirais comme à la fois un regard caustique, un sens de la dérision, soit un peu loufoque, soit un peu teigneux, et en même temps une foncière bienveillance…
R.B. : Ça c’est un truc qu’on a en commun tous les deux ? On est des punks bienveillants ? Lui chez Bolloré et moi tout seul dans le noir ? (rires) Okay…
P’A : Oui, je trouve qu’il y a une affinité…
R.B. : Okay ! La prochaine fois que je serai devant la télé, je vais faire : Tiens ! C’est comme moi, regarde… (rires) Il fait la même chose que moi, mais moi j’ai un appareil photo…
J.-E. M. : Mais moi je suis pas punk du tout, quoi… J’ai jamais été punk de ma vie.
R.B. : Oui, c’est un baba cool, lui…
J.-E. M. : Non non, je déteste les bab’ ! J’ai envie de leur foutre le feu !… Non non non, j’ai jamais été punk. J’étais trop vieux, j’avais vingt-six balais déjà, en 77… Je les ai fréquentés puisque j’avais des petits boulots. (Tu parles que je travaille chez Bolloré mais moi c’est pas de ma faute, avant j’étais dans la merde !) Je travaillais au Lido Music, chez un gros con et j’ai fréquenté les punks là. Ils venaient sur les Champs Elysées et j’étais obligé de les séparer des rockers parce qu’ils se foutaient de leur gueule avec les épingles à nourrice, et il y avait un… Tu te rappelles de Gordon ?
R.B. : Non.
J.-E. M. : Un rocker qui avait la banane ? Pochette rose, dans les années 77-78 ? Rose et la banane Elvis Presley ?
R.B. : Robert Gordon ! Ah pardon, oui oui oui !
J.-E. M. : Ouais. Très gros plan, en pleine période punk. Donc les mecs rentraient avec leurs tennis et les épingles à nourrice, et puis ils se mettaient devant la pochette, ils se mettaient les mains aux couilles et ils faisaient « Ouuaarghhh !!! » Et il y avait les rockers qui étaient là à côté, ils en venaient presque aux mains et il fallait les séparer dans le magasin. C’est la seule fois que j’ai fréquenté les punks. Et j’ai fréquenté un peu Bijou. Ils le vendaient comme un groupe punk mais moi, je trouve pas… C’était plus rock que punk…
R.B. : Oui.
J.-E. M. : C’était mes potes, eux. Donc j’étais pas… – j’étais heureux comme tout -, mais j’ai jamais été punk de ma vie. C’était trop tard. J’ai adoré leur retour, ça a fait du bien au rock. Faut pas oublier qu’à cette époque-là on se tapait Yes, on se tapait tous ces groupes de merde, là, que je détestais. Et d’un seul coup, bam ! Un peu de fraîcheur ! Voilà…
P’A. : Mais personnellement, ayant grandi dans les années 90, j’ai été marquée par vos identités respectives qui, pour moi, sont porteuses d’un esprit de liberté – dans les deux cas. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on est dans une période beaucoup plus rigide, beaucoup plus crispée et peut-être plus inquiète, aussi. Richard, je me souviens que l’année dernière, l’accrochage de tes photographies dans les loges de l’Aéronef se terminait par une photo du Bataclan…
R.B. : Oui !
P’A. : … ce qui évidemment donne une couleur particulière à une expo qui se tient dans une salle de concert.
R.B. : Oui.
P’A. : Et si on remonte quelques années en arrière, il y a une époque où on n’aurait jamais imaginé qu’une salle de concert ou un journal satirique puissent être pris pour cibles d’attentats.
R.B. : Oui. Oui.
P’A. : On voit aujourd’hui que, d’une part la liberté de parole devient très verrouillée, beaucoup de tabous sont apparus, on est beaucoup plus dans le consensus et en même temps, de manière presque paradoxale, il y a une violence des discours qui est devenue très décomplexée, et une montée des extrêmes, que ce soit sur le plan religieux ou politique, qui semble finalement bien intégrée. Alors la légèreté mordante qu’on a pu connaître à une certaine époque, selon vous, est-elle encore possible ? Est-elle encore pertinente ? Et est-elle encore suffisante ?
(silence)
R.B. : Est-ce que c’est pas parce qu’on avait Arthur et Les Nuls qui faisaient n’importe quoi dans les années 80 qu’on se reprend une espèce de…
J.-E.M. : Ben, moi j’écrivais pour Les Nuls…
R.B. : … et qu’on se prend en retour de bâton vingt ans après le politiquement correct…
J.-E.M. : Souvent les enfants prennent le contrepied des parents.
R.B. : C’est ça. Le nouveau punk, c’est justement de ne pas l’être. D’être complètement rigide… (rires) On se prend en miroir et par retour de bâton…
J.-E.M. : Tout est verrouillé. Il parlait de Bolloré, mais si Richard vend une photo à un journal, derrière il y a Bergé, derrière il y a Pigasse… On peut pas faire autrement, c’est comme ça. La presse a été rachetée par des milliardaires. Quand un magazine t’achète une photo, si c’est les Inrocks par exemple, derrière c’est Pigasse. C’est un banquier d’affaires, donc… C’est comme ça, faut s’y faire. Mais ce banquier d’affaires se dit punk. Parce que quand il était jeune c’est ce qui l’a fait vibrer, vraiment. Vraiment !
R.B. : Typiquement, il devait écouter Nirvana quand il était à la fac, un truc comme ça… Et en fait j’en vois assez souvent, des gens qui ont vraiment du pognon – qui ont soit ma tranche d’âge, soit un peu plus jeunes – et qui viennent s’acheter une part de rêve…
J.-E.M. : …de jeunesse…
R.B. : Par exemple, pour prendre l’exemple de Pigasse, il est propriétaire des Inrockuptibles, de Rock en Seine et des Eurockéennes…
J.-E.M. : De Nova…
R.B. : Et de Nova ! Et il peut encore en acheter trente, le mec il sera jamais rock une demi-seconde ! (rires) Il peut même arrêter, quoi ! Mais je sens vraiment une espèce de part de rêve, qu’il essaye de s’acheter comme ça. Pigasse, je l’ai croisé aux Eurockéennes cet été.
J.-E.M. : Il n’est pas inintéressant…
R.B. : J’en sais rien, mais c’est hallucinant à quel point tu vois que ce mec peut continuer à racheter le fond des Beatles, des Rolling Stones, des Cramps et de qui il veut, il continuera à ne pas être rock jusqu’à son dernier souffle (rires). En même temps, je ne regarde pas les banquiers qui s’achètent ça, genre : « sales types ! », etc. Après tout, le business, c’est de l’argent qui bouge et on n’en fait pas toute une affaire quand des mecs achètent des entreprises, des clubs de foot ou des trucs comme ça… Donc, qu’il achète un journal de rock ou un festival de rock, en vrai, je m’en fous.
J.-E.M. : Et il n’y a pas que le rock, hein, dans la vie ! Il y a d’autres choses qui se passent… En Afrique, avec le hip-hop, avec l’électro, en Amérique du Sud, au Japon… Y a pas que l’Angleterre, y a pas que le rock – ou punk-rock. Il y a plein de choses qui se passent. Là, il y a par exemple HO99O9…
R.B. : Ah oui, HO99O9 ! Ils sont super bien, eux !
J.-E.M. : C’est hip-hop un peu métal et c’est génial parce que c’est justement cette jeunesse-là qui va relancer cette musique. C’est qu’ils sont dans la haine de cette société mais qu’ils ont digéré tous les sons qu’ils ont entendus dans les radios. Donc ils sont hip-hop – ils sont tous afro-américains- et dans leur culture afro-américaine, dans le punk qu’ils ont entendu, etc… C’est hargneux !…
R. B. : Ouais… Moi je suis pas certain que les deux mecs, là… C’est un discours que j’entends, mais je trouve que tu charges la mule. C’est-à-dire que les mecs sont black et donc, on leur met le poids de l’histoire noire américaine…
J.-E.M. : C’est leur histoire!
R.B. : Moi je suis pas d’accord avec ça, vraiment pas. Je pense pas que, parce que le mec est Noir, il est dépositaire de la parole et de la culture – si tant est qu’une telle chose existe… Tu vois, le mec, il ne représente pas sa race…
J.-E.M. : …si tant est qu’il y en ait une. Il y a quand même une culture afro-américaine aux Etats-Unis. C’est pas la même que nous avec les Africains – c’est quand même des gens qui ont été exporté là-bas… Chez nous, c’est pas tout à fait la même chose. C’est pas la même histoire…

P’A. : Et musicalement, quelle scène t’attire le plus actuellement ?
J.-E.M. : Actuellement, c’est là-dedans : Afrique du Sud, Amérique du Sud… En Afrique il y a beaucoup de choses qui se passent, en hip-hop notamment. C’est intéressant. Nous, il n’y a qu’à voir ce qu’on vote, comment on se comporte… A part foutre le feu aux flics dans les paroles – c’est les paroles qui passent à la radio, hein… Il y a beaucoup de choses qui se passent et qui sont beaucoup plus politiques et plus fortes, profondes. L’Afrique, je trouve intéressant ce qui se passe là-bas, l’Afrique du Sud notamment.

P’A. : Je t’ai entendu mixer la semaine dernière. Un exercice auquel tu te livres fréquemment ?
J.-E.M. : Un petit peu plus en ce moment, mais pas plus que ça. Moi j’ai fait beaucoup de radio, donc je suis un petit peu habitué au son. Je mixe le Bal 2 Vieux à Guéthary, je mixe au Yeah mais c’est toujours un peu éclectique. Et puis, je suis pas rock, je suis là pour que les gens passent un bon moment. Donc il n’y a pas toujours un message politique. On peut aussi lâcher prise, un peu, et déconner. Et politiquement j’aime bien le Bal 2 Vieux à Guéthary, par exemple, parce qu’on mêle les gens du village, les touristes, les vieux, les jeunes et toutes les conditions sociales : ça j’aime bien ! Et notre pays a besoin de ça, je pense. Notamment, on a vu une jeune à la fin du Bal 2 Vieux, vers deux heures et demi du matin, qui nous a dit : « Je me suis éclatée, j’ai dansé avec une bourge et sa fille toute la soirée ! » (rires) Pour elle c’était un exploit d’avoir dansé avec une bourge et sa fille ! (rires) Et elle s’était marrée… Mais c’est bien, je trouve, c’était un bon moment ! Justement, d’être dans les excès actuels… Il faut qu’on se rapproche sinon on va laisser la place à tous les connards, à tous les extrémistes. Faut faire attention. Moi aussi j’ai des copains de droite (j’sais plus qui disait ça…), on s’engueule, etc., mais c’est des potes : je vais pas aller les écraser. Il faut qu’on revienne un peu à une république digne de ce nom, à une démocratie. Là systématiquement, dès qu’il y en a un qui ouvre la bouche – qu’il soit de droite, d’extrême-droite, de centre, un qui marche, un qui recule – non, ça n’existe pas, la République en recul ?(rires)… C’est en marche… Et l’autre, et machin, et Mélenchon… Au secours ! Et donc je suis en train de m’apercevoir que ne serait-ce qu’à la télé ou à la radio, on nous aboie dessus continuellement. C’est fou, hein ! Oh, les mecs, on est vivants, on est là, oh ! Lâchez-nous la grappe, un peu ! Ce serait bien qu’on revienne à (justement, il disait que je suis bab’ : je détestais les baba-cools !), mais qu’on revienne à un truc un peu plus calme.
P’A. : Richard, tes photographies sont encore exposées dans la salle de concert. Il y a un ouvrage de Paul Claudel dont le titre, L’Oeil écoute, m’a fait penser à toi, et qui contient un passage consacré à la photographie qui dit, en gros, que la photographie permet de saisir le transcendant, qui est fugace et éphémère, et de le figer. Claudel commence par évoquer la peinture comme un art analogue, mais qui serait marqué par l’identité de l’artiste. Il dit…
J.-E.M. : Claudel est un con parce qu’il a oublié de rajouter la radio !
R.B. : C’est vrai, Claudel ! Et la radio ? Et le web ? (rires) Qu’est-ce qu’il dit du web, Claudel ? (rires)
J.-E.M. : Non, l’image tue ! La télé, j’ai fait ça par accident. Mais la télévision c’est l’enfer, parce que c’est le contraire de ce que dit Richard. On a l’image ET le commentaire. Mais l’image tue ! On pourra faire tous les commentaires qu’on veut, si l’image est forte, les gens n’entendent pas. En photo, il n’y a pas le son – et en radio, il n’y a pas l’image. Voilà. (C’est fort d’arriver à dire : « Claudel est un con ! », c’est quand même pas mal…)
R.B. : Termine la question alors… Qu’est-ce qu’il dit?
P’A. : Il écrit à propos des paysages en peinture: « On ne dit plus: c’est un bois, c’est une rivière. On dit: c’est un Courbet, c’est un Corot, c’est un Monet, c’est un Pissarro. » Les photos de Richard, si on les expose, c’est parce qu’elles ont une identité artistique, j’imagine bien. Qu’est-ce que fait que, face à une photo, on ne dit plus « C’est Robert Smith ! » mais « C’est un Bellia! » ?
R.B. : Ah c’est ça, ouais… C’est parce que « on » est un con (rires). Après si on veut vraiment parler de la photographie, il y a quand même un truc vachement important à noter, c’est que je suis cerné par des blaireaux : 99,99999% des gens que je croise avec des appareils photo font des choses qui sont moins bien que moi, non pas parce que je suis génial mais parce que eux ont acheté la mauvaise machine. On est quand même à un moment de la photographie où je suis, moi avec mes pelloches, cerné par des mecs qui à 99% ont du numérique… Imagine juste un truc, prenons l’exemple du pain. Imagine qu’il y ait un boulanger qui fait du bon pain et que dans un rayon de 800 kilomètres, ils ont de la farine industrielle dégueulasse. Et puis on viendrait le voir en lui disant : « Alors, comme ça se fait qu’on reconnait que c’est toi ? » Mais la réponse c’est parce que tu es cerné par les blaireaux !
J.-E.M. : Mais ce boulanger existe : nous l’avons rencontré !
R.B. : Tu vois, je pense qu’on ne ferait pas autant cas de mon travail si j’étais pas autant cerné par les blaireaux. C’est vraiment ça qui fait mon truc. Après il y a une autre chose dans la photographie – cette phrase de Claudel est magnifique. En général la chose la plus terre à terre qu’on nous dise par rapport à la photographie, c’est que c’est la capture du réel : ça capture le réel, voilà – très bien, si tu fais attention à tout ce que tu utilises en termes d’optique, de papier, que tu soignes un petit peu ton travail… Mais si ça se trouve, si tu choisis des groupes qui font de la bonne musique, ça fait partie du truc, tu vois ce que je veux dire ?
J.-E.M. : Mais ça c’est très intellectualisé, ce truc de Claudel. Il en a beaucoup qui regardent les photos et qui disent au photographe : « Vous devez avoir un très bon appareil !… »
R.B. : C’est ça, oui – qui est aussi un truc très agaçant… (rires) Tu me parles de mon style, mais moi j’en sais rien. Quand je travaillais pour la presse musicale anglaise, on était cinq photographes à faire un canard par semaine et si tu mettais les photos des cinq photographes sur la table, comme ça, est-ce qu’on aurait pu dire : alors ça c’est Catlin, ça c’est Bellia, etc. ? Y en avait qu’un où on pouvait vraiment ressortir un style, on reconnaissait son travail tout de suite parce qu’il explosait son grain, donc on disait : ça c’est les photos de Philip Nicholls. Mais je pense pas qu’on aurait pu dire que j’avais un style, comme tu l’avances vraiment dans ta question. Si j’ai un style en 2017 c’est parce que je suis cerné par les blaireaux, essentiellement. Où alors que je suis effectivement génial…
P’A. : … ce qui est possible aussi !
R.B. : Oui oui oui ! Ou les deux ! C’est un effet loupe, tu vois ce que je veux dire…
J.-E.M. : Mais la photo, c’est comme la nourriture (parce que là on se prend la tête), comme le bon vin. Tu connais le secret du bon vin ? Tu sais pas ? C’est celui que tu aimes. Alors le vin qui sent la noisette, le petit chemin, le soleil qui brille, la groseille en arrière-goût et quand on claque la langue on sent le goût de la banane, c’est de la merde ! En fait, c’est ce qui te plaît qui est le meilleur. Et avec les photos, c’est la même chose. Tu vois, les photos te plaisent, t’en achètes une – ce que j’ai fait. Et c’est tout. Vraiment. Je fais exprès quand je dis ça, d’être provocateur. C’est ce que tu aimes. Si t’aimes pas, passe ton chemin. Pareil pour la musique. C’est pour ça que les critiques m’exaspèrent un peu parce que… De quoi tu parles ? Au nom de qui ? Non ! Ça te plaît ou ça te plaît pas. Ça te parle, ça te parle pas – c’est comme l’art moderne. Ma grand-mère dirait : moi je préfère quand il y a une maison sur une colline. Ben ok, je vais pas lui expliquer… Ça te plaît ou ça te plaît pas. Tu vibres, tu es heureuse – c’est une photo, un tableau, en écoutant de la musique… Et puis voilà !

Propos recueillis à l’Aéronef, Lille, le 7 octobre 2017

Le chien de Dieu (Futuropolis), une bd miroir d’un temps de contradictions

Le chien de Dieu
Le chien de Dieu

Le chien de Dieu (Futuropolis), une bd miroir d’un temps de contradictions

Louis-Ferdinand Céline, sa vie et son oeuvre. C’est grosso modo le fil rouge du Chien de Dieu, bande dessinée ultra réaliste aux accents de fantaisie qui fait revivre les mots de l’auteur culte du Voyage au bout de la nuit. On croirait entendre un accent titi parisien dans des pages remplies de toutes ces expressions argotiques d’un autre temps mêlées à une rage intérieure déversée contre lui-même dans de longs monologues intérieurs. C’est le tableau d’un personnage autant atrabilaire qu’empathique qui est brossé par Jean Dufaux et Jacques Terpant. Du genre que personne ne veut côtoyer chaque jour mais qui fait merveille une ou deux fois par an lors des fêtes de famille. Un original, en somme.

Un personnage controversé

Le chien de Dieu romance l’existence de celui qui fut un antisémite notoire et élude soigneusement la fuite de France à la libération vers l’Allemagne puis le Danemark. Voilà pour des raccourcis qui pourront prêter à confusion. Pour le reste, la bande dessinée se dévore de la première page au dernier mot en compagnie d’un être affectueusement imparfait qui ne laisse le privilège à personne d’autre que lui-même de se juger dans un bilan mordant de son existence. Chaque bulle est remplie de ce langage parlé qui a fait sa renommée, entre argot dévoyé et vocabulaire scientifique hérité de ses études de médecine. Sa petite musique faite de rythmes et de sonorités donne aux dialogues et aux cheminements personnels intérieurs des accents de lucidité désespérée mais également un sommet d’humour, entre violence et tendresse. L’homme est montré sous son jour le plus cru, jamais vraiment sympathique et à la dent constamment féroce. Celui qui reste un des auteurs français majeurs du XXe siècle semble donner une substance parfaite à l’adage selon lequel il ne faut pas confondre l’auteur et son oeuvre. Si le Voyage au bout de la nuit est rentré tout en haut du panthéon littéraire français, ce n’est certainement pas un hasard. Au-delà des errements d’un personnage controversé, Le Chien de Dieu creuse le sillon d’un enragé de la vie.

Une BD en clair obscur

Les dessins de Jacques Terpant font évoluer Céline dans un univers aux perpétuelles nuances de gris pour le récit d’une vie passée à (se) fuir. Le dessin est précis, les personnages prennent vie avec une surprenante vivacité au fur et à mesure d’une BD imaginée comme le constat d’une vie. La guerre de 14 et son cortège d’atrocités, la rencontre cruciale avec Élisabeth Craig, l’écriture enfiévrée du Voyage au bout de la nuit, le quotidien de médecin au service des pauvres, les errements de la seconde guerre mondiale. Et sa compagne Lucette rient une place importante bien que finalement secondaire. Le chien de Dieu est une histoire d’hommes où les femmes représentant avant tout des créatures que Céline considéraient comme fragiles et négligeables. Le récit se suit entre Paris et Meudon sans jamais oublier la ville de naissance, ce Courbevoie aux accents de nostalgie qui ne quitte jamais le héros.

La bande dessinée est courte et dense, pointue et elliptique et tend surtout à cerner un homme complexe enfermé dans ses contradictions. Surtout un auteur majeur rentré dans la légende et dont la postérité ne cesse de rejuger l’apport humain et littéraire, certainement bien moins sévèrement que lui même le fait au fil des pages.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR, INFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

Jean Dufaux revient à ses premières amours, la littérature, avec ce récit singulier sur le destin d’un homme hors du commun, Louis-Ferdinand Céline. À travers les moments marquants de son existence, Jean Dufaux brosse le portrait d’un homme complexe, écrivain de génie, médecin des pauvres, pamphlétaire antisémite… Le dessin réaliste et juste de Jacques Terpant nous fait revivre un Céline humain, terriblement humain…

Date de parution : le 2 novembre 2017
Scénariste(s) : Jean Dufaux, Jacques Terpant
Dessinateur(s) : Jacques Terpant
Genre : Biopic
Editeur : Futuropolis
Prix : 17 € (72 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

Le chien de Dieu
Le chien de Dieu

Le chien de Dieu
Le chien de Dieu

Le chien de Dieu
Le chien de Dieu

Le chien de Dieu
Le chien de Dieu

Entre ciel et mer, Ar-Men, L’enfer des enfers (Futuropolis)

Ar-Men
Ar-Men, BD d’Emmanuel Lepage, Editions Futuropolis

Entre ciel et mer, Ar-Men, L’enfer des enfers (Futuropolis)

Ar-Men est le nom du phare le plus mythique de Bretagne. Erigé sur un bout de roche constamment battu par les flots, il empêche les navires de se fracasser et d’allonger la liste des victimes de la mer. Emmanuel Lepage raconte une histoire faite de drames et de légendes dans un récit où l’histoire et le rêve se mélangent tout en délicatesse. Les dessins évocateurs allient la force à des tourments très humains dans 96 pages qui se dévorent avec plaisir.

La légende des hommes

Germain est le gardien du phare d’Ar-Men. Une tempête à peine plus forte qu’habituellement fracasse une vitre et déverse des flots d’eau dans l’escalier en colimaçon, attaquant le crépi pour dévoiler des écrits dissimulés aux yeux de tous. Une lecture entêtante fait découvrir à Germain l’histoire oubliée d’un phare devenu une obsession pour ceux qui l’ont érigé et habité. Emmanuel Lepage inscrit son récit dans les légendes bretonnes millénaires pour aviver une mythologie sans âge. Plus que la solitude, c’est le combat de l’homme contre les éléments qui façonne ces existences pétries de larmes et de souffrances. Le récit rédigé par un Moïzez seul rescapé d’un naufrage ressuscite 14 années qui ont vu le phare se dresser sur la roche, en découragent certains sans que les efforts ne cessent pour achever un ouvrage rendu indispensable pour stopper la longue énumération des navires coulés par le fond. Le phare d’Ar-Men se situe sur le rocher du même nom sur la commune de l’Île-de-Sein, à l’extrémité de la chaussée de Sein, à l’est de l’Atlantique Nord. L’auteur inscrit son récit dans une longue histoire où les hommes ont compté les naufrages jusqu’à surnommer ce bout de roche démoniaque  l’enfer des enfers.

Des dessins renversant de beauté

Le récit ne serait rien sans cette riche palette de couleurs et de lumières qui transforment littéralement chaque page en oeuvre d’art. Le bleu de la mer évolue en fonction du climat et des éléments qui se déchainent sans jamais ou presque se reposer. Le ciel se couvre de nuages blancs ou gris avec toujours cette lumière dans la nuit pour guider les navires. La variété des couleurs s’attache à dépeindre une atmosphère autant tourmentée sur la mer que dans l’esprit du héros. Le gardien de phares raconte son histoire en faisant revivre les héros mythologiques et la vie de Moïzez avec un luxe de détails qui hypnotisent le lecteur et créent une empathie avec un narrateur blessé par la vie. On a peine à imaginer la somme de travail nécessaire pour l’achèvement d’une BD intense de bout en bout, un peu à l’instar de la construction du phare.

La BD d’Emmanuel Lepage impressionne par la somme des connaissances emmagasinées dans ses pages. Le romantisme des dessins fait voyager par delà les âges et les flots avec un récit tout en délicatesse et en déchirement.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR, INFOS ET PLANCHES DE L’ALBUM » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

La nouvelle bande dessinée d’Emmanuel Lepage : une plongée fantastique dans le plus mythique des phares, Ar-Men ! Ar-Men est le phare le plus exposé et le plus difficile d’accès de Bretagne, c’est-à-dire du monde. On le surnomme « l’Enfer des enfers ». Mêlant fiction, documentaire et légendes, épopée autant que récit intimiste, Emmanuel Lepage livre un récit de forte intensité. Couleurs somptueuses, images à couper le souffle : Emmanuel Lepage au sommet de son art !

Date de parution : le 16 novembre 2017
Scénariste(s) : Emmanuel Lepage
Dessinateur(s) : Emmanuel Lepage
Genre : Humour
Editeur : Futuropolis
Prix : 21 € (96 pages)
Acheter sur : Amazon l BDFugue

Ar-Men, l'enfer des enfers
Ar-Men, l’enfer des enfers

Ar-Men, l'enfer des enfers
Ar-Men, l’enfer des enfers

Ar-Men, l'enfer des enfers
Ar-Men, l’enfer des enfers

Ar-Men, l'enfer des enfers
Ar-Men, l’enfer des enfers

« Balanchine, Teshigawara, Bausch », un trio dansant et éclaireur au Palais Garnier

«Balanchine, Teshigawara, Bausch», un trio dansant et éclaireur
Le Sacre du printemps © Agathe Poupeney / OnP

« Balanchine, Teshigawara, Bausch » un trio dansant et éclaireur au Palais Garnier

Fils de compositeur, George Balanchine (1904-1983) a appris la musique avant la danse. Toute sa vie, il a gardé cet intérêt et cette intime connaissance de la musique qui, seule, a guidé ses créations. Il disait lui-même : « Le ballet est avant tout une affaire de tempo et d’espace : l’espace délimité par la scène, le temps fourni par la musique ».

Musicalité des corps

C’est donc cette musicalité des corps qui est encore à l’oeuvre avec Agon pour débuter le programme de la soirée où son écriture affranchie de toute narration, tend à l’épure et à cette géométrie de l’espace, entièrement dédiée à la musique et au mouvement.

Une pièce impulsive pour 4 hommes puis 8 femmes à la limite du déséquilibre et qui ouvre à cette empreinte néoclassique, initiée par le chorégraphe. Et dont la maîtrise d’exécution par les danseurs n’est pas démentie.

Ils bougent en alternance et se substituent les uns aux autres comme s’ils étaient interchangeables. Devenus hybrides, bras et jambes se meuvent en des figures géométriques qui accentuent la dynamique de l’ensemble.

Sur la partition composite d’Igor Stravinsky, les enchainements graphiques se révèlent pointus et plastiques. Une réussite.

Espace sensoriel et originel

S’en suit la création de la soirée, Grand miroir, de Saburo Teshigawara qui invente une grammaire organique et animale sur le troublant Violin Concerto d’Esa-Pekka Salonen.

Réglant comme à son habitude la chorégraphie, mais aussi la scénographie, les costumes et les lumières, il tente de percer le mystère de cette partition qui, vibrant sur tous les registres émotionnels, est le résumé kaléidoscopique d’une vie d’artiste.

A l’abri d’un mouvement compulsif et évolutif, puisé dans un souffle intérieur ou interactif entre les danseurs, le plateau carrément investi, se fait espace sensoriel et originel.

Champ de bataille

Enfin, Le Sacre du printemps, morceau d’anthologie de Pina Bausch (1975), vient clore ce programme. Sa reprise est toujours un évènement où sur la scène couverte de terre fraîche, danseurs et danseuses s’opposent en d’âpres combats et s’épuisent jusqu’au sacrifice.

Rituel d’une communauté humaine qui sacrifie l’un des siens, une jeune femme, pour glorifier la divinité du Printemps et dont la symbolique nous renvoie à notre origine et à notre fin.

A l’abri d’une chorégraphie radicale et d’une intensité inouïe, “Le Sacre” se charge de cette danse tellurique qui nous laisse, une fois encore, sans voix.

Dates : du 25 octobre au 16 novembre 2017 l Lieu Palais Garnier (Paris)
Chorégraphes : George Balanchine / Saburo Teshigawara / Pina Bausch

The Jane Doe Identity en DVD, Blu-Ray et VOD le 4 octobre

The Jane Doe Identity, film de André Øvredal, Copyright Wild Bunch Distribution

The Jane Doe Identity en DVD, Blu-Ray et VOD le 4 octobre

Chaque année, quelques films horrifiants font le buzz et sont censés renouveler le genre avec une intrigue inédite et des frissons garantis. The Jane Doe Identity fait partie de la vague 2017 avec une histoire crispante de corps inerte possédé par un esprit malin décidé à se venger. Le film dévoile petit à petit l’origine d’un mystère vieux de plusieurs siècles en plein coeur d’une morgue anxiogène en diable. Difficile pourtant d’échapper aux grands effets classiques de l’horreur que sont la peur du noir, la porte qui claque et le personnage qui apparait tout à coup dans le champ de la caméra. Si on ajoute l’esprit frappeur et les morts qui se réveillent, il reste surtout le corps défunt trifouillé au scalpel pour provoquer quelques chatouillis dans la colonne vertébrale.

Des morts pas si morts que ça?

The Jane Doe Identity joue sur la peur ancestrale des esprits qui continuent de hanter des corps supposés inertes. Les deux médecins légistes interprétés par Brian Cox et Emile Hirsch sont les illustres représentants d’une science cartésienne où chaque mystère trouve immanquablement son explication logique. Mais quand la police amène un corps immaculé, la nuit promet d’être longue. Au fur et à mesure qu’ils examinent le corps de l’extérieur et de l’intérieur, des évènements inexplicables vont mettre à rude épreuve leurs convictions. Si les effets utilisés sont bien connus, le film se suit sans mal dans une montée progressive de la tension sans que le gore ne rende jamais le film irregardable. The Jane Doe Identity est un film d’horreur soft qui privilégie les émotions aux tourments visuels, quoique la dissection des corps puisse remuer les plus fragiles.

Le huit clos fait passer un sale quart d’heures à des personnages victimes de l’obscurantisme religieux de leurs ancêtres du XIXe siècle. Moralité, l’aveuglement mystique fait des ravages au delà de la mort. Un film à découvrir en DVD, Blu-Ray et sur la VOD dès à présent!

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The Jane Doe Identity
The Jane Doe Identity

Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité), Tommy Tilden et son fils, médecins-légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte. Alors qu’ils commencent à assembler les pièces d’un mystérieux puzzle, une force surnaturelle fait son apparition dans le crématorium…

Sortie DVD : le 4 octobre 2017
Durée : 01h39
Réalisateur : André Øvredal
Avec : Emile HirschBrian CoxOphelia Lovibond
Genre : voir fiche allociné
Prix : 14,99 € (DVD)
Acheter : sur Amazon

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Albert Dupontel se fait une place parmi les plus grands avec Au revoir là-haut

Au revoir là-haut
Au revoir là-haut, film d’Albert Dupontel, Copyright Gaumont Distribution

Albert Dupontel se fait une place parmi les plus grands avec Au revoir là-haut

Le premier sentiment dès la fin de la projection d’Au revoir là-haut est simple: Wouah. Albert Dupontel quitte définitivement ses amis d’amuseur public pour réaliser un film ambitieux, touchant et tellement puissant qu’il force le respect. Les reconstitutions des tranchées de la grande guerre rappellent rien de moins que Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick tandis que les personnages emportent le spectateur dans des traits délicieusement caricaturaux. Dire que ce film est une flamboyante réussite va de soi, parier qu’il va tout rafler aux prochains César n’est peut être pas si absurde que cela…

Une reconstitution minutieuse

Au revoir là-haut démarre tambour battant. A l’orée de l’armistice, deux soldats fraternisent sur les champs de bataille boueux. L’un ressemble à un sympathique rêveur lunaire, l’autre est un dessinateur de génie pétri de papillons dans les yeux. Mais quand un lieutenant sadique emmène sa troupe sur le champ de bataille pour un dernier tour d’honneur, il va les lier sans le savoir jusqu’à la mort. La première demi-heure est un véritable cours magistral de cinéma avec ses plans au cordeau et ses effets de style virevoltants. Le réalisateur a fait du chemin depuis Bernie et 9 mois ferme, abandonnant l’humour débonnaire et caustique de ses premiers longs métrages pour une reconstitution historique grave et légère à la fois, mais toujours maitrisée. Le jeu des comédiens se veut toujours à la limite du caricatural sans jamais perdre de leur efficacité. En cela, le dessinateur Nahuel Perez Bicayart et le sadique Laurent Laffitte semblent interpréter deux face d’une même réalité. Le rêveur et le sadique, le fou et le cynique, le bon et le mauvais. Il se tournent perpétuellement autour avec le polichinelle Albert Dupontel au centre pour équilibrer le jeu.

Un film qui fera date

Si la bande annonce laissait présager le meilleur, le film a le bon gout de confirmer toutes les folles espérantes placées en lui. Avoir autant le sourire avant les premières minutes et après la fin du générique est forcément bon signe pour la postérité d’un film que le million d’entrées voire le double pourrait avaliser avec éclat. Quant aux César, il parait évident qu’un minimum de 5 statuettes ne serait pas usurpé pour faire éclater le film aux grands jours et l’inscrire dans une liste forte de films prestigieux. Cette histoire d’amitié grinçante entre deux éclopés de la société face aux puissance aveugles et cynique de l’argent a tout pour convaincre une foule nombreuse. Ajoutez à cela une kyrielle de plans inoubliables et d’images majestueusement filmées et vous obtenez rien de moins qu’un chef d’oeuvre. Le seul bémol tiendra dans ces 20 dernières minutes un peu bâclées qui montrent surtout l’essoufflement d’un réalisateur qui a tout donner pendant 1h30. Impossible de lui en vouloir, le marathon est un sport éreintant, sur piste comme derrière la caméra. Reste une belle quantité de moments

Au revoir là-haut est certainement le film français de l’année en même temps qu’une éclatante réussite. La folie douce d’Albert Dupontel se mue en oeuvre d’art pour un éblouissement visuel à découvrir absolument.

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Au revoir là-haut
Au revoir là-haut

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..

Sortie : le 25 octobre 2017
Durée : 1h57
Réalisateur : Albert Dupontel
Avec : Albert Dupontel, Nahuel Perez Biscayart, Laurent Laffitte
Genre : Drame

 

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Une adaptation théâtrale asphyxiante avec 12 hommes en colère au Théâtre Hebertot

12 hommes en colère
12 hommes en colère, mise en scène de Charles Tordjman, Théâtre Hebertot

Une adaptation théâtrale asphyxiante avec 12 hommes en colère au Théâtre Hebertot

La nouvelle adaptation théâtrale au Théâtre Hebertot du film de 1957 12 Angry Men réalisé par Sydney Lumet avec Henry Fonda ressuscite avec bonheur le huit clos d’une salle étouffante où 12 jurés doivent délibérer sur un verdict plus ardu qu’il n’y parait. La chaise électrique attend le jeune suspect si les jurés décident à l’unanimité de le reconnaitre coupable. Ce dénouement funeste décidé l’un deux à réserver son vote en reprenant chacun des éléments à charge du dossier pour les questionner. 12 comédiens s’affrontent dans une pièce aussi tendue que prenante avec un rythme qui ne faiblit jamais avec ses échanges houleux et pertinents. Une réussite.

Les masques tombent

12 hommes en colère est un classique du cinéma. Henry Fonda prêtait ses traits à un juré moins expéditif que ses confrères et surtout plus pointilleux sur les raisons qui le feraient voter coupable, avec la conséquence que l’on sait. La pièce choisit de retranscrire sur scène les affrontements entre des jurés de plus en plus partagés en deux catégories. Ceux qui sont convaincus par les témoignages qui incriminent le suspect sont d’abord majoritaires devant un homme seul qui s’élève contre la justice aveugle. Autant la pièce interroge sur les rouages de la justice et la manière trop souvent expéditive dont le verdict est rendu, autant il révèle surtout la velléité de jurés tous soumis à des histoires personnelles qui motivent d’autant plus leur verdict hâtif. Bruno Wolkowitch interprète ce juré très cartésien et surtout désireux de mettre à l’épreuve la masse de ceux qui suivent simplement le mouvement sans se poser les bonnes questions. La mise en scène sommaire privilégie le jeu des acteurs en les exposant ouvertement aux spectateurs sans qu’ils puissent jamais se cacher derrière une table ou un artifice. Continuellement mis à nu, les personnages montrent le meilleur et le pire de la nature humaine dans un mano à mano étouffant qui embarque l’audience 1h20 durant sans jamais la lâcher. Et les échanges tiennent toutes leurs promesses par la violence exhibée sur scène par des comédiens complètement investis dans leurs rôles.

Une pièce sur l’humanité tapie en chacun de nous

Avant d’être un film connu de tous, Twelve angry men est une oeuvre du dramaturge américain Reginald Rose  écrite en 1953 à voir absolument au théâtre. La délibération des jurés offre un tableau aussi vaste que dramatique sur les différents aspects de la nature humaine. Et démontre que l’humanité et l’empathie peuvent surgir de n’importe quel conflit, par delà les préjugés et l’intolérance. Le contexte d’un meurtre familial sert de prétexte à un débat qui en dit plus sur les jurés que sur le suspect. Si certains des personnages plus discrets sont surtout prétextes à des intermèdes truculents qui font retomber la pression et rire le public, d’autres beaucoup plus clivants ont le gout du sang dans la bouche. La pièce interroge sur le fonctionnement d’une justice finalement moins aveugle qu’imaginée et également, en creux, sur le rôle des médias pour attiser des antagonismes montés de toute pièce. 12 hommes sur scène, et pas une femme ni une personne de couleur, on est bien aux Etats-Unis au début des années 50. L’adaptation stricte a été privilégiée avec bonheur, il serait maintenant intéressant d’actualiser le contexte pour de nouveaux préjugés et un quorum de jurés aux doutes toujours présents.

12 hommes en colère scotche les spectateurs au siège par l’intensité des joutes verbales qui se déroulent sur une scène changée en champ de bataille. La pièce fait partager les doutes et les certitudes d’individus lambdas, sans connaissances juridiques ni aucune compétence a priori pour donner la justice. A méditer si vous êtes appelés un jour pour jouer un rôle similaire dans une salle d’audience…

Dates :  à partir du 5 octobre, du mardi au dimanche à 19h
Lieu : Théâtre Hebertot (Paris)
Metteur en scène : Charles Tordjman
Avec : Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel Djemaï, Christian Drilla, Claude Guedj, Roch Leibovici, Pierre Alain Leleu, Francis Lombrail, Pascal Ternisien, Bruno Wolkowitch

Un Don Carlos au plus près de sa blessure intime et emmené par des voix en or

Don Carlos de Giuseppe Verdi Photo : Agathe Poupeney. Opéra national de Paris.

Un Don Carlos au plus près de sa blessure intime et emmené par des voix en or

Le livret original Français qui constitue la version en cinq actes présentée aujourd’hui, est tiré d’une pièce du poète et dramaturge Allemand Friedrich von Schiller. Dramaturgiquement complexe, l’opéra fait cohabiter des scènes intimistes et des tableaux historiques, religieux, où se déploient des personnages aux prises avec leur vérité intime et la raison d’état.

Des personnages sous haute tension

De cette interrogation sur le pouvoir et la figure du père castratrice qui voit l’objet du désir reconnu que dans la perte ou la castration, le metteur en scène Krzysztof Warlikowski avec le geste formaliste qu’on lui connait, livre une vision shakespearienne de l’oeuvre, dominée par l’ambivalence et la complexité psychologique des personnages dont les affres intimes se fracassent contre le masque attaché au rang et au sang.

En France en 1559, puis en Espagne neuf ans plus tard. Élisabeth de Valois, fille d’Henri II de France, est promise à Don Carlos, l’infant d’Espagne, pour réconcilier les deux pays en guerre. Celui-ci étant venu clandestinement à Fontainebleau pour découvrir sa promise, les deux jeunes gens se rencontrent dans la forêt et tombent immédiatement amoureux.

Mais la mort de l’épouse du roi Philippe II l’amène à changer ses projets : il décide d’épouser lui-même Elisabeth.

Inconsolable, car aimant toujours celle qui est devenue sa belle-mère, Carlos, neuf ans plus tard, demande à son père, sous l’influence de son ami Rodrigue, marquis de Posa, la permission de gouverner les provinces flamandes soulevées, pour mettre un terme aux horreurs perpétrées par l’armée espagnole. Mais Philippe II, jaloux de la passion qu’il pressent, sans en être certain, entre la reine et son fils, refuse, et demande à Rodrigue, qui a sa confiance, de les surveiller. La rancœur de la princesse Eboli, une suivante d’Élisabeth qui aime Carlos en secret, et découvre que la reine l’a supplantée dans le cœur du jeune prétendant, complique encore la situation…

Pour installer cette galerie de portraits aux destins contrariés et/ou brisés entre complot de l’Inquisition, entrevues secrètes et intrigues politiques, Warlikowski crée avec la décoratrice Małgorzata Szczęśniak, un espace éclaté où les décors, les lumières, la vidéo et les costumes convoquent des images glaçantes ouvertes ou fermées, en projection totale avec ce drame intime, son histoire de violence et son introspection.

Propices au découpage temporel, séquentiel, et à la fragmentation d’un paysage mental aussi tourmenté que traumatique, les scènes s’opèrent à partir du regard subjectif de Don Carlos qui voit se remémorer l’épopée de cette tragédie familiale hantée par ses enjeux, ses fantômes et ses illusions perdues.

Des voix d’exception

Le tout emmené par des voix d’exception (la soprano Sonya Yoncheva, la mezzo-soprano Elina Garanca, le ténor Jonas Kaufmann et le baryton Ludovic Tézier, la basse Ildar Abdrazakov) qui exacerbent les actes manqués, la passion dévastée, la peur ou la haine mortifère.

Où chaque tessiture s’empare du drame, l’explore et le révèle sur la trame musicale ardente, emportée, foisonnante du chef d’œuvre de Verdi dont l’architecture se dévoile puissamment sous la direction de Philippe Jordan.

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Dates : du 10 octobre au 11 novembre 2017 l Lieu Opéra Bastille (Paris)
Metteur en scène : Krzysztof Warlikowski

Insaisissable The Square

The Square
The Square, film de Ruben Östlund, Copyright Bac Films

Insaisissable The Square

Visionner pour la première fois une Palme d’or génère d’emblée un nécessaire et inévitable double questionnement: The Square aurait-il bénéficier d’une telle exposition sans la Palme et sa qualité justifie-t-elle l’auguste récompense. Force est de constater que le précédent film de Rubens Ostlund Snow Therapy avait créé un buzz relatif auprès d’un public averti et une bienveillance naturelle pouvait accueillir l’annonce de cette Palme d’or surprise. Sauf que le double positionnement sociologique et philosophique de The Square complique les choses. Loin d’apporter la jubilation que l’on est en droit d’attendre d’une Palme d’or, le film se montre à la fois retors et obscur. De là à penser qu’il se rangera dans la catégorie des films qui tomberont dans l’oubli, il n’y a qu’un pas, même si c’est forcément plus compliqué que ça.

Un positionnement précaire

Le protagoniste principal Christian interprété par Claes Bang a d’emblée tous les attributs du personnage antipathique. Directeur d’un musée d’art contemporain, il organise des expositions aux visées universelles pour interroger les visiteurs sur eux mêmes. Sauf que ceux-ci se font rares et qu’un élitisme clivant est savamment entretenu. Le dernier projet intitulé The Square se veut une interrogation sur une supposée hostilité croissante entre les êtres humains avec une installation minimaliste qui propose de la mettre en abime avec un carré dans lequel la bienveillance et l’altruisme sont de mise. Mais une équipe marketing brouille le message avec une campagne de communication polémique qui génère une crispation telle que le directeur se retrouve mis en danger. Voilà en substance le message d’un film qui appuie sur les contradictions d’un homme et d’un système. L’échec du musée est mis en rapport avec l’attitude hypocrite de tous ceux qui le soutiennent. Les généreux donateurs philanthropes se révèlent tout aussi ambigus que leur poulain et ce petit microcosme se révèle surtout coupé de la réalité et des contingences de ce monde. The Square enchaine les scènes inconfortables et répète de manière si continuelle son message que l’effet produit est presque contraire sur le spectateur finalement perplexe. De là à penser que le réalisateur le fait sciemment, il n’y a qu’un pas.

Une intrigue absconse

L’adage Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais sert de fil rouge à un film qui stigmatise de plus en plus un Christian beaucoup plus velléitaire qu’il ne le souhaiterait. Il a beau rouler en voiture électrique et tenter d’aider son prochain avec des actions minuscules, il reste le jouet d’un système finalement superficiel. Et tous ceux qui gravitent autour de lui en souffrent. Le collègue zélé qui l’aide à retrouver ses portefeuilles et portables volés, ses deux filles victimes du divorce de leurs parents, cette journaliste éprise de lui, tous souffrent de sa duplicité et de ses contradictions. Il a beau se vouloir irréprochable, ses actions le désavouent si ouvertement qu’une réflexion plus profonde surgit sur les véritables intentions de la caste qui gravite autour du musée. Le film propose un éclaircissement avec le happening que montre l’affiche du film. Un performer singe un primate hirsute lors d’une soirée de bienfaisance qui regroupe les soutiens fortunés du musée avec un dénouement qui en dit long sur le véritable fond de ceux qui financent le musée. Ils sont finalement comme Christian, coupés de toute réalité.

Une Palme pour rien?

Arrivé à ce stade de l’article, une question peut germer dans l’esprit du lecteur: oui, et alors?  L’inconfort provoqué par le film et son jeu de miroir déformant justifie-t-il sa récompense? Si on ajoute l’attitude condescendante de journalistes qui clouent au piloris le directeur après le scandale provoqué par la fameuse publicité de l’exposition, la critique de la société de consommation avec un Christian plongé dans une mare de poubelles, la présence omniprésente de réfugiés dans les rues, l’attitude hostile de la population à leur égard, The Square a tout du film donneur de leçons. Le réalisateur ne souhaite rien de moins que de montrer l’échec de notre société qui sépare les individus et les monte les uns contre les autres. D’aucuns se demanderont s’il n’y avait pas une manière plus simple et plus universelle de transmettre le message. Surtout que le traitement du film privilégie un faux rythme constamment truffé de longueurs et de silences qui useront un certain nombre de patiences.

L’ambition humaniste de The Square a beau être louable, le film ne touchera qu’un public restreint, démontrant par l’exemple son peu d’ampleur. La critique manque sa cible et il n’en reste qu’un exercice de style vain.

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The Square
The Square

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

Sortie : le 18 octobre 2017
Durée : 2h22
Réalisateur : Ruben Östlund
Avec : Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West
Genre : Comédie dramatique

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https://www.youtube.com/watch?v=zKDPrpJEGBY

3 sorties DVD phares chez Wild Side: Rodin, 47 meters down et KO

Rodin
Rodin

Rodin de Jacques Doillon, sortie en DVD, Blu-Ray et VOD le 11 octobre

L’année Rodin bat son plein et Jacques Doillon réalise un biopic aussi intense que dépouillé. Vincent Lindon prête ses traits au sculpteur aussi besogneux qu’investi dans son art. Une vie passée à construire une oeuvre rentrée dans la postérité ne se fait pas sans une omniprésente épaule attentive tenue par sa compagne Marie-Rose Beuret. L’épouse passe son temps à avaler des couleuvres tandis que son génie de compagnon enchaine les aventures, dont celle connue et déjà relatée avec Camille Claudel. Le film enchaine les révélations qui surprendront les néophytes et conforteront les passionnés. L’artiste était un monstre de travail et d’application, épaulé par  une équipe nombreuse d’assistants pour matérialiser ses visions géniales passées dans l’éternité. 2017, année Rodin, ce film en fait une très belle illustration. Il est à découvrir en DVD, Blu-Ray et VOD depuis début octobre.

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À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’Etat : ce sera La Porte de L’Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme le Baiser et le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face et au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne. 
À 60 ans, enfin reconnu, il devient le sculpteur le plus célèbre avec Michel-Ange.

Sortie DVD : le 11 octobre 2017
Durée : 2h01
Réalisateur : Jacques Doillon
Avec : Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele
Genre : Drame
Prix : 19,99 € (DVD)
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47 meters down
47 meters down

47 meters down de Johannes Roberts, sortie en DVD, Blu-Ray et VOD le 8 novembre

Sorti directement en e-cinéma en septembre, 47 meters down propose une expérience claustrophobique à fleur de fond marin avec deux jeunes femmes enfermées dans une cage au milieu des requins. Les squales représentent un danger mortel tout autant que le manque d’oxygène qui les guette. L’ambiance angoissante se marie très bien à la couleur bleue et aux bruits haletants de respiration qui accompagnent des images stylisées en diable. Le suspens omniprésent est mené tambour battant au rythme des péripéties qui attendent les jeunes femmes. Un survivor movie qui privilégie l’esthétique et l’angoisse au gore, de quoi s’époumoner en famille devant un film à l’efficacité optimale.  Il est à découvrir en DVD, Blu-Ray et VOD le 8 novembre.

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Après la rupture de Lisa, sa soeur Kate l’embarque en vacances au Mexique pour lui changer les idées. Avides d’aventures, elles se mettent au défi de plonger parmi les requins blancs, protégées par une cage. Une fois dans l’eau, le spectacle est incroyable…
Mais subitement, le câble qui retient la cage au bateau cède, et les deux soeurs se retrouvent plongées au fond de l’océan, à 47 mètres de profondeur. Il ne reste qu’une heure d’oxygène et les grands blancs rôdent..

SortieDVD : le 8 novembre 2017
Durée : 1h29
Réalisateur : Johannes Roberts
Avec : Mandy Moore, Claire Holt, Matthew Modine

Genre : Thriller, Epouvante-horreur
Prix : 19,99 € (DVD)
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KO
KO

KO  de Fabrice Gobert, sortie DVD et VOD le 25 octobre

Un cadre ambitieux et imbu de lui-même voit sa vie changée du tout au tout après un règlement de compte. Mais à son réveil d’un long coma, il ne reconnait plus rien. Les éléments de sa vie ont été modifiés et il doit savoir qui il est vraiment. KO emprunte à plusieurs longs métrages comme La boite noire ou Fight Club pour une intrigue qui accroche le spectateur. Qui est donc le héros et comment va-t-il pouvoir tenter de retrouver la place qui était la sienne? Mais le veut-il vraiment?  Il est à découvrir en DVD et VOD le 25 octobre.

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Antoine Leconte est un homme de pouvoir arrogant et dominateur, tant dans son milieu professionnel que dans sa vie privée. 
Au terme d’une journée particulière oppressante, il est plongé dans le coma. 
À son réveil, plus rien n’est comme avant : Rêve ou réalité ? Complot ? Cauchemar ?… 
Il est K.O.

SortieDVD : le 25 octove 2017
Durée : 1h55
Réalisateur : Fabrice Gobert
Avec : Laurent Lafitte, Chiara Mastroianni, Pio Marmai

Genre : Thriller, Drame
Prix : 14,99 € (DVD)
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Fanny Ardant : héroïne tragique et prêtresse magnifique

Fanny Ardant dans Cassandre © Christophe Raynaud de Lage

Fanny Ardant : héroïne tragique et prêtresse magnifique

Inspirée du texte de Christa Wolf, Cassandre est l’une des œuvres les plus célèbres de Michael Jarrell. Monodrame pour comédienne et orchestre, elle a été créée pour la première fois en 1994 au Théâtre du Châtelet à Paris avec Marthe Keller. Aujourd’hui c’est Fanny Ardant qui s’empare de la figure de Cassandre et de ce drame intense aux tonalités extrêmes dont la lecture dramaturgique et sensorielle, sonne comme un coup de maître.

Le discours de Cassandre est tout entier remémoration, porté par une confession intime et un cri de révolte car lorsque l’œuvre commence, le pire a déjà eu lieu.

Les Troyens sont vaincus, Cassandre est prisonnière d’Agamemnon à Mycène. Au seuil de sa mort, les événements marquants de sa vie se remémorent dans un mouvement ultime : la malédiction d’Apollon qui lui a offert le don de divination mais aussi l’incapacité à être entendue, son amour pour Énée, les dix ans de guerre contre les Grecs, la mort de ses proches, la chute de Troie.

Du mythe à l’œuvre de Christa Wolf, le monologue est construit sur le principe d’un va-et-vient constant entre le présent, le passé, et le futur dans le passé (les prédictions de jadis).

Du coté des vaincus

Wolf y réinterprète le mythe antique pour se concentrer sur trois points essentiels : le récit des vaincus tel que donné par Cassandre la Troyenne (qui diffère de beaucoup du récit d’Homère – épique, héroïque, et de surcroît le récit d’un grec, le récit des vainqueurs), la situation de la femme dans l’Histoire, et les origines de la guerre.

Elle y contredit la version homérique du conflit en insistant notamment sur le sort réservé aux femmes (mises à l’écart, la plupart du temps réduites en esclavage sexuel) et en montrant une guerre qui n’a plus rien d’une suite de vaillants exploits de héros masculins.

Et montre comment les guerres naissent d’un rapport falsifié à la vérité.

Cassandre est cette voix universelle, essentielle, fondatrice qui dit non à la cité et questionne envers et contre tous, l’acte civique et politique.

D’une intériorité aussi brûlante que rebelle, Fanny Ardant impressionne de maîtrise et d’incarnation. Et transcende la parole de Cassandre aux prises avec son destin inéluctable dont le flux dramaturgique s’entrechoque dans une mise en scène sobre, à la partition musicale contemporaine d’une grande puissance expressive et orchestrale.

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Dates : du 18 au 22 octobre 2017 l Lieu Athénée – Théâtre Louis-Jouvet (Paris)
Metteur en scène : Hervé Loichemol l Avec : Fanny Ardant

Choisir de vivre, de Mathilde Daudet (Carnets nord)

Choisir de vivre
Choisir de vivre, livre de Mathilde Daudet, éditions Carnets nord

Choisir de vivre, de Mathilde Daudet (Carnets nord)

Mi-récit autobiographique, mi roman, Choisir de vivre raconte l’histoire d’une résurrection. Ou comment un jeune homme devenu un adulte apparemment épanoui a choisi de devenir totalement lui-même dans sa tête et dans son corps. Mathilde Daudet se met à nu dans 240 pages qui transforment le tabou social de la transsexualité en expérience de vie forte et délicate à la fois. Car le choix du changement de sexe n’est pas un prétexte médiatique pour se montrer et faire le buzz, mais bel et bien une remise en cause de l’existant pour un peut être plein d’incertitudes.

Le poids du masque

Le petit garçon ressent très tôt une différence qu’il ne parvient d’abord pas à cerner. Puis l’adolescent multiplie les conquêtes féminines avant de revêtir les oripeaux du mâle viril et conquérant. Thierry devient un grand reporter reconnu et respecté. Marié et père de deux enfants, rien ne laisse supposer un secret enfoui tout au fond de lui. Le récit de Mathilde Daudet multiplie les indices en relatant le récit de deux vies qui n’en sont en fait qu’une seule. Loin des récits autobiographiques de stars de la politique et du football qui frisent trop souvent l’indécence obscène, Choisir sa vie relate une quête d’identité interdite par la société et l’éducation des anciens. Petit-fils du romancier Alphonse Daudet, Thierry Daudet attendra ses 60 ans pour accepter de devenir qui il est vraiment, Mathilde. Très loin de faire du prosélytisme, l’auteure raconte surtout la quête d’elle-même, les souffrantes afférentes, les peurs sourdes et la délivrance d’une opération qui l’a fait devenir véritablement celle qu’elle a toujours été au fond d’elle même. Prisonnière d’une éducation rigoureuse et de schémas familiaux antédiluviens, il lui aura finalement fallu devenir elle-même senior et respectable pour sauter le pas et enlever le masque.

Un récit sans artifices

Le style d’écriture a cette qualité d’être simple et direct. Pas de fioritures littéraires ni d’omniprésentes figures de styles, Choisir sa vie se rapproche presque du carnet de voyage, le fil d’une vie chemine à travers des descriptions, des dialogues et des confessions à la sincérité touchante. Les échecs et le succès sont relatés avec la bienveillance de celle qui jette un regard affectueux sur son passé. En plus d’être d’une lecture très agréable, l’ouvrage aborde la transsexualité sous le prisme du chemin intérieur. Comment nier son individualité toute une vie sans ressentir d’insondables tourments intérieurs et comment en finir par une décision radicale et pas si aisée qu’on peut le croire. Mathilde Daudet offre un éclairage aussi sincère que touchant sur le courage d’être soi-même, par delà les barrières sociales, le jugement d’autrui et la souffrance physique. Son exemple inspirera d’une part ceux et celles qui ressentent des sentiments similaires sur leur identité profonde mais également tous ceux qui n’osent pas changer de vie pour vivre leurs inspirations. Choix personnels, professionnels ou sentimentaux, l’important est finalement d’oser et de ne pas cacher sa personnalité réelle sous des tonnes d’excuses sans importance.

Choisir sa vie révèle avec une immense pudeur un parcours de vie dans notre société actuelle. Et dévoile une quête aussi ardue que tumultueuse pour devenir enfin soi-même. Parce que la transsexualité est un choix éminemment personnel qui ne regarde que soi-même, et c’est déjà beaucoup. L’ouvrage sera bientôt adapté sur les planches du Studio Hebertot dans une pièce très attendue.

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]
Choisir de vivre
Choisir de vivre, livre de Mathilde Daudet, éditions Carnets nord

« Parler de moi ne fait pas partie des choses que j’aime mais je le fais pour deux raisons. D’abord pour celles et ceux qui se sentent prisonniers de leur propre corps, parce que c’est le livre d’un passage réussi, et puis j’ai aussi l’espérance de lever une partie du voile sur un tabou important de notre société, et d’entrouvrir les esprits les plus fermés. »

Thierry aime le risque, la vitesse, frôler la mort pour se prouver qu’il est homme. Sa soeur Mathilde cultive sa douceur, ses secrets. Deux vies séparées et pourtant intimement mêlées. Deux héros qui n’en sont qu’un, tels des siamois.

Choisir de vivre est l’histoire d’un combat, avec soi-même et contre la norme, mais aussi celui d’un changement de vie, qui prouve qu’on peut trouver le courage d’être « soi », malgré les défis.

Choisir de vivre est une autobiographie qui utilise les clefs du roman, pour nous permettre d’approcher au plus près de la réalité.

Date de parution : le 25 janvier 2016
Auteur : Mathilde Daudet
Editeur : Carnets nord
Prix : 18 € (240 pages)
Acheter sur : Amazon

Questions idiotes, un album rigolo pour petit enfant (Ecole des loisirs)

Questions idiotes Questions idiotes, un album rigolo pour petit enfant (Ecole des loisirs)

 

Philippe Corentin écrit, et illustre des livres pour enfants depuis presque toujours ! Son but est de réveiller les enfants et surtout de les faire rire ! Mission réussie pour son dernier petit livre cartonné, écrit et illustré par lui-même : Questions idiotes.
Philippe Corentin se met à la place de l’enfant, avec beaucoup d’humour. Mais pourquoi donc les adultes posent-ils des questions aussi bêtes aux enfants ? Chaque page de son livre illustre des scènes où l’évidence est dessinée et malgré ça, les adultes posent la question évidente et idiote. Exemple : L’enfant revient de l’école avec son cartable trop lourd et du coup, arrive en rampant chez lui. Et sa mère lui demande : C’est trop lourd ?
Ou encore, l’enfant est malade, au fond de son lit, verdâtre, plein de boutons et la langue pendante, et son père lui demande : Tu ne vas pas à l’école ?
Bref, chaque page va « parler » à l’enfant qui va lire ce livre, soit tout seul, soit accompagné par un de ses parents. Et à chaque scène, l’enfant va rire et inventer toute une histoire autour ! Et pour une fois, c’est l’adulte qui est mis en cause !
Questions idiotes, une idée très originale avec des dessins qui vont attirer l’œil des enfants. Un joli livre à découvrir ensemble, parents et enfants !

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Questions idiotes Philippe Corentin (Auteur/Illustrateur)
5 À 7 ANS
ALBUM
Mais qu’est-ce qu’ils ont tous, à poser des questions sans faire attention, sans regarder, sans réfléchir? Ils nous demandent si on s’est lavé les mains alors que ça se voit comme le nez au milieu de la figure qu’elles sont cracra, si le bain est trop chaud alors qu’on est devenu couleur homard… Ces adultes sont désespérants. Et encore, ce n’est pas si grave, ces petites négligences de la vie quotidienne. C’est quand le Père Noël sonne à la porte qu’ils se surpassent…

Date de parution : le 4 octobre 2017
Auteur/Illustrateur : Philippe Corentin
Editeur : Ecole des loisirs
Prix : 10 € (36 pages)
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Christiane Jatahy bouscule la Comédie Française

Christiane Jatahy bouscule la Comédie Française
« La règle du jeu » sur la scène de la Comédie Française. (Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française )

Christiane Jatahy bouscule la Comédie Française

La metteuse en scène brésilienne Christiane Jatahy mêle théâtre et cinéma dans une adaptation contemporaine de « La règle du jeu » d’après le scénario de Jean Renoir.

Entre vision expérimentale et partage avec le public, son œuvre singulière s’impose désormais comme un espace manifeste de réinvention de ces deux vecteurs d’expression. Où s’expérimentent puissamment les frontières entre l’acteur et le personnage, entre la réalité et la fiction, entre le présent théâtral et l’instant figuré par la caméra. Le tout dans une relecture débridée, décomplexée et enjouée mais fidèle à l’esprit du film dont la troupe du Français s’empare avec brio.

Le cinéaste dénonçait aussi les conflits de classes et les conflits éthiques dans une société au bord du précipice.

La pièce débute par un film, projeté devant le public, avant de se poursuivre en direct sur le plateau.

Actualisation et résonance

Dans la transposition de Christiane Jatahy qui colle à notre époque, l’action se déroule donc aujourd’hui et Robert (Jeremy Lopez), le marquis qui invite à la partie de chasse, n’est plus un fou d’automates mais un mordu de cinéma où le film a lieu car Robert le tourne et dans les murs de la Comédie-Française qui servent de décor, dévoilant au public la richesse et le mystère de ses lieux.

Quant à Christine (Suliane Brahim), elle n’est plus d’origine autrichienne comme dans la version filmée mais Marocaine tandis qu’André Juirieux (Laurent Lafitte) n’est plus le héros d’une traversée de l’Atlantique en avion, mais le sauveur de réfugiés perdus en Méditerranée..

Et le conflit sourd qui gronde provient ici des différences sociales qui séparent les individus et dans la menace que constituent leurs origines diverses.

La transdisciplinarité entre théâtre et cinéma n’est nullement un artifice mais fait partie intégrante de la dramaturgie qui cristallise le prolongement du miroir entre espace réel/ concret, livré sans filtre sur scène, et transposition cinématographique avec ses plans serrés ou grossissants au champ de vision et de sensations/points de vue modifiés.

Prouesse des comédiens

Dans cette temporalité propre à la metteuse en scène où s’intercalent le temps présent et la mémoire, les personnages sont à la fois proches et ailleurs, quotidiens et universels, ridicules et poignants. Ils se consument à la brûlure de cet étourdissement où l’on danse, chante, s’enivre avant la chute.

De Summertime de Gershwin en passant par For me formidable de Charles Aznavour ou encore Paroles, paroles de Dalida, la salle Richelieu prend des allures de cabaret où la fête atteint son paroxysme, emmenée par Elsa Lepoivre qui  irradie la scène aux prises entre ivresse et ambiance de fin de règne.

Justesse des corps et de l’espace qui fait vivre et respirer ce déferlement où se mêlent et s’entrechoquent les passions dévorantes, les tromperies, les trahisons, sur fond de fuite en avant.

Et les comédiens du Français sont tous exceptionnels de naturel et d’inventivité, passant avec une aisance désarmante du registre de la scène à celui de la pellicule.

Dates : du 20 octobre 2017 au 8 janvier 2018 l Lieu A la Comédié-Française (Paris)
Metteur en scène : Christiane Jatahy

Le pavé dans la Marne ou le pacifisme mis à l’honneur

Le pavé dans la marne
Le pavé dans la marne, mise en scène d’Ivan Morane, Le Lucernaire

Le pavé dans la Marne ou le pacifisme mis à l’honneur

En ces années de commémoration solennelle du centenaire de la grande guerre, Jean-Paul Farré se place délibérément en porte à faux et imagine la défaite précoce des armées françaises à la bataille de la Marne dès 1914. Pour lui, le déshonneur militaire ne pèse rien face à ces millions de vies sauvées d’une mort inutile grâce à une déroute prématurée. Le spectacle est un vibrant plaidoyer pacifiste doublé d’un hommage à ses grands parents eux-aussi plongés dans la tourmente d’un conflit dont beaucoup ne revinrent pas. La place de l’homme est réévaluée face au grotesque d’un conflit aux raisons obscures et aux intérêts minuscules

Un discours iconoclaste

Loin de la magistralité des cours d’histoire habituels, Jean-Paul Farré présente une réécriture éminemment personnelle et quasiment sacrilège de la guerre 14/18. L’enchainement des évènements conduisant au conflit se révèle dans toute son absurdité par la magie d’alliances contre-nature et de sentiments belliqueux exacerbés. L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914 à Sarajevo devient un chiffon rouge agité aux yeux des peuples européens décidés à en découdre. Le narrateur émérite devient un professeur d’histoire truculent décidé à dévoiler ce qu’aucun manuel ne souligne jamais. La célèbre phrase de Raymond Poincaré La mobilisation n’est pas la guerre devient une phrase phare d’une soirée placée sous les auspices d’une bouffonnerie pleine de sens. Car si tout le monde insiste habituellement sur la vaillante victoire de la France contre l’AllemagneJean-Paul Farré préfère relater la masse ignominieuse des morts accumulée par un conflit mené par des hommes de pouvoir aveuglés par l’orgueil et l’imprudence. Il imagine donc un conflit durant 47 jours et non plus 1567. Il revient notamment sur l’épisode décisif de la bataille de la Marne en septembre 1914 avec ses légendaires taxis et cette manoeuvre militaire allemande prêtant le flanc à une contre attaque française décisive.

Un spectacle tout en symbolique

La scène contient elle-même une scène illustrant par l’exemple le petit théâtre de la guerre pour une mise en abime toute en nuance. Les manoeuvres et décisions militaires deviennent des farces aberrantes décidées par des hommes à l’incompétence crasse. La joueuse de violon Muriel Raynaud s’immisce sur scène en toute discrétion, figurant avec ses airs mélancoliques les femmes éplorées de soldats disparus et l’horreur de la guerre. Le spectacle laisse toute sa place à l’homme face à la machine implacable du pouvoir décidant d’un conflit sans en subir les conséquences. C’est ce gouvernement français déplacé à Bordeaux loin du théâtre des opérations, cette inflexion des armées allemandes les faisant dévier de la victoire finale vers Paris, Jean-Paul Farré expose le peu de crédibilité de décideurs bien loin de se soucier du sort de leurs troupes. Puis le spectacle devient une confession familiale et perd quelque peu de son ampleur en quittant les bancs de la grande histoire pour un hommage personnel. Mais l’important est ailleurs. Et si la grand guerre n’avait été en réalité qu’une vaste fumisterie? Il est temps de réévaluer un conflit qui, comme tous les conflits, prennent en otage des populations entières pour le plaisir de quelques uns.

Le pavé dans la Marne porte bien son nom. Une pièce qui aurait été à coup sûr interdite pour outrage en d’autres temps porte bien haut la bannière pacifiste. Et ce n’est pas son moindre intérêt!

Dates :  du 18 octobre au 3 décembre 2018
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Ivan Morane
Avec : Jean-Paul Farré, Muriel Reynaud

Aux confins du monde : Karl Ove Knausgaard ou l’ado rebelle (Denoël)

Karl Ove Knausgaard

Aux confins du monde : Karl Ove Knausgaard ou l’ado rebelle (Denoël)

 

Ce quatrième tome que nous offre Karl Ove Knausgaard est exactement dans la même lignée que le tome 3 que Publik’Art avait beaucoup aimé (voir chronique ici).

Cette fois-ci, Karl Ove a 16 ans au début du livre, et 20 ans à la fin du livre. Il est au lycée, doit passer son Bac… En pleine adolescence, Karl Ove sait exactement ce qu’il veut. Les études ne l’intéressent nullement. Il veut écrire. Devenir écrivain. C’est son obsession. Il se met donc à écrire des nouvelles. Il ne veut pas faire d’études après le Bac, mais plutôt gagner un peu d’argent. Il part donc dans le Nord, à 18 ans, et décide de devenir professeur. Pas par vocation, mais juste pour être indépendant et avoir le temps d’écrire. Il se retrouve plongé dans la nuit, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et vit comme il l’entend. Il est toujours passionné par les filles, mais il réalise qu’il a un problème. Il en parle ouvertement, avec tout le naturel qu’on lui connaît.
Karl Ove nous fait partager sa vie dans le Grand Nord, dans un village de pêcheurs perdu au milieu du cercle arctique. Une expérience difficile et hors du commun. La nuit polaire le déprime et multiplie ses tentations pour l’alcool. Il a l’impression de devenir comme son père, qu’il redoute toujours autant, même s’il n’en laisse rien paraître…
A travers ce quatrième tome, Karl Ove se découvre de façon encore plus intime avec toute les questions que se pose un ado. Les 650 pages sont lues à toute vitesse ! Et déjà on s’impatiente pour la sortie du cinquième tome !

Karl Ove Knausgaard est certes, un grand écrivain, avec une plume particulièrement attachante et naturelle. Aucune description ne nous paraît longue et chaque page a son importance. Les analyses de ses propres sentiments, que ce soit envers sa propre famille, ou envers ses conquêtes féminines sont toujours emplies d’humanité et d’un réalisme saisissant.
Un très beau livre à lire au coin de la cheminée, sans se presser

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Aux confins du monde : Karl Ove Knausgaard  Mon combat IV
Aux confins du monde
[Min Kamp IV]
Trad. du norvégien par Marie-Pierre Fiquet

À dix-huit ans, fraîchement sorti du lycée, Karl Ove Knausgaard part vivre dans un petit village de pêcheurs au nord du cercle arctique, où il sera enseignant. Il n’a aucune passion pour ce métier, ni d’ailleurs pour aucun autre : ce qu’il veut, c’est mettre de côté assez d’argent pour voyager et se consacrer à l’écriture. Tout se passe bien dans un premier temps : il écrit quelques nouvelles, s’intègre à la communauté locale et attire même l’attention de plusieurs jolies jeunes femmes du village. S’installe peu à peu la nuit polaire, plongeant dans l’obscurité les somptueux paysages de la région et jetant un voile noir sur la vie de Karl Ove. L’inspiration vient à manquer, sa consommation d’alcool de plus en plus excessive lui vaut des trous de mémoire préoccupants, ses nombreuses tentatives pour perdre sa virginité se soldent par des échecs humiliants, et pour son plus grand malheur il commence à éprouver des sentiments pour l’une de ses élèves.
Entrecoupé de flash-back où l’on découvre l’adolescence de Karl Ove, et grâce auxquels on distingue l’ombre omniprésente de son père, Aux confins du monde capture d’une main de maître le mélange enivrant d’euphorie et de confusion que chacun traverse à la fin de l’adolescence.

Date de parution : le 24 août 2017
Auteur : Karl Ove Knausgaard
Editeur : Denoël & d’ailleurs
Prix : 24,50 € (656 pages)
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