Frédérick Wiseman à l’écoute, livre de Séverine Rocaboy, Quentin Mével et Laura Fredducci
Frédérick Wiseman à l’écoute (Playlist Society) ou le sens des images
Les éditions Playlist Society lancent une nouvelle collection intitulée FaceB avec des livres au format poche qui proposent des focus courts et pénétrants sur des artistes majeurs de notre époque. Le premier volume sort en librairies le 24 octobre prochain et s’intéresse au réalisateur, scénariste, producteur, monteur, preneur de son et même interprète américain Frédérick Wiseman. Un essai et un entretien au long cours évoquent tout son art pour capter des images pleines de sens à la portée quasiment sociologique et à la sincérité dramatique.
Un regard critique et aiguisé
Né en 1930, Frédérick Wiseman a traversé la second partie du XXe siècle en réalisant environ un film par an jusqu’à aujourd’hui. Diplômé de la prestigieuse Yale Law School, sa carrière toute tracée de professeur de droit l’ennuie pourtant très rapidement, lui qui intègre l’université d’Harvard entre 1959 et 1961 avant de tourner son premier documentaire Titicut Follies en 1967 dans un hôpital pour aliénés criminels de Bridgewater dans le Massachusetts. C’est le début d’une carrière riche d’une quarantaine de documentaires qui creusent le sillon d’une analyse sans concession des institutions américaines. Commissariat, agence de mannequins, champ de courses, service de soins intensifs, Madison Square Garden, Frédérick Wiseman s’intéresse à tout ce qui compose la société américaine pour mieux la cerner et la mettre en abime. Son constat est que les grandes institutions créées en principe à des buts d’intérêt public sont perverties par des systèmes bureaucratiques qui mènent à une implacable déshumanisation. D’autres films abordent les pièges de la société de consommation et ses mirages. Ses pérégrination le mèneront également à l’étranger, notamment en France pour des documentaires plus culturels centrés sur le théâtre français.
Un artisan de l’image
L’ouvrage décortique la méthode de travail minutieuse et inlassablement répétée de Frédérick Wiseman pour une plongée dans son travail d’artisan de l’image, jusqu’à révéler tous ces éléments devenus sa marque de fabrique. Les tournages évitent à tout prix les interviews, commentaireset musiques additionnelles pour privilégier la spontanéité des individus dans le cadre. Le réalisateur se fond dans son environnement jusqu’à devenir invisible pour accumuler des centaines d’heures de rush et n’en conserver après un montage minutieux montage que la substantifique moelle nécessaire à son sujet. Il téléguide également le cadreur et assure la prise de son pour des images riches en profondeur, à la beauté désincarnée et saisies sur le vif. Des mois de montage sont nécessaire pour donner du sens aux silences et effectuer des rapprochements entre des séquences a priori sans connections. La mosaïque des images convoque l’attention du spectateur pour l’engager à une vraie réflexion personnelle sur des sujets de société troublants. Autant d’éléments qui sont abordés dans un livre à la clarté cristalline et aux détails si pertinents qu’il ne reste plus ensuite qu’à regarder les documentaires du réalisateur pour en apprécier la pertinence. Séverine Rocaboy, Quentin Mével et Laura Fredducci ont abattu un travail impressionnant pour une analyse pleine de sens en seulement 128 pages denses et passionnantes.
L’ouvrage Frédérick Wiseman à l’écoute lève le voile sur une oeuvre qui gagne à être plus largement connue du grand public. La porte d’entrée est toute ouverte et la lecture attentive de l’ouvrage donne des clés pour en apprécier toute la profondeur.
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Frédérick Wiseman à l’écoute, livre de Séverine Rocaboy, Quentin Mével et Laura Fredducci
En cinquante ans et plus de 40 films, Frederick Wiseman s’est imposé comme un maître du documentaire, observant sans relâche le fonctionnement quotidien des institutions. Muni de son micro et accompagné de son cameraman, il a su extraire des situations observées leur substance tragique, voire même leur drôlerie paradoxale. D’une prison psychiatrique à un lycée, d’un hôpital à une bibliothèque, il a dressé une cartographie de tous ces lieux où se structure la société américaine.
Frederick Wiseman, à l’écoute, composé d’un essai et d’un entretien au long cours, aborde quelques-unes des œuvres majeures du réalisateur. De la préparation au montage, en passant par le financement et le tournage, ce livre permet de plonger avec le cinéaste, étape par étape, dans la fabrique de ses films, dont l’inoxydable modernité inspire les plus grands, de Martin Scorsese à David Simon.
Date de parution : le 24 octobre 2017 Auteur : Séverine Rocaboy, Quentin Mével et Laura Fredducci Editeur : Playlist Society Prix : 9 € (128 pages) Achetersur : Amazon
Le Prix Marguerite Duras 2017 a été attribué au roman de Caroline Laurent & Evelyne Pisier : Et soudain, la liberté
Communiqué de presse (ActuaLitté) : Les éditions Les Escales ont le plaisir de nous informer que Le Prix Marguerite Duras 2017 a été attribué au roman de Caroline Laurent & Evelyne Pisier. Peut-être même autant que plaisir que le jury en a éprouvé à retenir cet ouvrage. Le prix sera remis, apprend-on, le 7 octobre, à Trouville.
Le livre des deux auteures avait déjà été remarqué par le prix Première plume que décerne le Furet du Nord. Et une fois de plus, cet ouvrage rencontre la sensibilité des jurés du prix Marguerite Duras.
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…
Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.
J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, libre d’Errant Desbois, éditions Playlist Society
J.J. Abrams ou l’éternel recommencement (Playlist Society)
Souvenez-vous, l’annonce de la prise en main par J.J. Abrams de l’épisode VII de Star Wars avait fait s’extasier les fans du monde entier. L’espoir d’une suite digne de ce nom mêlant respect des codes et éléments nouveaux laissait augurer d’un vrai rebond d’une saga que la prélogie avait quelque peu compromise des années auparavant. Erwan Desbois osculte avec talent la magie J.J. Abrams dans 128 pages aussi riches que didactiques pour mieux comprendre les origines de l’aura qui entoure un auteur réalisateur producteur aussi doué que précoce.
Qui es-tu J.J. Abrams?
L’ouvrage J.J. Abrams ou l’éternel recommencement rappelle bien que le réalisateur dirigea à 35 ans seulement la série Alias qui décida Tom Cruise à le choisir pour diriger le 3e (et meilleur?) volet de Mission Impossible. Première réalisation et premier coup de maitre pour celui qui scénarisa notamment Armageddon durant ses années dans l’ombre. Avec un constat à l’évidence définitive: J.J. Abrams marche sur l’eau et chacune de ses productions rencontre un succès public immédiat avec un accueil critique au pire respectueux, comme son plus grand modèle avant lui, le grand Steven Spielberg. L’homme derrière la résurrection flamboyante des sagas Star Trek, Star Wars et Mission Impossible façonne la culture populaire en réussissant à faire le grand 8 (le Super 8?) entre résultats à milliards et qualité scénaristique. Ce grand mystère contemporain a stimulé Erwan Desbois pour analyser les raisons d’un tel succès et apporter quelques pistes éclairantes d’explication.
Le réalisateur de la réinvention
Passé par la case Script doctor pour retravailler des scénarios bancals, J.J. Abrams a monté un à un tous les échelons pour devenir l’auteur-producteur aujourd’hui reconnu, celui qui impose aux studios ses visions et ses propres codes. La série Lost l’a vu tenir en haleine la planète entière et il peut maintenant travailler avec Disney pour Star Wars et Paramount pour Star Trek pour produire et/ou réaliser des reboot, remake, reprises ou hommages qui creusent un sillon à la fois personnel et universel. Erwan Desbois allie un style direct et des références encyclopédiques pour dévoiler un personnage hors du commun, celui de ceux qui ne doutent jamais de leur capacité à renverser des montagnes. Rey qui lâche son Je peux le faire devant les commandes du Faucon Millenium qu’elle n’a jamais piloté, c’est un peu la métaphore d’un homme qui ne tremble pas pour s’imposer et mettre Hollywood à ses pieds.
Playlist Society s’est fait le spécialiste des ouvrages synthétiques qui analysent en profondeur des phénomènes culturels, sans remplissage ni contenu inutile. J.J. Abrams ou l’éternel recommencement ne déroge pas à la règle et offre un éclaircissement aussi agréable à lire qu’intellectuellement satisfaisant pour mieux comprendre les raisons d’un succès mondial.
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J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, libre d’Errant Desbois, éditions Playlist Society
En moins de quinze ans, J. J. Abrams s’est imposé comme l’une des figures phares d’Hollywood. Créateur de séries qui ont redéfini le genre (Alias, Lost et Fringe), réalisateur à la tête d’énormes franchises (Mission Impossible, Star Trek et Star Wars), et producteur de renom via sa société Bad Robot, il est devenu le nouvel homme-orchestre du cinéma américain, s’inscrivant ainsi dans la lignée de son mentor Steven Spielberg. Se distinguant par son désir de préserver l’équilibre entre la part de l’auteur et celle de l’entertainer, il s’assure que ses créations peuvent toucher le plus grand nombre tout en puisant constamment dans des thèmes qui lui sont chers.
Son œuvre est traversée par l’idée fixe de la réinvention. Quels que soient les différents noms qu’on lui donne – reboot, remake, reprise, hommage –, il s’agit toujours pour lui d’interroger la question de l’héritage du cinéma. J. J. Abrams ou l’éternel recommencement explore à quel point l’histoire cinématographique est une boucle, et cherche à répondre à cette question : comment dépasser ses modèles tout en marchant dans leurs pas ?
Date de parution : le 18 octobre 2017 Auteur : Erwan Desbois Editeur : Playlist Society Prix : 14 € (128 pages) Achetersur : Amazon
Kingsman Le cercle d’or, film de Matthew Vaughn, Copyright Twentieth Century Fox France
Kingsman le cercle d’or, à prendre ou à laisser
Certains films vont tellement loin dans la caricature qu’ils ne peuvent que forcer l’admiration. Le cercle d’or continue de creuser le sillon du premier Kingsman avec une outrance visuelle sans limites, des cascades plus impossibles les unes que les autres et un scénario qui se limite à pas grand chose. Le monde est en danger, il faut bien deux agences d’espions d’opérette pour le sauver.
Le fun à tout prix
Kingsman part du principe que le public recherche de l’efficacité sans se préoccuper de fioritures. Pour cela, il a le mérite d’un rendement optimal et d’un rythme increvable. Le jeune espion Galahad (Taron Egerton) va rencontrer ses cousins américains pour contrer les plans machiavéliques de la cruelle Poppy Adams (Julianne Moore), accompagné de Merlin (Mark Strong) et du revenant historique. Rien qu’à écrire ce bref synopsis, l’évidence se fait jour. Le ton est décidément bien au fan service et à la mise en abime permanente de l’ambition cinématographique. Comme si James Bond faisait tellement préhistorique qu’il fallait inventer un héros jeune et pimpant pour le remiser définitivement aux oubliettes. La naissance de cette nouvelle franchise rencontre un succès mondial qui partagera les spectateurs en deux catégories. Ceux qui acceptent la blague pour en rire de bon coeur et ceux qui s’en détournent avec circonspection. La parodie de film d’espionnage ne recule devant aucune ficelle pour fournir un divertissement total. Le popcorn devrait être offert avec la place de ciné pour augmenter encore un peu plus le plaisir. L’intrigue est évidemment téléphonée et les répliques en carton mais qu’importe, l’important est ailleurs. Les exploits réalisés plus de 2h21 durant (oui, 2h21…) remettent en cause les lois de la physique pour un contentement total du spectateur venu pour se vider la tête.
Kingsman se veut le digne représentant d’un cinéma fun et décomplexé qui a le mérite de jouer cartes sur table. Et ce n’est pas Téquila qui dira le contraire.
KINGSMAN, l’élite du renseignement britannique en costume trois pièces, fait face à une menace sans précédent. Alors qu’une bombe s’abat et détruit leur quartier général, les agents font la découverte d’une puissante organisation alliée nommée Statesman, fondée il y a bien longtemps aux Etats-Unis.
Face à cet ultime danger, les deux services d’élite n’auront d’autre choix que de réunir leurs forces pour sauver le monde des griffes d’un impitoyable ennemi, qui ne reculera devant rien dans sa quête destructrice.
Sortie : le 11 octobre 2017 Durée : 2h21 Réalisateur : Matthew Vaughn Avec : Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong Genre : Action, Espionnage, Comédie
Detroit, film de Kathryn Bigelow, Copyright 2017 Concorde Filmverleih GmbH
Detroit de Kathryn Bigelow, en plein cauchemar
L’évocation des émeutes de 1967 à Detroit dans un film fort en émotion prend des résonances particulièrement actuelles à l’heure où les tensions raciales semblent atteindre un nouveau pic aux Etats-Unis. 50 ans après des évènements qui ont couté la mort à 3 jeunes noirs dans un hôtel de Detroit, Kathryn Bigelow ravive le souvenir d’une bavure policière crasse et emplie d’un racisme obscène. La réalisatrice empreint ses images d’une tension qui ne retombe presque jamais durant les 2h23 d’un film bien plus pesant que n’importe quel film d’horreur. Car l’homme peut être une créature finalement bien plus malfaisante que n’importe quel clown de fantaisie…
Caméra au poing
Le film débute avec un constat animé qui donne le ton du film. Les mouvements de population incontrôlés aboutissent à des sacs de noeud sociaux. Le départ des classes moyennes blanches vers les banlieues et leur remplacement dans le centre ville par des communautés plus pauvres portent en eux les germes d’inégalités destinées à se perpétuer, voire à se renforcer. Ajoutez à cela la stigmatisation d’une communauté noire associée à la délinquance et inlassablement poursuivie par une police blanche brutale et binaire, vous trouvez toutes les germes d’un drame que Kathryn Bigelow tourne avec un réalisme crispant. Tandis que les émeutes atteignent leur troisième jour de ravages, des coups de feu sont entendus en provenance de l’hôtel Algiers. Le danger ressenti pat la police leur fait adopter des comportements au maximum de la violence quand ils mettent la main sur des suspects et essayent d’identifier le responsable. Avec une application grandeur nature de la théorie de Milgram, celui qui revêt les attribut de l’autorité peut se permettre tous les abus, légitimé ici par son statut de protecteur de l’ordre. La réalisatrice de Zero Dark Thirty et Démineurs sait y faire pour instiller une tension constante dans la confrontations des êtres humains avec leurs peurs intimes. Quidams noirs et policiers blancs représentent ici deux catégories que la société fait constamment s’affronter, avec son lot de soupçons et de défiance, prisonniers qu’ils sont de préjugés instillés depuis toujours dans leurs esprits. Comme s’ils étaient conditionnés pour ne pas éprouver d’empathie les uns pour les autres…
Un cinéma de l’inconfort
Le scénario reprend le fil de l’histoire véritable et donne à 3 policiers blancs les rôles de crapules racistes. Face à eux, les supposés suspects noirs ne pèsent pas bien lourd. Chacun des témoins du drame qui se noue détient pourtant à chaque instant la capacité d’arrêter la casse et pourrait intervenir mais personne ne le fait. La garde nationale, les autres policiers, même le gardien noir interprété par John Boyega, tous sont tétanisés devant le policier sadique Will Poulter et ses sbires. L’impuissance ressentie autant par les victimes noires que les collègues blancs place le spectateur dans une position inconfortable, il souhaiterait intervenir… mais le ferait-il vraiment s’il en avait l’occasion? En insistant sur les ressorts psychologiques du drame, Kathryn Bigelow interroge toute l’audience. Sa manière de laisser les acteurs improviser pendant de très longues minutes donne au film des accents de véracité qui touchent d’autant plus. Et le résultat se rapproche véritablement du film d’horreur. Les coups pleuvent, les victimes s’accumulent sans que rien ne puisse faire sortir les personnages de la pièce qui se joue. La cruauté est ressentie une intensité stupéfiante par des spectateurs cloués au siège.
Detroit démontre une fois de plus que le cinéma peur révéler le pire et le meilleur de l’être humain dans des schémas simples et complexes à la fois. Kathryn Bigelow sait y faire pour aller au delà des apparences et aborder la psychologie de personnages dont personne n’aimerait prendre la place…
Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…
Sortie : le 11 octobre 2017 Durée : 2h23 Réalisateur : Kathryn Bigelow Avec : John Boyega, Will Poulter, Algee Smith Genre : Drame, Thriller
Passer une bonne journée au bureau, c’est possible, les nombreux conseils de Caroline Webb (Belfond)
Caroline Webb, anglaise, est une économiste et avant tout une spécialiste du monde du travail. Après avoir fait des études à Oxford puis à Cambridge, Caroline a fait de nombreuses publications avant d’écrire son livre Passer une bonne journée au bureau, c’est possible.
Contenu très riche
Si le titre peut paraître très simple, il n’en est rien du livre. Si vous avez l’impression d’être complètement débordée au bureau, ou tout simplement souvent insatisfait de votre travail, ou des rapports difficiles avec les collègues, ce livre est fait pour vous. Caroline Webb va vous coacher de façon à ce que votre quotidien au bureau vous soit agréable. Ses nombreux conseils ne sont pas du tout simplistes puisqu’ils s’appuient sur des conclusions scientifiques très sérieuses. Caroline Webb est également une spécialiste de la science comportementale et connaît tous les rouages pour améliorer la performance professionnelle de chacun. Ses remarques sont d’une logique implacable et peuvent s’adapter à chacun. Il suffit de connaître ses objectifs, de les rendre prioritaires, de se fixer des objectifs tout en se respectant en tant qu’homme. L’important est de ne pas dépasser ses propres limites.
Un véritable outil de réflexion
Ce livre, Passer une bonne journée au bureau, c’est possible, va devenir le livre de chevet de bon nombre d’entre nous. Il ne se lit pas comme un roman, mais plutôt au coup par coup, comme une aide indispensable au moment présent.
Chaque chapitre propose un thème : Les relations, résoudre les tensions, La réflexion, l’influence, ou encore la résilience…, avec toujours en fin de chapitre, un tableau récapitulatif qui permet de retenir les points les plus importants.
Un livre, très complet, à la portée de tous, tout en étant très scientifique, très psychologique et très performant. Et toujours plein de bon sens !
A lire, à méditer, et à mettre en pratique surtout ! Bonne chance à tous !
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Emploi du temps surchargé, stress, crainte de ne pas être reconnu à sa juste valeur ou au contraire de ne pas être à la hauteur… Pour nombre d’entre nous, la vie en entreprise s’apparente bien souvent à un parcours du combattant.
Et pourtant, passer une bonne journée au bureau, c’est possible ! Grace à une méthode simple et imparable, inspirée à la fois des dernières recherches en sciences cognitives et comportementales et de sa propre expérience de coach en entreprise, Caroline Webb nous apprend comment booster notre bonne humeur et notre énergie tout au long de la journée afin de mieux gérer nos priorités, d’aborder plus sereinement nos tâches quotidiennes et de favoriser des rapports harmonieux avec nos collègues. Sans oublier, bien sûr, tout un tas d’astuces pour en finir avec les avalanches de mails, les réunions interminables et les conflits inutiles.
Un ouvrage efficace, bourré d’optimisme et ô combien salutaire, pour tirer le meilleur de soi-même et être, enfin, heureux au bureau !
Date de parution : le 21 septembre 2017 Auteur : Caroline Webb Editeur : Belfond Prix : 20,90 € (512 pages) Achetersur : Amazon
Pour l’amour de Simone, Mise en scène d’Anne-Marie Philipe, Théâtre Le Lucernaire
Derrière la philosophe,la femme dans Pour l’amour de Simone
Le Lucernaire lève le voile sur un aspect moins connu de la vie de la grande philosophe Simone de Beauvoir. Derrière l’esprit en action et la femme de lettres se cachait surtout la femme en perpétuelle quête d’amour. L’auteur du Deuxième sexe et des Mémoires d’une jeune fille rangée se passionna pour des amants passagers et partageait ses observations avec son compagnon de toujours, cet éternel Jean-Paul Sartre pas moins libéré qu’elle. La pièce Pour l’amour de Simone expose avec humour et profondeur les échanges épistolaires entre Castor, Jacques-Laurent Bost, Nelson Algren et Jean-Paul Sartre pour une réflexion toute en nuances sur la pérennité des sentiments.
Les débuts de l’union libre
Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, c’est toute une histoire. Leur théorie Un amour nécessaire, des amours contingentes peut faire sourire aujourd’hui mais constituera l’indéfectible terreau du leur indissociable tandem jusqu’à leur mort. En s’autorisant autant de passades que désirées à la condition de toujours tout raconter à l’autre, ils faisaient preuve d’une étonnante modernité, plaçant leur couple au-delà de toute considération bassement bourgeoise comme la jalousie ou l’honnêteté hypocrite. Le comédien Alexandre Laval interprète les 3 hommes qui ont le plus compté dans la vie de la grande romancière. De menus accessoires lui suffisent pour incarner l’un ou l’autre des personnages dans des passages éclairs qui laissent toute la place à Simone. Jacques-Laurent Bost et Nelson Algren furent des entractes comparé au monolithique et omniprésent Jean-Paul Sartre. A contrario, ce sont 3 comédiennes qui incarnent alternativement Simone de Beauvoir. La metteur en scène Anne-Marie Philipe, Aurélie Noblesse et Camille Lockhart s’adressent aux interlocuteurs du moment en reprenant des écrits aussi enflammés que passionnés. Où l’on découvre que la féministe convaincue d’aspect plutôt austère était en fait une grande midinette souvent aveuglée par ses sentiments, loin de toute logique académique.
Un mythe déconstruit
La sobriété de la mise en scène laisse toute la place aux comédiens et à leurs déclamations sans en rajouter dans une quelconque volonté de reconstitution historique. A chacun de faire vivre la personnalité de chacun des personnages, en toute simplicité. Le toujours tempéré Sartre tranche avec le plus jeune Bost et le plus américain Algren devant une Simone obstinément enflammée par ses sentiments tout en restant invariablement lucide quand venait le moment de la rupture. Très peu de théories philosophiques dans une pièce qui privilégie l’humain aux thèses doctorales pour une place prépondérante laissée aux sentiments plutôt qu’aux courants de pensée. Un véritable théâtre de boulevard se joue en fait sur la scène du Lucernaire avec comme personnages certains des esprits les plus brillants du XXe siècle et une femme connue pour avoir ardemment défendu la cause des femmes. Il est caustique de constater que l’adage bien connu le coeur a ses raisons que la raison ignore se confirme quelque soit l’être humain.
Pour l’amour de Simone déconstruit le mythe d’une femme avant tout belliqueuse et intellectuelle. Simone de Beauvoir fut aussi battante politiquement qu’exaltée sentimentalement. De quoi rassurer sur l’éternité de l’inconséquence des sentiments.
Dates : jusqu’au 15 octobre 2017 Lieu : Le Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Anne-Marie Philipe Avec : Anne-Marie Philipe, Camille Lockhart, Aurélie Noblesse, Alexandre Laval
La Passion Van Gogh, film d’animation de Dorota Kobiela et Hugh Welchman, Copyright 2017 Loving Vincent Sp.z.o.o. & Loving Vincent Ltd.
La passion Van Gogh dévoile le génie d’un homme fragile
Le nom de Vincent Van Gogh a beau faire partie du panthéon de la peinture universelle aux côtés de ceux de Picasso, De Vinci ou Rembrandt, son existence reste un mystère. C’est du moins ce qu’essaye de montrer le film d’animation La passion Van Gogh, qui aurait très bien pu s’appeler Le Mystère Van Gogh. En plus de sa splendeur formelle, le film se suit comme un thriller pour découvrir les causes d’une mort peut être bien moins évidentes qu’elles n’en ont l’air a priori. Les 1h35 du film s’écoulent dans un souffle tant le procédé d’animation subjugue tandis que l’intrigue captive. Une merveille de film d’animation!
Un travail titanesque
Le film est d’abord un ravissement formel. Les oeuvres de Van Gogh servent de toile de fond à chacun des 62 450 plans du film peints à la main par 90 artistes venus du monde entier. Les acteurs en chair et en os ont d’abord tourné dans des décors échafaudés pour évoquer les toiles du peintre ou sur des fonds verts. Puis les tableaux ont été incrustés par composting, puis animés en infographie. Le tournage des prises de vues réelles s’est partagé entre des studios à Londres et Wroclaw et les images tournées ont servi de canevas de travail pour les peintres animateurs. Le résultat final est une vraie prouesse visuelle avec cette impression constante d’observer des tableaux mouvants peints à la main. Il est difficile d’imaginer l’énorme charge de travail nécessaire pour aboutir à un résultat si proche de l’oeuvre du peintre. Ce qui devait initialement être un court métrage est devenu un film destiné à faire date dans l’histoire de l’animation. Et quand on sait que Clint Mansell tient la baguette de la BO et Pierre Niney double le personnage principal, on prend encore un peu plus la mesure de ce projet.
Un très bel hommage à l’artiste
Loin d’être un biopic classique et linéaire, La Passion Van Gogh suit les pérégrinations d’Armand Roulin chargé par son père de remettre une lettre de Vincent à son frère Théo Van Gogh. L’arrivée du fils du facteur d’Arles à Auvers sur Oise va le faire rencontrer les personnages qui ont côtoyé le peintre avant sa mort. Le film remonte le fil de la vie de Van Gogh de manière décousue, les informations se changent en indices qui aiguillent le jeune homme vers une vérité qui se défausse sans cesse. La musique de Clint Mansell instaure une atmosphère de thriller au milieu des images pastorales du peintre. La solitude du peintre se dévoile ainsi que sa fragilité psychologique. Mais c’est surtout le génie de ses toiles qui retient l’attention. Il débuta sa carrière de peintre à 28 ans et plus de 800 oeuvres émergèrent de son esprit enfiévré avant sa disparition 8 ans plus tard. Le film insiste également sur le gâchis d’une mort trop précoce, privant le monde d’oeuvres supplémentaires qui auraient pu marquer un peu plus son génie.
La Passion Van Gogh est une merveille d’animation en même temps qu’un film très bien construit. Il est nécessaire de le voir sur grand écran pour admirer le travail d’orfèvre de l’équipe technique et admirer un film qui donne envie de faire un tour au musée pour voir de nouveau ses oeuvres en vrai!
Paris, été 1891, Armand Roulin est chargé par son père, le facteur Joseph Roulin, de remettre en mains propres une lettre au frère de Vincent van Gogh, Theo. En effet, la nouvelle du suicide du peintre vient de tomber. Armand, peu enchanté par l’amitié entre son père et l’artiste, n’est pas franchement ravi par sa mission. À Paris, le frère de Van Gogh est introuvable. Le jeune homme apprend alors par Père Tanguy, le marchand de couleurs du peintre, que Theo, visiblement anéanti par la disparition de son frère aîné, ne lui a survécu que quelques mois. Comprenant qu’il a sans doute mal jugé Vincent, Armand se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois, pour essayer de comprendre son geste désespéré. En interrogeant ceux qui ont connu l’artiste, il découvre combien sa vie a été surprenante et passionnée. Et que sa vie conserve une grande part
Sortie : le 11 octobre 2017 Durée : 1h35 Réalisateur : Dorota Kobiela, Hugh Welchman Avec : Chloé Berthier, Gabriel Le Doze, Xavier Fagnon Genre : Animation
PSY-Cause(s) 2 de Josiane Pinson ou la parole dans tous ses états
Josiane Pinson reprend son rôle de psy dans « PSY-Cause(s) 2 ». Dix années se sont écoulés et on la retrouve toujours confrontée à l’inconscient gratiné de ses patientes. Où leurs maux libérés la renvoient sans concessions à sa vérité intime de femme en quête d’elle même à la fois : fille, mère, amante, aux prises avec son âge, sa sexualité, ses peurs et ses désirs encore possibles.
Dates : Jusqu’au 13 janvier 2018 Lieu : L’Archipel (Paris) Metteur en scène : Gil Galliot Avec : Josiane Pinson
La comédienne prend place au centre du plateau dans son fauteuil ergonomique orange, tournant, qui est une pièce maitresse du dispositif scénique.
Il offre différentes positions ou angle de vue : assise, allongée, vide, qui sont autant d’indicateurs sur la psyché à décrypter, à s’approprier, à s’émanciper tant du coté du thérapeute que de l’analysée, où les affects et les paroles se croisent et se répondent.
Il y a cette femme suicidaire qui se débat avec ses quatre hernies (hiatale, inguinale, discale et ombilicale) dont la pathologie n’a d’égale que les traumas non résolus ou celle encore qui, en cours de séance, explore la mécanique intime de son « diamant ». Scènes ordinaires d’un cabinet médical à l’abri duquel s’exhortent sans filtre les névroses, fantasmes ou autres pulsions.
Drôle et introspectif
Et si les fêlures secrètes, sont traitées avec humour, elles n’en demeurent pas moins transgressives, interrogeant par la même la neutralité du sachant qui est une femme comme les autres, confrontée elle aussi à une remise en cause de sa situation personnelle – conformiste et aliénante – dont elle éprouve les limites.
Josiane Pinson, portée par son écriture acérée mâtinée d’humour noir, excelle en psychanalyste posée, très professionnelle, et au bord de la crise existentielle.
Elle endosse tour à tour avec une aisance naturelle ces personnages névrosés et son propre rôle où sa gestuelle et ses intonations changeantes cristallisent toute la psychose et la perdition qui se jouent.
La mise en scène précise de Gil Galliot avec sa directeur d’acteur, son univers sonore, sa lumière, assure une fluidité parfaite entre les scènes et focalise cette urgence à dire, à vivre enfin.
Parchemins d’ailleurs, un splendide carnet de voyages de Pascal Mannaerts (Hachette)
Le livre, Parchemins d’ailleurs, absolument splendide, de Pascal Mannaerts est le fruit de 15 ans de travail à travers le Monde, et de milliers de photographies, toutes plus belles les unes que les autres. Pascal Mannaerts est avant tout un photographe, mais aussi un grand explorateur et un homme de rencontres. Pour rendre hommage à toutes les personnes qui l’ont accueilli à travers de multiples pays, souvent des coins perdus à l’autre bout du monde, Pascal Mannaerts nous offre ces portraits de femmes, d’hommes, de vieillards et d’enfants qui en disent long sur la complicité qu’il a dû avoir avec chacun d’eux. Chaque photographie a droit à son petit commentaire qui nous permet de situer la personne. Tous les continents sont représentés, soit plus de 25 pays.
Pascal Mannaerts est un parfait autodidacte qui nous fait partager son amour de l’autre. Des personnes qui nous ressemblent si peu ! Pascal Mannaerts est publié et exposé un peu partout en Europe, au Brésil et en Inde. Il est devenu LA référence de ces pays !
Ses photos sont un vrai régal ! Dans tous les sens du terme. Elles nous font voyager dans le pays des gens, mais surtout dans le cœur des gens. Leurs regards sont beaux, profonds et souvent bouleversants. Chacun nous interpelle à sa façon…
Avec Parchemins d’ailleurs, nous pouvons prendre notre temps et admirer chaque photo, développée en grand format, sur un papier de très grande qualité, et voyager depuis son canapé ! Chaque photo est un véritable tableau vivant ! Et il y en a plus de deux cents !
Un grand bravo et un grand merci à Pascal Mannaerts !
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Vous pourrez rencontrer Pascal Mannaerts à Bruxelles, le jeudi 12 octobre : chez Tropismes Librairie, à 19h, pour une soirée rencontres avec vente et dédicaces de son livre Parchemins d’ailleurs. Réservez ici
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Pascal Mannaerts, jeune photographe de 35 ans, sillonne les routes du monde depuis plus de 15 ans déjà. De l’Inde au Kirghizstan, en passant par l’Iran, le Pérou ou la Mongolie, ses nombreux voyages l’ont mené sur tous les continents et dans plus de 25 pays. Autodidacte, c’est sur le terrain que son apprentissage de la photographie s’est forgé, au gré des rencontres et des kilomètres parcourus. Il s’en dégage une esthétique et une alchimie forte, fruit de son insatiable curiosité, de son goût pour l’aventure et de sa fascination pour les autres. Son travail, qui place l’Humain au-dessus de tout, livre des photos saisissantes de beauté. Que ce soit à travers ses portraits, sa façon de saisir l’instant, ou à travers les rituels religieux et sacrés, c’est aussi un témoignage précieux dans lequel transparait la fragile place que chacun tente d’occuper dans un monde en mutation, tout en levant une incessante interrogation sur la notion même du voyage et du rapport à l’autre. Ce livre, véritable carnet de voyage photographique autour du monde, nous invite à emprunter ces chemins d’ailleurs, et à partir à la rencontre des hommes et femmes qui peuplent cette planète. Les photos de Pascal Mannaerts ont entre autres été publiées par National Geographic, BBC, Géo, The Guardian, Médecins Sans Frontières et dans de nombreux autres journaux et magazines en Europe. Elles ont été exposées à plusieurs reprises en Europe, au Brésil et en Inde, notamment par l’Alliance française et Amnesty International.
Date de parution : le 4 octobre 2017 Auteur : Pascal Mannaerts Editeur : Hachette Prix : 30 € (208 pages) Achetersur : Amazon
Une exposition Gauguin l’alchimiste au Grand Palais à ne manquer sous aucun prétexte
Le Grand Palais organise une vertigineuse exposition autour d’un Paul Gauguin étudié sous toutes les coutures et visible jusqu’au 22 janvier 2018. Un large panorama de ses oeuvres les plus marquantes s’expose pour un véritable choc esthétique tandis que des vidéos expliquent la manière dont travaillait le maitre. Peintures, statues, arts graphiques et décoratifs se laissent appréhender dans un parcours aussi riche que varié. Avec surtout des découvertes à faire autour d’un personnage plus surprenant qu’on ne le croit.
Un autodidacte doué
L’exposition accumule les informations sur un Paul Gauguin qui démarra sa carrière artistique comme un hobby. Marin au long cours puis agent de change, il s’exerçait dans son temps libre pour échafauder peintures et sculptures avant que le krach de 1882 ne le décide à se consacrer entièrement à son art. Suivant un déroulé chronologique abordant aussi bien ses origines péruviennes, sa famille de 5 enfants avec une femme d’origine danoise et une appétence précoce pour les destinations exotiques, le parcours de l’exposition cumule les surprises pour dévoiler surtout une sorte de cabinet des curiosités de l’artiste. Comment Paul Gauguin abordait la conception de ses toiles? Comment il s’escrimait à sculpter ses statues? L’exposition fait rentrer dans l’intimité d’un créateur aussi exigeant qu’indécis, reprenant sans cesse ses oeuvres jusqu’à obtenir la difficile et pleine satisfaction. Loin de se contenter de peindre sur ses toiles de jute, il mania notamment le bois, la céramique et le grès pour ouvrir ses horizons et laisser libre cours à son inspiration dévorante.
Une vie d’artiste
L’exposition montre les liens entretenus par Paul Gauguin avec ses contemporains. Edgar Degas, Camille Pissarro, Vincent Van Gogh et Emile Bernard ont croisé sa route pour des influences majeures les uns sur les autres. Quant aux voyages à Pont Aven, Arles ou à Tahiti, ils marquent des étapes décisives dans l’évolution d’un artiste constamment sur la brèche. Les oeuvres exposées subjuguent par leur haute tonalité symbolique, comme ce portrait au christ jaune qui dévoile la souffrance sourde d’un artiste jamais rassasié. Les influences japonaises et exotiques apparaissent dès La belle Angèle avec cette bretonne aux traits presque orientaux. Puis l’exposition développe largement les voyages de Paul Gauguin à l’autre bout du monde, dans ces îles qu’il imaginait vierges et sauvages mais qui était déjà perverties selon lui par l’homme occidental. Eh quoi! Tu es jalouse?, Terre délicieuse ou L’invocation expriment sa fascination pour une civilisation empreinte d’esprits millénaires et de mythologies omniprésentes dans tous les moments du quotidien. Il sut adroitement mélanger divinités maories et religiosité chrétienne dans des toiles aux influences croisées. L’exposition dévoile également l’inscription Maison du jouir gravée sur le bois de sa dernière maison en Polynésie française.
La richesse de l’exposition Gauguin l’alchimiste fascine le visiteur et permet d’appréhender la carrière d’un artiste qui finit pourtant dans le dénuement le plus total. L’influence toujours vive aujourd’hui d’une oeuvre à la radicalité si totale pourrait motiver l’organisation prochaine d’un évènement autour de l’héritage de l’artiste!
Dates : du 11 octobre 2017 jusqu’au 22 janvier 2018 Lieu : Grand Palais (Paris) Entrée : 14 €
Si son actualité de réalisateur et metteur en scène est abondante (son adaptation des Malheurs de Sophie date de 2016, son prochain film, Plaire, est en préparation et sa mise en scène de Così fan tutte, présentée en juin 2016 au Festival d’Aix-en-Provence, ouvre la saison 2017-2018 de l’Opéra de Lille), Christophe Honoré n’avait pas publié de roman depuis Le Livre pour enfants, paru en 2005. Il livre aujourd’hui un nouvel ouvrage, Ton Père, publié en septembre dernier aux éditions du Mercure de France. Père homosexuel d’une fille de dix ans qu’il a choisi de concevoir avec une amie, l’écrivain part d’une anecdote personnelle pour bâtir cette autofiction avouée. Tout commence avec la découverte par l’enfant, un matin, d’un mot punaisé sur la porte de l’appartement : « Guerre et Paix : contrepèterie douteuse ». Face à cette plaisanterie dérangeante, le double fictionnel de l’auteur (qui se présente dès la première ligne sous le prénom de Christophe) s’interroge sur le sens et la portée réels du message, qui suggère une contradiction suspecte entre paternité et homosexualité. Etre à la fois père et gay, cela serait non seulement douteux mais mériterait également d’être rendu visible par un acte de signalement. Cette première marque d’hostilité et de jugement moral est suivie d’une série d’atteintes, de plus en plus intrusives et malveillantes. Le narrateur se fait alors attentif aux signes de brutalité, de sujétion ou d’autorité morale perceptibles autour de lui ; il approfondit l’interprétation des sentences ordinaires, des jugements implicites – tout en cherchant l’identité de la personne qui le menace.
Cette intrigue initiale est pour l’auteur, qui affirme ne pas croire au « modèle familial unique » et pour qui « la vie sentimentale et la vie familiale ne sont pas forcément liées », l’occasion de réduire un paradoxe spécieux qui opposerait homosexualité et paternité. En effet, s’il se montre discret sur sa vie privée, ayant toujours assumé ouvertement son homosexualité sans pour autant revendiquer un militantisme engagé, Christophe Honoré n’est pas resté muet face à la vague homophobe décomplexée qui s’est exprimée très ouvertement dans les médias et le monde politique après que fut déposé le projet de loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels, définitivement adoptée au printemps 2013.
Alors que se met en place un virulent mouvement d’opposition au mariage homosexuel et à l’homoparentalité en France regroupant les Organisations familiales catholiques et Droites françaises, mené par les fers de lance La Manif pour tous, Le Printemps français ou l’Institut Civitas, Christophe Honoré signe avec une soixantaine de personnalités du monde culturel français, la tribune « Mariage gay : non à la collusion de la haine », publiée par Le Monde le 17 novembre 2012.
Aujourd’hui, c’est par le biais de l’écriture de soi que Christophe Honoré ouvre la brèche à une réflexion sur l’homosexualité en regard de la conception – génération et création. Ainsi le narrateur, qui souligne qu’ « être pédé ne signifie pas être stérile », revient peu à peu sur les prémices de son désir de paternité : son enfance en Bretagne, ses relations familiales. Relations complexes, notamment, avec un père distant et réprobateur ; rapports de défiance et de honte, où l’affection fait défaut. Mais ce retour aux sources est aussi l’occasion de replonger dans une adolescence jubilatoire, avec l’éveil à la littérature, à l’écriture, à la sexualité. Période dans laquelle on perçoit une énergie folle et ivre d’elle-même ; un plaisir de la séduction et de la sensualité ; une soif de liberté insolente qui s’exprime dans un élan irrépressible vers la vie. Le principe même de la libido est ainsi mis au jour : cette énergie vitale intense – présente très tôt et tout à la fois, chez le narrateur, dans l’homosexualité et dans l’envie aussi précoce qu’évidente de devenir père un jour. Et c’est bien là que réside, dans ce texte, le germe de la paternité : dans cette pulsion de vie ardente qui jamais n’entre en contradiction avec l’orientation sexuelle.
Mais parallèlement à cela, le texte de Christophe Honoré crée une tension contraire entre, d’une part le principe dynamique du vivant inscrit dans le désir, et d’autre part une sexualité auréolée d’un halo funeste. Très tôt, en effet, l’envie entre en conflit avec l’idée même d’être en vie. Une association se tisse entre sexualité et danger de mort, traduite par l’angoisse au moment de faire un enfant : « Depuis mes quinze ans, j’avais été instruit à considérer le sperme comme la matière redoutable, celle qui condamnait à mort, une mort créée par moi et par les autres et si facilement transmise. Je devais tout désapprendre, à la fatalité substituer la chance. » Il n’est donc pas anodin que le roman soit jalonné de photographies d’écrivains ou cinéastes homosexuels, morts du sida entre 1989 et 1994 (dans l’ordre Bernard-Marie Koltès, Cyril Collard, Serge Daney, Jacques Demy, Hervé Guibert, Robert Mapplethorpe et Derek Jarman), à l’époque où Christophe Honoré s’éveillait lui-même à la vie artistique. Entrant silencieusement en résonance avec les détails photographiques de corps masculins érotisés, ces images, annonciatrices d’une mort enclose dans la vie même, donnent à voir la coïncidence d’Eros et Thanatos au sein du désir. Probablement, ces figures sont les phares qui, de chapitre en chapitre, doivent nous guider et éclairer notre lecture « comme l’ombre, projetée en avant, de ce qui doit arriver. »
Ainsi, c’est la paternité en tant que lien de filiation inscrit dans le principe créateur qui se révèle au fil du texte. Ton Père, roman au titre d’une trompeuse transparence, s’offre donc en héritage d’une sensibilité artistique et émotionnelle, profession de liberté, œuvre de fidélité aux aînés disparus, autoportrait mainte fois réfléchi autour des prémices et de la vie portée.
Interview exclusive : Publik’Art : Tout part dans ce roman d’un fait divers : un mot punaisé sur une porte avec, inscrit dessus, ce qui ressemble d’abord à un jeu de mots, une sorte de devinette, et à partir de là se met en place un questionnement. Les interrogations surgissent, suivies d’interprétations et, peu à peu, on perçoit la violence – violence qui se cache derrière quelques mots a priori anodins, et la malveillance, la menace ou la marque d’oppression qu’on découvre au détour de différentes paroles prononcées. Là, évidemment, on a tendance à penser au Tropismes de Nathalie Sarraute et à ce phénomène qui parcourt son œuvre. Mais quand on dit Sarraute, tout de suite, on évoque un peu une littérature de paranoïaque. Or dans votre texte, j’ai trouvé qu’il y avait une progression, une gradation dans les atteintes : d’abord la blague punaisée sur la porte, acte de désignation ; puis la dégradation insultante d’un courrier ; enfin, la violation de l’espace privé accompagnée d’un acte de dénonciation obscène. Donc une réelle volonté de nuire. Derrière cela apparaît le droit de porter un jugement, de condamner, de prononcer une sentence et ce, dans votre livre, au nom de la parole religieuse. Aujourd’hui, au vu de l’actualité, le fait de saisir les enjeux et le danger enclos dans le fait divers, peut-on vraiment dire que c’est de la paranoïa ?
Christophe Honoré : C’est de la méfiance généralisée, on va dire, plus que de la paranoïa. Ça me plaît beaucoup que vous citiez Sarraute, parce qu’elle est assez peu évoquée dans les commentaires de ce livre. Pourtant, par la manière qu’elle a de démonter des mécanismes de langage pour, justement, mettre à nu des systèmes de domination, des prises de pouvoirs des uns sur les autres, sa lecture m’a été précieuse dans l’écriture de ce livre et, effectivement, le livre se construit comme ça. Même, il y a un chapitre autour d’une parole que j’entends dans un restaurant, sur un « Vous serez gentil… » qui, pour moi, est vraiment construit de la même manière qu’un chapitre de Nathalie Sarraute.
Après, ce principe de la méfiance, ou de la paranoïa, ou de l’aveuglement en contraste, c’est compliqué parce que je pars de faits personnels pour raconter ce livre, et en même temps j’ai tenu à ce qu’il soit désigné comme un roman. C’est-à-dire que j’ai tenu à avoir cette liberté de faire advenir la fiction par moments. Mais je vois bien dans la réception qu’on a parfois de mon livre, même de mes amis , me dire : « On ne savait pas que tu vivais un enfer ». Et j’ai envie de dire : « Non non, je ne vis pas du tout un enfer, tout va bien, j’ai une vie tout à fait heureuse, etc. »
En revanche, si j’observe (et c’est ça que m’a permis l’écriture), si j’observe le monde avec méfiance, en essayant d’être attentif à tous les signes de rejet ou d’hostilité que peut provoquer ma situation de père homosexuel, à ce moment effectivement, sans virer dans la paranoïa, j’ai l’impression de contribuer à un cauchemar parce que soudain ces signes semblent multiples et j’ai l’impression qu’ils m’apparaissent de manière spontanée. Et c’était vraiment la question de ce livre. Je me suis toujours considéré comme plutôt chanceux dans ma vie familiale, je suis ravi d’avoir réussi à faire cet enfant avec cette femme et je fais tout pour que ma vie de famille soit la plus heureuse et la plus joyeuse possible, mais je me suis aperçu à la suite de ce mot punaisé chez moi que j’étais tout de même, aussi, dans un aveuglement. C’est-à-dire que pour bien vivre ma vie de famille, j’ai cessé de regarder tous ces signes qui étaient inamicaux, hostiles ou malveillants. Et c’est ça que j’essaye d’interroger un petit peu dans ce livre. C’est une position – vous avez raison – d’auteur paranoïaque, d’auteur méfiant, et ce que j’essaye d’expliquer aussi dans ce livre, ce qui m’a intéressé, c’est que je suis tombé amoureux de cette méfiance. On a l’impression que cette méfiance devient comme une espèce de maladie à laquelle le narrateur cède, ou comme une histoire sentimentale, comme s’il s’était épris de cet état de méfiance où il a le sentiment qu’on le menace. Ce sentiment-là, je vois bien que c’est l’homosexualité qui en est le terrain fertile, et que ce terrain est labouré évidemment de la part des autres, par des expressions d’homophobie, mais il est aussi labouré par moi, parce que malgré le fait que je m’assume tout à fait comme homosexuel et que j’aie une liberté qui m’a même permis de profaner, dans un sens, l’idée de famille en créant moi-même une famille et en étant père, il doit en rester quand même une espèce d’eau saumâtre qui serait la honte. L’idée de se sentir un peu honteux d’être père, comme si je prétendais à une figure qui n’était pas dans mes compétences. Donc ce mélange entre paranoïa et lucidité est évidemment un balancement dans le livre, ce qui le rend par moments assez drôle. Quand il verse dans la paranoïa, ce narrateur qui se charge sur ses épaules de tous les écrivains homosexuels de sa bibliothèque pour aller les noyer dans le canal Saint-Martin et qui finit par les sauver parce que soudain une chanson de Michel Sardou lui traverse l’esprit… moi, je vois bien quand même ce qu’il y a de ridicule ! Je me dis que les gens ne peuvent pas prendre ça au sérieux, ils voient bien que là, je me moque de moi-même ! Mais c’est toujours cette balance-là qui est complexe : est-ce que je me moque de ce qui m’arrive ? Est-ce que je me moque d’être dans un pays où certaines personnes défilent dans la rue contre moi – malgré tout -, contre ma fille, et contre la vie qu’on mène ? Est-ce que je m’en moque ou est-ce que je les prends au sérieux à un moment, et donc je me présente pour ce que je suis ? En écrivant ce livre j’ai bien conscience que c’est comme monter sur scène et dire : Attendez, vous êtes en train de parler de quelque chose, moi je suis père homosexuel et je pense être peut-être plus légitime que vous pour dire la violence de vos paroles et leur absolue indigence.
PA : J’ai trouvé que la lecture de ce livre poussait aussi à se poser des questions sur la manière dont on perçoit couramment des choses qui, précisément, nous paraissent anodines. Par exemple, on parle d’homoparentalité, mais pas du tout d’ « hétéroparentalité » – à moins de forger un néologisme sur le modèle de… En soi, dans le langage, on induit donc implicitement un lien incontournable entre, d’une part l’orientation, l’activité sexuelle du parent, et d’autre part son lien à l’enfant, comme si c’était concomitant. C’est quelque chose qu’on ne fait pas du tout avec les parents hétérosexuels pour qui il semble évident que la sexualité se vit à l’écart des enfants, si tant est qu’on admette son existence. Quelque chose m’a semblé explicite là-dessus, c’est la mise en scène abominable à laquelle se livre le harceleur, mise en scène d’objets, d’images pornographiques dans la chambre de l’enfant, avec ses jouets, sur des photos transmises à l’école. Là, non seulement l’intimité parentale est violée, mais elle se trouve associée à l’enfance avec le sous-entendu qu’elle la menace. Or, vous montrez aussi dès les premières pages du livre quelque chose qui m’a paru diamétralement opposé, notamment aux premières lignes de votre roman : l’enfant entre dans la chambre, simplement présenté comme un enfant, et c’est seulement à la deuxième page qu’on apprend qu’il s’agit d’une petite fille. Cela est suivi d’une scène, extrêmement belle, d’intimité entre deux membres d’une même famille : « Deux personnes autour d’un lit, cheveux bruns et blancs, cheveux châtain clair, et la plus grande des deux qui fait l’effort de soulever son corps et de venir caler son bassin contre le dos de la plus petite. Geste de consolation. » Ce qu’on voit là, c’est la proximité de deux êtres, parent et enfant. Cette scène inaugurale du matin partagé dans une chambre à coucher, est-ce un moyen pour vous de désamorcer cette fixation sexuelle autour de l’homoparentalité et d’assainir les regards?
C.H. : Oui. En tout cas c’était pour moi très important de démarrer dans une chambre, justement. Dans votre question il y a toutes les réponses, en fait. Parce que c’est bien ça l’enjeu, quand même. Soudain, votre homosexualité devient une espèce de pancarte qu’on associe au fait d’être père, à votre parentalité, et c’est déjà discriminant. Puisque, effectivement, la question de la sexualité des parents d’élèves – qui est quand même réelle, j’imagine bien -, on ne la soupçonne jamais de menacer les enfants. Au contraire même. On trouve que des parents aimants, c’est ce qu’il y a de mieux pour des enfants mais un père homosexuel aimant, c’est-à-dire un père qui couche avec des hommes, certaines personnes trouveront là des arguments qu’ils estimeront être fatals pour bien prouver que ça ne peut que déséquilibrer l’enfant ou en tout cas lui nuire. C’est-à-dire que plus je vais être heureux en amour et sexuellement, en tant qu’homosexuel, plus des gens vont pouvoir penser que ma fille va en souffrir. Et cette discrimination-là, elle est tellement idiote que vous vous dites, je ne peux pas prendre ça sérieusement, et en même temps vous voyez bien que vous avez à lutter contre des lieux communs… Donc je trouvais très important de pouvoir mettre en scène la sensualité de ce père avec sa fille, en étant même incertain sur le fait que ce soit une fille. Parce que j’ai tout à fait conscience que si j’avais eu un garçon, cette homophobie aurait été encore plus forte. Et ça, c’est quand même atroce, vraiment atroce ! C’est comme si on disait à n’importe quelle mère de famille : Ah vous avez un fils ? Ouais… Inceste, hein ! Freud, et tout ça… Vous voyez, c’est tellement goguenard, tellement sexiste et tellement atrocement homophobe qu’il m’a semblé important d’inaugurer ce récit dans cette chambre à coucher. Donc c’est exactement ce que vous dites. Et c’est ce truc que je reprends, après, par rapport à ma conversation avec la mère à la sortie de l’école… C’est-à-dire que soudain, en tant qu’homosexuel, c’est comme si votre présence-même ramenait du sexuel dans un groupe dont on aimerait oublier qu’il comporte du sexuel, qui serait le fameux groupe des parents d’élèves. Quand vous allez assister à une réunion de parents d’élèves, vous avez l’impression que tous ces gens qui sont parents, qui donc ont eu affaire avec la sexualité au moins une fois dans leur vie, c’est l’immaculée conception. C’est comme s’il n’y avait aucun désir, là, qui ne régnait. Et en tant que père homosexuel, forcément, vous êtes désigné comme le parent qui ne penserait qu’à ça, par rapport à eux qui sont comme l’immaculée conception, qui ont des enfants mais qui seraient absolument protégés de toute tentation, de tout désir. C’est ce que le livre essaye d’interroger. Evidemment, la parole spontanée homophobe, ou celle qu’on a pu entendre dans les rues de la part de certains, avec une idéologie quand même religieuse sur la famille, le modèle familial et le fait que si on commence à accepter d’autres modèles, on menace le socle-même de la société, ça c’est une chose réelle. Mais sur des gens a priori très ouverts, a priori très tolérants sur l’homosexualité, soudain vous vous apercevez dans toutes ces petites choses-là qu’ils parient quand même toujours sur votre sexualité comme une chose trop voyante, ou qui est incontrôlable. Et que, malgré tout, la confusion avec la pédophilie – même s’ils luttent contre l’idée – est quelque chose dont ils ne se débarrassent pas complètement. Vous le sentez notamment sur ce mot quand même insensé qu’on accole aux homosexuels, qu’ils sont prosélytes. Et cette idée du prosélytisme de l’homosexualité comme si, parce que vous étiez homosexuel, vous passiez votre vie à essayer de contaminer les autres de votre sexualité, est quelque chose de tellement discriminant, de tellement brutal ! Quand vous ressentez que la société vous dit : vous pouvez vivre ce que vous avez à vivre mais (parce que c’est ce que ça veut, en gros) ne venez pas pervertir nos enfants, ne venez pas influencer nos adolescents, ou nos enfants quand ils auront dix-huit, vingt ans, parce que eux sont purs, et vous allez les amener vers l’impureté et vers la déviance. C’est tellement bête et tellement désobligeant que vous finissez vous-même par intégrer parfois cette idée-là et par, vous-même, vous mettre à l’écart. Je pense au communautarisme par exemple. Les homosexuels se sont beaucoup organisés en communauté, et pas qu’au moment de la lutte contre le sida, mais aussi dans l’organisation des plaisirs, et dans une manière même presque capitaliste d’organiser leurs plaisirs. Je pense que ça, c’est une réponse aliénée des homosexuels à ce que la société attend d’eux, c’est-à-dire qu’ils soient entre eux et qu’ils ne viennent pas contaminer. Et quand vous avancez en tant que père homosexuel, là vous êtes un cheval de Troie abominable pour ces gens-là, parce que vous avancez sur un terrain où ils estimaient que vous n’avez rien à faire. Vous êtes père, vous êtes homosexuel, vous pouvez accompagner des enfants lors de sorties scolaires, vous pouvez inviter leurs propres enfants à des goûters d’anniversaire, et là c’est plus que ce qu’ils ne pouvaient jamais envisager. Et en plus, vous semblez respectable ! C’est certainement ça qui a entraîné les faits que je relate dans le livre, qui a fait que quelqu’un s’est permis de m’agresser de manière frontale.
PA : Justement, il est beaucoup question du regard porté par les autres, puisqu’à partir du moment où des membres de la communauté homosexuelle vont entrer dans la parentalité, dans les comités de parents d’élèves et se mêler, finalement, à la société des bonnes gens, ça pose un problème. Le point de départ de cette fameuse contrepèterie, « Guerre et Paix » qui devient « Père et Gay », c’est d’abord une première figure stylistique associant de deux termes supposés s’exclure, l’oxymore, qui rebondit de l’un à l’autre. Le regard extérieur dit : père et gay, tout comme guerre et paix, ça ne s’accorde pas. Mais ce qui est plus troublant, c’est le moment où le narrateur tombe sur quelques lignes d’un texte de Jean Epstein qui dissocie lui aussi, très précisément, homosexualité et procréation: « L’homosexualité pousse plus loin la différenciation entre l’amour et la reproduction. […] L’homosexualité ou l’impossibilité de procréer n’empêche pas la passion d’exister, elle fait paraître l’amour et la reproduction non plus comme deux parties séparables d’un même tout, mais deux phénomènes différents et distincts. » Est-ce que cette concomitance de parentalité et homosexualité peut paraître « douteuse » d’un point de vue homosexuel même? Le personnage soupçonne quand même un de ses anciens amants d’être l’auteur des actes hostiles… Est-ce que cette association peut sembler « douteuse » au point d’induire le doute chez les personnes elles-mêmes concernées?
C.H : C’est-à-dire que cette espèce de réaction à la norme, qui peut exister chez certaines personnes hétérosexuelles face, justement, à des pères ou à des mères homosexuels, il aurait été idiot de ma part de dissimuler que cette brutalité-là, elle existe aussi d’un point de vue homosexuel. Auprès de certains homosexuels, en tant que père homosexuel, je suis comme un traître. Vouloir un enfant, c’est comme si je refusais d’assumer mon homosexualité et que je voulais singer une vie hétérosexuelle avec enfants, avec famille et j’irai même plus loin : pour les combats LGBT qui ont souvent accompagné les combats féministes post 68, c’est comme si je valorisais une société du patriarcat où je voudrais pouvoir siéger, à mon rôle de père dominant. Je suis plus que dans l’embourgeoisement, je participe à un mouvement de surpuissance des pères sur les sociétés d’aujourd’hui. Donc oui, pendant longtemps j’ai pensé que la personne qui me menaçait était plutôt un ex qui avait mal vécu mon passage à la paternité et tenait à me rappeler à l’ordre. Mais c’est intéressant, et le livre d‘Epstein est vraiment intéressant là-dessus parce que vous savez, il y a eu beaucoup de prises de parole d’écrivains, d’artistes homosexuels – Epstein, il est cinéaste -, qui entre la première et la deuxième guerre mondiale, ont essayé de faire des œuvres militantes, qui étaient quand même des œuvres manifestes, et qui visaient à montrer que l’homosexualité n’était pas contre-nature et qu’il fallait qu’elle cesse d’être un délit. Il y a les auteurs comme Gide, qui va plutôt chercher du côté de la philosophie – « et puis regardez les Grecs », etc. Chez Jean Epstein, c’est très embarrassant parce que c’est profondément misogyne, c’est-à-dire que le travail d’Epstein tend vraiment à dire que les hommes s’intéressent aux femmes juste parce qu’ils ont ce devoir de reproduction mais qu’ils ne peuvent pas ressentir le véritable amour pour ces figures imparfaites que sont les femmes, mais entre hommes. Vous voyez, être homosexuel ne vous garantit pas d’être tolérants. La tolérance elle est très partagée, chez les homosexuels comme chez les hétérosexuels. (rires) Et l’idéologie où l’on convoque des arguments pseudo-philosophiques ou pseudo-historiques, etc… la fragilité de ces argumentations-là, elle existe parfois autant chez les homosexuels que chez les groupes hétérosexuels catholiques… C’était important pour moi de pouvoir les faire figurer dans le livre et de bien montrer que, du coup, les hommes et les femmes homosexuels qui se lancent dans des aventures avec des enfants ont bien conscience, pendant quelques années encore, d’êtres des parias – de toute façon, de chaque côté. Même si d’un point de vue légal on parvient à se débarrasser de la discrimination – on en est loin ! Il suffit de voir ce qu’on entend par rapport à la PMA, qui était quand même une des promesses de Macron… On a un Ministre de l’Intérieur qui vient nous dire : Vous voyez bien que la PMA ça va pas être possible, ça va fabriquer des cousins entre eux qui ne le sauront pas… Mais on sait que la PMA est ouverte du côté hétérosexuel depuis des années et qu’à aucun moment on n’a dit que ça allait former des cousins… L’évolution des mœurs n’est pas une ligne continue, douce et qui va s’accélérer. Elle est chaotique, brisée… Tous ces gens qui ont vécu Mai 68, la libération sexuelle, etc., qu’ils puissent aujourd’hui nous tenir ce genre de discours, c’est assez effrayant : on a l’impression d’avoir plutôt une régression. Ce sont des modèles qu’il faut interroger – par la fiction, par la réflexion et, c’était le principe de ce livre-là, par l’autoportrait, l’autofiction – là, pour le coup, c’est vraiment une autofiction. Parce que j’ai l’impression que ces modèles disent beaucoup sur l’état même de la société.
PA: Par son contenu, ce roman a vocation à être lu par des adultes. Votre texte est, aussi, un livre sur les livres ; un livre qui convoque et cite beaucoup d’auteurs (il y a d’ailleurs toute une impressionnante bibliothèque qui se promène en valise dans Paris…). Pourtant, il y a une branche littéraire qui n’est presque jamais mentionnée bien que je l’aie sentie très présente au fil de ma lecture : c’est la littérature de jeunesse. J’ai trouvé votre style agréablement lisible, accessible, vos mots ont beaucoup de simplicité. Et d’ailleurs, le titre Ton père semble clairement s’adresser à l’enfant. Dans une de vos autres œuvres, destinée au jeune public, le héros – qui est un enfant – se lance dans l’écriture avec cette première phrase : « Tous les écrivains s’appellent papa… » Un autre passage du même texte explique aussi que « les livres, il ne faut les écrire qu’en état de grande urgence, comme des lettres d’amour« . Avec ce texte, signez-vous une lettre d’amour ? C.H : Dans un sens oui. Ton Père, je vois bien que les gens doivent l’interpréter comme une adresse à ma fille. Mais je ne crois pas que ce soit une lettre à ma fille, en fait, et je crois qu’il s’adresse beaucoup plus aux autres, à ceux qui ne nous connaissent pas, qu’à elle. Après, sur la littérature jeunesse, ce qui est assez étonnant c’est qu’il y a toute une partie dans le livre où je reviens sur mon adolescence bretonne et où je me suis beaucoup appuyé sur un livre pour enfants que j’avais commencé à écrire et que je n’ai jamais réussi à terminer, qui racontait justement mes années de lycée. Je me suis amusé à reprendre des phrases qui appartiennent à cette littérature pour enfants, ça m’amusait de les mettre dans ce livre d’adultes et qu’elles aient un autre rythme que d’autres chapitres du livre. Je fais partie de ces écrivains ou de ces cinéastes qui s’obstinent à essayer de rendre vivants les textes et vivants les films qu’ils font et pour moi, dans cette idée d’être en vie, un livre se doit justement d’être dans l’impureté, dans l’inachevé, dans le contraste, dans les changements de registre, etc. J’aime bien travailler sur cette idée-là et surtout échapper absolument à une littérature de la maîtrise. La littérature pour enfant, assez étrangement, est à la fois une littérature de la maîtrise, puisque vous ne pouvez jamais oublier que vous êtes dans le cadre de la littérature pour enfants, donc c’est une littérature très surveillée, et en même temps c’est une littérature où vous vous permettez un jeu permanent avec le lecteur – ce que vous faites moins en littérature adulte, où vous vous adressez rarement au lecteur. Par exemple j’aimais bien, dans ce livre, pouvoir m’adresser régulièrement au lecteur et presque engager un échange avec lui. Drôle d’échange, évidemment, puisqu’il n’y a que moi qui parle (rires), mais donner l’impression que j’étais à l’écoute de la manière dont on pouvait me lire. Donc, lettre d’amour non, je ne dirais pas que c’est une lettre d’amour… Ou alors, est-ce que ce n’est pas une lettre d’amour aux artistes homosexuels qui ont compté pour moi et qui figurent dans le livre ? Dans ce sens-là, oui, peut-être. Je me sens toujours une espèce de fiancé inconsolable de ces artistes qui m’ont vraiment éveillé à la littérature, au cinéma, au théâtre, qui ont été décimés par le sida et que je n’ai jamais pu rencontrer. Et j’ai bien conscience d’être dans un sens, aussi en tant que père homosexuel, fils de leur œuvre mais aussi des combats des homosexuels qui m’ont précédé. Si aujourd’hui, je parviens à prendre la parole sur ce sujet d’actualité, tout en construisant une fiction et un univers absolument intime et particulier d’un point de vue artistique, c’est parce que j’arrive après eux. C’est un livre qui aurait eu du mal à exister il y a une vingtaine d’années.
PA :J’ai trouvé que leur présence faisait un peu figure d’intersigne, justement… C.H : Voilà, c’est exactement ça. C’est un peu comme une projection en avant, comme l’intersigne. C’est comme s’ils avaient annoncé ce que j’allais devenir.
Propos recueillis le 25 septembre 2017 à Lille
Sortie : le 7 septembre 2017 Editions : Mercure de France Auteur : Christophe Honoré Prix : 17€ (192 pages) Acheter :Amazon
Embarquez, 30 croisières spectaculaires avec des photos splendides (Hachette Tourisme)
Natasha Penot a sélectionné pour nous 30 croisières dans le monde, mais aussi en France. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses ! Vous pouvez aller aux Iles Glénant pour la demi-journée pour 58€ mais vous pouvez aussi aller au Groenland et réaliser une croisière somptueuse de 15 jours pour environ 10 000€ !
Dans son magnifique guide, Natasha nous fait déjà voyager ! Ses photos sont absolument sublimes. Pas besoin d’avoir réellement un projet de croisière pour acheter ce guide. Il se lit comme un livre de voyages. Natasha, à chaque croisière, raconte son histoire, décrit le bateau, présente l’itinéraire et donne les principaux détails pratiques. Du coup, le lecteur a une idée très précise de chaque croisière. Les bateaux sont aussi à la hauteur des voyages. Tous différents et tous sublimes : des yachts, mais aussi des bateaux beaucoup plus simples comme des bateaux à aube ou des boutres traditionnels ! Là encore, un très large choix s’offre à nous !
Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, aucun coin du Monde n’est oublié. Les croisières du Nord sont spectaculaires avec les brise-glace, et des paysages à couper le souffle. Chaque croisière vous promet de vous emmener dans des endroits perdus qui resteront à jamais gravés dans votre cœur ! Et si vous ne voulez pas faire un long voyage, plusieurs croisières en France vous sont proposées : sur la Loire, en Bourgogne, en Bretagne, en Corse… Embarquez, va vous tenter et peut-être même vous permettre d’embarquer à bord d’un de ces bateaux en 2018 ! Une belle idée de cadeau de Noël !
En attendant, toutes nos félicitations à Natasha Penot qui a réalisé un guide à la hauteur des croisières proposées et qui nous donne vraiment envie d’embarquer !
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Retrouvez le plaisir du voyage lent, à bord de navires d’exception :
A la découverte des ilots inaccessibles des Antilles dans un yacht de légende, sur les traces des grandes expéditions en Amazonie sur un navire en bois traditionnel, en bateau à aube sur le Mississipi, et même, expérience ultime, à bord d’un brise-glace arctique en Laponie finlandaise ! L’aventure est aussi possible en France ! à bord de vieux gréements pour naviguer vers les eaux paradisiaques des Glénans ou en bateau à roues sur la Loire… Natasha Penot – auteur de nombreux guides chez Hachette Tourisme – et très grande voyageuse a déniché 30 croisières autour du monde, toutes plus attirantes les unes que les autres. Elle raconte leur histoire, décrit les plus belles étapes et indique les informations pratiques essentielles.
Magnifiquement illustré, ce beau livre séduira tous les amoureux du voyage.
Date de parution : octobre 2017 Auteur : Natasha Penot Editeur : Hachette Tourisme Prix : 35 € (256 pages) Achetersur : Amazon
Nanar Wars, ouvrage de Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle, Nouvelles éditions Wombat
Nanar Wars, quand les réalisateurs ne respectent vraiment plus rien…
Savez-vous que les plus grands héros d’Hollywood sont régulièrement détournés dans des séries Z à petits budgets réalisées dans des pays aussi improbables que la Pologne ou le Mexique pour des résultats aussi impressionnants que saugrenus? C’est ce que l’ouvrage Nanar Wars développe avec humour dans un bréviaire des plus beaux plagiats fauchés du cinéma mondial. A dévorer sans modération.
L’industrie florissante du remake
Emmanuel Prelle et Emmanuel Vincenot ont visionné une quantité invraisemblable de films détournés pour aboutir à une véritable encyclopédie du nanar. Si le Turkish Star Wars doit vraisemblablement vous évoquer quelque chose, le filon du piratage fauché compte d’autres illustres représentants. Le King Kong bangladais, l’Indiana Jones mexicain dénommé Tijuana Jones ou Jarry Potter (je vous laisse deviner) sont des curiosités emblématiques du cinéma inventif et débrouillard que sont capables de proposer des pays à la culture cinématographique populaire et ancestrale. Décors en carton pâte et bimbos dévergondées abondent dans des productions aux intrigues rendues comiques par des effets spéciaux… vraiment très spéciaux. Les 2 auteurs multiplient les détails truculents avec une richesse de détails bluffante pour une lecture tout ce qu’il y a de plus réjouissante. Si après vous n’allez pas jeter un oeil sur internet pour voir de vos yeux vus ce que les 2 Emmanuel indiquent au fil de 160 pages rocambolesques, c’est à n’y rien comprendre…
Nanar Wars enrichira votre culture générale pour briller en société avec des bagatelles tordantes plus exotiques les unes que les autres. Et comme les auteurs savent surtout très bien ne pas se prendre au sérieux, l’ouvrage n’en est que plus divertissant. Car réaliser un nanar est décidément tout un art…
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Connaissez-vous le King Kong indien ? L’Indiana Jones polonais ? La Batwoman mexicaine ?… Nanar Wars présente les plus étonnants piratages de grands succès hollywoodiens hors des États-Unis, soit trente-cinq films tous plus délirants et kitsch les uns que les autres : le Rambo argentin, un E.T.espagnol, la version bollywoodienne de Zorro (avec ses numéros dansés), la copie hongkongaise de Robocop, mais aussi Tijuana Jones, Rambito y Rambón et Jarry Putter… Entre autres titres, car l’énergie des faussaires est sans limites et leur production surabondante.
En s’appuyant sur la connaissance universellement partagée de totems cinématographiques tels que Zorro, Superman, Rocky ou Star Wars, les textes font saisir au lecteur l’incongruité et le caractère savoureusement inattendu des imitations auxquelles se sont livrées, sans aucun scrupule, des générations de cinéastes fauchés mais inventifs, de Bombay à Rio, en passant par Dacca, des années 1950 aux années 2000.
Illustré d’affiches et de documents originaux rares, ce livre cocasse, coloré et hilarant offre en filigrane une réflexion amusée sur les chemins surprenants que peut prendre la mondialisation culturelle, ainsi qu’un vibrant plaidoyer pour l’adhésion du Bangladesh à l’Union européenne.
Date de parution : le 5 octobre 2017 Auteurs : Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle Editeur : Nouvelles éditions Wombat Prix : 19,90 € (160 pages) Achetersur : Amazon
Capitaine Tikhomiroff, Scénario et dessin de Gaétan Nocq, Editions La Boîte à Bulles
Une belle odyssée avec Capitaine Tikhomiroff aux éditions La Boîte à Bulles
Le dessinateur et scénariste Gaétan Nocq fait revivre l’exceptionnelle aventure vécue par un soldat de l’armée blanche décidé à contrecarrer l’irrésistible ascension des forces communistes à partir de 1917. Les affres de la guerre, la morsure de la faim et le nombre conséquent de victimes collatérales d’un conflit aussi sanglant que désespéré sont racontés par le menu avec un dessin tout en clair obscur. Le destin du Capitaine Tikhomiroff tient en haleine tout au long d’une BD de 240 pages aussi subtile que tragique.
Un conflit oublié
Si l’idéologie communiste sent aujourd’hui un petit peu la naphtaline, elle avait tout de l’irrésistible déferlement d’une vague puissante à l’orée du XXe siècle. Remettant en cause l’ordre établi dans une Russie tsariste en plein délitement, elle s’opposa à la résistance des armées loyalistes dans un combat inégal. Le Capitaine Tikhomiroff suit le destin typique d’une armée en déroute. Pourchassé, honni, il multiplie les exploits pour rester en vie, jusqu’à finalement quitter un pays qui le traque impitoyablement pour rejoindre la Bulgarie et enfin la France. Le récit suit les souvenirs du vieil homme racontés à son jeune fils Alexandre fasciné. Avec un dessin plus évocateur au précis, toujours à la lisière du rêve et de la fantasmagorie, le récit multiplie les morceaux de bravoure pour une histoire de courage et d’amitié.
Une BD à découvrir absolument aux éditions La Boîte à Bulles pour un beau moment d’aventure et de persévérance.
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Engagé dans l’armée blanche pour répondre à l’enthousiasme tsariste d’un père soucieux de l’honneur de sa famille, le jeune Capitaine Tikhomiroff se retrouve confronté aux horreurs de la guerre, à la mort de ses frères d’arme… obligé de fuir, de se battre pour une simple ration d’eau ! Il ira jusqu’à se faire incorporer provisoirement dans l’armée rouge afin de sauver sa peau…
Au terme de cette véritable épopée, il deviendra l’un de ces nombreux Russes blancs réfugiés en France au début des années 1920.
Après avoir raconté la Guerre d’Algérie vue à travers les yeux d’Alexandre Tikhomiroff (dit Tiko), Gaétan Nocq remonte le fil de l’Histoire et s’intéresse cette fois, à la Révolution d’Octobre vécue par le père de Tiko.
Date de parution : Octobre 2017 Scénariste(s) : Gaétan Nocq Dessinateur(s) : Gaétan Nocq Genre : Historique Editeur : La Boîte à Bulles Prix : 28 € (240 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue
Je suis Jeanne Hébuterne, la muse de Modigliani (Stock)
Olivia Elkaim est auteur en plus d’être une grande journaliste. Son dernier roman a retenu toute notre attention. Je suis Jeanne Hébuterne rend un très bel hommage à cette artiste.
Qui est Jeanne Hébuterne ?
Jeanne Hébuterne est tombée amoureuse à tout juste dix-huit ans d’Amedeo Modigliani, de quinze ans son aîné. Jeanne est issue d’une « bonne famille » qui ne voit pas d’un bon œil cette nouvelle relation. Jeanne a été initiée à la peinture par son frère André. On est en 1916. Jeanne suit des cours à Paris et c’est là qu’elle va rencontrer Modigliani et en tomber folle amoureuse. Pour lui, elle va tout plaquer, sa famille, ses études, et le suivre dans son atelier.
Quelle fut alors sa vie ?
L’auteur écrit son roman à la première personne. On suit Jeanne de 1916 à 1920. Sa vie n’est pas facile et elle ne peut se confier à personne. Son amoureux ne la rend pas heureuse, mais elle croit toujours en lui. Son amour est plus fort que sa raison. Ses parents tentent désespérément de la faire changer d’avis, rien n’y fait. La misère, le froid, la faim, rien ne la fera quitter son amant. Lui, par contre, disparaît durant plusieurs jours, sans rien dire… Sans aucune explication.
A travers ce livre, on sent à la fois tout l’amour de Jeanne pour son Amédéo et l’immense tristesse qui l’envahit peu à peu. Elle est toute jeune et déjà si abîmée par la vie.
Si durant sa courte vie, Jeanne n’a eu aucune reconnaissance de personne, Olivia Elkaim lui rend un très bel hommage. Pour une fois, Modigliani passe au second plan et Jeanne reste au centre ! Ce roman relate toute une période historique mettant l’accent sur les difficultés pour une jeune femme d’être à la fois artiste et indépendante. Je suis Jeanne Hébuterne, un roman passionnant qui se lit avec beaucoup d’intérêt !
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Jeanne Hébuterne est une jeune fille quand, en 1916, elle rencontre Amedeo Modigliani. De quinze ans son aîné, il est un artiste « maudit », vivant dans la misère, à Montparnasse. Elle veut s’émanciper de ses parents et de son frère, et devenir peintre elle aussi. Ils tombent fous amoureux. De Paris à Nice – où ils fuient les combats de la Première Guerre mondiale –, ils bravent les bonnes mœurs et les interdits familiaux. Mais leur amour incandescent les conduit aux confins de la folie.
Date de parution : le 23 août 2017 Auteur : Olivia Elkaim Editeur : Stock Prix : 19 € (248 pages) Achetersur : Amazon
Mother!, film de Darren Aronofsky, Copyright Paramount Pictures
Le choc Mother!
Depuis sa sortie en salles les 13 septembre dernier, Mother! a fait couler beaucoup d’encre, s’attirant un nombre aussi impressionnant de détracteurs que d’admirateurs. Le film divise et ne laisse pas indifférent, il fallait aller le voir pour trancher dans le vif. Et le constat est aussi définitif que positif: le film de Darren Aronofsky est une grosse bombe émotionnelle. Jennifer Lawrence donne tout ce qu’elle a dans ce personnage de femme tourmentée par une intrigue qui ne lui laisse que peu de repos. Il y a un faux air de Requiem for a dream dans ce cauchemar éveillé.
De faux airs de normalité
Un couple profite de son immense maison fraichement rénovée en plein coeur d’un bois inaccessible. Lui est un auteur en panne d’inspiration, elle une femme au foyer qui n’aime rien de moins que son petit cocon retranché du monde. Quand la maison se retrouve à maintes reprises envahie par une nuée d’étrangers aimablement conviés par son mari, elle commence une lente descente aux enfers. Jennifer Lawrence et Javier Bardem n’ont pas de noms, la pièce qui se joue est bien trop universelle pour les réduire à de simples personnages normalement pourvus de prénoms. Au fur et à mesure que des invités impromptus s’immiscent dans leur bonheur immaculé, le film se brouille d’une atmosphère de plus en plus apocalyptique, immisçant un malaise croissant dans un tableau d’abord idyllique. Jusqu’à ce que le spectateur se demande si la fameuse mère (qui n’en est d’abord pas une) n’est pas le jouet d’un destin taquin, voire de puissances occultes. Darren Aronofsky avait déjà nimbé son Requiem for a dream d’une atmosphère apocalyptique similaire, traumatisant bon nombre de spectateurs avec la descente aux enfers vertigineuse de ses 4 personnages. Il refait ici une tentative fascinante avec la brebis effarouchée Jennifer Lawrence comme victime sacrificielle. A ses côtés, tous les personnages revêtent des aspects délibérément hostiles. Ed Harris, Michelle Pfeiffer et Javier Bardem sont le sommet d’un iceberg qui engloutit petit à petit la fragile épouse dans un trouble sans fin.
Un prodigieux exercice de style
Le huit clos n’empêche pas le film d’accumuler les atmosphères malveillantes avec des étapes successives dans la plongée dans le cratère d’un volcan émotionnel. Javier Bardem garde un faciès désespérément avenant et joyeux quand Jennifer Lawrence multiplie les expressions de plus en plus affligées. Il y a du Mia Farrow sortie de Rosemary’s Baby dans cette prestation. Sauf qu’au contraire de Roman Polanski, Darren Aronofsky fait le pari de l’outrance et des nombreux effets de style. Les effets spéciaux s’enchainent dans une ronde sans fin qui laisse l’héroïne exsangue, le spectateur aussi. Ceux qui souffrent d’une phobie de la foule hostile en auront pour leurs frais. Pas de monstres sortis du placard dans ce film, seulement une utilisation perverse de peurs ancestrales liés à l’étranger et à l’inconnu. Le danger est humain et complètement réaliste, à tel point que le spectateur qui accepte de se faire emporter dans la danse démoniaque n’en sortira pas indemne. Plus qu’un malaise cinématographique, l’ambiance instituée par le réalisateur est quasiment épidermique. Avec un dénouement finalement pas si imprévisible que ça…
Mother! est un des chocs cinématographiques de la rentrée, à découvrir sur grand écran pour apprécier la maestria technique et scénaristique d’un réalisateur qui revient enfin à son meilleur niveau!
Rien d’autre que la vie ou l’adolescence et ses ambiguïtés (City)
Claire Casti de Rocco écrit son deuxième roman, Rien d’autre que la vie. Elle nous raconte l’histoire d’Anna. Anna est marié avec Guillaume et attend son troisième enfant. C’est alors qu’elle reçoit un drôle de message. La sœur de Laurent, son premier amour d’adolescente, la contacte. Elle doit lui remettre une lettre posthume de Laurent. Non seulement Anna est surprise d’apprendre sa mort alors qu’elle n’a plus aucun contact avec lui depuis quinze ans, mais elle ne comprend pas ce que peut révéler cette lettre. Elle décide d’aller à son enterrement, comme une obligation. Et pendant ce temps, sa fille ainée va découvrir dans le bureau de sa mère, un manuscrit écrit à la main. Elle va le lire, en cachette et va découvrir toute la jeunesse d’Anna.
Avec Rien d’autre que la vie, Claire Casti de Rocco nous plonge dans le monde adolescent, avec des belles histoires d’amitiés et aussi d’amour. De la mélancolie, des sentiments légers et moins légers, la vie, la mort, beaucoup de thèmes sont abordés à travers Anna et Laurent. Les jeunes pourront sans doute facilement s’identifier à l’un d’eux. Des soirées qui n’en finissent pas, des secrets, des flirts, des histoires d’amour, des non-dits, des embrouilles et aussi de la vraie amitié. Tout y est pour plaire au plus grand nombre ! Un roman facile et agréable à lire. Un livre de vacances…
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Un jour d’automne, alors qu’elle va accoucher, Anna reçoit un étrange courrier posthume. Une lettre d’adieu de Laurent, son premier amour, qui vient de décéder. Quinze ans auparavant, ils ont vécu une relation passionnée, puis chacun a construit son propre foyer, loin de l’autre. Pourtant, au seuil de la mort, c’est vers Anna que se tourne Laurent en lui adressant une lettre d’adieu. C’est encore à elle qu’il confie le soin de répandre ses cendres. Des dernières volontés qui laissent penser que la jeune femme était bien plus qu’un simple amour de jeunesse. Pour comprendre ce qui les a réellement séparés, la jeune femme doit revenir sur les traces de son passé. À cette époque, elle faisait partie d’une bande d’amis qui s’étaient promis, en vain, de rester inséparables. Cette plongée dans le passé va faire resurgir de douloureux secrets qui ont changé le cours de plusieurs vies…
Une femme sur les traces de son premier amour. Un roman tout en émotions.
Date de parution : juin 2017 Auteur : Claire Casti de Rocco Editeur : City Prix : 18,90 € (368 pages) Achetersur : Amazon
Donner une suite au chef d’oeuvre de science-fiction de 1982 qu’est Blade Runner fait s’exposer à un triple challenge quasiment impossible à relever. Le réalisateur québecquois ultra doué Denis Villeneuve a l’obligation de créer un univers visuel foisonnant et passionnant, tout en échafaudant une intrigue complexe et accessible, et en parsemant son long métrage de pistes philosophiques sur l’avenir de l’humanité et la complexité de l’être humain. Car réaliser une suite tout juste bonne ne suffit pas, il faut tenter de se hisser au niveau de l’inaccessible. Le pari est-il réussi? Loin de là.
Une quête de l’impossible
Souvenez-vous, l’annonce d’une suite à Blade Runner avait fait d’abord fait craindre le pire avant que l’annonce du choix de Denis Villeneuve pour prendre en charge le bébé ne redonne de l’espoir. Le réalisateur du fabuleux Premier Contact, de l’impressionnant Enemy et du prenant Prisoners allait se frotter au mètre étalon de la science fiction moderne et à l’univers de Philip K. Dick pour une inévitable comparaison avec un premier volet que certains avaient du voir au moins 10 fois. La profondeur insondable du film de Ridley Scott, sa richesse visuelle et sa capacité à se faire poser encore et encore les mêmes questions sans avoir de réponse claire représentent un exemple rare dans le cinéma de l’alliance parfaitement réussi du cinéma grand public et de l’ambition du cinéma d’auteur. Blade Runner est un film culte, Deckard un personnage ambigu à souhait et son intrigue un modèle d’équilibre entre action et introspection. Bref, n’en jetez plus, vouloir donner une suite à ce chef d’oeuvre du cinéma semblait un pari perdu d’avance tant la barre était placée haute. Pourtant, les fans voulaient y croire et penser que la suite atteindrait les mêmes sommets de fascination.
Des satisfactions visuelles
Ryan Gosling reprend le rôle du Blade Runner rusé comme un renard et fort en lion. En charge du retrait des répliquants scélérats, il se rend rapidement compte que sa tâche cache surtout des enjeux bien plus importants. Un industriel à mi-chemin entre le gourou et l’illuminé va lancer à ses trousses ses sbires les plus zélés pour récupérer les fruits de ses découvertes. Pour parvenir à ses fins, le héros va devoir retrouver un Deckard disparu de la circulation. L’intrigue racontée comme cela semble efficace et pas si éloignée du premier volet. Sauf que celui-ci mêlait constamment le trouble d’un personnage rendu ambivalent par ses attitudes et perdu dans un univers aux multiples chausses trappes. Face à des adversaires charismatiques, il se défendait plutôt bien pour les retirer de la circulation. Premier constat, le charisme de RyanGosling n’a pas beaucoup évolué depuis Drive. Même regard à la profondeur de Droopy et reprise d’attitudes qui se répètent films après films. Il ne remplit pas forcément l’écran que Denis Villeneuve truffe heureusement d’une ambiance visuelle pourtant très réussie. La nuit éternelle du premier volet laisse place à une tempête de sable continue qui laisse penser que la pollution atteint des sommets. Les plans sont hyper travaillés et il est difficile de ne pas conclure que le réalisateur a fait un très bon job au niveau technique et visuel. Surtout qu’il reprend à doses comptées certains des éléments du premier volet comme cet oeil qui contemple l’univers urbain avec une intensité muette.
Profondeur, y es-tu?
Le film manque singulièrement d’ambivalence. Le héros est-il un humain ou un répliquant, le sujet est abordé bien trop frontalement pour tenir en haleine. Quant à la même question concernant Deckard, celle dont tous les fans attendaient une réponse, elle semble comme éludée furtivement. Sur ce point, le film est une vraie déception. Le réalisateur a beau insérer de nouveaux enjeux liés à la procréation des répliquants et à la menace que cela représente pour l’humanité, l’esprit n’y est pas. Et comme les méchants du film sont tout sauf fascinants, il y a de quoi être désarçonne. Là où Rutger Hauer imposait sa puissance bestiale matinée d’intelligence, Jared Leto fait un flop et Sylvia Hoeks tombe comme un cheveu sur la soupe en bras armé sans pitié. Quant à Robin Wright, sa prestation est alambiquée. Sans parler de Ana de Armas en caution sexy mais sans relief. De là à dire que le casting est assez mal choisi, il n’y a qu’un pas. Quant à la profondeur des questions posées par le film, et les questions devraient abonder… il n’y en a tout simplement pas. La faute à une intrigue qui ne décolle dans un film qui dure tout de même 2h43. Le rythme tombant assez souvent proche de l’encéphalogramme plat, l’ennui pointe.
Blade Runner 2049 ne se hisse pas au niveau de son illustre prédécesseur, c’est certain. L’affiche laissait déjà envisager le pire, le film n’insère pas de réflexions passionnantes sur l’humain et sa duplicité. En même temps, comment fait pour réussir l’exploit de surpasser l’inaccessible? La question reste ouverte…
Blade Runner 2049, un film de Denis Villeneuve, Copyright Sony Pictures / Warner Bros. Pictures
En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…
Sortie : le 4 octobre 2017 Durée : 2h43 Réalisateur : Vincent Garenq Avec : Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto Genre : Science-fiction, thriller
Verve et Intensité dans le dernier jour d’un condamné au Studio Hebertot
Victor Hugo n’est pas un auteur connu pour mâcher ses mots. Toujours enclin à vitupérer contre l’injustice de ce bas monde, il livre une charge vibrante contre la peine de mort dans son Dernier jour d’un condamné. Texte totem du théâtre parisien, chacune de ses adaptations exige du comédien seul en scène un investissement émotionnel total avec quelques litres de sueur comme offrande sacrificielle. Le comédien William Mesguich ne déroge pas à la règle et se met au diapason du texte enflammé avec une prestation habitée, soutenue par une mise en scène son/image/lumière/musique qui cadence et rythme la pièce.
Le poids des mots, la force d’un regard
Impossible d’évoquer la pièce sans souligner de prime abord la prestation fiévreuse de William Mesguich. Plus que son élocution parfaite et son impressionnant charisme, c’est surtout son art du déplacement et son usage de la mise en scène de François Bourcier qui fascine. Il parcourt un simple carré blanc figurant la cellule du condamné pour s’en échapper dans des digressions qui donnent du sens au calvaire vécu par le personnage. Il illustre le désarroi d’un quidam stigmatisé par la justice des hommes et frappé du sceau de l’infamie. Sans jamais connaitre la portée de ses actes, les spectateurs assistent aux derniers sursauts d’un individu lambda dépassé par un destin par trop funeste. En évoquant sa vie trop courte, ses espoirs déçus et tout ce qu’il ne pourra pas réaliser avec sa jeune fille, il évoque en filigrane l’injustice d’une mise à mort sommaire et infamante. La tension est soutenue par une bande son forte et classique (Erik Satie et Claude Debussy notamment), des effets de lumière fulgurants et des sons de geôle glaçants. L’exiguïté du cachot est figurée par ces traits de lumière s’échappant des interstices du parquet comme des phares de voiture dans la nuit. Le rythme enlevé de ce moment de théâtre fait passer le temps à une vitesse folle jusqu’à la salve d’applaudissements finale.
Le dernier jour d’un condamné frappe par son urgence et le ton soutenu de la démonstration. Le mot de la fin rappelle la suppression finalement récente de cette peine en France, soulignant le nombre trop important de victimes d’une justice aveugle à travers les siècles. Quant au comédien, inutile de rappeler une fois de plus la force de sa prestation. Encore une pièce immanquable au Studio Hebertot!
Dates : Actuellement Lieu : Studio Hebertot (Paris) Metteur en scène : François Bourcier Avec : William Mesguich
Une exposition exceptionnelle des Portraits princiers de Rubens au Musée du Luxembourg
Reconnu comme un des maitres de la peinture universelle aux côtés de Velazquez, Caravage, VanGogh et Picasso, Peter Paul Rubens n’avait pas fait l’objet d’une exposition parisienne depuis bien longtemps. Le Musée du Luxembourg y remédie et met le focus sur le travail pléthorique du peintre baroque flamand auprès des têtes couronnées de son temps. Le parcours se veut à la fois chronologique et historique avec comme thème central la figure tutélaire de Marie de Médicis. L’exposition est à admirer à partir du 4 octobre 2017.
Un peintre ami des rois
Au coeur d’un XVIIe siècle dominé par des têtes couronnées issues de la même famille royale des Habsbourg et plus précisément de Charles Quint, Rubens sut côtoyé les cours européennes et manié le portrait d’apparat comme peu de peintres de son temps. Issu d’un milieu privilégié, il sut très tôt manier l’érudition et la conversation pour devenir intime des puissants et s’insinuer dans les manoeuvres diplomatiques. Connu avant tout pour ses grands sujets historiques et mythologiques, Rubens réalisa également le portrait des plus grandes figures royales. Le Musée du Luxembourg propose une exposition uniquement centrée sur cet aspect de son oeuvre avec également quelques oeuvres de ses illustres contemporains. Fort d’un atelier composé d’innombrables collaborateurs, Rubens put signer plus d’un millier d’oeuvres et voyager à travers l’Europe pour immortaliser ceux qui rivalisaient d’opulence dans un temps où la misère du peuple était crasse. Destinés à flatter l’ego des puissants, les tableaux les mettent avant tout en valeur, bien que Rubens soit connu pour insérer des détails au réalisme pas forcément toujours avantageux. Les salles s’organisent par grandes familles et place en son centre l’épouse d’Henri IV et mère de Louis XIII, Marie de Médicis. Veuve précoce après l’assassinat de son mari, elle n’eut cesse de se faire représenter notamment dans une illustre série de 24 tableaux dont nombreux sont habituellement situés au Louvre. Rubens contribua ainsi à lui donner une place centrale dans le fil tumultueux de l’histoire pour perpétuer son souvenir.
Une oeuvre majeure
Les portraits masculins et féminins s’accumulent dans une visite qui ouvre une lucarne sur une époque où les familles royales dominaient d’abord l’Europe puis le monde. La famille royale espagnole était établie jusque dans les Flandres et reliée à toutes les autres branches via des mariages de convenance destinés à assurer la stabilité mais qui n’empêchèrent pourtant pas les conflits nombreux. Rubens tisse une toile entre toutes ces têtes couronnées et contribue à leur place dans l’histoire. Si la photographie permet maintenant de graver dans le marbre l’éternelle jeunesse des personnages de notre temps, il fallait alors des peintres habiles et pointilleux pour donner une image fidèle de modèles suffisamment arrogants pour souhaiter se faire admirer dans des représentations flatteuses. Les oeuvres de Rubens reflètent la technique de son temps, tout en rondeur et richesse des détails, les habits sont somptueux et les arrières plans forts en symboliques. Le parcours fait traverser l’Europe et se frotter à des membres éminents d’une classe sociale sûre de ses privilèges.
L’exposition Portraits princiers de Rubens au Musée du Luxembourg démontre l’art du maitre flamand pour se faire accepter de ses illustres contemporains et les graver sur des toiles passées à la postérité.
Dates : du 4 octobre 2017 au 14 janvier 2018 Lieu : Musée du Luxembourg (Paris) Entrée : 13,5 €
L’ours Barnabé, Scénario et dessin de Philippe Coudray, éditions La Boîte à Bulles
Le Tome 18 des aventures de l’Ours Barnabé, un émerveillement permanent
Créé en 1980, l’Ours Barnabé revient dans de nouvelles aventures à mi-chemin entre humour et philosophie avec un 18e tome qui s’adresse à un vaste spectre de lecteurs âgés de 6 à 96 ans. Les plus petits s’amuseront du dessin volontairement charmant de Philippe Coudray, les plus grands s’amuseront de la subtilité des scénettes d’une page où l’ours poète s’émerveille du monde qui l’entoure. Car l’émerveillement est dans le regard de celui qui s’émerveille, une belle maxime pour cette bande dessinée qui surprend et ravit les lecteurs. Et ça fonctionne très bien tout au long des 48 pages!
Un ours poète et philosophe
En compagnie de son ami le lapin, l’Ours Barnabé arpente un monde de surprises avec des réactions qui surprennent sans cesse le lecteur. Sa naïveté charmante confine au ravissement perpétuel dans une éternelle bonne humeur. Pas de crise de nerfs ni de conflits, cet ours replet voit le merveilleux là où beaucoup feraient preuve de cynisme et d’ironie. Lui en est dépourvu et fait preuve d’un a propos souvent surprenant. Le principe de la bande dessiné se rapproche des comic strips de Peanuts dessinés par Schultz avec des histoires courtes qui font réfléchir et s’extasier le lecteur. Les plus francophiles feront également le rapprochement avec Sempé ou Voutch. Mais là où ses illustres auteurs s’aident avant tout du texte pour échafauder des mises en situation truculentes, Philippe Condray utilise surtout la force de l’image et son dessin pour aviver le merveilleux à partir de situations banales. Le graphisme des dessins peut faire craindre a priori un ton très enfantin, c’est loin d’être le cas. Les plus petits apprécieront le dessin charmant, les plus grands y trouveront leur compte à travers des aventures au ton assez inédit par leur inventivité grâce à l’imagination de l’auteur. A noter que le tome 5 des aventures de l‘Ours Barnabé Ventre à terre a fait l’objet d’une édition spéciale pour être distribué dans les écoles en complément des livres scolaires. A cause, entre autres, de son caractère pédagogique, l’Ours Barnabé est d’une manière générale beaucoup lu et étudié dans les écoles. Des extraits sont d’ailleurs régulièrement publiés dans des manuels scolaires.
Un nouveau monde ravira les lecteurs avides d’intelligence dans des aventures pleines de subtilité, de pédagogie et d’inventivité.
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L’ours Barnabé, Scénario et dessin de Philippe Coudray, éditions La Boîte à Bulles
Après avoir traversé les plaines et les montagnes, l’Ours Barnabé et son ami le lapin s’attaquent aujourd’hui à un nouveau monde, celui de la ville. C’est avec toujours autant d’humour et de philosophie, qu’il nous fait redécouvrir un univers qui nous est bien connu.
Créé en 1980, Barnabé traverse les âges et fait le bonheur des petits comme des grands. Mu par une douceur de vivre communicative, notre ours fait preuve d’une spiritualité pleine d’humour qui fait mouche.
Date de parution : Octobre 2017 Scénariste(s) : Philippe Coudray Dessinateur(s) : Philippe Coudray Genre : Jeunesse, Philosophie
Les Grands Esprits, film de Olivier Ayache-Vidal , Copyright Michaël Crotto
Les grands esprits ou l’art de la pédagogie
Un professeur d’Henri IV débarque dans un lycée de banlieue pour un choc des cultures. L’agrégé de lettres fait tout pour ne pas se laisser déborder par sa classe mais va surtout donner le gout d’apprendre à des jeunes habituellement assez dissipés. Si le traitement des rapports profs/élèves occupe la place centrale du film, il aborde surtout les questions cruciales du respect de l’autre et de l’égalité des chances.
Un film rafraichissant
Prof émérite au Lycée Henri IV, François Foucault fait l’erreur de trop parler à une cadre dirigeante de l’Education Nationale de la nécessité de fournir des professeurs chevronnés aux jeunes de banlieue. Le prenant au mot, elle l’envoie dans un lycée de ZEP pendant un an pour donner aux élèves de quartiers défavorisés la chance de côtoyer un pédagogue d’expérience. Les grands esprits débute sur ce choc des cultures entre un professeur habitué à martyriser des élèves ultra disciplinés et une classe de 4e bruyante et dissipée. Le réalisateur Olivier Ayache-Vidal insiste juste ce qu’il faut sur la fort tendance monochrome du lycée parisien par rapport à la proportion plus métissée du lycée de banlieue. Là où le spectateur partage avec humour le désarroi initial du professeur débarqué dans un milieu inconnu, il le rejoindra forcément sur ses efforts initiaux de discipline pour marquer son territoire. Sa volonté de ne pas se laisser déborder le fera se faire respecter et même apprécier de ses élèves. ceux qui auront vécu des expériences similaires comprendront fort bien, une fois le respect gagné, la pédagogie peut reprendre ses droits. Organisant son année autour des Misérables, le professeur montre avec pertinence que les problématiques abordés dans l’ouvrage de Victor Hugo restent d’une actualité cruciale.
Et pourquoi pas dans la vie réelle?
Le film fait surtout se poser la question de la transposition dans la réalité du passage de profs chevronnés en banlieue. Là où de jeunes profs fraichement diplômes et franchement inexpérimentés se frottent dès le départ à des élèves turbulents avec des difficultés à se faire respecter, des pédagogues plus expérimentés apporteraient ce surplus d’expérience nécessaire. Surtout que la bande annonce insistait sur la difficulté du professeur à dompter sa classe là où le film montre qu’il s’en sort fort bien. Une bonne dose de sévérité initiale, un zest de subtilité et un respect incessant lui donne la crédibilité nécessaire pour s’imposer jours après jours. Les férus de théâtre reconnaitront Alexis Moncorgé distingué récemment d’un Molière pour sa prestation dans Amok, le jeune Abdoulaye Diallo retiendra l’attention par sa prestation très convaincante en jeune de banlieue plein de bonne volonté.
Les Grands Esprits fait passer un très bon moment de cinéma loin de la grisaille ambiante. Ceux qui se souviendront de leurs années de collège en banlieue seront même très touchés.
François Foucault, la quarantaine est professeur agrégé de lettres au lycée Henri IV, à Paris. Une suite d’évènements le force à accepter une mutation d’un an dans un collège de banlieue classé REP +. Il redoute le pire. A juste titre.
Sortie : le 13 septembre 2017 Durée : 1h46 Réalisateur : Olivier Ayache-Vidal Avec : Denis Podalydès, Léa Drucker, Zineb Triki Genre : Comédie dramatique
François Foucault, la quarantaine est professeur agrégé de lettres au lycée Henri IV, à Paris. Une suite d’évènements le force à accepter une mutation d’un an dans un collège de banlieue classé REP +. Il redoute le pire. A juste titre.
Le jeune Karl Marx, film de Raoul Peck, Copyright Kris Dewitte
Le jeune Karl Marx ou la puissance de la pensée
Le réalisateur Raoul Peck s’intéresse aux années de jeunesse de Karl Marx, celles où il parcourt l’Europe et échafaude sa doctrine communiste au contact du monde et de ses contemporains. Dénué de son épaisse barbe blanche, il a 26 ans, une femme aimante et une enfant. La figure légendaire n’est pas encore marquée dans le marbre et le jeune Karl Marx a tout du jeune chien fou. Sa rencontre avec Friedrich Engels va marquer le début de l’élaboration d’une doctrine qui allait bousculer durablement le monde. La reconstitution historique de la mi-XIXe siècle est au diapason d’une puissance intellectuelle qui donne au film toute son épaisseur. Pour le constat final que les choses n’ont pas tellement changé depuis… Un film à découvrir absolument, le vrai film de la rentrée en fait.
L’avènement d’un personnage
August Diehl figure un Karl Marx dépenaillé toujours armé de son éternel cigare à moitié éteint. De Cologne à Londres en passant par Paris et Bruxelles, il se frotte aux intellectuels de son temps et élabore son matérialisme philosophique avec le matérialisme social en place centrale jusqu’à son étape finale, la lutte des classes, avec l’idée que seule la classe ouvrière est réellement capable de transformer la société. Les conversations sont immanquablement philosophiques avec le constat que l’opposition entre patronat et classe ouvrière, ainsi que la mise en avant des méfaits du capitalisme. L’exploitation aboutit à l’asservissement et la valeur travail est déstructurée dans toute sa composante profondément inégalitaire. Le film n’est pas une balade douce sur les eaux de la pensée, mais un voyage tumultueux sur les eaux agités de la contestation. Avant les révolutions de 1848 et la parution du manifeste du parti communiste, les états monarchiques tiennent l’opposition d’une main de fer, obligeant Karl Marx à changer continuellement de localisation à travers l’Europe. Ce qui lui permet de rencontrer notamment Proudhon et Engels pour des impacts déterminants sur sa pensée.
Les prémisses d’une révolution
Stefan Konarske et Olivier Gourmet figurent ces acolytes centraux dans l’élaboration de la philosophie marxienne. C’est d’ailleurs une des grandes qualités du film. Les personnages allemands parlent allemand, les anglais parlent anglais et les français parlent français, et tous parlent ces trois langues. Pas de trahison linguistique pour une honnêteté intellectuelle totale. Les adeptes de pensée puissante apprécieront forcément un film qui se situe avant toutes les révolutions du XIXe et du XXe. La valeur travail, les acteurs de production ou les classes sociales sont des notions décortiquées par un Karl Marx presque halluciné qui devient aussi contemporain que n’importe quel penseur contemporain. Et comme les acteurs ne se départissent jamais d’une sobriété qui leur fait honneur, l’accent est avant tout mis sur la pensée, les contradictions et les désaccords. La femme de Karl Marx, Jenny, tient une place centrale dans un film où elle intervient comme une figure centrale dans l’équilibre de son conjoint, toujours aimante, toujours compréhensive, toujours présente.
Le jeune Karl Marx est un film sur la pensée en action et la force d’une philosophie élaborée dans un contexte hostile. Quand le film se clôture et que les notes de Like aRolling Stone retentissent, c’est un choc. Bob Dylan accompagne des images qui montrent bien que rien n’a changé depuis 1848. L’homme est décidément un animal incorrigible…
1844. De toute part, dans une Europe en ébullition, les ouvriers, premières victimes de la “Révolution industrielle”, cherchent à s’organiser devant un “capital” effréné qui dévore tout sur son passage. Karl Marx, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, s’exile à Paris avec sa femme Jenny où ils vont faire une rencontre décisive : Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel Allemand. Intelligents, audacieux et téméraires, ces trois jeunes gens décident que “les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, alors que le but est de le changer ». Entre parties d’échecs endiablées, nuits d’ivresse et débats passionnés, ils rédigent fiévreusement ce qui deviendra la “bible” des révoltes ouvrières en Europe : “Le manifeste du Parti Communiste”, publié en 1848, une œuvre révolutionnaire sans précédent.
Sortie : le 27 septembre 2017 Durée : 1h58 Réalisateur : Raoul Peck Avec : August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps Genre : Drame, Historique, Biopic
L’exposition L’art du pastel de Degas à Redon, au Petit Palais
Le Petit Palais présente une collection de 150 tableaux originaux pour illustrer l’art du Pastel depuis le XVIIIe siècle mais surtout durant le XIXe siècle. La technique du pastel a attiré de nombreux artistes grâce à sa rapidité d’exécution et les nombreuses possibilités stylistiques offertes. De l’impressionnisme au symbolisme, nombreux sont ceux qui s’y sont essayé pour des tableaux d’une grande force évocatrice. L’exposition invoque évidemment Edgar Degas et Odilon Redon, mais également tout un cortège de pastellistes plus ou moins connus pour un véritable voyage dans le temps.
Une variété impressionnante
L’exposition s’ouvre sur une toile d’Elisabeth Vigée Le Brun pour démarrer tout en douceur. La grande majorité des pièces exposées datent d’entre 1850 et 1914 et illustrent le renouveau du pastel durant la seconde moitié du XIXe siècle. De grandes sections abordent des artistes divers, souvent moins connus que les épouvantails Claude Monet et EdouardManet, avec tout de même quelques pièces d’AugusteRenoir à découvrir. L’exposition permet d’admirer de remarquables pièces de la collection avec des œuvres de Berthe Morisot, Paul Gauguin, Mary Cassatt et Edgar Degas, mais également des artistes symbolistes comme Lucien Lévy-Dhurmer, Charles Léandre, Alphonse Osbert, Émile-René Ménard et un ensemble d’œuvres toujours aussi captivantes d’Odilon Redon. Des paysages succèdent aux portraits avec également des pièces plus mondaines de James Tissot, Jacques-Émile Blanche, Victor Prouvé ou Pierre Carrier-Belleuse. La technique du pastel séduit autant les visiteurs que les artistes par ses couleurs profondes et sa texture si douce. De l’esquisse colorée aux grandes œuvres plus imposantes, le pastel est à la croisée des chemins entre dessin et peinture.
Les lumières de l’exposition sont suffisamment tamisées pour permettre de ne pas détériorer des oeuvres rendues fragiles par la technique utilisée. Le parcours surprend par la richesse de pièces réalisées par des peintres moins célèbres mais non point moins intéressants.
Dates :du 15 septembre 2017 au 8 avril 2018 Lieu : Petit Palais (Paris) Entrée : 11 €