Cergy-Pontoise est une ville nouvelle sortie de terre au début des années 70, comme certaines autres en banlieue parisienne. Tout le documentaire J’ai aimé vivre là s’y déroule avec ses habitants, ses paysages et sa géographie si reconnaissable. Le dernier opus de Régis Sauder suit l’évocation de son Est natale décrit dans Retour à Forbach sorti en 2017 pour un questionnement sur l’identité et l’attachement à sa terre natale.
Un docuentaire rempli d’ondes positives
Les personnages du documentaire sont multiples et symbolisent la diversité des habitants de Cergy-Pontoise. Le point commun entre eux tient dans cet attachement à cette ville si souvent qualifiée par des adjectifs dévalorisants. L’apparition récente de la ville, sans histoire antérieure ni monuments historiques a contribué à ce sentiment des habitants à son égard. Les plus âgés comme les plus jeunes aiment cette commune si particulière, avec cette architecture pensée avant tout pour le bien-être des habitants. Les piétons sont rois et les véhicules sont laissés sous la dalle, comme à la Défense, pour un paysage certes urbain mais appartenant aux habitants. Le documentaire interroge sur le bien commun protégé par toutes ces communautés qui vivent ensemble. Le mode autobiographique tient à la lecture continue de l’ouvrage d’Annie Ernaux, écrivaine qui habite Cergy-Pontoise et le revendique. Elle le claironne avec fierté, j’ai aimé vivre là. Elle évoque la foule des passants comme le faisait avant elle Baudelaire en soulignant que ce sont les autres qui lui livrent son image avec tous ces visages, les allures, les bribes de conversation des habitants de cette ville porteurs de ses confessions. Les habitants lisent des pages du livre pour bien montrer que cet attachement de l’écrivaine pour cette ville, ils le partagent. Même si beaucoup ne savent pas que la ville a été construite sur un ancien village, ils peuvent considérer tous les jours les intentions des concepteurs: urbanisme délibérément utopique avec par exemple cette préfecture en forme de pyramide inversée, ils y vivent bien. La population aux origines mélangées ne pose visiblement pas de problème grâce à la singularité des liens unissant la ville et ses habitants.
Le film offre un coup de projecteur surprenant sur une ville bien moins morose que ce que l’on peut en penser a priori avec ces destins particuliers qui touchent et émeuvent.
Synopsis: Dans la ville nouvelle beaucoup de gens arrivent d’ailleurs, se mélangent, trouvent une place. Leurs histoires se croisent et s’incarnent ici à Cergy, où Annie Ernaux a écrit l’essentiel de son œuvre nourrie de l’observation des autres et de son histoire intime.
Le Musée d’Orsay propose une exposition novatrice dans la forme et dans le fond en revenant à l’aube du XXᵉ siècle lorsque le cinéma est une technique toute nouvelle. Après la photographie qui permet d’immortaliser un instant donné, le cinéma met en mouvement les êtres et les paysages pour une vraie expérience inédite de réalité augmentée. Le cinéma permet très vite de s’approprier non seulement le monde, mais également les représentations du corps, les machines et les médias. En mettant en rapport des films et des oeuvres d’art d’époque, l’éblouissante exposition Enfin le cinéma! ravive une époque de tous les possibles dans un déroulé passionnant. Une exposition pour les fans de cinéma mais pas seulement!
Aux origines du cinéma
Lorsqu’en 1827 Nicéphore Niepce réalise sa première photographie et que le procédé gagne en popularité, la mise en mouvement des images est un objectif de plus en plus réalisable. C’est au cœur d’une culture de plus en plus urbaine et dans une ville de Paris réinventée par les grands travaux du Baron Haussmann que le cinématographe s’installe dans les habitudes. D’abord via des foires itinérantes, des aquariums ou des morgues, et puis dans des endroits dédiés, comme la grande salle de l’OmniaPathé sise au Boulevard Montmartre. L’exposition offre un panorama très large sur l’apparition d’une technique qui va éblouir un public de plus en plus large. L’impact autant social que populaire va être presque immédiat. Ce sont les frères Lumière qui proposent les premières projections de photographies animées dès 1895 à Paris, prémices de dispositif qui vont être de plus en plus perfectionnés. Lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris, l’enthousiasme est général. Le temps des premières images artisanales laisse place à des inventions visuelles majeures comme celles issues de l’esprit aventureux de Georges Méliès. L’exposition montre surtout que le cinéma n’est pas une invention du XXe siècle mais bien du XIXe siècle, de quoi mettre en perspective notre époque également riche en nouveautés en tous genres comme internet ou les voyages spatiaux touristiques. L’exposition Enfin le cinéma! n’est pas chronologique mais thématique, avec des focus sur les premiers films rentrés dans la postérité, avec le célèbre l’entrée d’un train dans la gare de La Ciotat, des défilés militaires ou des badauds sur les grands boulevards. En parallèle, des tableaux montrent le gout des peintres pour les scènes du quotidien, avec 300 oeuvres majeures issues pour beaucoup du Musée d’Orsay mais pas seulement, avec une liste vertigineuse composée de noms illustres, jugez plutôt: Pierre Bonnard, Auguste Rodin, Gustave Caillebotte, Jules Etienne Marey,Claude Monet, Berthe Morisot. Ce sont aussi des artistes de l’époque qui ont utilisé le cinématographe pour pousser leur carrière, comme Henri Rivière, Loïe Fuller, Léon Gaumont, Jean Léon Gérôme, Alice Guy, Auguste et Louis Lumière ou Georges Méliès.
La production cinématographique française des années 1895-1907 est mise en rapport avec l’histoire des arts pour différentes sections qui montrent bien la fascination des foules pour les spectacles de la ville, la beauté de la nature, l’exhibition des corps et la reproduction de faits historiques majeurs depuis le Christ jusqu’à les épisodes militaires. Une exposition qui fait voyager dans le temps!
Cette nouvelle cuvée Blanc de Noirs brut – millésime 2012 de Chassenay d’Arce est élaborée exclusivement à base de cépage pinot noir, qui est vraisemblablement le cépage le plus emblématique de la Côte des Bar. Compte rendu enthousiaste de la dégustation.
Un champagne immanquable
Avec 100% de pinot noir, ce champagne a été vinifié dans la pure tradition champenoise, en cuverie inox thermorégulée et sous bois pour 5,3 % du vin avant un blocage partiel de la fermentation malolactique pour 13,4 %. S’en sont suivies 10 ans de vieillissement en bouteilles sur lies pour un dosage brut final de 5 g/l. Le degré d’alcool est de 12 % / vol, voilà pour la technique de fabrication. A l’œil, la robe est jaune clair aux légers reflets dorés et ambrés. Les bulles sont fines et nombreuses. Le nez est assez intense, relativement puissant, frais et élégant, complexe, fruits jaunes pêche-abricot, épices, fleurs blanches, note minérale, fumée, mentholée et pâte d’amande. La bouche est gourmande fruitée, mûre, fondue et fraîche longue sur le citron confit, avec une finale minérale et légèrement boisée. Le champagne s’accorde harmonieusement avec des charcuteries, des entrées à base de champignons et des volailles rôties. Le champagne est distribué en vente directe et chez des cavistes renommés comme Le Printemps du Goût et Le Repaire de Bacchus. Le prix TTC départ cave est de 31,50 euro, une preuve de plus de la grande qualité de cette cuvée millésimée.
Publireportage: Au cœur de la Côte des Bar, Chassenay d’Arce regroupe des vignerons qui, ensemble, travaillent la vigne et élaborent des vins de caractère dans la pure tradition champenoise. Le vignoble Chassenay d’Arce s’étend sur 315 hectares et sur 12 villages répartis le long de la rivière, l’Arce. Façonné par un paysage unique où alternent vignes et forêts, il est également caractérisé par la diversité des cépages et par la culture raisonnée qui y est pratiquée. L’esprit de la Maison, c’est à la fois l’esprit de famille, l’esprit du terroir et l’exigence partagée par nos vignerons pour élaborer des champagnes de grande qualité.
Exposition « Vous les femmes … Corps et décors » : 7 artistes dans la singularité de leur art
MARYAM ALAKBRALI Maryam Alakbarli, est née le 4 juillet 1991 à Bakou, Azerbaïdjan Première vente en Octobre 2016 – Œuvres présentes dans de nombreuses collections privées dont 11 dans celle de Mr. Gérard Depardieu Musées : Musée d’Art Moderne de Bakou (Azerbaïdjan). Maryam est un électron libre dans le monde de l’art. Artiste libre, elle est incontrôlable, tant sur les sujets qu’elle aborde que sur les techniques qu’elle explore. L’une des particularités de sa peinture c’est le travail avec les couleurs, la mise en valeur des contrastes et des couleurs complémentaires. Elle applique sur la toile, intuitivement, ce que d’autres ont appris pendant plusieurs années d’études, avec un don innée de fine coloriste. Thierry Dufresne, historien de l’art français, déclarera à propos de l’œuvre de Maryam: « Quand j’ai vu pour la première fois ses dessins et ses compositions, j’ai immédiatement compris ce qu’elle faisait et essayait de transmettre à travers ses œuvres. C’était un retour à l’origine. Au moment où toutes les formes n’étaient qu’une lumière et qu’elles étaient toutes égales ».
L’art a donné à Maryam Alakbarli une merveilleuse chance d’exprimer son amour de la nature dans toutes ses manifestations, de nous en donner de manière fulgurante à travers ses œuvres.
CAPUCINE SAFIR
Née à Paris, Capucine Safir vit à Miami, USA depuis 2013. Après avoir travaillé pendant plusieurs années dans l’audiovisuel, elle décide de changer de voie et passe un diplôme d’architecture d’intérieure en Australie ou elle résidera pendant trois ans. De retour en France, elle se met à son compte. C’est au même moment qu’elle découvre la taille directe sur pierre. Entre la pierre et Capucine, c’est une évidence. C’est après sa seconde expatriation, à Miami, qu’elle devient artiste professionnelle. Elle s’ouvre alors à d’autres techniques et matériaux. Très rapidement, elle est représentée par une galerie locale et enchaine les expositions. Depuis, les œuvres de Capucine Safir font partie de nombreuses collections privées à travers le monde et sont régulièrement exposées dans des foires internationales.
La féminité et la nature sont les deux thématiques essentielles du travail de Capucine Safir. « Je travaille essentiellement à l’instinct. Le processus de réduction joue aussi un rôle important dans ma création. En retirant les détails et en simplifiant mes formes, j’obtiens la rondeur, la sensualité et l’émotion que je recherche dans l’abstraction. Toutes mes œuvres sont uniques ».
ELAM
Né en 1967, originaire de Lille, Elam est un artiste pochoiriste et concepteur d’affiches qui réside à Guérande. Autodidacte, ses pochoirs sont dessinés et découpés artisanalement à la main. Elam travaille sous tout type de supports, bois, carton, toile…L’artiste est par ailleurs muraliste et intervient aussi en performance lors d’évènements privés, salons et expositions. Très inspiré par l’idée du détournement, son univers est souvent décalé et met en scène des personnages célèbres ou non en les amenant souvent dans des directions surprenantes avec humour et poésie, comme son pochoir emblématique, Candy Croft.
Corps et décors de femmes Florence Tixier FLO.T nait au pays des soyeux, à Lyon. Elle bénéficie de la première formation mondiale de dessinatrice textile proposée par le musée des tissus. Embauchée par un atelier international, elle crée des motifs qui sont choisis par les plus grandes Maisons comme Versace, Lapidus, Lacroix, Rati, Brochier… Dénicheuse de tendances, elle a ensuite ouvert une boutique de mode à Hossegor.
Après avoir contribué à habiller les femmes, FLO.T a eu envie de leur rendre hommage en peinture. Nourrie par les représentations féminines de Gauguin, Klimt, Matisse, Renoir, Lolita Lempicka et plus récemment d’Ines Longival ou de Gidéon Rubin, elle tire également son inspiration de magazines de mode, de reportages photos.
FLO.T privilégie depuis un certain temps les scènes de plage dont émane une sorte d’éternité estivale. Ses personnages sensuels, au regard nostalgique, à la peau dorée, soyeuse, rêvent parmi les parasols et les reflets marins. Elle aime d’une manière générale associer son ancien métier de dessinatrice textile à sa nouvelle activité de peintre. Les femmes de ses toiles sont ainsi souvent entourées ou habillées de tissus dont la poésie décorative se marie à la grâce naturelle des corps.
JEROME SAINTE ROSE
Né à Paris, basé à Sao Paulo pendant 17 ans, il est de retour en France depuis deux ans. Jérôme commence sa carrière dans la photographie à l’école Louis Lumière en 1983. En 1985, il entre au Studio Astre, à Paris, où il côtoie des photographes de renommée mondiale tels que Bert Stern, David, Bailey, Albert Watson, Bill King ou Steven Silverstein.
De Paris à New York, de la Bolivie à la Jamaïque, en passant par différents éditoriaux et entreprises d’aventure, Jérôme a parcouru le monde, collaborant avec de nombreuses marques et personnalités.
HUGO PONDZ Hugo Pondz déploie un univers bleu azur dans une dichotomie parfaite entre les pleins et les vides, il invite à la contemplation dans un monde presque minimaliste. Autour de la piscine, à New York, sur la plaine d’un golf ou sur les allées d’un parking, toutes les peintures d’Hugo Pondz sont empreintes d’une profondeur singulière. Hugo Pondz commence à peindre tardivement. C’est par un jour hasardeux qu’il se lance, sortant sa boîte de peintures et se met à peindre. Des débuts à tâtons où il se cherche, mélangeant copieusement et aléatoirement la peinture. Hugo Pondz avait alors 16 ans, et se souvient de cette expérience comme une catastrophe ! Il retente le coup à 28 ans lorsqu’il rencontre Jean-Pierre Hubert qui lui fait découvrir pour la toute première fois une véritable technique picturale. HugoPondz se laisse basculer vers un univers minimaliste, surréaliste, où l’alchimie des couleurs reste d’une importance capitale. C’est dans des bleus denses et profonds, des bétons lumineux, des piscines aux eaux calmes et transparentes, que l’artiste, observateur, réussit à capturer le silence, à imposer dans une mise scène qui se veut presque minimaliste, un danger latent.
Une subtile alchimie s’installe aussitôt entre le spectateur et l’œuvre dont l’aisance de lecture, participe à le faire entrer dans ce monde presque trop immobile.
DEBORAH BRUNI
Toujours à l’affût des tendances, cette artiste peintre ne manque jamais d’innover, de créer et de se réapproprier l’Histoire. Sarcastique pour certains, irrévérencieux pour d’autres, son style girls power est en quête permanente de renouveau. Une actualité revisitée, une réalité virtuelle, Déborah BRUNI mélange les genres, casse les codes pour proposer à son public une peinture toujours plus sarcastique et véritable.
Son inspiration provient du monde qui l’entoure, de ce qui le sublime, de ce qui le fait, et de ce qui le détruit parfois, aussi. Cinéma, musique, littérature, politique…ne sont pas les thèmes de son Art, uniquement les prétextes. Hors du cadre et des conventions, Déborah BRUNI ne s’impose aucune règle et ne respecte aucun genre. La créativité n’a pas de limites, elle vient de tout, de tout le monde, de partout.
Ses créations naissent d’un héritage laissé par des égéries pop art : James Rosenquist, Tom Wesselman et Andy Warhol et bien d’autres… .
(Par dossier de presse)
Dates : du 1 au 3 octobre 2021 – Entrée libre de 12h à 19h – Lieu : Espace Beaurepaire – 28 rue Beaurepaire 75010 Paris
Vernissage sur invitation jeudi 30 octobre de 18h à 22h
L’évènementLes enfants écrivent leur monde d’aprèsse déroule depuis le 24 septembre et jusqu’au 3 octobre à Paris dans le 16e arrondissement au 71 Avenue Henri Martin de 20h15 à minuit. Les enfants écrivent leur monde d’après est une installation artistique éphémère composée de 7 phrases proposées par des enfants issus des écoles élémentaires. Les spectateurs peuvent imaginer les enfants crier ces phrases à gorge déployée, les phrases sont projetées sur les murs comme des graffitis de lumière sur des murs du 16e arrondissement comme un rappel à regarder vers l’avenir.
Une installation pleine de sens
Philippe Echaroux est un photographe et portraitiste né en 1983 à Marseille. Il se considère comme un précurseur du Street Art 2.0, doux par la forme avec ses projections lumineuses mais puissant dans le fond avec ses messages engagés. Il veut bousculer et faire prendre conscience d’une réalité dont personne n’a encore conscience. Comme il le dit lui-même : J’ai voulu créer ma propre façon de faire du Street Art, il y a déjà des artistes qui utilisent les bombes de peinture ou les collages de manière extraordinaire, je suis donc parti de l’outil que je maîtrise le mieux en tant que photographe : la lumière. Pas de trace laissée sur les murs, mais des projections éphémères que chacun peut visualiser pendant un temps fini sans dégradation du mobilier urbain. En octobre 2020, il avait déjà proposé une installation nommée Dans la mémoire du monde au Musée du Quai Branly à Paris pour mettre en avant les Paiter Surui avec des projections de portraits des membres de cette tribu d’Amazonie sur le feuillage des arbres du musée. Une invitation à découvrir ce peuple qui lutte pour préserver l’intégrité de son territoire et le respect de son mode de vie.
Cet évènement éphémère est une invitation à la réflexion au cœur de la ville pour lever les yeux et découvrir une proposition de futur. Pas anodin par les temps qui courent.
« I was Sitting on My Patio » : un rendez-vous en demi-teinte avec Bob Wilson
En 1976, la chorégraphe Lucinda Childs et le metteur en scène Bob Wilson marquaient les esprits avec leur opéra Einstein on the Beach, composé par Philip Glass. À peine un an plus tard, le duo créait « I was Sitting on my Patio This Guy Appeared I Thought I was Hallucinating ». C’est avec ces mots que commençait la pièce. Bob Wilson lui-même, vêtu de noir et blanc, montait sur scène et commençait à suivre à voix haute le fil ininterrompu d’un zapping verbal. Puis, il sortait du plateau, Lucinda Childs prenait alors sa place. Elle reprenait son monologue, déversait le même flot continu d’idées incongrues, ajoutant, modifiant, transposant ça et là.
Aujourd’hui, Wilson et Childs passent le flambeau à deux nouveaux interprètes : Christopher Nell formidable Méphistophélès dans Faus I & 2 que Bob Wilson avait présenté au Châtelet en 2016 avec les acteurs du Berliner Ensemble et Julie Shanahan, figure emblématique du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch.
Deux partenaires en miroir donc récitent l’un après l’autre un même texte d’un non-sens absolu et impossible à résumer (entrecoupé de sons stridents, de cris, de chants, de musique) qu’ils interprètent selon leur intériorité propre et un contexte purement influencé par une illusion mentale et un monde qui leur échappe.
Doublure fantomatique d’un monde en suspension
Lui, personnage sombre tout droit sorti d’un film de Tim Burton, semble être pris au piège de sa vie et d’une mélancolie mortifère. Elle, robe blanche et vaporeuse, ongles et lèvres rouge sang, virevolte dans une solitude fantasmée.
Dès que le rideau se lève, on est immédiatement subjugué par les images et l’écriture sans pareille de Bob Wilson, d’éclairer un accessoire dans une sorte de netteté de clair-obscur dénué de tout chatoiement, cette manière de détacher les silhouettes, d’isoler un visage, un bras, cette façon encore d’espacer les mouvements. Un geste qui n’appartient qu’à lui.
Mais si Bob Wilson s’approprie avec l’esthétique qu’on lui connait le plateau et transcende de son empreinte formelle avec des tableaux hypnotiques, les masques et les ombres tout droit sortis du cinéma muet expressionniste, à l’abri de paysages mentaux qui se fondent dans une nuit ou un cauchemar éveillé, d’où surgissent un visage grimé à outrance et pareil à une doublure fantomatique d’un monde en suspension, le propos abscond avec cette logorrhée sans queue ni tête déversée, qui perturbe inutilement le spectateur, en marque cependant la limite.
En effet, la valeur contemplative de l’œuvre aussi intense soit-elle, est ici parasitée par ce monologue dédoublé, tandis que la gestuelle hiératique se révèle plus comme une posture à défaut d’être rattachée à une trame conductrice, qu’à un langage pictural capable de nous faire enter pleinement dans l’intériorité des protagonistes.
Christopher Nell s’impose malgré tout. Son magnétisme aussi onirique que poétique, nous confronte avec une grâce fiévreuse et sardonique, à notre intranquillité intérieure.
Ici présent propose une démarche vraiment originale pour faire profiter la personne de votre choix d’un large éventail de produits en provenance de toute la France. L’ancien coffret sour le nom Masterbox avaitdéjà testé sur Publik’Art, il est devenu Ici présent! pour un nouveau concept cadeau à découvrir absolument.
Un coffret cadeau qui fait plaisir
Le principe est diablement simple et efficace. Vous vous rendez sur le site d’Ici présent pour acheter un e-coffret que vous pouvez transférer à un proche par email ou imprimer et l’offrir en main propre. Les produits proposés dans les coffrets cadeaux sont tous préparés dans les ateliers des partenaires. Ce sont des artisans passionnés situés dans la France entière. Un bon moyen de découvrir le patrimoine national et de contribuer à l’activité de passionnés. Le site internet d’Ici présent propose un large éventail de produits, de la gourmandise (vin, champagne, bière, biscuits, foie gras), des bijoux, des habits (enfants, mode), le choix est vaste et tout est made in France. Si le choix de la commande est à réaliser par l’heureux récipiendaire à l’aide d’un code, toute la logistique est gérée par Ici présent pour la garantie de produits de qualité et le plus frais possible (pour les aliments). Dans le cadre du test produit, je me suis laissé tenter par une bouteille de champagne Loriot Xavier, j’ai lu des commentaires sur internet, ça promet le meilleur en provenance des coteaux de la Vallée de la Marne. La livraison est promise sous 7 jours ouvrés, j’ai hâte!
Ce sont aujourd’hui plus de 200 000 personnes qui ont déjà été conquises par ce concept novateur et surtout surprenant. Ici présent ressemble à une belle chaine de solidarité pour un concept gagnant / gagnant, plaisir d’offrir et plaisir de concourir à l’activité d’artisans nationaux.
Publireportage:
Ils ont de l’or dans les mains : Ils sont artisans, créateurs et producteurs français, ils sont l’excellence à la française. Pour les rencontrer et découvrir leurs produits, il faut remonter à la source : Ils sont toute la journée sur leurs terres, dans leurs ateliers, sur les marchés… Ou sur notre site 🙂
Faute de temps et de moyens, il est difficile pour eux de faire connaître leurs produits à l’échelle nationale. Et pourtant… Ils le méritent terriblement !
Notre démarche : Aller à la racine et partir à la rencontre de ces pépites de créateurs et producteurs français, leur donner la visibilité qu’ils méritent et soutenir ces savoir-faire d’exception en proposant leurs créations et produits sur notre site.
Notre démarche de soutien ne s’arrête pas à nos produits : face à la crise qui touche en première ligne les artisans, nous mobilisons une communauté de consommateurs. Ensemble, nous créons l’offre Ici Présent! pour que chaque artisan ait la possibilité de se faire connaître dans la France entière !
Le premier festival Contours a eu lieu au parc Roger Salengro en 2019. Après une année blanche pour les raisons sanitaires que tout le monde connait, il revient cette année dans le cœur du Parc des Impressionnistes de Clichy avec 12 000m² d’open air et des installations qui feront vibrer et danser les visiteurs tout un week end avec des propositions gastronomiques au même niveau de qualité et de diversité.
Un programme alléchant
Pendant 2 jours, les lives et les DJ sets vont s’enchainer grâce à une programmation de premier plan, avec de la musique House, Rap et Pop via des lives et des DJ Sets, jugez plutôt. Hunee Chassol, Kamma & Masalo, Dengue Dengue Dengue, Louise Chen, 99ginger, Dizonord Family, Chanceko, Reÿn, ça va être la fête à Clichy. Et comme les organisateurs ont pensé à tout, ils savent que pour bien danser il faut bien se restaurer. La programmation gastronomique a été confiée à Minou Sabahi, cheffe renommée de la Guinguette Contours. Elle a invité des chefs pour l’épauler avec une programmation culinaire du festival qui réserve des surprises.
Pour ceux qui ont connu l’édition 2019, l’organisation est un peu différente. La première était gratuite et s’était tenue au parc Salengro, cette édition 2021 du festival Contours est payante et se déroule dans le parc des Impressionnistes, toujours à Clichy.
L’organisation a été confiée à Bon Esprit et les concerts promettent de faire bouger les popotins.
Informations pratiques:
Lien vers la Billetterie : https://bit.ly/3mr0scm
Pass 2 jours : 16€
Earlybird jour : 7€
Regular jour: 12€ (+ frais de réservation)
Gratuit pour les moins de 18 ans !
Accès: Parc des Impressionnistes 6 Rue Gustave Eiffel 92110 Clichy
Métro: Mairie de Clichy (ligne 13) Train: Gare de Clichy-Levallois
Preuves sanitaires acceptées pour entrer dans le festiva:
– Un certificat de vaccination complet (toutes les doses nécessaires) et réalisé il y a plus de 1 semaine.
– Un certificat de rétablissement (test positif de plus de 11 jours et moins de 6 mois).
– Un certificat de test RT-PCR ou antigénique négatif de moins de 72h.
Le QR code du « Pass Sanitaire » est à présenter au format numérique de préférence lors du contrôle d’accès, car plus facile à scanner.
C’est en présence de personnalités aussi en vue que la Ministre de la Culture Roselyne Bachelot-Narquin, le ministre de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer, de la Présidente – Directrice du Musée du Louvre Laurence des Cars et du Président de la RMN – Grand PalaisChris Dercon que la présentation a eu lieu dans l’auditorium du Musée du Louvre. Du 20 novembre 2021 au 27 mars 2022, 18 expositions auront lieu dans 18 villes, avec des endroits aussi divers qu’un musée, une médiathèque, une bibliothèque et un espace culturel. Tour de piste.
Un évènement culturel à portée sociale à ne pas manquer
Cette exposition multiple se destine à un très large public, surtout aux jeunes générations pour leur apporter un regard neuf et complet sur les arts et les cultures de l’islam. L’évènement est coproduit par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais et le musée du Louvre. Le département des Arts de l’Islam du Louvre créée en 2012 propose une vraie immersion aux visiteurs pour mieux découvrir les cultures islamiques situées sur un vaste territoire de l’Espagne à l’est jusqu’à l’Inde à l’ouest, depuis le 7ème siècle jusqu’au 19ème siècle, incluant également des oeuvres contemporaines. Le dispositif permet d’apprécier l’importance des échanges qui ont toujours eu lieu entre l’hexagone et l’Orient. 13 siècles de culture islamique exposées dans les différents lieux permettent de mieux comprendre sa diversité et sa variété. Des hommes ont fait circuler les idées jusqu’à devenir une partie prenante du patrimoine national, dans des églises ou des musées. Le 18 expositions permettront de mieux comprendre les passés croisés entre ici et ailleurs pour deviner un avenir tout aussi partagé. Le ministère de la Culture a demandé au musée du Louvre et à la Réunion des musées nationaux – Grand Palais d’organiser cet évènement à l’échelle nationale à partir de l’automne 2021 pour mettre en valeur 10 œuvres représentatives dans chaque lieu avec des portées historiques et contemporaines, toutes issues du département des Arts de l’Islam du musée du Louvre et des collections nationales et régionales. 180 œuvres permettent d’admirer l’art de l’islam pour un vrai choc artistique.
Cet évènement majeur permettra d’éclairer le public sur la diversité vivifiante des territoires et des populations concernées par l’Islam. Un évènement à ne pas manquer.
Publireportage: Une attention particulière a été portée à la médiation culturelle grâce à la conception d’outils pédagogiques : un livret d’une quinzaine de pages présentant l’exposition, des cartels développés, la diffusion d’un film dans chaque lieu d’exposition offrant une échappée dans les pays d’origine de ces œuvres et un site internet de ressources numériques compatible au format smartphone et consultable notamment durant la visite des expositions. De plus, une programmation culturelle associée à l’exposition sera mise en œuvre dans chaque ville (conférences, débats, spectacles vivants, cinéma…), animée par des équipes de médiateurs et, dans certains lieux, par des étudiants de l’école du Louvre. Un espace de discussion pouvant accueillir entre 20 et 30 personnes sera intégré à chaque exposition.
Amanda Lear et Michel Fau : un face à face haut en couleur !
Avec sa présence et son exigence si singulières, Michel Fau, amoureux des comédiennes d’antan et des icônes qui vont de paire, aime avec une excentricité assumée, se réinventer sur scène.
Aujourd’hui il monte et joue (Bette Davis), en compagnie d’Amanda Lear (Joan Crawford), une pièce du réalisateur Jean Marboeuf de 2008, « Qu’est-il arrivé à Bette Davis et Joan Crawford ? ».
On connait la rivalité personnelle et professionnelle entre ces deux monstres d’Hollywood qui s’est rapidement transformée en une véritable haine, pour durer jusqu’à la mort de la dernière des deux.
Une condition d’acteur aux facettes cauchemardesques
La pièce raconte sous forme de correspondance fictive et de dialogue intégralement inventé leurs échanges homériques, inspirés d’anecdotes et de faits réels rapportés à l’époque par la presse américaine, notamment pendant le tournage de « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? » de Robert Aldrich, sorti en 1962.
Ce film, qui fut un grand succès, a véritablement relancé la carrière des deux actrices, considérées alors comme des « has been ».
Dans une scène d’ouverture mémorable qui donne le ton du spectacle, Fau pastiche à l’envi, avec la virtuosité qu’on lui connait, le glamour hollywoodien et son artifice pathétique.
Fau est Bette Davis en vaporeuse petite robe verte flashy et perruque à frange courte, tandis qu’Amanda Lear en fourreau noir pailleté et perruque brune, apparait, héroïne sculpturale, du haut du grand escalier.
Par delà l’évocation du couple infernal sur fond de haine, de rancœur, de jalousie, de désespoir, de solitude, ce sont tous les défauts et les excès des acteurs empreints de narcissisme, d’ego démesuré, de séduction névrotique, qui sont au cœur du jeu de massacre.
Michel Fau orchestre avec un sens aigu de la théâtralité, portée par une folie qui lui va bien : les mimiques, les attitudes, les regards, les envolées tragiques de ces icônes déchues, investies d’une grandiloquence et d’une prétention aussi souveraine qu’éloquentes. Bien au delà du grotesque parfaitement maîtrisé et dosé, c’est tout le jeu de la comédie humaine qui se révèle avec ses travers et ses désillusions. Son travestissement appuyé en souligne avec une justesse inouïe la dimension cabotine, précieuse, monstrueuse et dérisoire.
Le décor sophistiqué et coloré installe en miroir et en totale symétrie deux loges d’actrices, tandis que la mise en scène baroque fait son œuvre pour accompagner de concert la fuite en avant, teintée aussi de mélancolie.
Le duo Michel Fau / Amanda Lear fonctionne à merveille où chacun, dans un équilibre parfait, ose tout et fait corps avec cette condition d’acteur aux facettes cauchemardesques.
Après le premier clip Je Marche Derrière Toi, le duo Ottis Cœur est de retour avec le titre Cœur à Corps. Les deux chanteuses parlent d’acceptation de soi dans un beau lâcher prise. Margaux et Camille ont improvisé un clip en une après-midi avec la même spontanéité qui caractérise leur musique portée par des grosses guitares et une démarche qui rappelle un autre duo qui compte, celui de The Kills.
Une musique accrocheuse
Dans une ambiance aussi colorée que farfelue, les deux chanteuses montrent bien que les oripeaux peuvent être vus comme une carapace pour se cacher du regard de l’autre, une armure dont l’exubérance protège d’autant mieux qu’elle est excessive, pour mieux s’aimer soi même. Cœur à corps a été produit par le duo et mixé par Bénédicte Schmitt. Le son se veut brut et accrocheur avec une omniprésente sonorité emplie de guitare et deux voix aux harmonies évidentes. En attendant la sortie de leur premier EP prévue pour fin novembre, ces deux filles clament leur indépendance, loin des schémas éculés, préférant les guitares abrasives aux rythmes r’n’b et un son brut plutôt qu’une soupe surproduite. C’est le rock qui les rapproche avec la triade magique guitare, basse et batterie. Les 2 filles se sont rencontrées début 2020 et le coup de foudre a été immédiat. Malgré le premier confinement à partir de mars 2020, elles ont décidé de tenter quelque chose. Elles se sont exilé au vert dans la Loire-Atlantique pour bosser dans un garage où leur musique a pu prendre vie. Les étincelles ont jailli et les sons de guitare fuzz ont fait trembler les murs. Des amplis à lampes vintages ont été poussées à saturation et l’accord des voix leur a permis de passer leurs messages en harmonie. Ottis Cœur est le résultat d’une osmose entre deux caractères en accord parfait. Le duo s’occupe de tout, processus de création, enregistrement des voix et des instruments, elles s’occupent de tout. Et la musique donne envie de bouger la tête, ça fonctionne!
Le message d’émancipation féminine leur colle à la peau jusque dans la complicité de Margaux et Camille. Cœur à corps pourrait occuper vos journées, jetez-vous dessus!
Le documentaire Une Fois que tu sais devait initialement sortir le 10 mars au cinéma, un nouvelle date sera proposée une fois la situation sanitaire résolue. Il reste que le réalisateur Emmanuel Cappellin prend ici le parti de rencontrer des spécialistes du réchauffement climatique comme Pablo Servigne ou Jean-Marc Jancovici pour réfléchir à des voies et trouver des perspectives et renverser la machine inéluctable devant mener à la fin du monde. Si le ton est parfois alarmiste, le documentaire a le mérite de proposer des solutions simples, à hauteur d’hommes, pour impliquer chacun d’entre nous, et ça fait plaisir d’aller au-delà du ton bassement cafardeux habituel.
Un documentaire pour agir
Si les spécialiste sont mis à contribution pour apporter des arguments tangibles sur l’impasse qui s’offre à nous, Une fois que tu sais a surtout le bon gout d’interroger des individus responsables d’actions collectives pour montrer qu’il est possible de s’impliquer et d’agir, comme une forme de résistance à la pollution tout azimut. L’idée de transition quitte ses limbes hypothétiques pour devenir parfaitement concrète et tangible. A la question Et maintenantqu’est-ce qu’on fait ?, ce documentaire intelligent et raisonné offre des réponses qui pourront ébranler les consciences. Le film ressemble alors à un voyage qui touche chacun de nous pour transformer notre regard sur nous-mêmes et sur le monde pour mieux construire l’avenir. Emmanuel Cappellin prête sa voix en off pour expliquer les origines de sa motivation pour réaliser ce film, et le spectateur comprend l’urgence ressentie pour se mettre au travail. Il va alors interroger des scientifiques pour mettre le doigt sur des évidences qui font mal. Oui, la civilization industrielle touche à ses limites, par manque de ressources et par la pollution dégagée dans un espace environnemental clos qui ne peut plus tout absorber ad vitam aeternam. Ce film devient un manifeste presque politique aux enjeux sociétaux majeurs. La notion de grand effondrement n’est plus hypothétique, elle devient certaine et se cacher les yeux ne suffira pas à faire face aux enjeux qui nous attendent.
L’urgence écologique devient de plus en plus prégnante et ce documentaire devrait surtout être présenté aux plus jeunes pour alerter et donner des pistes. C’est tout son intérêt.
Synopsis: Confronté à la réalité du changement climatique et à l’épuisement des ressources, le réalisateur Emmanuel Cappellin prend conscience qu’un effondrement de notre civilisation industrielle est inévitable. Mais comment continuer à vivre avec l’idée que l’aventure humaine puisse échouer ? En quête de réponses, il part à la rencontre d’experts et de scientifiques tels que Pablo Servigne, Jean-Marc Jancovici ou Susanne Moser. Tous appellent à une action collective et solidaire pour préparer une transition la plus humaine possible. Une odyssée qui touche à l’intime et transforme notre regard sur nous-même et sur le monde pour mieux construire l’avenir.
Le Blu-Ray Steelbook et DVD sera disponible le 22 septembre en nouvelle restauration 4K avec la version originale et la version française. Avant cette date, le film est disponible sur le Vidéo Club Carlotta à partir du 17 septembre. Si l’esthétique a légèrement vieilli depuis la sortie initiale du film sur les écrans en 1991, le film garde sa puissance froide et glauque avec ce personnage principal sans limites et sans émotions apparentes. Le choix des victimes au hasard ajoute encore un peu plus à l’outrance du propos, loin des tentatives récurrentes de rendre sympathique ou raffinée une ordure qui dézingue à tout va, image en vogue depuis quelque temps.
Un film sans fard
Toute l’esthétique du film concourt à rendre le personnage principal d’Henry aussi minable que ce qu’il est vraiment. Atmosphères grises, appartements miteux, vêtements cradingues, Henry et son entourage ont tous les oripeaux de la médiocrité. L’absence d’éducation et de jugeote les empêchent de réfléchir sur la portée de leurs actes, tuer devient tristement banal, n’apportant aucun réconfort, une routine sans ampleur ni profondeur. Les meurtres sont montrés par le petit bout de la lorgnette, comme pour rendre le spectateur plus voyeur que complice. John McNaughton préfère laisser l’imagination faire le gros du travail plutôt que de transformer son film en slasher movie. Le héros est minable, taiseux, taciturne, ses actes ne sont pas expliqués, tout juste peut-on connaitre un traumatisme qui remonte à l’enfance et le forçant à tuer encore et encore. Le film se déroule sans feux d’artifices, sans effets clinquants, le serial killer est rendu aux limites de son existence, prisonnier de ses pulsions sans pouvoir sortir de son système.
Le film rend compte d’une réalité grisâtre où le serial killer ressemble à n’importe quel être humain, rien ne le différencie du quidam moyen, cet aspect des choses est bien plus effrayant qu’une scène hardcore frontale.
Synopsis: Hanté par une enfance martyre, Henry Lee Lucas tue. La seule manière pour lui de se libérer de ses démons. Avec la complicité de Otis Toole, il écume les routes des Etats-Unis, choisissant ses victimes au hasard…
Suppléments disponibles:
• Entretien avec John McNaughton (31 mn): Dans cet entretien réalisé en 1998, le cinéaste John McNaughton revient sur la genèse de son premier long-métrage et les réactions qu’il a suscitées.
• Portrait: Le Making-of du film (53 mn) Retour sur l’aventure Henry avec ceux qui y ont participé : réalisateur, producteur, acteurs, scénariste, compositeurs…
• Tour d’horizon : Entretien avec John McNaughton (28 mn) Dans ce nouvel entretien réalisé en 2016, John McNaughton évoque son parcours atypique et son rapport ambivalent avec le milieu du cinéma.
• C’est toi… ou eux : Entretien avec Joe Coleman (9 mn) Créateur du visuel de Henry, l’artiste Joe Coleman parle de son amour pour le film et de sa conception du bien et du mal.
• Scènes coupées et chutes (21 mn) Commentées par le réalisateur John McNaughton et le documentariste David Gregory.
La Troisième Guerre est le premier film du réalisateur Giovanni Aloi. Il a la chance de disposer d’un casting de premier plan avec la star Leila Bekthi,le souvent excellent Karim Leklou et la valeur montante Anthony Bajon. La Troisième Guerre est ce conflit invisible qui se déroule dans notre pays entre les forces militaires du dispositif Sentinelle et la menace terroriste pas si invisible que ça comme l’ont montré les évènements de 2015 au Bataclan. Le déploiement de militaires dans les rues est illustré avec l’arrivée d’une nouvelle recrue de l’armée dans un régiment. Point de départ d’une glissade dans l’esprit d’un jeune homme tourmenté.
L’armée en vrai
Le réalisateur s’appesantit sur le quotidien fastidieux et répétitif de soldats déployés au cœur des grandes villes pour rassurer la population et empêcher des actions terroristes. Loin des films d’action américains, La Troisième Guerre évite toute escalade inutile ni pétarades gratuites. Ceux qui s’attendent à un documentaire ou à un film de guerre seront surpris de voir le parti pris ultra réaliste du réalisateur Giovanni Aloi. Il privilégie la vie terne et sans ampleur d’une caserne où les militaires doivent bien passer le temps pour se remettre de l’inaction quotidienne faite de longues marches passées le doigt sur la détente. Les militaires déambulent, l’œil aux aguets, inventant des menaces dans des éléments infimes observés de ci-de là. La psychologie des ces hommes et de ces femmes est abordée à travers des destins particuliers. Le soldat Leila Bekthi veut réussir à grimper les échelons mais se sent amoindrie par une grossesse pas vraiment désirée. Le soldat Anthony Bajon évolue dans une incompréhension totale des enjeux, souhaitant se substituer à la police pour maintenir l’ordre mais ne le pouvant pas dans une frustration grandissante. Au final, en l’absence quasi complète d’action, le film souffre de longueurs voulues mais qui mettent à rude épreuve l’attention du spectateur. La tension est souvent basse et il faut des numéros de tchatche de soldats souvent venus de banlieue pour esquisser quelques sourires. Il faut attendre les 20 dernières minutes pour trouver des liens plus parlants avec ce que montre la télévision tous les jours. Des manifestations de gilets jaunes pleines de tension, un soldat qui dérape et toute une logique remise en cause.
La menace n’est pas forcément à l’extérieur mais en soi-même, c’est ce que semble suggérer le réalisateur avec ce film atypique, loins des clichés et plongé dans un quotidien lancinant.
Synopsis: Léo vient juste de terminer ses classes à l’armée et pour sa première affectation, il écope d’une mission Sentinelle. Le voilà arpentant les rues de la capitale, sans rien à faire sinon rester à l’affût d’une éventuelle menace…
Le chanteur Oete a 22 ans mais il sait déjà se faire reconnaitre avec sa voix singulière et ses chansons lancinantes. Récemment signé sur le label Roy Music, l’artiste définit son univers musical comme de la variété alternative pour bien se singulariser parmi la horde de chanteurs émergents. Son premier titre HPV et la reprise remarquée du titre de Niagara Pendant que les champs brûlent ont annoncé la couleur, Oete n’en est qu’à ses débuts et son nouveau titre La tête pleine annonce le meilleur à venir.
Un nouveau titre audacieux
Avec les évènements qui se sont abattus sur la planète depuis bientôt 18 mois, la jeune génération a subi frustrations et avanies. Oete veut personnifier cette envie de vivre mise entre parenthèse qui n’attend que de s’exprimer. De son vrai nom Thibaud Blond, Oete (à prononcer « eut ») débarque de sa Picardie natale pour exprimer son envie de vivre à travers ses chansons. Grand amateur de spectacle vivant, le jeune homme rejoint un parcours spécialisé dans l’art du cirque à Amiens. Son cursus artistique mêle les arts plastiques, le théâtre et la danse, et il rejoint Lyon pour s’engager comme volontaire en service civique. Cette expérience lui permet d’apprendre la musique tandis qu’il office auprès de populations fragiles. Il intègre ensuite l’école d’éducateur spécialisé dont il ressort diplômé. Ce parcours lui ouvre les portes d’une vocation musicale basée sur la mise en recul de son parcours, ses faiblesses, ses espoirs et son avenir. Il écrit alors des premiers textes et ainsi des chansons. Oete arrive alors à Paris pour un tremplin dans ses aspirations. Il se met en scène dans dans ce clip réalisé par Simon Vanrie (Clou, Bertrand Belin, Barbara Carlotti, Albin de la Simone) et tourné à la Maison de la Création de Bruxelles. Auteur, compositeur et interprète, Oete n’hésite pas à lâcher prise dans un clip à l’image de sa musique.
Le clip de la tête pleine est à découvrir depuis le 17 septembre pour découvrir un artiste décidé à se faire une place sur la scène musicale francophone.
La rentrée littéraire 2021 recèle une belle pépite. Les Aquatiques est une plongée passionnante dans un destin de femme à la vie tiraillée entre ce que sa vie maritale lui permet et ce que son cœur lui fait miroiter. L’écriture est belle et fluide, la profusion de détails concourt à la profondeur des tumultes internes, la lecture est épileptique. Une très belle découverte proposée par les Escales éditions.
Un beau destin de femme
Katmé est le prénom d’une héroïne au destin singulier. L’image de sa mère enterrée il y a bien longtemps mais toujours présente ne cesse de la hanter. Un bon mariage avec Tashun, personnalité ascendante de la scène politique locale, lui offre un confort dont peu peuvent se targuer. Maison avec du personnel, voiture puissante, et surtout deux filles jumelles qui font sa joie. Le lecteur se rend vite compte que le côté face de l’existence de Katmé n’est qu’un décor d’apparat qui dissimule des turpitudes personnifiées par son meilleur ami Samy, artiste maudit angoissé qu’elle considère comme son frère. Leurs liens remontent au lycée. L’existence insatisfaisante de Katmé tient en équilibre précaire, les quelques satisfactions lui suffisent pour surmonter l’attitude méprisante d’un mari volage et par trop occupé par ses fonctions. Le déclencheur d’une remise en cause profonde débute lorsqu’elle apprend que la tombe de sa mère doit être déplacée pour permettre la construction d’une nouvelle autoroute. Et comme son mari profite de l’occasion pour organiser avec faste la nouvelle inhumation d’une femme oubliée de tous pour se faire mousser et concourir à de plus hautes fonctions, Katmé comprend que l’évènement ne pourra être que funeste. Le roman est un vrai moment de lecture assidue tandis que le destin de Samy s’assombrit et que Katmé comprend que son mari ne le sortira pas de prison pour le faire échapper aux accusations d’homosexualité. La scène la plus douloureuse du livre montre une population devenue folle exercer un lynchage qui se lit avec les traits tirés. Le destin d’une femme en est changé à jamais, ses certitudes s’effondrent d’un coup, elle comprend où sont ses vraies priorités, son métier d’enseignante, ses filles et cette certitude que son bonheur ne tient pas dans toutes les couleuvres qu’elle est quotidiennement obligée d’avaler.
Les Aquatiques est un premier roman d’une auteur franco-camerounaise qui montre son art du détail dans des descriptions fouillées et un déroulé qui touche au cœur. Une fois la dernière page achevée, il est difficile d’oublier Katmé, preuve que l’ouvrage a abrogé les frontières et les différences entre la métropole et l’Afrique.
Synopsis: Le roman d’émancipation d’une femme africaine au XXIe siècle, entre ombre et lumière.« Je n’étais jamais retournée sur la tombe de Madeleine. N’y avais jamais apporté son repas préféré, de l’huile de palme, du sel ou une cruche de vin de raphia. Madeleine, pour autant que je m’en souvienne, préférait le vin rouge. Mais enfin, le vin de raphia, c’est ce que l’on déposait sur la tombe des morts dans le Haut-Fènn. » Vingt ans après la mort de sa mère, Katmé Abbia, enseignante, apprend que la tombe doit être déplacée. Son mari, Tashun, préfet de la capitale, voit dans ce nouvel enterrement l’occasion providentielle de réparer les erreurs du passé et surtout de donner un coup d’accélérateur à sa carrière politique. Quand Samy, artiste tourmenté, ami et frère de toujours de Katmé, est arrêté et jeté en prison, les ambitions politiques de son mari entrent en collision avec sa vie et la placent devant un choix terrible. Porté par une écriture puissante où l’âpreté du réel le dispute à un humour à froid, Les Aquatiques est à la fois le portrait intérieur d’une femme qui se révèle à elle-même et une réflexion profonde sur les jeux de pouvoir dans une société africaine contemporaine.
“Comme tu me veux”: le beau geste Pirandellien de Stéphane Braunschweig à l’Odéon
Stéphane Braunschweig est pirandellien dans l’âme : il se confronte au dramaturge pour la quatrième fois avec ”Comme tu me veux”. On y retrouve aussi dans cet opus les thèmes déjà abordés dans « Soudain l’été dernier » de Tennessee Williams et « Nous pour un moment » d’Arne Lygre qui sont les énigmes de l’identité, l’impact des traumatismes et les jeux de simulacres grâce auxquels on survit.
La pièce a été écrite en même temps que « Les Géants de la montagne » qui met à l’œuvre aussi une réalité parallèle. Dans les deux pièces, il s’agit en effet pour Pirandello de se révolter contre la réalité concrète, objective, contre ce qu’il appelle « les faits », et de tenter de donner voix et corps à la réalité subjective, celle qui est en chacun de nous, et au pouvoir de l’imagination et de la poésie, grâce auxquelles, précisément, on peut s’élever au-dessus des faits et d’une réalité invivable. La mise en abîme – du théâtre dans le théâtre – est l’un des thèmes favori de Pirandello.
Ainsi, dans « Comme tu me veux », l’héroïne prend deux visages, réversibles : celui de la Folle, à jamais hors de la réalité et sans identité, et celui de l’Inconnue, véritable figure de l’actrice, capable de se réinventer dans une nouvelle identité, de donner vie aux fantômes et de repousser les limites de la réalité. Le dramaturge travaille donc en permanence la question de la permutation des places, des fonctions, du double identitaire. Où le passage d’une vérité à l’autre dans un jeu de miroir incessant et abyssal se charge et se déconstruit.
Stéphane Braunschweig s’empare avec un beau geste de cet univers où l’art côtoie la folie pour abolir le déni, la manipulation des faits et surtout les dommages psychologiques engendrés par la violence et la guerre.
Dix ans après la Grande Guerre à Berlin, une danseuse de cabaret règne sur le monde de la nuit, lorsqu’un photographe croit reconnaître en elle la femme d’un de ses amis, disparue en Italie à la fin du conflit, et que son mari n’a cessé de chercher après sa démobilisation. Mais est-ce bien elle ? A-t-elle voulu changer de vie ? Est-elle amnésique ? Qu’a-t-elle vécu pour en arriver là ? S’agit-il d’une imposture lorsqu’elle acceptera de retrouver en Italie son supposé mari ? Son amant la laissera-t-il partir ? Et son mari, la reconnaîtra-t-il vraiment ou s’agit-il d’un opportunisme pour des motifs plus ou moins avouables ? Quant à la famille de la supposée amnésique, a-t-elle intérêt à la voir revenir ?
Le monde d’après…
Dans une Europe convalescente, Pirandello observe les retombées des grands bouleversements de l’Histoire sur les vies personnelles. Après le fracas des armes, les gouvernements ont changé, mais tous les individus ne peuvent pas renouer avec une existence normale. On peut vouloir repartir à zéro ou au contraire maintenir ce qu’on a connu. On peut s’étourdir dans de nouveaux divertissements ou au contraire vouloir retrouver ce qu’on a perdu. Avec cette pièce, Pirandello montre une Europe bien décidée à oublier ses traumatismes et des individus qui hésitent entre leurs divers choix de vie et donc d’identité !
Rappelons que la Vénétie a été envahie de 1917 à 1918 par les troupes autrichiennes, hongroises et allemandes. Multipliant les exactions avant de battre en retraite, l’ennemi s’est livré à des viols et des enlèvements de femmes restées seules alors que leurs maris combattaient au front.
Mais la volonté d’oubli ne suffit pas toujours à panser les blessures et vouloir effacer le passé peut conduire à un aveuglement qui empêche de voir les marasmes qui s’annoncent. Les années vingt sont typiques à cet égard avec les divers extrémismes qui tentent de s’installer.
Et puis, à travers un destin particulier et comme en écho à notre époque, la pièce aborde aussi la lutte que certaines femmes ont commencé à mener il y a un siècle pour pouvoir s’affirmer en dehors de la tutelle des hommes, ainsi que la remise en question d’une hiérarchisation des valeurs et d’un conformisme social et idéologique qui peut conduire à de nouvelles catastrophes.
L’amnésie – processus dramatique ?
Mi-drame policier, mi-fable existentielle, cette pièce trouve son origine dans un fait divers, l’affaire Canella-Bruneri qui fit beaucoup de bruit au début du XXème siècle et qui concernait alors la controverse sur l’identité d’un homme. En plaçant ses personnages dans une situation où les probabilités peuvent être en conflit avec la réalité, il montre combien l’être est fragile face aux aléas sociaux ou politiques et combien il est difficile de maîtriser vraiment ce qu’on vit et ce qu’on est. D’autant plus lorsqu’on est confronté aux projections que les autres font sur soi. D’où les tensions diverses que Pirandello s’attache à explorer, la complexité humaine qu’il sait habilement évoquer et les mystères qu’il aime entretenir !
Chaque réplique ébranle la vérité, le mensonge, la complexité humaine : « Tu te mens à toi-même, même avec ta sincérité dégoûtante, parce que, même ça, ce n’est pas vrai, tu n’es pas si atroce que tu le dis. Mais console-toi : personne ne ment vraiment tout à fait. On cherche tous à donner le change, aux autres et à nous-mêmes. »
Stéphane Braunschweig réussie une mise en scène très aboutie dans un espace clair-obscur ingénieux et poétique, à la lisière de l’ici et de l’ailleurs, qui nous plonge d’entrée dans un univers à la fois épuré et ambigu, où la frontière entre le réel et l’imaginaire se révèle tangible et fragile.
La distribution est emmenée par Chloé Réjon, magnifique de tempérament et de composition dans le rôle de Lucia, tandis que ClaudeDuparfait (Salter), déjanté à souhait, Cécile Coustillac (Mop / La Folle) et Annie Mercier (Lena), toutes deux en intériorité contenue, ne sont pas en reste pour imprimer à la fable un climat trouble et onirique.
Dates : du 10 septembre au 9 octobre 2021 – Lieu : Odéon-Théâtre de l’Europe (Paris) Mise en scène : Stéphane Braunschweig
Edouard Louis dans la force de l’âge : Changer : méthode aux Editions du Seuil.
Parmi les innombrables livres que chaque année notre « rentrée littéraire » déverse sur les tables des libraires – romans identitaires, mémoires de généraux, confessions de starlettes ou polars métaphysiques – il arrive que l’un d’eux se détache par une forme de nécessité et retienne aussitôt l’attention du lecteur, reléguant dans l’ombre ses pâles confrères de la chose écrite. C’est le cas de Changer : méthode d’Edouard Louis. Certes, Louis n’est pas un inconnu et l’on pouvait aisément craindre que l’auteur d’En finir avecEddy Bellegueule (2014), livre culte pour une certaine génération de lecteurs, ne s’appuie sur le socle fragile de sa réputation pour offrir une œuvre de moindre envergure, quelque écrit de circonstance né du seul désir de prolonger une reconnaissance trop tôt survenue. Pourtant ce n’est pas le cas, c’est une avancée, un approfondissement, presque une confirmation que représente ce nouveau titre de l’auteur. Et l’on a presque envie de reprendre ces paroles d’un critique s’adressant autrefois à un jeune écrivain plein de promesses : « Courage Louis, votre œuvre est bonne ! »
De quoi s’agit-il dans ce livre au titre laconique ? D’un traité de développement personnel ? D’un programme d’amaigrissement ? D’une confession de maître Zen ? Rien de tout cela, fort heureusement. De l’ambition de Changer : méthode, l’auteur nous entretient dès les premières pages du livre avec une franchise désarmante : « A un peu plus de vingt ans j’avais changé de nom devant un tribunal, changé de prénom, transformé mon visage (…) réinventé ma manière de bouger, de marcher, de parler, fait disparaître l’accent du Nord de mon enfance (…) C’est cette histoire-là- cette odyssée- que je voudrais, ici, essayer de raconter. » Le ton est donné, le décor est planté. Au fil de trois cents pages écrites avec le sang, Changer : méthode apparaît comme le récit d’une métamorphose, d’une odyssée à la fois intime et politique d’un homme né dans la fange et se hissant à la seule force du poignet à une forme nouvelle d’existence que la gloire littéraire vient couronner avec éclat.
Ecrivain de la révolte et de l’émancipation
Mais quoi ? demandera-t-on aussitôt. Encore une histoire de miracle ? De happy end à l’eau de rose ? De rédemption façon people ? Certes, la méfiance est de mise et ces questions sont légitimes. Abandonnée des dieux et orpheline des révolutions, notre époque hantée par la résilience fait désormais peser sur les frêles épaules de chaque individu la responsabilité d’assurer son propre salut, de se transformer, de devenir soi-même, selon l’expression consacrée. Deviens ce que tu es ! exhorte une marque de parfum. Parce que je le vaux bien ! renchérit une autre. Fortes de ce seul credo fleurissent aujourd’hui d’innombrables confessions où s’épanche le récit d’une métamorphose de soi qui n’en possède que le nom, d’un affranchissement qui ne dépasse jamais l’épiderme d’un narcissisme blessé. C’est que la liberté est un long combat dont les opérations échappent à notre conscience, une victoire qui ne se proclame pas à coup d’affirmations péremptoires. Surtout quand on apprend que l’auteur n’a que vingt-huit ans ! Mon dieu, comment prétendre raconter une vie à ses balbutiements ?
A certains aveux d’Edouard Louis, au détour de quelques pages un peu complaisantes, on pourrait craindre que l’auteur de Changer : méthode ne succombe à cet air du temps, pactise avec le mythe contemporain de l’émancipation qui se limite si souvent à une cosmétique révolutionnaire. On pense en particulier aux pages où, Rastignac échappé de sa province, Louis part à la conquête de la haute bourgeoisie parisienne et tente de noyer dans les grands crus de Bourgogne, comme dans les eaux troubles d’une vie de gigolo, sa nostalgie de la boue prolétarienne. Splendeur et misère d’un courtisan ! Est-ce de cette manière qu’on s’affranchit de ses origines et qu’on échappe à la Domination sociale : en couchant avec l’ennemi ? Pourtant, en dépit de cette période assez équivoque que l’auteur a le bon goût de ne pas dissimuler, son odyssée personnelle se poursuit avec ferveur, son combat croît en intensité et, serait-on tenté de dire, sa pureté demeure intacte.
De ce combat qui forme le cœur du livre, c’est en relisant En finir avec Eddy Bellegueule qu’on approchera la source, la blessure originelle, pour mieux mesurer combien la croisade d’Edouard Louis s’impose à lui comme un destin inéluctable, combien la naissance de ce second ouvrage se justifie pleinement – c’est le sixième de l’auteur en réalité -, combien surtout ces deux opus forment ensemble un poignant roman d’apprentissage dont la courbe apparaît enfin dans toute sa plénitude. Sorte de Vipère au poing de gauche, le premier livre d’EdouardLouis dénonçait avec force une origine marquée par la pauvreté et la violence, un milieu familial étroit et mortifère, une enfance enlisée dans la solitude et le déni de soi. C’était une première salve, un premier geste de trahison- bien que l’auteur n’apprécie pas ce terme – une première tentative de l’écrivain pour s’arracher à son passé et inaugurer cette parabole de l’invention de soi qui constitue le leitmotiv de toute son œuvre. Avec ce nouveau livre nous voilà maintenant dans le vif du sujet, dans la Force de l’âge eût dit Simone de Beauvoir, c’est-à-dire dans cette phase de l’existence où les vœux de l’enfant s’affrontent pour la première fois à la réalité du monde au risque de s’y fracasser et de devoir renoncer pour toujours à l’ambition de sa révolte. Changer : méthode a-t-il relevé le défi d’En finir avec Eddy Bellegueule ? Tout ce combat de l’écrivain, tout ce chemin, se clôt-il en définitive par une victoire ou une défaite ?
C’est tout le mérite de Changer : méthode de ne pas trancher cette épineuse question, de ne rien dissimuler des paradoxes d’une émancipation, de ne rien taire non plus des impasses auxquelles se heurte quiconque entreprend de s’arracher à son milieu, de se construire soi-même, de se tailler un destin intime et politique. Au fil de ses longues années d’apprentissage marquées par l’ambition scolaire et l’engouement pour le théâtre, l’émancipation intellectuelle et sexuelle, Edouard Louis dresse le portrait d’un homme divisé avec lui-même, prêt à toutes les compromissions et toutes les ruses pour s’affranchir de son passé, au point de se brûler parfois les ailes au soleil de sa propre liberté.
Mais peu importe en définitive. Ce qui fait la force de ce livre, plus encore que les étapes de son cheminement, c’est l’espèce de vitalité désespérée qui s’en dégage et qui confère à chacune de ses pages l’empreinte indélébile de la vérité. Ecrivain de la révolte et de l’émancipation, plus que théoricien de la lutte des classes, Edouard Louis se révèle avant tout dans cette autobiographie un observateur rigoureux de lui-même, un analyste capable de sonder sans faux-semblants les motifs les plus troubles et les plus puissants de sa volonté. En somme, comme disait un vieux moraliste, « tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. » En ces temps de fadeur et de compromis, un témoignage universel.
Titre : Changer : méthode Auteur : Edouard Louis Editeur : Editions du Seuil Parution : 16 septembre 2021.
Ce muscadet est d’une très grande qualité quand on sait que seuls les millésimes les plus qualitatifs sont travaillés et mis en bouteille chez Guilbaud Frèrespour l’appellation Chateau de la Pingossière. Ce Muscadet est une très bonne cuvée à découvrir.
Du Muscadet en majesté
Constitué évidemment de cépage Melon B., ce vin a la spécificité de provenir de vieilles vignes de 55 ans avec un terroir sur un sol silico-schisteux composé plus particulièrement de Gneiss. Ce vin est le résultat d’une sélection des 4 meilleurs hectares situés en haut de colline, dans le Domaine de la Pingossière à Vallet (Capitale du Muscadet). A l’œil, le vin arbore une belle couleur jaune ocre aux reflets verts brillants. Au nez, des notes florales se font sentir avec une touche de pierre à fusil puis des notes de tilleul et menthe verte. En bouche, l’attaque est très ample avec une grande complexité et des saveurs de thé, tilleul séché, rehaussé d’une légère astringence pour prolonger la finale. Le vin est parfait pour accompagner un poulet au curry, un filet de sole grillé ou du fromage de chèvre. Le vin doit être idéalement servi frais entre 10° et 12°C. Pour un tarif de 7,50 euros départ cave, il ne faut pas manquer l’occasion de le déguster!
Publireportage: Natifs d’une longue lignée de vignerons, Edouard et Marcel Guilbaud fondent la maison Guilbaud frères en 1927. Ils s’attachent dès lors à offrir et à garantir la qualité de leur production. Une deuxième puis une troisième générations perpétuent depuis cette noble tâche avec une rigueur attentive dans le souci de la devise familiale : sérieux et tradition. L’implantation privilégiée des vignobles familiaux ainsi que la connaissance intime des terroirs donnent aux vins de la production de Guilbaud Frères une réputation de qualité. Au cœur de la célèbre appellation « Muscadet Sèvre et Maine sur Lie », ces hommes du cru ont réussi à marier harmonieusement le savoir-faire ancestral à la plus haute technicité dans le domaine du vin. Ils mettent toute leur expérience pour juger un vin, le sélectionner, l’élever. Ce savoir-là n’appartient qu’à eux.
Daniel Auteuil est un immense acteur, connu et reconnu pour ses prestations marquantes sur les grands écrans, comme dans Jean de Florette ou Un cœur en hiver, mais aussi un remarquable comédien de théâtre vu notamment dans la pièce Nos femmes en 2013. Il débute maintenant une carrière dans la chanson avec son premier album Si vous m’aviez connu, réalisé par Gaëtan Roussel. A 71 ans, il n’est pas trop tard pour tenter une incursion dans la chanson, douce et mélancolique, comme le montre le premier extrait Si vous m’aviez connu.
De la chanson française douce et mélancolique
Pour ceux qui s’en souviennent, Daniel Auteuil est apparu dans 3 clips, dans L’Homme au bouquet de fleurs de Maxime en 2001, Arigato de Pascal Obispo en 2014 et Je me jette à ton cou de Gaëtan Roussel cette année. La rencontre entre les deux hommes a été fructueuse puisqu’ils ont décidé de continuer leur collaboration musicale dans un album entier. Daniel Auteuil a eu l’envie de mettre en musique des poèmes, sur des textes de Paul-Jean Toulet, Baudelaire, Apollinaire et Alfred de Musset, Gaëtan Roussel a aidé à les arranger avant de les enregistrer. Un spectacle devait avoir lieu en 2020 mais la crise sanitaire que tout le monde connait en a décidé autrement. Déjeuner en l’air a été finalement dévoilé les 13 et 14 juillet 2021 aux Francofolies de La Rochelle. Ce premier album a été enregistré à la guitare qu’il pratique depuis 4 ans et c’est bel et bien Fanny Ardant qui apparait dans le premier clip. Les artistes qui ont influencé le chanteur sont rien de moins que Johnny Hallyday, Claude François et Nougaro. L’acteur a voulu se lancer et son album doux amer pourrait toucher au cœur ses nombreux fans, mais également les fans de chanson française à l’ancienne, avec des beaux textes et des arrangements langoureux.
Les chansons sont douces amères, dans l’air du temps mais aussi dans le sillon d’une chanson française rêveuse et vagabonde. L’album est à écouter ce 17 septembre pour une plongée dans un univers qui pourrait bien offrir quelques surprises.
Lemusée de l’Orangerie met en regard deux peintres majeurs du XXe siècle, Soutine et De Kooning pour des réflexions parallèles sur leurs influences respectives et leurs évolutions. Le peintre de l’École deParis d’origine russe Chaïm Soutine (1893–1943) et le peintre expressionniste abstrait américain d’origine néerlandaise Willem de Kooning (1904-1997) ont beau ne s’être jamais rencontrés, le second a exprimé l’influence majeure du premier sur son oeuvre. Cette exposition est une opportunité unique d’apprécier l’impact de la peinture de Soutine sur la vision picturale du grand peintre américain.
Une exposition à ne pas manquer
Les deux peintres ont cela pour eux qu’il est possible de les identifier dans l’histoire picturale du XXe siècle. Entre Picasso, Matisse, Lucian Feud et Basquiat, Soutine et De Kooning ont exploré des territoires vierges en partant d’influences décisives pour les pousser encore plus loin. La figure d’artiste maudit de Soutine au cœur de la génération des peintres d’après-guerre située à Paris est étroitement liée à l’image de la bohème et des excès de cette petite caste. En parvenant à rendre son œuvre visible aux États-Unis entre les années 1930 et 1950, Soutine a durablement marqué le courant expressionniste abstrait américain. Son décès en 1943 le coupe dans un élan qui aurait pu le mener plus haut. C’est justement Willem de Kooning qui découvre les tableaux de Soutine lors de la rétrospective qui consacre le peintre au Museum of Modern Art de New York en 1950. Tandis que le peintre néerlandais débute son chantier décisif des Woman, entre figuration et abstraction, l’influence de Soutine est prédominante. Il admire également les toiles de Soutine dans les collections de la Fondation Barnes de Philadelphie, pour une empreinte encore plus marquante sur son univers esthétique. Le parcours de l’exposition offre un panorama très large de deux parcours flamboyants et uniques,
L’exposition est organisée conjointement avec la Fondation Barnes de Philadelphie où l’exposition a été présentée entre mars et aout 2021. Cette fondation possède un nombre important d’œuvres de Soutine qui ont été réunies par le docteur Barnes sur les conseils de Paul Guillaume, qui est à l’origine de la collection du musée de l’Orangerie. Un moment artistique majeur de la saison culturelle parisienne.
Le Musée du Luxembourg propose une exposition photographique pour s’immerger dans l’univers et la vision de Vivian Maier du 15 septembre 2021 au 16 janvier 2022. Née en 1926 à New York d’une mère française et d’un père d’ascendance autrichienne, Vivian Maier a exercé la profession de gouvernante tout en se passionnant pour la photographie de rue de manière frénétique pour des instantanés pleins de profondeur. L’exposition s’organise de manière thématique pour relater les capacités prodigieuses de la photographe à saisir l’âme de ses modèles improvisés.
Une oeuvre pleine de sens
Sans avoir revendiqué le statut d’artiste ni avoir voulu abandonner les jeunes enfants dont elle avait la charge, Vivian Maier a livré un regard plein de bienveillance sur ses contemporains mais sans aucun angélisme, à partir de 1951 à New York puis dès 1956 à Chicago. Les individus qui apparaissent sur les clichés d’abord en noir et blanc puis en couleur font voyager dans le temps dans une époque si loin si proche où les hommes portaient chapeaux et cravates, et les femmes des robes bien sages. Vivian Maier n’a pas cherché à prendre de la hauteur, s’immergeant littéralement dans la foule au gré de ses promenades et de ses voyages, au cœur de ses contemporains dans la société américaine d’alors, pour faire apparaitre les mutations en cours, qu’elles soient sociales ou politiques. Le concept de rêve américain est porté bien haut et la modernité empreint le quotidien de tous. A côté de clichés bien connus, l’exposition permet d’admirer également, pour la première fois, des archives inédites de la photographe, découvertes en 2007. Photographies vintages que Vivian Maier a pu tirer elle-même dans des conditions artisanales totales, films super 8 jamais montrés auparavant, enregistrements audio avec des discussions attendrissantes entre elle et ses petits protégés, l’exposition permet de saisir l’épaisseur des intentions de la photographe. Les thèmes abordés dans des thématiques variées comme les autoportraits, portraits, gestes, jeux cinétiques, cinéma, couleurs et formes. Un voyage photographique passionnant.
La commissaire d’exposition et directrice de diChroma photography, Anne Morin, propose un parcours qui ravira les admirateurs d’une oeuvre exigeante et surtout parlante. La proximité avec les modèles et les sujets touche les visiteurs pour un moment de visite des plus immersifs.
[BD] Lettres perdues, petit bijou de Jim Bishop (Glénat)
Paru aujourd’hui, Lettres perdues est un album à ne manquer sous aucun prétexte. Jim Bishop nous livre une partition onirique qui émerveille autant qu’elle émeut. Un chef d’oeuvre porté par un dessin sublime et un scénario d’une grande subtilité.
Dans un monde où les poissons sont dotés de prothèses biomécaniques, se meuvent et conversent comme les Hommes, le jeune Iode attend. Il attend depuis des années que le facteur, poisson clown et vilain farceur de son état, lui livre la lettre que sa maman aviatrice lui a promise après être partie pour un long voyage. Tandis que Frangine tente de livrer un colis suspect à la mafia dirigée par un certain Pieuvre et que, de l’autre côté de Sunnville, l’agent Cycyrêve de l’affaire du siècle pour monter en grade au sein de la police locale. Trois destins qui vont vite se croiser dans une aventure rocambolesque aux multiples rebondissements…
Récit aux multiples facettes, Lettres perdues associe avec maestria le temps de l’action et celui de la contemplation, le ton de l’humour et celui de la mélancolie, la poésie flamboyante et la petite blague de comptoir. Le tout avec une rythmique endiablée. Une atmosphère magique développée au fil d’un dessin envoûtant. L’œuvre de Jim Bishop n’est pas sans rappeler l’univers de Hayao Miyasaki, l’auteur rendant un hommage appuyé au maître des studios Ghibli notamment grâce à la finesse de son trait aux courbes arrondies qui donne à ses personnages tant de malice, mais aussi grâce à des couleurs vives et à un certain art de la mise en mouvement. On a le plaisir d’admirer de superbes planches où les aéronefs viennent tutoyer le bleu azur de l’horizon où ciel et mer viennent se confondre. Un paysage qui charme forcément, comme un Porco Rosso d’aujourd’hui.
Lettres perdues est un véritable petit bijou, concentré de tout ce qui fait la magie d’une aventure.
Extrait de la BD :
Résumé de l’éditeur :
Les aventures corrosives d’Iode à la recherche de sa mère. Comme tous les matins, Iode attend impatiemment cette lettre que le facteur tarde à lui apporter. Surement une blague de ce farceur de poisson-clown qui s’amuse à livrer son courrier aux voisins… Ou peut-être a-t-il simplement été égaré? Il n’y a qu’un seul moyen d’en avoir le coeur net: se rendre en ville. Embarqué dans sa petite auto vert pomme, Iode fait la rencontre de Frangine, une autostoppeuse au caractère bien trempé qui effectue une livraison pour le compte du mystérieux groupe mafieux «la pieuvre». Seulement, lorsque cette dernière décide de lui fausser compagnie, le jeune garçon s’inquiète et décide naïvement de partir à sa recherche. Sans le savoir, Iode vient de mettre les pieds dans une affaire qui le placera au coeur d’un terrible drame.Sur l’île du soleil où poissons et humains cohabitent, mafieux sans vergognes et policiers incompétents sont monnaie courante. Une cavalcade absurde naviguant entre humour, douceur et drame mélancolique. Un premier roman graphique réalisé par un prodige du dessin nourri au travail de Hayao Miyazaki. Un récit où la rondeur du dessin et la beauté irradiante des couleurs forment paradoxalement une oeuvre tragique qui perturbera les âmes les plus sensibles.
Date de parution : le 15 septembre 2021 Auteurs : Bishop Jim Genre : Action, Aventure
Editeur: Glénat Prix : 22 € (200 pages) Acheter sur : BDFugue
L’exposition Un.e Air.e de famille se tient au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis jusqu’au 8 novembre 2021. Elle complète d’autres évènements de la Saison Africa2020, comme évoqué dans un autre article Publik’Art, notamment à Rouen. Cette exposition se concentre sur l’engagement anticolonial des surréalistes, à une époque où cette position était fortement minoritaire avec un contexte d’empire colonial tout puissant. Des pièces provenant d’autres collections du musée (Gavarni, Daumier, Jourdain, Effel) sont mises en regard avec desréalisations artistiques contemporainesde 13 artistes femmes venues d’Afrique et de ses diasporas. Une riche programmation culturel pluridisciplinaire se déroule simultanément pour une réflexion nécessaire sur l’héritage post colonial.
Une exposition qui suscite la réflexion
Le musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint-Denis est, depuis son nom même, un bel hommage aux artistes surréalistes. Il était donc évident que l’étape de la saison Africa2020 consacrée à l’engagement anticolonial de ces artistes se tienne à Saint-Denis. Le parcours riche et foisonnant évite les œillères pour montrer l’esprit d’une époque où les populations d’Afrique et d’Outre-Mer étaient souvent exposées nues, sous des sobriquets peu flatteurs et avec un manque flagrant de considération. Certains documents montrés laissent songeur et le courage pour les montrer force le respect. Car ce n’est pas en se livrant à des autodafés comme actuellement au Canada que les esprit pourront changer. Les documents historiques issus des collections historiques du musée, enrichies de nombreux prêts et des œuvres d’artistes femmes issues du continent africain raisonnent d’une singulière actualité. Les artistes surréalistes connus et reconnus collectionnaient dès les années 20 et 30 des objets d’art extra-occidentaux pour « une primitivité à la fois lointaine et originaire » et aller ainsi au-delà du regard habituel des occidentaux sur ce qui est souvent nommé l’art africain. Le meilleur exemple de cette posture résolument anticolonialiste des surréalistes tient dans cette contre-exposition organisée en 1931 en même temps que se tenait la grande exposition coloniale dans le Bois de Vincennes avec des reconstitutions marquantes, telles le palais d’Angkor. Les tracts montrés n’y vont pas par 4 chemins, exhortant à ne pas visiter l’exposition coloniale officielle. Des documents relatent également des affaires publiques rentrées dans la légende, tel le combat en faveur de la libération d’Henri Martin porté par Eluard et d’autres artistes comme Picasso, Léger et Sartre, dans le sens d’une opposition à la politique coloniale de la France. L’exposition réunit également des oeuvres actuelles d’artistes femmes africaines pour faire entendre leurs voix à travers un large panorama artistique, passant de la peinture au dessin ou à la vidéo et des installations.
Le Musée fait partie des Quartiers Généraux de la Saison Africa2020 et l’exposition est mise en lumière par l’Institut français au titre des focus femmes. Réalisée avec le concours du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, de la Drac Île- de-France et de la Saif et avec le soutien du Comité des mécènes de la Saison Africa2020, l’exposition est à découvrir à Saint-Denis. Quelques rédacteurs ont eu la chance d’écouter les explications éclairantes de la commissaire de l’exposition Anne Yanover, directrice du Musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint-Denis pour l’évidence d’un évènement à ne pas manquer. Farah Clémentine Dramani-Issifou, chercheuse et programmatrice de films indépendants est également commissaire de l’exposition.
Publireportage:
Artistes invitées:
Laeïla Adjovi (Bénin) Eliane Aisso (Bénin) Malala Andrialavidrazana (Madagascar / France) Yto Barrada (Maroc / France / USA) les sœurs Chevalme (France) Nadia Kaabi-Linke (Tunisie / Allemagne) Katia Kameli (Algérie / France) Kapwani Kiwanga (Canada / France / Tanzanie) Tuli Mekondjo (Namibie / Angola) Otobong Nkanga (Nigeria / Belgique) Owanto (Gabon) Thania Petersen (Afrique du Sud) Euridice Zaituna Kala (Mozambique)
Un catalogue d’exposition, publié sous la direction d’Anne Yanover aux éditions Illustria, comprend notamment des textes des deux co-commissaires de l’exposition, des conseillers scientifiques Patrice Allain et Laurence Perrigault (Maîtres de conférences en littérature à l’Université de Nantes) et des entretiens avec les treize artistes contemporaines invitées. 96 pages, 27 x 22 cm, 12 euros
Programmation culturelle: Quartier général de la Saison Africa2020, le musée propose une très riche programmation pluridisciplinaire, dans l’esprit d’un « petit centre culturel panafricain temporaire » : performances, rencontres, ateliers slam, workshops avec des artistes, ateliers podcast, siestes musicales, conférence et dj set sur l’histoire du raï, ciné-débats, ciné-goûters pour enfants, balades-ateliers en familles ou encore colloque international.
Saison Africa2020: Initiée par Emmanuel Macron, le Président de la République française, et développée sous le commissariat général de N’Goné Fall, la Saison Africa2020 (initialement prévue de juin à décembre 2020) se déroule sur tout le territoire français (métropole et territoires ultra-marins) de décembre 2020 à septembre 2021. Plusieurs évènements ont eu lieu au format numérique depuis le mois de décembre. Dédiée aux 54 États du continent africain, la Saison Africa2020 est un projet hors normes. Conçue autour des grands défis du XXIème siècle, elle présente les points de vue de la société civile africaine, du continent et de sa diaspora récente. Africa2020 est la caisse de résonance de ces agents du changement qui impactent les sociétés contemporaines. www.saisonafrica2020.com.fr @SaisonAfrica2020
Musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint-Denis À Saint-Denis, entre la basilique et le Stade de France, le musée d’art et d’histoire Paul Eluard vous accueille pour une visite insolite dans le cadre plein de charme d’un carmel du XVIIème siècle. Primé pour la qualité de ses aménagements (Prix Européen des musées), le musée abrite des collections uniques consacrées notamment à l’archéologie médiévale, à la Commune de Paris de 1871, à Paul Eluard et ses amis artistes (Picasso, Ernst, Man Ray, Léger) et à l’évolution du territoire (Corot, Caillebotte, Christofle, Legras). Il a reçu en 2019 le Premier Prix Osez le musée, décerné à l’unanimité par le Ministère de la Culture, pour l’exemplarité de sa politique envers tous les publics.
Iphigénie : figure crépusculaire et bouleversante, sous le regard inspiré de Krzysztof Warlikowski
Confronté à la tragédie grecque, le metteur en scène Krzysztof Warlikowski, en quête de réalisme, offre une relecture contemporaine du mythe et nous livre une Iphigénie bouleversante.
En figurant l’héroïne pensionnaire d’une maison de retraite, hantée par son passé, Warlikowski scrute, sans relâche, une mémoire crépusculaire dont les réminiscences, à l’instar des tourments qui l’assaillent, n’en sont que plus perturbantes, entre remémoration et hallucinations ? Un coup de maître.
Iphigénie est donc aux prises avec ses souvenirs et ses démons : héritière de la malédiction des Atrides, sauvée in extremis par la Déesse Diane, quand son père Agamemnon voulut la sacrifier pour adoucir la colère des Dieux, et que transportée par Diane en Tauride (l’actuelle Crimée), elle en fait sa prêtresse, chargée d’exécuter tous les étrangers qui entrent sur les terres du roi Thoas.
Là où des années plus tard, elle y retrouvera son frère Oreste et son ami Pylade, confrontée dès lors au dilemme du choix sacrificiel et par la même à cette répétition des crimes qui marque à jamais sa lignée (meurtres d’Agamemnon par Clytemnestre, de Clytemnestre par Oreste et enfin d’Oreste par Iphigénie qui sera interrompu à temps).
Et pour installer cette figure tutélaire symbole de toutes les femmes qui, au cours du XXe siècle ont vécu les pires horreurs, le metteur en scène crée avec la décoratrice Małgorzata Szczęśniak, un espace éclaté, d’une grande maitrise formelle, propice au découpage temporel et au déploiement d’un paysage mental aussi fragile que traumatique.
Où les décors, les lumières, la vidéo et les costumes convoquent à la perfection des images ultra-réalistes, en projection totale avec cette histoire de violence et son introspection.
Un coup de maître […]
A l’abri d’un immense miroir sans tain installé sur la scène qui laissera voir le plateau en plusieurs lieux (la salle commune avec ses pensionnaires, une chambrée, un couloir de douches) ou bien reflètera aux spectateurs leurs propres images, déferle en visions kaléidoscopiques le passé d’une vieille femme et les chapitres d’une famille maudite, aux prises avec la violence, le pouvoir, la culpabilité, le sacrifice, et le remords.
[…] une Iphigénie bouleversante […]
Le tout emmené par une distribution, des chœurs, au diapason ainsi qu’une direction d’acteurs/chanteurs qui excelle. Où chaque geste/vocalise s’empare du drame, l’explore et le révèle sur la trame musicale ardente, contrastée, du chef d’œuvre de Gluck, dont l’architecture se dévoile puissamment sous la direction de Thomas Hengelbrock. Du grand art. Bravo.
Dates : du 14 septembre au 2 octobre 2021 l Lieu : Palais Garnier (Paris) Metteur en scène : Krzysztof Warlikowski