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Un ouvrage pour les passionnés de cinéma, consacré à Henri-François Imbert dans libre cours de Raphaëlle Pireyre et Quentin Mével aux éditions Playlist Society

Libre cours
Libre cours, Henri-François Imbert, éditions Playlist Society

Un ouvrage pour les passionnés de cinéma, consacré à Henri-François Imbert dans libre cours de Raphaëlle Pireyre et Quentin Mével aux éditions Playlist Society

 

Je l’avoue sans complexes le nom de Henri-François Imbert ne me disait pas grand chose. Le métier de chroniqueur a donc du bon quand la possibilité est donnée de lire un ouvrage consacré à un réalisateur dont la démarche personnelle l’a amené à se lancer dans l’art cinématographique via un parcours iconoclaste. De son premier appareil super 8 possédé en 1987 à l’âge de 20 ans jusqu’à la réalisation de films aux airs naturalistes très appuyés, le cinéma de Henri-François Imbert se base invariablement sur le réel. Le réalisateur creuse, décortique pour des films a priori assez  confidentiels mais qui méritent le visionnage.

Une oeuvre intimiste

L’essai rédigé par Raphaëlle Pireyre et Quentin Mével fait apparaitre un cinéma entre artisanat et intentions poétiques qui vise à la sincérité d’un réel sans fard. L’essai initial donne des pistes de lecture pour rentrer dans une oeuvre cinématographique relativement secrète. Sans avoir vu aucun des films du réalisateur, la lecture de l’essai se rapproche de celle d’un roman, avec des adjectifs qui donnent envie de se lancer. Nostalgie, hospitalité, famille, la lecture donne une impression de cinéma universel et fraternel. Le réalisateur en parle lui-même avec un luxe de détails et de confidences dans l’interview qui suit, retraçant l’histoire des rencontres et des influences qui l’ont façonné. Il est question d’instinct et de ressenti lorsque le réalisateur retrace la genèse de chacun de ses films. André Robillard, l’Irlande du Nord, Doulaye, No Pasaran, Henri-François Imbert raconte son oeuvre et se raconte en choisissant ses mots avec un luxe de précision. Il a toujours suivi son instinct et cela se sent à la lecture. Pas de hasard, à peine des coïncidences, surtout l’envie de mettre sur la pellicule des récits qui lui tiennent à coeur.

Les 136 pages de l’ouvrage font rentrer le lecteur dans un univers très personnel où les choix de sujets se font au détour des rencontres avec toujours la volonté de coller au réel. La lecture donne surtout envie de découvrir des films peu connus mais qui n’attendent que d’être découverts.

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Libre cours
Libre cours, Henri-François Imbert, éditions Playlist Society

De Sur la plage de Belfast au Temps des amoureuses, le cinéma d’Henri-François Imbert propose, loin des agitations et du rythme frénétique des médias, une poétique de l’image. Par sa réflexion sur le cinéma comme outil de mise en relation des êtres, des choses et des temporalités, il pose sans cesse la question : qu’est-ce-que faire partie de ce monde ? Un film d’Henri-François Imbert est comme un cours d’eau qui se fraye un passage entre les éléments du paysage, contourne certains d’entre eux pour mieux nous les signaler, et garde indéfectiblement le cap vers l’expérience de la relation à l’autre. Composé d’un essai et d’un entretien, Henri‑François Imbert, libre cours parcourt la filmographie d’un orfèvre qui par sa patience impose une vision unique du cinéma

Date de parution : le 26 octobre 2018
Auteur : Raphaëlle Pireyre et Quentin Mével
Editeur : Playlist Society
Prix : 8 € (136 pages)
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Objet trouvé, un excellent fantasme de Matthias Jambon-Puillet (Anne Carrière)

Matthias Jambon-Puillet

Objet trouvé, un excellent fantasme de Matthias Jambon-Puillet (Anne Carrière)

Matthias jambon-Puillet a toujours écrit, depuis sa plus tendre enfance. Mais Objet trouvé est son premier roman publié. Un roman original qui perturbe, qui trouble, qui ne laissera personne indifférent, et encore moins les Lyonnais !

Un couple normal

Marc et Nadège sont fiancés. Ils s’aiment. Elle attend un enfant de Marc. Il décide donc de la demander en mariage. C’est normal. C’est dans l’ordre des choses. Il ne se pose même pas la question. C’est ainsi. C’est ce qu’on attend de lui. Et puis, Marc disparaît le soir de son enterrement de vie de garçon. Il disparaît totalement, laissant Nadège dans le plus grand dénuement et le plus grand malheur. Finalement, elle arrive à s’en sortir, accouche seule et rencontre Antoine avec qui elle vit depuis un peu plus de deux ans. Avec le fils de Marc, Enzo. C’est alors qu’on lui apprend qu’on a retrouvé Marc. Il est vivant, hospitalisé. Elle décide d’aller le voir…

Qui est Marc ?

Quand les pompiers ont retrouvé Marc, il était dans un appartement, dans un sale état. Nu, dans la salle de bain, les mains menottées dans le dos, complètement déshydraté. Mais le plus grave se passe dans une autre pièce où on retrouve une femme, morte, entièrement gainée de cuir. Le livre commence ainsi. L’intrigue est lourde de sous-entendus, et empli de suspense. Qui est Marc ? Et surtout qui est cette femme ?

Analyse de relations BDSM

Vous ne connaissez pas le BDSM ? BDSM : Bondage, Discipline, Sado-Masochisme. Matthias Jambon-Puillet non plus n’y connaissait rien. Mais il a fait des recherches, très poussées. Sur Lyon. Et quand le lecteur se plonge dans Objet trouvé, il ne le lâche plus tellement il est bouleversé par cette expérience de BDSM. Ressenti comme du vécu ! L’auteur n’a pas peur de s’enfoncer tout seul dans son délire. Il nous y entraine, sachant très bien que la plupart de ses lecteurs vont en sortir horrifiés. Certes, mais en même temps, intrigués. Obligatoirement intrigués. Et jamais indifférents !

Remise en cause de l’ordre social

Si Objet trouvé nous intrigue autant c’est parce qu’il ose montrer une autre façon d’aimer que celle inculquée depuis notre plus tendre enfance. Marc se trouve sous l’emprise totale de Sabrina. Une relation à l’encontre de notre bonne morale. Quand il la perd, il est lui-même perdu. Il n’a plus d’identité masculine, plus de désir, plus de sexualité. A la limite, il n’existe plus en-dehors de Sabrina, qui l’a réduit à l’état d’objet. Et quand Nadège le retrouve, elle n’arrive pas à le « capturer » à nouveau. Il semble très loin de ses envies à elle.

Objet trouvé est percutant, hors norme. Matthias Jambon-Puillet dévoile des formes de sexualité qui existent, qui se vivent, et qui font peur. Une jolie façon de s’interroger sur la place de l’homme aujourd’hui, dans un couple. Et le sexualité sous toutes ses formes…

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Le soir de son enterrement de vie de garçon, Marc disparait, laissant seule sa fiancée, Nadège, enceinte de leur premier enfant. Trois ans plus tard, alors que Nadège a refait sa vie, on retrouve Marc : nu, dans une salle de bain, bras menottés dans le dos. Dans la pièce voisine, quelqu’un est mort – une femme gainée de cuir. Qui était-elle ? Que s’est-il passé durant ces années ? Et, surtout, quel futur pour Marc et Nadège ?
Derrière l’énigme apparente se cache une histoire simple qu’il faut reconstituer, celle de trois personnes qui se cherchent, se frôlent, et doivent choisir comment mener leur vie.
Dans ce roman, Matthias Jambon-Puillet donne à voir un triangle amoureux atypique, qui trouve sa réalisation dans l’exploration des sexualités alternatives. C’est aussi, en filigrane, une réflexion sur la masculinité, l’engagement et la quête de la jouissance.

Date de parution : le 23 août 2017
Auteur : Matthias Jambon-Puillet
Editeur : Anne Carrière
Prix : 18 € (200 pages)
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Une prière avant l’aube, la repentance viscérale de Sauvaire sort en DVD.

Joe Cole s’offre une prestation dantesque dans un huis-clos carcéral tristement réaliste.

Une prière avant l’aube, puissant thriller carcéral sur la perte de repère, sort en DVD/Blu-Ray/VOD.

Jean-Stéphane Sauvaire avait ouvert les hostilités avec très réussi et implacable Johnny Mad Dog, un premier film sur les enfants soldats en Afrique installant une signature propre à la croisée du cinéma et du documentaire. Quasiment une décennie plus tard, c’est dans les prisons d’une Thaïlande surpeuplée et gangrénée par la pègre qu’il installe ses caméras au plus proche de ses protagonistes, de vrais prisonniers. Au milieu d’eux, il y a l’exotique Joe Cole. Roux, peau laiteuse, répondant au nom très européen de Billy Moore, soit la définition de l’exotisme quand 99% de tes codétenus sont thaïlandais. Dans un pays où la débrouille et la magouille a pignon sur rue, il est un sujet avec lequel la justice ne rigole pas : la drogue dure. Ecroué sans ménagement et sans sous-titrage pour possession d’arme et autres délicatesses illégales, l’apprenti boxeur se retrouve immergé au milieu de la cage au requin. Et quelle cage !

Une prière avant l’aube installe définitivement Sauvaire comme l’un des réalisateurs français les plus excitant du moment.

Sauvaire, dans la droite lignée de son premier film, nous enferme avec Billy. L’expérience est intense. Peu de ciel, beaucoup de barreaux, de grilles et de corps. Le premier plan dévoilant ce tapis de corps somnolant, l’haleine des uns dans celui des autres, imprimera certainement votre rétine. Le cinéaste Français porte ses caméras au plus prêt des corps, faisant ressentir la moiteur et la douleur de ses personnages. Surtout quand Billy se décide pour un repentir tendance mystique pour échapper à ses addictions. Ou surtout pour les déplacer. La boxe thaï, sa passion. Joe Cole incarne à la perfection ce corps meurtri et endolori, pourtant si jeune. On vibre littéralement pour ses moindres gestes. De son évolution dans un univers dont il ne maitrise ni la langue, ni le langage, à ses coups de pieds dévastateurs qui l’emmènent irrémédiablement vers sa perte. Comme pour les enfants soldats, le passage à la vie d’adulte de Billy est une épreuve de feu et de fraternité dont personne ne pourra sortir indemne. Surtout pas nous.

Une prière avant l’aube sort le 7 novembre en DVD, Blu-Ray et VOD. Une immersion renversante sur la perte totale de repère d’un jeune occidental dans la jungle des prisons thaïlandaises. Une expérience viscérale. En bonus, un échange de 40 minutes très intéressant sur leur vision du cinéma entre Jean-Stéphane Sauvaire et Gaspar Noé.

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L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l’autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste.

 

Sortie DVD : le 7 novembre 2018
Durée : 1h57
Réalisateur : Jean-Stéphane Sauvaire
Avec : Joe Cole, Pornchanok Mabklang, Vitaya Pansringarm, Panya Yimmumphai,
Genre : Thriller
Distributeur : Wild Bunch
Prix : à partir de 20 € (Blu-ray)
Acheter : sur fnac.com

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https://www.youtube.com/watch?v=jtAeru_JyZ8

Capucine la coquine, un super nouvel album des Drôles de Petites Bêtes (Gallimard Jeunesse)

Gallimard Jeunesse Giboulées

Capucine la coquine, un super nouvel album des Drôles de Petites Bêtes (Gallimard Jeunesse)

Publik’Art est fan de cette fantastique et énorme collection Drôles de Petites Bêtes ! Et Capucine la coquine ne fait que confirmer cette histoire d’amour ! Un bel album cartonné qui saura ravir petits et grands !

Capucine est une jolie petite abeille qui butine des capucines, bien sûr ! Elle a eu une petite queue sur le haut de la tête et l’air malicieux. Un beau jour, elle décide d’aller s’aventurer vers les marguerites et d’en effeuiller une. Est-elle amoureuse, Capucine ?

Pour ne pas se faire gronder par la butineuse en chef, Capucine décide de quitter le jardin. Elle aime la liberté Capucine ! Elle aime l’aventure ! C’est alors qu’une abeille sauvage lui signifie son mécontentement. Elle est sur sa fleur ! Capucine se fait déloger par toute une tribu d’abeilles sauvages qui vont la retenir prisonnière. Capucine regrette tellement ses soeurs, sa ruche, ses fleurs… C’est alors qu’apparaît un ours…

Les dessins d’Antoon Krings, aux couleurs chatoyantes, sont tout simplement charmants ! On ne s’en lasse jamais ! Pas besoin de savoir lire pour comprendre l’histoire. Mais si votre enfant commence à lire, alors, il saura se régaler avec le texte de Capucine la coquine, à la fois facile à lire, tout en étant riche en vocabulaire. Avec une belle morale ! Une belle idée pour le Père Noël !

Page de l’éditeur :

Grondée une fois de plus par la butineuse en chef, Capucine décide de s’enfuir du jardin. Curieuse de découvrir le bois fleuri, elle y trouve des fleurs d’une étrange beauté. Mais elle n’est pas au bout de ses surprises ! Un essaim d’abeilles sauvages déloge l’intruse et la fait prisonnière ! Par chance, un ours mal léché, mais par l’odeur du miel alléché, vient à passer… La petite coquine retrouvera-t-elle sa liberté et ses capucines ?

Date de parution : le 25 octobre 2018
Auteur : Antoon Krings
Editeur : Gallimard
Prix : 6,20 € (30 pages)
Acheter : Amazon

Leurs enfants après eux, le Prix Goncourt décerné à Nicolas Mathieu (Actes Sud)

Nicolas Mathieu

Leurs enfants après eux, le Prix Goncourt décerné à Nicolas Mathieu (Actes Sud)

Publikart vient d’apprendre que Nicolas Mathieu vient d’être le grand gagnant du Prix Goncourt 2018 avec son deuxième roman : Leurs enfants après eux. Une magnifique nouvelle !

Voilà la chronique de Publik’Art publiée en octobre 2018 :

La vie dans les années 90 dans l’Est

C’est l’histoire d’ados que l’on va suivre durant quatre étés. De 1992 à 1998. Anthony a quatorze ans en 1992. Il passe tout son temps avec son cousin. Ils connaissent tout le monde à Heillange. Une ville quelque part dans l’Est de la France, qui ressemblerait fort à Hayange… Une ville où les hauts-fourneaux ne fonctionnent plus depuis longtemps, où le travail se fait rare. Et à travers ces ados, l’auteur décrit parfaitement la vie dans cette petite ville, qui n’est ni une cité, ni un village, mais une ville moyenne, avec ses zones commerciales, ses pavillons, et ses fêtes foraines. Sans oublier le bal du 14 juillet. Bien sûr, Anthony est « travaillé » par les filles. Et son rêve est de coucher avec Steph, la petite bourgeoise d’Heillange.

Les études, la drogue et le sexe.

Quand on est ado et qu’on habite une ville comme Heillange, on n’a qu’un rêve : la quitter et si possible « monter » à Paris. Pour cela, il faut s’en donner les moyens et réussir dans les études.

Nicolas Mathieu décrit parfaitement la vie au quotidien de ses jeunes ados un peu désœuvrés. Les bêtises fusent. L’alcool coule à flot, la drogue circule. Certains dealent et deviennent très riches. D’autres se retrouvent en prison. et tous ont envie de découvrir le sexe et l’amour.

A travers ce livre, Leurs enfants après eux, le lecteur n’a aucune nostalgie de ce temps-là. Leur vie ne donne pas envie. Ils se sentent oubliés du système, perdus, non reconnus. La vie de leurs parents a été toujours difficile. Ils ont payé toute leur vie le crédit pour leur petit pavillon. Et n’ont jamais profité de rien. Et leurs enfants ne veulent surtout pas de cette vie-là. Tout sauf la vie de leurs parents qui leur paraît dérisoire et sans intérêt. Eux, flambent, veulent de l’argent, vite, très vite. Et puis, le temps passe. Leurs « conneries  » diminuent.

Le vol de la moto

Hacine vole la moto d’Anthony, un soir de fête. Le problème est que cette moto est celle de son père et qu’il n’avait pas le droit de la prendre. A partir de là, tout dégénère dans la famille d’Anthony, et ce, pour des années. Jusqu’à la dernière page, on ne sait pas comment ça va tourner. Car même si les garçons se sont assagis avec les années, ils réagissent au quart de tour quand il s’agit de moto ou de fille !

Nicolas Mathieu parle sûrement de ce qu’il a connu dans son adolescence. C’est à la fois une bonne étude sociologique des années 90 et un bon rendu de la vie au quotidien pour des citoyens de cette France de l’entre-deux. L’auteur nous amène jusqu’à la coupe du Monde 98, époque où les téléphones portables étaient inexistants ainsi qu’Internet ! Une époque qui paraît à des années-lumière de la nôtre !

Toutes nos félicitations à Nicolas Mathieu !

Une analyse pleine de sens de l’oeuvre du réalisateur Pierre Salvadori dans l’essai le prix de la comédie

Pierre Salvadori, le prix de la comédie
Pierre Salvadori, le prix de la comédie, livre de Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat, éditions Playlist Society

Une analyse pleine de sens de l’oeuvre du réalisateur Pierre Salvadori dans l’essai le prix de la comédie

Alors qu’est sorti sur les écrans son dernier long métrage En liberté! les éditions Playlist Society s’intéressent au réalisateur Pierre Salvadori avec un essai et un entretien pour revisiter une oeuvre qui s’inscrit dans la glorieuse ascendance d’autres réalisateurs exigeants en matière d’humour et de peinture sociale. Avec des personnages hors de la norme voire complètement à la marge comme dans Hors de prix ou  Après vous, Pierre Salvadori creuse le sillon d’une description sans concession de notre monde moderne, où il faut soit s’insérer à tout prix soit s’accommoder de sa différence, avec plus ou moins de réussite.

Une oeuvre sporadique et singulière

Avec 11 films seulement depuis 1993, Pierre Salvadori sait se faire attendre entre chacun de ses films. Pour des histoires vraiment originales et plus douces amères que vraiment et ouvertement comiques. La mélancolie est la règle, loin de l’humour simplement potache et désopilant. Certains des héros savent très bien profiter du monde capitaliste moderne ou au contraire ne savent pas du tout se débrouiller, les premiers essayent d’inculquer les règles au second qui montrent au premier la vacuité du monde dans lequel ils évoluent. Et à la fin, c’est l’amour ou l’amitié qui gagne. Le cinéma de Pierre Salvadori est un monde de faux semblants avec des miroirs qui renvoient une image biaisée de la réalité. Et à la fin, les apparences trompeuses volent en éclat pour le choix de la réalité humaniste et non pas simplement matérialiste. Dans l’entretien qui suit l’analyse, le réalisateur donne des clés très cinématographiques à son oeuvre, invoquant Resnais ou Scorsese à l’occasion. Le réalisateur n’oublie pas les impératifs économiques inhérents à la production cinématographique, privilégiant tout de même une vision personnelle le faisant se démarquer quelque peu de ses contemporains. Dans un monde de la comédie française où les ambitions sont trop souvent en berne pour des résultats trop souvent décevants, Pierre Salvadori se démarque avec une vraie réflexion sur le monde qui nous entoure, jusqu’à renvoyer une image du monde que chacun pourra reconnaitre.

Le prix de la comédie est un essai surprenant. Car qui aurait pensé à se concentrer sur ce réalisateur pas vraiment people et bien moins connu que certains de ses contemporains? Mais au fil des pages, une vraie ambition cinématographique se dessine, donnant envie de revoir ses films sous l’aune de cette relecture étonnante. Avec toujours un minimum de pages (144!) pour un maximum d’informations qui fait la marque des éditions Playlist Society. Alors pourquoi hésiter à ne pas se lancer dans une lecture aussi enrichissante qu’épatante? Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat ont fait un travail vraiment sérieux et fouillé, car inattendu et enrichissant.

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Pierre Salvadori, le prix de la comédie
Pierre Salvadori, le prix de la comédie, livre de Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat, éditions Playlist Society

Réalisateur de longs métrages à la fois burlesques, mélancoliques et touchants (Les Apprentis, Hors de prix, Dans la cour, En liberté !…), Pierre Salvadori pourrait bien être l’héritier français de l’âge d’or des comédies américaines, celles d’Ernst Lubitsch et de Blake Edwards. Ses protagonistes, qu’ils vivent en marge de la société ou soient lestés par leurs traumatismes passés, cherchent sans cesse des voies pour s’en sortir, faisant de sa filmographie un guide de survie dans le monde moderne. Composé d’un essai et d’un entretien, c’est ce mélange de douceur et de violence, porté par une éthique de la mise en scène à la générosité rare dans le cinéma français, qu’explore Pierre Salvadori, le prix de la comédie.

Date de parution : le 23 août 2017
Auteur : Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat
Editeur : Playlist Society
Prix : 8 € (144 pages)
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My Absolute Darling, l’horreur d’un inceste (Audible)

My Absolute Darling, l’horreur d’un inceste (Audible)

Gabriel Tallent nous livre son premier roman, My Absolute Darling, non sans frémissement ! C’est à la fois une histoire d’amour entre un père et sa fille mais aussi une relation perverse et tyrannique du père envers sa fille. Un roman noir et stressant, lu avec brio par Alex McKenna

Qui est Turtle ?

Julia est une jeune fille adolescente, de 14 ans. Mais à la maison, on l’appelle Turtle ou Croquette. Son père l’appelle ainsi. Elle vit seule avec lui depuis la mort de sa mère. Le matin au petit déjeuner, elle gobe des œufs. Et envoie une bière à son père. Une drôle de vie. Julia va à l’école mais ne s’y sent pas à l’aise. Elle redoute les exercices de vocabulaire. Elle ne comprend pas ce qu’on lui demande. Anna, son professeur s’inquiète pour elle.Mais Julia ne veut rien expliquer. Elle n’arrive pas à se faire d’ami. Sa vie familiale est bien trop différente de celle des autres. Et elle ne peut rien dire, à personne. Elle ne veut rien dire.

Les rapports père-fille

Martin, son père, adore sa fille. Il lui dit qu’il est son amour absolu. Mais dans la minute suivante, il peut la traiter de « connasse » et « d’incapable » et de « minable » ou encore « de pauvre petite moule illettrée ». Il l’a fait souffrir, de façon inhumaine, la viole régulièrement et la traite moins bien qu’une bête. On pense à la scène où il oblige sa fille à se pendre à une poutre et lui fait faire des tractions avec un couteau qu’il met entre ses jambes et qui la blesse à chaque fois si elle se relâche un peu… Une scène horrible et insupportable. Mais dans le fond, Turtle aime son père, elle lui trouve toutes les excuses possibles face à sa violence. Turtle se déteste. Elle lui demande pardon. Elle est terrorisée, essaie de se protéger et fait régulièrement des fugues. Un jour, lors d’une de ses fugues, elle rencontre deux jeunes adolescents, Jacob et Brett. Avec eux, Julia va se rendre compte qu’elle ne peut pas continuer à vivre ainsi.

Désir de survivre

Julia sent toute la haine de son père à son égard mais aussi tout l’amour qu’il lui porte. Ses deux sentiments contradictoires perturbent profondément Turtle. Elle ne sait que faire. Elle aime son père et en même temps, elle veut le tuer. Elle se réfugie dans la forêt, la nature qu’elle adore et qui lui permet de se ressourcer. Un jour, elle sauve Jacob de la noyade, risquant elle-même de se noyer. Cela va créer un lien entre eux. Jacob ne l’oubliera jamais alors que Turtle fait tout pour que Jacob ne s’occupe plus d’elle. Elle redoute le pire pour Jacob.

La peur du père

Un jour, son père l’abandonne. Julia se retrouve toute seule dans cette maison lugubre, avec son couteau, celui que lui a offert son grand-père, et son pistolet. Elle ne le quitte pas, son pistolet. Elle passe son temps à le lustrer et à tirer pour s’entrainer…

Et puis, un beau jour, son père revient. Avec Cayenne, une petite fille de dix ans. Mais qui est Cayenne ? Qu’a fait Martin à Cayenne ? De nouveau, Martin abuse de sa fille et menace de tuer Jacob s’il ose s’aventurer autour de la maison. Car Jacob s’inquiète pour Julia. Qu’arrivera-t-il à Jacob, à Julia, à Cayenne ?

Gabriel Tallent n’a pas peur de scènes dures et violentes, presque insupportables à écouter. On a envie d’accélérer la lecture lors de scènes de tortures détaillées de façon bien noire. On souffre en même temps que Turtle et on espère qu’à chaque « attaque », elle s’en sortira. Elle a une capacité étonnante de réflexion et de résilience… Une enfant avec une réflexion d’adulte… A la fois innocente et forte. Violée mais toujours digne, massacrée mais toujours debout, adversaire et responsable malgré l’emprise toxique du père et la douleur quasi permanente qu’elle endure.

My Absolute Darling, un livre à écouter en ayant la tête vide car la tension est présente durant toute la lecture, jusqu’à la toute dernière minute ! Un très bon roman… noir qui a fait partie de la sélection du Prix Fémina 2018.

Accédez au livre audio : My Absolute Darling

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My Absolute Darling

Winner of Audible’s 2017 Editors’ Pick Award

A brilliant and immersive, all-consuming listen about one 14-year-old girl’s heart-stopping fight for her own soul.

‘You think you’re invincible. You think you won’t ever miss. We need to put the fear on you. You need to surrender yourself to death before you ever begin and accept your life as a state of grace, and then and only then will you be good enough.’

At 14, Turtle Alveston knows the use of every gun on her wall;
that chaos is coming and only the strong will survive it;
that her daddy loves her more than anything else in this world.
And he’ll do whatever it takes to keep her with him.

She doesn’t know why she feels so different from the other girls at school;
why the line between love and pain can be so hard to see;
why making a friend may be the bravest and most terrifying thing she has ever done;
and what her daddy will do when he finds out….

Sometimes strength is not the same as courage.
Sometimes leaving is not the only way to escape.
Sometimes surviving isn’t enough.

©2017 Gabriel Tallent (P)2017 Random House Audio

Date de parution : le 29 août 2017
Auteur : Gabriel Tallent
Lu par : Alex McKenna
Durée : 15 h et 47 mn
Acheter sur : Audible

Un thriller palpitant à découvrir avec C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciennes, de Carole Arribat

C'est à la fin du bal qu'on paie les musiciennes
C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciennes, Carole Arribat, Librinova

Un thriller palpitant à découvrir avec C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciennes, de Carole Arribat

En matière de thriller, Carole Arribat sait tenir en haleine tout au long d’un récit bref et percutant. Impossible de lâcher le bouquin sans connaitre le fin mot de l’histoire tout en surprise et en rebondissement. Les personnages de C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciennes ne sont pas ce qu’ils semblent, ils ont chacun une histoire qui se dévoile peu à peu jusqu’à ce que les pièces du puzzle soient finalement assemblées… à la toute dernière page… comme un point final à un cauchemar qui n’a pas la même saveur pour tout le monde…

Une histoire de blessures secrètes

Le récit débute sur un lit d’hôpital, un personnage se réveille sans savoir ce qui l’a amené là. Au fil de pensées rythmées par des heures qui se répètent inlassablement, une enfance difficile se révèle jusqu’à découvrir le personnage adulte. Sympathie et antipathie se mélangent dans un récit de personnage moderne, ni tout à fait noir, ni tout à fait blanc, pas complètement condamnable mais pas loin de mériter ce qu’il lui arrive. Carole Arribat fait avancer son récit à pas de velours avec des petits paragraphes qui se lisent nonchalamment, sans se presser mais avec un rythme qui s’accélère imperceptiblement au fil des 127 pages. Si vous aimez Harlan Coben ou Mary Higgins Clark, ce style de récit tout en tension vous séduira. L’écriture est vive, remplie de détails mais sans fioriture inutile, les adeptes du straight to the point seront comblés avec ce sentiment que rien d’inutile ne perturbe le récit, pas de digressions gratuites ni de détours gratuitement sinueux. Chaque mot a son importance, chaque détail qui n’en est finalement pas un. Après ses deux premiers ouvrages Si seule…ment et Le Complexe de la fourmi, l’auteure creuse le sillon de sa vocation littéraire pour un roman prévu pour le 9 novembre dans un total home-made qui force le respect.

Couverture, vidéo promotionnelle, écriture, enthousiasme, tout est l’oeuvre d’une auteure à découvrir pour un moment de lecture aussi trépident que glacial, personne ne voudrait se retrouver à la place du personnage principal, de quoi donner envie de faire le bien autour de soi pour ne pas subir les foudres vengeresses d’autres personnages malencontrueusement roulés dans la farine… Une vraie parabole humaniste qui rappelle l’adage ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’ils te fassent… sous peine de connaitre quelques menus désagréments!

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C'est à la fin du bal qu'on paie les musiciennes
C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciennes, Carole Arribat, Librinova

Imaginez-vous sur un lit d’hôpital. Totalement immobile. La connexion avec le monde extérieur est inexistante. Que faites-vous ici ? Comment avez-vous atterri dans cette chambre ? Aucun souvenir ! Comme seul repère : une heure, ou plutôt des heures qui reviennent inlassablement, comme des signaux à votre inconscient, impossibles à déchiffrer. Quels seraient vos souvenirs ? À quoi penseriez vous en premier ? À quoi se raccrocher quand plus rien ne semble avoir de sens ? Et si la roue avait tourné et que votre passé se jouait de vous ?

Date de parution : le 9 novembre 2018
Auteur : Carole Arribat
Editeur : Librinova
Prix : 14,9 € (127 pages)
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Minuit vingt, un roman brésilien de Daniel Galera (Albin Michel)

Daniel Galera

Minuit vingt, un roman brésilien de Daniel Galera (Albin Michel)

Daniel Galera est un jeune écrivain brésilien, très connu et renommé dans son pays. Et très apprécié. Minuit vingt est son troisième roman. Minuit vingt raconte la vie de trois amis qui se retrouvent plus de vingt ans après l’époque de leurs études !

Fin des années 1990

Nous sommes à Porto Alegre, il fait très chaud et nous sommes à l’enterrement d’Andrei, surnommé Duc. Duc a été assassiné alors qu’il avait trente-six ans. D’une façon stupide. Pour un vol de portable. Trois de ses amis se retrouvent à cette occasion. A un cimetière juif.

Qui était Duc ?

Duc était un homme secret. Un grand écrivain. Mais il ne se confiait à personne. Et voilà qu’il meurt jeune, de façon stupide et prématurée. Cela va marquer ses trois amis qui, ensemble, se remémorent leur passé commun. L’époque des années 90 où ils faisaient la fête ensemble, ils avaient vingt ans. Ensemble, ils avaient créé un célèbre fanzine numérique. Ils adoraient écrire ensemble. Et surtout ils avaient passé le réveillon de 1999 ensemble… Changement de millénaire…

Chacun sa vie, chacun son évolution

Et chacun ses réseaux sociaux sur le Net. Andrei avait laissé un testament au cas où il lui arriverait quelque chose, et avait demandé à sa compagne qu’elle supprime tous les sites où il avait écrit la moindre ligne. En lui communiquant tous ses mots de passe. Il ne voulait laisser aucune trace de lui sur le Net. Et pour Francine, la compagne de Duc, rien ne fut aisé. L’auteur parle de cette nouvelle génération qui a grandi avec l’évolution numérique. « La révolution du Web ». Des relations qui restent à jamais gravées, même après la mort ! Antero a eu un fils avec Giane, mais cela ne l’empêche pas de retrouver Aurora… Comme s’ils avaient encore vingt ans.

Evolution des sentiments

Francine, se confie peu à peu à Antero. Aimait-elle vraiment Duc ? Tout le monde le lui dit. Mais dans le fond, est-ce si vrai ? Duc était lui-même tellement secret. Qui peut prétendre le connaître ? L’auteur aborde la sexualité aussi bien hétéro qu’homo. Le portrait de Duc porte à une certaine ambiguïté. L’auteur aborde également l’adultère, la maternité, la grossesse, l’avortement. Mais tout ça, un peu trop légèrement et rapidement.

Minuit vingt nous emporte, comme Antero, sur le chemin de la vie de Duc, de sa vie numérique qui ne laisse rien au hasard, même après sa mort. Daniel Galera sait captiver son lecteur aussi bien avec le monde littéraire, que musical, que biologique ou numérique. Une œuvre complète et originale !

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Dans un Porto Alegre accablé par la chaleur et paralysé par une grève des transports, trois amis se retrouvent plus de vingt ans après s’être perdus de vue. À la fin des années 1990, ils avaient lancé un célèbre fanzine numérique, et ce qui les réunit aujourd’hui, c’est la mort du quatrième membre de la bande, devenu entretemps un écrivain très en vue sur la scène brésilienne : Andrei Dukelsky, surnommé « Duc », assassiné en pleine rue pour un stupide vol de portable.

À l’occasion de ces retrouvailles, chacun des trois personnages raconte sa propre histoire à la façon d’un puzzle et se remémore le tournant du millénaire, esquissant le portrait incertain de l’ami disparu et le roman d’une génération qui doit tout réinventer, à commencer par son rapport au monde à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux.

Entre promesses non tenues et angoisses apocalyptiques, Daniel Galera, le jeune auteur prodige de Paluche et de La Barbe ensanglantée, capte avec une justesse saisissante la réalité d’une jeunesse aux prises avec un monde qui lui échappe.

 

Date de parution : le 26 septembre 2018
Auteur : Daniel Galera
Editeur : Albin Michel
Prix : 20 € (261 pages)
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Silvio et les autres ou l’Italie fantasmée, kitsch, fantaisiste

Silvio et les autres
Silvio et les autres, film de Paolo Sorrentino, Copyright Gianni Fiorito

Silvio et les autres ou l’Italie fantasmée, kitsch, fantaisiste

Chaque nouveau film de Paolo Sorrentino créée une attente grandissante auprès d’un public de plus en plus large. Depuis le choc Il Divo en 2008, le réalisateur transalpin suit le sillon d’un cinéma ambitieux, exigeant et généreux. Avec pour résultat des succès publics comme La Grande Bellezza et des films qui ont un peu plus divisé comme Youth. Silvio et les autres ne va une fois de plus pas mettre tout le monde d’accord tant le film mélange les rythmes et les intrigues dans un déroulé inutilement tortueux. Au final, les commentaires entendus en sortie de salle évoquaient un film ennuyeux et paresseux. Il y a un peu de ça.

Un film dur à cerner

La bande annonce annonçait un sommet de kitsch et d’outrance. Le film commence sur des bases conformes aux attentes avec un jeune ambitieux (Riccardo Scamarcio) décidé à s’élever socialement à coup de fêtes vertigineuses peuplées de nymphes aussi aguichantes que droguées. Les 20 premières minutes flirtent avec une certaine vulgarité, en lien certes avec les attentes créées par la bande annonce mais à la vacuité vertigineuse. Le héros n’apparait qu’au bout d’un certain temps pour ne plus quitter l’écran. Et le rythme baisse bien vite tant ce Silvio Berlusconi semble avoir perdu de sa superbe. A 70 ans, les cheveux teints, le visage comme un masque de clown perpétuellement souriant, exilé dans son palais de Sardaigne, en conflit avec son épouse, il imprime au film un ton de décadence fatiguée. Jusqu’à user quelque  peu les patiences. Le réalisateur le montre errer dans sa propriété, tenter une fête semblable à celles des jours anciens fastueux mais rien n’y fait, Berlusconi n’est pas ouvertement critiqué, juste travesti en mort vivant accroché à ses fastes d’antan. En cela, le film tangue entre cupidité, luxure et impuissance. Et peine à s’élever à des moments qui puissent le rendre mémorable. Les spectateurs sortent fatigués d’un film lent et indolent aux visées un peu maladroites. Une critique en règle aurait été plus directe, un contexte plus varié aurait peut être mieux touché sa cible. Car oui, le réalisateur veut filmer une critique politique et sociale d’une classe sociale puissante mais vide, en rendant certes son héros légèrement sympathique mais engoncé dans son faciès de pantomime en cire. Les intentions manquent de clarté, les péripéties manquent d’ampleur. C’est une déception. Toni Servillo est grimé à l’excès, il ballade trop souvent son regard vide sur ses possessions matérielles sans plus rien ressentir, il manie l’humour potache qui tombe à plat avec dextérité mais rend son personnage ni vraiment flamboyant ni vraiment ridicule. Tout juste humain, finalement. Si les autres sont les femmes faciles, les collaborateurs velléitaires et les regrets nostalgiques, ils prennent beaucoup de place, pour rien.

Silvio et les autres est un film pas bien fini, le réalisateur a certainement eu peur d’attaquer trop frontalement il Cavaliere, il préfère le rendre nostalgique de ses fastes anciennes et abandonné de tous comme un châtiment divin à son arrogance. Les excès du film avec les femmes outrageusement dénudées et aguicheuses lassent autant que les langueurs impavides d’un géant devenu rachitique. Le film n’est finalement pas le film définitif sur l’homme le plus riche d’Italie.

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Silvio et les autres
Silvio et les autres

Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme.
Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

Sortie : le 31 octobre 2018
Durée : 2h38
Réalisateur : Paolo Sorrentino
Avec : Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio
Genre : Biopic, Drame

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Le réalisateur américain John Cassavetes brillamment ressuscité sur la scène du Lucernaire

Cassavetes
Cassavetes

Le réalisateur américain John Cassavetes brillamment ressuscité sur la scène du Lucernaire

Pour qui connait par coeur les oeuvres cinématographiques de John Cassevetes, le spectacle Cassavetes au Lucernaire est un plaisir total. Pour les autres, ce sera une découverte fulgurante avant quelques visionnaires de films marquants. Le spectacle souligne avec emphase que la vie de l’artiste fut une lutte permanente pour retranscrire le réel sur grand écran, par delà les circuits habituels des grands studios hollywoodiens. Si beaucoup se souviennent avant tout de ses prestations d’acteur dans Les 12 Salopards ou Rosemary’s baby, Florian Choquart rappelle que ce ne fut pour lui que des moyens pratiques de réunir des fonds pour sa passion principale: la réalisation. Le comédien figure le réalisateur acteur une heure durant pour une évocation habitée et complétée d’extraits vidéos qui soulignent la pléthore de films magnifiques laissés à la postérité, de Husbands à Opening night. Sans oublier la relation totale avec l’actrice épouse Gena Rowlands. Un homme libre comme on n’en fait plus de nos jours.

Un réalisateur unique avivé avec élégance

Florian Choquart soliloque une heure durant pour une évocation chronologique de la vie de l’artiste. Ses origines grecques sont invoquées jusqu’à ses cours à l’American Academy of Dramatic Arts au début des années 50 avant ses premiers rôles à Broadway. Il rencontre à la sortie d’une représentation une jeune comédienne qui deviendra sa moitié, sa muse, la mère de ses enfants et sa collaboratrice, Gena Rowlands qu’il épousa en 1954. Le comédien se balade sur scène avec cravate et machine à écrire, bouteille de whisky et regard ténébreux. Il ne s’efface qu’à l’occasion pour laisser un écran géant derrière lui diffuser les images marquantes de ses films. Quand le comédien empoigne une caméra, il souligne la passion immédiate de l’acteur pour cette nouvelle carrière de réalisateur, faite d’investissement et d’amusement. Quand il débute le tournage de Shadows en 1958, c’est une confirmation immédiate. L’acteur va investir ses cachets pour un tournage de 3 ans, deux montages successifs et des acteurs tous amateurs. La spontanéité et l’improvisation sont les mots clés d’un film d’abord confidentiel puis enfin acclamé par la critique avec en point d’orgue le prix de la critique Pasinetti au Festival de Venise en 1960. Le reste de sa carrière ne sera que la confirmation d’une passion totale, avec comme partenaires récurrents Peter Falk avant Columbo, Ben Gazzara et évidemment Gena Rowlands. L’actrice apparaitra brillamment dans quelques films illustres comme Minnie et Moskovitz, Une femme sous influence et Opening night avec toujours une implication personnelle totale, marque de son jeu d’actrice souvent à la limite de la pathologie psychologique. John Cassavetes signa puis quitta la Paramount pour creuser le sillon du circuit indépendant, par delà les difficultés financières récurrentes. Florian Choquart navigue dans une mise en scène d’Alain Choquart et Vanessa Lhoste en liberté, comme pour illustrer la liberté d’un homme toujours sur la brèche entre cinéma et théâtre, interprétation et réalisation, il reprit finalement Love Streams en 1984 qu’il adapta pour le cinéma dans une ultime réalisation avant son décès en 1989. Quand vient la fin de la pièce, l’envie de revoir les films de Cassavetes s’impose aussitôt tout en souhaitant au comédien de trouver son public, car lui et la pièce le méritent tout autant!

Florian Choquart évoque avec brio la vie d’un réalisateur qui marqua durablement le cinéma contemporain. Avant un cycle Cassavetes bientôt visible au Lucernaire, c’est le moment de réviser sa connaissance ou de découvrir un personnage en compagnie d’un comédien convaincant et habité. A découvrir jusqu’au 9 décembre!

Dates :  du 24 octobre au 9 décembre, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 16h
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Alain Choquart et Vanessa Lhoste
Avec : Florian Choquart

La vérité sort de la bouche du cheval, notre coup de cœur (Gallimard)

Meryem Alaoui

La vérité sort de la bouche du cheval, notre coup de cœur (Gallimard)

Meryem Alaoui est née au Maroc, à Casablanca. Elle nous offre son premier roman : La vérité sort de la bouche du cheval qui est notre vrai coup de cœur. Un livre écrit en français, très marocanisé !

C’est l’histoire de Jmiaa

Jmiaa est prostituée à Casablanca et nous livre son carnet intime, avec son parler franc : « J’ai 34 ans et je me sers de ce que j’ai ». Ce roman est écrit à la première personne. Elle nous raconte sa vie difficile au quotidien, à Casablanca. Jmiaa n’a pas choisi la prostitution. C’est son mari qui a « donné » sa femme à ses amis… Son propre mari ! Mais Jmiaa n’a pas le temps de se plaindre. Elle doit survivre, trouver de l’argent, savoir combien de clients elle doit avoir dans la journée. Jmiaa relate son quotidien, et celui de ses « collègues ». Un quotidien dur mais qui nous fait aussi sourire. Car Jmiaa n’est pas du style à se plaindre, elle est entièrement méditerranéenne, à la vitalité débordante et « à l’esprit vif » ! Jamais dans l’apitoiement…

La place des hommes

Dans le roman, La vérité sort de la bouche du cheval, les hommes n’ont pas vraiment la place des héros. Et pourtant au Maroc, même si la situation des femmes a bien évolué, les hommes restent les chefs. Et cette nouvelle génération d’hommes au Maroc vit entretenue par leurs femmes, sans aucune gêne. Les femmes assument tout pendant que l’homme va au café… Cela n’empêche pas Jmiaa de penser que les hommes sont des brutes sans intelligence.

La place de la sexualité au Maroc

Pour Meryem Alaoui, son roman n’a pas de message à transmettre, contrairement à celui de  Leila Slimani, Sexe et mensonges.
Ces femmes prostituées sont décomplexées, leur corps est caché par la djellaba. Leur langue est très crue, et particulière, une langue dialectale marocaine, un peu étrange, mais sans filtre. C’est du français qui se mélange à de l’arabe. Avec un glossaire à la fin du livre.
C’est Jmiaa qui parle, pas l’auteur. Le Maroc populaire avec son alcool, sa drogue, son sexe…
C’est un langage parlé avec beaucoup de mots grossiers. Mais c’est une prostituée qui parle, on ne doit jamais l’oublier. Pas Meryem Alaoui !

Et c’est un livre qui a reçu plusieurs nominations dont celles du Goncourt 2018, ainsi que celles du Goncourt des lycéens, et le choix du Goncourt de la Pologne, de la Roumanie, de la Suisse, de la Belgique ! Et c’est le coup de cœur de Publik’Art !

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Jmiaa, prostituée de Casablanca, vit seule avec sa fille. Femme au fort caractère et à l’esprit vif, elle n’a pas la langue dans sa poche pour décrire le monde qui l’entoure : son amoureux Chaïba, brute épaisse et sans parole, ou Halima, sa comparse dépressive qui lit le Coran entre deux clients, ou encore Mouy, sa mère à la moralité implacable qui semble tout ignorer de l’activité de sa fille. Mais voici qu’arrive une jeune femme, Chadlia, dite «Bouche de cheval», qui veut réaliser son premier film sur la vie de ce quartier de Casa. Elle cherche une actrice…

Meryem Alaoui nous offre une peinture haute en couleur de la vie quotidienne dans un Maroc populaire où chacun fait face aux difficultés à force de vitalité et de débrouillardise.

Date de parution : le 23 août 2018
Auteur : Meryem Alaoui
Editeur : Gallimard
Prix : 21 € (261 pages)
Acheter : Amazon

2 comédiens en état de grâce au Lucernaire dans la pièce Il y aura la jeunesse d’aimer

Il y aura la jeunesse d'aimer
Il y aura la jeunesse d’aimer, Mise en scène de Didier Bezace, Le Lucernaire

2 comédiens en état de grâce au Lucernaire dans la pièce Il y aura la jeunesse d’aimer

Une scène dépouillée avec deux comédiens juchés sur leurs  sièges, les voix et les expressions transmettent des émotions  avivées par des textes tour à tour émouvants, comiques et érotiques de Louis Aragon et Elsa Triolet. L’économie de moyens sert avant tout les textes, la poésie côtoie les scènettes en duo pour plus d’1h45 de fascination chez un public aussi envouté que discipliné. Ariane Ascaride et Didier Bezace envoutent l’audience pour transmettre une émotion aussi vive que vibrante.

Une pièce sans artifices 

Le face à face entre les comédiens et le public est permanent. Les textes se suivent dans une farandole émouvante et les connaisseurs d’Aragon reconnaitront des moments illustres de son oeuvre. Un extrait d’Aurélien avec la mystérieuse Bérénice (qu’il trouva d’abord franchement laide), des poèmes éternels (L’avenir de l’homme est la femme, elle est la couleur de son âme), la pièce enchantera d’autant plus que vous êtes sensibles à la magie de l’assemblage des mots et de la langue française. Pour les hermétiques, le spectacle pourra sembler un peu long, pour les autres il passera dans un souffle. Ariane Ascaride et Didier Bezace manient les mots avec une dextérité admirable pour un hommage majuscule au talent des deux écrivains. Susurrant tour à tour les écrits éternels de deux auteurs majeurs du XXe siècle, les comédiens rappellent sans le dire qu’Elsa Triolet fut la première récipiendaire féminine du Prix Goncourt avec son recueil de nouvelles Le premier accroc coûte 200 francs. La comédienne et le comédien jouent dans une connivence finement ciselée, se renvoyant des déclarations pleines de charme pour rappeler l’amour qui unit Aragon et Elsa durant 52 longues années. Les paroles passionnées déchirent le coeur des spectateurs, évoquer les liens qui unirent deux êtres avec des mots aussi justes qu’enflammés ne peut que toucher la corde sensible de ceux qui admirent les amants célèbres. Ni les élans du coeur ni les crises orageuses ne sont passées sous silence dans un spectacle qui devient surtout un bel hommage à deux amants terribles de la littérature française du XXe siècle. Ariane Ascaride n’hésite pas à prendre des poses théâtrales pour figurer à l’occasion le mécontentement outré ou la fatalité inévitable de la disparition prochaine. La voix chaude et profonde de Didier Bezace exploite à merveille l’art de compter de l’auteur mythique. Leur assemblage semble une évidence tant ils font constamment honneur à l’héritage culturel de leurs glorieux ainés.

Le duo de comédiens enchante dans un spectacle tellement acclamé au final qu’il n’échappe pas à un bis bien mérité pour admirer quelques minutes de plus leur art de la déclamation. Le spectacle est un beau moment de théâtre à découvrir au Lucernaire jusqu’au 2 décembre!

Dates :  du 31 octobre au 2 décembre 2018, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 18h

Lieu : Le Lucernaire(Paris)
Metteur en scène : Didier Bezace
Avec : Ariane Ascaride, Didier Bezace

Parvana, le conte du souffle de l’espoir sort en DVD.

Parvana s’apprête à vivre une aventure hors du commun.

Parvana, petit bijou d’animation et véritable ode à l’émancipation féminine, sort en DVD/Blu-Ray/VOD.

Il est des paris dans le monde du cinéma qui paraissent complètement infaisable, voir insensé. Parvana, des studios Cartoon Saloon, est de ceux-ci. Imaginez-vous expliquant à votre chairman que vous voulez absolument mettre en scène un dessin-animé en 2D traditionnel qui narrerait le quotidien réaliste d’une petite fille dans l’Afghanistan des années 90 sous la coupe des Talibans. C’est pourtant le culot, et surtout le coup de génie réalisé par Nora Twomey, débutante au niveau du format, mais déjà aguerrie dans l’animation avec des courts nommés à l’Oscar. Elle part d’un postulat simple mais efficace comme pas deux : c’est souvent des ténèbres que jailli la plus belle lumière. Et Parvana est de celle-ci, une flamme incandescente qui brule au milieu d’un Kaboul ratatiné et misogyne. Rendez-vous compte, on suit les mésaventures d’une jeune afghane à la beauté éclatante, cultivée, espiègle et maligne comme un singe, le tout au milieu de ce qui constitue le plus arriéré de l’être humain : le Taliban binaire, bête et méchant, et sa répression à faire pâlir quelques uns de nos plus grands dictateurs.

Parvana insuffle de la volonté et du courage à chaque image où elle apparait. Une vraie leçon de vie.

Compte tenu du contexte, Nora Twomey dégaine l’antidote idéal : des images chaudes et léchées, une musique envoutante et surtout une fable à vous redonner instantanément foi en l’humanité. Excusez moi, que dis-je, plutôt deux fables aussi captivantes l’une que l’autre. Il y a évidemment le destin de Parvana, cette jeune fille aux yeux en amande qui va rivaliser d’ingéniosité chaque jour afin de lutter contre l’obscurantisme prodigué à foison. Puis, il y a ce véritable conte parallèle narré par Parvana où l’insouciant et fougueux Suleiman s’en affronter tout un tas de péripéties pour sauver son village, dans une aventure que n’aurait pas renié les 1000 et une nuits. On tremble, on s’émeut, on rigole aussi, mais surtout on s’émerveille que ce soit devant la très belle 2D chatoyante de Parvana, que face à l’animation type papier à l’ancienne d’une splendeur sans nom pour la partie Suleiman. Nora Twomey réussit haut la main son exploit de transformer un sujet aussi sombre et adulte en une aventure universelle, féministe, drôle et à porter de tout public. Un film d’animation qui justifie largement ses multiples récompenses en festival.

Parvana sort le 31 octobre en DVD, Blu-Ray et VOD. Un conte aussi bien pour les enfants que pour les adultes où vous en prendrez plein les mirettes. On retrouve dans les bonus un entretien exclusif réalisé par Le Pacte de Golshifteh Faharani, qui incarne la voix française de Parvana, mais aussi un entretien de la très impliquée productrice Angelina Jolie, ainsi que que quelques featurettes sur l’animation et la musique.

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En Afghanistan, sous le régime taliban, Parvana, onze ans, grandit à Kaboul ravagée par la guerre. Elle aime écouter les histoires que lui raconte son père, lecteur et écrivain public. Mais un jour, il est arrêté et la vie de Parvana bascule à jamais. Car sans être accompagnée d’un homme, on ne peut plus travailler, ramener de l’argent ni même acheter de la nourriture…

 

Sortie DVD : le 31 octobre 2018
Durée : 1h33
Réalisateur : Nora Twomey
Avec : Golshifteh Farahani
Genre : Animation
Distributeur : Le Pacte
Prix : à partir de 19,99 € (DVD)
Acheter : sur fnac.com

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Ma vie est un miracle, témoignage de Bernadette Moriau (JC Lattès)

Bernadette Moriau

Ma vie est un miracle, témoignage de Bernadette Moriau (JC Lattès)

Bernadette Moriau est une sœur franciscaine du Sacré-Cœur de Jésus à Bresles, près de Beauvais. Dans son livre, Ma vie est un miracle, Sœur Bernadette nous confie sa vie, toute sa vie. Avec simplicité, avec humilité.

Qui est donc Bernadette Moriau ?

Bernadette Moriau est issue d’une famille nombreuse et modeste. Ses parents, tous les deux ouvriers, étaient très croyants et pratiquants. Ils ont perdu leur première fille, qui s’appelait Bernadette. Leur seconde fille fut également nommée Bernadette. Ils ont eu six enfants. Aujourd’hui, seulement deux sont vivants, Georges, le petit dernier, et Bernadette. Beaucoup de deuils et beaucoup de douleurs dans cette famille chrétienne. Et aussi plusieurs pèlerinages à Lourdes. Georges, tout bébé, aurait déjà été sauvé grâce à … l’eau de Lourdes qui l’a réhydraté alors qu’il était au plus mal. Lourdes fait partie intégrante de la famille depuis toujours ! Bernadette se donne à Dieu le jour de ses dix-neuf ans, en entrant au couvent des sœurs franciscaines, à Nantes.

Sa vocation

Sa vocation depuis toute petite était de s’occuper des autres et de devenir infirmière. Elle réussit à devenir infirmière à 26 ans et s’y attelle avec dévotion. Hélas, un an plus tard, la maladie s’attaque à elle. Elle souffre horriblement du dos et subit plusieurs interventions chirurgicales au niveau du dos. Son état empire. Elle ne peut plus travailler et se retrouve la plupart du temps allongée, bloquée dans un corset. Et cet état a duré durant quarante années. Enfermée dans sa douleur, mais toujours croyante.

Sa guérison

Sœur Bernadette est envoyée en pèlerinage à Lourdes, en 2008, par son médecin généraliste. Elle est alors âgée de soixante-neuf ans. Elle prie pour tous les malades, mais jamais pour elle. Elle y reçoit le sacrement des malades et ressent alors une immense chaleur dans tout son corps. Elle entend une voix qui lui demande : « Donne-moi tout ». C’est quelques jours plus tard, qu’elle entend une autre voix lui disant de se débarrasser de tout : son corset, sa morphine, ses sondes… Et du jour au lendemain, sans aucun effet secondaire, Sœur Bernadette ne souffre plus d’aucun mal. Elle est guérie, de façon inexpliquée.

Son combat

Même guérie, son combat n’est pas terminé. Il a fallu qu’elle subisse de très nombreux examens pour présenter son « cas » au Comité médical international de Lourdes, seul habilité à déclarer le cas miraculeux ou non. Et cela a duré dix ans !
Ce n’est qu’en février 2018 que la guérison de Bernadette Moriau est déclarée inexplicable. Elle est alors reconnue comme la 70è miraculée de Lourdes. Elle ne cesse de se demander : « Pourquoi moi ? »

Et comme Bernadette Soubirous, qui a vu la Vierge à Lourdes, elle répète à tous : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire mais de vous le dire ». Et ce témoignage est un partage qui ne peut que nous bouleverser, croyant ou non croyant !

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Pourquoi moi ?
Pour la première fois le temoignage d’une miraculée de Lourdes

Le 11 juillet 2008 à 17h45 alors qu’elle vient d’accompagner un pèlerinage dans la grotte de Lourdes, sœur Bernadette Moriau sent une présence, une énergie qui rayonne dans son corps. Quelques heures plus tard, paralysée des jambes depuis des années, elle prend conscience qu’elle peut à nouveau marcher !
Pendant dix ans, près de deux cents médecins et professeurs vont se pencher sur cette guérison stupéfiante pour finalement décider qu’elle « reste inexplicable dans l’état actuel de nos connaissances scientifiques. » Une autre commission animée par l’évêque Jacques Benoit-Gonnin reconnaîtra quelques mois plus tard « le caractère miraculeux de cette guérison comme signe donné par Dieu par l’intermédiaire de Notre Dame de Lourdes. » C’est ainsi que Bernadette Moriau devient le 11 février 2018 la 70e miraculée de Lourdes depuis 160 ans.
Dans ce texte d’une grande sincérité, l’auteur ne cesse de s’interroger sur les raisons mystérieuses de ce miracle : Pourquoi moi ? C’est l’histoire simple et unique d’une femme qui a consacré sa vie aux autres et à Dieu, qui se livre avec tous ses doutes, ses certitudes, ses espoirs et sa foi. Cette confession aussi sincère que modeste est suivie du rapport médical qui explique précisément les conditions de ce miracle – ainsi que de nombreux témoignages de ceux, religieux, laïcs, médecins… qui ont été témoins ou qui ont suivi Bernadette et l’enquête qui a conclu au miracle.

Date de parution : le 26 septembre 2018
Auteur : Bernadette Moriau
Editeur : JC Lattès
Prix : 17 € (270 pages)
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Bohemian Rhapsody, le biopic parfait, surtout pour les fans de Queen

Bohemian Rapsody
Bohemian Rapsody, film de Bryan Singer , |Copyright 2017 Twentieth Century Fox

Bohemian Rhapsody, le biopic parfait, surtout pour les fans de Queen

Bohemian Rhapsody n’est pas un biopic parfait, mais existe-t-il seulement? La liste est longue et celui-là pourrait bien prendre la première place. Les contempteurs souligneront la ressemblance  toute relative entre Rami Malek et Freddie Mercury, les mélanges hasardeux entre les époques et les portraits un peu lisses brossés de ci de là. Mais les fans nostalgiques verseront leur petite larme lors de la longue séquence finale du Live Aid. Car le biopic fait revivre un esprit et une musique, et de ce côté, le pari est largement remporté.

Un grand moment d’émotion 

Quand le générique fait résonner You’re my best friend, la partie est déjà gagnée. Sans encore avoir vu le personnage de Freddie ni rien du tout, le spectateur trépigne sur son siège en mimant les paroles de la chanson. Et puis Rami Malek apparait, Freddie Mercury va monter la scène du Live Aid à Wembley, le public trépigne, le rideau se lève et une foule de 100 000 personnes attend ses héros. Cette scène d’ouverture résume tout le film. L’histoire est connue, le chanteur était un performer d’exception, la musique a bercé des millions de fans à travers le monde, avait-on besoin d’en faire un biopic? La réponse ne fait pas de doutes une fois la séance terminée. Un mélange d’émotion, d’excitation et de ferveur peu communes traverse le film, malgré les faiblesses criantes. Rami Malek exprime divinement les manières du chanteur hors et sur la scène mais la ressemblance laisse tout de même à désirer, le film indique que We Will Rock you a été composé en 1980 avec un Freddie moustachu (faux!), les autres membres du groupe paraissent bien sages, bref ceux qui connaissent le groupe sur le bout des doigts en sauront toujours plus que ce que le film veut bien en montrer, les copines de Freddie dans les années 70 au delà de la seule Mary notamment. Voilà pour les pointilleux, pour le reste, le film est un véritable régal. Les scènes de composition, les moments de concert et cette longue scène de fin sur la scène de Wembley pour le meilleur concert de tous les temps, 20 petites minutes rentrées dans l’éternité.

Queen pour les nuls? 

D’autres concluront que le film fait bien trop de raccourcis pour rendre parfaitement hommage au personnage bigger than life de Freddie Mercury. Et là, tout est question de détails. Des traces de poudre blanche sur un plat en argent, des regards adressés à des hommes musclés, la présence incessante de Mary, le regard désapprobateur du père traditionnaliste, il n’était nul besoin d’en faire plus, l’essentiel de la place est laissé au personnage de Freddie, combien caricatural, magnétique et ambigu. Fidèle avec ceux qu’il côtoie mais sans pitié avec ceux qui le trahissent. Le film ne cache rien de sa bisexualité, de sa quête hédoniste effrénée, de ses différentes addictions, du SIDA qu’il a contracté à force de conquêtes fugaces, mais rien non plus de son génie musical. La longue scène d’enregistrement de Bohemian Rhapsody est à ce titre un petit bijou. Un tel challenge demandait une sacrée dose de culot et Freddie n’en manquait apparemment pas. Le biopic donne l’impression d’entrer dans l’intimité d’un être secret et pourtant exposé, pudique et néanmoins  flamboyant. En bref, une contradiction humaine trop tôt emportée par la maladie. La musique de Queen est évidemment largement exploitée, de Now I’m here jusqu’à We are the champions en passant par Killer Queen et I want to break free. Le clip de ce dernier ravive des souvenirs pour ceux qui ont connu la chanson à l’époque. Les années 80, si loin, si proche, de quoi entretenir le revival actuel pour cette époque.

Il faut vraiment être fermé à la musique de Queen pour ne pas apprécier un biopic qui appuie sur la corde sensible de l’émotion. Chacun a des souvenirs liés aux chansons de ce groupe mythique et si la lucarne est étroite, imparfaite voire parfois maladroite, elle permet de toucher du doigt un personnage qui a su affronter les difficultés pour s’imposer et rayonner dans les esprits. Pas un biopic parfait et pourtant il faut se rendre à l’évidence, le contrat est rempli. De là à le voir une seconde fois… La connexion avec le personnage est électrisante et donne envie de la revire à nouveau.

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Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.  

Sortie : le 31 novembre 2018
Durée : 2h15
Réalisateur : Bryan Singer
Avec : Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker
Genre : Biopic, Drame

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Game on, le 1er roman d’Elisa Houot-Hope sort aujourd’hui (Kaya Editions)

Elisa Houot-Hope

Game on, le 1er roman d’Elisa Houot-Hope  sort aujourd’hui (Kaya Editions)

Cette fois-ci, Publik’Art vous présente une jeune auteure, qui est aussi chroniqueuse de livres ados sur Publik’Art : Elisa Houot-Hope. Vous l’avez sûrement déjà lue ! Son 1er roman, Game on, est publié aux Editions Kaya ! Nous l’avons interviewée pour qu’elle nous raconte son aventure incroyable d’auteure. Un jeune talent qu’on va suivre de très très près et qu’on espère garder dans l’équipe le plus longtemps possible !

Publik’Art : On vient de publier ton premier roman. Tu peux nous dire comment tu as réussi, à ton âge à être déjà publiée ?

Elisa : J’ai commencé l’écriture de mon roman sur Wattpad, une plateforme d’écriture en ligne. J’y publiais deux chapitres par semaine, jusqu’à ce qu’il soit terminé. « Game on » était de plus en plus lu et, plus d’un an après, j’ai reçu un mail des éditions Kaya. On me proposait d’éditer mon roman ! C’est une chance incroyable !

Publik’Art : Tu peux nous raconter le synopsis de ton livre ? Et comment tu as eu l’idée de ce scénario ?

Après avoir perdu ses parents, la garde d’Arielle est confiée à sa tante, qui vit aux Etats-Unis, à Chicago, et dont elle n’avait jamais entendu parler. Elle y rencontre Matt, qui a fui sa vie natale pour échapper à ses démons. Quand ils se rencontrent, Arielle déteste immédiatement Matt et tout ce qu’il représente. Alors elle décide de se venger, sans se douter que la partie n’est pas si facile à gagner et que Matt est un adversaire redoutable.

Je voulais allier un peu de suspense à la romance. Au tout début, j’avais l’idée d’écrire « Game on » comme un roman français/anglais. Un chapitre dans une langue, le suivant dans l’autre. C’est comme ça que j’ai construit mes personnages : Arielle est française tandis que Matt a vécu toute sa vie aux États-Unis. J’ai fini par changer d’avis mais les personnages sont restés.

Publik’Art : Depuis quand écris-tu ? Qui t’a donné l’envie d’écrire ?

J’écris depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Au début, c’étaient des petites histoires pour mes cousins, puis des nouvelles, et enfin, des romans. Plusieurs petits débuts de petits romans avant, d’enfin, réussir à mettre un point final à mon premier roman, « Game on« .

J’ai toujours eu beaucoup d’imagination et j’ai eu envie de mettre sur le papier tout ce qui me passait par la tête. Ficeler des intrigues, créer des personnages à partir de rien et pouvoir les partager, c’est tout ce dont j’ai toujours rêvé.

Publik’Art : Quel est ton rêve aujourd’hui ? Veux-tu vivre de ton talent d’auteur ?

Aujourd’hui, je rêve de continuer à écrire et publier des romans, mais sans en vivre. Je veux que ça reste une passion. En revanche, je compte bien rester dans le milieu du livre puisque je me dirige vers un métier du monde de l’édition.

Publik’Art remercie Elisa de nous avoir confié ses impressions de jeune auteure et lui souhaite bonne chance pour ce premier roman qui trouvera sûrement de nombreux lecteurs !

Florence Viala, une irréductible Locandiera et ça lui va bien

Florence Viala, une irréductible Locandiera et ça lui va bien
« La Locandiera » mise en scène par Alain Françon
© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Florence Viala, une irréductible Locandiera et ça lui va bien

Après avoir mis en scène au printemps dernier Un mois à la campagne d’Ivan Tourgueniev, Alain Françon revient à un grand rôle féminin en confiant à Florence Viala (excellente) le personnage de Mirandolina, une aubergiste libre et indépendante avant l’heure imaginée par Goldoni.

Une femme d’entreprise aussi qui, en se jouant de l’amour et de ses inclinaisons, finira par être victime des sentiments avec lesquels elle aura imprudemment joué. Cette “Locandiera” tient une pension à Florence. Sa grâce piquante et son esprit vif gagnent tous les cœurs masculins.

Maîtresse du lieu et de son entourage, elle entretient des relations ambiguës avec ses clients car soucieuse de la réussite de son négoce. Et avec une grande assurance, elle garde la tête froide en toute situation, se montrant aussi volontaire que distante.

Le troupe du Français au diapason

Des trois étrangers qu’elle loge, deux sont transis mais vite laissés pour compte dans leur entreprise de séduction. Hervé Pierre et Michel Vuillermoz qui interprètent respectivement le Comte d’Albafiorita et le Marquis de Forlipopoli, s’adonnent à un combat des coqs plutôt porté sur l’emphase envers la courtisée qu’à une recherche de relation amoureuse.

Le troisième Stéphane Varupenne (vibrant) revendique son hostilité face à la gente féminine et à leurs charmes. Il la traite alors avec mépris et se moque des deux prétendants. Offensée, Mirandolina met toute son ingéniosité au service de son amour propre, pour démontrer au goujat sa suffisance et sa faiblesse.

Décidée à le séduire, elle s’exposera au jeu de la séduction : qui séduit risque d’être séduit, qui désire provoque le désir.

La mise en scène précise et fluide d’Alain Françon est au plus près du jeu des comédiens et du texte incisif et direct dont elle restitue l’atmosphère vive mais aussi mélancolique, les enjeux sociaux et amoureux où chacun des personnages en jouant de sa condition, permet à l’auteur de dénoncer l’hypocrisie sociale. Et la tonalité comique de la pièce de Goldini laisse aussi percevoir la part d’ombre existentielle des personnages, en y dévoilant leur faille et leur manque ainsi que l’éternel drame de l’acte manqué.

Dans une scénographie à tiroirs de Jacques Gabel, les actions se succèdent sur fond de transgression inaccomplie et de désillusion d’êtres en mal d’amour.

Figure de femme irréductible mais teintée de mélancolie, Florence Viala incarne avec finesse l’ambivalence du personnage de Mirandolina, tandis que Stépahne Varupenne excelle en Chevalier au jugement définitif et pourtant ébranlé dans ses émotions. Quant à Laurent Stocker (parfait) dans le rôle du valet de l’auberge qui réprouve intérieurement ces manigances séductrices, il fait preuve d’une force comique aussi subtile que triste.

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Dates : du 27 octobre 2018 au 10 février 2019 l Lieu A la Comédie-Française (Paris)
Metteur en scène : Alain Françon

Du grand Lars von Trier perturbant avec The House that Jack built

The House that Jack built
The House that Jack built, film de Lars Von Trier, photo by Zentropa: Christian Geisnae

Du grand Lars von Trier perturbant avec The House that Jack built

Les films de Lars von Trier ont souvent le bon gout de bousculer, voire de hérisser les poils des avant bras avec des images chocs, des scénarios tortueux et des personnages perdus dans des systèmes iconoclates. The House that Jack built ne déroge pas à la règle avec un héros serial killer aussi antipathique que répugnant. 2h35 passés en sa compagnie pourra vous faire quitter la salle prématurément, vous faire vous cacher les yeux quelques fois et vous faire vous demander pourquoi tant de haine? c’est selon. Le réalisateur danois vise autant l’inconfort que la réflexion tout azimut avec ce long métrage à élever au panthéon des opus clivants. Certains y verront un chef d’oeuvre de mauvais gout, d’autres une tentative libératrice comme une réponse à la critique qui l’a crucifié après ses péripéties cannoises. A vous de faire votre choix.

Un pur anti-héros antipathique

Lars von Trier refait le coup de Nymphomaniac en cetet fois-ci la question des déviances sexuelles pour les remplacer par les visées macabres de son héros Jack interprété par un Matt Dillon dans un registre surprenant tant il sait devenir parfaitement glaçant. Il est le seul dans ce film à s’adonner à une passion frénétique du meurtre en série et la galerie d’acteurs connus consiste surtout en une longue litanie de victimes invariablement massacrées. Lars von Trier accompagne à nouveau son récit de deux voix commentant a posteriori le déroulement de chaque opération en 5 épisodes chronologiques. En même temps que Jack s’adonne à sa psychose névrotique pour juguler des TOC parfaitement handicapants, des considérations sur l’art accompagnent les images de meurtres sauvages avec des digressions historiques ou artistiques. La musique de David Bowie se fait entendre régulièrement avec un Fame entêtant alors que l’assassin se révèle aussi collectionneur qu’inventif en stockant ses victimes dans une chambre froide. Les métaphores abondent dans un film appelé à diviser les spectateurs. La moitié de la (petite) audience a quitté les lieux avant le dénouement, tant le premier degré pourra rendre malade les âmes les plus sensibles. Il faut véritablement s’accrocher pour supporter certaines scènes particulièrement sadiques. Le réalisateur n’hésite pas à enfreindre quelques tabous sociaux pour enfoncer le clou, jusqu’à se donner une aura caricaturale, comme s’il ne pouvait pas ne pas proposer des images pénibles, c’est plus fort que lui. Pourtant, Lars von Trier livre au final un film passionnant dans son extrémisme buté, à se demander si ce Jack aussi asocial que mortifère, ce n’est pas finalement lui-même, et ses victimes ne sont que ses nombreux contempteurs médiatiques. A cette aune, le film devient un règlement de comptes assez jouissif, le réalisateur n’hésitant pas à invoquer le 3e Reich pour expliquer une période qui le fascine avant tout formellement et philosophiquement sans forcément partager ses idées. Le réalisateur parle aussi d’architecture, de Glenn Gould ou de Goethe pour bien montrer q’il ne faut pas juger un artiste trop vite. Et pendant ce temps là, Jack s’enfonce dans l’horreur et l’ignominie. Jusqu’à un passage final inévitable aux enfers en compagnie de Bruno Ganz, parce qu’aucun autre destin ne pouvait l’attendre. Jack ne le voit pas comme une punition mais comme un aboutissement, une sorte de récompense à portée de doigt…

The House that Jack built est un vrai film concept aussi pénible que fascinant. Matt Dillon occit Uma Thurman et une soixantaine d’autres victimes non consentantes avec une régularité de métronome, sans jamais avoir de regrets ni de remords. Jack, c’est un peu Lars von Trier, jusqu’au boutiste et sans jamais se trouver dans une posture de victime expiatoire. Un vrai manifeste philosophique et esthétique que ce film.

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États-Unis, années 70.
Nous suivons le très brillant Jack à travers cinq incidents et découvrons les meurtres qui vont marquer son parcours de tueur en série. L’histoire est vécue du point de vue de Jack. Il considère chaque meurtre comme une œuvre d’art en soi. Alors que l’ultime et inévitable intervention de la police ne cesse de se rapprocher (ce qui exaspère Jack et lui met la pression) il décide – contrairement à toute logique – de prendre de plus en plus de risques. Tout au long du film, nous découvrons les descriptions de Jack sur sa situation personnelle, ses problèmes et ses pensées à travers sa conversation avec un inconnu, Verge. Un mélange grotesque de sophismes, d’apitoiement presque enfantin sur soi et d’explications détaillées sur les manœuvres dangereuses et difficiles de Jack

Sortie : le 17 octobre 2018
Durée : 2h35
Réalisateur : Lars von Trier
Avec : Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman
Genre : Drame, Thriller

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L’intelligence des plantes, un livre hyper instructif (Audible)

L’intelligence des plantes, un livre hyper instructif (Audible)

Stefano Mancuso est le fondateur de la neurobiologie végétale et professeur à l’Université de Florence. Avec Alessandra Viola, journaliste de vulgarisation scientifique, il a écrit le fabuleux livre : L’intelligence des plantes. Même si les plantes n’ont pas de cerveau, elles demeurent très intelligentes ! « L’intelligence est la capacité de résoudre des problèmes. »

Présentation des plantes

Sans plante, l’homme ne pourrait plus vivre. Le monde végétal représente plus de 99,7% de la biomasse et nous le connaissons bien mal. Alors que le monde animal ne représente que 0,3% ! Nous avons même plutôt des a priori négatifs concernant les plantes. Elles ne servent pas à grand-chose, pense-t-on ! Faux ! Stefano Mancuso et Alessandra Viola nous expliquent tout au long du livre toutes les formidables capacités des plantes. Car, oui, les plantes sont intelligentes ! Elles sont capables « de calculs et de choix, d’apprentissage et de mémorisation ». Chez elles, « les fonctions cérébrales ne sont pas séparées des fonctions corporelles : elles coexistent dans chaque cellule ».

Les plantes ont leur caractère !

Sans les plantes, nous ne pourrions survivre. Elles sont à la base de la chaîne alimentaire. Et elles sont aussi à l’origine de sources énergétiques. Elles possèdent les mêmes sens que l’homme et bien davantage ! Les auteurs donnent des exemples absolument incroyables sur ce que peuvent faire les plantes. Elles peuvent gérer leur environnement, devenir opportunistes, ou généreuses, attaquantes ou bienveillantes et leurs attitudes dépendront du comportement de l’autre qui s’approche d’elles, qu’il soit animal ou végétal ou humain ! Elles pensent sans cerveau, de la même façon qu’elles respirent sans poumon ou qu’elles se nourrissent sans bouche !

Des exemples de comportements très intelligents des plantes

Le livre est truffé d’exemples concrets sur des comportements incroyables des plantes. Elles savent communiquer entre elles, prévenir d’un danger, se protéger elles-mêmes d’un danger, elles ont une vie « sociale », intègrent parfaitement les animaux dans leur vie et s’en servent pour se reproduire, mais pas n’importe comment ! Elles savent se défendre de l’envahissement d’autres plantes et arrivent à « survivre » malgré certaines conditions naturelles très difficiles. Il est vrai que dans une pinède, les pins sont toujours très proches mais leurs cimes ne se touchent jamais ! Les facultés des plantes carnivores, environ six cents espèces, sont tout simplement époustouflantes !

En écoutant ce livre, on apprend surtout que dans la nature tout est utile, absolument tout.  » Personne ne fait rien pour rien « . Les échanges se font naturellement entre les différents mondes qui cohabitent sur Terre. Et toujours avec intelligence. Par exemple, les transporteurs de pollen sont payés en nectar ! Certaines plantes replient leurs feuilles dès qu’on les touche…

« Les plantes remplissent une fonction universelle pour la vie sur Terre ».

« Les animaux dépendent des plantes et les plantes du soleil ! »

Après avoir écouté ce livre lu par la voix posée de Raphaël Mathon, le lecteur aura une tout autre attitude envers Dame Nature, et plus particulièrement envers le monde végétal. Un monde fantastique, sans lequel nous ne pourrions vivre, et qui doit donc être respecté et protégé le plus possible.

Accédez au livre audio : L’intelligence des plantes

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L’intelligence des plantes

Les plantes sont-elles intelligentes ? Oui, et bien plus que nous ne pourrions l’imaginer, nous répond Stefano Mancuso. Savant de renommée mondiale, fondateur de la neurobiologie végétale, il est le premier à avoir démontré que, comme tous les êtres vivants, les plantes discernent formes et couleurs, mémorisent des données, communiquent. Elles ont une personnalité et développent une forme de vie sociale basée sur l’entraide et l’échange.

Véritable manifeste écologique, ce livre audio pionnier, qui a bénéficié d’une reconnaissance internationale, nous plonge dans un incroyable voyage au cœur du monde végétal. Un monde qui, en formant plus de 99 % de la biomasse, s’avère aujourd’hui indispensable pour l’humanité. Car si les plantes peuvent très bien vivre sans nous, nous ne survivrions pas longtemps sans elles ! À l’heure où l’on recherche d’autres modes de vie, où les ressources naturelles s’épuisent, nous avons tout à apprendre du monde végétal dont dépendent la survie et l’avenir de l’homme.

Ce livre audio en version intégrale vous est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2018 Albin Michel. Traduit de l’italien par Renaud Temperini (P)2018 Audible Studios

Date de parution : le 17 octobre 2018
Auteur : Stefano Mancuso, Alessandra Viola
Lu par : Raphaël Mathon
Durée : 5 h et 13 mn
Acheter sur : Audible

Champions, pépite d’humour et de tolérance sort en DVD.

Champions, ou quand le handicap devient une force et une ode à l’universalité.

Champions, pimpante comédie acidulée sur le thème du handicap et du sport, sort en DVD/VOD.

Selon l’un des papes de l’humour français, le révéré Francis Veber, rien ne vaut les opposés pour réussir une bonne comédie. Avec Champions, on peut dire que l’espagnol Javier Fesser pousse les curseurs au max, quitte à paraître caricatural dans son entame. Soit le très nerveux et excité Marc, entraineur adjoint d’une prestigieuse équipe de basket professionnelle, qui suite à une ultime durite pétée, puis une série de circonstances assez rocambolesques, se retrouve dans l’obligation de coacher une bande de jeunes handicapés mentaux pour éviter la prison. Incarné par la succulente pile électrique Javier Gutierrez (La Isla Minina), Marco va voir ses nerfs plus que mis à l’épreuve après une première séance d’entrainement à se crisper les zygomatiques. Là où Javier Fesser se montre doué, c’est qu’il drible facilement les moqueries évidentes pour se concentrer sur ses personnages et en faire des êtres marginalisés par la société tout en mettant en avant les passions de chacun. Résultat des courses, des dialogues humoristiques adultes, sans filtre et évitant tous pathos.

Champions assume pleinement son parti pris de faire de l’humour adulte avec le handicap. Et c’est réussi !

Javier Fesser fait preuve d’un sens de la narration exemplaire. Si l’histoire est plus ou moins assez simple à deviner, Feel-Good movie oblige (quoique !), la capacité à enchainer les répliques qui font mouches et les scènes de comique de situation tordantes est assez rare pour pouvoir le signaler. On pense au premier film de Grand Corps Malade, Patients, aussi sur le monde du handicap (physique, cette fois-ci), pour cette capacité à l’autodérision constante des principaux concernés. Impossible de ne pas tomber sous le charme de chacun d’entre eux tant le travail des scénaristes a été minutieux au moment de les croquer. On comprend pourquoi un grand pays de cinéma comme l’Espagne en à fait son candidat pour l‘Oscar du meilleur film étranger l’an prochain. L’hiver s’installe dès ce week end, n’hésitez pas à prendre votre dose de vitamine D (comme drôle) avec la plus sympathique équipe de basketball de tous les temps !

Champions sort le 17 octobre en DVD et VOD. Un feel-good movie intelligent et rythmé qui vous fera oublier tous les préjugés sur le handicap mental. En bonus, des entretiens avec le réalisateur du film et la joyeuse bande de comédiens.

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Marco occupe le prestigieux poste d’entraîneur-adjoint de l’équipe d’Espagne de basket. Mais son mauvais caractère lui pose problème. Après une série de déconvenues dont il est le seul responsable, Marco se retrouve à devoir coacher une équipe de déficients mentaux.

Sortie DVD : le 17 octobre 2018
Durée : 1h59
Réalisateur : Javier Fesser
Avec : Javier Gutierrez, Athenea Mata, José de Luna, Fran Fuentes, Gloria Ramos
Genre : Comédie
Distributeur : Le Pacte
Prix : à partir de 14,99 € (DVD)
Acheter : sur fnac.com

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Plongée dans une période en noir et blanc avec Cold War

Cold War
Cold War, film de Pawel Pawlikowski, Copyright Diaphana Distribution

Plongée dans une période en noir et blanc avec Cold War

Pawel Pawlikowski revient avec son actrice fétiche Joanna Kulig dans une histoire d’amour tortueuse dans une époque marquée par la guerre froide. Entre le début des années 50 et la mi-années 60, Zula et Wiktor se rencontrent, se séduisent, se séparent et se retrouvent entre la Pologne, Paris et la Yougoslavie. Le Noir et Blanc est somptueux, la musique est ensorcelante, l’actrice est magnétique et la mise en scène au cordeau. Mais le film s’enfonce inexorablement dans une impasse narrative avec des personnages qui souffrent sans raisons apparentes. La relation romantique se perd en impasses abyssales et envolées fulgurantes avec une ampleur finale somme toute limitée. Cold War est un excellent moment de cinéma, à la limite de l’exercice de style, mais il n’en reste pas grand chose une fois la séance terminée.

Une histoire sans fin

Lorsque la jeune Zula rencontre l’artiste Wiktor, il s’évertue à former une troupe de danseurs et chanteurs folkloriques pour exalter la Pologne éternelle paysanne. Elle est blonde comme les blés, il est poivre et sel, ils se séduisent d’un seul regard. Le reste du film ne va être qu’un jeu du chat et de la souris entre deux êtres que tout rapproche avant de tout séparer. Entre 1951 et 1964, l’histoire comptée par le réalisateur du mondialement primé Ida revient avec son actrice fétiche pour imposer son talent et son magnétisme. Joanna Kulig envoute par son jeu entre retrait et exposition incessante. A ses côtés, Tomasz Kot fait un homme torturé par un mal-être incessant, partout de passage, jamais vraiment installé. Il ne sait pas comment vivre sa relation avec la blonde volcanique, alors il dirige des orchestres, il joue du piano dans un club de jazz  et tente de surmonter ses difficultés psychologiques. La bande son est un des nombreux avantages d’un film classieux au noir & blanc splendide mais à l’ampleur somme toute limitée. Le film impressionne par sa très grande maitrise formelle, mais l’histoire, sans jamais lasser, ne parvient pas à marquer les esprits par ses nombreux raccourcis scénaristiques. Le réalisateur voulait apparemment laisser toute la place à son actrice, le résultat est remarquable mais non point marquant. La salle était visiblement ravie mais qu’en restera-t-il?

Cold War n’est pas la grande fresque amoureuse sur fond de guerre froide que tous espéraient. C’est une histoire d’amour un peu facilement tourmentée, sans problème d’argent ni vrais drames humains. Le réalisateur a apparemment voulu retranscrire l’histoire de ses deux parents, le film regorge de qualités formelles, mais ne va pas beaucoup plus loin. Reste le sentiment d’avoir vu un beau film, merveilleusement réalisé mais un peu fade au niveau des enjeux. Mais Joanna, vraiment, quelle actrice!

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Cold War
Cold War

Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.

Sortie : le 24 octobre 2018
Durée : 1h27
Réalisateur : Pawel Pawlikowski
Avec : Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza
Genre : Drame, Romance

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Un chemin plutôt qu’un autre, un 1er roman poignant de Geoffrey Dartoy

Geoffrey Dartoy

Un chemin plutôt qu’un autre, un 1er roman poignant de Geoffrey Dartoy

Dans ce roman, Un chemin plutôt qu’un autre, Geoffrey Dartoy nous confie un petit bout de sa propre vie. Et pas n’importe lequel ! Sa vie en famille, avec sa femme et son premier bébé, né pas tout à fait comme tout le monde… Beaucoup d’amour tout au long de ce livre qui attend encore son éditeur !

Histoire vraie

Geoffrey a découvert la femme de sa vie, Agnès, au bureau ! Leur rencontre crie à l’amour ! Tout est évident pour eux car ils s’aiment. Très vite ils s’installent ensemble. Et Agnès tombe enceinte. C’est la grande joie, le grand bonheur ! Jusqu’au jour où ils apprennent, à la première échographie, que tout n’est pas parfait pour le bébé. Il y a une tâche au milieu de son abdomen qui gêne tout le monde. Les parents n’y croient pas trop à cette tâche. Ils espèrent toujours le miracle !

Un monde inhumain

Très vite, David et Agnès vont entrer dans un autre monde. Le monde médical. Un monde parallèle au nôtre. Les parallèles ne se rencontrent jamais… Tout devient une épreuve. La naissance, la prise en charge médicale de Louis, petit bébé né sous césarienne, qui restera hospitalisé plusieurs semaines. Un petit gars très courageux, avec des parents qui vont souffrir plus que lui ! Des opérations, des hospitalisations, des soins lourds et invasifs…

Monde médical

Il est difficile pour des jeunes parents n’ayant jamais eu à affronter le monde médical de comprendre tout ce qui s’y passe. Et pour Agnès, comme pour David, ce fut une terrible épreuve. David le décrit parfaitement bien. Beaucoup plus sur le plan humain que sur le plan médical. Vous n’aurez pas réellement de détails sur la maladie et la prise en charge de Louis, juste le minimum pour qu’on comprenne les ressentis des parents et la souffrance de l’enfant. Mais l’auteur s’attache beaucoup plus aux relations humaines, à l’extrême solitude dans laquelle ils sont plongés. A une certaine inhumanité du personnel de l’hôpital. Pas tous, bien sûr et heureusement ! Ils vont faire aussi de belles rencontres.

Avec l’amour, tout est possible

La douleur est difficilement partagée et partageable. Par contre, les soutiens des amis, de la famille sont de véritables béquilles pour le jeune couple. Le rôle des grands-parents est merveilleusement bien décrit. On imagine alors leurs angoisses quand ils devaient garder le petit Louis qu’ils ne quittaient pas une seconde des yeux quand ils en avaient la garde. Une épreuve pour tous et au centre un petit gars qui force l’admiration.

Un chemin plutôt qu’un autre est un très beau témoignage qui donnera de l’espoir à beaucoup d’entre nous. Ne jamais baisser les bras et croire en soi, aux rencontres et à l’amour !

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Comme beaucoup de couples, Agnès et David s’étaient rencontrés au travail, devant l’ascenseur.
L’amour et le désir d’enfant vont pour ainsi dire s’entrechoquer. À la première échographie, leur vie bascule. Autour du petit Louis, famille et amis vont être entraînés dans une vie tempétueuse et pleine de surprises.
Une rencontre peut-t-elle les bouleverser et les amener à envisager leur situation d’une autre manière ?

Date de parution : le 31 décembre 2017
Auteur : Geoffrey Dartoy
Prix : 13 €
Acheter sur : Amazon

Un beau moment de grâce avec Un coeur simple au Théâtre de Poche Montparnasse

Un Coeur Simple
Un Coeur Simple, mise en scène de Xavier Lemaire, Théâtre de Poche Montparnasse

Un beau moment de grâce avec Un coeur simple au Théâtre de Poche Montparnasse

Un Coeur simple est rien de moins que la pièce du mois d’octobre, tout simplement. Isabelle Andréani occupe la scène, elle hypnotise et elle envoute. Dans le rôle apparemment ingrat de Félicité, femme de devoir qui s’accommode de la frustration apparente de sa vie de servante dévouée, elle voit pourtant des raisons d’être simplement heureuse là où d’autres maugréeraient dans des récriminations sans fin. Avec une économie de moyen qui s’illustre par ces objets chiches sortis de sous une estrade en bois, Félicité raconte sa vie, les gens qui l’ont côtoyé, les enfants de sa maîtresse, son neveu, les petites joies qui en deviennent des grandes et les grandes peines qu’elle surmonte grâce à son caractère entier. Une pièce de théâtre saluée par une salve d’applaudissements finaux nourris de bravos cent fois mérités. Un grand moment de théâtre à découvrir au Théâtre de Poche Montparnasse.

Une pièce sans hypocrisie et sans subterfuges. 

Beaucoup d’anciens adolescents ont lu 3 Contes de Flaubert au collège. Un cœur simpleLégende de Saint Julien l’Hospitalier et Hérodias ont ennuyé ou au contraire charmé ceux qui les ont lus. La première histoire ravive un temps pas si ancien où tant d’êtres dans l’indigence se sont mis au service de grands bourgeois fortunés, dans l’ombre mais pas sans acquérir une place centrale. A l’instar de la dialectique du maître et de l’esclave chère à Hegel, Un coeur simple raconte le destin sans ampleur d’une femme qui se raccroche aux éléments de son quotidien pour créer de la joie. Les enfants de ses proches, le rythme inlassablement répété de ses tâches ménagères, Loulou le perroquet rouge aux ailes turquoises, tous lui apportent ce supplément de vie sans quoi elle ne se verrait pas exister. Et Isabelle Andréani interprète magnifiquement à elle seule ce destin de femme de rien qui devient l’héroïne d’une nouvelle d’un des plus grands auteurs du XIXe siècle. Et certains se diront qu’il est surprenant qu’une telle histoire rencontre un tel succès au début du XXIe siècle. Car durant 1h10, aucune trace d’insignifiance ne transparait dans un récit si peu de notre temps. Même si les rumeurs du village normand rappelleront les unes futiles des sites internet de médias occidentaux souvent proches du vide, l’existence de Félicité est celle d’une terrienne, certes peu éduquée mais au coeur sensible et fragile aux attaques du dehors. Cette sensibilité touche le public en plein coeur durant tout le spectacle. Félicité ne critique pas, ne fait pas de jugement hâtif et ne condamne pas. Elle sait l’importance du respect mutuel pour permettre le vivre ensemble. Isabelle Andréani prête certes quelques mots flagorneurs ou caricaturaux aux différents personnages qui évoluent autour de Félicité, attisant quelques éclats de rire bienvenus pour quitter une certaine pesanteur récurrente, l’héroïne a tout d’une sainte au coeur d’une époque nichée entre l’épopée napoléonienne et les révolutions du XIXe siècle. Et à la fin, ce que le discours final de l’actrice souligne aussi bien, c’est surtout le sentiment d’une juste célébration du destin de femmes de rien qui ont contribué à la vie des familles au XIXe siècle qui ressort. De quoi faire du bien dans notre époque par trop anxiogène et jonchée de quêtes loin de la vérité du personnage de Félicité

Un coeur simple se joue encore pour quelques semaines au Théâtre de Poche Montparnasse avant quelques reprises aux dates à voir sur le site internet du théâtre. C’est le moment de réserver sa place pour admirer la performance d’une comédienne aussi honnête et droite que le personnage qu’elle interprète. Et ça fait du bien.

Dates :  A partir de 2 octobre 2018, du mardi au samedi à 19h
Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse(Paris)
Metteur en scène : Xavier Lemaire
Avec : Isabelle Andréani

« Après la répétition » ou le théâtre de la vie selon Bergman

"Après la répétition" ou le théâtre de la vie selon Bergman
« Après la répétition » D’Ingmar Bergman / Tg STAN, photo ©Dylan Piaser

« Après la répétition » ou le théâtre de la vie selon Bergman

Fervent admirateur de Bergman, le Tg STAN revisite le célèbre téléfilm du maître à l’empreinte éminemment théâtrale. Et explore, avec force, cette parole intranquille à la lucidité implacable et l’humour grinçant, qui creuse les rapports humains entre fiction et authenticité, sincérité et artifice, attraction et manipulation.

“Après la répétition” met en scène cette ligne ténue entre réalité et imaginaire où comment le théâtre et la vie se confondent et se répondent dont Bergman n’a eu cesse de sonder cet enchevêtrement et de mêler ainsi vie intime et fiction.

Devant nous, un metteur en scène pour qui le théâtre est l’essence même de sa vie et son actrice principale, dont la mère a entretenu une relation amoureuse destructrice avec lui.

Une mise en abîme du théâtre

Pour lui, le monde de l’illusion et de la fiction sont bien réels. Car c’est par le théâtre qu’il ressent ses désirs les plus profonds, qu’il exorcise ses peurs, qu’il voit naître ses nouveaux amours, et qu’il se sépare de ses anciennes relations.

Et une répétition car une fois de plus, Vogler met en scène Le Songe de Strindberg, pièce impossible à monter ; une fois de plus, le voici confronté à une jeune actrice (ce fut d’abord la mère puis aujourd’hui la fille) dont il pourrait tomber amoureux.

Un face à face percutant

Un va-et-vient entre réminiscence du passé et instant présent, où deux comédiennes -la mère et la fille- éprouvent une attirance pour le metteur en scène.

S’engage alors entre eux un face à face percutant, entre règlement de compte et intime confession.

Chacun se provoque à coup de mensonges et se séduise à force d’imagination. Lorsque Hendrik évoque sa mère disparue, Rachel – avec laquelle il entretenait une relation adultère – l’actrice minée par l’alcool et l’angoisse fait son apparition, telle un spectre du passé. Elle confronte Hendrik à sa lâcheté et à ses hésitations durant les années de leur relation.

Puis, le dialogue reprend avec Anna qui lui annonce qu’elle est enceinte et souhaite abandonner son rôle. Voyant sa réaction indignée, elle lui avoue qu’elle a avorté et qu’elle voulait seulement le tester. Tous deux imaginent alors comment ils pourraient entamer une relation, et s’inventent la vie qu’ils mèneraient.

Une mise en abîme qui se joue de la frontière entre le réel et la fiction comme du dédoublement des protagonistes et de leurs intentions où se font jour les rapports de force et de séduction, l’intranquillité des sentiments et leur ambiguïté.

Et dans cette histoire sur le théâtre et son débordement intime, les deux comédiens sont exceptionnels de naturel et d’intensité.

L’actrice, jouée par Georgia Scalliet de la Comédie-Française à l’affiche également de La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez, porte en elle toutes les angoisses et les tourments de sa relation toxique avec sa mère mais aussi les blessures intimes de cette dernière qu’elle interprète aussi, tandis que Frank Vercruyssen est ce metteur en scène habité corps et âme par son art.

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Dates : du 25 octobre au 14 novembre 2018 l Lieu Au Théâtre de la Bastille (Paris)
Metteur en scène : Tg STAN l Avec : Georgia Scalliet et Frank Vercruyssen

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