Les Inséparables, mise en scène de Ladislas Cholat, Théâtre Hebertot
Une pièce de théâtre totale au Théâtre Hebertot avec Les Inséparables
Les nostalgiques de la Télé des Inconnus s’attendent à une comédie désopilante en voyant le nom de Didier Bourdon sur l’affiche. De l’humour il y en a, des rires aussi, mais le ton de Les Inséparables est surtout mélancolique et émouvant. L’histoire de cet homme, peintre célèbre mais maussade qui vient de fêter ses 60 ans et a reçu un appartement en leg de la part d’une mystérieuse artiste nonagénaire, touche le spectateur par son accumulation de révélations qui se font dans une ambiance douce amère. Un vrai moment de surprise que cette pièce de théâtre loin d’être aussi évidente qu’attendue!
Une pièce à tiroirs
Quand Didier Bourdon apparait sur la scène, le spectateur ne sait pas trop à quoi s’attendre. La lassitude de son personnage s’étend instantanément sur l’audience avec ses remarques cyniques et son caractère de chien. Peintre célèbre en panne d’inspiration depuis plusieurs années, il hérite d’un appartement parisien de la part d’une inconnue, peut-être admiratrice de son art pictural, en tout cas mystérieuse. Attifé de frusques informes, il semble trainer son mal être comme un boulet. La scène du Théâtre Hebertot contient l’appartement en son entier, juché sur un toupie pour tourner au fur et à mesure de l’action et révéler tous ses recoins. Le procédé déjà utilisé récemment avec brio au Théâtre de l’Europe-Odéon avec Les 3 Soeurs est tout aussi éblouissant et permet de complexifier l’action en multipliant les angles et les points de vue. Un même salon n’est plus tout à fait le même selon la perspective avec laquelle il est regardé. Et puis Didier Bourdon apparait de nouveau vêtu d’un impeccable costume 3 pièces et le spectateur comprend que les sauts chronologiques vont confronter plusieurs générations d’une famille légèrement disfonctionnelle. Les raisons de la relation trouble entre un grand père banquier et son petit fils artiste, tous deux interprétés par le même Didier Bourdon, prend graduellement de l’ampleur jusqu’à la divulgation finale des raisons de leur brouille.
Des personnages secondaires épatants
Aux côtés d’un Didier Bourdon, parfois aussi drôle que dans sa grande époque mais surtout souvent étonnant d’émotion et de subtilité, le casting de la pièce n’y va pas par le dos de la cuillère. Une Valérie Karsenti échappée de Scènes de Ménages fait étalage de ses talents de comédienne bien au delà de ce que lui permet habituellement le programme familial de M6. Thierry Frémont est égal à lui même en indéfectible ami galiériste du héros, Pierre-Yves Bon et Elise Diamant font des jeunes pleins d’entrain et d’innocence. La pièce tourne autour de cette malédiction à l’origine de la brouille entre grand père et petit fils et les raisons apparaissent à la toute fin d’une pièce qui jongle entre truculence et émoi dans une belle sarabande d’émotions contraires. Les comédiens semblent follement s’amuser dans les scènes d’humour et voir les larmes affleurer sur leurs yeux dans les moments d’émotion. La pièce fait réfléchir sur tous ces non-dits qui paralysent les relations humaines et stigmatisent des tensions jamais avouées pour des fêlures qui sautent les générations. L’éternel thème du Famille je te hais pourrait résumer la pièce mais ce serait un peu léger tant Les Inséparables aime brouiller les pistes et creuser le sillon de la psychologie familiale.
Les inséparables est une vraie belle surprise théâtrale avec sa mise en scène éblouissante et ses comédiens au diapason. Une pièce à ne pas manquer pour passer un moment de théâtre unique.
Dates : A partir du 24 janvier 2018 Lieu : Théâtre Hebertot (Paris) Metteur en scène : Ladislas Cholat Avec : Didier Bourdon, Valérie Karsenti, Thierry Frémont, Pierre-Yves Bon, Elise Diamant
Money, film de Gela Babluani, Copyright Océan Films
Un thriller français avec Money
Le réalisateur de 13 Tzameti revient avec un casting francophile de haut vol. Vincent Rottiers et George Babluani affrontent Benoit Magimel et Louis-Do de Lecquesaing pour rafler un beau magot et s’extraire de leur basse condition sociale. Mais la quête du graal est jonchée d’obstacles mortels qui symbolisent la difficulté de changer de condition dans un monde figé dans ses stéréotypes.
Un film à tiroirs
Quand les personnages interprétés par Vincent Rottiers et George Babluani épaulés par Charlotte Van Bervesselès entreprennent de cambrioler une maison cossue pour rafler plusieurs centaines de milliers d’euros, ils y vont à la cool, sans plan préconçu et sans anticiper les embuches. Le film débute comme un casse facile à réaliser pour des personnages qui s’enlisent dans des difficultés grandissantes. Le réalisateur Gela Babluani fait le choix de l’ultra réalisme avec une intrigue qui évolue toujours dans deux endroits principaux, la baraque cossue et le quartier miteux des protagonistes, histoire de mettre en perspective les différences de milieux sociaux. L’action monte petit à petit après un début très placide pour évoluer dans le gunfight et les règlements de comptes. La facture du film est classique et peine à s’élever au delà de la peinture sociale habituelle. Un film à découvrir pour la performance comme toujours très habitée de Vincent Rottiers.
Money ne fera peut être pas date dans l’histoire du thriller à la française mais il se regarde avec plaisir. Et vous, que feriez vous pour mettre la main sur 800 000 euros?
Fatigués de leurs fins de mois difficiles, trois jeunes sans avenir voient l’opportunité de gagner beaucoup d’argent en volant une mallette à un notable du Havre. Sans le savoir, ils viennent de braquer un secrétaire d’État corrompu et de voler l’argent d’une entreprise criminelle. Débute alors, une spirale qui les dépasse complètement.
SortieDVD : le 7 février 2018 Durée : 01h30 Réalisateur : Gela Babluani Avec : George Babluani, Vincent Rottiers, Charlotte Van Bervesselès Genre : voir fiche allociné Prix : 14,99 € (DVD) Acheter : sur Amazon
Une foisonnante mise en abime du théâtre avec Dom Sganarelle au Théâtre Le Ranelagh
Dom Sganarelle, mise en scène de Jean-Philippe Ancelle et Michel Pilorgé , Théâtre le Ranelagh
Deux comédiens se retrouvent pour répéter la pièce Dom Juan de Molière en prévision d’une possible mise en scène dans un théâtre. Ils connaissent le texte sur le bout des doigts, ils ont déjà interprété les deux personnages de Dom Juan et Sganarelle 30 ans auparavant, quand ils étaient alors plus jeunes. La répétition dévie très vite vers des considérations très personnelles sur l’âge et le temps qui passe, constamment mises en balance avec les dialogues épiques des deux personnages. Jean-Philippe Ancelle et Michel Pilorgé proposent une variation toute en finesse sur le texte éternel du dramaturge du XVIIe siècle. Les comédiens devant jouer Dom Juan et Sganarelle doivent ils nécessairement être jeunes et fringants pour être crédibles sur scène? La pièce Dom Sganarelle au Théâtre Le Ranelagh offre une réponse truculente dans un déroulé vif et captivant.
Une pièce dans la pièce
Le choix du titre lui-même en dit long sur les intentions d’une pièce qui s’amuse à casser les codes et joue avec les clichés. Dans l’esprit collectif, Dom Juan est le seigneur à la superbe légendaire, coureur de jupons, athée convaincu et bretteur invétéré, Sganarelle est pour lui au mieux un faire-valoir, au pire un sous-fifre. Les deux comédiens réels Jean-Philippe Ancelle et Michel Pilorgé interprètent deux comédiens se nommant Philippe Leroy et Michel Claude, ce qui donne déjà un très fort indice sur qui joue qui dans la pièce jouée dans la pièce. Une question se fait rapidement jour, un comédien doit-il nécessairement être attaché à un personnage sans pouvoir interpréter son pendant? Le texte de Molière est décliné sous l’angle quasi exclusif des rapports entre Dom Juan et Sganarelle, toutes les scènes avec d’autres personnages sont éludées pour conserver la substantifique moelle des rapports complexes entre eux deux. Et Philippe Leroy et Michel Claude multiplient les apartés pour évoquer leurs existences de comédiens de seconde zone, jamais devenus assez connus pour que leurs noms puissent apparaitre tout en haut de l’affiche. Un peu frustrés par leurs destins légèrement contrariés, ils se dévouent néanmoins à leur art et donnent le meilleur d’eux mêmes pour réciter le plus parfaitement possible la prose de Molière. Le passage du langage familier évoquant les avanies du quotidien au langage châtié du XVIIe siècle se fait de manière impeccable pour le constat clinquant d’une maitrise théâtrale totale par les deux comédiens. Et quand ils échangent leurs rôles l’espace d’une scène, la pièce ne perd rien de sa force.
Deux comédiens jouent avec Molière
Dom Juan est un monument du théâtre français, une comédie en 5 actes qui défie le temps qui passe et conserve toute son irrévérence. La tirade évoquant l’hypocrisie « l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus » semble ne pas avoir d’âge et pourrait très bien s’appliquer à notre époque actuelle, soulignant sa force constante. Les comédiens s’appliquent à varier les tons pour démultiplier l’intensité du texte. Pas d’Elvire, de Gusman ou de Francisque sur scène, la pièce se concentre sur deux comédiens récitant leur texte pour en améliorer l’impact. Et l’intensité des personnages se mêle aux rires des spectateurs, car les dires de Dom Juan sont tellement gros que leur effet sur le public est immanquablement ironique. Les réactions outrées de Sganarelle y font également beaucoup, surtout quand quelques instants auparavant les deux comédiens évoquent leurs péripéties personnelles avant de revenir au texte stricto sensu. La pièce Dom Sganarelle devient une mise en abime du théâtre, rappelant à l’envi que les rôles sont joués par des comédiens aux sentiments exacerbés qui mettent beaucoup d’eux mêmes dans leurs interprétations.
Dom Sganarelle au Théâtre Le Ranelagh est un bonheur de théâtre avec une variation pertinente sur le texte de Molière. Pour qui a vu maintes et maintes fois Dom Juan au théâtre, la pièce offre une variation rafraichissante avec un regard habile sur le texte. Une pièce à découvrir jusqu’au 8 avril!
Dates : jusqu’au 8 avril à 19h au mercredi au samedi, le dimanche à 15h Lieu : Théâtre le Ranelagh (Paris) Metteur en scène : Jean-Philippe Ancelle, Michel Pilorgé Avec : Jean-Philippe Ancelle, Michel Pilorgé
Couleurs de l’incendie, la fabuleuse plume de Pierre Lemaitre (Albin Michel)
Souvenez-vous, Pierre Lemaitre a reçu le Prix Goncourt en 2013 pour son livreAu revoir là-haut. Couleurs de l’incendieest le deuxième volet de cette trilogie. Quand on termine le livre, on est très triste de quitter tous ces personnages, mais on sait qu’un troisième livre va encore nous régaler !
Scénario passionnant
Pas besoin de se souvenir de Au revoir là-hautpour comprendre la famille Péricourt. Dès les premières pages nous voilà replongés au cœur de cette famille. Nous sommes en 1927, Madeleine vient de perdre son père, Marcel, qui a bâti un véritable empire financier, la banque Péricourt. Le jour de l’enterrement, Paul, huit ans, le petit-fils et unique héritier, a échappé de peu à la mort en se jetant d’une fenêtre, sur le cercueil de son grand-père qu’il affectionnait particulièrement. La vie de Madeleine devient un calvaire. Elle ne pense qu’à une chose : sauver son fils. Elle ne s’intéresse pas aux affaires de son père qu’elle laisse gérer par ses hommes de confiance. Elle emploie un précepteur pour Paul et le garde à ne rien faire après l’accident. Leonce, sa personne de confiance prend soin d’elle et de Paul. Elle est parfaite. Elle est même devenue une amie. Un jour, on lui prouve qu’elle pique dans la caisse depuis plusieurs mois. Peu importe ! C’est de la faute de Madeleine qui n’a même pas pensé à augmenter son salaire ! La pauvre ! Du coup, Madeleine lui fait même un énorme chèque pour éponger toutes ses dettes. Madeleine est généreuse, très généreuse. Les soucis d’argent, ce n’est pas son affaire. Elle signe ce qu’on lui demande de signer… Mais quand il faut placer tout son argent dans le pétrole irakien, elle préfère le roumain…
Revirement complet en 2ème partie
Pierre Lemaitre a une plume absolument géniale ! Le lecteur est complètement absorbé par cette saga familiale de la première à la dernière page. Cette fois-ci, deux époques vont être relatées : avant 29 et après la crise en 1933. La vie de Madeleine et de Paul aura bien changé en seulement quelques années… Et avec la montée du nazisme.
Dans la deuxième partie du livre, Madeleine n’a pas du tout la même vie. Pas d’argent, plus de domestiques, plus d’amis car plus d’argent. Elle se rend compte que toutes les personnes qui l’entouraient du temps de sa splendeur ont abusé d’elle, l’ont volé la pensant stupide. Mais cette femme n’a pas dit son dernier mot. Elle devient complètement machiavélique et imagine des scénarios complètement improbables pour se venger de toutes les personnes qui lui ont fait du mal à elle ou à son fils. Car elle va enfin découvrir le terrible secret de son fils… Pierre Lemaitre imagine la vie de cette famille tout en relatant des faits historiques réels de l’époque. C’est tout simplement passionnant. Toute une époque de l’Histoire de notre pays est au centre de ce roman. Couleurs de l’incendie nous tient en haleine de la première ligne à la dernière ! Un vrai coup de coeur ! On attend déjà avec impatience le dernier volet de cette trilogie. Un grand bravo à Pierre Lemaitre !
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Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.
Couleurs de l’incendie est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, où l’on retrouve l’extraordinaire talent de Pierre Lemaitre.
Date de parution : le 3 janvier 2018 Auteur : Pierre Lemaitre Editeur : Albin Michel Prix : 22,90 € (535 pages) Achetersur : Amazon
Le grand retour de Concrete Knives avec leur nouvel album Our Hearts
Le groupe français Concrete Knives est de retour après 5 ans d’absence. Leur premier album Be Your Own King sorti en 2012avait fait le buzz et le groupe d’Indie Pop remet ça avec l’album Our Hearts prévu pour le 23 février. Un premier extrait est paru avec le morceau The Light. Les morceaux résolument brut et pop rappelleront les riches heures du premier album du groupe The Music sorti en 2002, tant et tant écouté à une certaine époque… Leur son direct et dansant fait s’agiter les hanches et secouer la tête. Originaires de Caen, les 6 membres du groupe creusent le sillon d’une formation serrée avec basse, batterie, guitare et chant. Le clip de The Light est dirigé par le groupe himself épaulé par Renaud Jaillette pour une plongée dans les bois en split screens faisant alterner l’angoisse et la légèreté. Nicolas Delahaye et Morgane Colas déambulent et se déhanchent au son du morceau, faisant penser à un clip à la tendance Blair Witch pop et beaucoup plus joyeuse.
L’album s’ouvre sur un Bring on fire furieusement efficace, de quoi lancer parfaitement les hostilités et annoncer la couleur. Des sonorités électroniques se mêlent au son de guitare pour un mélange souvent dansant qui donne la pêche. Les balades pop comme Gone et Sometimes offrent des respirations bienvenues avant de se replonger dans des tubes psyché comme The Quiet Ones ou des balades pop du côté de l’outre-manche avec Tigh-trope. La conclusion de l’album The Pavement ouvre de belles perspectives pour un groupe que l’adjonction de la pétillante chanteuse Morgane a renforcé et enjolivé.
Concrete Knives a déjà réalisé quelques concerts remarqués avec 3 dates en format showcase à Londres, Paris et Caen les 18, 19 et 20 janvier derniers mais rassurez vous, vous pourrez les voir de nouveau le 20 mars prochain au Point Éphémère!
Our Hearts est un album réalisé avec Andreas Pallisgaard et mixé par Guillaume Sauvageot.
Charles Baudelaire est de retour (Editions Cornélius)
Un groupe de jeunes traine son mal-être dans les rues d’une cité balnéaire italienne entre ennui et mélancolie. L’apparition d’un nouveau personnage va bousculer leurs habitudes. Mais qui est ce curieux monsieur au verbe haut et aux réflexions à l’emporte-pièce? Lui même se fait appeler Charles, Charles Baudelaire, et sa mélancolie est bien plus poétique, voire féroce. L’auteur Alessandro Tota imagine un choc des cultures entre rêves d’hier et spleen d’aujourd’hui, et montre avec humour que rien n’a vraiment changé.
Que diriez vous à Baudelaire si vous le croisiez?
Avec son dessin à l’énergie, Alessandro Tota imagine la rencontre du célèbre poète du XIXe siècle avec la jeunesse d’aujourd’hui. L’auteur des Fleurs du mal et du Spleen de Paris semble avoir traversé un trou spatio temporel et son comportement est semblable à sa légende. Vitupérant et vindicatif, il accuse son siècle de tous les maux et clame son amour de la liberté. Adopté par la jeunesse languide d’une cité italienne, Charles Baudelaire leur récite ses poèmes et partage son spleen pour les aider à comprendre les enjeux de l’existence. D’abord surpris et bousculé, le lecteur se fait vite au paradoxe temporel et suit la rencontre de la jeunesse d’aujourd’hui avec le poète d’hier pour y retrouver toute la morgue du premier surréaliste, comme l’appelait André Breton. Le lecteur suit avec plaisir les réflexions d’un Baudelaire tellement excessif qu’il fascine cette jeunesse moderne en mal d’absolu. Dans un monde actuel où la technologie a remplacé les rêves, le poète offre une échappée belle tentante qui le fait intégrer le groupe de jeunes pour les guider sur les chemins de la maturité. La narration s’attache avant tout au personnage bigger than life pour une tranche de vie douce amère qui charme par sa sincérité romantique.
Charles est une bande dessinée iconoclaste qui devrait charmer autant les amoureux du 9e art que les mordus de poésie.
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À Bari, petite ville balnéaire du sud de l’Italie, un groupe de jeunes punks tue son ennui dans un parc à coup de Rohypnol et de gin tonic. Au centre de la bande, un curieux personnage semble capter toutes les attentions. Habillé d’une redingote ornée d’un nœud papillon, son style tranche avec les vestes en cuir cloutées et les crêtes colorées. Le poète Charles Baudelaire, débarqué tout droit de son 19e siècle quelques temps plus tôt — à moins qu’il ne s’agisse d’un duplicata produit sur place — s’est rapidement intégré à la petite troupe, devenant pour la bande de traine-savates un véritable maître à penser. Son caractère atrabilaire, ses condamnations misanthropes et ses postures anti-conformistes trouvent une résonance dans l’esprit enfumé des jeunes clampins, qui se disputent son amitié. Construit comme une chronique de l’adolescence, jouant des codes de la comédie et du sitcom, Charles cache derrière sa désinvolture un regard acéré sur le désespoir social qui ravage le sud de l’Italie en produisant des souches d’individus sans espoir et sans repères. Les sentences du poète désabusé, qui pose sur ce monde en décomposition un œil dont le temps n’a pas altéré l’acuité, offre au petit groupe un dérivatif à la désillusion qui froisse peu à peu ces âmes trop sauvages ou trop candides. Alessandro Tota livre avec cette facétie douce-amère un aller-retour saisissant entre deux époques; le lecteur convaincu d’être du bon côté du Temps y trouvera matière à se rappeler que la technologie nous a peut-être fait changer de monde mais qu’elle n’a pas réussi à faire changer l’Homme.
Date de parution : le 1er février 2018 Scénariste(s) : Alessandro Tota Dessinateur(s) : Alessandro Tota Genre : Poésie Editeur : Cornélius Prix : 17,40 € (104 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue
Une présentation de la 2e partie de saison au Lucernaire pleine de surprises!
Le lundi 29 janvier au soir, Le Lucernaire a réuni ses abonnés et les journalistes pour exposer son programme de la 2e partie de saison 2017/2018 jusqu’au mois d’aout. Spectacles originaux, adaptations classiques, spectacles contemporains, spectacles musicaux et spectacles pour enfants cohabitent dans une programmation à l’éclectisme souverain. On connaissait le Lucernaire pour sa diversité, la soirée de présentation n’a pas déçu ses aficionados!
Théâtre Contemporain
Le Lucernaire reprend la pièce d’Harold PinterTrahisons jusqu’au 18 mars. Le triangle amoureux est joué à rebours de la fin des années 70 jusqu’à la fin des années 60 avec les spectateurs qui ont toujours un coup d’avance sur les personnages, critique à venir sur Publik’Art. Guérisseur débute prochainement pour une adaptation de Brian Friel pas rejouée depuis l’époque de Laurent Terzieff en 1986, cette histoire de guérisseur habité d’un pouvoir lui permettant de guérir par l’imposition de ses mains débute le 31 janvier! Seasonal Affective Disorder est une cavale amoureuse et rock’n’roll entre deux personnages paumés comme le théâtre sait parfois en proposer. Lauréat du Prix Lucernaire Laurent Terzieff – Pascale de Boysson 2017, cette pièce est attendue comme le loup blanc! Autre pièce d’Harold Pinter prévue au programme, Le Monte-plats programmée du 28 mars au 20 mai!
Théâtre Jeune Public
Le Lucernaire met un point d’honneur à réunir adultes et plus jeunes dans des voyages merveilleux. Le Petit Poilu Illustré offre un voyage tragi-comique dans l’époque de la première guerre mondiale jusqu’au 24 mars, La Petite Sirène ravive l’héroïne d’Andersen à partir du 17 février et Chut mes lunettes ont un secret ravira le public l’été prochain.
Théâtre classique
Le marchand de Venise est actuellement au programme pour une adaptation dynamique de Shakespeare à ne pas rater. L’affaire Courteline débutera le 21 mars pour un florilège des oeuvres de l’auteur mettant en scène les 3 thèmes phares de l’auteur, le ménage, les employés et l’institution judiciaire. Iliade reviendra également l’été prochain avec ses deux comédiens survoltés rejouant Homère dans un grenier, ils ont mis littéralement le boxon sur la scène, de quoi revenir les admirer prochainement au Lucernaire.
Humour
La parole est donné aux femmes pour les pièces humoristiques au Lucernaire. Roukiata Oueadrogo et Laura Domengeproposent des spectacles remplis d’humour. La première raconte son arrivée en France depuis son départ d’Afrique, un parcours tout en truculence à découvrir jusqu’au 7 avril. La seconde raconte sa condition difficile de femme enfant, plus vraiment jeune fille et pas encore adulte, les rires sont en rendez vous avec un langage gentiment grivois qui fera immanquablement mouche jusqu’au 29 avril Quant à Don Quichotte farce épique, son duo de comédiens a fait mourir de rire la salle par leurs faciès silencieux mais évocateurs, à découvrir à partir du 7 février.
Comédie Policière
Le cercle de Whitechapel se la joue Ligue des Gentleman extraordinaires en réunissant de grands auteurs pour découvrir qui est Jack L’éventreur, un grand moment d’enquête à découvrir au Lucernaire jusqu’au 15 avril.
Regardez dès maintenant le programme de Lucernaire pour réserver des soirées théâtrales à profusion jusqu’à août prochain!
Dates : de février à aout 2018 Lieu : Le Lucernaire (Paris)
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L’Opéra de Paris à la fête pour ses 350 ans d’histoire !
La présentation de la saison 2018/2019 de l’Opéra de Paris a été marquée par une soirée très réussie et inspirée, dédiée aux artistes et en leur présence avec des extraits d’opéras et de ballet, réunissant sous les ors du palais Garnier, les journalistes et les Mécènes.
En 2019, l’Opéra national de Paris fêtera un double anniversaire : celui de la signature, en 1669, des lettres patentes donnant à Pierre Perrin l’autorisation d’établir une académie d’opéra – rapidement nommée Académie royale de Musique – et celui de l’inauguration de l’Opéra Bastille, en 1989.
Cette nouvelle saison tout en consacrant un hommage au grand répertoire français, de Rameau à Berlioz, ne renonce pas pour autant à une relecture neuve sur les œuvres, bien au contraire, car « Il faut être capable de rapprocher ces deux extrêmes que sont le contemporain et la tradition« , souligne son directeur Stéphane Lissner et pour “une vitalité nécessaire” poursuit-il.
Une nouvelle saison pour deux anniversaires
Entre répertoire, relecture, et création donc, l’Opéra national de Paris pose son regard sur 350 ans d’histoire. De Il Primo Omicidio de Scarlatti à Bérénice de Michael Jarrell, création mondiale commandée par l’Opéra national de Paris, la saison 2018/2019 propose ainsi de parcourir plusieurs siècles d’histoire lyrique et chorégraphique au sein de l’institution, tout en se projetant vers les années futures.
Et en quelques fragments choisis – selon une pratique prisée au siècle de l’Académie royale de Musique – musique et danse initient une traversée de cette histoire, suscitant çà et là des correspondances excitantes.
Pour le lyrique, ce qu’il faut retenir de la saison à venir :
• Il y aura 19 productions lyriques, dont 7 nouvelles productions : Bérénice, Les Troyens, Les Huguenots, Don Giovanni, Simon Boccanegra, Il Primo Omicidio et Lady Macbeth de Mzensk dans une mise en scène de Krzysztof Warlikowski.
• Une présence importante de l’opéra français : seront ainsi présentés au cours de la saison, Les Huguenots de Meyerbeer, Bérénice (création de Michael Jarrell), Les Troyens de Berlioz, et une reprise de Carmen ;
• Verdi à l’honneur dans 4 productions : Otello, La Traviata, La Forza del Destino, Simon Boccanegra
• Le grand retour de René Jacobs : le chef gantois présentera ainsi le très rare Il Primo Omicidio de Scarlatti, mis en scène par Romeo Castellucci et accompagné par le B’Rock Orchestra pour douze représentations à l’Opéra Garnier ;
• Les stars du lyrique sont au rendez-vous : comme c’est le cas depuis l’arrivée de Stéphane Lissner à la tête de l’institution, les plus grandes stars du lyrique sont maintenant présentes chaque saison à Paris. En 2018-2019, il y aura Anna Netrebko (Récital), Roberto Alagna (Otello et Carmen), Anja Harteros (La Forza del Destino, Tosca), Sonya Yoncheva (Tosca), Jonas Kaufmann (Tosca), Elina Garanca (Les Troyens), Diana Damrau (Les Huguenots), Ludovic Tézier (Traviata, Simon Boccanegra) et bien d’autres encore.
• Deux grands galas auront lieu : l’un le 31 décembre 2018 au Palais Garnier (avec Sonya Yoncheva, Bryan Hymel et Ludovic Tézier), l’autre en mai 2019 (avec Anna Netrebko et Yusif Eyvasof) pour le 350e anniversaire de la création par Louis XIV de l’Académie Royale de Musique.
• En 2019, un opéra baroque sera donné pour la première fois à l’Opéra Bastille : les Indes Galantes de Rameau seront en effet jouées à l’Opéra Bastille, la mise en scène sera confiée à Clément Cogitore. La distribution est éclatante : Sabine Devieilhe, Julie Fuchs, Jodie Devos, Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey entre autres.
Pour la danse, Un hommage sera rendu à Rudolph Noureev avec Cendrillon et Le Lac des Cygnes, mais aussi à Jerome Robbins dont on fêtera le 100e anniversaire de la naissance avec notamment Fancy Free sur une musique de Bernstein. Le chorégraphe suédois Mats Ek présentera quant à lui deux créations, le Boléro sur la partition de Ravel et Another Place, sur la sonate en si mineur de Franz Liszt.
La totalité de la saison 18/19 est à découvrir ici.
L’échanges des princesses, film de Marc Dugain, Copyright High Sea Productions et Scope Pictures
Une reconstitution historique parfaite avec L’échange des princesses
Sorti fin décembre 2017, L’échange des princesses continue d’être programmé dans des cinémas d’art et d’essai pour profiter d’un film à la magnificence formelle, rien de moins. Certains plans ressemblent à des tableaux de maitres et les regards en disent autant voire plus que les dialogues sur la duplicité des personnages adultes. Les deux jeunes actrices sont épatantes, surtout Julianne Lepoureau qui du haut de son jeune âge attire la lumière à elle. Au milieu d’un casting trois étoiles, cette histoire de jeunes princesses devenues malgré elles des enjeux politiques se regarde avec l’oeil de l’esthète ravi par les choix plastiques du réalisateur.
Une anecdote croustillante de l’histoire de France
Quand le régent décide en 1721 de nouer une alliance maritale avec le grand ennemi espagnol, il ne se doute pas de la difficulté de son entreprise. Car les 4 jeunes tourtereaux sont autant immatures que jouets de la volonté politique. Philippe V d’Espagne et Philippe d’Orléans dirigent chacun un royaume ruiné par d’incessants conflits stériles qui n’ont que peu fait bouger les frontières. Des millions de morts inutiles et des caisses vides motivent les monarques à une entente d’intérêt sur la base de petites têtes blondes qui deviennent des marionnettes. Dans un temps où la notion de droit de se faire importuner n’était qu’un lointain fantasme, la raison d’état commande à tout et à tous. Pour illustrer ce propos, le réalisateur Marc Dugain privilégie l’économie d’effets, les personnages semblent engoncés dans les corsets et les conventions sans jamais pouvoir s’en échapper. Si Mlle de Montpensier a tout de l’adolescente rebelle un peu incongrue et perdue au XVIIIe siècle, l’Infante d’Espagne Anna Maria Victoria fascine du haut de ses 4 ans. Toujours égale à elle même, affable et souriante, elle semble d’une maturité surprenante. A leurs côtés, Lambert Wilson et Olivier Gourmet font le job avec leur habituel talent pour interpréter des personnages de toutes les époques.
L’échange des princesses est réservé à un public averti, à toux ceux qui apprécient les films d’époque en costume, sans combats à l’épée et pétris d’une ambiance florentine à couper au couteau. Dans ce domaine, Marc Dugain livre un petit bijou.
1721. Une idée audacieuse germe dans la tête de Philippe d’Orléans, Régent de France… Louis XV, 11 ans, va bientôt devenir Roi et un échange de princesses permettrait de consolider la paix avec l’Espagne, après des années de guerre qui ont laissé les deux royaumes exsangues. Il marie donc sa fille, Mlle de Montpensier, 12 ans, à l’héritier du trône d’Espagne, et Louis XV doit épouser l’Infante d’Espagne, Anna Maria Victoria, âgée de 4 ans. Mais l’entrée précipitée dans la cour des Grands de ces jeunes princesses, sacrifiées sur l’autel des jeux de pouvoirs, aura raison de leur insouciance…
Sortie : le 27 décembre 2017 Durée : 1h40 Réalisateur : Marc Dugain Avec : Lambert Wilson, Olivier Gourmet, Anamaria Vartolomei Genre : Drame, Historique
Caractériel, le sale môme de Denis Tillinac (Albin Michel)
Denis Tillinac nous décrit l’histoire d’un jeune garçon avec tellement de détails plausibles qu’on se demande tout au long du livre si cette histoire est autobiographique. Après quelques recherches, il se trouve que oui ! Ce sale gosse revit sous la plume de l’auteur. Tellement bien qu’on a souvent mal pour lui. Un sale gosse, un caractériel dit sa mère. Ou encore un garçon » névrosé « . Heureusement pour lui sa grand-mère, Clémence, prend toujours sa défense, ainsi que son père. Mais au final, c’est toujours sa mère qui prendra le dessus. Si Hélène n’a jamais su aimer son fils » caractériel « , il semblerait que ce fils l’ait aimée même s’il a été incapable de lui dévoiler sous quelque forme que ce soit cet amour. D’ailleurs, il dédie ce livre à sa mère !
A force d’être traité de caractériel, ce gosse n’avait pas d’autres moyens de survivre que de répondre le plus parfaitement possible à ce trait de caractère. Partout où il allait, il faisait le maximum pour être détesté et rapidement renvoyé. Il a été également odieux avec ses deux sœurs… Un bon à rien disait sa mère. Même en pension, rien ne lui a été bénéfique…
Oui, ce gamin était caractériel ! Oui, ce gamin aimait faire les 400 coups sinon il s’ennuyait ! Mais il est également le meilleur enfant de chœur du village ! Un gamin capable du bon comme du pire… Un vrai gamin en sorte, un gamin libre !
A travers toutes ces bêtises, l’auteur nous fait partager, avec nostalgie toute une partie de son enfance, de son pays qu’il aime tant. Nostalgie des années de son enfance… Denis Tillinac nous a livré avec une certaine franchise, tout un pan de sa vie, celui de son enfance. Comme un secret enfin dévoilé ! Il a été catalogué toute son enfance comme un caractériel, mais aujourd’hui, il peut dire que malgré tout, il a aimé sa famille… Et qu’il n’est pas du tout caractériel !
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C’est l’histoire d’un cancre qui n’en finissait pas d’imaginer des paradis multicolores pour fuir l’enfer gris de l’école.
C’est l’histoire d’un sale gosse emprisonné dans la camisole d’une sensiblerie maladive.
C’est l’histoire d’un « caractériel » qui a autant désorienté les psys que ses parents et ses copains de classe.
L’enfer, c’était le Paris de Doisneau. Le paradis : les deux villages de ses ancêtres, le chant nocturne des grillons, le rouge vénéneux d’une floraison de coquelicots. L’histoire d’un enfant qui n’était pas fait pour devenir un adulte.
On retrouve le talent et le ton si particulier du romancier Denis Tillinac dans ce portrait d’un môme indiscipliné, prêt à tout sacrifier pour sa liberté. Un môme qui nous est bien familier.
Date de parution : le 3 janvier 2018 Auteur : Denis Tillinac Editeur : Albin Michel Prix : 15 € (174 pages) Achetersur : Amazon
Zéro Phyto, documentaire de Guillaume Bodin, Copyright Amétis / Dahu Production
Zéro Phyto 100% Bio, un documentaire vivifiant pour aider à changer les choses
La définition du dictionnaire se veut plutôt rassurante. Un produit phytosanitaire permet de soigner et de prévenir les maladies des plantes et organismes végétaux. Pourtant une méfiance générale à l’égard des pesticides commande dorénavant de s’en passer le plus possible pour revenir à une agriculture plus verte. Le documentaire Zéro Phyto 100% Bio expose les initiatives menée à bien localement sur tout le territoire dans les domaines de la restauration collective et de la gestion des espaces publiques pour mettre en place un fonctionnement complètement vert. Le documentaire offre un grand bol d’air frais et montre qu’avec un peu de volonté, le changement est possible et totalement possible économiquement.
Un documentaire d’intérêt public
Lorsque les trois associations Générations Futures, Bio Consom’acteurs et Agir Pour l’Environnement sollicitent le vigneron bio et réalisateur Guillaume Bodin fin 2015, elles lui proposent de réaliser des vidéos courtes afin d’encourager les élus, les communes et les citoyens à tenter le 100% Bio. Enthousiasmé par cette initiative citoyenne, il décide d’aller encore plus loin en réalisant un documentaire entier destiné à sortir en salles. Loin d’en être à son coup d’essai après avoir déjà réalisé Insecticide mon amour en 2015, Guillaume Bodin a été à la rencontre de ces communes qui ont fait le pari d’une chaine alimentaire débarrassée de tout pesticide. Si le risque pour la santé stricto sensu n’a jamais été complètement prouvé, le doute devient de plus en plus légitime et beaucoup préfèrent anticiper en adaptant depuis un certain temps le fonctionnement municipaux enjeux écologiques. L’entrée en vigueur le 1er janvier 2017 de la loi Labbé interdisant l’utilisation des pesticides dans les espaces publics a été une confirmation de l’obligation d’adapter les pratiques. Guillaume Bodin a parcouru la France pour montrer l’existence de chaines alimentaires 100% bio pour alimenter les cantines scolaires sans surcout, en liaison avec des associations, entreprises, agriculteurs, ingénieurs et artisans décidés à s’investir dans une question de plus en plus pressante de santé publique. Le documentaire d’1h16 montre bien que la volonté politique permet la mise en place d’un cercle vertueux destiné à s’étendre dans tous les domaines de la société.
Les séances de Zéro Phyto 100% Bio devraient être remboursées par la sécurité sociale tant l’exposé est clair, pédagogique et ludique. C’est à la population d’alerter ses élus pour limiter le plus possible l’usage des pesticides et produits chimiques, le documentaire pourrait bien devenir la pierre décisive à l’édifice de l’éveil citoyen que tout le monde attend.
Les cantines biologiques se développent presque aussi rapidement que l’arrêt des pesticides dans les communes françaises. Des femmes et des hommes, conscients de leurs responsabilités en termes de santé publique et d’environnement, agissent pour des paysages en transition au travers d’initiatives vertueuses !
Sortie : le 31 janvier 2018 Durée : 1h16 Réalisateur : Vincent Garenq Avec : Sylvère Chéret
Harper in Summer, sur la route de l’adolescence avec Hannah Bennett (Rageot)
En un chapitre, le cadre du roman est posé : Harper, bientôt quinze ans, l’ironie pour principale arme de défense face à l’autorité parentale, comme personnage principal. Harper est la voix de ce roman qui s’adresse à la jeunesse, mais aussi à ceux qui voudraient suivre les aventures d’une famille pas comme les autres sur le chemin semé d’embûches de l’adolescence.
Une plume entraînante
Hannah Bennett a su créer des situations qu’on imagine très facilement, de disputes familiales abracadabrantes en quiproquos loufoques. Sa plume légère et addictive entraîne le lecteur de chapitre en chapitre, tous plus drôles les uns que les autres. Harper in summer respire les vacances. On commence cette lecture le sourire aux lèvres et la termine déçus de quitter cette famille pour le moins unique.
Témoin de l’adolescence
Harper traverse une période bien connue de tous : l’adolescence. Ce moment pas facile où tout change autour d’elle, où l’envie d’indépendance dépasse le bon sens. Harper se retrouve prisonnière de ses propres émotions, sans savoir comment les contrôler, ni même si elle doit les contrôler. Pendant ce moment où tout ce qu’elle a toujours connu n’a plus de sens, elle doit apprendre à vivre sans celui qui l’a toujours soutenue, son pilier depuis de longues années : son meilleur ami, Josh.
Un été inoubliable…
Harper in summer est une histoire de famille, qui trouve d’ailleurs une nouvelle définition dans le roman. La famille est définie comme bien plus que les liens du sang. Tous ceux qu’on aime, qui font partie de nous sont de notre famille. Cette leçon, Harper va l’apprendre bien malgré elle, alors que ce qui aurait dû être un été catastrophique se transforme en une expérience unique.
… qui va tout changer
Cet été va bouleverser l’univers confortable dans lequel vivaient Harper et Josh, son meilleur ami de toujours. Entre secrets de famille révélés et découverte de soi-même, les deux adolescents vont découvrir que pour le meilleur et pour le pire, la famille est la seule chose sur laquelle on puisse vraiment compter.
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Dès 12 ans
À cause d’une erreur de réservation, Harper, bientôt 15 ans, passe l’été avec sa famille bobo, ses détestables cousines et son meilleur ami Josh dans une maison pourrie au bord d’un lac glacé du Montana. Face à eux, les somptueuses demeures des millionnaires dont les enfants, d’une beauté rare, sillonnent le lac en hors-bord. Invités à une fête, Harper et Josh font face à Quinn et à Tristan. Face à tant de nouveauté et de liberté, va-t-elle succomber au charme de cet été d’exception ?
Date de parution : le 28 juin 2017 Auteur : Hannah Bennett Editeur : Rageot Prix : 15, 50 € (336 pages) Achetersur : Amazon
Sugarland, film de Damon Gameau, Copyright Universum Film
L’abus de sucre est dangereux pour la santé comme le montre Sugarland au cinéma
Rien de tel qu’une bonne démonstration pour alerter sur la présence massive et nocive du sucre dans notre alimentation. Loin de simplement satisfaire un besoin, le sucre met surtout en danger le corps humain et son omniprésence dans l’alimentation usuelle représente un facteur caché et aggravant de risque. Le réalisateur Damon Gameau suit l’exemple de Morgan Spurlock dans Super size me en devenant lui-même cobaye d’une expérience folle: ingérer 160 grammes de sucre par jour mais consommant non pas des aliments ouvertement addictifs comme des sodas ou des sucreries industrielles diverses, mais seulement des aliments présentés au contraire comme sains. Ce qu’ils ne sont pas. Et le constat est accablant.
Le sucre, un ennemi caché.
Le spectateur se rend rapidement compte que Damon Gameau est un sacré numéro. Ne reculant devant aucune pitrerie, il se met en scène avec humour dans une expérience qui lui fait prendre 11cm de tour de ventre en 2 mois et noie son corps dans une masse sucrée infâme. Et le plus dur pour lui n’est pas de trouver des aliments sucrés, mais plutôt de se restreindre, car le sucre est partout mais comme le réalisateur tient à réaliser son enquête sérieusement, il compte les grammes sur les étiquettes et constate la difficulté de son entreprise. Smoothie, yaourt bio, aliments et aliments allégés sont les outils les plus utilisés pour rester dans la norme. Car 160 grammes est la masse de sucre ingérée quotidiennement par chaque australien, un français ne se contentant que de 100 grammes. Et le film fait froid le dos, l’abus de sucre détruit le corps à petit feu à travers un processus lent mais inéluctable de transformation en graisse et d’accumulation dans toutes les parties du corps. Et les exemples encore plus glaçants abondent comme cet adolescent aux dents rongées, lui qui fut forcé depuis l’âge de 3 ans à consommer du soda. Et lorsque Damon Gameau se rend compte qu’un smoothie aux USA peut contenir jusqu’à 134 grammes de sucre, il manque de tourner de l’oeil.
Un documentaire diablement efficace
Dès la sortie de la salle, le spectateur attentif ne peut qu’être dégouté de cette manie des industriels de planquer du sucre partout. Car le sucre est l’équivalent d’une drogue hyper addictive qui force à consommer toujours plus sans jamais vraiment être rassasié. Damon Gameau se fait accompagner de scientifiques présentés avec humour comme des super héros de l’alimentation saine. Les effets de montage sont hyper travaillés et le documentaire, combien même sérieux et alarmiste, n’en perd jamais son humour. Le réalisateur est constamment dans le second degré partout où il va, que ce soit dans un coin reculé d’Australie où les effets du sucre sur la population sont visiblement dévastateurs ou aux Etats-Unis où le sucre est érigé en aliment roi. Le pire reste tout de même la description des grandes marques alimentaires qui embauchent des scientifiques véreux pour cautionner leurs pratiques et continuer d’empoisonner la population.
Rien, non vraiment rien ne sera plus jamais comme avant après la projection de ce film. Si le sel et la graisse sont depuis longtemps considérés comme des substances à limiter dans l’alimentation, le sucre fait une entrée fracassante dans le club des substances nocives. Mais comme un régime adapté permet de réguler rapidement le taux de sucre présent dans le corps humain, on se dit finalement que rien n’est perdu, il faut juste agir rapidement. C’est-à-dire tout de suite, avec comme première cible les enfants!
Le sucre est partout ! Toute notre industrie agroalimentaire en est dépendante. Comment cet aliment a pu s’infiltrer, souvent à notre insu, au cœur de notre culture et de nos régimes ? Damon Gameau se lance dans une expérience unique : tester les effets d’une alimentation haute en sucre sur un corps en bonne santé, en consommant uniquement de la nourriture considérée comme saine et équilibrée. A travers ce voyage ludique et informatif, Damon souligne des questions problématiques sur l’industrie du sucre et s’attaque à son omniprésence sur les étagères de nos supermarchés ! SUGARLAND changera à tout jamais votre regard sur votre alimentation.
Sortie : le 24 janvier 2018 Durée : 1h30 Réalisateur : Damon Gameau Avec : Kyan Khojandi, Damon Gameau, Hugh Jackman Genre : Documentaire
Mélanie Doutey et Michel fau : un couple à bout de souffle mais pas que !
Il faut se méfier d’une pièce de boulevard car elle peut en cacher une autre et révéler sur un ton faussement léger, un questionnement sur le sentiment amoureux, son fantasme et sa cruauté. La pièce date de 1970. L’auteur Jean Poiret est à son aise entre causticité et pince-sans-rire pour vilipender la relation humaine et son rapport de force, entre manipulation et séduction.
Elizabeth (Mélanie Doutey) et Philippe (Michel Fau), en couple depuis 8 ans, ne s’aiment plus. Éprise de liberté et d’indépendance, elle cherche de nouvelles conquêtes. Pour y arriver, elle va enchaîner les prétendants, du jeune homme inexpérimenté à l’amant charnel, sous les yeux et l’encouragement de son mari qui ne manquera pas de scruter la personnalité de ses prétendants à l’aune de la sienne ! Un manège sentimental qui ne sera pas sans conséquence.
Un univers psychédélique et sophistiqué
A l’abri d’un texte drôle, féroce et ciselé, Jean Poiret se moque jusqu’à l’absurde des rapports de force entre les protagonistes qui voient chacun des personnages se confronter à leurs certitudes et à leurs illusions sentimentales.
Michel Fau n’a pas son pareil pour s’emparer avec inventivité et exigence de ce théâtre psychologique à l’écriture incisive mais toujours élégante, mâtinée de dérision, où la cruauté des sentiments se révèle implacable.
Psychédélique et sophistiquée, la mise en scène se joue à merveille des répliques et du ton décalé des situations, aiguisant à bonne distance toute la force comique et spirituelle du texte.
Le décor très seventies et stylisé de Bernard Fau soutient sur la bande-son « comme d’habitude » de Claude François qui revient en leitmotive, le rythme et la mécanique du vaudeville à plusieurs registres.
Michel Fau excelle en mari envahissant et intriguant tandis que Mélanie Doutey est touchante de fantaisie mutine où entre audace et espièglerie, elle incarne une femme libre et paradoxale.
A l’occasion des quarante ans du Centre Pompidou, le Tripostal de Lille accueillait récemment l’exposition » Performance ! « . Du 6 octobre 2017 au 14 janvier 2018, cet événement, constitué de prêts exceptionnels d’œuvres issues des collections de Centre Pompidou, proposait au public d’explorer cette notion issue des arts vivants, à travers une série de productions plastiques ayant pour thème l’œuvre performée et l’expérience du spectateur comme moteur dynamique de celle-ci. En partenariat avec les organes culturels Lille3000 et Latitudes Contemporaines, le chorégraphe François Chaignaud, figure majeure de la danse contemporaine, participait à la soirée de clôture de l’exposition à travers une performance spécialement conçue pour l’occasion. Ce projet éphémère, présence vivante parmi les œuvres exposées, s’offrait en prolongement de Body Double 35 – vidéo de Brice Dellsperger interprétée par François Chaignaud, emblème de » Performance ! « .
Inscrit dans la série de travaux amorcée par Brice Dellsperger en 1995, qui consiste à dupliquer l’extrait d’un film en reproduisant rigoureusement les prises de vue et la bande-son initiales, Body Double 35 reprend un passage de Xanadu, comédie musicale kitsch maladroitement réalisée par Robert Greenwald en 1980. Cette production calamiteuse aux effets spéciaux aussi ambitieux dans leur conception qu’approximatifs dans leur résultat, et dont le scénario plaçait les muses du Parnasse (parmi lesquelles Olivia Newton-John) dans le monde du show-business américain sur fond de paillettes et de disco roller 80’s, fut en son temps considérée comme le plus grand navet de l’histoire du cinéma. Pour Body Double 35, le vidéaste convoque une scène phare de Xanadu : la chorégraphie des neuf déesses inspiratrices se détachant d’une fresque murale au son du tube disco » I’m alive « , pour se mêler aux mortels et sacrer artiste un jeune peintre décorateur d’Hollywood. Dans cette vidéo de Brice Dellsperger, à la fois hommage et regard ironique sur sa référence filmique, c’est le chorégraphe et danseur François Chaignaud qui interprète chacune des neuf muses, dont il offre l’exacte réplique. Œuvre présentée parmi une quarantaine d’autres dans une exposition questionnant la notion de reenactment, Body Double 35 illustre parfaitement l’idée de réitération par l’image d’un acte éphémère, et il n’est pas anodin que l’affiche de l’exposition, tirée du film de Dellsperger, présente la muse inspiratrice de cet événement sous les traits de François Chaignaud.
Il semblait donc naturel que celui-ci soit invité à offrir une performance lors de la soirée de clôture de l’exposition, proposée par le Tripostal le 13 janvier dernier, en collaboration avec le festival Latitudes Contemporaines : » Ils m’ont proposé de faire une performance qui soit quand même en lien avec l’œuvre à laquelle je participe ici – donc l’œuvre de Brice, Xanadu. Et c’est vrai que je me suis un peu creusé la tête dans tous les sens, parce que la référence est un film hyper-bizarre, à la fois très inspirant parce que tout y semble possible, en même temps très pesant parce qu’il est d’une certaine manière assez raté. C’est magique et en même temps ça ne prend pas. Il y a aussi, là, une époque qui n’est pas une référence que je connais bien : ces années 80, cette disco… Je l’ai pris un peu comme une invitation, un défi. Et ce qui m’a plu dans Xanadu, c’était le collage de toutes sortes de genres, d’époques et de registres. C’est-à-dire que ça navigue entre le film presque mythologique – l’histoire de ces Muses qui débarquent de l’Olympe, sur Terre, pour inspirer et rendre amoureux – et il y a la référence à la comédie musicale de l’âge d’or d’Hollywood, il y a une forme de futurisme avec les effets spéciaux, il y a des références à l’actualité du moment, le rock, des trucs plus subversifs, plus sauvages… Et puis il y a les patins à roulettes, à la fois comme un truc de liberté et cool. «
La participation de François Chaignaud à cette ultime Nuit du Tripostal, précédant une soirée psychédélique avec dress-code 80’s, dj-set disco et boule à facettes, se pose donc en écho à Body Double 35 tout en prolongeant les thématiques de création propres au chorégraphe. L’artiste apparaît ainsi sous la forme d’un mystérieux être encapuchonné au volant d’une petite voiture électrique sortant d’un ascenseur. Au centre des spectateurs silencieusement répartis en cercle, il déploie peu à peu une voix lyrique, une nudité et une emphase torturées. Explorant les limites de l’espace offert, l’artiste précise son personnage androgyne aux longs ongles vernis, au crâne démesuré, les yeux abondamment fardés, le bas du visage couvert d’un long voile de cheveux qui finit par tomber, à son tour. Ce sont ensuite les membres du Roller Derby Club de Lille qui, après avoir surgi entre les œuvres de l’exposition et investi l’espace parmi les spectateurs, le rejoignent, se livrant à une série de figures sportives, pour enfin s’unir dans une chorégraphie rythmée. Ce surprenant croisement des disciplines a été rendu possible, en partie, par l’équipe de Latitudes Contemporaines qui a soumis au performer l’idée d’une collaboration avec le club sportif lillois : » Ça m’a plu de tenter une rencontre. C’était peut-être aussi naviguer entre plusieurs registres de la performance. Dans les références, j’utilise aussi bien ce qui est typiquement de la musique expérimentale performative que d’autres registres, et la présence du roller derby ramène l’art du patin – dans un registre beaucoup plus sportif. […] Ce qui me plaisait beaucoup, c’est qu’en faisant de la danse – qu’on considère comme l’art du mouvement, du déplacement -, les patins gagnent sur tous les danseurs parce que non seulement ils bougent, mais en plus ils ne sont pas statiques. Donc il y a cette dimension cinétique. Après, ça me plaît beaucoup de commencer dans le musée : c’est une œuvre qui a quelque chose de cauchemardesque parce que les danseurs sont propulsés dans le musée, on ne peut pas les localiser. Les patins, liés à Xanadu, c’est aussi cette notion d’œuvre non localisable. «
Mais si le roller s’avérait, en tant que sport, un atout dynamique de choix sur le plan chorégraphique et technique, la dimension socio-culturelle de cette discipline offrait également un intérêt particulier pour le chorégraphe. » Les patins, comme le skate, ça a aussi été important dans les formes de cultures subversives – des gens qui ne peuvent pas être attrapés par la police, qui peuvent s’enfuir… » En effet, l’intérêt que porte François Chaignaud à l’aspect communautaire de toute forme d’expression n’est pas récent. C’est cette curiosité qui le pousse à sortir des limites de la seule discipline artistique (il est également historien et a publié en 2009 aux PUR de Rennes L’Affaire Berger-Levrault : le féminisme à l’épreuve, ouvrage issu de son mémoire de master) pour s’intéresser à l’histoire des marges et des communautés. Et c’est dans cette perspective quasi-sociologique qu’il situe les enjeux de la création artistique dès lors qu’on l’interroge sur ce qui serait, selon lui, le terreau le plus fertile de l’expérience esthétique : » C’est une énorme question parce qu’on peut répondre de plein de manières. On peut répondre de manière un peu privée, on peut répondre de manière plus politique ou anthropologique… Je crois que les arts qui m’attirent le plus sont des arts qui s’assument comme des expressions communautaires. C’est-à-dire qui n’ont pas cette conviction conquérante, impérialiste, que la danse est un langage universel. C’est un peu comme le derby, que je trouve magnifique : on dirait que ce n’est même pas un art, c’est plutôt un sport – mais c’est toute une culture et des codes d’expression destinés à renforcer la communauté qui pratique. Ça m’intéresse plus, d’une certaine manière, que l’institution surplombante qui vient masquer sa propre relativité. Et je pense que les institutions sont aussi l’expression d’une communauté – pas une communauté globale, mais une communauté particulière qui a une tendance un peu impérialiste. Ça m’intéresse, ces formes d’expression communautaires dans le sens large mais accrochées à un mode de vie, à un type. » Une relativité liée à la communauté, qui serait donc le propre de chaque groupe culturel mais dont l’Occident aurait perdu conscience pour lui-même. » Peut-être qu’en Europe, on a oublié qu’on est aussi un type, qu’on n’est pas le type général, qu’on est un mode de vie particulier. Si on revient à Xanadu, on voit bien, quand on le regarde, que c’est un film qui est l’expression d’un type de configuration mentale lié à une époque. Je navigue un peu entre la malice d’exhumer ça et l’envie de translater ce goût du patchwork à moi-même, à aujourd’hui – et d’allier ce truc grotesque, un peu pathétique et en même temps intense. » Un attrait pour l’union d’éléments hétéroclites et pour l’ambivalence que l’on retrouve dans nombre d’œuvres du chorégraphe, capable de convoquer dans un même mouvement pathos tragique et bizarrerie burlesque.
Le travail de François Chaignaud, en effet, se nourrit de références très hétérogènes, alliant un intérêt marqué pour l’histoire, l’écriture, le chant polyphonique ancien, l’art du costume et du travestissement… Dans son approche de la danse, il n’hésite pas à mêler pointes et collants classiques au Dancehall jamaïcain; les polyphonies sacrées rencontrent l’univers urbain contemporain, l’esthétique drag-queen et les catwalks des défilés de mode. Si l’artiste, que l’on sent nourri d’une foule d’influences, puise une partie de son inspiration dans ses toutes premières expériences esthétiques, celui qui incarne les divinités inspiratrices de la mythologie grecque dans le film de Brice Dellsperger ne conçoit pas le conservatoire comme le refuge des Muses. » Peut-être que la première inspiration, c’est les choses de l’enfance, les opérettes entendues sur les disques, et le goût de la transformation, de s’inventer des voix… En fait je suis jaloux parce que, ayant grandi ici, je viens de la danse où il semble qu’on ne peut apprendre l’expression qu’au conservatoire – c’est-à-dire qu’elle est déjà canalisée par les institutions. Mais je crois que ce qui m’a le plus marqué après, en devenant adulte, c’est quand j’ai rencontré des amis artistes qui ne font pas ce qu’on apprend à l’école – de la spéculation – mais une expression qui suinte ou d’un mode de vie, ou de conditions de vie. » Ce souci de rattacher l’expression artistique à ses conditions d’émergence, François Chaignaud le partage avec sa partenaire de travail Cecilia Bengolea, danseuse et chorégraphe argentine formée aux danses urbaines, à la philosophie et à l’histoire de l’art, qui s’est également consacrée à l’étude de la danse anthropologique. Ces perspectives communes permettent aux deux artistes, qui collaborent depuis 2005 et ont fondé ensemble la Compagnie Vlovajob Pru, de mener une réflexion chorégraphique constamment rattachée au contexte culturel, sociologique, anthropologique et politique de toute œuvre créatrice – contexte qui constitue à la fois le point de départ et le point d’aboutissement de la recherche. » Avec Cecilia, on a beaucoup travaillé avec des formes de danse urbaines qui sont liées à des positionnements, à des modes de vie, à des conditions de vie, à des conditions d’oppression parfois… Ça me force de plus en plus, sans avoir trouvé la réponse, à comprendre depuis où je parle aussi moi-même. Je ne sais pas si j’y arrive mais c’est mon souhait, mon objectif. Savoir depuis où je parle, depuis quelles conditions spécifiques de possibilités, de privilèges et d’impossibilités. Et depuis cet endroit-là, quelle expression émerge. Ne pas parler depuis un hors-sol » explique-t-il tout en soulignant, une fois encore, la difficile prise en compte de cette dimension dans le champ des institutions européennes. » Je pense que, souvent, on attribue cette capacité seulement à l’art urbain, l’art de zones périphériques, ou extra-européen. «
La recherche artistique de François Chaignaud tend à englober les dimensions vocale, visuelle et kinésique dans une forme d’expression totalisante. De manière analogue, l’artiste s’emploie à produire l’étrangeté d’une identité inédite et complexe par le croisement de genres et registres esthétiques hétérogènes ; à mettre en présence des champs de force divergents, permettant l’émergence de formes hybrides à la fois inattendues et pleinement cohérentes. Ce fonctionnement organique de circulation, de répercussion et d’échanges mutuels est également perceptible dans l’attachement du chorégraphe au travail collectif. Ce n’est donc pas un hasard s’il s’associe à d’autres artistes dans la plupart de ses dernières créations et déplore le peu de considération réservée au statut de co-auteur : » Ce que je n’aime pas trop dans les arts visuels, c’est que, souvent, on consigne tout sous un nom. Alors qu’en fait, la plupart des œuvres qui existent sont coproduites par plusieurs cerveaux, plusieurs âmes. Et j’ai vraiment envie de le prendre comme une chose positive et de ne pas fétichiser la figure de l’auteur unique, qui a tout réfléchi et dont le nom éclipse tous les autres. Au contraire, je dirais que faire le plus possible de pièces où mon nom est au milieu d’autres, ça me semble un plus grand succès. C’est une manière de concevoir quelque chose de plus grand, de mieux comprendre aussi depuis où on parle – à nouveau – parce que la communauté se fait si on est déjà deux à signer : on parle depuis un endroit qui ne se limite pas à un individu abstrait, mais qui est déjà un groupe. » Ainsi, à la manière des polyphonies traditionnelles qui lui sont chères, où la simultanéité, la complémentarité et l’intime imbrication des voix créent une euphonie singulière, le processus de création consiste pour l’artiste à composer un ensemble harmonieux à partir d’unités distinctes. La démarche artistique génère, à partir d’identités multiples, la cohésion d’une œuvre pleine et entière – et ce, à chaque étape de sa réalisation. » Dans la pratique artistique, si l’art par exemple se déploie au plateau, j’ai besoin de pouvoir dialoguer avec quelqu’un qui n’est pas sur le plateau. Cette personne-là, si elle fait la mise en scène, ou la conception, ou l’assistanat, ou quoi que ce soit, c’est aussi important que l’art qui se déploie au plateau – et inversement. Autant au cinéma, on va valoriser beaucoup le nom des acteurs, autant dans l’art vivant, on va valoriser le nom du concepteur hors plateau. J’aimerais que ces différents postes et fonctions soient plus liés et qu’on l’assume. En tout cas, c’est comme ça que c’est le plus fructueux pour moi de travailler […], parce que je travaille mieux, je donne plus et j’arrive mieux à écrire quelque chose en dialogue avec d’autres personnes. » Une dynamique de mise en commun et d’interpénétration des différents pôles dans le processus de création dont François Chaignaud a fait une condition de sa démarche artistique. L’identité particulière de son œuvre, assurément, en est le plus beau reflet.
Propos recueillis au Tripostal, Lille, le 13 janvier 2018
Rescue under fire, film de Adolfo Martínez, Copyright Manolo Pavón
La guerre en vrai dans Rescue under fire en sortie VOD le 26 janvier
Le film espagnol Rescue under Fire sort en direct VOD le 26 janvier et propose une plongée sans fard dans une mission de soldats espagnols déployés en plein coeur de l’Afghanistan. Les grades se côtoient avec une discipline toute militaire pour essayer de sortir d’un guêpier une troupe prise au piège de talibans déterminés. L’expérience immersive est poussée à son paroxysme avec un hélicoptère échoué en plein coeur d’une cuvette que les soldats veulent récupérer pour ne pas le laisser en trophée aux islamistes. Mais les montagnes alentour multiplient les angles de tir et quand les munitions viennent à manquer, les technologies modernes ne sont d’aucune utilité pour sauver des êtres humains qui voient arriver leur dernière heure à vitesse grand V.
La guerre en live
Tout l’intérêt du film réside dans ce réalisme parfois à la limite du documentaire. Pas de soldat bodybuildé pour intervenir avec fracas, le film prend le parti pris d’un quotidien fait de doutes et de désagréments qui met en danger la vie d’une trentaine de soldats. Entre les blessés et les snipers disposés aux endroits stratégiques, c’est tout l’arsenal stratégique d’un convoi envoyé sous l’égide des Nations Unies qui est décortiqué. Et lorsque l’action est au rendez vous, les inévitables blessures rappellent que la guerre n’est pas un jeu pour des soldats qui risquent leur vie très loin de chez eux. Les acteurs espagnols manient la langue de Cervantès tout du long avec quelques incursions en anglais quand ils viennent secourir un convoi américain. Une preuve de plus que le monde global est devenu un petit village où toutes les nations se rencontrent à de nombreuses occasions, même pour des conflits en plein milieu de zones désertiques.
Rescue under Fire est un film de guerre bien fait et destiné aux adeptes du genre. Pas beaucoup de poésie mais une plongée crédible dans le quotidien de soldats confrontés à des ennemis déterminés.
Afghanistan, août 2012. Escorté par l’armée espagnole, un convoi américain qui opère sous l’égide des Nations Unies saute sur un champ de mines. Le sort s’acharne lorsque l’équipage de l’hélicoptère médical envoyé pour secourir les blessés est à son tour victime d’un accident. Ce qui semblait être une mission de routine se transforme bientôt en traquenard : alors que la nuit approche, des dizaines de talibans encerclent les militaires. Commence alors une lutte acharnée pour survivre…
SortieDVD : le 26 janvier 2018 Durée : 1h30 Réalisateur : Adolfo Martinez Avec : Ariadna Gil, Roberto Álamo, Antonio Garrido Genre : voir fiche allociné Prix : 19,99 € (DVD) Acheter : sur Amazon
Et plus si affinités, une invitation à la tolérance de Sara Barnard (Casterman)
Steffi est une adolescente comme les autres, à un détail près : son anxiété se transforme en mutisme sélectif. Toute situation stressante, comme le fait de parler à un étranger, de prendre la parole en classe, se traduit par une incapacité de s’exprimer.
Si sa situation s’améliore au fil des années et que Steffi peut maintenant parler librement avec sa famille ou ses amis proches, comme Tem, sa meilleure amie, aux yeux de ses camarades de classe, elle reste la cinglée incapable de parler.
L’inquiétude des parents
Cette pression constante de devoir prendre la parole est amplifiée par celle que lui imposent ses parents, en particulier sa mère. Dans cette famille recomposée, tout le monde cherche le meilleur moyen de gérer la situation. Mais l’inquiétude de ses parents qu’elle ne puisse jamais se débrouiller seule déteint sur Steffi, petit à petit.
Une rencontre qui va tout changer
Quand Steffi doit faire sa première rentrée sans sa meilleure amie, elle pense avoir perdu la seule personne qui la comprenait sans qu’elle n’ait besoin de parler. Mais ce même jour, Rhys fait sa rentrée. Rhys est sourd et Steffi étant la seule élève du lycée à maîtriser la langue des signes, leur différence les rapproche. À deux, ils affrontent les élèves, le lycée et tout le reste, tout en apprenant à se connaître.
Une intégration difficile
Et plus si affinités est un roman touchant, qui exprime le quotidien de deux adolescents cherchant à vivre leur vie et à s’intégrer dans un monde qui les rejette, ni plus ni moins. Quand le chauffeur de bus comprend que Steffi est incapable de parler, il assume qu’elle est sourde et hausse la voix, comme si parler plus fort était la solution.
Le lecteur au cœur du roman
La surdité de Rhys n’est pas présentée comme un handicap, et c’est ce qui fait toute la beauté de ce roman. Et plus si affinité est une ode à la tolérance et encourage à essayer de se comprendre les uns les autres, malgré nos différences. La première page du roman représente l’alphabet en langue des signes, invitant le lecteur à se sentir concerné, peu importe sa connaissance du sujet. Attention toutefois, les explications de certains signes dans le roman ne sont pas en Langue des Signes Française (LSF) mais en British Sign Language (BSL), à savoir la langue des signes britanniques.
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Romans grand format
À partir de 13 ans
Genre : Roman de vie quotidienne
Thèmes : Adolescence Amitié Amour Handicap
Date de parution : le 24/01/2018 Auteur : Sara Barnard Editeur : Casterman Prix : 16 € (432 pages)
Entre Galite et Publik’Art, c’est une longue histoire d’amour ! Publik’Art vous a fait découvrir Meet & Sing, chorale créative créée par Galite et en avant-première l’écoute de Belle de Casablanca.
Aujourd’hui Publik’Art est fier de vous parler de la première œuvre de Galite : son premier EP : Prélude, avec une très jolie pochette où l’on voit Galite de profil… Un disque à écouter en boucle tellement il est doux, fluide, sensible et sensuel !
Joli Prélude comme très beau morceau d’Etincelle. Belle de Casablancaparle de ses origines. C’est en quelque sorte un hommage à sa grand-mère, à sa mère, à son pays. Un très bel héritage. Louisa raconte l’amour » sur moi, rien que moi « , amour qui change la vie d’une personne.
Galite chante aussi en anglais. On appréciera la musique enjouée et variée tout au long du disque ainsi que des chœurs très discrets mais très soutenants. Un très joli moment d’écoute où Galite voit filer le temps tout en jouissant de la vie sans tracas… Avec même un retour en enfance et à l’école avec Le temps des récitations.
Un grand bravo à Galite qui nous offre une très jolie mélodie tout en musique qui lui ressemble vraiment, intelligente, belle et harmonieuse ! Un album coup de coeur ! A écouter sans modération !
Tertullien, Mise en scène de Patrick Pineau, Théâtre de Poche Montparnasse
Monologue intense et glaçant avec Tertullien au Théâtre de poche Montparnasse
Le comédien Hervé Briaux se positionne une heure durant face à un public médusé pour exposer les thèse extrêmes d’un père de l’église né à Carthage au second siècle après Jésus Christ. Tertullien fut le premier à écrire ses textes en latin et finit sa vie au sein d’un mouvement hérétique, assez pour ne jamais le voir accéder à la sainteté. Le spectacle questionne sur la persistance des thèse intégristes à travers les âges, rien n’ayant vraiment évolué en 2000 ans d’histoire. L’esprit critique est mis à rude épreuve dans cette version actualisée et remaniée d’un texte revu par le comédien pour des propos aussi violents que provocateurs.
Un personnage controversé
Tertullien est certainement moins connu que Saint Augustin mais marqua son temps par l’extrême rigueur de ses thèses. Sa conversion au christianisme à la fin du 2e siècle en fit le plus éminent théologien de Carthage, connu en son temps dans tout le monde romain. Il fut ainsi le premier auteur latin à utiliser le terme de Trinité mais la fin de sa vie le fit proférer des thèses beaucoup plus rigoristes. Le spectacle au Théâtre de Poche Montparnasse porte le sous-titre D’après le traité contre les spectacles situant clairement l’exposé sur un terrain tranchant. Invoquant Dieu comme s’il le connaissait personnellement, Tertullien exhorte à respecter les commandements contre l’idolâtrie, appelant ainsi à fuir les spectacles considérés comme contraires à la parole divine. Le fanatisme n’est pas loin et interroge sur cette manie bien humaine de commander ses semblables pour mieux les contrôler. Hervé Briaux a fait retraduire les écrits latins de Tertullien pour conserver leur signification mais améliorer leur compréhension à l’aune des principes actuels. Son verbe est tranchant comme une lame de rasoir et attaque l’âme humaine par petits coups successifs. Ce sont les excès dogmatiques de toutes les religions qui sont évoqués en filigrane, le rôle du voile devant par exemple recouvrir la tête des femmes pour préserver la pureté de l’homme montre que par delà les religions, c’est une tendance profonde et ancienne qui exhorte certains à commander leurs semblables. L’intervention d’un spectateur lors de la discussion d’après spectacle a permis de préciser que la tradition du voile remontait à au moins 2000 avant Jésus Christ, provoquant les cris d’effroi burlesques d’une spectatrice ne comprenant pas la différence entre éclaircissement et justification.
Un comédien habité
La prestation d’Hervé Briaux toute en intensité contenue fascine les spectateurs. En révélant les thèses de Tertullien, le comédien souhaite faire appel à l’esprit critique des spectateurs pour confronter des thèses antédiluviennes à des concepts toujours utilisés aujourd’hui. L’idéologie islamiste n’a pour ainsi dire rien inventé et rien n’y fait, les thèse extrémistes perdurent à travers les âges, séduisant toujours autant d’individus sans qu’aucun enseignement ne parvienne à les protéger ni à les prévenir. Le propos sur le danger des spectacles parait presque secondaire, seulement représentatif d’un esprit obtus fermé à l’élévation de l’âme humaine. Vêtu d’un costume sobre, d’une chemise blanche et d’une cravate, Hervé Briaux a tout du prédicateur inflexible, la discussion finale a le bon gout de remettre les choses à leur place, permettant au comédien de expliquer avec humour sur ses intentions et de débattre avec l’audience. Le spectacle s’adresse avant tout à l’intellect et sa durée d’une heure est parfaite pour ouvrir autant de lucarnes que nécessaires sur les dangers auxquels l’esprit humain est trop souvent exposé.
Tertullien est un spectacle qui ne peut pas laisser indifférent. Le comédien s’investit totalement dans sa prestation pour faire ressortir du mieux possible la menace du rigorisme autant que son emprise toujours présente sur de nombreux esprits humains. Un spectacle d’une impérieuse actualité à découvrir au Théâtre de Poche Montparnasse!
Dates : du 18 janvier au 25 mars, du jeudi au samedi à 19h Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris) Metteur en scène : Patrick Pineau Avec : Hervé Briaux
Versailles et la mode, un livre splendide de Laurence Benaïm (Flammarion)
Laurence Benaïm est journaliste et écrivain. Elle est surtout spécialisée dans le domaine de la mode et a déjà écrit plusieurs livres sur Dior. Dans son dernier livre, Versailles et la mode, Laurence Benaïm met aussi bien en valeur le château de Versailles que les grandes toilettes de couturiers prestigieux, comme Dior, Lagerfeld, Saint-Laurent… Les plus grands couturiers français défilent au château de Versailles. Une page d’Histoire du temps de la splendeur de la France !
L’auteur nous captive à la fois par la beauté des créations de haute couture, mais aussi par l’histoire de ces créations et le lieu de ces expositions. Les photographies, plus de deux cents, sont tout simplement sublimes. Par exemple, p 103, on peut admirer Jackie Kennedy, habillée en Givenchy, à côté du Général de Gaulle. Elle est resplendissante de beauté ! Sur la page de gauche, on peut observer les détails de sa robe » brodée de fleurs de soie et de perles » !
Les robes, les chaussures, les bijoux, les coiffures, tout est mis en valeur d’une façon royale !
En fait ce très beau livre se lit comme une visite au musée. Il dévoile des secrets plus ou moins connus, entre autres sur Marie-Antoinette, qui ne demandent qu’à refaire surface ! Flammarion a sorti dans sa collection Beaux Livres, Versailles et la mode, qui est à la fois un régal pour les yeux et une source d’informations historiques passionnantes. Un livre qui donne envie, d’une qualité remarquable ! Un très beau livre à offrir !
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Préface : Catherine Pégard «Être reine pour Marie-Antoinette, c’est […] être la femme la plus admirée, la plus coquette, la mieux parée, la plus adulée et avant tout la plus gaie de la cour ; c’est être l’arbitre des élégances, celle qui donne le ton à cette société aristocratique extrêmement raffinée qu’elle prend pour l’ univers».
Stefan Zweig, Marie-Antoinette, 1933.
Date de parution : le 29 novembre 2017 Auteur : Laurence Benaïm Editeur : Flammarion Prix : 55 € (240 pages) Achetersur : Amazon
Le marchand de Venise, mise en scène de Ned Grujic, Le Lucernaire
Une adaptation moderne et dynamique du marchand de Venise au Lucernaire
Les théâtres parisiens ont pris la bonne habitude de dépoussiérer Shakespeare depuis plusieurs années et le Lucernaire en est la parfaite illustration avec sa mise en scène enlevée de la comédie Lemarchand de Venise. 3 comédiens et une comédienne multiplient les incarnations dans une intrigue où les questions d’argent mettent perfidement à mal les sentiments naissants et avivent les tensions entre marchands. Le ton à la limite du burlesque entraine le public dans une folle sarabande de rivalités et de coups de théâtre qui montrent bien la surprenante actualité d’une histoire pourtant écrite à la toute fin du XVIe siècle.
Coups du sort et coups de théâtre
Quand Bassanio s’ouvre à son ami marchand Antonio de ses difficultés de trésorerie compliquant d’autant sa quête de la belle Portia, ce dernier n’hésite pas à lui avancer 3000 ducats qu’il emprunte à son ennemi mortel, l’usurier Shylock. Le contrat que tous deux rédigent stipule qu’en cas de retard de remboursement, Antonio devra laisser Shylock extraire de son corps une livre de chair qu’il aura à charge de prélever lui-même. Cette perspective barbare illustre la profonde inimitié qui sépare les deux hommes. Antonio a humilié plusieurs fois Shylock dans le passé et son optimisme le pousse à ne pas se méfier de possibles coups du sort qui empêcheraient l’acquittement de sa dette en temps et en heure. Cette introduction légèrement sanguinaire sert de point de départ à une pièce si dynamique que ses 1h15 passent aussi rapidement qu’un coup de vent. Le décor composé de ponts miniatures et de bacs remplis d’eau figure Venise la ville maritime, terrain de jeu de la passion amoureuse et des rivalités mortelles. La sérénissime est au XVIe siècle une puissance navale qui rayonne sur le monde et s’enrichit de l’apport de populations venues de toute l’Europe et même d’au-delà. Les marchands chrétiens ont pignon sur rue mais la religion leur interdit formellement et strictement la pratique de l’usure, confiée principalement à la minorité juive qui peuple la cité. L’incidence de cet impératif religieux a pour effet pervers d’affubler les juifs d’une mauvaise réputation liée à leur activité financière lucrative.
Une pièce toujours ambiguë
Les comédiens semblent prendre un malin plaisir à incarner des personnages qui portent en eux les traits les plus caricaturaux de la nature humaine. Les assiduités de Bassanio pour conquérir sa promise revêtent une vertu des plus sincères, comme la rivalité entre Shylock et Antonio semble révéler ce que l’homme cupide et scélérat peut manigancer de pire pour faire payer grassement et cruellement son ennemi à la première occasion. La pièce est depuis toujours considérée comme l’une des pièces à problème de Shakespeare car s’il met l’un de ses discours les plus éloquents dans la bouche de Shylock(Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ?), son portrait continue de susciter la controverse avec des interprétations très diverses, certains y voyant un bouc émissaire prétexte à des propos antisémites, d’autres le porte-parole éloquent d’une communauté qui revendique un traitement équitable et humain. Ces deux aspects sont abordés avec délicatesse par des comédiens qui utilisent un humour bienveillant dans leurs dialogues et leurs attitudes pour laisser de côté les querelles stériles.
Le marchand de Venise lance la saison 2018 au Lucernaire avec une atmosphère résolument théâtrale et picaresque. L’inventivité des comédiens pour manier le verbe et multiplier les personnages donne un rythme qui ravit l’audience et justifie la réputation d’excellence du théâtre.
Dates : du 24 janvier au 1er avril, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 17h Lieu : Le Lucernaire (Paris) Metteur en scène : Ned Grujic Avec : Thomas Marceul ou Cédric Revollon, Julia Picquet ou Léa Dubreucq, Rémy Rutovic, Antoine Théry
Eliza et ses monstres, à la frontière du réel avec Francesca Zappia (Robert Laffont)
Son histoire est un phénomène, sa vie est un désastre. Ces quelques mots, que l’on retrouve sur la couverture du roman, suffiraient à résumer l’histoire d’Eliza. Dans la vie réelle, Eliza Mirk ne vit pas vraiment. Elle se contente de survivre. Elle attend que la journée passe en ne pensant qu’à retourner dans sa chambre et retrouver sa vraie vie. Une vie virtuelle qui n’a pourtant jamais eu l’air si réelle.
Deux identités pour une seule personne
Eliza Mirk est connue sous le pseudo de LadyConstellation comme l’auteure de la BD la plus célèbre d’Internet, La mer infernale. Ses nombreux fans attendent chaque semaine la publication des planches qu’elle partage anonymement. C’est une façon de faire la différence entre ses deux vies. D’un côté, Eliza Mirk, l’adolescente pas vraiment à sa place, qu’on trouve un peu bizarre et qu’on évite tant qu’on peut. De l’autre, LadyConstellation, véritable star du net, phénomène du monde de la bande-dessinée. Seuls ses parents et ses deux meilleurs amis, rencontrés sur le net, sont au courant de son identité.
Une relation complexe entre parents et enfants
Mais difficile pour l’adolescente de faire comprendre à ses parents que tout cela est bien réel. Que ce n’est pas parce qu’elle passe la journée à dessiner, ou devant l’ordinateur, qu’elle perd son temps. La relation d’Eliza avec ses parents est l’un des points clés du roman, un sujet qui revient très régulièrement et pousse Eliza à s’isoler un peu plus chaque fois. On ressent l’impuissance des parents face à la passion de leur fille. Ils sont dépassés par l’idée même que partager ses dessins puisse lui être vital. Ils tentent de comprendre, sans toutefois laisser leurs idées reçues de côté. Eliza tente de les intéresser, mais perds un peu plus espoir chaque fois qu’ils lui tourne le dos sans que rien n’ait vraiment changé.
Une arrivée qui remet tout en question
Le jour où Wallace entre dans sa vie, c’est l’univers tout entier d’Eliza Mirk qui est bouleversé. Ou plutôt, le jour où elle apprend qu’il est un fan de La mer infernale. Tiraillée entre son envie de lui dire la vérité et le besoin de garder son identité secrète, Eliza comprend pas à pas que la vie réelle a plus à lui offrir que ce qu’elle pensait. Qu’il n’y a finalement pas de mal à sortir, aller au bowling ou être avec des amis. Que ça ne remet pas en cause l’existence de LadyConstellation. Que les deux peuvent coexister, sans qu’Eliza Mirk ne s’efface.
Des intrigues prenantes
Si l’intrigue principale du roman est prenante, ce sont les intrigues secondaires qui le rendent si addictif et émouvant. La profondeur des personnages donne à ces scènes un relief nouveau. Les thèmes abordés par l’auteure, Francesca Zappia, et sa plume en font un roman tout à fait unique.
Un aperçu de La mer infernale
Les chapitres sont entrecoupés de quelques planches de La mer infernale, dessinées par l’auteure elle-même. Ces planches sont comme un rappel de l’importance de LadyConstellation dans la vie d’Eliza et apportent au roman une autre dimension.
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Traduit par
Fabienne VIDALLET
Dans la vie de tous les jours, Eliza Mirk est une fi lle timide, intelligente, un peu étrange et… qui n’a pas d’amis. Dans sa vie en ligne, Eliza est LadyConstellation, créatrice anonyme de La Mer infernale, un webcomic extrêmement populaire. Avec des millions de followers et de fans à travers le monde, son alter ego est une véritable star. Mais Eliza ne peut s’imaginer aimer le monde réel plus qu’elle n’aime sa communauté numérique. Puis, un jour, Wallace Warland arrive dans son lycée et Eliza va vite se demander si la vie ne mérite pas d’être vécue hors ligne… Le nouveau roman écrit et illustré par Francesca Zappia, la talentueuse auteur de Je t’ai rêvé.
Date de parution : le 18 janvier 2018 Auteur et illustrateur : Francesca Zappia Editeur : Robert Laffont Prix : 18,50 € (400 pages) Achetersur : Amazon
Mademoiselle Julie, mise en scène de Nils Ohlund, Théâtre de Poche Montparnasse
La force de l’ambivalence avec Mademoiselle Julie (Théâtre de Poche Montparnasse)
La tragédie d’August Strindberg est mise en scène au Théâtre de Poche Montparnasse sous forme d’un huit clos étouffant entre 3 personnages. Mademoiselle Julie est la fille du Comte parti en voyages et elle participe à la fête du solstice d’été célébrée par le personnel du château. En batifolant dans un jeu de séduction débridée autour de Jean, serviteur de la maison promis à Kristin, la cuisinière du Comte, elle ne se doute pas des conséquences autant sociales que sentimentales de ses actes. La tension le dispute aux perfidies dans un véritable duel amoureux parfaitement interprété pour en faire ressortir toute l’ambiguïté.
Une pièce entre désir et culpabilité
Quand l’auteur suédois August Strindberg écrit Mademoiselle Julie en 1899, il est un mari trompé qui transpose dans une tragédie ses frustrations intimes. En imaginant une aristocrate badinant légèrement avec un séduisant serviteur, il abroge le déterminisme social et se venge par l’entremise de cette aristocrate humiliée par un individu d’une classe inférieure. Alors qu’elle joue initialement avec un homme que son éducation lui a appris à mépriser, voire à haïr, et qu’elle pense pouvoir manoeuvrer à sa guise, elle se retrouve prise au piège de la culpabilité. Jessica Vedel interprète magnifiquement cette Julie faible et forte à la fois, résolue et honteuse, coupable et innocente. Questionnant sans cesse son ascendance aristocratique et le statut qu’elle lui confère, elle ne peut se résoudre au déshonneur que sa liaison fugace lui a pourtant fait commettre. L’ambivalence du personnage empreint la pièce d’une force dramatique peu commune, mettant dos à dos le désir interdit et l’acte condamnable. Face à elle, on ne sait si le valet Jean interprété par Nils Öhlund (en alternance avec Fred Cacheux) est un profiteur ou un ambitieux. Il se laisse courtiser en résistant mollement aux avances effrontées de sa suzeraine, sous prétexte d’un respect de sa classe et de son union prochaine avec Kristin (Caroline Pecheny). Mais on sent néanmoins l’astucieux calculateur désireux de s’élever socialement avec l’aide d’une aristocrate prise au piège. La mise en scène inventive de Nils Öhlund illustre ce rapport de force avec une table placée au milieu des spectateurs pour figurer la nasse dans laquelle l’héroïne s’est enfoncée.
Les débuts du féminisme?
Le contexte archaïque de la pièce n’empêche pas le questionnement sur des enjeux sociaux et l’émergence d’une pensée féministe. Car l’héroïne tragique ose bousculer l’ordre établi pour affirmer son désir d’émancipation et la culpabilité qui en découle marque les derniers reliquats d’un ordre ancien dont elle veut s’affranchir. La vraie impasse existentielle de l’héroïne réside dans le poids d’une éducation qui fait s’affronter en elle père et mère sans qu’elle ne puisse jamais vraiment trancher. Sa mère roturière l’a fait se sentir à moitié aristocrate seulement mais l’image d’un père comte la ramène à des prérogatives qui l’obsèdent. C’est finalement en femme affirmée qu’elle pourra trouver une solution à son dilemme intérieur, s’émancipant de barrières psychologiques que Freud décrira comme une lutte interne entre pulsions de domination et de soumission. Les comédiens rivalisent d’intensité pour communiquer aux spectateurs un trouble omniprésent qui enveloppe la pièce d’une aura de soufre.
Mademoiselle Julie tient en haleine tout du long à la manière d’un thriller sentimental retors. Les différents niveaux de trouble ressentis par les personnages assaillent les spectateurs jusqu’à les renvoyer à eux mêmes. Une pièce habillement mise en scène et formidablement interprétée à découvrir au Théâtre de Poche Montparnasse.
Dates : du 19 janvier au 18 mars, du mardi au samedi à 21h, Dimanche à 15h Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris) Metteur en scène : Nils Öhlund Avec : Jessica Vedel, Caroline Pecheny, Fred Cacheux ou Nils Öhlund
Et moi, je vis toujours, le livre posthume de Jean d’Ormesson (Gallimard)
Jean d’Ormesson a écrit un livre assez extraordinaire. Sans doute savait-il qu’il ferait partie de ses derniers, l’avant-dernier pour être exact. Son titre est très révélateur : Et moi, je vis toujours. Effectivement quand on lit ce livre, on ne peut pas imaginer que Jean d’Ormesson n’est plus vivant. Quelle écriture époustouflante et pleine de vie ! Et quelle culture !
Pas vraiment de scénario mais toute une histoire !
Ce livre est écrit à la première personne. Mais le JE ne représente pas l’auteur, mais l’Histoire. L’histoire de l’humanité entière. L’auteur nous fait partager toute sa culture, toute sa passion de l’Histoire et ses passions littéraires et historiques.
Bien sûr, le lecteur est un peu perdu au milieu de tant de connaissances, de tant de détails passionnants. Et en même temps, les très nombreuses références de d’Ormesson nous ravissent et nous renvoient à notre propre culture, à nos propres héritages littéraires ou scientifiques. Quelle richesse de lire près de 300 pages en ayant l’impression de mieux comprendre l’humanité. Même si on ne peut que se sentir ignares face à tant de savoirs.
Découvertes de l’homme pour l’humanité
Enormément de détails, de faits qui ont marqué l’Homme, que ce soit dans un passé très lointain ou plus proche de nous. L’auteur le fait avec le sérieux d’un académicien et la légèreté d’un homme aimant la vie. On le voit rire à travers les lignes quand ils racontent les conquêtes ou les amours des uns et des autres… Il n’hésite pas à porter des jugements très personnels et souvent bien judicieux sur les grands hommes qui ont traversé les siècles.
Cette sorte d’autobiographie intellectuelle et culturelle de l’auteur peut être lue comme un catalogue avec de très nombreuses références qui peuvent en rebuter plus d’un. Mais personne ne peut rester indifférent face à tant de culture, à un esprit brillant, infiniment gai et empli d’ironie ! Même si la fin du livre est troublante.
Publik’Art conseille vraiment cette lecture quel que soit votre niveau de culture historique ! De toute manière, chaque lecteur y puise ce qu’il veut et retiendra certains passages plus que d’autres. Mais vraiment ce serait dommage de ne pas « entendre » ce dernier message de Jean d’Ormesson.
Quelques extraits :
Je parle de Ramsès II, de Moïse, d’Homère, de Platon et d’Aristote, d’Alexandre le Grand parce qu’ils tiennent une place considérable dans ce que vous êtes devenus. P.42
Cinq cents ans avant le Christ, à l’époque de la naissance de la géométrie et de la philosophie, l’histoire universelle, vous le savez déjà, connaît un bouleversement, une sorte d’élan et de nœud : Socrate en Grèce, le Bouddha en Inde, Confucius en Chine. P. 46
L’écriture : les cunéiformes de Sumer, les hiéroglyphes égyptiens, les hiératiques, l’invention du zéro par un Indien de génie, Aryabhata, qui le transmettra aux Arabes qui le transmettront à l’occident. P.100
Pascal, c’est Montaigne revu à la lumière des Béatitudes. P.147
A la tête des salons règnent des maîtresses de maison qui sont souvent aussi les maîtresses des philosophes et des écrivains qu’elles reçoivent et nourrissent. Avec des femmes d’exception, le XVIIe est un siècle d’hommes. Avec les hommes remarquables, le XVIIIe est n siècle de femmes. P.172
Achille, dans l’Iliade, était le modèle d’Alexandre le Grand. Alexandre le Grand était le modèle de César. Alexandre et César sont, à leur tour, les modèles de Napoléon Bonaparte. Il est leur héritier. P.205
Rien ne m’occupe autant que l’amour – si ce n’est la mort. Tout tourne et s’agite et invente et se transforme. Ce qui change le moins dans un monde qui ne cesse de changer, c’est l’amour et la mort. Eros et Thanatos. Comme une ombre d’éternité. P.219
Deux hommes, à trois cents ans de distance, auront révolutionné votre savoir, rabaissé l’orgueil des hommes, changé ce que vous appelez mon cours : Nicolas Copernic et Charles Darwin. P.247
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Il n’y a qu’un seul roman – et nous en sommes à la fois les auteurs et les personnages : l’Histoire. Tout le reste est imitation, copie, fragments épars, balbutiements. C’est l’Histoire que revisite ce roman-monde où, tantôt homme, tantôt femme, le narrateur vole d’époque en époque et ressuscite sous nos yeux l’aventure des hommes et leurs grandes découvertes.
Vivant de cueillette et de chasse dans une nature encore vierge, il parvient, après des millénaires de marche, sur les bords du Nil où se développent l’agriculture et l’écriture. Tour à tour africain, sumérien, troyen, ami d’Achille et d’Ulysse, citoyen romain, juif errant, il salue l’invention de l’imprimerie, la découverte du Nouveau Monde, la Révolution de 1789, les progrès de la science. Marin, servante dans une taverne sur la montagne Sainte-Geneviève, valet d’un grand peintre ou d’un astronome, maîtresse d’un empereur, il est chez lui à Jérusalem, à Byzance, à Venise, à New York.
Cette vaste entreprise d’exploration et d’admiration finit par dessiner en creux, avec ironie et gaieté, une sorte d’autobiographie intellectuelle de l’auteur.
Date de parution : le 11 janvier 2018 Auteur : Jean d’Ormesson Editeur : Gallimard Prix : 19 € (280 pages) Achetersur : Amazon
Natures mortes, BD de Oriol/Zidrou, éditions Dargaud
Une vraie BD picturale avec Natures mortes (Dargaud)
Dargaud propose une BD belle comme un tableau impressionniste. Nature mortes se situe au coeur de la scène artistique du Barcelone de la fin du XIXe siècle. Les artistes maudits et désargentés pullulent dans une métropole à cheval entre modernité et tradition. L’un d’eux croule sous les dettes et mène une vie chiche pour se consacrer totalement àson art. Vidal Balaguer est amoureux de son modèle Mar qui disparait mystérieusement. La BD se déroule dans une évocation aussi réaliste que surnaturelle d’un artiste en quête de sa muse volatilisée.
Une BD belle comme un tableau
La première chose qui surprend à la lecture de Natures mortes, ce sont ces bulles comme des oeuvres de maitres. Les références invoquent des artistes illustres comme Chagall, Gauguin ou Norman Rockwell dans des flots de couleur éblouissants. Le personnage principal est relaté par un vieil ami qui se remémore une vie dédiée à son art dans un Barcelone hanté d’usuriers et de policiers. La vie de bohème prend des atours pleins de charme et l’existence semble légère pour ces artistes dénués de toute finance mais plongés dans leur travail pictural. La narration vogue entre songe et réalité pour un peintre sincèrement épris de son modèle et désireux de la retrouver. Les 64 pages se dévorent littéralement pour un voyage onirique dans l’esprit d’un peintre inventé pour la BD. Vidal Balaguer semble pourtant bien réel et sa page wikipédia brouille les pistes jusqu’à faire douter de son invention et transformer Natures mortes en voyage conceptuel. A chacun de mettre son curseur et de se laisser aller à la rêverie.
La BD Natures mortes est parue en mars 2017 mais il est encore temps de découvrir cette somptueuse BD aux couleurs vives et à la narration mystérieuse. Un beau moment de lecture à dénicher aux éditions Dargaud.
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Barcelone, 1899. Tous deux peintres, Joaquín Mir et son ami Vidal Balaguer fréquentent le fameux cabaret-galerie Els Quatre Gats. Quoique criblé de dettes, Balaguer refuse de vendre le portrait qu’il a fait de Mar, son amour, disparue quelques mois plus tôt sans laisser la moindre trace… Son comportement éveille les soupçons d’un inspecteur de police, d’autant plus que le corps d’une défunte dont Balaguer avait fait le portrait s’est aussi volatilisé…
Date de parution : le 17 mars 2017 Scénariste(s) : Zidrou Dessinateur(s) : Oriol Genre : Fiction Editeur : Dargaud Prix : 14,99 € (64 pages) Acheter sur : Amazon l BDFugue