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Une pièce au coeur du réel avec La ménagerie de verre au Théâtre de Poche Montparnasse

La ménagerie de verre
La ménagerie de verre, mise en scène d’Isabelle Faucon, Théâtre de Poche Montparnasse

Une pièce au coeur du réel avec La ménagerie de verre au Théâtre de Poche Montparnasse

Le Théâtre de Poche Montparnasse propose encore un grand moment de théâtre avec l’adaptation de la pièce de 1944 La Ménagerie de Verre écrite par Tenessee Williams. Deux comédiennes et deux comédiens enchantent l’audience dans une pièce au réalisme brutal et aux sentiments augmentés. La vie des petites gens fascinait un auteur né lui même dans le Mississippi et touché par la pauvreté exacerbée de ses congénères sous le coup de la grande dépression des années 30. L’audience reste hypnotisée 2 heures durant devant les prestations habitées d’une troupe au diapason de l’esprit de la pièce. Un must théâtral à découvrir.

Un drame de l’Amérique profonde

Amanda (Cristina Reali) est une mère célibataire abandonnée par le géniteur de ses deux enfants et qui reporte tous ses espoirs sur la jeune génération. Mais Tom (Charles Templon) rêve d’aventures exotiques tandis que le handicap physique de Laura (Ophélia Kolb) la fait s’emmurer dans une solitude forcenée en compagnie de sa Ménagerie de verre, ses petits animaux minuscules qui lui apportent un réconfort majuscule. Quand Amanda force Tom à présenter un galant à sa fille esseulée, elle rêve d’un mariage qui rehausserait sensiblement le niveau de vie de la famille accrochée aux basques d’un jeune homme frustré par son travail dans un entrepôt et rêvant d’ailleurs. La rencontre entre Laura et Jim (Félix Baupérin) est forte en ambiguïté et en maladresse pour un dénouement que tout le monde anticipe. La pièce se situe dans le quotidien non pas le plus  sordide mais le plus ordinaire de ceux à qui la vie n’a pas fait de cadeaux au coeur d’une Amérique à deux vitesses. Les jours s’écoulent dans un défilé morne, avec des rêves pleins la tête mais rien pour les faire se réaliser. Les comédiennes et comédiens dotent leurs personnages de sentiments à fleur de peau. Passé meurtri et futur incertain hantent un présent chaque jour renouvelé, sans saveur et face à un mur. Cristina Réali joue une mère courage volontaire mais un peu encombrante pour des enfants obligés de cacher leurs véritables aspirations pour ne pas la froisser. Charles Templon joue le fils narrateur qui partage ses pensées avec le public, ironique à l’occasion mais toujours dépendant des autres. Ophélia Kolb est une jeune fille tellement sensible qu’elle semble ne jamais parvenir à s’envoler hors du cocon familial. Tenessee Williams n’a pas ménagé ses effets dramatiques pour tenir en haleine dans une pièce de 2 heures merveilleusement adaptée par Charlotte Rondelez. Le quotidien recèle d’une atmosphère dramatique qui colle littéralement les spectateurs à leurs sièges.

Le salut final fait s’enchainer les bravos de la part d’un public conquis par la performance des comédiens et comédiennes. La Ménagerie de Verre est vraiment un des grands moments de la saison théâtrale parisienne. De quoi réserver sa place au plus vite!

Dates :  A partir du 4 septembre 2018
Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse(Paris)
Metteur en scène : Charlotte  Rondelez
Avec : Cristina Reali, Ophélia Kolb, Charles Templon, Félix Beaupérin

Quatre-vingt-dix-secondes, un récit apocalyptique de Daniel Picouly (Albin Michel)

Daniel Picouly

Quatre-vingt-dix-secondes, un récit apocalyptique de Daniel Picouly (Albin Michel)

Daniel Picouly connaît bien la Martinique, pays de son père, qu’il connait bien. Et surtout qu’il aime bien. A travers Quatre-vingt-dix-secondes, l’auteur raconte la vie à Saint-Pierre, ville de 30 000 habitants située au pied de la montagne Pelée.

Histoires à suivre

Le roman commence le 8 mai 1902, à 5h du matin. Et il se termine le même jour mais à 7h52 du matin. Entre temps, Daniel Picouly raconte la vie à Saint-Pierre en faisant parler la montagne Pelée. Car en réalité, c’est elle le héros du livre. C’est elle qui raconte, c’est elle le narrateur. Elle va choisir quelques habitants et les suivre pas à pas. Car elle sait que dans trois heures, elle va tuer 30 000 personnes et ensevelir Saint-Pierre, le tout en Quatre-vingt-dix-secondes. Elle commence par le duel, au pistolet, entre deux hommes, à 5h du matin. A cette époque, les duels sont fréquents au jardin Botanique de Saint-Pierre et jamais pour rire.

Scénario original

A la lecture de ce roman, le lecteur est subjugué par la plume de Daniel Picouly. Ce n’est pas l’histoire en elle-même qui passionne, c’est le style de l’auteur. Il prend son temps, fait des descriptions d’une précision et d’une poésie rares, tout y est indispensable ! Chaque personnage prend vie dans un canevas imparable. La vie continue à Saint-Pierre comme si la montagne Pelée n’avait émis aucun signe de danger. Et cela la révolte, la Pelée ! Comment vivre en faisant aussi peu de cas de son danger imminent ? Les politiciens continuent à se chamailler, les amoureux veulent tenir leur promesse, et presque personne ne croit quelques conseils sages d’un professeur…

L’orgueil des hommes

Tout au long du roman, chaque personnage se campe sur ses positions. L’homme ne lâche rien. Il est orgueilleux, il persévère dans sa voie, même si celle-ci n’est pas la bonne. Il se prend à son propre piège.
La Pelée nous l’explique bien :

J’aime me faire peur. Heureusement, l’orgueil des hommes est là pour me rassurer. Si la ville de Saint-Pierre avait été construite plus modestement à l’endroit du Carbet, je n’aurais aucune chance de la détruire. P164

Quatre-vingt-dix-secondes fait partie des quinze titres sélectionnés pour le Goncourt ! Déjà une belle reconnaissance pour la Pelée ! Peut-être obtiendra-t-elle le Prix, ce qui la rendrait un tant soit peu orgueilleuse !

[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR ET INFOS » color= »custom » border_width= »5″ accent_color= »#1e73be »]

« Le diable a bu du rhum. On a souillé les églises, déterré les cadavres. Saint-Pierre doit se repentir. Tandis que je crache de la boue et du feu, que je ravage les champs, les bêtes et les hommes, ils battent des mains comme des enfants à Carnaval. Ils oublient de redevenir des animaux sages, de faire confiance à leur instinct. Fuyez ! Je suis la montagne Pelée, dans trois heures, je vais raser la ville. Trente mille morts en quatre-vingt-dix secondes. »

Avec une verve baroque et vibrante, Daniel Picouly, prix Renaudot pour L’Enfant Léopard, incarne l’épopée terrifiante de la Montagne Pelée, force mythologique, dans un roman foisonnant aux résonances étrangement actuelles.

Date de parution : le 22 août 2018
Auteur : Daniel Picouly
Editeur : Albin Michel
Prix : 19,50 €
Acheter sur : Amazon

Une présentation alléchante de la saison 2018/2019 au Studio Hébertot

Studio Hebertot
Studio Hebertot

Une présentation alléchante de la saison 2018/2019 au Studio Hébertot

Sylvia Roux a convié presse et amis pour dévoiler les 12 spectacles de la saison 2018/2019 au Studio Hébertot. Là où ce type d’évènement peut souvent s’étirer en longueur dans une suite d’interventions décousues et longuettes, la directrice a trouvé la formule magique pour communiquer son enthousiasme et sa passion du théâtre dans un évènement qui a plus attisé la flamme de l’attente que les bâillements de l’ennui. Au final, les 12 spectacles donnent envie d’y être pour ressentir même une pincée infime de cet enthousiasme débordant si communicatif.

Du théâtre contemporain intense et engagé

Comme l’a expliqué Danielle Mathieu-Bouillon lors d’une intervention aussi dynamique que synthétique, le Studio tout droit sorti de l’esprit de Jacques Hébertot a su conserver cet intérêt toujours renouvelé pour le théâtre contemporain et des créations originales engagées et inscrites dans le réel. Tendresse à quai est déjà visible et une critique est parue sur Publik’Art pour un beau moment de folie douce. Pour présenter la pièce Toxique consacrée à Françoise Sagan, Sylvia Roux a eu le bon gout de convier Caroline Loeb à l’affiche de Françoise par Sagan au Lucernaire pour un tour de chant en compagnie de Christine CulerierSylvia Roux montre bien son attachement à tous les théâtres en insistant sur la passion du théâtre dans tous les lieux parisiens, pour le plaisir du public. Jean-Marc Barr est actuellement à l’affiche de La Sonate à Kreuzer, l’occasion d’aller peut être le voir bientôt pour une critique sur Publik’Art. Il y a aussi Un Picasso, Liberté!, Le choix de Gabrielle avec Bérengère Dautun et Sylvia Roux elle-même, Out of Place et tant d’autres.

Des interventions pleines de charme

La présentation a vu Guerassim Dichliev intervenir via Skype pour un moment de rire décomplexé à distance, en direct de Bulgarie. Le pianiste Pascal Gallet a également gratifié l’audience de deux prestations qui ont fait s’envoler le public, avec Chopin et l’air entrainant de Pirates des Caraïbes. Deux numéros de slam ont également enthousiasmé l’audience avec notamment une chanson remplie de stations de métro parisiennes. Interventions sporadiques et d’autant plus marquantes qu’aucune d’elles n’a coupé le rythme d’un évènement qui a surtout donné envie d’assister à chacune des pièces présentées. Ce sera peut être le pari de l’année…

Le Studio Hébertot promet le meilleur pour une saison 2018/2019 pleine de charme et de rebondissements. A vous de rester à l’écoute des spectacles proposés au Studio Hébertot tout au long de l’année pour réserver votre place pour des spectacles originaux et créatifs.

Dates :  Saison 2018/2019, de septembre 2018
Lieu : Studio Hebertot (Paris)
Metteur en scène : Multiples
Avec : Multiples comédiens

Enfances, des merveilleuses biographies de nos héros (L’Ecole des Loisirs)

Enfances, des merveilleuses biographies de nos héros (L’Ecole des Loisirs)

Mais quelle idée géniale ! Mais quel livre fabuleux ! Un énorme coup de cœur ! Marie Desplechin, journaliste et écrivain, a toujours écrit aussi bien pour les adultes que pour les enfants, mais surtout pour les enfants. Quant à Claude Ponti, il est à la fois auteur et illustrateur de littérature jeunesse. Et ensemble, ils forment un duo exceptionnel et ont créé une œuvre sublime : Enfances. La couverture, splendide, donne le ton !

Un livre tout public

Même si Enfances est édité à L’Ecole des Loisirs, c’est un livre original qui va passionner, les petits comme les grands. Chacun va retenir ce qu’il a envie de retenir. Le livre raconte la vie de soixante-deux enfants. Une double page est consacrée à chacun. Sur une page, l’histoire de la vie de chacun d’eux, et sur l’autre page, une très belle illustration de Claude Ponti, ou une photo, ou un montage. Je vous promets que même les adultes vont découvrir des enfants et des personnalités qu’ils ne connaissent pas. Une mine d’informations écrites tantôt avec sérieux, tantôt avec humour.

Mais qui sont ces enfants ?

Le choix de ces enfants est très drôle. Car on pourrait dire qu’il n’y a guère de logique. Ils sont tous de périodes historiques très différentes. Certains sont très connus, comme Marie Curie, et d’autres parfaitement inconnus, voire même légendaires ou invisible. Leur point commun : leurs enfances. Elles sont soit assez exceptionnelles, soit malheureuses, soit brillantes, soit bouleversantes… Une enfance qui a changé totalement leur vie et par ricochet la nôtre ! Ils sont devenus des héros, même si à leur époque ils ne l’étaient pas. Vous savez qui est Sophie Rostopchine ? Et Ada Lovelace ? Et Hatchepsout ?

Un très bel hommage

Comme le disent si bien les auteurs, on a tous été des enfants. Malheureusement on l’oublie. Comme on oublie que nos héros, comme Charlie Chaplin, Edith Piaf, ou Balzac, ou Mandela ont été des enfants. Et souvent des enfants qui ont connu de très dures conditions de vie. Et c’est souvent en se battant, en essayant de s’en sortir, que ces enfants sont devenus nos héros, et souvent des petites filles qui ont fait évoluer le statut des femmes…

Un seul regret

Quand le lecteur commence le livre, il a envie de découvrir toutes ces enfances, toutes ces périodes historiques, toutes ces découvertes, à toute vitesse. C’est fou ce que chacun a réussi à réaliser au cours de sa vie. Des rêves devenus réalités. Et en même temps, le lecteur prend le temps de savourer chaque vie. Car chaque vie est unique, exceptionnelle, comme un don du ciel. Le seul regret, que ce livre s’achève. On voudrait qu’il ait une suite, qu’il ne s’arrête jamais. Ne serait-il pas possible de prévoir une suite ? Un « Enfances 2″, puis « 3 », puis « 4 »… Car des génies, on n’en manque pas ! Ce serait bon aussi pour notre culture générale !

Enfances, notre gros coup de cœur de la rentrée qui s’adresse aux petits comme aux grands !

Gardez ce titre en mémoire pour vous faire un cadeau ou pour offrir. Vous êtes sûr de faire plaisir ! Et retenez que vos rêves d’enfant peuvent devenir un jour réalité !

Page de l’éditeur :

Enfants pirates et enfants dieux, enfants rois et enfants savants, enfants voyants et enfants rêveurs, enfants travailleurs et enfants danseurs…
Enfances raconte des moments importants et déterminants de la vie de plus de 60 enfants. Connus ou anonymes, réels ou légendaires, ils ont tous, à leur façon, petite ou grande, marqué leur époque et changé le monde

Date de parution : le 29 août 2018
Auteur : Marie Desplechin
Illustrateur : Claude Ponti
Editeur : L’Ecole des Loisirs
Prix : 16,80 €
Acheter : Amazon

Shades of light, la conclusion d’une série entraînante (Lumen)

Shades of light, la conclusion d’une série entraînante (Lumen)

V.E. Schwab est l’auteure de nombreux best-sellers au Royaume-Uni ainsi qu’aux États-Unis. En France, c’est avec sa saga Shades of magic qu’elle se fait remarquer et atteint une popularité dans le milieu du Young Adult en seulement quelques années.

Shades of light est le troisième tome de la saga Shades of magic, une série fantasy qui entraîne le lecteur de monde en monde. Ce dernier tome démarre tout en puissance à la suite du second tome, Shades of light. La situation est au plus mal et s’empire de chapitre en chapitre alors qu’on pense avoir touché le fond à chaque fois. Dès la deuxième page, le lecteur a l’impression d’être complètement embarqué dans l’histoire. L’effet d’une entrée in medias res parfaitement maîtrisée et suivie de rebondissements réguliers.

Shades of light est un roman d’aventure. D’une aventure en particulier, celle de Lila et Kell, deux personnages qui se battent pour sauver le monde – littéralement – autant que pour trouver leur place dans celui-ci. Leur vulnérabilité cachée est ce qui nous pousse à toujours vouloir en savoir plus sur eux, en apprendre sur leur passé, leurs motivations…

Ce tome est encore plus unique que le précédent puisqu’il nous présente tout un panel de personnages. Alors que dans le premier chapitre, le lecteur suivait principalement Lila et Kell, dans cet ultime tome, chaque chapitre est centré sur un personnage différent ou presque. Alucard, le pirate introduit dans le deuxième tome devient alors central. Rhy, prince héritier qu’on a cru, deux tomes durant, gâté par la vie, dévoile une nouvelle facette de lui-même, bien plus profonde et complexe. Maxim et Emira, Roi et Reine du palais, deviennent des personnages centraux alors qu’on ne les y attendait pas. Et Holland, grand vilain de la saga, atteint une nouvelle dimension qu’on ne pensait même pas imaginable. Ses actions trouvent explications, non pas dans le but de se faire pardonner mais plutôt, de partager ce qui l’a poussé à toutes ces atrocités.

On retrouve évidemment Lila Bard, voleuse, qui, au cours du deuxième tome, s’était découvert des pouvoirs. Lila représentait déjà un personnage fort, mais donnez-lui de la magie et elle vous offrira les combats d’une vie ! Quant à Kell, c’est un personnage torturé qui a depuis longtemps oublié son propre bonheur pour celui de son royaume et de son frère, qu’il doit protéger à tout prix.

V.E. Schwab a réussi l’exploit de rendre le troisième roman de sa saga aussi bon, si ce n’est meilleur, que le premier. Sa plume n’est comparable a aucune autre et aucune chronique ne pourrait lui rendre justice. Elle réinvente le genre sans arrêt, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Page de l’éditeur :

Kell est un magicien de sang, un sorcier capable de voyager d’un monde à l’autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est, à chaque fois, le cœur et l’âme. Le nôtre est gris. Le deuxième, rouge, déborde de magie. Dans le blanc, elle s’est faite bien trop rare quand, dans le noir, elle a tout dévoré. Et le fléau s’apprête à contaminer chacun des univers jusqu’au dernier – ce n’est plus qu’une question de temps…

Car les ténèbres ont déjà commencé à s’étendre sur le flamboyant Londres rouge. Les habitants en sont réduits à choisir entre céder aux sirènes dévastatrices de la magie et entamer contre elle une lutte désespérée jusqu’à la mort. Si Kell semble immunisé contre le poison qui gangrène son royaume, la fin le guette, lui aussi… à moins que des alliés inattendus ne le rejoignent dans la bataille À commencer bien sûr par Lila, qui ne raterait pour rien au monde une occasion de partir à l’aventure et faire étalage de sa puissance. Mais, aussi intrépides qu’ils soient, comment de simples magiciens pourraient-ils faire le poids face à l’incarnation même de la magie ?
Titre original : Shades of Magic, book 3: A Conjuring of Light (2017)

Date de parution : le 13 septembre 2018

La coupure, un thriller policier et psychologique (Audible)

La coupure, un thriller policier et psychologique (Audible)

Fiona Barton est journaliste, auteure et formatrice internationale dans les médias. Elle est anglaise mais vit en France. La coupure, son second roman fait partie de cette belle rentrée littéraire et vient de sortir en livre audio, chez Audible. Plusieurs comédiens interprètent les différents personnages de ce roman audio haletant, ce qui le rend encore plus vivant. Quand vous commencez l’écoute, prévoyez du temps car forcément, vous aurez envie de comprendre ce qui se trame dans La coupure et l’écoute sera longue !

Personnages principaux

L’histoire de La coupure tourne autour d’une incroyable découverte : le cadavre d’un bébé sur un chantier, dans la banlieue de Londres. Cette nouvelle est révélée dans le journal, juste quelques lignes en bas de la colonne des brèves. Quatre femmes ont été bouleversées par ces lignes. Tout d’abord Angela qui est persuadée que c’est son bébé. Ensuite Emma qui en est complètement bouleversée, ainsi que sa mère Jude, et Kate, une journaliste qui se dit qu’il faut qu’elle fasse des recherches sur ce bébé et qu’elle va peut-être avoir, enfin, un scoop !

Des femmes psychologiquement fragiles

L’auteur analyse finement chaque femme. Et chaque chapitre de La coupure met en avant l’une ou l’autre. Seule Emma parle à la première personne du singulier. Les autres femmes sont décrites par la narratrice. Angela et Emma n’ont aucun point commun, de même que Angela et Jude. Par contre, Emma est la fille de Jude. Leurs rapports sont conflictuels depuis l’adolescence d’Emma. Très conflictuels. Jude a mis sa propre fille dehors, alors qu’elle n’avait que quinze ans. Leur vie à trois, avec l’amant de Jude, Will, était devenu un enfer. Du jour au lendemain, Jude ne reconnaissait plus sa fille, ses réactions… Emma est partie vivre chez ses grands-parents. Quant à Angela, depuis quarante ans, elle souffre. On lui a kidnappé son bébé à la maternité pendant qu’elle prenait sa douche. Et depuis, elle vit un enfer. Chaque jour elle pense à sa petite Alice. Elle est sûre que le bébé retrouvé est sa fille.

Rôle capital de la journaliste

Bien sûr quand Kate lit cette brève dans le journal, elle voit d’abord un bon moyen pour elle de réaliser un super article. Elle pense être capable de retrouver la mère et va mener son enquête tambour battant. Il faut relancer une enquête policière pour retrouver la mère du bébé. Au fil du roman, le canevas prend forme. Chaque personnage est analysé dans son environnement, avec son mari, ou son compagnon, ses enfants, ou pas. Angela est mariée et a eu deux enfants après Alice. Jude vit avec Will, son compagnon, et n’a eu qu’Emma comme enfant. Quant à Emma, elle est mariée à Paul et n’a pas d’enfant. Paul aime Emma et la sait fragile. Il la veille et la protège. Jude est folle de Will. C’est pour lui qu’elle a mis Emma dehors. Pour vivre pleinement sa relation avec lui. Quant à Kate, elle est mariée et a deux grands garçons. Et pour le moment, elle ne peut pas leur consacrer beaucoup de temps, car son enquête lui prend tout son temps. Elle sent beaucoup de souffrances chez ces femmes qu’elles rencontrent pour son enquête et cela l’obsède totalement. Pourquoi tant de douleurs ? Jusqu’où a-t-elle le droit d’aller ?

Le bébé au cœur du drame

Il y a eu un drame. Il y a très longtemps. Il semble impossible de pouvoir retrouver des traces d’ADN sur ce cadavre. Et pourtant, si, l’enquête avance. Avec des rebondissements incroyables. On sent venir peu à peu la tension, puis les sentiments de l’une ou de l’autre, les non-dits. Le suspense grimpe. On est un peu perdu. Mais à qui donc est ce bébé ? Et toujours Kate, qui agit plus comme un médiateur, ou une psychologue que comme une journaliste. Suffisamment fine pour recueillir des confessions intimes bouleversantes. Si le lecteur commence à comprendre un peu mieux la situation, au fil des chapitres, le dénouement reste une réelle surprise. Car au final : « Que connaît-on de l’autre ? On peut gratter la surface mais on n’atteint jamais le cœur d’une personne, le plus profond de son être. »

Fiona Barton met les femmes au cœur de son roman, La coupure, mais les hommes ont tous un rôle important dans ce thriller passionnant. Surtout certains !
Prévoyez donc du temps pour cette écoute qui vous fera oublier tous vos petits soucis quotidiens et qui vous rendra conscients du bonheur que vous avez avec votre famille, et vos enfants que vous serrerez bien fort contre vous à la fin du roman !

Accédez au livre audio : La coupure

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[vc_text_separator title= »RESUME DE L’EDITEUR et INFOS »]

La coupure

Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n’y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer. Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses. Pour Emma, jeune éditrice en free-lance, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais. Quant à Kate, journaliste de renom et avide d’une bonne story, elle flaire là le premier indice d’une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches. Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées… Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître.

©2017 Fiona Barton. Traduit par Séverine Quelet (P)2018 Lizzie, un département d’Univers Poche

Date de parution : le 6 septembre 2018
Auteur : Fiona Barton
Lu par : Anne Tilloy, Anne Kreis, Anne O’Dolan, Daniel Kenigsberg, Clémentine Yelnick
Durée : 11 h et 2 mn
Acheter sur : Audible

La légende Anquetil disséquée avec art dans L’éternel Premier au Théâtre La Pépinière

L'éternel premier
L’éternel premier, mise en scène de Roland Guenoun, Ma Pépinière Théâtre

La légende Anquetil disséquée avec art dans L’éternel Premier au Théâtre La Pépinière

Les récits mythologiques ne manquent pas pour magnifier des guerriers au cœur de batailles homériques ou des hommes illustres conquérants de l’impossible. Au cœur d’une deuxième moitié de XXe siècle dans une Europe enfin pacifiée, L’éternel Premier narre l’histoire haute en couleurs d’un cycliste à la volonté de fer, têtu comme une mule et décidé à remporter toutes les courses où il s’est engagé. 3 comédiens ne se ménagent pas pour raconter l’ascension fulgurante de Jacques Anquetil, sa rivalité avec Poulidor, sa paternité iconoclaste et sa mort forcément précoce. Après un premier passage au Studio Hébertot, la même troupe est de retour à la Pépinière pour un encore sublime moment de théâtre adapté du texte de Paul Fournel, visible jusqu’au 16 décembre.

Un cycliste hors du commun

L’éternel Premier insiste bien sur ce point. Jacques Anquetil n’aimait pas le vélo et n’était pas prêt à se faire souffrir inutilement pour des cacahuètes. Ses exploits cyclistes n’étaient selon lui que le résultat d’une capacité physique hors du commun à franchir les obstacles à coups de pédale effrénés. La méthode Anquetil était un mélange unique d’opiniâtreté, d’entrainement, de dopage et de lâcher prise.  Le metteur en scène Roland Guenoun l’illustre avec grâce autour d’un vélo posé sur scène et sur lequel le comédien Matila Malliarakis déclame de longues tirades tout en pédalant de manière effrénée. Là où le tout à chacun manquerait vite de souffle, lui n’en manque aucunement, faisant sentir l’antagonisme suscité sur les foules par un sportif sûr de son fait et pas disposé à plaire à n’importe quel prix. Entouré de sa femme Jeanine (truculente Clémentine Lebocey) et de ses différents sbires (tous interprétés par le multiple Stéphane Olivie Bisson), le cycliste semble abattre des murailles et défaire des géants tout au long d’une carrière ponctuée de 5 victoires sur le Tour de France et d’exploits cyclistes impensables. Ses deux victoires consécutives au Dauphiné Liberé et au Bordeaux-Paris montrent bien l’unicité d’un caractère en acier trempé. La pièce insiste surtout sur l’aspect sportif mais aborde également la vie privée d’Anquetil, l’histoire incroyable mais véridique de sa paternité houleuse surprend, et encore la pièce ne dit pas tout sur la vie agitée de Maitre Jacques. Les 3 comédiens interviennent alternativement, jouant des moments clés d’une existence qui ne cesse d’interpeler aujourd’hui encore. L’énergie déployée par les comédiens, et pas seulement sur le vélo, impressionne toujours autant.

L’éternel premier n’est rien de moins qu’une prouesse théâtrale qui détonne dans le paysage actuel. Un cycliste illustre se transforme devant les yeux d’un public ébahi en personnage de théâtre, complexe, caractériel et résolu à vivre sa vie comme il l’entend. Un spectacle immanquable à la Pépinière et à voir jusqu’au 16 décembre les dimanches et lundis pour un étonnement magistral.

Dates :  du 24 septembre au 16 décembre 2018, tous les lundis à 20h et les dimanches à 19h
Lieu : La Pépinière (Paris)
Metteur en scène : Roland Guenoun
Avec : Matila Malliarakis, Clémentine Lebocey, Stéphane Olivie Bisson

Un grand moment de philosophie politique au Théâtre de Poche Montparnasse avec Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu

Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu
Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, mise en scène de Marcel Bluwal, Théâtre de Poche Montparnasse

Un grand moment de philosophie politique au Théâtre de Poche Montparnasse avec Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquie

Contexte: vous avez envie d’aller au théâtre pour voir une pièce sérieuse mais également caustique, passionnante et subtile. Une pièce qui bouscule les certitudes et n’hésite pas à aborder l’époque actuelle sus le prétexte d’une rencontre entre deux penseurs illustres. Le Montesquieu de l’Esprit des Lois discourt à bâtons rompus avec le Machiavel du Prince pour un moment de pur bonheur philosophique. Si certains passages sont inévitablement un peu longs et arides car ardus et complexes, le sentiment final est sans conteste extatique car les deux penseurs offrent une critique sans concession de la politique actuelle dans notre beau pays. Une pièce subtile et géniale.

Montesquieu et Machiavel sur un ring

Les passionnés de philosophie le savent, Machiavel a écrit Le Prince au début du XVIe siècle pour conseiller les despotes de ce monde sur la meilleure meilleure meilleure façon de gouverner, avec un brin de cynisme que certains appelleront réalisme. Montesquieu a écrit L’Esprit des lois en 1748, les deux penseurs ne se sont donc pas rencontrés mais le second a lu le premier et le Machiavel de la pièce a entendu parler de Montesquieu dans les couloirs des enfers. La rencontre entre les deux penseurs semble inévitable et les points de discordance apparaissent bien vite, nombreux et inévitables. Car le philosophe français croit fermement dans le cadre rassurant de la loi tandis que le conseiller italien n’admet que l’intérêt du Prince comme condition unique et nécessaire de chaque action. Pierre Santini campe un Montesquieu apparemment replet mais n’hésitant pas à dégoupiller si les déclarations de son acolyte deviennent par trop inacceptables. Si la diction du comédien est parfois un peu hasardeuse, son charisme est indiscutable et ses interventions remettent son contradicteur à sa place. Car Hervé Briaux brille par son cynisme et son ton florentin toujours polémique car Machiavel conseille bien dans son ouvrage le plus célèbre un gouvernant sur la meilleure manière de mater toute opposition et de gouverner en son intérêt propre. Le comédien fait rire et sourire par son extrémisme battu en brèche par un Montesquieu qui manque finalement d’arguments pour le contredire. Et les spectateurs n’hésitent pas à faire un parallèle lourd de sens entre cette joute verbale et la situation politique française actuelle. Des oreilles siffleront forcément si des personnes politiques viennent assister à la pièce. Car les maximes et enseignements sont autant d’actualité qu’universels et la faconde des comédiens les fait passer pour des polémistes rompus à la bataille politique. Nul doute que chacun des deux fameux penseurs auraient remis à leur place nombre d’élus de notre époque plus intéressés par leur compte en banque que par le destin de la nation.

Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieuest un moment de théâtre qui ne cesse d’interpeller par la pertinence de ses échanges et la science des comédiens pour susciter la réflexion. Pas forcément un moment de pure détente mais un vrai plaisir pour l’esprit!

Dates :  à partir du 15 septembre 2018
Lieu : Théâtre de poche Montparnasse (Paris)
Metteur en scène : Marcel Bluwal
Avec : Pierre Santini, Hervé Briaux

Madagascar, arts de la Grand Île : à découvrir au musée du Quai Branly

Rencontre avec les arts de la Grande Île. Arts décoratifs, sculpture funéraire, peinture, photographie et création contemporaine : plus de 350 pièces exposées au Musée du Quai Branly lèvent le voile sur l’art, l’histoire et les cultures de Madagascar, terre d’échanges et d’influences.

Un seul en scène à voix multiples avec Ich bin Charlotte au Théâtre de Poche Montparnasse

Ich bin Charlotte
Ich bin Charlotte, Mise en scène de Steve Suissa, Théâtre de Poche Montparnasse

Un seul en scène à voix multiples avec Ich bin Charlotte au Théâtre de Poche Montparnasse

Ich bin Charlotte raconte l’improbable histoire vraie d’une femme piégée dans un corps d’homme. La vie de Lothar Berfelde devenu Charlotte von Mahlsdorf, égérie des soirées berlinoises interlopes, a traversé les années noires du nazisme et de la chape de plomb de la RDA au coeur de Berlin-est. Très tôt touché par le gout du travestissement, le personnage est devenu connu dans toute l’Allemagne pour son excentricité mais aussi ses zones d’ombres. Le comédien Thierry Lopez se multiplie sur la scène du Théâtre de Poche Montparnasse pour camper les deux journalistes américains en pleine investigation, le héros/héroïne opiniâtre et son ami Alfred au destin tragique. La pièce est rendue hypnotique par l’interprétation énergique d’un comédien en état de grâce.

Une pièce comme un hommage

Peu de gens en France connaissent la vie de Charlotte von Mahlsdorf, décédé(e) en 2002 et au souvenir vivace outre-Rhin. Réussir à échapper autant aux persécutions des nazis que des agents infiltrés partout de la Stasi mérite tout le respect du monde. Surtout que Charlotte a retapé une vieille demeure de Berlin-est pour en faire un musée consacré aux objets anciens. Thierry Lopez raconte une histoire de résilience et de combativité pour mener sa vie comme il/elle l’entendait, par-delà les dangers et les persécutions. Mais les deux journalistes américains campés par le comédien en alternance avec son héros/héroïne vont de surprises en surprises, révélant aussi les zones d’ombre d’un personnage obligé de se dédire pour continuer à vivre sa vie. L’opinion allemande a très mal vécu les révélations sur le rôle d’indicateur de la Stasi tenu et révélé par Charlotte elle/lui-même. Thierry Lopez insinue une bonne dose d’ambiguïté dans un personnage bigger than life au destin hors du commun. Quelques accessoires ou attitudes lui permettent de changer de personnage, une paire de lunettes, une main collée à l’oreille pour signifier un coup de fil, mais c’est surtout ces bas résilles et ces talons hauts qui marquent les spectateurs émerveillés par la performance de théâtre. Car le comédien semble avant tout rester lui-même et prêter son corps pour interpréter les différents protagonistes. Si la narration à plusieurs voix perd de temps à autre le public dans quelques flous artistiques, il reste cette énergie fantastique déployée sur scène par le comédien pour exhumer un destin qui semble unique au sein d’époques tourmentées. Qui peut se prévaloir d’avoir continué à vivre sa vie ambivalente sous le nazisme et sous la Stasi en ne se reniant au final qu’un minimum? Le ton souvent tragique de la pièce alterne avec des intermèdes follement techno pour faire ressortir le gout effréné de la vie de celui/celle qui mena sa vie comme il/elle l’entendait!

Le texte du Prix Pulitzer du texte dramatique Doug Wright prend complètement vie sous les traits d’un comédien que personne dans l’audience n’est prêt d’oublier. Nominé au Molière du meilleur second rôle en 2016 pour sa prestation dans Avanti!, Thierry Lopez pourrait bien connaitre une consécration méritée à une cérémonie prochaine.

Dates :  A partir du 8 septembre 2018
Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris)
Metteur en scène :Steve Suissa
Avec : Thierry Lopez

Le Tartuffe sous haute tension de Peter Stein

Le Tartuffe sous haute tension de Peter Stein
Le Tartuffe de Molière, mise en scène Peter Stein, photo DR

Le Tartuffe sous haute tension de Peter Stein

Peter Stein a été directeur de la Schaubühne à Berlin de 1970 à 1987. Grande figure du théâtre européen, ce metteur en scène allemand n’a pas peur des défis : Tchekhov, Schiller, Sophocle, Brecht ou encore Goethe avec l’intégrale de Faust en 23h de représentation. Aujourd’hui, c’est à Molière qu’il s’attaque et son Tartuffe en confiant le rôle titre à Pierre Arditi et à Jacques Weber (qu’il avait déjà mis en scène dans Krapp), celui d’Orgon, réunis sur scène pour la première fois.

On connait tous ce grand classique du répertoire qui raconte une histoire familiale au bord de l’explosion où l’intrus se révèle l’élément révélateur et perturbateur du malaise qui y règne.

Comédie noire et satirique par excellence, nous assistons à la déflagration d’une famille qui voit le patriarche, Orgon, se placer sous la coupe d’un homme providentiel jusqu’à en perdre tout discernement. Et où chacun des membres devient alors la cible collatérale se trouvant pris dans la tourmente de ses propres obsessions : la raison, la passion, le péché, la culpabilité, la jalousie.

La mise en scène affûtée de Peter Stein donne toute sa mesure au jeu de miroir des personnages et à cette situation d’emprise qui voit un homme profiter de la fêlure d’un autre pour en abuser et le manipuler à sa guise. Centrée sur le texte, porteur de doubles sens, de questionnements, d’incertitudes, elle creuse sans relâche les ressorts intimes et familiaux qui permettent l’imposture.

Un jeu de miroir

Le plateau s’ouvre sur une scène de bal donnée au rez-de-chaussée d’un vaste et bel intérieur blanc (scénographie de Ferdinand Woegerbauer sous des lumières de François Menou) dont la hauteur des murs laissent entrevoir une verrière et un couloir à l’étage avec des chambres et où les personnages s’isolent dans un instant de repli.

Au sol, un marbre blanc et une grande pièce décorée de quelques meubles de choix : des assises, un petit bureau pour le maître de maison et, la table recouverte d’une nappe, sous laquelle Orgon dans la scène finale et emblématique se dissimulera pour confondre le faux dévot imposteur.

Cette représentation épurée de la maison d’Orgon, lieu assiégé par le faux dévot Tartuffe, installe d’un seul regard tout l’enjeu dramatique focalisé sur les protagonistes et leur déséquilibre aux prises avec la surenchère de leurs émotions malmenées.

Des âmes en souffrance

Madame Pernelle assène ses reproches à toute la maisonnée dont elle critique sans vergogne la vie dissolue, leur opposant la sage conduite de Tartuffe, homme bienfaiteur devant l’éternel qu’Orgon a recueilli chez lui. Convoitant la fortune, les biens, ainsi que la femme de son hôte, l’hypocrite imposteur réussit si bien à le manipuler qu’il se voit proposer d’épouser Mariane, la propre fille d’Orgon. Décidée à agir afin de prouver à son mari l’imposture du malotru, Elmire le piège et le confond, mais entre temps ce dernier se sera déjà emparé de tous les biens d’Orgon et aura déjà assouvi presque tous ses vices.

De cette œuvre foisonnante et percutante dans l’analyse et l’observation des comportements humains, le metteur en scène scrute la psychologie des personnages où à travers le processus et les enjeux de la manipulation, se met à jour les non-dits, l’état de frustration, d’aveuglement et de délitement de la famille qui a contribué à l’intrusion et au déploiement de l’esprit fourbe et manipulateur. Des âmes en souffrance qui donnent lieu à des scènes marquantes à l’atmosphère pesante où chacun se débat face au trouble et à l’envoutement du prédateur.

La distribution est au diapason emmenée par un Pierre Arditi excellent dont l’emprise trouble et inquiétante n’en est que plus sournoise, tandis qu’Isabelle Gelinas se montre intense en épouse à la fois forte et déstabilisée. Quant à Orgon (Jacques Weber), il est d’une présence souveraine entre l’affirmation de son statut de chef de famille et son aveuglement à son gourou.

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Dates : Depuis le 14 septembre 2018 l Lieu Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris)
Metteur en scène : Peter Stein

Les frères Sisters, un western sans les codes

Les frères Sisters
Les frères Sisters, film de Jacques Audiard, Copyright UGC Distribution

Les frères Sisters, un western sans les codes

La première incursion américaine de Jacques Audiard laissait entrevoir de belles perspectives. Un projet apporté par John C. Reilly, un casting illuminé par les grands Joaquin Phoenix et Jake Gyllenhaal, une ambiance crépusculaire où la limite entre le bien et le mal est comme floutée par des personnages aussi candides qu’impitoyables, le film a beau être annoncé comme un western, il n’en a presque pas les codes, les repères sont battus en brèche, ce qui est assez étonnant. Le film fonctionne-t-il pour autant? Un faux rythme et une dynamique en berne laissent poindre un certain ennui surtout que Les Frères Sisters dure 1h57. Patience exigée.

Une fratrie dysfonctionnelle

Mercenaires renommés dans l’ouest américain pour leur cruauté et leur art éprouvé du 6-coups, Elie et Charlie Sisters réalisent les sales besognes du Commodore, un richissime homme d’affaires qui n’apprécie pas du tout les entourloupes. Mais quand ils doivent retrouver l’inventeur d’une formule permettant d’identifier l’or dans le fond des rivières, leur quête se transforme en parcours initiatique. La routine se mue en questionnements et remise en cause. Car si le cadet Charlie (Joaquin Phoenix) est fait pour cette vie âpre mais exaltante, l’ainé Elie (John C. Reilly) pense à se ranger avec femme et enfants. La dichotomie philosophique entre les deux prend de plus en plus d’importance dans les rapports jusque là placides qui unissaient les deux anges déchus. Car c’est ainsi que le réalisateur français primé à Cannes pour Dheepan présente ses deux anti-héros ni très héroïques ni très charismatiques. Le film enchaine quelques gunfights où les balles semblent éviter ceux qui cherchent leur rédemption, volontairement comme l’ainé, où incidemment comme le cadet. Il y a beaucoup à dire sur l’atmosphère et la maxime du film, comme souvent chez Audiard fils, lui qui ne sait pas mener un scénario sans une profondeur philosophique abyssale. Pour ce qui est de l’aspect filmique purement western, le film souffre pourtant d’un problème de rythme assez étonnant. Les deux personnages passent un temps fou sur leurs canassons à bavasser pendant que le spectateur se pose des questions récurrentes. Où sont les femmes? Les films va-t-il finir par accélérer? Mais où veut en venir Jacques Audiard? Pour le premier point, il y a bien quelques femmes, mais rien de significatif, plutôt compréhensible dans cette ambiance de ruée vers l’or tout avant tout masculine. Pour le second point, le film n’accélère jamais vraiment, l’action est toujours minimaliste, laissant entendre des coups de feu sans rien montrer de palpable. Pour le troisième point, l’histoire de rédemption n’aide pas le film à décoller et la rencontre des deux frères avec le personnage de Jake Gylllhenhaal n’aboutit sur rien de tangible. Certains diraient que ce western est ennuyeux, on préférera dire que les codes du western sont uniquement présents pour des études de personnages aussi complexes qu’imprévisibles. Evidemment la technique offre de belles images et des plans somptueux, les acteurs en disent parfois plus avec un regard qu’avec de longs discours, l’histoire des frères est jonchée de drames, mais le film en lui-même s’essouffle vite. Et quand Auguste Comte est cité avec son phalanstère, le spectateur attentif comprendra que ce film n’a en fait pas grand chose à voir avec un western.

Les Frères Sisters est une semi-déception pour ceux qui attendent un opus de Jacques Audiard aussi nerveux que rythmé. Le film s’écoule comme une rivière et non comme un torrent, assoupissant les amateurs de grand spectacle épique. Les Frères Sisters, c’est un peu le pire et le meilleur du cinéma européen, capable de fulgurances mais aussi de complaisance.

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Charlie et Elie Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Elie, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

Sortie : le 18 septembre 2018
Durée : 1h57
Réalisateur : Jacques Audiard
Avec : Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal
Genre : Western

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Caravage à Rome, une belle plongée dans la renaissance italienne du clair obscur

Caravage à Rome
Caravage à Rome, Musée Jacquemart André

Caravage à Rome, une belle plongée dans la renaissance italienne du clair obscur

Le Musée Jacquemart André propose une plongée fascinante sur le destin romain d’un des plus grands peintres de la Renaissance Italienne, Michelangelo Caravaggio. Le maitre du clair obscur a mené une existence en tous points tourmentée qui l’a amené à séjourner dans la capitale des Papes une petite dizaine d’années entre environ 1595 et 1606. La ville pontificale a été pour lui d’abord l’occasion de confirmer son caractère violent et querelleur avant de voir sa notoriété monter en flèches grâce à des commandes réalisées par des ecclésiastiques et des riches notables. Plonger dans cette époque de changements autant politiques que picturaux est une des grandes qualités d’une exposition Caravage à Rome qui rassemble des toiles remarquables du peintre et de ses contemporains.

Un peintre révolutionnaire pour son temps

La première salle commence très fort avec l’illustre peinture Judith décapitant Holopherne dans une thématique d’ensemble invoquant le théâtre des têtes coupées. Les scènes bibliques mises en scène citent également David et Goliath pour confirmer la dramaturgie de l’exposition. En se rendant à Rome et vu le succès des textes de la Bible, Caravaggio et ses contemporains ne pouvaient pas ne pas tremper dans cette généalogie. Les clairs obscurs pointent déjà dans les expressions de visages qui font ressortir la passion d’instants restés gravés pour l’éternité. La salle suivante s’intitule Musique et Nature morte, avec des tableaux plus apaisés, où les corbeilles de fruits débordent et où les musiciens ont des visages d’anges, mais toujours à moitié plongés dans l’obscurité pour d’inévitables questions sur leurs pensées secrètes. La salle consacrée aux modèles vivants se distingue par la toile L’amour sacré terrassant l’amour profane, forte en symbolique et en chorégraphie longtemps méditée. La salle Les Contemporains met en regard l’œuvre de Caravaggio avec celles d’autres peintres renommés à la Rome de cette époque, parfait pour distinguer les influences croisées et la vogue indéniable du clair obscur. Il est alors temps de s’appesantir sur les pères de l’église avec des toiles de Saint Jérôme et Saint Laurent fortes en intériorité et en introspection, jusqu’à revenir aux toiles représentant la passion du Christ avec là aussi des peintures de contemporains romains. Peintre toujours sur la brèche eu égard à son tempérament sans limites, il semble avoir passé sa vie entière à fuir, expliquant ainsi le titre de la dernière section Le temps de la fuite. Le souper à Emmaüs ou le diptyque Madeleine en extase évoquent des envies de se poser pour un peintre à jamais prisonnier de ses tendances colériques, ce qui donne une piste d’explication pour la force de peintures qui ne ménagent pas les personnages dans des poses à la fois théâtrales et tragiques, jamais vraiment apaisés et confrontés à des choix existentiels sans retour.
L’exposition Caravage à Rome au Musée Jacquemart André se laisse le temps de pénétrer dans une époque et une psyché avec une économie de tableaux et un luxe d’explications pour les plus renommés d’entre eux. Du 21 septembre au 28 janvier 2019, c’est une belle opportunité d’admirer des chefs d’œuvre universels enfin rassemblés dans un parcours plein de sens et de dramaturgie.

Dates : du 21 septembre au 28 janvier 2019
Lieu : Musée Jacquemart André
Entrée : 15 €

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Caravage à Rome

Caravage à Rome
Caravage à Rome

Caravage à Rome
Caravage à Rome

Caravage à Rome
Caravage à Rome

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une femme invisible, ou à la recherche de la mère d’Aragon (Editions du Rocher)

Nathalie Piégay

Une femme invisible, ou à la recherche de la mère d’Aragon (Editions du Rocher)

Nathalie Piégay est une spécialiste d’Aragon sur lequel elle a déjà beaucoup écrit. Cette fois-ci, avec Une Femme invisible, elle s’attaque à la mère d’Aragon. Et ce n’est pas chose aisée.

Une famille pas ordinaire

Si Nathalie Piégay connaît bien Aragon, rien ne lui a été évident quand elle a décidé de retrouver des traces de sa mère et d’en raconter sa vie. Car tout n’était que mensonge dans la famille d’Aragon. A commencer par son adoption. On lui a fait croire pendant des années que ses parents étaient morts dans un accident et qu’il avait été adopté par Claire, la mère de Marguerite. En fait Marguerite était sa mère, beaucoup trop jeune pour être mère. Personne ne devait savoir que Marguerite était sa mère, même pas lui. Et son père n’était autre que Louis Andrieux, préfet de Paris. Son père lui a juste laissé son prénom. Dans la vraie vie, c’était son parrain, un notable, vieux, très vieux, plus de trente ans de plus que sa mère. Un passionné de littérature, un homme qui a écrit lui aussi. Un homme qui a laissé des empreintes même s’il n’a jamais reconnu son fils naturel, Aragon. Mais qui est donc la mère cachée d’Aragon ?

Une femme invisible

Jamais roman n’a mieux porté son nom que celui-ci : Une femme invisible. Marguerite est tombée sous le charme de Louis Andrieux alors qu’il avait l’âge d’être son père. Bien sûr à l’époque, c’était monstrueux. Marguerite était une toute jeune fille. Andrieux, grand bourgeois bien en vue à Paris, était marié, père de trois fils, déjà grands. Il a caché sa relation adultérine avec Marguerite, durant toute sa vie. Andrieux était le parrain de Louis Aragon. Rien de plus. Et Marguerite a toujours attendu Andrieux, toute sa vie. En se cachant. Au moment de la mobilisation de Louis, Marguerite a révélé à son fils le secret de sa naissance, ayant trop peur qu’il ne revienne pas vivant de cette fichue guerre. Aragon a découvert le mensonge dans lequel il baignait depuis sa plus tendre enfance.

Un portrait de femme

Une femme invisible tente tant bien que mal de nous révéler la personnalité de la mère d’Aragon, un de nos grands génies littéraires. L’auteur arrive même à retrouver des écrits de Marguerite et peu à peu à retracer sa vie. Une vie de femme soumise, effacée, du début du XX siècle. Une vie loin d’être trépidante, et sans cesse à la merci de cet Andrieux. C’est comme si elle s’empêchait de vivre, pour être disponible quand Monsieur le serait… Car dans le fond, elle l’aimait cet homme, même si il lui a si peu donné. Et elle l’a montré jusqu’à la fin de la vie d’Andrieux, en le veillant…

Une sorte d’hommage

Publik’Art a particulièrement été touché par ce récit. Car dans le fond Marguerite n’a pas été une femme remarquable, ni remarquée. Mais elle a mis au monde un grand poète et elle savait qu’il serait remarqué. Même si elle a eu beaucoup de mal à garder une relation sereine avec lui, quand il est devenu adulte et ne pensait plus qu’au Parti. Elle ne supportait pas ses opinions politiques. Aragon a côtoyé les grands du XX siècle et est devenu un grand homme. Mais c’est sans aucun doute grâce à sa mère. Cette mère qui aurait tout fait pour Aragon. Marguerite était passionnée d’art comme de littérature. Elle a elle-même écrit, et vendait ses romans pour payer ses factures… Elle publiait des romans dans des magazines pour femmes, comme Mode et roman. Elle faisait aussi des traductions pour payer son loyer.

Elle doit travailler pour gagner sa vie, mais sans le montrer. A sa façon, elle n’a cessé de subir l’humiliation des invisibles. P.154

Elle a aussi peint. Dans d’autres circonstances, une autre vie, Marguerite serait peut-être devenue une artiste reconnue. Une femme invisible est une quête presque sans fin de Nathalie Piégay pour, en quelque sorte, réhabiliter le rôle que la mère d’Aragon a joué dans la vie de ce grand génie. Alors qu’elle n’est jamais citée nulle part. Le livre Une femme invisible, au format très agréable, reste un récit plus qu’émouvant et toujours passionnant.

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Présentation :
« Pourquoi ne pas avoir écrit sur une femme qui a fait oeuvre ? Qui a marqué l’histoire ? Qui a laissé derrière elle autre chose que des bribes et un fils ? Pourquoi m’acharner sur une comparse, sur une figure qui n’apparaît que dans l’ombre que projettent les grands hommes, dans les interstices de leur biographie ? Les feuilles s’entassent sur mon bureau, les livres où je cherche sa trace. Tous parlent de son fils, ou d’Andrieux, le père de l’enfant. Elle n’y apparaît qu’au détour d’une parenthèse, elle est reléguée en note de bas de page… »
Dans ce livre, nourri d’une longue recherche, Nathalie Piégay enquête sur celle qui fut la mère cachée d’Aragon. Elle raconte la vie de cette femme libre et la passion qu’elle entretint pour les deux Louis : Andrieux, le père, grand bourgeois parisien, et Aragon, le fils, à qui elle transmit sa passion des arts et de la littérature. Au fil des pages, cette existence invisible et passionnée finit par ressembler à celle d’une autre. L’auteur de ce récit peut-être.

Nathalie Piégay, ancienne élève de l’École normale supérieure, enseigne la littérature française moderne et contemporaine à l’Université de Genève. Elle est spécialiste de Louis Aragon (sur lequel elle a publié de nombreux livres et articles), de Claude Simon et de Robert Pinget. Une femme invisible est son premier récit.

Date de parution : le 22 août 2018
Auteur : Nathalie Piégay
Editeur : Editions du Rocher
Prix : 19, 90 € (352 pages)
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Le duo choc et méchamment drôle de Catherine Hiegel et Tania Torrens

Le duo choc et méchamment drôle de Catherine Hiegel et Tania Torrens
© La nostalgie des blattes / crédit photo Giovanni Cittadini Cesi

Le duo choc et méchamment drôle de Catherine Hiegel et Tania Torrens

Dans un monde débarrassé de toute imperfection, où plus personne n’ose se laisser vieillir naturellement, deux vieilles peaux que tout oppose refusent ce simulacre et se livrent à une diablerie sans merci. Jubilatoire.

Les deux femmes sont assises face au vide. Elles attendent que quelqu’un vienne. Mais personne ne se montre. Alors elles s’écharpent furieusement comme pour habiter cette frustration.

Dans ce match à la vieillesse où les mots cognent sans vergogne, c’est à celle qui apparaîtra la plus âgée : taches sur les mains passées au crible, rides au front, paupières tombantes ou encore la plus décatie : l’une (Tania Torrens) prétendant qu’elle est atteinte de Parkinson, se met à trembler d’un seul coup, tandis que l’autre, une ancienne prostituée (Catherine Hiegel), surjoue un Alzheimer.

Guerrières vachardes donc aux prises avec un univers glaçant et aseptisé, elles sont les dernières résistantes qui refusent l’hygiénisme et les subterfuges d’une société déshumanisée où des drones de surveillances fustigent l’espace et que rôde tout alentour, une brigade sanitaire.

Prisonnières immobiles, elles exhibent leurs corps lourds et leurs visages marqués à l’instar des monstres de foire tout droit sortis d’une fête foraine mais complètement désertée car les vieux n’intéressent plus.

Humour noir

L’écriture singulière de Pierre Notte, aux tournures incisives et lapidaires mais aussi surréalistes, instaure un dialogue aussi mordant que loufoque. A l’abri d’un l’humour caustique et décalé, le récit millimétré laisse entrevoir un futur dystopique.

Catherine Hiegel et Tania Torrens forment un duo détonant. Elles incarnent avec force et humanité, ce refus à la tyrannie du jeunisme et au conformisme ambiant.

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Dates : du 20 septembre au 3 novembre 2018 l Lieu Théâtre du Petit Saint-Martin (Paris)
Metteur en scène : Pierre Notte l Avec : Catherine Hiegel et Tania Torrens

Et soudain la liberté, est sorti en livre audio (Audible)

Et soudain la liberté, est sorti en livre audio (Audible)

Et soudain la liberté, est une histoire de femmes, écrites par des femmes,Evelyne Pisier et Caroline Laurent. Mais c’est surtout un livre accessible à tous ! Le livre ne s’écoute pas en une seule fois ! Avec près de 10h d’écoute ! Il est remarquablement bien lu par Gaëlle Billaut Danno, avec sa voix douce et charmante mais jamais monotone. Et jamais vous ne trouverez la lecture longue. Bien au contraire ! Une belle histoire vraie.

Biographie ou fiction ?

Même si ce n’est pas une biographie d’Evelyne Pisier, cela y ressemble fort ! Pour avoir davantage de liberté, Caroline Laurent parle de roman. Une façon de se protéger, sans doute… Mais il est clair que le projet d’Evelyne Pisier était d’écrire un livre sur la vie de sa mère, Paula Caucanas. Une femme tout à fait en avance sur son temps dans de nombreux domaines. Un jour, Evelyne Pisier est allée voir son éditrice, Caroline Laurent pour lui proposer d’écrire un livre sur sa mère. Et à travers elle, l’histoire de l’évolution de la femme. Notre Histoire à tous.

Page d’Histoire

Avec Mona (Paula Caucanas), le lecteur va traverser les époques. On la découvre pendant la Seconde Guerre mondiale alors qu’elle est en Indochine, jeune mariée avec un administrateur colonial, raciste et antisémite. Tout pourrait paraitre facile pour elle et sa fille, mais c’est sans compter sur l’invasion japonaise. Elle va même connaitre l’horreur des camps, avec sa petite fille, où elle subira un viol qu’elle taira à son mari… A la fin de la guerre, son mari est nommé à Nouméa, où le racisme est terrible. Un jour, Mona découvre le livre de Simone de Beauvoir : Le deuxième sexe. Depuis, elle ressent fortement le besoin de s’engager dans le féminisme. Elle s’émancipe complètement, divorce, et se bat pour le droit à l’avortement, la libération sexuelle et pousse sa fille à faire des études pour être libre ! C’est grâce à sa mère, qu’Evelyne Pisier va arriver au plus haut niveau. Elle doit être libre et ne rien devoir à personne et surtout pas à un homme, lui inculque sa mère.

La vie d’Evelyne Pisier

Si le livre commence par la vie de Mona (Paula Caucanas), il est évident qu’il se recentre très vite sur celle de Lucie (Evelyne Pisier). Ce sont des souvenirs d’enfance qui rejaillissent, des discussions entre ses parents, des « tableaux vivants ». Et puis, plus on écoute cette histoire de femmes, plus on avance dans la vie de Lucie. Elle devient une femme politique, engagée, révolutionnaire. Elle rencontre Fidel Castro, à Cuba, alors qu’elle est étudiante. Elle a une drôle de relation avec lui, qui dure plus ou moins quatre ans. Elle semble être sous son emprise et en est très fière. Elle s’en vante à plusieurs reprises. Jusqu’au jour où elle tombe amoureuse de Bernard Kouchner avec qui elle se marie. Lucie, grâce à sa mère qui l’a toujours poussée, fait des études très brillantes puisqu’elle est une des premières femmes agrégées de droit public et de science politique, en France. Elle sera professeur à Science Po.

Le rapport auteur – éditeur

Quand Evelyne Pisier est venue voir son éditrice, Caroline Laurent, pour lui exposer son projet d’écriture, l’entente fut immédiate. Caroline fut immédiatement conquise par cette femme et en même temps bouleversée par son récit. Evelyne avait presque 75 ans et Caroline seulement vingt-huit ans. Peu importe leur différence d’âge, elles deviennent immédiatement amies. Elles se sont rencontrées très souvent, dans le Sud, chez Evelyne qui se confiait de plus en plus à Caroline. Très vite, elle lui demande de lui promettre de continuer son livre s’il lui arrivait quoi que ce soit… Caroline a honoré sa promesse et a continué le livre après la mort d’Evelyne. Même si Evelyne lui avait tout confié, y compris toute la trame de son livre, il n’est jamais aisé d’écrire pour une autre.

Quand l’éditrice devient co-auteur

Caroline Laurent est particulièrement touchante quand elle expose ses propres impressions tout au long du livre. Elle n’est jamais sûre d’elle, pas sûre d’être à la hauteur d’Evelyne. Caroline se remet en question, presque à chaque phrase. Il est évident que grâce à Caroline Laurent, le livre d’Evelyne Pisier a vu le jour. Grâce à elle, on a découvert deux femmes qui ont fait évoluer la place de la femme dans la société. Deux vies hors du commun. Un très bel hommage rendu à Paula Caucanas et à sa fille, Evelyne Pisier, deux femmes intelligentes et libres. On peut juste regretter que Caroline Laurent ait préféré des noms fictifs aux noms réels. Pour n’avoir aucun reproche, sans doute…

Accédez au livre audio : Et soudain la liberté

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Et soudain la liberté

Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie. À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse.

Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté. De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…

©2017 Escales domaine français, un département d’Edi8 (P)2018 Lizzie, un département d’Univers Poche

Date de parution : le 6 septembre 2018
Auteur : Caroline Laurent, Évelyne Pisier
Lu par : Gaëlle Billaut Danno
Durée : 9 h et 38 mn
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Un Picasso surprenant dans l’exposition Bleu et Rose au Musée d’Orsay

Picasso. Bleu et Rose
Picasso. Bleu et Rose, Musée d’Orsay

Un Picasso surprenant dans l’exposition Bleu et Rose au Musée d’Orsay

Depuis 10 ans, Picasso ne cesse de hanter les plus grands musées parisiens par l’entremise d’expositions richement dotées et souvent concentrées sur le révolutionnaire cubiste qui déstructurait l’espace et les dimensions pour des oeuvres à la profondeur abyssale. Le Musée d’Orsay se concentre quant à lui sur le jeune peintre en transit entre Paris et Barcelone à l’orée du Xe siècle et encore perméable aux influences des grands peintres pour s’affirmer petit à petit à coup de créations boulimiques. L’exposition Bleu et Rose rend justice à une période d’apprentissage où les visages ne sont pas encore vraiment épurés comme des masques africains et où les proportions sont presque classiques. Un Picasso presque différent, surtout comparé à l’image généralement véhiculée. De quoi se prendre un bon bol d’air frais entre Van Gogh et Toulouse-Lautrec.

Un vrai buvard artistique

Loin de l’image de Minotaure souvent véhiculée sur un Picasso mûr et conquérant, l’exposition Bleu et Rose fait ressortir le jeune artiste sévèrement doué (à 12 ans il dessinait comme Raphaël) et encore en recherche de modèles inspirants. Parmi ses contemporains, il a particulièrement choisi Van Gogh et Toulouse-Lautrec comme référents picturaux. Parmi les classiques, il choisit Ingres. Et toutes ces influences se retrouvent gravées dans la toile de peintures marquées par deux teintes principales. D’abord bleu comme une nuance de noir quand on sait que le peintre peignait souvent à la lueur de la chandelle dans des séances passionnées de travail nocturne. Son fameux auto-portrait à la barbe rousse marque l’intérêt majuscule pour le célèbre peintre hollandais, car Picasso n’a jamais vraiment porté la barbe. Et ses dames semblent sorties de tableaux du petit Henri spectateur du spectacle nictalope au coeur de Montmartre. Les influences sont fulgurantes et les amitiés sincères comme celle avec le peintre espagnol trop tôt disparu Casagemas qui inspira nombre de toiles surprenantes. Car l’exposition étonne avec ses toiles des plus classique montrant bien que même un Picasso a traversé une période de recherches et de piétinements pour aboutir au génie universellement acclamé. Picasso est passé au rose, puis à l’ocre, pour sortir d’une période introspective pour s’ouvrir sur le monde et toucher du doigt la révolution cubiste. Les murs de l’exposition sont parfaitement blancs pour faire parfaitement ressortir les recherches bariolées du peintre. Les explications sont passionnantes et font ressortir les tableaux les plus significatifs. Arrivé à la fin du parcours, c’est une évidence. Les années de 1900 à 1906 étaient nécessaires pour construire une inspiration qui allait ouvrir des ornières gigantesques dans l’art du XXe siècle.

L’exposition Picasso. Bleu et Rose au Musée d’Orsay montre un peintre en recherche assidue pour parfaire son art et aboutir à une épure qui allait devenir sa marque. Les peintures sont de plus en plus purifiées de trop plein pour se consacrer à l’essentiel et toucher les visiteurs au coeur. Car Picasso savait peindre l’essentiel pour faire naitre des sentiments et des émotions.

Dates : du 18 septembre 2018 au 6 janvier 2019
Lieu : Musée d’Orsay
Entrée : 14€

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Picasso. Bleu et rose
Picasso. Bleu et rose

Picasso. Bleu et rose
Picasso. Bleu et rose

Picasso. Bleu et rose
Picasso. Bleu et rose

Picasso. Bleu et rose
Picasso. Bleu et rose

« Infidèles » ou la confusion des sentiments orchestrée par Bergman

Infidèles ou la confusion des sentiments orchestrée par Bergmana
Infidèles
© Stefstessel

« Infidèles » ou la confusion des sentiments orchestrée par Bergman

Après Scènes de la vie conjugale et Après la répétition en 2013, Stan revient à Ingmar Bergman. Associé au collectif anversois de Roovers, le collectif poursuit sa traversée dans l’œuvre du réalisateur suédois au plus près de sa vie et de son introspection. Et s’empare à nouveau avec brio du plateau, animé par cet art du jeu décomplexé et singulier qui nous immerge dans les méandres d’une histoire d’adultère.

Tiré d’un de ses scénarios de 1996 dans lequel le réalisateur se met lui-même en scène, la pièce y mêle aussi des passages de LaternaMagica, l’autobiographie de Bergman. Deux textes écrits par un artiste qui n’a eu cesse de sonder les mystères du lien conjugal et de mêler vie intime et fiction.

Un spectacle où Bergman se livre à travers un dialogue avec une femme, à qui il demande de lui raconter son infidélité. Sur scène le personnage de Marianne est la voix principale, elle est actrice, elle énonce, elle se souvient, venant ainsi rompre le monologue sans issue d’un écrivain, seul, en panne d’inspiration.

Son histoire prend alors consistance, à travers elle. Markus, un célèbre chef d’orchestre, forme un couple heureux avec Marianne. Ensemble, ils ont une petite fille âgée de neuf ans. Un soir, alors que Markus est en déplacement, son ami David rend visite à Marianne. D’abord platoniques, leurs rapports vont prendre une autre tournure.

Une parole intranquille

A l’abri d’un jeu, tout en subtilité et de légèreté distanciée, qui impressionne de naturel et d’intensité, les comédiens flamands : Jolente De Keersmaeker, Robby Cleiren, Frank Vercruyssen et, pour la première fois, Ruth Becquart, questionnent sans relâche une vérité intime et humaine aussi complexe que vulnérable.

Où le spectateur traque les moindres soubresauts de la relation entre amour et désamour, détachement et trahison, trouble et manipulation.

Adeptes de l’écriture “au plateau”, délestée de tout artifice, le collectif insuffle une force à la tragi-comédie où s’incarnent au plus près l’ambivalence des relations humaines, la confusion des sentiments et leur cruauté.

La mise en scène sert à bonne distance la parole et son questionnement, pour une mise à nu sans filtre qui creuse les rapports humains et leurs ressorts à la fois fragiles, tourmentés, paradoxaux, cruels dont chaque comédien restitue à merveille la part d’ambiguïté et d’intranquillité.

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Dates : du 10 au 28 septembre 2018 l Lieu Théâtre de la Bastille (Paris)
Metteur en scène : Tg STAN & de Roovers

 

Entre farce et réalité, Première année hésite et peine à convaincre

Première année
Première année, film de Thomas Lilti, Copyright Denis Manin / 31 Juin Films

Entre farce et réalité, Première année hésite et peine à convaincre

Les mythes qui entourent les études de médecine trouvent dans Première Année une illustration haute en couleur. Fort de son expérience de médecin, Thomas Lilti n’hésite pas à en rajouter dans la romance tout en restant au plus près de la réalité. Vincent Lacoste et William Lebghil font deux étudiants de première année confrontés aux doutes et aux espérances de leur âge avec deux tempéraments parfaitement opposés. Le premier est besogneux et issu de la classe moyenne, le second vient d’un grand lycée parisien et sait travailler au plus juste. Le film parvient-il pour autant à convaincre? Les études sont un sujet sur lequel la facilité ne fonctionne pas, le film en abuse un peu pour brosser un tableau elliptique et parcellaire. Reste un moment sympathique de cinéma mais non point très convaincant.

Des études pour rire?

Première année surfe sur le mythe d’études aussi complexes que fastidieuses. 2000 étudiants pour 300 places, la concurrence est rude et les deux héros sont partis dans une course de fond aux embuches nombreuses. Thomas Lilti avait réussi à toucher l’audience dans Hippocrate avec déjà Vincent Lacoste mais surtout Reda Kateb dans les rôles de deux personnages partis avec deux niveaux de chance diamétralement opposés. Vincent Lacoste réitère dans le rôle cette fois-ci de celui qui a moins de chance mais face à un William Lebghil qui surjoue un peu le mec pour qui tout est facile. Famille de médecins et de normaliens, chambre de bonne à proximité de la fac et intellect taillé pour le bachotage, l’acteur pourrait donner un peu plus de profondeur à son personnage sur qui le spectateur glisse sans vraiment s’attacher. Face à lui, le chouchou Vincent Lacoste trime et se donne du mal, faisant toucher du doigt le quotidien de la première année de médecine dans son labeur quotidien répétitif et solitaire. Si le film montre des scènes de bachotage intensif, il ne fait pas pour autant ressortir l’obstination et la ténacité nécessaires pour répéter la même routine soirs après soirs, que ça aille ou que ça n’aille pas. Lui vit des hauts et des bas, très hauts et très bas pour les besoins du film, ce que la scène de fin à la limite de l’abracadabrant fait ressortir. Le parti pris est donc très cinématographique, avec parfois des scènes proches du documentaire, parfois du drame très appuyé. C’est du cinéma, avec les amphis en ébullition et les étudiants qui se lâchent complètement, c’est un versant de la réalité, peut être le plus spectaculaire mais pas le plus répandu. Mais après tout, les études, ce n’est pas un sujet très spectaculaire, difficile donc d’en faire ressortir l’obstination et l’abnégation qui en font tout le sel.

Première année est une comédie qui glisse un peu sur son sujet, même s’il multiplie les références et tente de coller au plus près d’une réalité diffuse et disparate. Une fois la séance finie, il n’y en a pas tellement à retenir et c’est peut être le souci. C’est sympathique mais non point inoubliable.

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Première année
Première année

Antoine entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Benjamin arrive directement du lycée, mais il réalise rapidement que cette année ne sera pas une promenade de santé. Dans un environnement compétitif violent, avec des journées de cours ardues et des nuits dédiées aux révisions plutôt qu’à la fête, les deux étudiants devront s’acharner et trouver un juste équilibre entre les épreuves d’aujourd’hui et les espérances de demain.

Sortie : le 12 septembre 2018
Durée : 1h32
Réalisateur : Thomas Lilti
Avec : Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze
Genre : Comédie dramatique

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Un monde parfait selon Ghibli aux éditions Playlist Society, une plongée réjouissante dans l’univers de Miyazaki

Le monde parfait selon Ghibli
Le monde parfait selon Ghibli, livre d’Alexandre Mathis, Editions Playlist Society

Un monde parfait selon Ghibli aux éditions Playlist Society, une plongée réjouissante dans l’univers de Miyazaki

Après un ouvrage riche et fouillé consacré à Terrence Malick sorti en 2015 aux mêmes éditions Playlist Society, Alexandre Mathis récidive en s’intéressant à l’oeuvre pléthorique du grand Miyazaki au sein des studios Ghibli. Avec des films animés où l’héroïsme côtoie la féérie  de l’enfance et la complexité du monde des adultes, le réalisateur japonais a su imprimer sa marque sur le cinéma contemporain pour toucher une audience mondiale. Voir un Ghibli est devenu une activité aussi notoirement passionnante que contempler un western ou se plonger dans la science-fiction pour devenir un genre en soi qui pourrait hélas ne pas survivre au retrait de son fondateur.

Une analyse réjouissante

Alexandre Mathis ne se contente pas de s’extasier devant l’oeuvre pléthorique du génie japonais de l’animé, il échafaude des analyses qui se basent sur les indices disséminés dans son existence pour illustrer l’impact de ses films sur un large public. En 176 pages, l’auteur offre un beau voyage au lecteur pour lui faire toucher du doigt les subtilités de films qui ont abordé des thèmes variés pour échafauder un univers aussi onirique que magique. Les personnages principaux sont devenus des symboles de bravoure et de résilience par-delà les épreuves et les embuches de destins parfois contraires. L’auteur multiplie les références pour expliquer les sources d’inspiration de Miyazaki. Ainsi si la phrase Le vent se lève est évidemment une référence à Paul Valéry, le lecteur découvrira d’autres sources réjouissantes qui parsèment tous les opus des studios Ghibli. L’ouvrage est aussi richement documenté que parfaitement synthétique, comme toujours aux éditions Playlist Society. De quoi plonger aux tréfonds d’un genre artistique sans devoir consacrer 6 mois à lire un ouvrage de 500 pages. Les aficionados de Ghibli trouveront évidemment leur bonheur, les autres auront l’occasion d’identifier de bonnes raisons de revenir sur une oeuvre à nulle autre pareille.

Un monde parfait selon Ghibli se lit avec plaisir pour une lecture aussi érudite que divertissante. Le ton des éditions Playlist Society est une fois de plus respecté pour un sentiment final comme toujours très réconfortant. Ne reste plus qu’à choisir un film à regarder pour fêter ça. Un Totoro? Un Ponyo? Chacun son choix!

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Le monde parfait selon Ghibli
Le monde parfait selon Ghibli, livre d’Alexandre Mathis, Editions Playlist Society

C’était d’abord un choix pratique : personne ne voulait produire leurs films. Alors Hayao Miyazaki et Isao Takahata, aidés de Toshio Suzuki, ont fondé ensemble le studio Ghibli. Depuis, ils ont enchaîné les succès, de Princesse Mononoké à Pompoko, du Tombeau des lucioles au Voyage de Chihiro. Leurs personnages, comme Totoro et Porco Rosso, sont devenus emblématiques, et les œuvres du studio ont marqué des générations entières de fans à travers le monde, comme si Ghibli était un équivalent japonais de Disney.

Bien plus qu’une marque et au-delà d’une simple usine à rêves, Ghibli offre avant tout une vision d’un monde idéal, fondé sur l’écologie, le féminisme, l’ingénierie et les croyances magiques. Un monde parfait selon Ghibli explore les histoires créées par le studio, les décortique, en les mettant en perspective avec la carrière de leurs créateurs, avec en toile de fond une question lancinante : Ghibli survivra-t-il à la retraite de ses fondateurs ?

Date de parution : le 25 septembre 2018
Auteur : Alexandre Mathis
Editeur : Playlist Society
Prix : 14 € (176 pages)
Acheter sur : Amazon

Exposition Jakuchu : le royaume coloré des êtres vivants au Petit Palais

Venez vivre un grand moment de grâce au Petit Palais. Connaissez-vous l’artiste japonais Ito Jakuchu ?

Peu connu en Europe et en France, Itō Jakuchū est pourtant considéré comme l’un des plus grands artistes japonais toutes époques confondues. Peintre de l’époque d’Edo (1603 – 1867), Jakuchu est surtout connu pour son Royaume coloré des êtres vivants, une collection de trente rouleaux de peinture sur soie représentant un univers végétal et animal unique.

Cet ensemble monumental, le chef d’oeuvre de l’artiste, laisse les spectateurs bouche-bée. Il représente avec ses fleurs, poissons, et oiseaux l’un des exemples les plus remarquables de peinture polychrome japonaise du 18ème siècle. Appartenant à la collection de l’Agence de la Maison impériale du Japon, en tout point exceptionnel, le Royaume coloré des êtres vivants n’a quitté le Japon qu’une fois, en avril 2012, pour être présenté à la National Gallery de Washington.L’harmonie des couleurs, la délicatesse du trait et le réalisme des animaux sont épatants.

Ne manquez pas cette exposition exceptionnelle, du 15 septembre au 14 octobre au Petit Palais.
Plus d’informations sur l’expo

 

Le malheur du bas, un coup de poing dans les entrailles (Albin Michel)

Ines Bayard

Le malheur du bas, un coup de poing dans les entrailles (Albin Michel)

Ines Bayard est une toute jeune femme de 26 ans. On ne sait comment elle a eu l’idée d’écrire ce premier roman : Le malheur du bas. Un roman coup de poing. Coup de poing qui fait mal et qui pose questions.

Scénario implacable

Ce roman commence par la fin. Les deux premières pages révèlent la fin de l’histoire. Du coup, durant tout le livre, on sait comment l’histoire va se terminer. Tout à fait tragiquement. L’horreur absolue. Et cette scène reste ancrée en nous tout au long de notre lecture et nous invite à comprendre Marie, à comprendre pourquoi elle en est arrivée à cette scène finale. Mais ne croyez pas pour autant échapper au stress. Il vous accompagnera tout au long de votre lecture, jusqu’à la dernière page.

Un couple amoureux ordinaire

Ensuite, très vite, le lecteur va entrer dans la vie d’un couple, de Marie et Laurent, qui parait absolument parfaite. Et le drame va se produire aussi très vite. Le lecteur n’aura pas le temps de « déguster » la vie paisible du couple qu’un tsunami va tout balayer… Marie va subir une horrible agression sexuelle. La scène du viol est courte, mais d’une violence inouïe, percutante, dérangeante, exécrable. Le style de l’auteur change complètement à partir de la scène du viol, comme la personnalité de Marie.

Stop, stop, stop

Durant tout le livre, on suffoque, on s’arrête de respirer. On pose le livre, on n’en peut plus. On craque. Il faut que cela cesse. Et puis, on le reprend. Il faut vite terminer cette histoire. C’est un cauchemar. On est pris dedans, comme Marie. On n’arrive pas à s’en sortir. Comme Marie. On voudrait retourner en arrière, comme Marie. Mais on est dans le présent, dans la réalité, dans la vie de Marie. Dans le silence de Marie, dans la prison de Marie. Dans l’Horreur.

Pourquoi ?

Mais pourquoi écrire un tel livre ? Sans doute pour prendre réellement conscience de ce qu’une femme vit après avoir été violée. Tout le monde sait que c’est une tragédie, mais jusqu’à quel point ? L’auteur parle aussi beaucoup du couple. De l’incompréhension du mari. Il sent que quelque chose cloche, mais il ne change en rien ses habitudes. Et à chacune de ses tentatives d’approche, Marie va de nouveau se sentir violée. Le cauchemar ne cessera donc jamais.

Le corps déchiqueté de la femme

Avec Le malheur du bas, on vit ce viol de l’intérieur. On est tous Marie. Une autre dimension s’installe. On a tous envie de vomir. On entre à l’intérieur de son corps. Ce n’est qu’un roman, me direz-vous. Oui, bien sûr, mais tout le monde sait que des Marie, il y en a des dizaines, des centaines, des milliers… des vies détruites, ravagées par un viol. Juste quelques secondes, comme une bombe. Mais une bombe invisible. Et puis, ensuite la honte, le silence, les mensonges… L’enfermement.
Bien sûr qu’il faut avoir le courage d’écrire ce livre mais aussi de le lire. Bien sûr qu’il faut en parler. Bien sûr qu’il faut dénoncer ces crimes haut et fort. Et sans doute ce livre va-t-il en aider plus d’une à oser dire la vérité. Pour ne pas que ça se reproduise. Pour arrêter ce massacre. Pour aider ces femmes en extrême souffrance. Et pour venir en aide aussi aux hommes qui ne comprennent plus leur femme.

Les relations dans le couple

L’auteur place l’homme au cœur du roman. Il n’a pas la place la meilleure, certes, mais l’analyse qui en est faite est complexe. Il aime sa femme, il vit à ses côtés et pourtant, il ne sent pas la déchirure qu’elle vit chaque jour, chaque minute. Il ne voit pas, ne sent pas ou ne veut pas voir… Les relations à l’intérieur du couple sont aussi très complexes, même si de l’extérieur tout semble parfait.

L’amour maternel

L’auteur traite non seulement de la femme, du couple, mais également de la maternité, sous un nouveau jour. Est-on obligé d’aimer son enfant ? L’amour maternel est-il inné ? Le corps même de l’enfant gêne Marie. Il lui est insupportable.
Le malheur du bas n’est pas un roman écrit pour les femmes. C’est un roman écrit par une femme qui s’adresse à tous ! Et surtout même pour les hommes, a-t-on envie d’ajouter. De façon qu’ils découvrent ce que vivent les femmes, dans leurs corps qui est si différent de celui de l’homme. Car l’auteur décrit implacablement ce que vit Marie dans son corps, à chaque étape. D’où l’importance du titre. Le malheur du bas. Le bas est le « centre » du corps de la femme.

Jamais on n’oubliera ce roman. Il restera gravé dans nos mémoires. Un coup de cœur pour Publik’Art, même s’il est violent, cru et terriblement bouleversant et ressemble à un sacré coup de poing. Même si Le malheur du bas fait atrocement mal.

Excellente nouvelle : Le malheur du bas fait partie des quinze titres sélectionnés pour le Goncourt ! Déjà une merveilleuse récompense pour Ines Bayard ! On attend déjà avec impatience son deuxième roman, en l’espérant plus léger !

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« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »

Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Date de parution : le 22 août 2018
Auteur : Ines Bayard
Editeur : Albin Michel
Prix : 18,50 € (268 pages)
Acheter sur : Amazon

La vie dure trois minutes, un récit de vie palpitant (Rageot)

La vie dure trois minutes, un récit de vie palpitant (Rageot)

Agnès Laroche se consacre à l’écriture depuis seulement une dizaine d’année et pourtant, sa bibliographie est déjà bien remplie ! Elle écrit principalement pour la jeunesse, mais tout le monde y trouvera son compte. Des albums aux romans Young Adult en passant par les récits de vie, Agnès Laroche sait comment happer ses lecteurs dès les premières pages. La vie dure trois minutes ne fait pas exception.

Une nouvelle vie

Juste avant la rentrée de première, Automne voit Chloé emménager chez elle. Aux côtés de Chloé, Automne s’épanouit. Elle se découvre une passion pour la danse, s’ouvre de plus en plus aux autres et aux opportunités. Ce qui lui semblait inimaginable il y a encore peu lui ouvre les bras. Automne réalise qu’elle peut faire tout ce qui lui plaît, grâce à Chloé. Sa personnalité grandit alors qu’elle apprend à ne plus se soucier de ce qu’on pense d’elle. Lorsque Chloé disparaît brutalement, Automne s’effondre, ne sachant plus comment continuer sa nouvelle vie sans celle qui la lui avait offerte. Incapable de faire face, elle se réfugie dans le silence.

L’écriture comme remède

Entre passé et présent, Automne retrace son histoire, ses conséquences. Un récit dont le lecteur n’a le dénouement qu’à la toute dernière page. Automne ressent le besoin d’écrire les événements terribles qui l’ont amenée là où elle est aujourd’hui, dans le but d’oublier. Pas seulement se délester d’un poids, mais elle espère qu’une fois le point final apposé à son histoire, elle pourra l’oublier pour enfin, aller de l’avant. Page à page, le lecteur découvre l’histoire d’Automne, Chloé et Medhi, telle qu’Automne l’a vécue.

Un récit poignant

Grâce à la plume acérée d’Agnès Laroche, le lecteur ressent toute la douleur d’Automne. Il est impossible de ne pas partager sa peine, telle qu’elle l’empêche même parfois de se lever le matin. Incapable de faire le deuil de sa meilleure amie, elle ne peut pas accepter que celle-ci ne soit plus avec elle. Alors, Automne prend une décision : pour aller mieux, elle doit absolument tout oublier. Oublier Chloé, ne plus emprunter les rues qu’elles ont empruntées ensemble. Arrêter le tango, passion qu’elle s’est découverte avec Chloé.

Des secrets difficiles à garder

Surtout, Automne connaît les secrets de Chloé, mais ne peut se résoudre à les partager avec ses parents, ou les parents de son amie. Même s’ils contiennent des précisions sur les événements qui ont entraînés la mort de sa meilleure amie, Automne sait que tout avouer n’avancerait à rien. Mais elle ne peut plus non plus garder pour elle ces secrets qui la dévorent chaque jour un peu plus. Alors elle note son histoire, celle de Chloé et aussi de Medhi, dans un carnet, destiné à elle-même et aux lecteurs, uniquement. En couchant l’histoire sur le papier, Automne y gagne une certaine sérénité d’esprit, retracer le fil des événements l’apaise et lui permet de voir la situation dans son ensemble.

Agnès Laroche nous livre un roman poignant, un récit de vie tel qu’on n’en lit que rarement. Le lecteur plonge dans les tourments d’Automne, à cheval entre les souvenirs et un avenir qu’elle a toutes les peines du monde à imaginer. La vie dure trois minutes est un récit bouleversant qui a su tirer son épingle du jeu en pleine rentrée littéraire.

Page de l’éditeur :

Quand Automne a appris que ses parents avaient accepté d’accueillir Chloé pour son année de terminale, elle a soupiré. Et puis Chloé est arrivée. Chloé solaire, Chloé généreuse… et elles deviennent inséparables.
À son contact, Automne la silencieuse s’épanouit. Son talent pour la danse se révèle. Et elle rencontre Mehdi…

A partir de 12 ans.

Date de parution : le 12 septembre 2018
Auteur : Agnès Laroche
Editeur : Rageot
Prix : 14,90 € (192 pages)
Acheter : Amazon

Goldman sucks, un roman drôle qui interpelle sérieusement (Audible)

Goldman sucks, un roman drôle qui interpelle sérieusement (Audible)

L’auteur, Pascal Grégoire est publicitaire. En 2008, il est choqué par trois faits divers et surtout par la crise financière. Et voilà comment lui est venue l’idée de ce premier roman. C’est un roman à la fois drôle et profondément sérieux. Il est lu avec brio par Yann Sundberg dont on admire l’accent anglais ou la petite voix fluette de Fleur !

Titre provocateur

Bien sûr, tout le monde connait la fameuse banque d’investissement Golman Sachs, celle qui est à l’origine de l’énorme crise financière de 2008, avec les problèmes des subprimes, qui a ruiné des millions de personnes. En choisissant comme titre Goldman sucks (traduction : Goldman ça pue), l’auteur crie sa révolte ouvertement. Au début du roman, on est très loin des problèmes financiers. On entre dans la famille de Corentin, famille assez exemplaire.

Une famille ordinaire

Corentin, la quarantaine, est marié à Camille et ensemble ils ont une petite fille d’une dizaine d’années, Fleur. Corentin a toujours été brillant, ayant toujours tout réussi, Normale Sup, comme l’ENA. Il se retrouve, presque naturellement, adjoint du ministre, chef de Cabinet à Bercy. Il se fait un jour interviewer par une jeune journaliste, Zoé, sur la crise financière et depuis tout dérape dans sa vie. Zoé l’ensorcelle. Corentin ment à sa femme pour retrouver Zoé le plus souvent possible. Zoé a vingt-cinq ans, et représente tout ce qu’il n’a pas eu…

Deux crises à surmonter

Corentin s’enfonce de plus en plus dans la crise. La crise financière, d’abord, la France venait de perdre son triple A et la crise conjugale. La soumission aux banques n’était plus acceptable de même que les mensonges qu’il faisait à Camille. Parallèlement, on suit l’histoire de Louis et Jacqueline, les parents de Camille. Suite à un AVC, Jacqueline se retrouve en maison de retraite. Hors de prix, comme souvent, hélas en France !

Trois faits divers réels se mêlent au roman

Le lecteur est de plus en plus accaparé par cette histoire familiale qu’il imagine invraisemblable. Et pourtant, l’auteur s’appuie sur des faits qui se sont vraiment passés en France, en 2008. Heureusement pas dans la même famille ! Car Corentin prend cher : son couple bat de l’aile, il s’est fait berner par la jolie journaliste, la crise financière explose, sa fille Fleur est virée de la cantine par des policiers car il a oublié de payer la facture, et sa belle-mère est virée de la maison de retraite car là aussi, les factures ne sont pas honorées et le papi fait un hold-up au Casino ! Ca fait quand même beaucoup !

La vengeance de Corentin

Bien sûr Corentin est intelligent donc il va trouver une façon de s’en sortir. Et à travers lui, et son action délibérée de révolte et de cri de colère, l’auteur nous interpelle tous pour nous dire qu’il faut réagir face à ce capitalisme financier qui continue à gouverner sur le monde entier. Si le livre peut faire sourire et même rire car certaines situations sont cocasses, surtout quand Corentin se retrouve aux USA à la tête d’un mouvement qui prend de l’ampleur, le fond reste néanmoins très sérieux. Non seulement il nous interpelle mais il nous fait prendre conscience des corruptions au niveau mondial qui touchent tout le monde.

Golman sucks, un livre facile et agréable à écouter, et en même temps, un livre qui pose les bonnes questions sur le système financier mondial toujours d’actualité.

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Golman sucks

Une famille extraordinaire à l’assaut de Goldman Sachs. Du jour au lendemain, Corentin Pontchardin perd tout. Simultanément victime de la crise des subprimes et de sa propre crise de la quarantaine, celui qui conjuguait avec succès vie professionnelle – au ministère des Finances – et vie privée voit son monde s’écrouler. Bien décidé à partir en guerre contre la banque qui a causé sa perte, la toute-puissante Goldman Sachs, Corentin embarque femme, enfant et beaux-parents aux États-Unis dans une aventure épique jalonnée de rencontres inattendues. Véritable fable sociale, Goldman sucks raconte avec tendresse – et une bonne dose d’humour – le quotidien de cette équipée lancée à l’assaut de la finance mondiale. Un roman vif et plein d’espoir, porté par une famille pas tout à fait ordinaire.

Ce livre audio en version intégrale vous est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.

©2018 Le Cherche Midi (P)2018 Audible Studios

Date de parution : le 9 août 2018
Auteur : Pascal Grégoire
Lu par : Yann Sundberg
Durée : 4 h et 25 mn
Acheter sur : Audible

« Rain » ou le vocabulaire électrisant et dense d’Anne Teresa de Keersmaeker

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"Rain" ou le vocabulaire électrisant et dense d'Anne Teresa de Keersmaeker
« Rain » chorégraphie Anne Teresa de Keersmaeker photo DR

« Rain » ou le vocabulaire électrisant et dense d’Anne Teresa de Keersmaeker

Oeuvre majeure de Teresa De Keersmaeker pour dix danseurs, « Rain » est un défi chorégraphique qui entraine les interprètes dans une énergie collective irrépressible, où le mouvement naît de la musique en direct et, comme elle, s’intensifie et se démultiplie pour une émotion hypnotique.

Chorégraphiée sur la partition Music For 18 Musician, de Steve Reich, virtuose minimaliste, et le motif de la spirale, la pièce initie une danse à l’énergie explosive où les ressorts se puisent à la polyphonie des sons.

Un élan pulsionnel

Entre jaillissement perpétuel et rupture déconstruite, la pièce se développe en variations multiples et infinies où chaque danseur est à la fois soliste à l’abri de sa propre chorégraphie et un élément collectif relié avec les autres dans un élan rythmique.

La scénographie épurée, signée de Jan Versweyveld, fait pleinement corps avec le vocabulaire. Constituée d’un rideau semi-circulaire de fines cordes suspendues qui ne seront en mouvement qu’à deux reprises durant toute la pièce (créant notamment à la fin du spectacle une très belle image cinétique grâce à l’onde générée par une danseuse), elle ouvre une aire pour les interprètes, vêtus de tenues de ville couleur chair et rose fuchsia crées par le couturier Dries Van Noten.

Où sous des éclairages crépusculaires et en correspondance avec le changement des costumes, les danseurs courent, s’immobilisent, repartent encore, se déséquilibrent soudain, puis bondissent à nouveau au-dessus du sol qui est marqué de lignes géométriques.

Une émotion hypnotique

Leur mouvement s’irriguant de la musique et de ses pulsations répétitives qui, dans un élan vital sans cesse recommencé, se font écho.

Puis, un intense spot de lumière blanche vient balayer le tour extérieur du rideau en demi-cercle à la fin du ballet pour un final en apothéose où dans un reflet sculptural les énergies classiques et contemporaines ne font plus qu’une.

Date : 11 septembre 2018 à 20h30 sur la chaîne Mezzo
Chorégraphe : Anne Teresa de Keersmaeker

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